CHAPITRE IL
1 Or Pierre et Jehan montoyent ensemble au temple à l'heure de l'oraison,
qui estoit à neuf heures.
2 Et un homme boileux dés le ventre de sa mère y estoit porté, lequel on mettoit journellement à la porte du temple, nommée la Belle, pour demander l’aumosne à ceux qui entroyent au temple.
3 Iceluy voyant Pierre et Jehan voulans entrer au temple, les pria afin
d'avoir une aumosne.
4 Mais Pierre avec Jehan ayant l'œil fiché sur luy, dit, Regarde-nous.
5 Et il les regardoit attentivement, espérant recevoir quelque chose d'eux.
6 Adonc Pierre dit, Je n'ay or ni argent: mais ce que j ay je te le donne, Au nom de Jésus-Christ Nazarien lève-toy, et chemine.
7 El l'ayant prins par la main droite, le leva : et incontinent ses plantes et chevilles de ses pieds deveindrent fermes.
8 Et sauta, et se teint debout, et cheminoit, el entra avec eux au temple,
cheminant et sautant, et louant Dieu.
9 Et tout le peuple le veit cheminant et louant Dieu. 10 Et recognoissans que c’estoit celuy-mesme qui estoit assis à la Belle porte du temple pour avoir l'aumosne, furent remplis d’esbahissement et d’estonne-
ment de ce qui luy estoit advenu.
A1 Et comme le boiteux qui avoit esté quairi détenoit Pierre et Jehan, tout le peuple estonné courut à eux au portail, qui est appelé de Salomon.
A Or Pierre et Jehan montoyent ensemble au temple à l'heure de l'oraison, etc. Nous avons veu ci-dessus que plusieurs miracles ont esté faits par les mains des Apostres. Maintenant S. Luc selon sa coustume en récite un d’entre plusieurs par forme d'exemple : asçavoir, qu’un homme estant boiteux dés le ventre de sa mère, a recouvré plene santé. Or il recueille diligemment toutes les circonstances qui servent pour rendre le miracle plus notoire. S'il n’y eust eu que quelque membre desnoué, ou quelque autre maladie accidentale, la guairison eust esté plus facile. Mais ce vice de nature n’a peu estre si aiséement corrigé. Quand il dit qu'il y estoit porté, nous recueillons par cela qu’il n’estoit point boiteux d’une façon commune :
mais qu’il estoit là comme ayant les jambes mortes. Veu qu’il avoit accoustumé de demander tous les jours l’aumosne au peuple, par cela il pouvoit estre mieux cognu de tout le peuple. Quant à ce qu’à l'heure de l’oraison, il chemine au temple estant sain et dispos, cela a servi grande-
ment à divulguer la renommée du miracle. Ceci aussi donne grand los au miracle, que ce boiteux se dresse incontinent sur ses pieds, et quant et quant se prend à sauter, et chemine alaigrement. Montoyent au temple à l'heure, etc. Puis que le mot Grec se peut rapporter et au lieu et au temps, ce dernier sens convient mieux au propos de S. Pierre :
mais puis que ce n’est pas chose de grande importance, je le laisse en la liberté d’un chacun. Au reste, l'heure de l’oraison estoit la neufième, quand le jour commençoit à décliner sur le vespre.
Car comme ainsi soit que le jour eust douze heures depuis le soleil levant jusques au soleil couchant, (ainsi que nous avons dit ailleurs) tout ce temps là estoit divisé en quatre parties. Ainsi par les neuf heures est entendue la dernière partie du jour : comme aussi la première heure duroit jusques à la tierce, la tierce jusques à la sixième, et la sixième jusques à la neufième. Nous pouvons recueillir de ceci par une conjecture probable, que ceste heure-là estoit destinée
Cuar. III.
pour le sacrifice du soir. Au reste, si on demande, asçavoir si les Apostres montèrent au temple pour faire oraison selon la cérémonie de la Loy : il me semble qu'ils ne l’ont pas tant fait pour cela, que pour chercher meilleure occasion d'avancer l'Evangile. Or si quelqu'un vouloit abuser de ce passage, comme s’il estoit licite d'observer des services superstitieux, quand nous conversons entre infirmes et rudes, ce seroit une raison frivole. Dieu avoit ordonné que les Juifs offrissent sacrifice soir et matin. Exo., XXIX, 41, et Nom., XX VIIE, 3, 4. Ils estoyent enseignez par cest exercice, qu'il faloit commencer et finir le jour par la prière et service de Dieu. Il estoit doncques en la liberté de Pierre et de Jehan de venir au temple que Dieu avoit consacré : et certes ils ne se polluoyent point :
veu que pour rendre tesmoignage de leur religion ils invoquoyent le Dieu d'Israël.
Premièrement, quant à ce que Dieu a voulu que le peuple ancien eust certaines heures, nous recueillons de cela que l'Eglise ne se peut passer de quelque discipline. Et si nous n’estions aujourd’huy trop endormis, il nous seroit grandement utile d’avoir tous les jours de telles assemblées. Quant à ce que les Apostres montent au temple à ceste heure-là, nous recueillons de cela, qu’il ne nous faut laisser passer aucune occasion pour avancer l'Evangile.
3 Foulans entrer au temple, les pria, afin d'avoir une aumosne. Nous voyons comment le Seigneur a donné santé à ce boiteux contre toute espérance. Pource qu'il pensoit que sa maladie fust incurable, il ne se soucioit d'autre chose que de demander sa vie. Il reçoit ce que jamais il n’eust osé demander. Or Dieu nous prévient bien souvent en ceste sorte : et n'attend point que nous le provoquions. Au surplus, nous ne devons prendre de ceci occasion d’estre paresseux : comme si Dieu venoit le premier au-devant de nous, afin que nous de nostre costé demeurans là paresseux et oisifs, le laissions nous bien faire. Car nous avons commandement de prier. Et pourtant n'oublions pas de faire nostre devoir. Or en premier lieu, ce boiteux
SUR LES ACTES
nous est yci proposé comme un homme n’estant encore illuminé par foy, en sorte qu’il entende bien comment il faut prier.
Dieu prévient le premier telles gens, comme il est nécessaire aussi. Pourtant, quand non-seulement il guairit nos âmes, mais aussi les remet en vie, il prend en soy-mesme la cause de ce faire. Car c’est le commencement de nostre vocation, qu'il face estre les choses qui ne sont point : et qu’il se manifeste à ceux qui ne le cherchent point, Rom., chap.
IV, v. 17, et Isaïie, LXV, 1. D’avantage, quoy que nous soyons desjà enseignez à prier Dieu par foy : toutesfois pource que nous ne sentons pas fousjours nos maux, il ne nous souvient point de chercher le remède : à ceste cause Dieu esmeu de sa seule grâce nous l’apporte, et nous le baïlle contre tout nostre espoir.
Brief, soyons tant attentifs à faire oraison que nous pourrons : toutesfois il surmonte par sa bonté tout nostre espoir et nos requestes.
4 Mais Pierre avec Jehan, ayant l'œil fiché sur luy, dit, Regarde-nous.
Sainct Pierre ne parle pas en telle sorte qu'il ne soit certain du conseil de Dieu :
et est certain que par ces paroles il l’exhorte à espérer quelque grand bien et non accoustumé. Toutesfois on pourroit demander s'ils ont eu puissance de faire miracles toutes fois et quantes qu’il leur sembloit bon. Je respon à cela, que les Apostres ont esté tellement ministres de la volonté de Dieu, que cependant ils n’ont rien attenté de leur propre mouvement, ni à leur appétit : mais Dieu a besongné par eux, quand il cognoissoit qu’il estoit expédient. De là est advenu qu’ils en ont guairi un, et non pas tous indifféremment. Parquoy, tout àinsi qu’ils avoyent le sainct Esprit pour gouverneur et conducteur en toutes autres choses :
aussi l’avoyent-ils en cest endroit. Pourtant, avant que sainct Pierre commande à ce boiteux de se lever, il le regarde et fiche l'œil sur luy. ne faut point douter que ce regard n’ait eu quelque mouvement particulier du sainct Esprit. Cela fait qu'il parle si hardiment du miracle.
Au reste, par ceste parole il a voulu resveiller ce boiteux, et l’inciter vivement à
recevoir la grâce de Dieu : et iceluy toutesfois n’attendoit de recevoir que quelque aumosne, 6 Je n'ay or ni argent, mais ce que j ay .je te le donne, Au nom, etc. Saïncet Pierre s’excuse à la vérité qu'il est despourveu de l’aide que luy demandoit ce boiteux. Il proteste donc que s’il pouvoit subvenir à sa nécessité et indigence, il le feroit volontiers : comme un chacun de nous doit considérer ce qui luy est baillé par le Seigneur, pour en subvenir à ses prochains. Car Dieu veut que tout ce qu'il nous à donné de faculté, soit un instrument ou aide pour exercer charité.
Et pourtant sainct Pierre dit qu’il donné ce qu'il ha. Il est certain que de prime ‘face ceci pouyoit sembler une mocquerie, qu'après que sainct Pierre avoit attiré l'esprit de ce boiteux à une espérance grande, il commence son propos par la déclaration de sa povreté : ce qui estoit autant que tromper le corbeau qui baaiïlle, comme on dit en proverbe entre les Latins : mais il a bien tost après adijousté la consolation, afin que par la comparaison du don qu’il luy feroit à quelque autre aumosne que ce fust, la grandeur du miracle fust trouvée plus excellente.
C’est une horrible impiété que quand on crée le Pape, il se joue de ce passage comme d’une farce, en abusant impudemment d’iceluy avec macquerie, Il y a deux siéges de pierre : estant assis en l’un, le peuple luy vient demander lPaumosne : et il respond ces propos mesmes de sainçt Pierre, qu'il n’ha or ni argent, et en lieu d'argent il jette des croix en Pair. Puis après estant mené en l’autre siége, il ha des petis sachets pleins d'argent : et lors ses gentils anges et supposts cammencent à crier, Il a distribué et donné aux poyres, Pseau., CXIT, 9. Fay bien voulu réciter ceci, afin que tous cognoissent tant mieux que Satan règne là tout à plein, où la parole sacrée de Dieu est ainsi manifestement exposée en mespris.
Or pour retourner à la sentence précédente, an voit assez clairement que sainct Pierre avoit une révélation certaine, quand il dit qu’il ha la grâce et le don de guairison, Au nom de Jésus-Christ Nazarien, etc. Avant que passer plus ou-
Cuar. HN,
tre, il veut monstrer que la guairison de ce boiteux estoit une œuvre et bénéfice de Jésus-Christ. Car ce mot de Nom, est pris pour vertu où commandement. Car il ne faut point songer une yertu magique ou sorcellerie en la prononciation du mot:
comme les Juifs songent des resveries en ce mot de Jéhovah. En somme, sainet Pierre a voulu faire entendre qu'il n’estoit rien que minisire, et que le Seigneur Jésus estoit autheur de ce miracle. Car c’est le soin qu’il devoit avoir, que Jésus- Christ fust manifesté au monde, et que son Nom fust sanctifié. Mais pourquoy appelle-il yei Jésus-Christ Nazarien ? de laisse aux autres leur jugement : mais mon opinion est, que comme ainsi sait que le Seigneur Jésus fust ainsi appelé par mespris, sainct Pierre a voulu tout à propos exprimer que ce Jésus qui avoil esté crucifié, et le Nom duquel estoit contemptible et plein d’ignominie entre les Juifs, voire mesme détestable à plusieurs, estoit toutesfois le Messias que Dieu avoit promis : et que le Père luy avoit donné toute puissance : comme sainct Paul dit qu’il presche Jésus-Christ, et iceluy crucifié, 4 Corinth., IE, 2. Levetoi et chemine. Geci pouvoit sembler estre plus que ridicule. Car ce boiteux pouvoit répliquer tout sur le champ, Pour- Quoy ne m’as-tu premièrement donné des
jambes et des pieds? Car tu te mocques
de moy, de me commander de cheminer, veu que je n’ay point de pieds. Mais il adjousta foy aux paroles de sainct Pierre :
et luy qui estoit au commencement impotent et pesant, reçoit maintenant le don de Dieu d’un courage prompt et alaigre, dont on voit quelle est l’efticace de la Parole, et quel est le fruit de la foy. Or l’efficace de la Parole y est double. Car d’un costé elle dispose tellement le hoiteux, qu’il obéit tout incontinent sans aucune difficulté : et d'autre part, elle donne vigueur aux membres de cest homme, qui estoyent amortis, et par ma nière de dire, le renouvelle. Et la foy n’est point sans son loyer : d'autant qu’il n’obéit point en vain à celuy qui luy commandoit de se lever. Nous voyons done comment Dieu besongne par sa Parole :
asçavoir, qu’il donne bonne issue à la
Cuar. III.
prédication d’icelle, en sorte qu’elle pénètre dedans les cœurs des hommes :
avec ce, quand il présente de sa main les choses qui sont là promises : outreplus, il ne permet point que la foy soit vaine, ains fait qu’ellé jouisse vrayement de tous les biens qui luy sont offerts par la Parole, et lesquels elle attend. Or il faut réduire en mémoire ce que j'ay desjà dit :
que nous avons en ceste histoire comme une figure générale de nostre restauration spirituelle : asçavoir, que tout ainsi que la Parole appréhendée par foy, a remis Ce boiteux en santé : aussi Dieu pénètre jusques aux âmes par sa Parole, pour les remettre en leur entier. Or il parle premièrement par la bouche des hommes, et nous incite à l’obéissance de la foy. Puis après il nous esmeut les cœurs au (dedans par son sainct Esprit, alin que Ja Parole prene vives racines en nous. Finalement, il nous tend la main, et accomplit son œuvre entièrement en nous. Nous recueillons de sainct Matthieu, que c’est ainsi qui faut traitter des miracles.
9 et 10 Æt tout le peuple le veit cheminant et louant Dieu, etc. I commence maintenant à réciter le fruict du miracle :
asçavoir, que ce boiteux en louant Dieu monstra qu’il n’estoit point ingrat du bénéfice qu’il avoit receu : et que tout le peuple à esté ravi en admiration. Or il y a yei double fruict. Car celuy qui a esté guairi, recognoist le bénéfice de Dieu, et le loue : et d’autrepart, le peuple est esmeu , et la renommée estant espandue plus loin, plusieurs accourent pour veoir ce miracle. Au reste, quant à ce que sainct Luc dit qu'ils furent remplis d'esbahissement et d'estonnement, c’est seulement une préparation, après laquelle. s’est ensuyvi un fruiet plus ample. Car il faloit passer outre, d'autant que cest esbahissement n’eust pas servi de beaucoup de soy : veu que plustost il les rendoit estonnez qu’il ne les amenoit à Dieu. Parquoy, ce que le peuple fut estonné, à esté comme un fondement de l'édifice à-venir. Car si nous laissons passer et ne tenons conte des œuvres de Dieu, nous ne rapporterons jamais aucun proutit d’icelles. Au demeurant, ce pas-
SUR LES ACTES
sage nous enseigne que peuvent proufiter les miracles d’eux-mesmes és hommes : asçavoir, qu’ils ne peuvent sinon engendrer un esbahissement confus. Car combien que le Seigneur nous monstre clairement en iceux sa bonté et puissance, et par ce moyen nous appelle droit à Soy : nonobstant comme nos esprits sont imbécilles, nous choppons ou deffaillons au milieu de la course, jusques à ce que la doctrine surviene pour nous bailler secours. Apprenons doncques de considérer les œuvres de Dieu avec révérence, afin que l’esbahissement d'icelles nous donne entrée et ouverture à la doctrine.
Car quand il advient que la doctrine ne nous esmeut pas, et que nous la recevons froidement, et la rendons inutile, à bon droict Dieu punit ainsi nostre ingratitude :
pource que nous ayons eu en mespris la gloire de ses œuvres. D'autre part, pource que nous n’avons pas les veux si aigus, que nous puissions veoir és seules œuvres de Dieu ce qui seroit bien requis, apprenons d'y conjoindre l’aide de la doctrine, si nous voulons parvenir au but. En somme, l’un ne doit estre séparé de l’autre. De quoy l'expérience rendra suffisant tesmoignage : car il est advenu par ce moyen, que le monde à si perversement abusé des miracles. Les Papistes mettent en avant les miracles à tous propos. Prenons le ças que tout ce qu’ils disent soit vray et certain : toutesfois ils errent grandement, en ce qu'ils les destournent à une autre fin : asçavoir pour obseurcir le nom de Dieu, et pour infecter la pure vérité de l'Evangile par leurs-inventions. Car d'où sont venues tant de superstitieuses et folles adorations des saincts, sinon de l'abus des miracles ? Car quand quelque miracle se fait, il faut nécessairement que les hommes en soyent esmeus. Or pource qu'ils sont sourds, et ont les aureilles estouppées à la Parole, et ne sont attentifs à ce que Dieu requiert, Satan convertit çauteleusement nostre esbahissement en occasion de superstition. Exemple : Je cognoistray- la puissance de Dieu en un miracle. Prenons le cas que sainct Pierre Vait fait : incontinent Satan me mettra en la fantasie, Vois-tu pas yci un homme
de Dieu? Tu luy dois donc un service et honneur divin. Autant en fust-il advenu aux Juifs, si après qu’ils furent estonnez, ils n’eussent esté redressez au droit chenin par la prédication de sainct Pierre.
Mais en la Papauté, où personne ne reprenoit les superstitions, les hommes en sont facilement venus là, par leur fol esbahissement. Et d'autant plus devonsnous estre songneux à chercher le remède en la Parole : afin que quand les miracles nous resveillent, la doctrine nous conduise au droit but.
11 Tout le peuple estonné courut à
Car. III,
eux au portail qui s'appelle de Salomon. Il est vray-semblable qu’on avoit dressé un portail au lieu où avoit esté le portail de Salomon, et qu’il a pris son nom de là. Car le temple ancien avoit esté démoli: mais Zerubabel et Esdras lavoyent fait refaire autant qu’ils avoyent peu au plus près de sa forme ancienne.
Par après Hérode le rebastit tout de neuf, mais la folle despense qu’il y feit, n’effaça point la mémoire de Salomon du cœur du peuple. Or S. Luc le nomme comme un lieu fort renommé: auquel le peuple s’assembla.
12 Pierre voyant cela, dit au peuple, Hommes Israélites, pourquoy vous esmerveillez-vous de ceci? ou pourquoy avez-vous l'œil fiché sur nous, comme si de nostre puissance ou saincteté nous avions fait cheminer cestuy-ci?
13 Le Dieu d'Abraham et d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos Pères a glorifié son Fils Jésus, lequel vous avez livré, et renié! devant la face de Pilate : combien qu'il jugeast qu'il devoit estre délivré.
14 Mais vous avez renié le sainct et le juste: el avez requis qu'il vous
donnast un meurtrier :
15 Et avez mis à mort le Prince de vie, que Dieu a ressuscité des morts, de
quoy nous sommes lesmoins.
16 Et par la foy du Nom d'iceluy, son Nom a rafermi cestuy-ci, lequel vous voyez el cognoissez : la foy, di-je, qui est par luy, luy donne ceste disposition de tous ses membres en la présence de vous tous.
1) Ou, désavoué.
12 Hommes Israëlites, pourquoy vous esmerveillez-vous, etc. Il commence sa prédication par la répréhension du peuple. Et toutesfois il ne les reprend pas simplement de ce qu’ils estoyent esbahis (car cela estoit utile) mais d'autant qu'à grand tort ils transfèrent aux hommes la louange de ce miracle et œuvre qui estoit de Dieu: comme sil disoit, Vous faites mal de vous arrester à nous, veu que vous devez plustost dresser vos yeux à Dieu et à Jésus-Christ. Quand donc nos esprits sont arrestez aux hommes, c’est bien s’estonner autrement qu’il ne faut. Or il nous faut noter qu’il condamne le regard des hommes. Comme, dit-il, si de nostre puissance ou vertu. Parquoy il y aura faute et erreur en ceci, si nous attribuons à la vertu ou saincteté des hommes ce qui est propre à Dieu et à Jésus-Christ. Tous accorderont bien quant à la vertu, qu’elle ne
procède que de Dieu: mais après l'avoir confessé en un mot, ils ne laissent toutesfois de ravir à Dieu son droict, pour vestir les créatures de ses despouilles.
Comme nous voyons que les Papistes coloquent la vertu de Dieu és saincts, et qui pis est, enferment sa divinité en une pierre, ou en un tronc de bois, aussi tost qu’on aura consacré quelque image-à S.
Christophle, ou saincte Barbe. Mais encore, prenons le cas qu’ils ne faillent point quant au premier article. Tant y a qu'ils se trompent lourdement quand ils imaginent qu'ils se sont deuement acquittez envers Dieu, enluy laissant la puissance :
et quant aux miracles, les attribuans à la saincteté des saincts. Car pourquoy ontils leur recours aux saincts, quand ils veulent impétrer le beau temps, ou la pluye, ou la santé, sinon qu'ils imaginent que les saincts ont mérité cela par leur saincteté, que Dieu leur ottroyast ce
Cuar. II.
droict ou privilége? C’est donc un subterfuge puérile, quand ils confessent que la puissance est de Dieu : mais imputent à la saincteté des saincts les bénéfices que Dieu leur confère. Quelques couvertures qu'ils mettent en avant, il nous faut tousjours retenir que sainct Pierre condamne en général ceux qui voyans des miracles jettent tellement leur veue sur les hommes, qu'ils pensent que leur saincteté en soit cause. Voylà la première partie de ceste prédication, par laquelle la superstition est reprise. Et faut noter cest ordre et façon d'enseigner. Car d’autant qu’il n’y a rien à quoy nous soyons plus enelins, que de nous retirer de Dieu pour aller aux eréatures, il est besoin de remédier de bonne heure à ce vice. Or si ainsi est que le sainct Esprit a tancé le peuple qui fiche son regard sur les Apostres, beaucoup plus nous défend-il de présenter nos requestes à quelque sainct de trois leçons, comme on dit.
13 Le Dieu d'Abraham et d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos Pères, etc. Il adjouste maintenant le remède, les ramenant à Jésus-Christ. Or la somme du propos est, que le but de Dieu és miracles lesquels il fait par les Apostres est, de manifester et donner à cognoistre la gloire de son Christ. Dont il s’ensuit que tous ceux qui eslèvent et haussent sainct Pierre ou quelque autre, s’abusent: veu qu'il faut que tous soyent abbaissez, et que Jésus-Christ seul soit eslevé haut, pour estre éminent par-dessus tous. On voit bien yei ouvertement, quelle différence il y a entre Jésus-Christ et les Apostres. Premièrement, Iuy est lautheur: eux ne sont que ministres. Secondement, la fin légitime, c’est que luy seul obtiene la gloire entièrement, et qu’on n'ait nul esgard à eux quant à la gloire.
Car de faict, ceux qui és miracles honorent et donnent la gloire à d’autres qu’au Seigneur Jésus, répugnent manifestement à l'intention de Dieu. Il appelle Dieu, le Dieu d'Abraham d'Isaac et de Jacob, pour donner à cognoistre au peuple, qu'il ne prétend à rien moins que de les destourner du vray service de Dieu, tel qu’ils Vavoyent receu de leurs Pères. Or Dieu s’estoit donné ce titre, afin que par quel-
SUR LES ACTES. 189
que marque il se discernast des ido!es.
Car nous ne pouvons comprendre Dieu en son essence, qui est invisible et infinie. Parquoy il nous donne un moyen
propre, par lequel il nous conduise à la
cognoissance de soy. Or les Turcs se vantent bien qu’ils adorent Dieu, créateur du ciel et de la terre: mais avant qu'ils puissent venir jusques au ciel,”ils esvanouissent. Afin donc que Dieu destournast son peuple d’inventions vagues et esgarées, il le retenoit dedans les limites de son alliance. Parquoy se nommant le Dieu d'Abraham, il enseignoit en peu de paroles ce que Moyse expose plus amplement, quand il dit, Ne di point, Qui montera au ciel ? qui descendra aux abysmes ? où qui passera outre la mer? La parole est près, etc., Deut., chap., XXX, v. 12. Or tout ainsi que les Juifs se glorifioyent au nom des saincts Pères : aussi sainct Pierre les admoneste couvertement qu’ils ne sont en rien plus excellens que les autres, sinon qu’ils reçoyvent le Fils unique de Dieu. Aujourd’huy il veut estre cognu par une marque encore plus claire, quand il se nomme Père de Jésus-Christ.
Retournons maintenant à saïinct Pierre.
Il dit qu'il n’amène point une religion nouvelle, pour destourner le peuple de la
Loy et des Prophètes. Car si quelqu'un
eust attenté cela, Dieu avoit défendu de luy donner audience, Deut., XII, 3 : comme sainct Paul dit, qu’en l'édifice spirituel il faut retenir un seul fondement, A Corinth., IE, 44 : pource que quand on se destourne de Jésus-Christ tant peu que ce soit, il ne s’en peut rien ensuyvre que ruine. Par ceci aussi nous pouvons facilement discerner en quelle signification il l'appelle, le Dieu des Pères. Car il ne prend pas ceci pour une maxime générale: que quelque service de Dieu que les Pères ayent eu, il fale demeurer en iceluy : comme les Papistes s’enflent de ceste vaine vanterie, qu'ils ensuyvent les manières de servir Dieu qu'ont tenues leurs pères. Car sainct Pierre nomme expresséement Abraham Isaac et Jacob :
desquels ils avoyent receu la vraye religion, et telle que Dieu avoit ordonnée :
signifiant par cela, qu’il ne faut point imiter tous pères, veu que plusieurs ont
forligné des premiers : et que cest honneur est deu aux seuls enfans de Dieu, et les autres doyvent estre tous rejettez.
Ce que les Prophètes aussi répètent tant de fois : Ne cheminez point és voyes de vos pères, etc. Ezéch., XX, 18. Lequel vous avez livré. A mesle avec la doctrine une répréhension sévère, comme il estoit requis aussi. Car ils ne pouvoyent estre vrayement amenez à Dieu, s'ils ne recognoissoyent leur péché. Or il ne les taxe point légèrement : mais il démonstre à bon escient combien le crime qu'ils avoyent commis, estoit énorme. À cela tend ceste comparaison, Qu'ils ont livré à mort celuy que Pilate vouloit absoudre.
Item, que pardonnans à un meurtrier, ils ont occis le Prince de vie, qu'ils ont renié le Sainct et le juste. Voylà comment il faut que les hommes soyent frappez au vif : afin que cognoissans leur coulpe, ils recourent à bon escient au remède pour obtenir pardon. Sainct Pierre aussi a usé d’une telle véhémence en sa première prédication. Puis après il dit, Que Dieu l'a ressuscité des morts. Dont ils doyvent recognoistre, qu’en mettant Jésus- Christ à mort, ils ont fait la guerre à Dieu : combien que sainct Pierre a regardé plus haut, asçavoir que leur cruauté n’a rien diminué de la gloire du Seigneur Jésus : d'autant que Dieu n’a pas laissé de le remettre en vie. Quand il dit que luy et ses compagnons sont tesmoins de la Résurrection, il entend tesmoins par avoir veu les choses eux-mesmes. Et pourtant ceci ne se rapporte pas seulement à l'office d’Apostre : mais pource aw’ils avoyent veu de leurs propres yeux Christ après sa mort estre remis en vie.
Combien qu’en parlant ainsi je confesse que l’autre Considération aussi est comprinse. Car il est vray-semblable que saine{ Pierre, afin que ce qu’il dit soit de plus grande authorité, met en avant la commission qu’ils ont receue.
16 Et par la foy du nom d'iceluy, etc. Quand il dit, Par la foy du nom : et, Son nom : puis après, La foy,
Cuar. II, di-je, qui est par iceluy : une telle ré pétition est signe d’une ardente affection.
Car d'autant qu’il est totalement attentif à garder à Christ la gloire qui luy appartient, il répète souvent une mesme chose.
Nous voyons aussi que toutes fois et quantes que $S. Paul se trouve à propos de parler de la grâce de Christ, il ne se peut jamais assez contenter. Et de faict, comme la nature des hommes est perverse, Christ ne peut estre si magnifiquement loué, que son honneur luy demeure entier, Souvenons - nous dont que S.
Pierre a esté ainsi abondant en paroles, afin qu’il nous arrestast en Christ. Quant à ceste façon de parler, quand il dit, son nom, et la foy en son nom a raffermi :
il dénote la cause et le moyen, La vertu de Christ avoit guairi ce boiteux : mais ç’a esté par foy. Quand il dit, La foy qui est par iceluy, il signifie par ce mot, que nostre foy ne s’eslève point autrement à Dieu, sinon qu’elle soit fondée en Christ :
voire que nostre foy regarde Christ, et s’appuye sur luy. Et ainsi il donne à entendre couvertement, que Christ estant osté, il n’y a nulle foy droite en Dieu.
D'avantage, tout ainsi qu’il a affermé que luy et les autres Apostres sont tesmoins de la vie de Christ, maintenant aussi il admoneste les Juifs, qu’elle leur a esté ‘approuvée par signe ou effet, pource qu’ils voyent ce boiteux guairi, auquebils avoyent un beau tesraoignage de la puissance divine de Christ. Attribuant done en ce dernier article la cause de la guairison à la foy, il les rédargue obliquement d'ingratitude, sinon qu'ils assignent à la foy le los qu’elle mérite. Car combien que la foy se peut rapporter tant à l'homme qui avoit esté guairi, qu'aux Apostres, ce n’est pas toutesfois chose de laquelle il se fale donner peine.
Car tant y a que comment qu’on le prene, ceci tend à magnifier la vertu de l'Evangile. Car la foy se prend pour la doctrine de l'Evangile, suyvant la figure nommée Synecdoche , asçavoir une partie pour le tout. x
17 El maintenant, frères, je scay que l'avez fait par ignorance: comme
ŒUSSÈ VOS GOUVETNEUTS.
Cuar. IE,
SUR LES ACTES
hQ1
13 Mais Dieu & ainsi accompli les choses qu'il avoit prédiles par la bouche de tous ses Prophèles, que Christ devoit souffrir. 19 Amendez-vous donc, el vous convertissez, afin que vos péchez soyent
effacez :
20 Quand les temps de rafraischissement seront venus de la présence du Seigneur, et qu'il aura envoyé Jésus-Christ, qui paravant vous a esté annoncé. 21 Lequel il faut que le ciel confience, jusques au temps de la restauration de tout ce que Dieu a prédit par la bouche de tous ses saincis Prophètes, dés le
commencement du monde.
1) Ou, baillé et présenté visiblement.
17 Et maintenant, frères, je scay que l'avez fait par ignorance, ec.
Pource qu'il y avoit danger que le désespoir ne leur feist perdre tout courage, et que par ce moyen ils ne rejettassent la doctrine, il les soulage aucunement, Ainsi devons-nous tellement modérer nos prédications, qu’elles proufitent aux auditeurs. Car si nous ne laissons quelque espoir de pardon, la frayeur dela ane endurcit d’obstination les cœurs. Car cela est bien yray que dit David (Ps. CXXX, 4) que Dieu est redouté de nous , quand nous sentons qu’il nous est propice et favorable. Pour ceste raison $S. Pierre amoindrit le péché de ceux de sa nation à cause de leur ignorance. Car ils ne pouvoyent soustenir ce remors de conscience, si à leur escient ils eussent renié le Fils de Dieu livré à la mort. Toutesfois il ne les veut point flatter, quand il dit qu’ils l’ont fait par ignorance : mais il adoucit jusques-là son propos, qu’il ne les accable de désespoir. Au reste, nous ne devons pas tellement prendre ces paroles, comme si le peuple avoit simplement péché par ignorance (car il y avoit de l'hypocrisie cachée sous ceste ignorance) mais selon que la malice ou ignorance surmonte, l'acte doit prendre son nom de l’une ou de lautre. S. Pierre done entend qu’ils ont fait ceci plustost par un zèle inconsidéré et par ignorance, que par malice délibérée. Mais on pourroit yci demander, Si un homme a péché à son escient, asçavoir-mon s’il n’y a plus d'espérance pour luy? Je respon qu’il West point yci fait mention de quelque péché commun, mais d'avoir dénié Christ, et esteint la grâce de Dieu entant qu’en eux estoit. Si on en veut veoir d’avanta-
ge, On pourra recourir à la 4 Timoth.
chap. 1, y, 13. Comme aussi vos qouverneurs. En premier lieu, il semble bien advis que ceste comparaison ne soit pas propre. Car les Scribes et Pharisiens estoyent transportez d’une merveilleuse rage : et estoyent remplis d’une perverse desloyauté : et quant au peuple, il estoit incité d’un zèle de la Loy mal dressé.
D’avantage, le peuple estoit enflammé contre Jésus-Christ seulement, autant qu'il estoit poussé et incité par les gouverneurs. de respon que tous les grans n’y alloyent d’une mesme affection, Car il pe faut nullement douter qu’il n'y en ait eu beaucoup de semblables à sainet Paul, ausquels on peut approprier à la vérité ce que sainct Paul escrit des princes de ce monde : que s'ils eussent cognu la sapience de Dieu, ils n’eussent oncques crucifié le Seigneur de gloire !. Parquoy il ne parle pas des gouverneurs en général, mais s’il y en a aucuns qui ne soyent pas du tout incorrigibles, il les invite à repentance. +
18 Mais Dieu a ainsi accompli les choses qu'il avoit prédites par là, etc.
Il appert plus ouvertement par ceci, à quel propos il a fait mention de leur ignorance. Car quand il dit que Dieu a accompli les choses qu’il avoit prédites, il reprend tellement la faute qu’ils avoyent commise en la mort de Christ, que toutesfois elle leur soit salutaire. Vous avez (dit-il) offensé par ignorance : toutesfois Dieu a exécuté ce qu’il avoit paravant ordonné, asçavoir que Jésus-Christ vous fust libérateur par sa mort. Or c’est une fort belle considération, quand nous venons à nous proposer que nos péchez sont convertis à une autre fin par un conseil
1) 1 Cor., LU, 8.
admirable de Dieu. Au reste, ceci ne nous sert de rien pour nous rendre exCusables.
Car entant qu’en nous est, nous-nous perdons et ruinons en péchant : mais le changement et événement duquel jay parlé, est une œuvre admirable de la miséricorde de Dieu, laquelle nous devons magnifier avec humilité. Il n’avoit point tenu aux Juifs qu'ils n’eussent effacé et esteint toute l'espérance de vie en la personne de Christ. Cependant ceste mortlà a esté vivifiante tant à eux qu’à tout le monde. fl faut aussi réduire yci en mémoire ce qui a esté veu ailleurs : asçavoir, qu'afin qu’on r’entrast en une opinion fausse et absurde, de penser que les meschans ayent eu d’eux-mesmes la puissance de faire à Christ tout ce qu’il leur plairoit, il est yci arresté que Dieu à présidé en telle sorte sur la mort de Jésus- Christ, qu’il en a esté le souverain autheur, par le conseil diffini duquel son Fils unique a souffert.
19 Amendez-vous donc, et vous converlissez, afin que, etc. Il faut noter que quand il exhorte à repentance, il déclare quant et quant que la rémission des péchez leur est apprestée devant Dieu. Car (comme j’ay dit n’aguères) nul ne peut estre incité à repentance, sinon que le salut luy soit proposé. Et celuy qui se desfie d’avoir pardon, ne doute point de se ruer opiniastrement contre Dieu, comme estant desjà destiné à perdition. Dont s'ensuit que les Papistes ne peuvent enseigner la doctrine de pénitence. Vray est qu'ils en babillent beaucoup : mais pour autant qu’ils renversent la confiance de la grâce, il ne se peut faire qu’ils persuadent à leurs disciples de tascher à s’amender. Je confesse aussi qu’ils gazouillent quelque mot de la rémission des péchez : mais pource qu’ils laissent les povres âmes en frayeur et incertitude, et avec ce les jettent dedans un labyrinthe horrible par tant de diverses inventions :
après avoir corrompu ceste partie de la doctrine, ils confondent l’autre semblablement.
20 Quand les temps de rafraischissement seront venus, etc. Si nous suyvons le Translateur Latin ancien, et Erasme, le propos sera imparfait, lequel on remplira
Cuar. II.
ainsi, Afin que quand les temps de rafraischissement seront venus, vous aussi sentiez rafraischissement: et quand Christ sera venu pour juger le monde, vous le sentiez rédempteur, et non point juge.
Mais puis que de Bèze l’a tourné proprement comme il faut, Quand les temps de rafraischissement seront venus : il vaut mieux prendre ce qui est le moins contraint : moyennant que nous entendions qu’il est dit que les péchez sont pardonnez pour le jour du jugement : pource que si nous ne sommes adjournez au thrône judicial de Dieu, nous ne prenons pas grand soin de nous réconcilier à Dieu.
En premier lieu, il nous faut noter que le jour du jugement leur est mis en avant afin que l’exhortation précédente ait plus grande efficace. Car il n’y a rien qui nous picque plus vivement, que quand on nous remonstre qu’il nous faut rendre conte un jour. Car tandis que nos sens sont arrestez en ce monde, ils sont comme assopis et stupides. Parquoy il faut nécessairement que le message du dernier jugement résonne comme une trompette, pour nous adjourner à comparoistre devant le siége judicial de Dieu. Car c’est alors que nous sommes vrayement resveillez, et que nous commençons à penser à mener une vie nouvelle. En ceste Sorte S. Paul annonceant la parole aux Athéniens, dit, Dieu admoneste maintenant tous, à ce qu’ils se repentent : pource qu’il a préfix un jour, auquel il doit juger le monde, La somme est, que Christ lequel fait maintenant office de maistre envers nous, nous enseignant par son Evangile, est ordonné Juge par le Père, et viendra en son temps, Act. XVIF, 31 :
et que pourtant il faut de bonne heure obéir à sa doctrine, afin que nous recueillions alors le fruit de nostre foy. Mais quelqu'un pourroit objecter, queS. Pierre parle autrement du dernier jour. Car ceci ne tend point à rendre les hommes estonnez, quand il dit, Le temps de rafraischissement. Je respon qu’il y a deux sortes d'aiguillons : par lesquels les fidèles sont incitez, quand on leur tient propos du dernier jugement. Car Putilité et le fruit de la foy n’apparoist pas en ce monde, mais plustost il semble advis que
Cuar III.
les besongnes des contempteurs de Dieu se portent bien et heureusement : et au contraire, la vie des fidèles est remplie de misères sans nombre. Et pourtant nous perdrions courage à chacun coup, s’il ne nous venoit en mémoire, que le jour de repos viendra, qui appaisera toutes les tourmentes de nos fascheries, et mettra
fin à nos misères. L'autre aiguillon est
celuy que j’ay dit, quand le jugement redoutable de Dieu nous resveille et nous empesche de nous flatter et endormir en nous-mesmes, Ou és choses de ce monde.
Ainsi S. Pierre mesle en ce passage les menaces avec les promesses, afin qu’en partie il attire par douceur les Juifs à Christ : en partie aussi les picque de crainte pour les contraindre d'y venir.
Au reste, c’est l'ordinaire à l’Escriture, de rendre le jour du Seigneur maintenant triste et redoutable, maintenant joyeux et désirable, selon qu’elle adresse son propos, Ou aux réprouvez, ou aux éleus. S.
Pierre donc parle proprement, quand er donnant aux Juifs espoir de la rémission de leurs péchez, leur rend joyeux et plaisant le jour de Christ, afin qu’ils y aspirent. Etqu'il aura envoyé Jésus-Christ.
Il dit nomméement que Jésus-Christ sera juge, afin qu’ils sçachent que le mespris de l'Evangile ne demeurera point impuni.
Car comment Jésus-Christ n’en feroit-il point la vengence? Cependant ceci apporte une excellente et grande consolation aux fidèles, quand ils sçavent que cestuy-là aura en sa main le salut pour le donner et en faire à son vouloir, qui le promet maintenant, et le leur offre. Il adjouste d'avantage, que celuy qui leur est maintenant annoncé, viendra. Par lequel mot il oste toute excuse d’ignorance.
Comme sil disoit, Jésus-Christ vous est maintenant presché avant qu’il viene pour estre juge du monde : afin que ceux qui l’auront receu, recueillent le fruit de leur foy alors : et les autres qui l’auront rejetté, soyent punis de leur incrédulité.
Combien qw’il y a double lecture au Grec :
car aucuns livres ont ce que je vien d'exposer : les autres lisent, Celuy qui vous a esté baillé ou présenté devant les yeux. Mais le tout revient à un : asçavoir que Christ ne leur est point offert en
SUR LES ACTES
vain maintenant par la doctrine de l'Evangile : car il sera envoyé par le Père pour la seconde fois, avec ses armes de vengence, sinon que maintenant ils le recoyvent pour Rédempteur.
21 Lequel il faut que le ciel contiene, etc. Pource que les sens des hom-!
mes sont tousjours enclins à regarder Dieu et Jésus-Christ d’une façon grossière et terrienne, il pouvoit venir en l’entendement aux Juifs, que bien estoit vray qu'on preschoit que Jésus-Christ estoit ressuscité des morts, mais on ne monstroit point en quel lieu il estoit.
Sainct Pierre done vient au-devant, quand il enseigne qu’il est au ciel. Dont il s’ensuit qu’il faut eslever les esprits en haut, afin de chercher Christ des yeux ‘de la foy, combien qu’il soit fort eslongné d’yci par distance de lieu, et qu’il habite en la gloire céleste hors du monde. Au surplus, ceste façon de parler est ambiguë.
Car nous pouvons entendre, ou que le Fils de Dieu est contenu au ciel : ou qu'il comprend et tient le ciel. N’insistons point donc trop scrupuleusement sur un mot qui peut estre prins en deux significations : mais contentons-nous qu’il est certain que cependant que nous attendons la dernière restauration de toutes choses, il ne faut point chercher Christ ailleurs qu'au ciel : car il sera eslongné de nous jusques à tant que nos esprits surpassent tout le monde. Jusques au.
temps de la restauration. Quant à la:
vertu et la cause, Jésus-Christ à desjà..
restauré toutes choses par sa mort: mais l'effet n’apparoist point encore pleinement, pource que ceste restauration est encore en chemin, et par conséquent ja rédemption: puis que nous gémissons encores sous le fardeau de servitude. Car tout ainsi que le Royaume du Fils de Dieu est seulement commencé, et que la perfection d'iceluy est différée jusques au dernier jour : aussi les choses qui y sont annexées n’apparoissent qu’à demi pour ceste heure.} Parquoy, si aujourd’huy nous voyons beaucoup de choses confuses au monde, soyons soustenus et accouragez par ceste asseurance, que Jésus-Christ vienära un jour pour remettre toutes choses en leur entier, Ce-
pendant si nous voyons que le reste de péché réside en nous, si nous sonimes de tous costez assiégez de diverses misères, si le monde est plein de dissipation, gémissons pour ces maux, en telle sorte toutesfois qué l’espérante dé la restauration nous soustiene. Et aussi la raison pourquoy Christ n’apparoist pas si soudain, est, pource que le temps qui est ordonné à l'Eglise de batailler en ce monde, n’est point encores accompli, lequel il ne nous est loisible de prévenir, puis que Dieu luy a prétix son terme.
Que Dieu a prédit par la bouche, etc.
Je n’expose ceci seulement des temps, mais je le rapporte à tout ce qui est yci comprins : ainsi lé sens sera, que tout . ce qu’il avoit traitté ci-dessus du Royaume de Christ, ha tesmoignage de tous les Prophètes. Et certes c’est une chose qui conferme bien la certitude de l’Evan-
gile, que depuis que Dieu à commencé |
Crrar, I.
dé se manifester au monde, il 4 tousjours proposé Jésus-Christ : depuis qu'il à cofiméncé à parler aux Pères, il à tousjours mis ce fondement de doétriné.
S. Paul use d’un semblable argument pour louer l'Evangile, tañit au commencement qu’en la fin dé l’épistre dux Ro- Mains : asçavoir qu’il n’est point nouveau, ains promis dés lés premiers temps.
Et de faict, voyci la vraÿe antiquité qui donné certitude et authorité à la doctrine, quand Dieu en est luy-mesme l’autheur.
Les saincts Prophètés sont tesmoins, et le cours continuel dés siècles confermie ce tesmoignage. Ceste confirmation estoit nécessaire principalement entre les Juifs, qui estans nourris en la doctrine de là Loy, ne devoyent recevoir aucune chose qui ne fust d'accord avec la LOY. Pärquoy S. Pierre veut seulémént qu’ils recognoissent les choses que les Prophètes avoyent tesmoignées de Jésus-Christ.
22 Car Moyse à dit aux Pères, Le Seigneur vostre Dieu vous suscitera un Prophète tel que moy d'entre vos frères. Vous lorrez en tout ce qu’il vous
dira.
23 Et adviendra que toute personne qui n'aura escouté ce Prophète-là,
périra d'entre le peuple.
24 Et mesme tous les Prophèles depuis Samuel, et tous ceux qui depuis ont
prophétizé, ont aussi prédit ces jours.
1) Deut., XVII, 15.
22 Car Moyse a dit aux Pères, le Seigneur vostre Dieu vous suscitéra un Prophète, etc, Par cést arguménht-ci il prouve qu'il ne met point en avant un révoltement de là Loy, asçavoir pource que C’est une partie de la Loy, de se rendre docile et obéissant à ce souverain Doctéur. On pourroit douter pourquoy S. Pierré à voulu alléguer ce tesmoignage de Moyse plustost que pas un des autres, veu qu’il en avoit d’autres en main plus clairs. Mais il Pa fait, pource qu’il est yci parlé dé lauthorité de la doctrine. Or lé droit ordre estoit, qu'il amenast les Juifs à Jésus-Christ pour luy estre disciples. Car cela n’éust rien servi de parler de tous les autres points, s'ils n’eussent eu ceste persuasion, qu'il faloit recevoir sa doctrine avec révérence. Sainet Pierre donc tend à ce but,
qu’ils escoutent volontiers Jésus-Christ, comme celuy que Dieu léur avoit ordonné pour maistre et docteur. Mais fl y à une autre question beaucoup plus difficile : asçavoir que sainct Pierre accommode à la personne de Jésus-Christ ce qué Moyse avoit dit en général dés Prophètes. Car combien qu’il dise Prophète en nombre singulier, toutesfois là déduction du texte monstre apertement, qu'il n'est point parlé seulément dun Prophète : ains que lé mot de Prophète est mis là généralement, et non point pour déterminer cestuy-ci où ceéstuy-là. Car après que Moyse à défendu au peuple de s’adonner aux Superstitions des Genils: en se destournant aux devins et magiciens, il monstre quant et quant le remède, par lequel il se puisse garder de toute vanité : asçavoir s’il dépend entiè-
Cnar. HE.
rément de la seule parole de Dieu. Pour este raison il proet que Dieu aura soin que le peuple aura tousjours des Prophètes, qui l’enseigneront droiterent :
commie s’il disoit, Dieu ne vous laissera jamais sans Prophètes, desquels vous puissiez apprendre tout ce qui vous sera utile dé cognoistre. Et Moyse dit nom- inéement, D'éntre tes frères : afin que les Juifs scachent qu'il ne faut chercher ailleurs la parole de Dieu : veu que Dieu léur avoit destiné des docteurs de la lignée d'Abraham. 11 adjouste d'avantage, Tel que moy: afin qu'ils sçachent que Dieu ne doit point estre seulement ouy en un témps, te par la bouche d’un homme Seul : mais tout ainsi que Dieu persévère dé nous enseigner par Continuelle succession de temps et par divers Ministres : aussi devons-nous persévérer en l’obéissance de la Parole. Les Juifs estoyént desjà tout accoustumez à porter révérence à Moyse : et pourtant il tasche en ce passage-là de faire que tousjours
par après le peuple porte un semblable honneur aux Prophètes. Je sçay qu'aucuns travaillent grandement pour res-.
traindre ceci à Christ. Ils empoingnent
ce mot, que Moyse testifie que ce Prophète sera semblable à luy: et toutesfois il est escrit, qu'il n’y en à point eu un ééimblable à luy. Jé confesse qu’en tous les deux passages il y à un mes- Mme mot, qui dénote similitude, qu'on pourroit traduire, Comme : mais C’est en divers sens. Car au second le mot est pour exprimer une égalité, comme on le voit bien évidemment. Ils se fondent aussi sûr üh autre argument, asçavoir que le Prophète, auquel Moyse rend tes- Moignage, comme estant héraut d’iceluy, doit estre plus excellent que luy. Mais ceci n’éinpôrte rien non plus : d'autant que Moyse véut simplement maintenir la parole de Dieu en authorité, par qui qu’elle nous soit apportée. Il ne faut donc poiñt que noüs donnions occasion aux Juifs de sé mocquer de nous, en faisant. violence aux paroles de Moyse, comme s’il dénotoit yci seulement Christ.
Toutesfois il faut veoir si ce tesmoignage a esté amené bien à propos par S. Pierre:
l'authorité duquel nous doit éstré pour
SUR LES ACTES
une raison Solide. Je di qu'il n’y à rien en la prédication de S. Pierre, qui ne conviene trèsbien. Car il à bien veu (ce que tous doyvent avoir pour tout résolu) que ceste louange appartenoïit tellement aux autres Prophètes, que toutesfois elle s'adressoit à Jésus-Christ sur tous autres : non-seulément pource qu’il est le prince de tous les Prophètes, mais aussi pource que toutes les prophéties précédentes s’adressoyént à luy, et que Dieu a finalement parlé en perfection par là bouche d'iceluy. Car comme il est dit au commencement de l’épistre aux Hébrieux, Après qu’à divérses fois, et en plusiéurs manières, jadis Dieu a parlé à nos Pèrés par les Prophètes, finalémént en ces dertiérs jours il a parlé à nous par son Fils, pour faire une conclusion finale de toute la cognoissance qu’il vouloit donner aux hommes. Pourtant est advenu qu'ils ont esté sans Prôphètes par quelques aages avant sa venue : cé qu'on peut clairement recuéillir des paroles du Prophète Malachie, chap. IV, v. 4 : lequel après avoir commandé au peuple de se souvenir de là Loy, vient tout incontinent à parler de Jehan Baptiste et de Christ, comme s’il disoit, Dés maintenant il cessera d’avoir des Prophètes, jusques à ce que la dernière révélation viene : suyvant ce qui est dit, La Loy et les Prophètes jusques à Jehan:
et depuis Jehan le Royaume de Dieu est évangélizé, Matth. XI, 12. Et cela estoit si commun entre le peuple, que la femme Samaritaine disoit selon l'opinion et renommée commune, Nous sçavons que le Nessias viendra, qui nous enseignera {outes choses, Jehan, IV, 25. Nous Voyons done que depuis le retour du peuple à n’y eut plus de Prophètes : afin qu'il fust rendu plus attentif par céste intérmission des révélations, à ouyr Jésus-Christ.
S. Pierre donc n’a point tiré ce passage mal à propos : ét n’en a point abusé par ignorance : mais il a prins pour un principe une doctrine receue coustumièrement de tous, que Dieu avoit promis à son peuple qu'il luy seroît docteur : du commencement par les Prophètés, commé les constituant entre déux : mais à là fin principalement par Jésus-Christ, du-
quel il faloit attendre la manifestation ample et parfaite de toutes choses. À quoy se rapporte ce tesmoignage tant excellent que luy donne le Père céleste, disant, Escoutez-le, Matth., XVIL, 5.
93 Et adviendra que toute personne qui n'aura escouté, etc. Yci est confermée l’authorité de tous les Prophètes, et principalement de Jésus-Christ par une punition très griefve dénoncée aux rebelles: et à bon droict. Car comme ainsi soit que Dieu n’ait rien plus précieux que sa Parole, il ne se peut faire qu'il laisse le mespris d’icelle impuni. Pourtant, si quelqu'un eust délaissé la Loy de Moyse, il estoit digne de mort. Et Moyse a regardé à cela, quand il dit. Z/ périra d'entre le peuple. Car Dieu avoit adopté la lignée d'Abraham à telle condition qu’il leur suffist pour une souveraine félicité, d’estre advouez du nombre de son peuple: suyvant ce qui est dit au Pseaume.
Bienheureux est le peuple qui ha le Seigneur pour son Dieu. Item, Bienheureuse est la nation qu’il a éleue pour son héri- {age. Parquoy il n’y a nulle doute qu'il ne jomonce que quiconque refusera d’ouyr Jésus-Christ, sera effacé du livre
Car. II.
de vie. Car qui n'accepte point pour précepteur celuy par lequel seul Dieu nous enseigne, et veut que nous l’escoutions :
cestuy-là ne mérite point d’estre tenu de l'Eglise : et quiconque ne se veut ranger sous le chef, se retranche du corps.
24 Et mesme tous les Prophètes depuis Samuel, et tous ceux qui, etc.
Quand il dit que tous les Prophètes dun consentement renvoyent leurs disciples à Jésus-Christ, par cela on voit mieux la vérité, que sous le tesmoignage de Moyse, qui à esté allégué, est contenue une
louange de l'Evangile, et que principale- |
ment y est signifiée la dernière closture des prophéties. D’avantage, ceci sert grandement à rendre l'Evangile certain, que tous les Prophètes par une longue succession de temps ont tellement toutesfois modéré tous d’un accord leur
forme d’enseigner, que quant et quant ils |
testifient qu’il faut espérer quelque chose plus excellente et plus parfaite. Parquoy, quiconque croira à Moyse et aux Prophètes, il faut nécessairement qu'ils se soumette à la doctrine de Jésus-Christ, sans laquelle tout ce qu’ils ont enseigné est imparfait.
25 Vous estes fils des Prophètes, et de l'alliance que Dieu à ordonnée à nos Pères, disant à Abraham, El en ta semence seront bénites toutes Les familles
de la terre.
26 C’est pour vous premièrement que Dieu a suscilé son Fils Jésus, et le vous a envoyé? pour vous bénir, en retirant un chacun de vous de vos mau-
vaistliez.
1) Gen., XXIE, 18. 2) Ou, ayant ressuscité le vous a envoyé.
25 Vous estes fils des Propñètes, etc.
Ï1 signifie que c’est à eux proprement que s'adresse la grâce de Palliance que Dieu avoit contractée avec leurs Pères. Et en ceste sorte, tout ainsi que leur proposant la punition il les à estonnez pour les inciter à obéir à l'Evangile: aussi maintenant il les attire par douceur à recevoir la grâce qui leur est offerte en Jésus- Christ. Ainsi nous voyons que Dieu ne laisse rien pour nous amener à Ssoy. Et c’est aussi l'office d’un sage ministre, de tellement picquer à bon escient ceux qui sont tardifs et paresseux, que toutesfois il mène avec douceur ceux qui sont do-
ciles. Il nous faut aussi diligemment noter cest ordre d'enseigner, où sainct Pierre monstre que l'Evangile est destiné et ordonné aux Juifs, Car il nesuffit point que la miséricorde et bonté de Dieu nous soit preschée en général, si nous ne sçavons qu’elle nous est offerte aussi par une certaine ordonnance de Dieu. Pour ceste cause sainct Paul travaille tant, et prend si grand’peine à maintenir la vocation des Gentils, Rom., XV, 8, et Ephés., IE, 3 et 4. Car si quelqu'un pensoit que l'Evangile eust esté espars par cas fortuit, et qu’en ceste sorte il fust parvenu jusques à luy, sa foy chancelle-
Car. III.
roit: ou pour mieux dire, en lieu de foy il n’auroit qu'une opinion douteuse. Afin donc que nous adjoustions pleine foy à la promesse de salut, ceste application est nécessaire, Que Dieu ne jette point en l'air des voix inutiles et incertaines, qui demeurent suspendues en l'air, mais nous les adresse par une délibération certaine et arrestée. Ainsi donc, suyvant cela S.
Pierre admoneste les Juifs, que Jésus- Christ leur est promis : afin qu'ils le reçoyvent plus volontiers. Et d’où prouveil cela? Pource qu’ils sont fils des Prophètes, et de l’alliance. Il les appelle fils des Prophètes, d'autant qu'ils estoyent issus d’une mesme nation: et pourtant estoyent héritiers de l’alliance, qui appartenoit à tout le corps du peuple. Car voyci comment il déduit son argument, Dieu a fait alliance avec nos Pères : parquoy nous qui sommes leurs successeurs, sommes aussi comprins en lalliance. Par ceci est réfutée la resverie subtile des Anabaptistes, qui exposent les enfans d'Abraham seulement par allégorie :
comme si Dieu n’eust eu nullement esgard à la race d'Abraham, quand il dit, Je seray le Dieu de ta semence, Genèse, XVII, 7. Ilest certain que S. Pierre ne parle point yei des ombres de la Loy:
mais il afferme que ceci ha lieu sous le Royaume de Jésus-Christ, Que Dieu adopte les enfans ensemble avec leurs pères: et que par ce moyen la grâce de salut s’estend jusques à ceux qui ne sont point encore nais. Je confesse bien que plusieurs qui naissent des fidèles selon la chair, sont réputez bastars, ef non point légitimes, pource qu’ils renoncent et quittent leur race par leur infidélité !. Mais ceci n’empesche point que Dieu n’appelle et reçcoyve la semence des fidèles à la participation de sa grâce: et par ainsi l’élection commune, combien qu’elle ne soit pas d’efficace en tous, ouvre la porte à l'élection spéciale : comme S. Paul traitte au chap. XI des Romains : où il nous faut prendre la solution de ceste question, £é en ta semence seront bénites. Il conferme que l'alliance a esté contractée avec les Pères, pource qu’il a esté dit à Abraham, Toutes nations et familles de la 1) Rom., IX, 7.
SUR LES ACTES
terre seront bénites en ta semence, Gen., XXII, 48. Mais (dira quelqu'un) si lexposition de S. Paul est receue, ce tesmoi-
gnage ne servira de rien à la présente cause. $S. Paul enseigne que ceste se-
mence c’est Christ. Si ainsi est que la bénédiction soit promise à tout le genre
humain par Christ, dirons-nous qu’une seule nation soit privilégée par cela ? D’avantage, il semble bien que S. Pierre luymesme consent à l’exposition de S. Paul un peu après, quand il dit que Jésus a esté envoyé, afin que les Juifs soyent bénits. Car ceci ne pourroit estre ferme, si Christ n’estoit ceste semence bénite. Je respon à cela, que quand S. Paul rapporte cela à Christ, il ne s’arreste point à ce mot de Semence, mais regarde plus haut, asçavoir qu’il ne se peut faire que la semence soit une, si elle n’est unie en Christ, comme avec son chef. Car combien qu'Ismaël et Isaac soyent tous deux enfans d'Abraham, toutesfois eux deux ne sont pas une semence: d'autant qu'ils sont divisez en deux peuples. À ceste raison, combien que plusieurs se soyent estrangez de la famille d'Abraham, qui estoyent descendus de sa race selon la chair, néantmoins Moyse promettant la bénédiction à la semence d'Abraham, dénote un certain corps. Et d’où vient ceste unité, sinon du chef qui est Jésus-Christ?
C’est en ce sens que S. Paul, combien que le mot de Semence signifie plusieurs personnes, le prend toutesfois pour Jésus-Christ : pource que luy estant osté, les successeurs d'Abraham seront comme membres par pièces, on ne verra rien en eux qu’une dissipation. S. Pierre s’accorde à ceste doctrine: car il estend tellement la bénédiction à toutle peuple, qw’il ne laisse point de chercher la source et origine en Christ. Au reste, pource que les Juifs font tout ce qu’ils peuvent pour nous arracher ce tesmoignage, les lecteurs fidèles se doyvent munir contre leurs cavillations : et d’autant plus le doyvent-ils faire, pource que les docteurs Chrestiens ont esté trop nonchalans en cest endroit, comme j’ay remonstré en l’épistre aux Galatiens. En premier lieu, quant à ce mot de Semence, il ne faut 1) Gal, NI, 16.
point qu'ils vienent yei babiller, que S.
Paul le restraint à tort à Jésus-Christ.
Car il ne fait pas cela simplement, ains pour le regard que j’ay dit. En quoy je confesse que nos docteurs tant Grecs que Latins ont failli. Il nous faut veoir maintenaht que vaut ceste façon de parler: que les nations sont bénites en la semence d'Abraham. Nos docteurs sont d’opinion, que la cause est là notée : asçavoir que les nations doyvent estre bénites par ceste semence. Les Juifs débatent contre cela fort et ferme, et s’en mocquent: pource que ceste façon de parler signifie par tout en lEscriture, exemple où similitude: comme au contraire, estre maudit en Sodome ou en Israël, ou bien en quelques autres peuples, c’est les prendre comme pour un exemple ou patron mémorable de malédiction et exécration. À cela je respon que c’est une manière de parler ambiguë, et qui se prend en diverses sortes selon la circonstance des passages, ce que les Juifs dissimulent cauteleusement et malicieusement. Car ils amassent plusieurs passages, par lesquels ils prouvent qu’il y à là une
comparaison : comme s’il estoit dit, Les:
nations désireront d’estre bénites comme la semence d'Abraham. Mais quand PEscriture dit ailleurs, qu'ils se béniront au Dieu vivant, comme au chap. IV de Jérémie, v. 2, et au LXVe d’Isaie, v. 46.
Item, Bénir au nom du Seigneur, comme au Xe du Deutéronome, v.8, et en d’autres lieux semblables : qui est celuy qui ne voye bien que la cause est là exprimée? Je di done que ceste manière de parler doit estre entendue selon les circonstances des passages. Or puis que j'ay desjà monstré que la semence Œ’Abraham ne peut estre trouvée sinon en Christ, il reste que.nous considérions quel est l’office de Christ. Aïnsi on cognoistra apertement qu’il n’est point proposé comme un exemple nud, mais que la bénédiction est vrayement promise en luy : car hors Jésus-Christ nous sommes tous maudits. Toutesfois il y a encore une difficulté. Car certes ces deux façons de parler sont dites en mesine sens, asçavoir, Seront bénites en toy, et En ta semence, Or Abraham n’a esté que figure
Cnar. IL.
où miroir de la bénédiction. Je respon à
celà, que mesme en la persontie d’Abra-
ham est dénoté ce corps qui dépend d’un
mesme chef, et est uni en luy. Toutes les
Jainilles de la terre. Les Juifs enten-
dent ceci grossièrement, que toutés na-
tions désireront que prospérité leur ad-
viéie, comme à la semence d’Abrahäm,
Mais nous l’interprétons autrerhent, às-
çavoir que tous les Gentils Seront insérez
en la famille d'Abraham. Car aussi lé
nom d'Abraham tendoit à cela, qu’il ad-
viendroit que Dieu recueilleroit tous peu-
ples pour les unir à Abraham. Et mesme
quand les Prophètes veulent déclarer combien ceci vaut, ils prédisent par tous
leurs escrits, que héritage de Salut sera
commun aux Gentils. Et par ceci nous
voyons que l’alliance de Dieu, qui estoit
pour lors particulière aux Juifs, non-
seulement appartient indifféremment à tous, mais aussi est contractée avec nous. Autrement nous ne pourrions CON cevoir fiance de salut assez ferme par PEvangile. Parquoy, ne nous laissons point arracher ceste promesse, laquelle est comme une disposition testamertaire, par laquelle le Seigneur nous à constituez ses héritiers ensemble avec les Pères. A quoy
aussi sainct Pierre a regardé, quand il
dit un peu après, que Jésus-Christ a esté
premièrement envoyé aux Juifs. Car il
signifie que les Gentils aussi ont léur
ordre, encores que ce soit le second.
26 C'est pour vous premièrement que Dieu à suscité son Fils Jésus, etc. | recueille des paroles de Moyse, que Christ est maintenant manifesté. Toutesfois il semble qu'elles ne signifient rien de cela. Mais toutesfois il argumente fort bien en ceste sorte: d’autant que la bénédiction ne seroit point autrement ferme, Sinon qu’elle prinst son commencemeñt du Messias. Car il nous doit tousjours souvenir, Que tout le genre humain est maudit: et pourtant uñ singulier remède nous est promis, qui né hous ést point baillé que par Christ. Parquoy luy seul est la source et fontaine de bénédiction. Que si Jésus-Christ est venu à Céste fin, que premièrement il bénisse les Juifs, et puis après, nous aussi: il ne faut nullement douter qu’il n’aît fait plet-
Car. IV.
nement son office : et ne faudrons point de nostre costé à sentir la vertu et efñcace de cest office en nous, pourveu que ne donnions empeschement par nostre incrédulité. C’estoit une partie de l’office du Sacrificateur sous la Loy, de bénir le peuple. Et afin que ce ne fust une vaine cérémonie, la promesse y estoit adjoustée:
comme on peut veoir au chap. VI des Nombres, v. 27. Or ce qui a esté figuré en la Sâacrificature ancienne, il a esté vrayéïnent accompli en Jésus-Christ. Et de ceci est traitté plus amplement sur le chap. VII de Tépistre aux Hébrieux, v.
1-6. La translation d’Erasme ne me plaist point : car il met, Comme ainsi soit qu’il eust suscité : comme s’il estoit parlé d’une chose passée de fort long temps. Mais sainct Pierre entend plustost, que Jésus- Christ à esté suscité quand il à esté monstré autheur de la bénédiction: ce qui devoit tant mieux toucher les cœurs, comme un cas tout nouveau et non attendu. Car l’Escriture parle coustumièrement en ceste sorte : Comme au prochain passage de Moyse, auquel S. Pierre à regardé. Susciter un Prophète, c’est le garnir dé tous les dons qui sont nécessaires pour exécuter son office, et comme le constituer au degré de Prophète. Oril est bien vray que Jésus-Christ a esté suscité lors qu’il a exécuté son office que
SUR LES ACTES
le Père luy avoit enjoint: mais Cela mesme se fait tous les jours, quand il est offert par l'Evangile, pour estre éminent entre nous. Quant à ce mot Premicrement, nous avons desjà dit que par iceluy est signifié le droict de primogéniture et aisnesse: Car il à falu qué Christ commenceast par les Juifs, afin qu’il passast puis après aux Geñtils. En retirant un chacun, etc. I propose derechef la doctrine de repentance, afin que nous apprenions à enclorre la nouveauté de vie sous la bénédiction de Christ: ainsi que fait Isaïe, lequel promettant qu’un Rédempteur seroit envoyé à Sion, adjouste une restriction: asçavoir à ceux de Jacob, lesquels s’amenderont de leurs iniquitez. Car Jésus-Christ n’efface point les péchez des fidèles, afin que sous ce prétexte ils se laschent la bride à pécher :
mais quant et quant il les rend nouveaux hommes. Combien qu’il faut distinguer prudemment entre ces deux bénéfices qui sont conjoints ensemble, afin que €e fondement soit tousjours ferme, Que nous sommes réconciliez à Dieu par le pardon gratuit qu’il nous fait. Je sçay que les autres le tournent autrement: mais C’estci le sens naturel de $S. Luc. Car il dit ainsi de mot à mot, Æn convertissant un chacun de ses malices ou iniquitez.