‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 5 sur 113 · PP NT · texte numérisé non relu

PP NT

Cuar. I.

qu'ils apperceveront bien la puissance de Dieu, mais toutesfois ne laisseront point de s’esgarer en leurs pensées.

24 Mais Jésus ne se fioil point en eux, etc. Quant à ce qu’aucuns exposent ceci, Que Christ se donna garde d’eux, d'autant qu'il sçavoit qu'il n’y avoit preudhommie ne fidélité en eux : il me semble qu’ils n’expriment pas assez lintention de l’Evangéliste. Encores beaucoup moins s'accorde ce que S. Augustin amène des nouveaux convertis et apprentis en la foy. Plustost l’Evangéliste veut dire, selon mon jugement, que Christ ne les à point tenus pour vrais et nayfs disciples, ains les a mesprisez comme gens inconstans et volages. C’est un passage qu'il nous faut diligemment noter, que tous ceux qui font quelque profession d’estre disciples de Christ, ne sont pas pourtant réputez tels devant luy. Mais il faut quant et quant adjouster la raison qui s’ensuit incontinent, Parce qu'il les cognois$oit tous. Il n’y à rien plus dangereux qu'hypocrisie, tant pour d’autres raisons, que pource que c’est un vice plus que commun. Il n’y à presque homme au monde qui ne se plaise :

et quand nous-nous trompons par nos vaines flatteries, nous pensons que Dieu n’y voit rien, et qu'il est aveugle comme nous. Mais nous sommes yei admonestez combien il ya de différence entre son jugement et le nostre. Car il voit à clair les choses que nous ne pouvons appercevoir, d'autant qu’elles sont couvertes de quelque desguisement : il estime et juge selon la source cachée, les choses qui nous esblouissent les yeux, à cause de quelque faux lustre dont elles sont fardées. C’est ce que dit Salomon, Prov.

XXI, 2, Que Dieu poise à sa balance les cœurs des hommes, au lieu qu'eux se plaisent et flattent en leurs voyes. Qu'il nous souviene donc qu’il n’y à point de vrais disciples de Christ, sinon ceux qu’il approuve, d'autant qu'il est seul Juge compétent en cest affaire. Maintenant

on pourroit yci demander, quand PEvan-

géliste dit que Christ les cognoissoit tous, asçavoir s’il ne dénote sinon ceux desquels il avoit parlé n’aguères, ou bien si ceci se rapporte généralement à tout le genre humain. Plusieurs lestendent à la nature commune des hommes, et pensent que tout le monde est yci condamné d'une feintise perverse et desloyale. Et de faict, c’est une sentence véritable, Que Christ ne peut rien trouver en tous les hommes pourquoy il les daigne mettre du nombre des siens. Mais je ne voy point que cela conviene au fil du texte.

Je le restrain donc à ceux desquels il avoit fait mention ci-dessus. Mais pource qu’on pouvoit douter d’où venoit à Christ une telle cognoissance, lEvangéliste prévenant ceste objection, respond que Christ cognoissoit tout ce qui est caché és hommes, et que nous ne voyons pas :

en sorte que de son droict et authorité il pouvoit discerner entre les hommes.

Christ donc qui cognoist les cœurs, n’avoit point besoin qu'aucun l’advertist pour sçavoir quels estoyent ceux-ci. Or il cognoissoit qu’ils estoyent de telle nature, et avoyent une telle affection, qu’à bon droict il les réputoit estranges, et gens qui ne luy appartenoyent point.

Quant à ce qu'aucuns demandent, si à l'exemple de Christ nous ne pouvons pas aussi avoir pour suspects ceux qui ne nous.ont monstré aucun tesmoignage de leur preud’hommie, n’est pas à propos du passage. Car il y a bien grande différence entre luy et nous : d’autant que Christ cognoissoit mesme les racines des arbres : mais nous, nous ne Cognoissons quel est un chacun arbre, sinon par les fruits qui se monstrent par dehors. Or veu que la charité n’est point soupeçonneuse À, comme dit S. Paul, il ne nous est point licite de mal souspeçonner sans cause, des hommes qui nous sont incognus.

Mais afin que nous ne soyons tousjours déceus par les hypocrites, et que PEglise ne soit par trop exposée à leurs fallaces meschantes, l'office de Christ est de nous garnir de l’Esprit de discrétion.

1) 1 Cor., XIII, 4.

h6 COMMENTAIRES

Cuar. II.

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