RS PR CROIRE
Car. IT. SUR LES ACTES. | 463
est un singulier et merveilleux tesmoi- | de la providence de Dieu, afin que nous gnage de la vertu de Dieu. Cependant | sçachions que nostre vie et nostre mort afin de poindre leurs consciences du sen- | sont gouvernées par icelle. Vray est que timent de leur péché, il dit qu'il a esté | S. Luc parle de Christ : mais nous avons occis par eux. Non pas qu’ils l’ayent cru-| en sa personne un miroir, lequel nous cifié de leurs propres maïns : mais d’au- | représente la providence universelle de tant que par la voix de tout le peuple il | Dieu, laquelle s’estend généralement par fut demandé qu’on le feist mourir. Et |tout le monde : mais spécialement appacombien que plusieurs des auditeurs aus- | roist à nous qui sommes membres de quels il parle, n’eussent consenti à une | Christ. S. Luc met yei deux choses : assi meschante et maudite cruauté, si est-| çavoir la providence de Dieu, et son ce qu'il impute à bon droict ce péché à | conseil diffini. Or combien que la provitoute la nation : pource qu’ils s’estoyent | dence soit la première quant à l’ordre tous souillez en se taisant, ou autrement | (entant que Dieu prévoit ce qu’il veut orne tenant conte de la chose. Et la cou- | donner, devant que de faict il l’ordonne) verture d’ignorance n’ha point yci de | néantmoins il la met après le conseil, afin lieu, veu que Dieu lavoit auparavant ap- | que nous sçachions que Dieu n’a rien prouvé. Ceste condamnation donc à la-| voulu ou ordonné, qu’il n’ait long temps quelle il les adjuge, est une préparation | auparavant dressé à sa fin. Car les homà repentance. Par le conseil diffini el | mes délibèrent souventesfois beaucoup providence de Dieu. Il prévient le scan- | de choses à la volée, pource que leur dale : pour autant qu’il semble de prime | délibération est soudaine. S. Pierre donc face que ce soit une chose absurde, que | pour monstrer que le conseil de Dieu cest homme que Dieu avoit orné de si| n’est point sans raison, il luy adjoint la, excellentes vertus, soit puis après aban-| providence pour compagne. Maintenant donné à toute mocquerie, et finalement | il nous faut distinguer ces deux choses, endure une mort si ignominieuse. Pour | et d'autant plus diligemment que pluautant donc que la croix de Christ a ac-| sieurs sont abusez en cest endroit. Car coustumé de nous troubler du premier | laissans là le conseil de Dieu, par lequel regard, à ceste cause S. Pierre nous ad- | il gouverne tout le monde, ils empoinmoneste que le Seigneur Jésus n’a rien | gnent Ja providence nue. De là vient souffert par cas fortuit, ou pource qu’il | ceste distinction vulgaire, que combien ait eu faute de pouvoir pour se délivrer : | que Dieu prévoye toutes choses, nonobmais pource que Dieu l’avoit ainsi or- | stant il n’impose nulle nécessité aux créadonné. Car ceste seule cognoissance, | tures. Et de faict, il est bien vray que que la mort de Christ avoit esté ordon-| Dieu prévoit ceci ou cela, pource qu’il née par le conseil éternel de Dieu, coupe | doit advenir : mais (comme nous voyons) broche à toutes folles pensées et extra-|S. Pierre enseigne que non-seulement vagantes : et prévient tous scandales, | Dieu a préveu tout ce qui est advenu à lesquels sans cela on pouvoit conce-| Christ, mais qu’il l'avoit ainsi décrété et voir. Car il faut tenir pour tout résolu, | ordonné. Or il nous faut recueillir de que Dieu ne décrète rien en vain ni à la | ceci une doctrine générale : pource que volée. Dont il s'ensuit qu’il y a eu juste | Dieu ne monstre pas moins sa providence cause pourquoy il a voulu que Christ ait | au gouvernement de tout le monde, qu’il souffert. Ceste mesme cognoissance de | l’a monstrée en ordonnant la mort de la providence de Dieu est un degré à | Christ. C’est donc à Dieu non-seulement considérer la fin et le fruit de la mort | de prévoir les choses à-venir, mais aussi de Christ. Car en considérant le conseil | de décrêéter ce qu’il veut estre fait, selon de Dieu, ceci nous vient tout soudain au- | que bon luy semble. S. Pierre a signifié devant, Que le juste a esté destiné à la | et démonstré ce second poinct, quand il mort pour nos péchez, et que son sang a |a dit, que Christ @ esté livré par le esté le pris et ranceon de nostre mort. | conseil diffini de Dieu. Parquoy test Or avons-nous yci un singulier passage | autre chose la providence de Dieu, que
sa volonté, par laquelle il conduit et gouverne toutes choses. Aucuns qui regardent de plus près, confessent que Dieu non-seulement prévoit, mais aussi gouverne par sa volonté tout ce qui se fait au monde. Cependant toutesfois ils imaginent un gouvernement confus, comme si Dieu laschoit la bride aux créatures, afin que chacune suyve l’ordre de sa nature. Ils disent que le soleil est gouverné par la volonté de Dieu, pource qu’en nous esclairant il fait son office, lequel luy a esté une fois enjoint de Dieu. Tout de mesme, ils pensent que le franc arbitre est laissé à l’homme, d’autant que sa nature est disposée à élire librement le bien ou le mal. Mais ceux qui sont de ceste opinion, imaginent que Dieu est oisif au ciel. Or l'Escriture parle bien d’une autre façon, laquelle attribue un gouvernement spécial à Dieu en chacune chose, et en toutes les opérations des hommes.
Toutesfois c’est à nous de considérer à quelle fin elle nous enseigne ceci. Car il nous faut bien garder de toutes spéculations frivoles et pleines de resveries, desquelles nous voyons plusieurs estre transportez. L’Escriture veut exercer nostre foy, afin que nous soyons certains que Dieu nous garde et défend de sa main, à ce que ne soyons à descouvert et exposez aux nuisances de Satan et des mesChans.
Il est bon de nous arrester à cela seulement. Et de faict, S. Pierre n’a prétendu autre chose en ce passage. Et qui plus est, nous avons yci un exemple proposé en Christ, de vouloir sçavoir à sobriété seulement, c’est-à-dire, par mesure. Car il ne faut douter que sa chair n’ait esté sujete à corruption, selon sa nature : mais la providence de Dieu l’avoit exemptée de corruption. Si quelqu'un demande, Les os de Jésus-Christ n’estoyent-ils pas fragiles ? il ne faut pas nier qu’ils ne le fussent naturellement, et toutesfois faut adjouster que pas un n’a peu estre cassé, pource que Dieu l’avoit ainsi ordonné. Je di donc que nous sommes admonestez par cest exemple, que nous devons tellement donner le premier lieu à la providence de Dieu, que cependant nous-nous contenions dedans nos limites, et ne nous ingérions follement à cher-
Cuar. II.
cher les secrets de Dicu, où nos yeux ne peuvent pénétrer, tant clair-voyans soyent-ils. Par les mains des iniques.
Pource qu’il semble que S. Pierre ait voulu signifier que les iniques ayent rendu obéissance à Dieu, de cela s’ensuit l’une de ces deux absurditez : ou que Dieu:est autheur de meschancetez :
ou bien que les hommes ne pèchent point en commettant quelque mesfaict que ce soit. Je respon à la seconde absurdité, que combien que les meschans exécutent ce que Dieu à ordonné en soy-mesme, toutesfois ils ne font rien moins que rendre obéissance à Dieu. Car l’obéissance procède d’une affection volontaire.
Or nous sçavons que l'intention des meschans est toute autre. Outreplus, nul n’obéit à Dieu, s’il ne cognoist quelle est la volonté de Dieu. L’obéissance donc dépend de la cognoiïssance de la volonté de Dieu. Or Dieu nous à manifesté sa volonté en la Loy. Parquoy ceux-là seuls obéissent à Dieu, qui rapportent leurs œuvres à la reigle de la Loy, et qui se soumettent volontairement et de bon gré au commandement d’icelle. Nous ne voyons rien de ceci en tous les meschans : lesquels Dieu pousse çà et là sans qu’ils en sçachent rien. Ainsi donc, nul ne dira qu’ils soyent excusables, sous couleur de ce qu'ils obéissent à Dieu : veu que d’un costé nous devons chercher la volonté de Dieu en la Loy : et d'autre part, quant à eux ils cherchent de résister à Dieu, entant qu’en eux est.
Quant à l’autre absurdité, je nie que Dieu soit autheur du mal : pource que ce mot emporte certaine signifiance. Car un acte est estimé maléfice et forfait par la fin à laquelle tend celuy qui le fait. Quand les hommes commettent un larrecin ou meurtre, ils pèchent, pource qu’ils sont homicides ou larrons. Or au larrecin et au meurtre, il y a une meschante délibération. Dieu qui se sert de leur malice, doit estre mis en plus haut degré : car il regarde bien à une autre fin. Il veut chastier l’un, et exercer la patience de l’autre : et par ce moyen il ne se desvoye jamais de sa nature, Cest-à-dire, de parfaite droiture. Ainsi ce que Christ a esté livré par les mains des meschans,
Care. Il.
et crucifié, cela a esté fait par la volonté et ordonnance de Dieu. Mais la trahison qui est meschante de soy, et le meurtre, qui contient un crime si énorme en SOY, ne doit estre réputé œuvre de Dieu.
Ayant deslié les douleurs de la mort.
Par les douleurs de la mort, j’enten quelque chose d'avantage que le sentiment corporel. Car si nous considérons au vray quelle est la nature de la mort, d'autant qu’il est dit que c’est une malédiction de Dieu, il faut nécessairement qu’en là mort nous concevions que Dieu est courroucé. De là procède une merveilleuse frayeur, en laquelle il y a beaucoup plus de mal qu’en la mort mesme.
Or Christ est mort à ceste condition qu’il sousteinst nostre condamnation. Ceste crainte intérieure en la conscience dont il a esté contraint à un espovantement tel qu’il en a sué sang, pensant qu’il avoit à
SUR LES ACTES
hG5
se présenter devant le siége judicial de Dieu, luy à apporté beaucoup plus d’angoisse et frayeur que tous les tourmens corporels. Au surplus, ce que sainct Pierre enseigne que Christ a combatu contre telles douleurs, et dit quant et quant qu’il est demeuré victorieux : cela fait que les fidèles ne doyvent plus maintenant craindre la mort, ne l'avoir en horreur. Car la mort n’a point maintenant la mesme qualité qu’elle avoit en Adam : d'autant que la malédiction de Dieu est engloutie par la victoire de Christ!. Vray est que nous sentons encores des poinctes de douleurs, mais lesquelles ne nous blessent point mortellement, quand le bouclier de la foy est mis au-devant. Il adjouste la raison : pource qu'il estoit impossible que le Fils de Dieu fust accablé de la mort, luy qui est autheur de vie.
1) 1 Cor., XV, 54.
25 Car David dit de luy', Je contemploye tousjours le ju Mi en ma pré. sence : car il est à ma dextre, afin que je ne bransle.
26 Pource mon cœur s'est esjouy, el ma langue en a eu Le el outreplus
ma chair reposera en espérance.
271 Car tu ne délaisseras point mon âme? au sépulchre* : et ne permettras
point que ton Sainct sente corruption.
28 Tu m'as fait cognoistre les voyes de vie : tu me rempliras de liesse avec
la face.
29 Hommes frères, je vous peux bien dire franchement du Patriarche David,
qu'il est trespassé, et est enseveli* jour.
: et son sépulchre est entre nous jusqu'à ce
30 Comme ainsi soit donc qu'il fust Prophète, ‘et qu'il sceust que Dieu luy avoit promis avec jurement, que du fruit de ses reins selon la chair il susciteroit Le Christ pour l'asseoir sur son thrône”,
31 Luy prévoyant a parlé de la Prec de Christ,
que son âmein'a
oint esté délaissée au sépulchreT, et que sa chair n'a point senti corruption®. P -
1) Ps., XVI, 8-10.
5) Ps., CXXXII, 11.
2) Ou, ma personne.
6) Ou, sa personne.
25 Car David dit de luy, etc. K faloit prouver aux Juifs comme une chose nouvelle et non ouyela résurrection de Christ, qui toutesfois estoit testifiée par claires et certaines prophéties, et qui pouvoit estre recueillie de toute la doctrine des Prophètes. Mais ce n’est pas merveille.
Car nous voyons qu'après que Christ l’éut souvent répétée à ses disciples, ils
3) Ou, au lieu où on ne voit goutte.
7) Ov, au lieu où on ne voit goutte.
k) À Rois, II, 10. Act., XIIT, 36.
8) Ps., XVI, 10.
n’y avoyent encores guères proufité. Et toutesfois ces povres Juifs-ci avoyent certains principes de la vraye doctrine, lesquels leur pouvoyent donner entrée à la cognoissance de Christ : Comme nous verrons tantost après. Pour autant donc que le don du S. Esprit, c’est-à-dire, que le S. Esprit avoit esté envoyé sur la compagnie là assemblée, estoit un fruit de la
résurrection de Christ : il conferme par le tesmoignage de David, qu’il faloit que Christ ressuscitast : afin que par cela les Juifs le recognoissent pour autheur de ce don. Car il prend pour tout résolu qu’il a esté ressuscité des morts, non point afin qu’il fust vivant pour soy, mais pour les siens. Nous voyons maintenant où tend l'intention de S. Pierre : asçavoir qu’on ne devoit trouver estrange ce qui ayoit esté ainsi prédit long temps auparavant :
et avec ce que Jésus est le Christ, d’autant que David a prophétizé de luy comme du chef de lEglise. Premièrement, il nous faut veoir si ce passage doit estre aucunement entendu de Christ comme S.
Pierre l’afferme. Après cela nous esplucherons par ordre s’il y a quelque chose digne d’estre observée aux mots. S. Pierre déclare que ce qui est yci dit, né compète point à David, asçavoir, Tu ne permettras point que ton Sainctl voye corruption : d'autant que le corps de David a esté corrompu au sépulchre. Il semble de prime face que ce soit un argument léger et foible. Car on pourroit répliquer promptemént, qu’il ne faut pas trop presser ce mot pour en faire la preuve de la résurrection de Christ, veu que David n’a voulu autre chose sinon protester qu'il est asseuré qu'il sera préservé de perdition. Ainsi donc, quoy qu'il ait esté touché de corruption, cela toutesfois n’empesche point qu'il n'ait bonne raison de dire qu'il est asseuré de ne tomber au danger d’icelle : pource qu’il sçavoit que le Seigneur le délivreroit. Et mesme, il semble que ce soit une répétition du membre précédent, selon l’usage coustumier de la langue Hébraïque. Que sil est ainsi, le sens Sera simple, que Dieu ne permettra point qu’il soit opprimé sous
l'empire de la mort, où que là mort len-
gloutisse. Et ceste interprétation est confermée parce qu’en lieu que nous lisons yci Enfer, 1 y a en l'Hébrieu Seof : et au lieu que nous lisons yei Corruption, | & il y a là Shachat. Or lun et l’autre mot signifie Sépulchre. En ceste sorte David diroit deux fois qu’il sera délivré de la mort par la vertu et grâce de Dieu. Brief, il signifie yei cela mesme qui est dit au Piéaume XLIX, 15, Dieu rachètera mon
Cnar. II.
âme de la puissancé d'enfer. Commé àu contraire, quand il parle des réprouvez, il a accoustumé de prendre la déscente au sépulchre, pour la perdition et damnàtion. Je respon en peu de paroles, que quelque chose plus grande est yci éxprimée que la commune rédemption des {}dèles. Il est bien vray que David s’asseure que Dieu sera son garent et sauveur éternel tant en Ja vie qu’en la mort. Et @e faict, que luy eust proufité d’avoir ésté délivré une fois d’un péril, Sinon qu il se fust persuadé que par Ja protection de Dieu il seroit mené finalement à sauveté ?
Mais il marque yei un salut qui Surpasse la commune condition des fidèles. Et certes les paroles mesmes signifient qu'il s’esjouit et glorifie de quelqué nouveau et singulier privilége de Dieu. D’avantage, encores qué nous accordissions que ce fust une répétition, ét que ces deux membres ne conteinssent qu’une mesme chose, asçavoir, Tu ne délaisseras mon âme au sépulchre : et, Tu ne permettras point, etc. toutesfois je di que ceci ne doit estre simplemént entendu, que Dieu vueille délivrer son Sainct de ruine éternelle. Car il y a promesse expresse qu’il sera exempt de corruption. Et je ne m'arreste point à cela, que Shachat signilie sépulchre, comme aussi Seo/, qui est mis au premier membre. Car quand nous laisserions là les mots sans en débatre, nonobstant il faut regarder à l’étymologie ii et Poù Te vienent.
Veu donc que le sépulchre est appelé Shachat, pource qu'il corrompt de putréfaction lé corps d’un homme : il ne faut point douter que David n'ait voult noter ceste qualité. Parquoy par ce mot est plustost exprimée la condition de
pourrir, que le lieu. Ainsi le sens sera,
Que Dieu ne permettra point que celuy duquel le Pseaume parle, pourrisse au sépulchre. Or comme ainsi Soit que David
n'ait esté exempt dé ceste nécessité, il
s'ensuit que la prophétie wa point esté entièrement et parfaitement accomplie er luy. Or que le Pseaume doyye éstre nécessairement éxposé de Christ, la chose d’elle-mesme le monstre assez. Car puis qué David estoit l’un des enfans d'Adam, il ne pouvoit éviter céstée condition uni-
Cnar, IT.
verselle du genre humain, Tu es poudre, ef retourneras en poudre 1. : le sépulchre, di-je, est ouvert à tous les enfans d’Adam, pour les engloutir et consumer tous : ensorte que nul ne se peut exempter de corruption. Par ainsi quand nousnous contemplons à part sans Christ, nous voyons le sépulchre ouvert et appresté, lequel nous menace de pourriture.
Pourtant si David est séparé de Christ, ce. qui est yci dif, ne luy compétera nullement, asçavoir qu’il sera sauvé du sépulchre. Quand donc il se glorifie qu'il sera exempié du sépulchre quant à Ja pourriture, il ne faut point douter qu’il ne se conjoigne au Corps de Christ : auquel la mort a esté vaincue, et son règne aboli. Que si David ne se promet l’exemption du sépulchre pour autre raison, sinon entant qu’il est membre de Christ, il appert par ceci qu’il faut commencer par Christ, comme par le chef. Quiconque sera de bon jugement, cognoistra facilement que cest argument est bon : Dieu a assujeti tout le genre humain à corruption : David donc entant qu il estoit du nombre des hommes, n’a peu estre exempté de ceste corruption. Et ne faut douter que les Juifs ausquels s’adressoyent ces propos, Comme ainsi soit que ceste maxime estoit hors de toute doute entr’eux, qu’il ne faloit attendre ni espérer la restauration d’ailleurs que du Christ promis, wayent tant plus facilement acquiescé aux paroles de S. Pierre : pource qu’ils voyoyent bien que ce que les mots portent, ne pouvoit autrement demeurer ferme, sinon qu’on fust venu au Messias.
Car ils n’estoyent point venus jusques à une telle impudence (pour le moins ceux desquels il fait yei mention) qu’ils osassent en choses si manifestes et ouvertes amener des cavillations. Car Dieu avoit pour lors donné à ses disciples des auditeurs, gens dociles et craignans Dieu. [ls cherchoyent le Messias au vieil Testament. ils sçavoyent bien qu’il estoit figuré en David : ils avoyent quélque religion, et portoyent révérence aux sainctes Escritures. Mais aujourd’huy ils sont presque tous désespérément effrontez : et
quoy qu’on les presse par argumens, ils
11) Gen., III, 19,
&G7 se mocquent de tout. Quand ils ne peuvent trouver d'eschappatoire, ils se sauvent à toute force, c’est-à-dire, en niant tout : estans vaincus, jamais îls ne se rendront. Et ne faut nullement douter, que ceste vileine impudence ne soit une punition de leur impiété. Mais retournons au propos de S. Pierre. Veu que David non- seulement prédit que Dieu luy sera libérateur, mais aussi exprime un moyen singulier, asçavoir qu’il ne sera point su- Jet à la corruption du sépulchre : S Pierre recueille de ceci à bon droict, que cela ne luy compète point proprement, veu que son FRFLE est pourri au sépulchre.
Or pource que les Juifs eussent peu trouver ceci une chose fort dure à ouir, il adoucit l'aspreté, usant de cireuit de paroles. Car il ne dit pas précisément en un mot, que ceci n’a point esté yrayement aCCOMpli en David : mais seulement il le signifie obliquement, pource qu'il est consumé au sépulchre à la façon des autres. Au reste, David a tellement prophétizé de Christ, qu’il s’est particulièrement approprié ceste consolation, et l’a estendue au Corps universel de l'Eglise. Car ce qui est entier et parfait au chef, est puis après espandu et distribué à un chacun membre. Toutesfois il ne faut point nier que David n'ait yci parlé de soy-mésme : mais Ça esté entant qu'il Se contemploit en Christ, comme au miroir de vie. I] jette donc son premier regard
sur le Christ : puis il se tourne aussi vers s0y-mesme eL les autres fidèles. Par ainsi vei nous est donnée une doctrine générale de la nature de la foy, de la joye spirituelle de la conscience, de l’espérance, de Ja délivrance éternelle. Je contemploye, etc. Il nous faut retenir ce principe, si nous voulons que Dieu nous soit présent, de le nous proposer devant nos yeux, et mesme avant qu’il apparoisse. Car le regard de la foy passe beaucoup plus avant que l'expérience qui se voit présentement. La foy donc ha ceci de propre, qu’elle se propose tousjours Dieu pour guide et conducteur és choses confuses et en tous dangers. Car i ny a rien qui nous soustiene que la cognoissance de la présence de Dieu : comme au
contraire l'opinion de son absence nous rend tout esperdus. David adjouste qu’il n’a point esté en vain attentif à ceste adresse de Dieu : car il dit que Dieu est à sa dextre, Signifiant par cela, que quand nous le mettons devant nos veux, il ne faut nullement craindre qu’il nous trompe et déçoyve nosire foy : d'autant que nous sentirons tousjours son aide présente. Vray est que la foy doit bien en espérant l’aide de Dieu, prévenir toute expérience, et tout ce que les hommes peuvent cognoistre par leurs sens : mais quand elle aura donné ceste gloire à Dieu, de le contempler en la Parole, combien qu’il soit absent, voire invisible, elle sera * finalement surmontée par l'effet. Car la mesure de la foy n’est pas si grande, qu’elle puisse comprendre la grandeur et largeur infinie de la puissance et bonté de Dieu. Or il use d’une similitude prise de ceux qui se joignent au costé de ceux qu’ils sentent estre débiles pour les soustenir, et de ceux qu’ils cognoissent estre timides pour les confermer. N’esbranler, se prend yci pour n’estre point abbatu et ne perdre courage, mais demeurer ferme et sur pied, comme on dit : comme aussi il est dit au Pseaume XLVI, 5, Dieu est au milieu de son Eglise, elle ne sera point esbranlée. Car combien qu’il adviene que les fidèles soyent souvent esbranlez rudement, toutesfois pource qu’ils reprenent tousjours courage, il est dit qu'ils demeurent fermes. Il ne faut donc point que ceux qui sont soustenus par laide de Dieu craignent de tomber.
Comme au contraire, ceux qui constituent leur force ailleurs qu’en Dieu, branleront pour bien petit de vent qui souffle, et ne faudra qu'une bien petite tentation pour les faire trébuscher.
26 Pour ce mon cœur s'est esjouy, el ma langue en & eu liesse, elc. Après la fiance et asseurance, s'ensuit la joye de l'âme, la liesse de la langue, et repos asseuré de tout le corps. Car siles hommes ne sont stupides, il faut qu’ils soyent en angoisse et tristesse, voire misérable-
ment tourmentez, tandis qu’ils se sentent
estre destituezd e l’aide de Dieu. Mais la fiance qui est mise en Dieu, non-seulement nous délivre de toute destresse,
Car. IT.
mais aussi resjouit merveilleusement nos cœurs. C’est-ci la joye que Jésus-Christ à promise à ses disciples, laquelleneleur sera point ostée, Jehan, XVI,22 et XVII, 43.1 exprime la grandeur de ceste joye, quand il dit qu’elle ne pourra se tenir au dedans, qu’elle ne se déclare par liesse de la langue. Cavod en Hébrieu signifie bien Gloire, mais yci comme en plusieurs autres passages, il se prend pour la langue : parquoy les Grecs ont bien fait de le tourner ainsi. Le repos de la chair, signifie l’asseurance de l’homme tout entier, laquelle la protection de Dieu nous apporte. Et à cela ne répugne point ce que les fidèles sont en inquiétude, et tremblent tousjours. Car tout ainsi qu’au milieu de la tristesse ils ne laissent pas de s’esjouir : aussi il n’y a point d’agitations si grandes, qui puissent rompre leur repos. Si on objecte que la paix des fidèles consiste en l'esprit, et que ce n’est point une paix charnelle : je respon que les fidèles reposent selon le corps, non point qu’ils soyent exempts de fascheries, mais pource qu'ils s’asseurent que Dieu ha entièrement soin d’eux, et que non-seulement leur âme sera en sauveté sous sa protection, mais aussi leur corps sera asseuré.
27 Car tu ne délaisseras point mon âme au sépulchre, et ne permettras
point, etc. Laisser l’âme en enfer, c’est
la laisser opprimer de la mort. Deux mots sont yci mis, lesquels signifient tous deux en Hébrieu, sépulchre : pource que le verbe Shaal signifie autant que demander, je pense que Seol, qui signifie sépulchre, vient de là, pource que la mort est insatiable, dont aussi vienent ces façons de parler par similitude, Le sépulchre a eslargi son âme. Item, Ils ouvrent leur bouche comme le sépulchre.
Au reste, pource que le dernier mot Sahath est tiré de corruption, ou consomption, il faut considérer ceste qualité: comme aussi David Pa voulu noter. Quant à ce qu'aucuns disputent yei de la descente de Jésus-Christ aux enfers, ce sont choses superflues, selon mon jugement, d'autant que c’est une chose eslongnée de lintention et propos du Prophète. Car le mot d'âme en ce passage, ne signifie pas tant l'esprit qui est
Cuar. II.
d’une essence immortelle, que la vie. Car quand l’homme est mort et estendu au sépulchre, il est dit que le sépulchre domine sur sa vie. Ce que les Grecs ont tourné {on Sainct, les Hébrieux ont un mot qui signifie débonnaire. Mais sainet Luc n’a pas tenu conte de cela, pource qu’il ne servoit de rien à la présente matière. Au reste, l’humanité et douceur est tant souvent louée és fidèles, pource qu’il faut qu'ils ensuyvent la nature de leur Père, et luy ressemblent.
28 Tu m'as fait cognoistre les voyes de vie, tu m'empliras de liesse avec ta Jace. 1 signifie qu'il a esté remis de mort à vie par la grâce de Dieu. Car ce qu’il est comme à demi ressuscité, il le recognoist avoir receu de la seule bénignité de Dieu. Ceci a esté tellement accompli en Jésus-Christ, qu’il n’y avoit rien à redire : mais les membres ont leur mesure. Ainsi donc Jésus-Christ a esté exempt de corruption, afin qu’il soit les prémices de ceux qui ressuscitent, 4 Cor., XV, 20. Et nous le suyvrons finalement un chacun en son ordre : mais Ce sera après que nous aurons esté réduits en poudre, 1 Cor., XV, 42. Or quant à ce qu’il adjouste, qu’il est rempli de joye avec la Jace de Dieu, cela convient avec ce qui est dit ailleurs, Monstre-nous ta face, et nous serons sauvez, Pseaume LXXX, 3. Item. La lumière de ta face a esté marquée sur nous: tu as donné liesse en mon cœur. Car il n’y a que la face joyeuse de Dieu, qui non-seulement nous esjouit, mais aussi nous vivifie. Au contraire, quand il destourne sa face de nous, et l’ha comme troublée, il faut nécessairement que nous défaillions.
30 Comme ainsi soit donc qu'il fust Prophète, et qu'il sceust que Dieu luy avoit, etc. I remonstre par deux raisons, qu’il ne se faut esbabir si David estend ses paroles beaucoup plus loin qu'au temps de son aage. La première est, qu'il estoit Prophète. Or nous sçavons que les choses à-venir et fort eslongnées de la cognoissance des hommes sont manifestées aux Prophètes. Parquoy c'est une chose inique de mesurer leurs paroles selon la façon commune des autres: veu que par la conduite du sainct
SUR LES ACTES
Esprit elles outrepassent des longues révolutions d'années. Et pour ceste raison ils sont appelez Voyans, d'autant que comme estans mis en une haute guette, ils voyent des choses qui sont cachées aux autres pour la longue distance. La seconde raison est, que Jésus-Christ luy avoit esté particulièrement promis. Or ceste maxime estoit tellement par tout receue entre les Juifs, que souventesfois ils avoyent ce mot en la bouche, Fils de David, toutes fois et quantes que mention estoit faite du Messias. Vray est que ce ne sont point tels argumens, qu’ils concluent nécessairement que ceste prophétie doyve estre exposée de Jésus-Christ :
et aussi ce n’a point esté l'intention de S. Pierre. Mais premièrement il a voulu prévenir l’objection qu’on eust peu faire au contraire, comment pouvoit David ainsi deviner une chose qui luy estoit incognue. Il dit donc qu’il a cognu Jésus- Christ, et par révélation Prophétique, et par promesse spéciale. D’avantage, ce principe que donne S. Paul (Rom., X, 4) asçavoir que Jésus-Christ est la fin de la Loy, avoit lieu entre ceux qui avoyent le jugement pur et bon. Nul ne doutoit donc alors que tous les Prophètes ne tendissent à ce but, de conduire par la main tous les fidèles à Jésus-Christ. Pour ceste raison le peuple estoit persuadé que tout ce qu’ils avoyent dit d’excellent ou extraordinaire, compétoit vrayement au Messias. Parquoy il faut noter que sainct Pierre argumente bien, quand il recueille que ce qui estoit le principal poincet de toutes les révélations, n’a point esté obscur à David. Que Dieu luy avoit promis avec jurement. Dieu a juré nonseulement afin que David adjoustast foy à sa promesse: mais aussi afin que la chose promise fust plus estimée. Lequel jurement est yci répété, selon mon jugement, afin que les Juifs pensent de quelle importance estoit la promesse que Dieu avoit ainsi marquée. Et ceste mesme admonition nous est aussi utile. Car il ne faut point douter que le Seigneur nait voulu monstrer quelle estoit lexcellence de l'alliance, y adjoustant un serment solennel, Cependant nous avons yci un remède souverain pour l’infirmité de nostre
foy, puis que Dieu nous offre son précieux et sacré nom pour gage, qui nous asseuré de la vérité de ses promesses. Ce mot Selon la chair, signifie qu’il ÿ avoit en Christ quelque chose plus noble que là chair. Christ donc est tellement ny homme de la semence de David, que cépéndant il garde sa Divinité: et en cesté
Car. IL sorte est nomméement exprimée la distinction qui est entre les deux natures :
puis que Christ est appelé par une mesme raison Fils de Dieu, pour lé regard de son essence éternelle, comme il est dit semencé de David, pour lé regard de son humanité.
32 Dieu a ressuscilé iceluy Jésus, de laquelle chose nous lous sommes tes-
moins.
33 Après donc qu'il à esté eslevé par la dextre de Dieu, et qu'il a receu de
son Père la promesse du sainct Esprit : il a espandu ce que maintenant vous
voyez el oyez.
34 Car David n'est point monté au cieux : mais luy-mesme dit, Le Seigneur a dit à mon Seigneur; Sieds-loy à ma dextre, ,
35 Jusqu'à dant que je mette les ennemis le marchepied de tes pieds".
36 Toute la müison donc d'Israël scache certainement que Dieu l'a fait Seigneur et Christ, celuy Jésus, di-je, que vous avez crucifié.
1) Ps., OX, 1.
32 Dieu a ressuscité iceluy Jésus, de laquelle. chose nous Sommes tous tesmnoins, Après avoir prouvé par le tesmoigpage de David qu'il faloit que Jésus- Christ ressuscitast, il dit qué lüy et ses autres compagnons sont tesmoins de ceste résurrection. Dont il s'ensuit que ce que David avoit prédit dé Christ, a esté accompli en Jésus de Nazareth. Puis äprès il traitte du fruit ou efficace. Car il faloït en preïnier lieu démonstrer cela, que Jésus-Christ estoit vivant. Autrement c’eust esté une chose absurde et mcrovable, de diré qu’il fust autheur d’un si excéllent miracle. Toutesfois il remonstre quant et quant, qu'il n’est point particulièrement ressuscité pour Soy: mais afin aw’en espandant Son sainct Esprit, il feist toute l'Eglise participante de sa vie.
33 Après donc qu'il a esté eslevé par la dextre de Dieu, etc. La dextre est yci prinse pour la vertü où puissance, comme par tout en V’Escriture. Car il veut dire que ceci a esté une œuvre de Dieu digne de mémoire, qu'il à exalté son Christ en une si grande hautesse de gloire, lequel les hommes persoyent estre du tout esteint. La promesse de l'Esprit, signifie vei PEsprit promis. Car il avoit desià auparavant souventesfois promis le S. Esprit aux Apostres. Sainct Pierre donc si-
gnifie que Jésus-Christ a impétré de Dieu son Père la puissance d'accomplir.
Et il exprime notamment la promesse, afin que les Juifs sçachent que ceci n’est point soudainement advenu, mais que maintenant les paroles dû prophète Joël se Sont trouvéés véritables, qui avoyent esté dites long temps auparavant que le faict adveinst. Au reste, quant à ce qui est. dit, qu'il à receu dé son Père, cela est dit pour le regard de la personne du Médiateur. Car on peut bien dire tous les deux: que Jésus-Christ à envoyé le S.
Esprit de par soy et de par son Père. Il l’a envoyé de par soy, pour autant qu'il est Dieu éternel: il l’à envoyé de par le Père, pource qu’en tant qu’il est homime, il recoit du Pèrele S. Esprit pour le nous transmettre. Or S. Pierre parle prudemment selon la capacité des rudes : ‘afin qu’il nesmeuve une question dé la vertu de Christ hors de propos. Et de faiet, veu que l'office de Jésus-Christ est de nous addresser au Père, voyci une façon de parler bien propre pour l’usage de la vraye religion, que Jésus-Christ comme estant au milieu entre Dieu et nous, après avoir réceu des dons de la main deson Père, nous les baille puis aprèsdesa main. D’avantage, il nous faut noter cest ordre, qu’il dit que le S. Esprit à esté en-
Car. IE.
voyé par Jésus-Christ, après qu’il a esté eslevé, Ceci s'accorde avec ces Sentences, Le S. Esprit n’estoit pas encoré donné, d'autant que Christ n’estoit pas encore glorifié, Jeban, VIE, 39. Item, Si je ne m'en vay, le S. Esprit ne viendra point, Jehan, XVI, 7. Non pas que les.
Esprit ait commencé seulement alors d’esitre donné : car il à esté donné aux saincts Pères depuis le commencement du monde : mais pource que Dieu a différé ceste abondance de grâce beaucoup plus Manifeste, jusques à ce qu’il eust colloqué son Christ en son siége royal: laquelle abondance est signifiée par ce verbe, J'espandray, comme nous avons veu naguères. Car lefficace et vertu de la Résurréction est seellée par ce moyen. Et quant et quant nous entendons par ceci qué nous n'avons rien perdu quand il est parti du monde: pource qu’estant absent Selon le corps, il nous ést mieux présent par la grâce de son Espri. |
34 Car David n'est point monté aux cieux, mais luy-mesme dit, Le Seigneur, etc. Combien qu'il fust facile de recueillir de leffet mesme, lequel ils voyoyent devant leurs yeux, que la principauté avoit esté donnée au Seigneur Jésus, toutesfois afin que sa gloire ait plus d'authorité, il prouve par le temoignage de David, que Dieu Pavoit ainsi dés longtemps ordonné, que Jésus-Christ fust exallé au souverain degré d'honneur.
Car ceste forme de parler, Æstre assis à la dextre de Dieu, vaut autant comme s’il estoit dit qu’il obtient le Souverain Empire : comme il sera dit ci-après plus amplement. Toutesfois avant que réciter la prophétie, il déclare qu’elle ne compète à autre qu'à Jésus-Christ. Afin donc que le sens soit. plus clair, il faut que “este sentence soit ainsi mise en ordre :
David prononce que Dieu a ordonné qu’un Roy soit assis à sa dextre. Or ceci n’appartient point à David, qui n’a jamais esté exalté en degré ni honneur si haut. Il dit donc cela du Messias. D’avantage, ce qui avoit esté prédit par l’oracle du sainct Esprit, ne devoit sembler nouveau aux Juifs. Il appert par ceci, en quel sens sainct Pierre dit que David n’est point monté
SUR LES ACTES
aux cieux. Il n’est donc point yci question de l’âme de David, asçavoir si elle a esté receué au repos bien-heureux et domicile céleste : mais ceste Ascension au ciel comprend sous soy ce que sainct Paul enseigne au chapitre IV des Ephésiens : où il colloque Jésus-Christ pardessus tous les cieux, afin qu’il remplissé toutes choses. Parquoy cé Seroit uné chose du tout superflue de disputer yci de l’estat des morts. Car saintt Piérre ne veut dire autre chose, sinon que la prophétie de l’assiette à la dextre de Dieu n’a point esté accomplie en David : et pourtant il faut chercher ailleurs la vérité d'icelle. Or veu que ceste vérité ne peut eStre trouvée sinon en Christ, il reste que les Juifs admonestez par cesté prophétie cognoissent que cé qui avoit esté si long temps auparavant prédit, leur est monstré en Christ. Il éstbien vray que David a régné par le commandement dé Dieu, et aucunement a esté son lieutenant:
non point toutesfois en telle sorte qu'il fust éminent par-dessus toutes créatures.
Parquoy ceste assiette ne peut appartenir à aucun, s’il n’est haut eslévé par-dessus tout le monde. Le Seigneur a dit à mon Seigneur, Sieds-toy àma dextre. Pource que la juste et légitime façon de régner est, quand le RôOY ou Empereur, ou de quelque autre nom que Soit appelé celuy qui domine, cognoist qu’il est ürdonné de Dieu : à bon droict aussi David prononce expresséement, que le mandement de régner a esté donné à Jésus-Christ.
Comme s’il disoit qu'il n’a point usurpé follement l'honneur à soy, Héb. V, 5 :
mais seulement a obéy au commande-
| ment de Dieu. Il nous faut veoir mainte-
nant si la raison de S. Pierre est assez ferme. Il fait céste conséquence, Que ceci est dit de Christ, puis que l’assiette à la dextre de Dieu ne convient point à David.
Or il semble bien que cela peut estre réfuté, pource que David à régné par le commandement spécial, au nom et en l’authorité de Dieu : qui est estre assis à la dextre de Dieu. Mais S. Pierre prend pour tout résolu ce qui est véritable (comme desjà nous lavons touché en brief). qu'yci est signifié un plus grand et plus excellent Empire, que celuy duquel
David a jouy. Car combien qu’il ait esté lieutenant de Dieu, et par aanière de dire ait représenté sa personne en régnant : toutesfois ceste puissance n’est pas de beaucoup si grande, qu’elle soit éminente jusques au costé dextre de Dieu.
Car ceci est attribué à Jésus-Christ, d’autant qu'il est ordonné et constitué sur toute principauté, et tout nom qui est nommé non-seulement en ce monde, mais aussi au siècle à-venir, Eph. I, 21. Veu que David est assis beaucoup au-dessous des Anges, il n’occupe pas un si haut siége qu’il soit réputé second après Dieu.
Car il faut monter outre tous les cieux, avant qu’on viene à la dextre de Dieu.
Parquoy, nul n’est proprement et vraye-
ment assis en ceste dextre, sinon celuy qui surpasse toutes créatures en dignité et honneur. Mais celuy qui est assis entre les créatures, quand encore il seroit mis au rang et ordre des Anges, il demeure toutesfois au-dessous de ceste grande hautesse. D’avantage, il ne faut point chercher la dextre de Dieu entre les créatures : mais elle est éminente mesme par-dessus toutes les principautez célestes. Outreplus, le contenu de tout le texte emporte grand poids. Yei est commandé au Roy de tenir le souverain Empire, jusques à ce que Dieu ait abbatu et mis par terre tous ses ennemis. Ainsi certes, encore que j’accordasse que le nom d’une assiette si honorable puisse estre attribué à un seigneur terrien, je di toutesfois que David n’a point régné jusques à ce que tous ses ennemis luy fussent assujetis.
Car nous recueillons de ceci à bon droict, quele Royaume de Jésus-Christ est éternel. Mais le royaume de David non-seulement a esté temporel, ains aussi caduque et de bien petite durée. Joint qu’il a laissé beaucoup d’ennemis çà et là survivans après sa mort. Vray est qu’il a obtenu plusieurs nobles victoires : mais il s'en faut beaucoup qu’il ait donté tous ses ennemis. I] a rendu tributairesaucuns peuples qui luy estoyent voisins : il en a chassé aucuns, ou les a desconfits : mais que monte tout cela au pris de ceste généralité? Finalement, on peut résoudre de toute la déduction du Pseaume, qu’un autre royaume ne peut estre entendu que
Cuar. II.
le Royaume de Christ. Mais encore que nous laissions à parler de tout le reste :
ce qui est là dit de la Sacrificature éternelle, ne convient nullement à la personne de David. Je sçay bien que les Juifs babillent vyci, que les enfans des Rois sont aussi ailleurs appelez Cohenim.
Mais il est yci question de la Sacrificature, telle que Moyse l’attribue au Roy Melchizédec : comme de faict une nouvelle Sacrificature est yci confermée par serment solennel. Parquoy il ne faut rien controuver en ce lieu qui Soit vulgaire ou ordinaire. Or est-il que si David se fust ingéré seulement à quelque partie de l'office sacerdotal, il eust commis un grand forfait : comment sera-il donc appelé Cohen, voire par-dessus Aaron, et consacré de Dieu à toute éternité ? Au reste, pource que je n’ay pas délibéré maintenant d'exposer tout le Pseaume, contentonsnous de ceste raison que sainct Pierre amène : qu’il y aun Seigneur Commis sur la terre et sur les cieux, qui ha son siége en la dextre de Dieu. Quant au second membre du verset, touchant les ennemis qui doyvent estre mis sous ses pieds : je renvoye les lecteurs à ce que j’ay noté sur Ja dre épitre aux Corinthiens, chap.
XV, v.:95.
36 Toute la maison donc d'Israël scache certainement que Dieu l'a fait Seigneur et Christ, etc. La maison d’Israël confessoit que le Messias ou Christ qui avoit esté promis, devoit venir : mais elle n’entendoit pas qui seroit cestuy-là.
Parquoy S. Pierre conclud que Jésus qui avoit esté si ignominieusement traité, et qui pis est, le nom duquel ils avoyent en si grande exécration, est celuy lequel ils doyvent recognoistre et révérer comme leur Seigneur. Dieu (diéil) l’a fait Seigneur et Christ : c’est-à-dire, I ne vous en faut point attendre un autre que cestuy-ci qui a esté créé et donné de Dieu.
Au surplus, il dit qu’il & esté fait, pource que Dieu le Père luy a conféré cest honneur. Îl conjoint le titre de Seigneur avec le nom de Christ : pource que ceci estoit une chose toute vulgaire entre les Juifs, que le Rédempteur devoit estre oinct à ceste condition, qu’il fust le chef de l'Eglise, et que la puissance de gou-
Cuar. II.
verner, et la souveraine domination luy fust donnée. Et il addresse sa parole à toute La maison d'Israël, comme sil disoit, Tous ceux qui veulent estre réputez enfans de Jacob, et qui attendent celuy qui est promis Rédempteur, qu’ils sçachent certainement que c’est cestuy-ci, et qu'il n’y en à point d'autre. Il use de ce mot de Maison, pource que Dieu avoit séparé ce nom et ceste famille de tous autres peuples. Et il adjouste ce mot Certainement, pour non-seulement arrester leurs esprits en la vraye fiance de Christ, mais aussi afin qu’il couppe broche, ainsi qu’on dit, à toutes les doutes de plusieurs, lesquels souvent font scrupule à leur escient en choses trèscertaiñes. Finissant son propos, il leur reproche derechef qu’ils l'ont crucifié, afin qu’estans touchez d’une plus grande amertume et douleur de conscience, ils aspirent au remède. Or puis qu’ils sça-
SUR LES ACTES
vent desjà que Jésus est le Christ du Seigneur, le gouverneur de l'Eglise, et donateur du sainct Esprit, l'accusation ha beaucoup plus grande véhémence. Car l’occision d’iceluy estoit plene non-seulement de cruauté et meschanceté, mais aussi de desloyauté horrible contre Dieu :
et avec ce estoit un tesmoignage de sacrilége et ingratitude, et de révoltement de Dieu. Mais il faloit qu'ils fussent ainsi navrez, afin qu'ils ne fussent paresseux à chercher remède. Et toutesfois ils ne lavoyent pas occis ne crucifié de leurs propres mains : mais cela est plus que suflisant pour les condamner, qu’ils avoyent requis qu'ils fussent mis à mort. Or pensons aussi ceci de nous, que ce mot nous rendra coulpables, si nous le crucifions en nous-mesmes, le voyans maintenant là-haut glorifié au ciel, voire si nous le crucifions le diffamans : comme il est dit, Hébr., chapitre VI, v. 6.
37 Ces choses ouyes, ils eurent componction de cœur, et dirent à Pierre et aux autres Apostres, Hommes frères, que ferons-nous ? 38 Et Pierre leur dit, Amendez-vous, et qu'un chacun de vous soit baptizé
au nom de Jésus-Christ en rémission des péchez :
sainct Esprit.
et vous recevrez le don du
39 Car la promesse est faite à vous et à vos enfans, et à tous ceux qui sont loin : autant que le Seigneur nostre Dieu en appellera.
37 Ces choses ouyes, ls eurent componction de cœur, et dirent à Pierre, ec. Maintenant S. Luc récite le fruit de la prédication de S. Pierre, afin que nous sçachions que la vertu du Sainct Esprit a esté manifestée non-seulement en la diversité des langages, mais aussi és cœurs de ceux qui les oyoyent. Or il note deux proufits. Le premier proufit à esté, qu’ils ont esté touchez de sentiment de douleur : le second, qu'ils se sont monstrez-obéissans au conseil de sainct Pierre. Voyci le commencement de repentance, et l’entrée à la crainte de Dieu, quand nous concevons tristesse de nos péchez, et sommes navrez du sentiment de nos maux : car tandis que les hommes s’endorment de nonchalance, il ne se peut faire qu’ils appliquent leurs entendemens à la vraye doctrine à bon escient. Pour ceste raison la parole de Dieu est com-
parée à un glaive, d’autant qu’elle mortifie nostre chair : afin que nous soyons offerts à Dieu en sacrifice, Hébr. IV, 42.
Mais aussi avec la componction, il y doit avoir une promptitude à rendre obéissance. Caïn et Judas ont eu componction (Gen. IV, 43. Matt. XXVII, 3) mais le désespoir les a empeschez de se submettre et obéir à Dieu. Et de faict, quand David afferme que le sacrifice qui est agréable à Dieu, c’est un cœur contrit et abbatu, certes il parle là de la componction volontaire : veu que parmi les componctions des meschans il y a des murmures et grincemens meslez. Car l'esprit saisi de frayeur ne peut faire sinon fuir Dieu. Il nous faut donc bien espérer et redresser nos cœurs par ceste fiance de salut : afin que nous soyons prests de nous submettre à Dieu, et résigner nos cœurs à tout ce qu’il luy plaira nous
commander. On en voit beaucoup tous les jours, qui sont poincts en leurs cœurs : nonobstant ils se despitent ou murmurent, ou bien ils résistent avec un orgueil obstiné, voire sont furieusement enragez : voire mesme ils prenent occasion d’estre ainsi insensez, de ce que de bon gré ils ne veulent sentir telles poinctures. La componction donc n’est utile, sinon à ceux qui recoyvent une douleur volontaire, et quant et quant demandent le remède à Dieu.
38 Et Pierre leur dit, Amendezvous, et qu'un chacun de vous soit, etc.
Nous voyons par ceci, que ceux qui interroguent la bouche du Seigneur, ne s'en retournent jamais vuides, et ceux qui se présentent à luy pour estre enseignez et gouvernez de [uy, ne sont jamais frustrez de leur attente. Car ceste promesse, Frappez à la porte, et elle vous sera ouverte (Matth., VII, 7) ne nous peut tromper. Quiconques donc sera vrayement disposé pour apprendre, il sentira que le Seigneur ne frustrera point son sainct désir. Car c’est vrayement un bon maistre et trèsfidèle, moyennant qu’il rencontre des disciples obéissans, dociles et studieux. Parquoy il ne faut point que nous craignions qu'il nous laisse despourveus de bon constil, pourveu seulement que nous-nous rendions attentifs à l’ouir, et ne refusions point d’embrasser et recevoir tout ee qu’il aura commandé. Au reste, notons aussi qu’il nous faut Jaisser gouverner par le conseil et authorité de ceux, lesquels Dieu aura oraonnez pour nous enseigner. Car lobéissance tant prompte que ceux-ci ont si tost rendue aux Apostres, pour se ranger et laisser gouverner par eux, est procédée d’yci, asçavoir, qu’ils sont persuadez que les Apostres leur sont envoyez de Dieu, pour leur manifester la voye de salut. 4mendez-vous, etc. 1] y a beaucoup plus grande véhémence au mot Grec : car il signifie une conversion de cœur, en sorte que l’homme soit renouvelé du tout, et fait tout autre qu’il n’estoit. Ce qu'il nous faut diligemment noter; d'autant que ceste doctrine a esté misérablement corrompue sous la Papauté. Car ils ont presque transféré le
Cnar. IE:
nom de Pénitence à je ne sçay quelles cérémonies externes. Ils gazouillent bien quelque chose d’une feinte contrition de cœur : mais ils ne touchent ce poinct que comme par forme d’acquit : et s’arrestent principaiement sur les exercices extérieurs du corps, lesquels, quand: encore il n’y auroit nul vice, ne seroyent pas de grande importance. Brief, presque tout ce qu’ils enseignent de Pénitence, ne sont que fatras controuvez, qui sont
plus pour tourmenter les esprits des.
hommes qu’autrement. Parquoy sçachons que c’est-ci la vraye repentance, quand l’homme est renouvelé en son sens, comme sainct Paul enseigne au chapitre XII des Romains, y. 2. Et ne faut point douter que sainct Pierre n’ait traitté expressément de la vertu et nature de la repentance : mais sainct Luc touche seulement les principaux poincts de la harangue de S. Pierre, sans la réciter tout au long. Voyci donc qu’il nous faut retenir. Premièrement, que sainet Pierre a exhorté les Juifs à repentance : secondement, qu’il les a redressez, leur donnant asseurance de pardon. Car il leu’ à promis rémission dés péchez. Et ce sont là les deux parties de l'Evangile, comnie il est assez notoire. Et pour ceste raison, quand le Seigneur Jésus veut monstrer en somme ce que contient la doctrine de PEvangile, il dit qu’il a falu. que repentance et rémission des, péchez ait esté preschée en son nom. Au reste, pource que nous ne sommes réconciliez à Dieu, sinon que la mort de Jésus-Christ entreviene, et que nos péchez ne sont point autrement purgez et effacez que par son sang : à ceste cause sainct Pierre nous renvoye expressément à luy. Il met puis après le Baptesme au quatrième lieu, comme le seau, par lequel la promesse de la grâce est confermée. Par ainsi en peu de paroles nous avons presque toute la somme de la religion Chrestienne : asçavoir, que l’homme renonçant à SOYmesme se dédie et consacre du tout à Dieu : davantage, que par la rémission gratuite des péchez il soit absous de la condamnation de mort, voire adopté entre les enfans de Dieu. Or pource qu’il ne peut rien obtenir de tout ceci sans
CHar. If.
Jésus-Christ, le nom de Christ est quant et quant mis en avant, comme le fondement uhique de la Foy et de la Pénitence.
Au surplus, il nous faut aussi noter que nous commençons tellement la repentance incontinent que nous-nous convertissons à Dieu, qu’il nous la faut poursuyvre tout le temps de nostre vie. Parquoy ceste prédication doit tous les jours résonner en l'Eglise, Repentez-vous , Marc, 1, 45. Non point afin que ceux qui veulent estre réputez fidèles, et qui ont desjà place en l'Eglise, la commencent :
mais afin qu’ils proufitent en icelle : combien qu’il y en ait plusieurs qui usurpent le nom de fidèles, qui toutesfois n’ont jamais eu aucun commencement de repentance. Parquoy il nous faut tenir ceste ordre d'enseigner : que ceux qui vivent encore au monde et à leur chair, commencent à crucifier le vieil homme, afin qu’ils ressuscitent en nouveauté de vie : et que ceux qui ont desjà fait quelque advancement en l’exercice de repentance, s'efforcent assiduellement de passer plus outre. Or pource que la conversion intérieure du cœur doit produire des fruits en la vie, la repentance ne peut estre droitement enseignée, qwon ne requière quant et quant les œuvres : non point ces œuvres frivoles, lesquelles les Papistes ont seules en estime : mais telles œuvres qui soyent tesmoignages fermes de vraye innocence et saincteté. Æ4 qu'un. chacun de vous soit baplizé.
Combien qu’au contenu de ce texte le Baptesme précède la rémission des péchez, nonobstant selon l’ordre il doit aller après : car le Baptesme n’est autre chose que le seau des biens que nous obtenons par Jésus-Cbrist, afin que par iceluy ils soyent ratifiez en nos consciences. Après donc que sainet Pierre a traitté de la repentance, il semond les Juifs à espérer salut, et s'asseurer d’obtenir grâce, Pour ceste cause sainct Luc conjoindra ci-après en la prédication de sainct Paul, la foy avec la repentance, en ce mesme sens qu’il met yei la rémission des péchez : et à bon droict. Car l’asseurance et fiance de salut ne consiste ailleurs qu’en l’imputation gratuite de justice. Or nous sommes réputez justes
SUR LES ACTES
gratuitement devant Dieu, quand il nous pardonne nos péchez. Cependant, comme j'ay remonstré ci-dessus que la doctrine de pénitence doit tous les jours retentir en l’Eglise : ainsi en faut-il dire de la rémission des péchez, asçavoir qu’elle nous doit estre tous les jours offerte. Et de faict, elle ne nous est point moins nécessaire tout le cours de nostre vie, qu’en la première entrée en l'Eglise. Ainsi il ne nous proufiteroit de rien, que Dieu nous
eust uné fois receus en grâce, si ceste
ambassade n’avoit son cours continue}, Soyez réconciliez à Dieu : car celuy qui avoit point cognu péché, a esté fait péché pour nous, afin que nous fussions justice de Dieu en luy, 2 Cor., V, 21:
Les Papistes corrompent aussi tellement ceste seconde partie de l'Evangile, qu’ils abolissent la rémission des péchez, laquelle on devoit obtenir par Jésus-Christ.
Ils confessent bien que les péchez sont gratuitement pardonnez au Baptesme
mais ils veulent que les péchez qui se commettent après le Baptesme, soyent rachetez par satisfactions. Et combien qu'ils y meslent quant et quant la gràce de Jésus-Christ : toutesfois pource qu'ils lenveloppent avec les mérites des hommes, ils renversent par ce moyen toute la doctrine de l'Evangile. Car ils ostent en premier lieu, la certitude de la foy aux povres consciences : puis quand ils font un partage entre la mort de Christ et nos satisfactions, ils nous privent entière ment du bénéfice de Jésus-Christ. Car Jésus-Christ ne nous a pas en partie réconciliez à Dieu, mais entièrement. Et le pardon des péchez et offenses ne peut estre obtenu par luy sinon tout entier.
Mais les Papistes faillent grandement en ce qu’ils restraignent le Baptesme à la nativité et à la vie précédente : comme si la signification et vertu d’iceluy n’avoit pas son estendue jusques à la mor£.
Sçachons donc que la rémission des péchez n’est fondée qu’en Jésus-Christ : et qu’il ne nous faut penser autre purgation des péchez, sinon celle qu’il a faite par le sacrifice de sa mort. Et pour ceste raison, sainct Pierre exprime le nom de Christ (comme il a esté dit) signifiant par cela, que rien de tout ceci ne peut estre
droitement enseigné, si Jésus-Christ n’est mis au milieu : afin qu'on cherche en luy l'effect de la doctrine. Au reste, ceci n’ha pas besoin de longue exposition, quand il commande qu’ils soyent baptizez en rémission des péchez. Car combien que Dieu ait une fois réconcilié les hommes à soy en Jésus-Christ, ne leur imputant point leurs péchez : et que maintenant il imprime la certitude de ceste réconciliation en nos cœurs par son sainct Esprit, 2 Corinth., chap. V, v. 19 : toutesfois pource que le Baptesme est le seau par lequel il nous conferme ce bénéfice, voire est l’arre et le gage de nostre adoption, il est dit à bon droict qu’il nous est donné en rémission des péchez. Car d’au- - tant que nous recevons les biens de Jésus-Christ par foy, et que le Baptesme est une aide pour confermer et augmenter la foy, la rémission des péchez qui est l’effet de la foy, Iny est adjointe comme à un moyen inférieur. Au demeurant, il ne faut pas prendre de ce passage la définition du Baptesme : d'autant que sainct Pierre ne touche qu’une partie d’iceluy. Sainct Paul enseigne que nostre vieil homme est crucifié par le Baptesme, afin que nous ressuscitions en nouveauté de vie, Rom., VE, 4, 6. Galat., HE, 27. D’avantage il dit, Nous vestons Jésus-Christ mesme, 4 Corinth., XII. Et lEscriture enseigne par tout, que le Baptesme est un signe de repentance. Mais pource que sainet Pierre ne traitte point yei de propos délibéré de toute la nature du Baptesme, ains faisant mention de la rémission des péchez, monstre en passant que la confirmation d’icelle est au Baptesme, il n’y à nul inconvénient sil laisse à parler de l’autre partie. 4u nom de Christ. Combien que le Baptesme ne soit une figure vaine, ains un tesmoignage vray et avec efficace : toutesfois afin que nul n’attribue à l’élément de l’eau ce qui est Jà offert, le nom de CArist est yci mis expresséement : afin que nous sçachions que lors seulement le signe nous sera utile, quand nous chercherons la vertu et efficace d'iceluy en Jésus- Christ : et quand nous entendrons que nous sommes lavez au Baptesme, pource que le sang de Jésus-Christ est nostre
CHap. II.
lavement. Et nous recueillons quant et quant de ceci, que Jésus-Christ est le but auquel le Baptesme nous adresse.
Parquoy, autant qu'un chacun apprend de regarder à Jésus-Christ, autant proufite-il au Baptesme. Mais yei se présente une question : asçavoir-mon S'il à esté licite à sainct Pierre de changer la forme, laquelle Jésus-Christ avoit baillée ? Les Papistes le pensent ainsi, ou bien se le font accroire : et de là prenent une couverture de se donner congé de changer ou abolir les ordonnances de Jésus- Christ. Ils confessent bien que quant à la substance il ne faut rien changer :
mais quant à la forme, ils disent que l'Eglise ha liberté d'innover tout ce que bon luy semblera. Mais cest argument qu'ils mettent en avant, est bien facile à réfuter. Car en premier lieu il faut entendre que Jésus-Christ n’a point donné aux Apostres des paroles de sorcellerie pour en faire un charme, comme les Papistes songent : mais a compris la somme du mystère en peu de paroles.
D’avantage, je di que S. Pierre ne parle point yci de la forme du Baptesme : mais démonstre simplement que toute la vertu du Baptesme est contenue en Jésus- Christ. Combien que la foy ne peut concevoir Christ sans le Père, qui nous
-Pa donné : et sans l'Esprit par lequel il
nous renouvelle et sanctifie. La solution consiste seulement en ceci, qu'il n’est point yeci parlé d’une certaine forme de baptizer : mais les fidèles sont renvoyez à Jésus-Christ, auquel seul nous est conféré tout ce que le Baptesme figure. Car d’un costé nous sommes nettoyez par son sang : et d'autre part, nous entrons en nouvelle vie par le bénéfice de sa mort et résurrection. £t vous receverez le don du sainct Esprit. Pource qu’ils avoyent esté esmerveillez, voyans que les Apostres avoyent tout soudain commencé à parler nouveaux langages : sainct Pierre dit qu'ils seront faits participans du mesme don, s'ils vienent à Jésus- Christ. Vray est que le principal c’estoit la rémission des péchez, et la nouveauté de vie : mais ceci estoit comme un accessoire, que Jésus-Christ manifestast sa vertu en eux par quelque don visible. Car
Car. ÎL.
ce passage ne doit estre entendu de la grâce de sanctification du sainct Esprit, duquel ils voyoyent un tesmoignage en la diversité des langues. Et pourtant ceci ne nous appartient point proprement. Car pource que Christ a voulu magnifier le commencement de son Royaume par tels miracles, ils n’ont esté que pour un temps. Mais pource que les grâces visibles que le Seigneur distribuoit aux siens, monstroyent comme en un miroir, que Jésus-Christ estoit le donateur du sainct Esprit : à ceste cause ce que dit sainct Pierre appartient aucunement à toute Eglise, quand il dit, Vous receverez le don du S. Esprit. Car combien que nous ne le recevions pour parler divers langages, et pour estre Prophètes, ou pour guairir les malades, ne pour faire des miracles : toutesfois il nous est donné pour un usage plus excellent, asçavoir à ce que nous croyons de cœur à justice (Rom., X, 10) que nos langues soyent formées à faire vraye confession, que nous passions de mort à vie (Jehan, V, 24) que nous qui sommes vuides de tous biens, soyons enrichis, et que nous demeurions invincibles contre Satan et le monde. Ainsi doncques la grâce du sainct Esprit sera tousjours annexée au Baptesme, si l’empeschement ne vient de nous,
39 Car la promesse est faile à vous et à vos enfans, et à tous ceux qui, etc.
Il faloit expresséement que ceci fust adjousté, afin que les Juifs eussent cela pour résolu, que la grâce de Jésus-Christ leur estoit commune avec les Apostres.
Or S. Pierre prouve ceci, par ce que la promesse de Dieu leur estoit destinée.
Car il nous faut là tousjours dresser nos yeux: pource que nous ne pouvons autrement cognoistre la volonté de Dieu que par la Parole. Mais ce n’est pas assez d’avoir la Parole en général, si nous ne sçavons qu’elle nous est destinée. Sainct Pierre donc dit que les bénéfices de Dieu que les Juifs voyoyent en luy et en ses compagnons, leur sont aussi promis :
pource qu’il est nécessairement requis pour rendre la foy certaine, qu’un chacun ait ceci imprimé en son cœur, qu'il est du nombre de ceux ausquels Dieu parle,
SUR LES ACTES
KTT En somme, ceci est la vraye règle de croire, quand je suis du tout certain que le salut est mien, pource que la promesse par laquelle il est offert, m’appartient. Et quand nous entendons que la promesse s’estend maintenant à ceux qui en estoyent reculez auparavant, nous avons occasion d’estre beaucoup plus confermez. Car Dieu avoit fait alliance avec les Juifs. Si donc la vertu et le fruit d’icelle est parvenu jusques aux Gentils, il ne faut point que les Juifs doutent d’euxmesmes, que Dieu ne leur tiene sa promesse. Or ilnous faut noter ces trois degrez : premièrement, que la promesse est faite aux Juifs: secondement, qu’elle est faite à leurs enfans : finalement, qu’elle doit estre communiquée aux Gentils. La raison est notoire pourquoy les Juifs sont préférez aux autres : car ils sont comme les premiers-nais en la famille de Dieu :
et outreplus, ils estoyent lors par un privilége spécial séparez de toutes autres gens et nations, Exode, IV, 22. Sainct Pierre doncques garde un bon ordre, quand il assigne le premier degré d’honneur aux Juifs. Quant à ce qu’il adjoint leurs enfans avec eux, cela dépend des .
paroles de la promesse. Je seray ton Dieu et de ta semence après toy, Gen., XVII, 7: où Dieu dénombre les enfans avec leurs pères, et les fait participans de la grâce d'adoption. Ainsi les Anabaptistes sont assez réfutez par ce passage, qui ne veulent point que les enfans nais de pères et mères fidèles soyent baptisez, comme s'ils n’estoyent point membres de l'Eglise. Ils amènent une allégorie pour y trouver un subterfuge, appelans Enfans, ceux qui sont spirituellement engendrez. Mais de quoy proufite ceste impudence si lourde? Il est tout clair que sainct Pierre a dit ceci, pource que Dieu a adopté particulièrement une nation. Or que le droict d'adoption fust aussi commun aux enfans, la Circoncision en rendoit tesmoignage. Tout ainsi donc que Dieu avoit fait son alliance avec Isaac qui n’estoit encore nay, d'autant qu'il estoit semence d'Abraham: aussi sainct Pierre enseigne que tous les enfans des Juifs sont compris en ceste mesme alliance: d'autant que ceste pro-
messe demeure tousjours en sa vigueur.
Crar, II.
prochez de Dieu par Christ. Car Christ
Je seray le Dieu de vostre semence. Æt à | ayant rompu la paroy, a réconcilié à son tous ceux qui sont loin. Finalement les | Père tant les Juifs que les Gentils: et ve-
Gentils sont nommez, qui avoyent esté auparavant estrangers. Car ceux qui rapportent ceci aux Juifs qui estoyent chassez bien loin, et comme bannis en régions lointaines, s’abusent grandement. Car il n’est point yci question de la distance des lieux : mais $. Pierre monstre quelle différence il y a entre les Juifs et les Gentils : asçavoir que les Juifs estoyent les premiers conjoints à Dieu par le moyen de Palliance, et mesme estoyent ses domestiques : mais les Gentils estoyent bannis de son Royaume. Sainct Paul use d’une semblable façon de parler au chap. Il des Ephésiens, asçavoir qu’en lieu que les Gentils estoyent estrangers des promesses, maintenant ils sont ap-
nant au monde a annoncé la paix à ceux qui estoyent près, et à ceux qui estoyent loin. Nous entendons maintenant quelle est l'intention de $S. Pierre. Car pour amplifier la grâce de Jésus-Christ, il la propose tellement aux Juifs, que cependant il dit que les Gentils en seront aussi participans. Et pourtant il use de ce mot Appellera. Comme s’il disoit : Tout. ainsi que Dieu vous à par ci-devant assemblez par sa voix pour esire un mesme peuple :
aussi ceste mesme voix retentira par tout : en sorte que ceux qui sont loin, s’approcheront de vous, après qu’ils ausont esté appelez par le nouveau édict et mandement de Dieu.
40 Et par plusieurs autres paroles il EE et les exhortoit, disant,
Sauvez-vous de ceste génération perverse.
4 Ceux donc qui receurent volontiers sa parole, furent baptizez : et furent adjoustées en ce jour-là environ trois mille personnes. 42 Lesquelles estoyent persévérantes en la doctrine des Apostres, et en da
communion et fraction du pain, et en oraisons.
40 Et par plusieurs autres paroles il tesmoignoit et exhortoit, disant, Sauvez, etc. Combien que $S. Luc n’ait point récité de mot à mot toute la harangue de S. Pierre en cé qu’avons ouy jusques yci, ains a touché seulement la somme d'icelle, nonobstant il remonstre vci derechef que S. Pierre n’a point usé d’une doctrine nue et simple: mais qu'il y a adjousté des aiguillons d’exhortations.
Et il exprime nomméement qu’il s’est fort arresté sur cest endroit. Quant à ce qu’il dit qu’il a exhorté et adjuré, il dénote en cela une vébémence. Car il n’estoit pas aisé qu'ils peussent si tost renoncer du ‘tout aux erreurs desquels ils avoyent si long esté abbruvez, ni aussi de secouer le joug des Sacrificateurs, auquel îls estoyent accoustumez. Il a donc falu qu'ils fussent tirez d’un si profond bourbier par une merveilleuse violence. Or la somme estoit, qu'ils se donnassent garde de la génération perverse. Car ils ne pouvoyent estre à Christ, s’ils ne se fussent
reculez de ceux qui s’estoyent déclarez ses ennemis. Les Scribes et Sacrificateurs estoyent lors en grande authorité: et d'autant qu'ils se couvroyent du titre de l'Eglise, ils abusoyent ‘les simples. Plusieurs estoyent grandement empeschez par ceci d'approcher de Jésus-Christ.
D’autres aussi pouvoyent douter, et d’autres se desvoyer de la vraye foy. Saïnct Pierre donc déclare apertement qu’ils sont
une perverse génération, quelque cho- .
se qu'ils se vantent du titre de l'Eglise.
Pour ceste raison il commande aux auditeurs de se distraire d'eux, afin qu'ils ne communiquent avec eux en meschanceté et pérversité. Quant à ce qu'il dit, Sauvez-vous: il signifie que ce leur sera une poison mortelle, s'ils se méslent avec une telle peste. Et de faict, l'expérience tesmoigne comment ceux-là sont en unebien misérable inquiétude, et démenez çà et là, qui ne sçavent discerner et mettre différence entre la voix du bon Pasteur, et celle des estrangers: et combien plu-
Car. IE.
sieurs sont retardez par leur délicateté et paresse, cependant qu'ils veulent estre neutres. D veut donc qu'ils se retirent de la Compagnie des meschans, s'ils veulent estre sauvez. Et c’est un poinct de doctrine qu’il nous faut aviser de ne mespriser pas. Car il ne sufliroit pas que Jésus- Christ nous fust proposé, si nous n’estions enséignez de fuir les choses qui nous destournent dé luy. Et l'office d’un bon Pasteur est, de garder que les brebis ne S’approchent des loups. Ainsi aujourd’huy pour entretenir le peuple en la pure doctrine de l'Evangile, nous sommes contraints de remonstrer et souvent testifier, combien là Papauté est différente de la vraye religion Chrestienne, et quelle peste dangereuse c’est d’estre enveloppé avec les desloyaux ennemis de Jésus-Christ.
Et ne faut point attribuer à mesdisance, ce que S. Pierre appellé perverse génération, ces pères vénérables qui avoyent lors par devers eux le gouvernement ordinaire de l'Eglise. Car il faut déclarer par leurs noms les dangers qui peuvent apporter la ruine aux âmes. Car les hommés né se garderont point de la poison,
S'ils nentendent que c’est poison.
41 Ceux donc qui receurent volontièrs sa parole furent baptizez : et furent adjoustées, etc. Sainct Luc donc récite plus clairement quel fruit apporta une seule prédication de S. Pierre : asçavoir qu’il gaigna à Jésus-Christ environ trois mille hommes. Avec ce, il monstre quelle est la vertu et la nature de la foy, quand il dit qu'ils receurent volontiers, ou d’un cœur alaigre la parole.
La foy donc doit commencer par ceste promptitude, et par ce zèle alaigre de rendre obéissance. Mais pource que du commencement il y en a plusieurs qui se monstrent fort volontaires, qui puis après n’ont nulle fermeté, ne constance, afin que nous ne pensions pas qu’en Ceux-ci il y ait eu une impétuosité soudaine qui ait esté incontinent abbatue, S. Luc loue tantost après la persévérance de ceux qui receurent volontiers la Parole, disant
qu'ils furent adjoustez aux disciples, ou
bien entez en un mesme corps, et qu'ils
persévéroyent en la doctrine. Ainsi aussi il ne faut point que nous soyons tardifs |
SUR LES ACTES
à rendre obéissance, ni hastifs à reculér en arrière : mais il nous faut comme ficher le pied, et tenir fermes à la doctrine que nous aurons soudainement receue.
Au reste, cest exemple nous devroit faire grand’honte. Car une si grande multitude de gens a esté convertie à Jésus-Christ par une seule prédication : et à grand’peine nous sommes esmeus d’uné €eenteine. Sainct Luc raconte qu’ils ont persévéré : et à grand’peine y en a-il de dix Pun qui monstre qu’il ait moyennement proufité : mais qui pis est, la plus grande partie se fasche de la doctrine, Malheur done au monde à cause de sa nonchalance et légèreté.
42 Lesquelles estoyent persévérantes à la doctrine, etc. Sainct Luc non-seulement loue en eux la constance de la foy et de la vraye religion : mais aussi il dit qu’ils se sont constamment employez és exercices qui servent pour confermer la foy : asçavoir qu'ils se sont estudiez de proufiter assiduellement, en oyant les Apostres : qu'ils ont souvent väcqué à prières : qu'ils ont esté diligens à communiquer entr’eux, et à rompre le pain.
Quant à la doctrine et aux prières, le sens n’est nullement obscur. La communion et la fraction du pain se peuvent prendre en diverses sortes. Aucuns prenent la fraction du pain, pour la Cène : les autres entendent les assemblées que faisoyent les fidèles pour manger ensemble Aucuns pensent que la communion soit la célébration de la sainete Cène. Maïs je m’accorde plustost avec ceux qui pensent que Ja Cène est signifiée par la fraction du pain : car ce mot de Communion, pe va jamais tout seul, sans quelque mot adjoint, quand il signifie la. Cène. Je rapporte donc la communion à Ja conjonction mutuelle, aux aumosnes et autres devoirs de conjonction fraternelle. Et la raison pourquoy j'aime mieux interpréter la fraction du pain, de la Cène du Seigneur, c'est que sainct Luc récite les choses, esquelles consiste la conservation de P estat publi que de l'Eglise. Mesme il exprime yci quatre marques, par lesquelles on peut facilement juger quelle est la VTaye et naturelle face de l'Eglise. Cherchonsnous donc la vraye Elise de Christ?
L'image d’icelle nous est yei dépeinte au vif. Or il commence par la doctrine, qui est comme l’âme de l'Eglise. Et ne parle point de toute doctrine : mais de la doctrine des Apostres, c’est-à-dire de celle ‘que le Fils de Dieu avoit donnée par leurs mains. En quelque lieu donc que résonne la pure parole de l'Evangile : en quelque lieu aussi que les hommes demeurent en la pure profession d’iceluy, et où ils s’exercent ordinairement à J'ouir et y proufiter, il ne faut nullement douter qu’il n’y ait Eglise. On peut donc facilement conclure de ceci, combien est frivole la vanterie des Papistes, quand ils font retentir à plene bouche ce mot d’Eglise :
comme ainsi soit toutesfois qu'ils ont si - vileinement corrompu toute la doctrine des Apostres. Car si on y regarde bien, il ne s’y en trouvera point un Sen poinct entier, et en plusieurs il n’y à pas moindre discord qu'entre la lumière et les ténèbres. La règle de servir et honorer Dieu, laquelle ne devoit estre prise d’ailleurs que de la parole d’iceluy, pour tout potage est là rapetassée d’inventions superstitieuses des hommes. Quant à la fiance de salut, laquelle devoit seulement résider en Jésus-Christ, ils l’ont transférée aux mérites des hommes. L’invocation de Dieu est presque ensevelie entr’eux de resveries profanes. Brief tout ce qui est là ouy, ou c’est un desfigurement, ou renversement de la doctrine des Apostres. Parquoy, autant qu’il est facile aux Papistes de prétendre le titre de l'Eglise, autant nous sera-il facile de repousser leur sotte arrogance. (Car le
43 Or toute personne avoit crainte, Jaisoyent par les Apostres.
A4 Et tous ceux aussi qui croyoyent,
communes”,
Car. II.
poinct de nostre différent sera, asçavoir s'ils ont gardé la pureté de la doctrine :
de laquelle certes ils sont autant eslongnez que les enfers du ciel. Mais à dire vray ils sont bien sages de ne vouloir point qu'on ouvre la bouche pour disputer aucunement de la doctrine. Cependant toutesfois, comme j’ay dit, nous pourrons hardiment et sans danger mespriser ceste vaine masque d’église. Car le sainct Esprit prononce qu’on doit principalement estimer l'Eglise par ceste marque, quand la simplicité de la doctrine enseignée par les Apostres y est receue. Et en la communion. Ce poinct-ci et le dernier dépendent du premier, comme fruits et effects d’iceluy. Car la doctrine est le lien de la communion fraternelle qui est entre nous : et quant et quant elle nous ouvre la porte pour entrer jusques à Dieu, et luy présenter nos oraisons. Mais la Cène est adjoustée à la doctrine par f forme de confirmation. Parquoy ce n’est point sans
causé que sainct Luc récite ces quatre ”
choses quand il nous veut descrire un estat de l'Eglise bien ordonné. Et quant à nous il faut que nous taschions de parvenir à cest ordre, si nous voulons estre vrayement réputez Eglise devant Dieu et ses Anges : et non point nous vanter devant les hommes du titre d’icelle sans effect. I est certain qu’il parle des prières publiques. Par ainsi ce n’est point assez qu'un chacun face ses oraisons particulières en sa maison, si avec Cela tous ne s’assemblent pour prier en commun :
en quoy aussi consiste la profession de là 103.
et beaucoup de merveilles et signes se
estoyent unis, et avoyent toutes choses
45 Ils vendoyent possessions et biens, et les départoyent à tous, selon que
chacun en avoit besoin.
1) Ou, ensemble. 2) Act., IV, 32.
43 Or toute personne avoit ne et beaucoup de merveilles, etc. I] signi fie que le regard de l'Eglise estoil ai qu’il rendoit estonnez les autres qui ne consentoyent point à la doctrine. Or ceci
a esté fait pour conserver et avancer l'Eglise. Quand quelque secte se lève, tous s’y opposent fort et ferme : et comme la nouveauté est tousjours odieuse, aussi les Juifs n’eussent jamais souffert
Cuar. II.
que l'Eglise de Jésus fust demeurée en son estat une seule minute de temps, si Dieu ne leur eust baïllé ceste crainte pour les réprimer et tenir en bride. Au reste, sainet Luc note une espèce de crainte, non point par laquelle les hommes soyent amenez à l’obéissance de Christ : mais une crainte qui les tient suspens, et tellement liez, qu’ils n’osent empescher l’œuvre du Seigneur. Comme mesme aujourd’buy il y en à plusieurs qui prenent plaisir à estre ignorans, et ne sçavoir que c’est de l'Evangile : ou bien sont empestrez des solicitudes de ce monde, afin qu'ils ne se rangent du tout à Jésus- Christ : et toutesfois ne sont point si endurcis, qu’ils ne cognoissent bien que la vérité de Dieu est par devers nous. Et pour ceste cause ils se tienent comme entre deux : et ne favorisent point à la cruauté des meschans, d'autant qu'ils craignent de s’aheurter contre Dieu.
Quant à ce qu'il dit, éoute personne, etc.
il prend le tout pour une partie. Car il est bien certain que plusieurs n’ont tenu conte de la main de Dieu, et d’autres n’ont esté empeschez par aucune crainte, qu'ils ne se soyent employez à persécuter furieusement la povre Eglise. Mais sainct Luc a voulu dire qu’une telle vertu de Dieu reluisoit en l'Eglise, que la plus grande partie du peuple avoit la bouche close. Et beaucoup de merveilles, etc.
Ce membre aussi tend à rendre raison de la crainte de laquelle il à parlé. Car avec les autres œuvres de Dieu, les miracles servoyent à donner crainte : combien que ce n’a pas esté la seule raison, mais une de plusieurs, pourquoy ils ont eu crainte de s'opposer à Dieu, lequel ils concluoyent par les miracles estre de ce costé-là. Dont nous pouvons recueillir
que les miracles ne proufitent point seu-:
lement à ce que les hommes se rangent sous l’obéissance de Dieu, mais aussi à ce que les meschans et obstinez en soyent aucunement adoucis, et que leur inhumanité soit dontée. Pharaon a esté un exemple d’une obstination désespérée sur tous autres, Exod. VII, 8, et 49 : et toutesfois nous voyons comment les miracles luy ont touché le cœur, quelque obstiné et endurci qu’il fust. ILest vray
SUR LES ACTES
que tantost après il ne s’en souvient plus :
mais quand la main de Dieu le presse, la crainte le contraint de faire joug. En somme, sainct Luc enseigne que par ce moyen les Juifs ont esté retenus, en sorte que l'Eglise, laquelle on pouvoit bien facilement destruire, a eu loisir de croistre.
Le semblable avons-nous expérimenté en nostre temps par plusieurs fois. Au reste, il ne veui pas dire seulement que la crainte les a empeschez de nuire autant qu'ils eussent bien voulu : mais aussi qu'ils ont esté humiliez de révérence, à la louange de l'Evangile.
44 Et tous ceux aussi qui croyoyent, estoyent unis, et avoyent, etc. Là où j'ay traduit estoyent unis, il y a mot à mot au Grec, Estoyent en un, ou en mesme : ce qu'on pourroit exposer du lieu où ils estoyent : comme s’il disoit que coustumièrement tous habitoyent ensemble en un mesme lieu. Mais j'aime mieux entendre du consentement mutuel : comme il dira au chapitre IV, qu’ils avoyent tous un mesme cœur. Ainsi il poursuit par un bon ordre, quand il commence par les cœurs : et adjouste puis après la bénéficence comme le fruit procédant de là.
I signifie donc qu'ils ont esté conjoints entr’eux d’une amour vrayement fraternelle : et qu'ils l'ont monstré par effet, en ce que les riches vendoyent leurs biens et possessions pour subvenir à la nécessité des povres. Or c’est un bel exemple de charité : et sainct Luc le récite, afin que nous sçachions que nous devons subvenir à l’indigence de nos povres frères de Ce que nous avons d’abondant. Toutesfois ce passage ha bon besoin d’estresainementetpurementexposé, à cause d’aucuns esprits fantastiques, qui forgent une communauté de biens, par laquelle toute police soit 'renversée comme en ce temps-ci les Anabaptistes ont esmeu des séditions, autant qu’ils pensoyent qu’il n’y pouvoit avoir aucune Eglise, sinon que tous les biens d’un chacun fussent entassez en un monceau, et que tous veinssent là pour en prendre.
Et pourtant il nous faut yci garder de deux extrémitez. Car d’un costé il y en a plusieurs qui sous couverture de Ja police, tienent serré et caché tout ce qu'ils
ont, défraudént lés povres, et s’estiment plusque justés, pourveu qu'ils ne ravissent point le bien d’autfuy. D'autre part, il y en a d’autres qui tombent en un erreur Opposite, qui voudroyent que tout fust en confus. Mais que dit sainct Luc?
Il est certain qu'il monstre qu’il ÿ avoit un ordre, et qu'on procédoit avéc discrétion, quand il dit que les possessions ét autres biens ont esté distribuez selon qu'ils cognoissoyent qu'un chacun en avoit besoin. Si quelqu'un réplique qu’il n'y avoit rien de propre, veu que toutes choses estoyent communes : la solution est facile : car ceste communauté doit estre restrainte à la circonstance qui est adjoustée incontinént après : asçavoir que les povres fussent secourus un chacun selon son indigence. C’est un proverbe ancien tout commun, que tous biens sont communs entré les amis. Or quand les Pithagoriciens parloyvent ainsi, ils ne disoyent pas qu'un chacun ne deust gouverner sa maison en son particulier, et leur intention n’estoit point de faire leurs femmes communes. Ainsi ceste commu-
46 Et tous les jours persévéroyent tout d'un accord au temple, ét rompins
Cnar, IL
nauté qui ést louée par sainct Luc, n’abolit point l’ordre, que Chacun aît soin de son meshage. Et on cognoistra mieux ceci par ce qui est dit au chapitre IV, où d’un si grand nombre de persôrines qui estoyent de l’Eglisé, il n’en nomme que deux, qui vendoyent léurs biens et possessions. Dont nous recuëéillons cé que j'ay dit, que les biens n’estoyént point autrement apportez en commun, Sinon pour subvenir à la nécessité présente. Or les moines ont monstré uné impudéñce ridicule, de dire qu’ils tienent la règle des Apostres, pource qu'ils W’ont rien de propre : et cependant ils ne vendent rien, et ne se soucient point si quelqu'un ést indigent : mais ils remplissent leurs véhtres oisifs du Sang des povres, ét ne regardent autre chose en leur communauté, sinon de se souler ét faire grarid’chère, encore que tout le reste du monde soit affamé. Qu’ont-ils donc de semblable avee les premiers disciples dont il est yei parlé, desquels ils veulent estre répütez imitateurs ?
le pain de maison en maison, ils prenoyent leur repas avec joye et simplicité
de cœur.
47 Louans Dieu, et ayans grâce envers tout le peuple. Et le Seigneur adjoignoit de jour en jour à l'Eglise, gens pour estre sauvez.
46 Et tous les autres persévéroyent tous d'un accord au temple, etc.
faut noter qu'ils fréquentoyent au temple, pource que la plus grande commodité et occasion sé présentoit au temple d’avancer l'Evangile. Car ce westoit pas la saincteté du lieu qui lès attiroit là, veu qu'ils sçavoyent bien que les figures et ombres de la Loy estoyent abolies : et ne vouloyent point induire les autres par leur exemple, à avoir quelque dévotion au temple. Mais pource qu’il y avoit là plusieurs fidèles assemblez, lesquels ayans your l'heure oublié leurs particuliers afjaires, qui les eussént distraits ailleurs, cherchoyent le Seigneur : ils fréquentoyent au Temple pour gaigner à Jésus- Christ ceux qui estoyent tels. Ils pouvoyent aussi avoir quelque autre raison :
asçavoir afin qu'ils communicassént érttr’eux de la doctrine. Ce qu'ils n’eussént peu faire plus commodéement en maisons privées, et principalemeñt dépuis que le nombre éstoit tant augmenté. Æ# rompans le pain de mâison en maison, elc. 8. Luc signifie que non-seulement ils monstroyent des signes de vraye religion en public, mais aussi qu'ils tenoyent un mesme train en leur vie privéé. Car:
quant à Ce qu’aucuns prenent Yci le rot pement du pain pour là säincté Cèné, cela me semble estre loin de l'intention de sainct Luc. Il sigifie doné qu'ils avoyent accoustumé de prendre leur répas énsemble, et sobrement. Car ceux qui font dés banquets somptueux, ne matigent pas ainsi familièrement énsemble, Et de faict, S. Luc adjouste puis