‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 47 sur 113 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

1 Mais comme ils parloyent au peuple, les Sacrificateurs et le capitaine du

temple, et les Sadduciens surveindrent :

2 Estans en grand’ peine de ce qu'ils enseignoyent lé peuple, et qu'ils annoncoyent la résurrection des morts au nom de Jésus. 3 Et ayans jetté les mains sur eux, les meirent en prison jusques au lende-

main : car il estoit desjà vespre.

4 Et plusieurs de ceux qui avoyent ouy la Par ole, creurent : et fut le ñnom-

bre des personnes environ cinq mille.

Nous avons principalement trois choses à considérer en ceste narration. Premièrement, qu'aussi tost que la vérité de l'Evangile se manifeste, Satan vient à l'opposite pour y résister en toutes les sortes qu’il peut, et fait tous ses efforts pour l’opprimer en ses commencemens.

Puis après, que le Seigneur muñit les

siens d’une force invincible, afin qu'ils demeurent fermes et constans contre toutes les machinations de Satan, et qu'ils ne quittent point la place à la violence des meschans. Finalement, il nous faut considérer l'événement : que combien qu'il semble advis que nos adversaires soyent en authorité, et que tout

le gouvernement soit entre leurs mains, et qu'ils ne laissent rien pour abolir et effacer la mémoire du Seigneur Jésus : et au contraire, que les ministres de la pure doctrine soyent comme brebis és gueules des loups : si est-ce toutesfois que Dieu estend le Royaume de son Fils, entretient la lumière de son Evangile qu’il a allumée, et maintient le salut des siens.

Parquoy, toutes fois et quantes que la doctrine de l'Evangile en son commencement sera assaillie de diverses esmotions, et que son cours sera troublé de plusieurs empeschemens, il ne faut point que les cœurs fidèles soyent esbranlez ou estonnez comme d’une chose non accoustumée, mais plustost qu'ils se souvienent que ce sont des eflorts ordinaires de Satan : et mesme nous devons avoir ceci bien, prémédité en nous, avant qu’il adviene, qu’il ne se peut faire autrement que Satan ne desgorge sa forcènerie, toutes fois et quantes que Christ se présente en avant avec sa doctrine. Cependant considérons que la constance des Apostres nous est proposée pour exemple, à ce que nous ne nous laissions vaincre par aucuns dangers, OU menaces, Ou estonnemens, et ne reculions de la profession de foy laquelle Dieu requiert de nous. Adjoustons avec ceci la consolation, qu’il ne nous faut point craindre que le Seigneur ne nous donne bonne issue, quand nous aurons fait fidèlement nostre office.

À Mais comme ils parloyent au peuple. I appert par ceci, combien les meschans veillent songneusement : pource qu’ils se trouvent tout à poinct pour fermer la bouche aux serviteurs de Jésus- Christ. Car il ne faut point douter qu'ils ne soyent accourus comme pour esteindre le feu. Et c’est ce que sainct Euc signifie, quand il dit que le capitaine du temple y est survenu : et adjouste qu'ils estoyent en grand’peine de ce que les Apostres enseignoyent. Ils ne sont donc point survenus par cas fortuit, mais de propos délibéré pour faire taire les Apostres de leur authorité. Is ont cependant quelque apparence de droict et équité.

Car si quelqu'un s’ingéroit follement, l'office des Sacrificateurs estoit de répri-

Cuar. IV.

mer une telle audace et outrecuidance :

et avec ce d'entretenir le peuple en l’obéissance de la Loy et des Prophètes, et de fermer l'entrée à toutes nouvelles doctrines. Quand. donc ils oyent dire qu’il y a des hommes incognus, n’ayans aucune authorité, qui preschent et enseignent le peuple au temple, il semble bien qu'ils se mettent en leur devoir selon que requéroit leur office, voire le commandement et ordonnance de Dieu pour donner remède. Et de faict, on ne peut pas de prime face appercevoir en ce qu'ils font, chose qui ait mérité répréhension. Mais la fin et l'issue monstre bien que leur entreprise estoit meschante, et leur zèle pervers. D’avantage, il a esté bien difficile aux Apostres, d’éviter ceste note de blasme et mauvaise renommée, de ce qu’estans gens de basse condition et de nulle estime entre les hommes, ils osoyent usurper authorité en public.

Voire, pource que quand les choses sont confuses, il faut nécessairement attenter plusieurs cas outre la coustume, et sur tout quand il est question de maintenir la religion et pur service de Dieu : pource aussi que les prélats en ferment le chemin, et mesme s’eslèvent contre Dieu par l’authorité qu’ils ont receue de Dieu.

Il faut bien que les fidèles serviteurs de Christ, qui combatent pour la vérité, passent plusieurs blasmes semblables en la Papauté. Car mille saisons et années couleront l’une après l’autre, avant que telles gens vienent à quelque meilleur amendement et correction. Et pourtant S. Luc s’arreste en cest endroit, quand il dit qu’ils estoyent marris et angoissez de ce que la résurrection estoit annoncée au nom de Jésus-Christ. Car il s’ensuit de cela, qu’ils estoyent préoccupez de haine de la doctrine, devant que d’entrer en cognoissance de cause. Il fait expresséement mention des Sadduciens, comme ceux qui avoyent plus grand cœur à ceste matière. Car aussi estoyent-ils presque une partie des Sacrificateurs.

Mais pour autant qu’il estoit yci question de la résurrection, ils s’y opposent plus aigrement que tous autres. Au reste, ça esté une confusion monstrueuse entre les Juifs, que ceste secte si profane es-

Cuar. IV.

toit constituée en authorité. Car quelle crainte de Dieu y pouvoit-il avoir de reste, ou quelle religion, quand l’immortalité des âmes estoit réputée comme une fable, et qu'une telle impiété demeuroit impunie ? Mais il faut que les hommes soyent précipitez en une telle confusion, quand ils ont souffert que la pure doctrine de Dieu s’abastardist entr’eux. D'autant plus nous devons-nous diligemment garder de tous destournemens pervers, afin qu’il ne s’en ensuyve une telle cheute.

Quant au capitaine du temple, aucuns pensent qu’il estoit éleu d’entre les Sacrificateurs. Mais il me semble plustost que ce fust un tribun de la garnison des Romains. Car c’estoit un lieu fort, tant de nature que par artifice. D'avantage, Hérode y avoit fait bastir une forteresse, laquelle il nomma la forteresse Antonia.

Ainsi il est facile à penser qu’il y avoit sarnison assise, et qu'il y avoit un capitaine ou gouverneur Romain pour gouverner le temple : de peur que ce ne fust une retraitte pour les Juifs, s’ils eussent esmeu quelque sédition. Ce que mesme on peut recueillir de Josèphe. Et ceci convient très bien, que les ennemis de Christ ont imploré le bras séculier, sous couleur d’appaiser le tumulte. Cependant ils pourchassent la faveur des Romains, comme s'ils eussent esté songneux de garder le droict de l'empire.

k Et plusieurs de ceux, etc. Vray est que les Apostres sont enserrez en prison :

SUR LES ACTES

mais leur prédication estend sa vertu et efficace bien loin : et le cours d’icelle trouve avancement. De quoy S. Paul se glorifie magnifiquement, Que la Parole n’est point liée avec luy. Par ceci nous voyons que la bride est bien laschée à Satan et aux meschans pour exercer cruauté horrible contre les enfans de Dieu : toutesfois quelque machination qu’ils facent, ils ne peuvent faire que Dieu n'avance le Royaume de son Fils, que Christ ne rassemble ses brebis, que peu de gens sans aucune force ni aide, ne monstrent plus de puissance par la seule voix de leur bouche, que ne fera tout le monde escumant sa rage à l’encontre. C’est bien yci une œuvre excellente de Dieu, qu’une seule prédication a apporté un si grand fruit. Mais ceci est digne de plus grande admiration, qu’un danger si grand et si éminent n’empesche point les fidèles d’embrasser la croix du Fils de Dieu, avec la foy d’iceluy. Car ceci est un commencement bien dur et aspre pour des apprentis. Mais Christ démonstre beaucoup mieux par ceste efficace de doctrine qu’il est vivant, que s’il bailloit son corps à taster, et s’il le présentoit visible et manifeste devant les yeux des hommes. Au surplus, quant à ce qui est yei récité, que le nombre des fidèles et croyans creut bien environ de cinq mille hommes, je ne l’enten point d’une creuë nouvelle, ains de toute l’Eglise.

5 Or il adveint que le lendemain leurs gouverneurs s’assemblèrent en Jéru-

salem, et les Anciens et les Scribes,

6 El Anne principal Sacrificateur, et Caïphe, et Jehan, et Alexandre, et tous ceux qui estoyent du genre des Sacrificateurs.

1 Et les meirent en place, et les interroquérent, disans, Par quelle puissance, Où au nom de qui avez-vous fait ceci?

8 Adonc Pierre rempli du sainct Esprit, leur dit, Gouverneurs du peuple,

et vous Anciens d'Israël,

9 Puisque nous sommes aujourd’huy examinez du bien qui a esté fait à un homme impotent, pour sçavoir par quel moyen il a esté quairi:

10 Soit notoire à vous tous, et à tout le peuple d'Israël, que ç'a esté au nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, lequel Dieu a ressuscité des morts : par cestuy-là, di-je, cest homme est yci sain devant vous.

A1 C'est ceste pierre qui a esté rejettée de vous édifians, qui a esté faite le

principal du coin*.

1) Ps., CXVIN, 22. Is., XX VIII, 16. Matth, XXI, 42. Mare, XII, 10. Luc, XX, 17. Rom., IX, 38. 1 Picrre, I, 7.

Car. IV.

12 Et n'y a point de salut en aucun autre : car aussi n'y à point d'autre nom sous le ciel qui soit donné aux hommes, par lequel il nous fale estre

sauvez.

1) Matth.,1, 22.

5 Oriladveint que le lendemain, etc.

Il nous faut yci noter que les meschans ne laissent aucune finesse ou astuce pour abolir l'Evangile et la mémoire de Jésus- Christ, et nonobstant n'obtienent point ce qu'ils espéroyent pource que Dieu brise et dissipe leurs entreprises. Car ils sont une assemblée en laquelle ils se portent tellement en tyrans, que cependant leur appétit désordonné ha quelque apparence d'équité, et la liberté est chassée bien loin, et finalement on pourroit penser que la vérité est condamnée à bon droict. Mais Dieu leur envoye une frayeur soudaine, qwils n’osent faire ce qu’ils peuvent et désirent grandement. Tout ce que les Aposires auront allégué pour la défense de leur cause, demeurera enclos entre les parois et enseveli, veu qu’il n’y a personne qui leur favorise. Ainsi la vérité n’ha point de lieu. Toutesfois nous voyons comment le Seigneur dissipe leur conseil, quand la crainte qu’ils avoyent du peuple, les garde de passer outre. Or c’est merveilles de ce que $S. Luc fait yci Anne grand Sacrificateur, veu qu’on peut cognoistre par Josèphe que cest honneur n’a point esté osté à Caïphe, jusques à ce que Vitellius eut fait son entrée en Jérusalem avec authorité, après que commandement fut fait à Pilate d'aller à Rome.

Tous sont d'accord que le Seigneur Jésus fut crucifié le 48° an de l’empire de Tybère. Jusques à la fin de son empire on conte encore 4 ans. Il faut nécessairement que pour le moins il y eust trois ans depuis la mort de Jésus-Christ jusques au temps que Pilate fut déposé de son office de gouverneur. Car il ne veint point à Rome sinon après que Tybère fut mort. Ainsi Caiphe estoit encore Sacrificateur trois ans après la mort de nostre Seigneur Jésus. Parquoy il est probable que ce que récite yci S. Luc, n’est pas advenu tout soudain après la résurrection de Christ. Toutesfois encore n’aurons-

que Jonathas fut substitué au lieu de Caïiphe. Mais pource que ce Jonathas estoit fils d'Anne, il est vray-semblable que le nom de son père luy fut aussi baillé.

Comme aussi Caïphe avoit deux noms:

car on lappeloit aussi Josèphe. |

7 Par quelle vertu, etc. Voyci encore

| comment ils se couvrent du zèle de Dieu.

| Car ils font semblant d’en estre songneux,

et de se donner bien garde que l'honneur de Dieu ne soit transféré ailleurs. Ce mot de Nom est yci pris pour authorité. En somme, ils font comme s'ils estoyent grans zélateurs et bons protecteurs de la gloire de Dieu. Cependant on voit en eux une merveilleuse importunité, quand en réitérant souventesfois mesmes interrogatoires, et sur une chose indubitable, ils veulent contraindre les Apostres de se desdire, et par crainte tirer autre chose d'eux qu'ils n’avoyent confessé. Mais Dieu se mocquant de leur ruse, fait qu'ils oyent des choses autres qu’ils ne voudroyent.

8 Adonc Pierre rempli du sainct Esprit. Ce n’est point sans cause que S- Luc a adjousté ceci expressément:

c’est afin que nous sçachions que ce que S. Pierre a parlé si magnifiquement et

| hautement, n’a point esté de soy-mesme.

Et de faict, luy qui avoit esté fort estonné à la voix d’une simple femme, voire en sorte qu’il en a renié Jésus-Christ, (Mat., XXVI, 70) comment n’eust-il esté du tout abbatu au seul regard d'un tel Sénat, et voyant une telle magnificence, s’il n’eust esté redressé par la vertu du S. Esprit? Il est certain qu’il avoit bon besoin de prudence et de force. Et nous voyons comment il est tellement garni de l’une et de l’autre, que sa response est vrayement Divine. Il est yei tout autre qu’il r’estoit auparavant. Au surplus, ceci nous apporte double proufit. Car çe tesmoignage sert grandement à faire valoir la doctrine qui s'ensuit tantost après,

nous pas entière solution de toute la dif-} quand il est dit qu’elle est du sainct Esficulté en ceste sorte. Car Josèphe dit | prit. Outreplus, nous sommes admonestez

Cuar. IV.

de demander au Seigneur l'Esprit de force et de prudence, par lequel nos cœurs et entendemens soyent gouvernez, toutes fois et quantes qu'il nous faudra faire confession de nostre foy. Quand il est dit qu'il estoit rempli du sainct Esprit, par ceste plénitude est entendue une mesure abondante, et plus que de coustume.

9 Puis que nous sommes aujourd'huy examinez, etc. Il ne faut point douter que sainct Pierre n’accuse yci les Scribes et Sacrificateurs d'ingratitude :

d'autant qu'ils font une enqueste inique d’un bien-faict et œuvre digne de grande louange: comme si les Apostres eussent perpétré quelque forfaict horrible. Si nous sommes examinez comme coulpables, dit-il, pource qu’un homme impotent à esté guairi par nous. Sainct Pierre regarde yei un zèle pervers et affection maligne plustost que l’ordre de lenqueste. Car s'ils eussent voulu destourner le peuple du pur service de Dieu sous ombre de ce miracle, les Scribes et Sacrificateurs eussent eu bonne cause de les appeler pour rendre raison de ce qu'ils ayoyent fait. Car la religion est sans comparaison plus excellente que tous. les biens de la vie présente. Mais d'autant que n’ayans aucune cause ne raison, ils prenent malicieusement pour crime ce qu'ils devoyent grandement honorer, S. Pierre s'appuyant sur ceste confiance, les picquant les reprend à bon droict du commencement, de ce qu'ils sont là juges pour condamner les bienfaits. Toutesfois il ne s’arreste guères sur ceci: et c’est afin qu’il se face ouverture à la matière.

40 Soit notoire à vous tous, etc. Comme j'ay desjà remonstré, S. Pierre pouvoit bien chercher des eschappatoires, s’il n’eust voulu entrer en matière. Mais pource que le miracle avoit esté fait, afin que la renommée du Seigneur Jésus fust espandue, il tombe tout soudain sur ceci.

Car il sçavoit bien qu’il avoit esté ministre d’une si grande et excellente vertu de Dieu, afin que ce luy fust un seau pour confermer sa doctrine. Cependant les meschans sont contraints d’ouir ce qu’ils eussent bien voulu estre du tout enseveli,

SUR LES ACTES

En machinant et faisant du pis qu'ils peuvent, ils gaignent seulement un poinct, c’est que S. Pierre leur propose en face, et afferme ce de quoy ils estoyent grandement marris qu’il avoit esté dit aux autres. Or premièrement il fait Jésus- Christ autheur du miracle. Puis après, d'autant qu'il sembloit bien que ce fust une chose absurde et incroyable, qu’un homme mort fust garni d’une puissance Divine, il testifie que Jésus-Christ est vivant, pource que Dieu l’a ressuscité des morts, quoy qu'ils l’eussent occis. Ainsi le miracle luy sert d'occasion pour annoncer la Résurrection du Seigneur Jésus. Or S. Pierre a voulu prouver par ce tesmoignage, que Jésus est le vray Messias. Il dit qu’ils l’ont occis, non-seulement pour leur reprocher, afin qu'ils recognussent leur faute, mais aussi afin qu’ils entendent qu’ils n’ont rien gaigné de batailler contre Dieu: et que pourtant ils ayent à se déporter de faire des enragez à leur malheur et issue damnable.

A1 C’est ceste pierre, etc. I] conferme par tesmoignage de l’Escriture, que ce n’est point une chose nouvelle, que les prélats et gouverneurs de l'Eglise, qui sont enflez de titres tant magnifiques et honorables, et qui occupent le premier siése au temple de Dieu, toutesfois ont malheureusement rejetté Jésus-Christ. Il allègue donc le passage du Pseaume CXVIIE, où David se plaind de ce que les princes et anciens gouverneurs du peuple l'ont rejetté: et néantmoins il $’esjouit et glorifie qu'il a esté esleu de Dieu pour tenir le premier lieu. Au reste, il compare l'Eglise ou l’estat du Royaume de Dieu, à un édifice ou hastiment, par une similitude fort usitée en l’Escriture.

Ceux qui ont le gouvernement, il les appelle maistres maçons ou charpentiers :

et il se fait la principale pierre, laquelle soustient tout le fais et pesanteur du bastiment. Car c’est ce qu’il signifie par le principal du coin. Or donc David se console en ceste sorte : que quoy que les gouverneurs l’ayent rejetté, en sorte qu’ils ne luy ayent point seulement laissé le dernier lieu: néantmoins leurs pervers et iniques efforts n’ont peu empes-

cher que Dieu ne l'ait eslevé au principal degré et en la plus haute dignité. Or ce que Dieu vouloit estre parfaitement représenté au Messias, a esté figuré en David. S. Pierre donc addressant sa parole aux Juifs, allègue ce tesmoignage de David fort bien à propos, comme une chose qui avoit esté prédite du Messias : comme eux aussi sçavoyent bien que cela luy compétoit proprement. Nous entendons maintenant à quel propos S. Pierre a allégué le Pseaume, asçavoir, afin que les anciens et Sacrificateurs estans follement enflez de leur honneur, ne s’attribuassent là puissance d'approuver ou réprouver tout ce que bon leur sembleroit. Car il appert que la pierre qui a esté rejettée par les maistres maçons et principaux bastisseurs, a esté posée par la main de Dieu au principal lieu de tout le bastiment pour le soustenir. Au reste ceci n’est advenu seulement pour une fois : mais il faut qu’il soit accompli tous les jours: pour le moins on ne doit point trouver cela nouveau ni absurde, si aujourd’huy mesme les bastisseurs principaux rejettent Jésus-Christ. Dont pouvons-nous ouvertement repousser la vaine et folle vanterie du Pape, lequel se glorifie d’un titre nud pour s’usurper tout ce qui appartient au Seigneur Jésus. Mais encore, accordons au Pape et à ses supposts et toutes ses bestes cornues ce qu’ils demandent, asçavoir qu’ils sont Prélats et Pasteurs ordinaires de l'Eglise : si est-ce qu’à la fin ils ne pourront passer plus outre, que d’estre appelez édifians avec Anne et Caïphe. Or on voit bien clairement à quoy est bon ce titre, lequel ces mitrez pensent bien estre suffisant pour mesler le ciel avec la terre. Maintenant faisons un brief recueil d’aucunes choses qui sont yci diges d’estre notées. Quant à ce que ceux qui ont la supérintendance sur l'Eglise, sont appelez bastisseurs ou maistres maçons, le nom les admoneste de leur devoir et office. Parquoy qu'ils s’employent du tout à édifier le temple de Dieu. Et pource que tous n’exécutent pas fidèlement la charge et office qui leur est commis, qu'ils avisent quelle est la vraye facon de bastir comme il appartient. En premier lieu, qu’ils retienent Christ pour

Car, IV.

fondement. D’avantage, qu’ils n’y adjoustent point de foin ni paille, ou chaume, ains qu’ils parachèvent tout l'édifice de

pure doctrine : comme $S. Paul enseigne au chap. IT de la 17e aux Corinth., v. 42.

Quant à ce qui est dit que Dieu a exalté Christ, qui avoit esté rejetté par les bas-

tisseurs : cela nous doit donner bon cou-

rage, quand nous verrons que les gou-

verneurs et Pasteurs mesme de l'Eglise,

ou pour le moins ceux qui sont en cest honneur et authorité, s’eslèveront avec

impiété contre Jésus-Christ pour le rejetter et exterminer. Car nous pouvons en bonne conscience et hardiment mespriser

ces masques qu’ils nous mettent en

avant, afin de ne douter point de donner au Seigneur Jésus l'honneur duquel le Père l’a honoré, et lequel il luy attribue.

Que si Dieu en se déportant pour un

temps de les punir dissimule leurs tours,

si est-ce que d’enhaut il se mocque de l'audace de ses ennemis, cependant qu’ils tempestent et troublent tout yci-bas.

D’avantage, quelque puissance qu’il y ait en leurs conspirations, et quoy qu’elles soyent munies et garnies de tous aides :

nous devons toutesfois avoir ceci pour tout résolu, que l’honneur qui appartient au Seigneur Jésus, luy demeurera tousjours sauf et entier. Que le fruit aussi de-ceste asseurée confiance et hardiesse S'Ensuvyve, asçavoir, que nous soyons forts et constans à maintenir le royaume de nostre Seigneur Jésus : duquel Dieu prononce qu'il se monstrera protecteur invincible. Touchant la constance de sainct Pierre, il a esté desjà dit, que luy, qui estoit un simple homme, n’ayant nul qui luy teinst compagnie en cest affaire et danger que Jehan, toutesfois ne monstre aucun signe de crainte, quelque chose que les Juges luy fussent ennemis mortels : mais plustost confesse franchement devant ceste assemblée furieuse, ce qu'il sçavoit bien qu'ils devoyent prendre si mal à gré. Or quant à ce qu’il leur reproche d’une telle sévérité le forfaict horrible qu’ils avoyent commis, il nous faut de ceci prendre une règle de parler, quand nous avons à faire avec ceux qui sont ennemis ouverts de la vérité. Car alors nous-nous devons diligemment gar-

Cuar. IV.

der de deux vices : asçavoir qu’il ne semble que nous flattions en nous taisant, où faisant semblant de n’y voir goutte. Car un tel silence seroit une grande desloyauté : d'autant qu’en ce faisant nous trahirions la vérité. Gardons-nous aussi de nous laisser transporter de sotte indiscrétion, ou de chaleur excessive :

comme il advient bien souvent, que nos cœurs bouillent plus que de raison, quand ils sont esmeus de contention.

Qu'il y ait donc gravité en cest endroit, en sorte toutesfois qu’elle soit modérée. Reprenons franchement : mais que ce soit en sorte que toute ardeur bouillante de mesdire cesse. Nous voyons yci que S. Pierre garde un tel moyen. Car du commencement il parle à eux modestement et honorablement : mais quand il est entré en matière, il se courrouce et les reprend aigrement. Et certes leur impiété si meschante ne pouvoit estre mise en oubli. Ceux qui suyvront cest exemple, n'auront pas tant S. Pierre pour guide et conducteur, que PEsprit de Dieu.

12 Et ny a point de salut, etc. D'une spécialité il vient à une généralité : et d’un bénéfice corporel, il monte à une guairison entière. Et de faict, Jésus- Christ avoit monstré ce tesmoignage de sa grâce, afin qu'il fust recognu pour autheur unique de vie. Il nous faut observer ceci en chacun bénéfice de Dieu :

asçavoir que Jésus-Christ est la fontaine de salut. Au demeurant, il a voulu poindre les Sacrificateurs et gouverneurs par

ceste sentence, quand il dit qu’il n’y à

salut qu’en Christ, lequel ils taschoyent d’esteindre du tout. Comme s'il disoit qu’ils estoyent doublement dignes de condamnation, d'autant que non-seulement ils rejettoyent le salut que Dieu leur offroit, mais s’efforçoyent de le réduire à néant. Or combien qu’il semble advis qu’il parle à des sourds, nonobstant si leur tient-il propos de la grâce de Christ, si d'aventure il y en a aucuns qui veulent prester l’aureille : sinon que pour le moins ils soyent rendus plus inexcusables par ce tesmoignage. Car aussi À n'y a point d'autre nom. I] expose ce qu’il a dit. Il n’y à salut qu’en

SUR LES ACTES

Jésus-Christ, dit-il, pource que Dieu la ainsi ordonné. Car par ce mot de Nom, il entend Cause ou Moyen. Comme sil eust dit, Veu qu’il n’y a que Dieu qui puisse donner salut, il ne veut point qu’il nous soit fait commun par autre moyen, sinon que nous le cherchions en Jésus- Christ. Quant à ce qu’il dit sous le ciel, la plus grand’ part le rapportent aux créatures. Comme s’il disoit que la vertu ou puissance de sauver n’est donnée entre toutes les créatures sinon à Jésus-Christ.

Toutesfois je pense que ceci a esté adjousté, pource que les hommes ne peuvent monter jusqu’au ciel pour parvenir jusqu’à Dieu. Veu donc que nous sommes si loin du Royaume de Dieu, il nous est besoin que non-seulement il nous appelle à SOY, mais qu'il nous tende la main de bien loin, et qu'il nous présente le salut pour en jouir. S. Pierre remonstre maintenant que Dieu a fait cela en Jésus- Christ : pource qu’il est descendu en terre, afin qu’il apportast le salut avec soy.

Et à ceste doctrine n’est point répugnant ce que Jésus-Christ est monté par-dessus tous les cieux. Ephés., IV, 10. Car il a vestu nostre chair pour une fois, afin que ce fust un gage perpétuel de nostre adoption. Le sacrifice unique de sa mort nous a réconcilié et appaisé le Père à perpétuité : en ressuscitant il nous a acquis la vie éternelle. Et maintenant aussi il nous est présent pour nous faire recevoir le fruit de la rédemption éternelle.

Mais il est yci question de la révélation du salut. Or nous sçavons que le salut a esté tellement offert et manifesté en Jésus-Christ, qu'il ne faut plus dire, Qui est-ce qui montera au ciel? Rom., X, 6.

Que si ceste doctrine estoit bien enracinée és cœurs de tous, tant de différens et débats touchant les causes ou moyens de nostre salut, seroyent appaisez, desquels l'Eglise est aujourd’huy grandement tourmentée. Les Papistes confessent bien avec nous que le salut n’est qu’en Dieu :

mais tout soudain ils se forgent des moyens infinis pour obtenir ce salut. Or S. Pierre nous renvoye au seul Christ.

Ils n’osent pas nier du tout, que le salut nous est conféré par Jésus-Christ : mais en forgeant tant de moyens et aides, à

grand’peine luy laissent-ils de reste la centième partie. Or faloit-il chercher salut entièrement én luy. Car quand $.

Pierre exclud tous autres moyens, voire par paroles claires et ouvertes, il monstre

COMMENTAIRES assez que le salut est parfaitement mis, et entièrement gist en Christ seul, et non point seulement une partie. Il s’en faut done beaucoup qu’ils entendent ceste doctrine.

Cuar. IV.

13 Eux alors voyans la parole hardie de Pierre et de Jehan, et cognoissans aussi qu'ils estoyent hommes sans letres et idiots, s'esmerveilloyent et cognois-

soyent qu'ils avoyent esté avec Jésus.

14 Et voyans que l'homme qui avoit esté quairi, estoit présent avec eux, ne

pouvoyent en rien contredire.

15 Adonc üls leur commandèrent de sortir hors du conseil : et conféroyent

entr'eux.

A6 Disans, Que ferons-nous à

ces gens-ci? car il est manifeste à tous les

habitans de Jérusalem, qu'un signe notoire a esté fait par eux, et ne le pou-

vons nier.

17 Mais afin qu'il ne soit plus divulqué parmi le peuple, défendons-leur par menaces qu'ils ne parlent plus à homme vivant en ce nom.

18 Parquoy les appelans üls leur commandèrent que totalement ils ne parlassent ni enseignassent au nom de Jésus.

Yeise monstre une mauvaise conscience. Car estans despourveus de raison et équité, ils ont leur recours à une manifeste tyrannie, de laquelle ils avoyent tasché de se monstrer du tout eslongnez.

Il récite donc en premier lieu, qu’ils ont esté convaincus, afin qu’il soit tout notoire qu’ils font la guerre à Dieu tout à leur escient, comme on a dit des Géans le temps passé. Car ils voyent une œuvre excellente et admirable de Dieu en la guairison de cest homme boiïteux, et toutesfois ils s'opposent meschamment à l'encontre, et taschent de l’obscurcir. Et en la hardiesse de Pierre et de Jehan ils recognoissent une chose plus qu’humaine, d’autant qu’ils sçavoyent bien qu'ils estoyent hommes idiots et rudes.

Parquoy ils sont ravis en admiration maugré qu'ils en ayent. Et toutesfois ils se desbordent jusques à une telle impudence, qu'ils ne font nulle difficulté de chercher un moyen tyrannique et barbare pour opprimer la vérité. Quand ils confessent que cest un signe ou miracle tout notoire, ils s’accusent en cela d’avoir mauvaise conscience. Quand ils disent que ce signe est manifeste à tous, ils monstrent bien que laissans là Dieu derrière, ils regardent seulement aux hom-

mes. Car ils monstrent leur front d’airin et impudent, en ce qu'ils n’eussent point fait difficulté d’user de tergiversation, s'ils eussent eu quelque couleur de nier le faict. Et quand ils s’enquièrent que c’est qu’ils devoyent faire de ces hommes, en cela ils descouvyrent leur malice obstinée. Car ils devoyent faire joug à Dieu, s’ils n’eussent esté transportez ailleurs par une rage diabolique. C’est-ci l’estourdissement et transportement de sens, duquel Dieu enyvre ses ennemis.

Ainsi quand un peu après ils pensent faire par leurs menaces, que le bruit de ce miracle n’aille point plus loin, sçauroit-on trouver une délibération plus lourde que cela ? Car après qu'ils auront fait taire deux hommes de peu de réputation quant à eux, le bras de Dieu sera-il pourtant rompu ?

17 Défendons-leur par. menaces. N appert par ceci, quel mal pernicieux est la puissance et authorité sans a crainte de Dieu. Car quand il n’y à point de telle révérence de la majesté de Dieu qu’elle doit estre, d'autant qu’un chacun tiendra un lieu plus sainct, d’autant estil plus hardiment enragé. Parquoy nousnous devons d'autant plus garder que les meschans et gens de mauvaise con-

Char. IV.

science soyent appelez au gouvernement de l'Eglise. Et ceux qui ont ceste charge, se doyvent bien attremper en toute révérence et modestie, afin qu'il ne semble qu'ils soyent armez pour nuire. Que s’il advient qu'ils abusent de leur estat, le saincé Esprit monstre yci comme en un miroir, qu'il ne faut rien estimer tout ce qu'ils ordonnent et commandent. Car

SUR LES ACTES

l’authorité des Pasteurs principalement est limitée dedans certaines bornes : et ne leur est point licite de passer outre.

Que s'ils sont si hardis d’entreprendre plus outre, il nous est licite de leur refuser obéissance : laquelle si nous leur rendions, nous commettrions très-grande offense.

19 Mais Pierre et Jehan respondans leur dirent, Jugez s'il est juste devant

Dieu, de vous obéir plustost qu'à Dieu

20 Car nous ne pouvons que ne disions les choses que nous avons veuës et

ouyés.

21 Adonc avec menaces ils les laissèrent aller, ne trouvans comment il les peussent punir, à cause du peuple, pource que tous glorifioyent Dieu de ce qui

avoit esté faict.

22 Car l'homme sur lequel avoit esté faict ce signe de quairison, avoit plus

de quarante ans.

23 Or après qu'on les eut laissez aller, ils veindrent à leurs gens, et leur racontèrent tout ce que les principaux Sacrificateurs et les Anciens leur

avoyent dit.

19 S'il est juste devant Dieu, etc.

Souvenons-nous qui sont ceux à qui ils respondenñt ceci. Car combien que ceste assemblée représentast l'Eglise, toutesfois pource qu'ils abusent de leur authorité, les Apostres disent qu'il ne leur faut point obéir. Et selon qu’on a accoustumé de faire en cause qui est hors de doute, ils permettent à la partie adverse de juger de la chose pour luy faire plus de honte. Il nous faut bien noter ceci, qu'ils opposent lauthorité de Dieu à leurs décrets. Cela se feroit mal à propos, s'ils n’estoyent contraires à Dieu, lesquels toutesfois estoyent pasteurs ordinaires de l'Eglise sans cela. Les Apostres aussi expriment quelque chose d’avantage, asçavoir que l’obéissance qui est rendue aux mauvais et infidèles pasteurs, est contraire à Dieu, quoy qu’ils obtienent le gouvernement légitime de l'Eglise. Le Pape résout ceste question de bonne grâce : car tout ce qui luy vient à plaisir de babiller, il dit que ce sont autant d’oracles de Dieu : et par ce moyen il donne bien ordre qu'il n’y a plus de répugnance. Mais quoy ? Les évesques et autres béstes cornues ne se peuvent aujourd’huy non plus attribuer,

que Dieu avoit ottroyé anciennement à l'ordre des Sacriticateurs. C’est donc une bavyerie trop puérile, de dire qu’ils ne peuvent rien commander ni ordonner, que ce ne soit du mandement de Dieu.

Mais plustost le faict en soy démonstre clairement que lors il n’y aura plus de débat, quand la doctrine de Jésus-Christ sera abbatue et renversée, et qu'après cela tout se face à leur appétit, et qu’ils lasehent la bride à leur plaisir desbordé.

Quelque titre donc qu’ayent les hommes, il ne nous les faut point ouir, sinon sous ceste exception, qu'ils ne nous destournent point de rendre obéissance à Dieu.

Parquoy tout ce qu'ils enseigneront doit estre rapporté à la règle de la parole de Dieu. Vray est que nous devons obéir aux princes et autres qui sont constituez en authorité : mais en telle sorte qu'ils n’ostent point à Dieu, qui est le souverain Roy, Père et Seigneur, le droict qui luy appartient. Si este modération doit estre gardée és gouverrniemens politiques, elle doit plustost avoir lieu au gouvernement spirituel de l'Eglise.

Mais afin que selon leur outrecuidance accoustumée, il ne leur semble que ce soit déroguer à leur authorité quand

Dieu est exalté par-dessus eux, Sainct Pierre les destourne de telles flatteries, leur remonstrant que la définition de ce différent appartient au siége judicial de Dieu. Car il exprime notamment devant Dieu : pource que quoy que les hommes facent des aveugles, Dieu toutesfois ne permettra jamais qu'aucun luy soit préféré. Et certes le sainct Esprit à mis ceste response en la bouche des Apostres, non-seulement pour réprimer la félonnie et cruauté de leurs adversaires, mais aussi pour nous admonester de nostre devoir, toutes fois et quantes que les hommes s’eslèvent en tel orgueil, qu'ils vueillent oster le joug de Dieu, et nous mettre le leur sur nos espaules.

Ainsi donc, que la trèssaincte authorité de Dieu nous viene alors en mémoire, par laquelle nous puissions repousser toutes les vaines fumées de quelque excellence et authorité humaine que ce soit.

20 Car nous ne pouvons, elc. Il est certain qu'on peut, voire on doit taire beaucoup de choses, lesquelles on aura veues et ouyes, quand il est question de racheter la paix. Car c’est une chose inhumaine, voire une opiniastreté perverse, d’esmouvoir débat pour chose non nécessaire. Mais les Apostres ne parlent pas yci en général, quand ils mettent en avant la nécessité de parler. Car il est question de l'Evangile de Jésus-Christ, auquel consiste la gloire de Dieu, et le salut des hommes. Ce seroit un sacrilége exécrable, et grande meschanceté, qu’icelle gloire fust supprimée par les inhibitions des hommes. Car Dieu commande que l'Evangile soit presché : veu mesmement que les Apostres sçavoyent que Dieu les avoit éleus pour tesmoins et héraux de Christ, et que de son authorité il leur avoit ouvert la bouche. Quiconque done commande qu’on se taise, celuy-là s'efforce entant qu’en luy est d’abolir la grâce de Dieu, et le salut des hommes. Que si telle défense tant pleine de sacrilége nous ferme la bouche, malheur à nostre lascheté. Maintenant qu’un chacun considère quelle confession nostre Dieu requiert de nous, de peur que quand quelqu'un se sera teu pour acquérir la grâce des hommes, il ne soit con=

Car. IN.

traint d’ouir la sentence horrible de la bouche de Jésus-Christ, par laquelle sa desloyauté soit condamnée. Et sur tout que ceux qui sont appelez pour enseigner, ne soyent estonnez d’aucunes menaces humaines : qu’il n’y ait aucune couleur de domination ou commandement, ou authorité qui les empesche d'exécuter franchement ce qu’ils cognoissent leur estre enjoint par le Seigneur. Malheur sur moy, dit sainet Paul, si je n’évangélize : car la charge n’est commise, 4 Cor., IX, 16. Et ne faut point seulement opposer ce mandement de Dieu aux commandemens et ordonnances tyranniques des hommes, mais aussi à tous empeschemens que Satan met en avant tant de fois pour rompre ou arrester le cours de l’'Evangile. Car nous avons besoin d’un fort bouclier pour soustenir ces assaux si impétueux. Tous fidèles ministres de Jésus- Christ sentent ces assaux : mais quoy qu’il adviene, c’est une forteresse invincible, Que la prédication de l’Evangilè est agréable à Dieu : et pourtant ne pourra.

estre supprimée pour quelque cause que ce soit.

21 Adonc avec menaces ils les lais- * sérent. Voyci quelle est lissue de la conspiration, que les meschans ne cessent d’escumer leur rage : toutesfois il y a une vertu secrète de Dieu qui les réprime et bride en telle sorte, qu'ils ne trouvent point de chemin ouvert pour nuire. D'où vient cela, que ceux-ci se contentans de menaces, n’exercent aussi bien leur cruauté sur les corps, sinon que la vertu de Dieu les tient garrottez comme d’une chaîne? Non pas que la crainte de Dieu ou la révérence de sa majesté ait lieu entr’eux : car il n’y a autre chose que le regard du peuple qui les empesche. Mais le Seigneur les tient bridez de sa bride sans qu’ils en sçachent rien. Or sainct Luc nous propose la providence de Dieu pour la garde du salut des siens : et combien que les infidèles ne l’apperçoyvent, il nous la faut regarder des yeux de la foy. D’avantage, yci se monstre un conseil admirable de Dieu, que la gloire de Jésus-Christ est avancée par ses plus mortels ennemis.

Car ce que les Sacrificateurs s’assemblent,

Cuar. IV.

ne se fait point sans grand bruit. Il n’y a personne qui nait Son esprit en suspens, en attendant quelque événement non vulgaire. Les Apostres se retirent comme absous. Non-seulement donc les ennemis demeurent vaincus, mais aussi maugré qu'ils en ayent conferment l’Evangile. Toutesfois il faut noter d’autre part, que la victoire est tellement donnée aux fidèles, que cependant ils sont tousjours humiliez sous la croix. Car ils sont derechef menacez, et leur est défendu de ne plus enseigner au nom de Jésus- Christ. Ainsi donc ils sont tellement victorieux, que toutesfois ils ne triomphent point sinon sous l’opprobre de la croix.

Quant à ce que sainct Luc dit que tous donnèrent gloire à Dieu, il monstre derechef quel fruit à apporté le miracle.

Toutesfois il se peut bien faire que tous n’ont pas esté amenez à une fin légitime.

Car celuy qui sera bien touché du sentiment de la vertu Divine, et toutesfois ne viendra point à Jésus-Christ, et ne réputera point le miracle pour un seau de la foy, cestuy-là, par manière de dire, s’arreste au milieu de la course. Nonobstant * ceci a esté quelque chose, mais non pas le tout, que la vertu de Dieu a esté cognue en la guairison de cest homme : en sorte que les ennemis honteux et confus se sont déportez de leur rage, ou pour le moins se sont retirez en arrière pour quelque temps.

SUR LES ACTES

23 Or après quon les eut laissez, etc. Nous verrons ci-après pourquoy ils ont récité aux autres disciples ce qui leur avoit esté fait : asçavoir afin que pour l’advenir ils prinssent plus de courage et hardiesse de la grâce de Dieu :

d'avantage, afin qu'ils se fortifiassent de prières contre les menaces orgueilleuses des ennemis. Et c’est ainsi qu'il en faut faire, que les uns incitent les autres, que les enfans de Dieu facent un sainct complot entr’eux, afin que sous l’enseigne de Christ ils guerroyent ensemble contre leur ennemi commun. Ils considèrent en eux-mesmes les périls qui leur sont prochains, afin d’estre plus prests à les endurer, et que combien qu’ils apperçoyvent que leurs ennemis les pourchassent de près, que néantmoins ils ne soyent point lasches à recommencer souvent le combat, et en soustenir de nouveaux : et se confient qu’ils demeureront invincibles par la mesme vertu de Dieu, par laquelle ils avoyent surmonté au paravant leurs ennemis. Or ce qui n’est point exprimé par Sainct Luc est toutesfois probable, asçavoir que ces Apostres se contentans de leur première response n’ont pas plaidé d’avantage contre ces enragez : et que toutesfois ils n’ont pas mis en oubli leur première magnanimité , tellement qu’ils ayent accordé à ce meschant édict, comme gens lasches et abbatus de crainte.

24 Ce qu'ayans entendu, ils eslevèrent tous d'un accord la voix à Dieu, et dirent, Seigneur, tu es le Dieu qui as fait le ciel et la terre, la mer, et toutes

choses qui y sont :

25 Qui as dit par la bouche de ton serviteur David, Pourquoy ont frémi les gens, et ont les peuples pensé choses vaines ?

26 Les Rois de la terre se sont assemblez, et les Princes ont convenu ensemble contre le Seigneur, et contre son Christ 1.

21 Car de vray contre ton sainct Fils Jésus, que tu as oinct, se sont assemblez Hérode et Ponce Pilate avec les Gentils et les peuples d'Israël, 28 Pour faire toutes les choses que ta main et ton conseil avoyent au para-

vant déterminé d’estre faites.

29 Maintenant donc, Seigneur, regarde à leurs menaces, et donne à tes serviteurs d'annoncer ta parole avec toute hardiesse :

30 Æn estendant ta main, à ce que quairison et signes et merveilles se facent

au nom de ton sainct Fils Jésus.

1) Ps., IL, 2.

Cuap.'IV.

31 Quand donc ils eurent prié, le lieu auquel ils estoyent assemblez trembla, et furent tous remplis du sainct Esprit, et annoncoyent la parole de Dieu avec

hardiesse.

Nous sommes enseignez par cest exemple quel est nostre devoir, quand les ennemis de la vérité nous menacent par authorité orgueilleuse. Car quand les périls sont éminens, il n’est pas temps de rire, comme gens bien asseurez, mais la crainte du danger nous doit servir d’aiguillon pour requérir l’aide de Dieu. Et c’est le remède pour nous redresser, afin qu'un trop grand estonnement ne nous face oublier nostre devoir. Nous voyons yci double fruit de ceste présente histoire : que quand les disciples de Jésus- Christ oyent les menaces furieuses de leurs ennemis, ils ne s'amusent point à gaudir comme gens sans souci et stupides : mais estans poussez de crainte, ont leur recours à l’aide de Dieu. D’autre part, ils ne sont point excessivement estonnez, en sorte qu'ils soyent destournez de faire leur devoir : mais ils s'efforcent par sainctes prières et oraisons de se rendre constans et fermes.

24 Tu es le Dieu qui as fait le ciel et la terre, etc. Combien que ce titre magnifique de la puissance Divine soit général, toutesfois il doit estre rapporté à la matière présente. Car ils recognoissent tellement la puissance de Dieu en tout l'ouvrage du monde, que quant et quant ils l’accommodent à leur affaire présent.

Comme aussi les Prophètes ont accoustumé de la magnifier, quand ils veulent remédier aux frayeurs qui nous saisissent, quand nous voyons la puissance et fierté des ennemis. Ils adjoustent puis après la promesse de Dieu. Et ainsi, par manière de dire, ils font ces deux fondemens pour s’asseurer à prier. Et de faict, nos prières sont lors légitimes et agréables à Dieu, quand estans appuyez Sur les promesses de Dieu, et aussi Sur sa vertu, nous prions avec certaine espérance d'impétrer ce que nous demandons. Car nous ne pouvons autrement Concevoir une vraye confiance, sinon quand Dieu nous appelle à soy, et quand il promet qu'il est prest de nous aider : puis après, quand nous cognoissons qu'il ha assez de puis-

sance pour accomplir ce qu’il a promis.

Parquoy, que les fidèles s’exercent en ceste double méditation, toutes fois et quantes qu’ils se préparent pour prier.

Outreplus nous recueillons de ceci, comment nous devons considérer la création du monde : asçavoir afin que nous sçachions que toutes choses sont sujetes à Dieu, et sont gouvernées selon son bon plaisir. Et quoy que le monde tracasse et s'efforce de faire, que toutesfois il n’en adviendra rien autre chose, que ce que luy-mesme a ordonné : voire mesme que toute l’arrogance des meschans est monstrueuse ne plus ne moins que si autant d'argille s’eslevoit contre le potier. Car en général les fidèles ne signifient autre

chose, sinon que quelques périls éminens

qui leur vienent au-devant, toutesfois Dieu y peut remédier par infinis moyens, veu qu’il ha tout en sa puissance, et peut contraindre une chacune partie du ciel et de la terre à son obéissance et service, comme aussi il en est le créateur.

25 Qui as dit par la bouche de ton serviteur David, etc. Maintenant ils descendent à la seconde partie, asçavoir qu'ils ne demandent autre chose à Dieu, que ce que luy-mesme a testifié qu’il accompliroit. Ainsi à sa puissance est conjointe la volonté, afin que leur asseurance d'obtenir leurs requestes soit toute plene et entière. Et pource qu’il est question du Royaume de Jésus-Christ, ils mettent en avant la promesse de Dieu, par laquelle il proteste qu’il se monstrera protecteur d’iceluy, en sorte que les machinations de tout le monde ne proufiteront rien à l'encontre, Or leur zèle pur et saincte affection se démonstre en cela, qu'ils ne sont pas tant sonigneux de leur salut particulier, que des accroissemen$ du Royaume de Jésus-Christ. Powrquoy ont frémi, etc. I ne faut point douter que David ne parle de soy-mesme, lequel combien qu'il fust éleu roy par le Seigneur, et oinet par le Prophète Samuel, toutesfois il n’a peu jouir du royaume qu'à grande difficulté : d'autant que ses

Cuar. IV.

adversaires luy résistoyent de tous costez. Nous savons quelle a esté la conspiration des gouverneurs et de tout le peuple avec le roy Saül et sa famille. Les Philistins d'autre part, et autres roys estranges s’estoyent ensemble bandez contre luy pour luy faire guerre mortelle, le mesprisans comme un homme nouveau, et venu tout en un jour, Comme on dit. Parquoy ce n’est point sans cause qu'il se plaind que les roys ont fait bruit, et consulté ensemble, et que les peuples ont machiné et conspiré beaucoup de choses. Toutesfois pource qu’il estoit asseuré que son royaume estoit soustenu par la main de Dieu, il se mocque de leurs entreprises folles, et prononce que tous leurs Conseils s’en iront en fumée.

Au reste, d'autant que son Royaume estoit institué, afin qu'il fust image du royaume de Jésus-Christ, David ne s’arreste point à l'ombre, mais il appréhende le corps. Et mesme le sainet Esprit, re-

prend asprement la sotte rage du monde,

de ce qu’il ose envahir le Royaume de Christ establi de la main de Dieu, tant en la personne de David, que de Jésus-Christ mesme. Or c’est une consolation fort singulière, quand nous oyons que Dieu tient nostre parti, si nous bataïllons sous l’enseigne du Seigneur Jésus. Il nous faut résoudre de ceci, que combien que tous les hommes du monde, tant grans que petis, assaillent ce Royaume par leurs conspirations meschantes et enragées, toutésfois ils n’y gaigneront rien. Car qu'est-ce de tout le monde au pris de Dieu? Mais observons en premier lieu, que Dieu veut perpétuellement maintenir le Royaume de son Fils, lequel il a institué luy-mesme : en sorte que nous pouvons opposer son décret inviolable à la témérité et folle outrecuidance de tous les hommes du monde : etayans sa main pour garent, nous pouvons mespriser hardiment tous les braves appareils des hommes, tant Soyent-ils redoutables. Or il exprime diligemment quelles sont les forces des ennemis. I dit qu’ils machinent toutes choses : il récite aussi leurs conseils, afin que rien de tout cela ne nous estonne. Au surplus, quand le Pseaume

SUR LES ACTES

nous enseigne que le Royaume de Jésus- Christ demeurera en son estre en despit de ses ennemis, il remonstre quant et quant qu’il y aura beaucoup d’ennemis qui tascheront à le renverser et destruire.

Pour ceste cause il introduit les Rois comme bruyans et frémissans : puis après les peuples murmurans : signifiant par celà que tous estats Iuy seront ennemis.

Et ne s’en faut point esbabir : car il n°y a rien plus contraire à la chair, que le glaive spirituel de l'Evangile, duquel nostre Seigneur Jésus nous occit, pour nous réduire à son obéissance, Rom. XV, 16.

Soyons donc advertis que le Royaume de Jésus-Christ ne sera jamais paisible en ce monde, afin que quand il faudra mettre les armes au poing, nous ne tremblions point, Comme si nous oyons parler de quelque chose non accoustumée.

26 Contre le Seigneur et contre son Christ. Le sainct Esprit enséigne par ceci, que tous ceux qui refusent de rendre obéissancé au Seigneur Jésus, et de s’assujetir à luy, entreprenent la guerre contre Dieu. Vray est que bien souvent ils n’y pensent pas : tant y a toutesfois que cela est véritable, que d'autant que Dieu ne veut point autrement régner qu’en la personne de son Fils, c’est rejetter son joug, toutes fois et quantes que nous sommes rebelles au Seigneur Jésus. Comme luy-mesme le prononce en sainct Jehan, Quiconque n’honore le Fils, il n’honore point le Père. Parquoy, que les hypocrites protestent mille fois s'ils veulent, qu’ils n’ont rien moins en volonté que de guerroyer contre Dieu, si est-ce qu’ils sentiront que Dieu sera leur ennemi formel, sinon qu'ils embrassent Christ avec son Evangile. Au reste, ceste doctrine ha double usage. Car d’un costé elle nous munit et fortifie contre tous les estonnemens de la chair, d'autant qu’il ne nous faut point craindre que ceux qui assaillent l'Evangile soyent plus forts que Dieu. D’autre part, il nous faut bien garder qu’en mesprisant la bonne et saine doctrine, nous ne nous eslevions contre Dieu à nostre grande ruine ét confusion. |

27 Se sont assemblez Hérode et Ponce-

1) Jean, V, 23.

Pilate, etc. Ns récitent que l'événement a monstré ceste Prophétie estre véritable : afin qu’ils se reposent plus asseuréement sur la vérité d’icelle. Car voyci quel est le sens, Seigneur, tu as dit, et nous avons expérimenté de faict, que cela est vray. Or ils réduisent en mémoire ce qui avoit esté fait quatre ans au paravant ou environ. Ainsi pour confermer nostre foy, nous devons appliquer les événemens des choses qui ont esté prédites.

Or toutesfois, pource qu’il pouvoit sembler alors qu’il en estoit bien autrement advenu que le Pseaume ne prononce : veu que les ennemis ne s’estoyent point mutinez en vain, et leurs efforts n’avoyent esté sans effect, comme ainsi soit qu'ils avoyent crucifié Christ, que puis après leur violence s’estoit desbordée d’une façon terrible : les fidèles destournent ce scandale, et disent que les ennemis n’ont point eu plus de puissance ou authorité que Dieu l’avoit ordonné. Parquoy, combien que les meschans pensassent que la mort eust du tout esteint Jésus-Christ, et que desjà ils se bastissent des triomphes en l’air, néantmoins les fidèles cognoissent bien que tous ces bruits et murmures ne sont que fumées. Au surplus, on pourroit yci demander, pourquoy il nomme les Gentils et les peuples d'Israël, veu que c’estoit un mesme corps. Je pense, qu’yci est dénotée la diversité des régions, desquelles les Juifs estoyent venus pour s’assembler au jour de la feste :

comme s’il eust esté dit que les Juifs qui estoyent issus de divers lieux, estoyent accourus tous ensemble pour assaillir le Royaume de Jésus-Christ : et toutesfois leur fureur s’estoit esvanouye en fumée.

Ton sainct Fils Jésus, etc. C’est le mesme mot Grec que j’ay n’aguères traduit Serviteur, quand il estoit mention de David. Car quelque fois il signifie serviteur, d’autres fois fils. Or David est ainsi appelé, pource qu’il a esté serviteur de Dieu, tant à gouverner le peuple, qu’en l'office de Prophète. Mais le nom de fils convient mieux en la personne de Jésus- Christ : sinon qu’on aime mieux dire que sainet Luc ait voulu en la signification douteuse de ce mot, faire allusion à læ

similitude que David a eue avec Jésus-

Cnar. IV:

Christ. Or il dit nomméement, que Dieu a oinct son Fils afin que ce qui est récité au Pseaume, luy appartiene à la vérité.

Car Dieu par son onction l’a consacré pour estre Roy. Cependant il nous faut quant et quant observer, quelle a esté ceste façon d’oindre. Car nous sçavons qu’il n’a point esté oinct d'huile visible, mais du sainct Esprit.

28 Pour faire toutes les DRoseS: etc.

J’ay desjà déclaré à quel propos ceci est dit : asçavoir que tant s’en faut que le Royaume de Christ ait esté renversé et destruit par ceste conspiration, que c’est lors mesme qu’il a vrayement fleuri. Toutesfois yci est contenue une doctrine singulière, que Dieu gouverne tellement toutes choses par son conseil secret, qu'il exécute par les meschans mesmes ce qu'il a délibéré de faire. Non pas qu'eux prestent leurs mains à faire un tel service de leur propre vouloir et bon gré : mais d'autant qu'il tire en arrière leurs conseils et efforts : en sorte que d’un costé apparoist une souveraine équité et droiture : et de l’autre part, on voit une iniquité et meschanceté manifeste.

Mais de ceci nous en avons plus amplement traitté ci-dessus au chapitre IL. Apprenons yei en passant, qu’il faut tellement considérer la providence de Dieu, que nous sçachions qu’elle est la souveraine et seule gouvernante de toutes les choses qui se font au monde : que le diable et tous les meschans sont réprimez et arrestez par la bride d’icelle, afin qu’ils ne nous nuisent : combien qu'ils s’eslèvent orgueilleusement contre nous, que toutesfois ils ne sont pas tellement desliez, qu'ils facent tout ce qui leur plaist : mais que la bride leur est aucunement laschée, autant qu’il est expédient pour nous exercer. Ceux qui ne recognoissent que la prescience de Dieu, et ne confessent point que toutes choses sont gouvernées par son bon plaisir, seront facilement convaincus par ces paroles, que Dieu a préordonné que ce qui est fait, fust fait. Il y a bien plus, que S. Luc ne se contentant point de ce mot de Conseil, a adjousté expresséement la main. Vray est que c’est improprement : mais C’est afin qu'il monstrast plus ouvertement,

Cuar. IV.

que les événemens de toutes choses nonseulement sont gouvernez par le Conseil de Dieu, mais aussi sont modérez par sa main ét puissance.

99 Maintenant donc, Seigneur. Hs s'appliquent bien à propos, et estendent jusques à eux ce qu'ils avoyent allégué de Christ : car il ne veut point estre séparé de son Evangile : mesme, qui plus est, il attribue estre faict à sa personne, toute la fascherie qu’on fait à ses membres. Or ils demandent que le Seigneur réprime la cruauté de leurs ennemis. Et font ceste requeste, non point tant pour l'amour d’eux-mesmes, afin qu'ils vivent en repos, et sans aucune fascherie, que pour le désir qu'ils avoyent que l'Evangile fust dilaté. Car ils adjoustent, Donne à tes serviteurs de parler ta Parole en toute hardiesse. Au reste, il nous faut noter ceste façon de parler, Que le Seigneur regarde aux menaces. Car puis que c’est son office de résister aux orgueilleux, et de rabbatre leur haut caquet, il ne faut point douter que tant plus qu’ils se vantent arrogamment, plus aussi provoquent-ils la fureur de Dieu contr’eux : et que Dieu offensé d’une telle meschanceté, ny vueille donner remède. Ainsi Ezéchias met en avant larrogance orgueilleuse et les cruelles menaces de Sennachérib, afin qu’il puisse impétrer aide en l’extrémité en laquelle il estoit, Isaïe, XXX VII, 44 et 17. Et pourtant les outrages et cruautez de nos ennemis doyvent plustost enflamber en nous le désir et zèle de prier, qu'affoiblir nos cœurs, et empescher de poursuyvrele cours de nostre office. Donne à tes serviteurs. Veu que les ennemis estoyent si grandement irritez d’un seul miracle, comment se fait cela, qu’yci ces saincts personnages désirent que tous les jours ils s’en facent de nouveaux? Nous recueillons donc de ceci ce que j’ay desjà touché, asçavoir qu’ils ont la gloire de Dieu en si grande estimation, qu’au pris d’icelle ils ne réputent rien toutes autres choses. Ils regardent seulement à ceci, que la vertu de Dieu soit cognue par miracles. Ce que les fidèles doyvent tousjours désirer :

voire quand les ennemis devroyent crever, et quand tous les enfers desgorge-

SUR LES ACTES

royent leur rage. Autant en faut-il dire de la confiance et hardiesse de parler. Hs sçavoyent bien queles meschans ne pourroyent rien moins souffrir, que de veoir que l'Evangile eust son cours sans aucune fascherie ou destourbier. Mais pource qu’ils Cognoissent que la doctrine que Dieu veut estre publiée, est une doctrine de vie, et que Dieu veut qu’elle soit annoncée, quelque chose qui adviene : ils ne font nulle difficulté de préférer à toutes choses la prédication d’icelle, pource qu’elle est agréable à Dieu. Au reste, nous sommes enseignez que lors nous recognoissons les bénéfices de Dieu comme il appartient, quand nous sommes incitez par ceste occasion à prier Dieu qu’il conferme ce qu’il a commencé. Les Apostres avoyent monstré un signe de force héroïque : maintenant ils prient derechef que Dieu leur donne hardiesse. Ainsi sainct Paul prie les fidèles de faire requeste au Seigneur qu’il luy ouvre la bouche, combien qu’il feist retentir sa voix par tout, Ephés. VI, 19. Parquoy, tant plus que nous-nous sentons estre aidez de Dieu, apprenons de demander pour ladvenir de nouveaux avancemens, et mesme autant que C’est un don singulier de sa bonté, quand on confesse franchement son Evangile, nous le devons prier assiduellement, qu’il nous entretiene en icelle.

31 Quand donc ils eurent prié, le lieu auquel ils estoyent assemblez, etc.

Maintenant sainct Luc récite que nonseulement ceste prière a esté exaucée de Dieu, mais qu’il y a eu un signe visible envoyé du ciel, afin qu’ils fussent certains d’avoir obtenu ce qu'ils demandoyent. Car le mouvement du lieu n'eust de soy rien proufité : mais il tend à une autre fin, asçavoir afin que les fidèles sceussent que Dieu leur assistoit. Brief, ce mest autre chose qu’un signe de la présence divine. Or le fruict s’en est ensuyvi, asçavoir, que {ous ont esté remplis du sainct Esprit, et ont receu plus grande confiance et hardiesse. Il nous faut arrester plus fort en ce second membre. Car ce que Dieu alors a rendu tesmoignage de sa puissance par le branlement du lieu, ç’a esté une chose extraor-

dinaire, et qui n’advient guères souvent.

Car. IV.

demandoyent, c’est l’utilité qui suit tous-

Et quant à ce qu’il a esté monstré par ef- | jours de l’oraison, laquelle nous est aussi fect, que les disciples ont impétré ce qu’ils ! proposée pour exemple.

39 Et la multitude de ceux qui croyoyent, estoit un cœur et une äme : et nul ne disoit aucune chose estre siene de ce qu’il possédoit : ains toutes choses

leur estoÿent communes.

33 Aussi les Apostres rendoyent à grand'puissance tesmoignage de la ré-

surrection du Seigneur Jésus :

et grande grâce estoit sur eux tous.

34 Car nul n'avoit diselte de rien entr'eux, pource que tous ceux qui possédoyent champs où maisons, les vendoyent, et apportoyent le prix des choses

qui avoyent esté vendues :

35 Et le mettoyent aux pieds des Apostres

selon qu'il en avoit besoin.

: et cela estoit départi à chacun

36 Joses qui par les Apostres fust surnommé Barnabas (c’est-à-dire, fils de consolation) Lévite, et Cyprien de nation,

31 Comme ainsi fust qu'il eust une possession, la vendit, et apporta le prix,

et le meil aux pieds des Apostres.

32 Et la multitude de ceux qui croyoyent estoil un cœur et une âme, etc. Trois choses sont yci louées : que les fidèles estoyent d’un mesme courage :

qu’entr’eux il ÿ avoit mutuelle communication de biens : que les Apostres ont esté hardis et Constans à affermer la résurrection du Seigneur Jésus-Christ. Or il dit que la multitude estoit un cœur :

car ceci à ésté une chose beaucoup plus excellente, que si peu de gens eussent esté d’un mesme accord. I à dit ci-dessus que PEglise estoit creuë jusques à cinq mille, tant hommes que femmes. I dit done qu’en une si grande multitude il y avoit accord mutuel, qui n’est pas une chose fort facile. Et de faict, où la foy règne, elle accorde si bien les cœurs, que tous veulent une mesme chose. Car les discors vienent de là, que nous ne sommes point gouvernez d’un mesme Esprit de Jésus-Christ. Quant à ces deux mots, Cœur et Ame, il est assez notoire qu’ils signifient la volonté. Æ£ nul ne disoit aucune chose estre siene, etc. C’est le second membre, qu’ils ont exercé charité par devoirs extérieurs. Or nous verrons tantost après, quelle a esté ceste communication de biens. Pour maintenant il nous faut observer ceci en la déduection du texte de sainct Luc, que lunité intérieure des cœurs est comme la racine : et puis le fruict s'ensuit, Et cer-

‘s’en à

tes cest ordre doit avoir lieu entre nous :

que nous-nous aimions l’un l’autre d’une ronde et pure affection de cœur : puis après, que nostre charité mette hors ses fruits. Car la bénéficence extérieure ne sera rien devant Dieu, si elle n’est partie du cœur. Et ce ne sera qu'une vaine vanterie et sotte gloire, quand nous-nous vanterons d’avoir droite affection, si nous ne rendons tesmoignage d’icelle par plaisirs extérieurs. D’avantage, S. Luc donne à entendre couvertement, qu'ils me:toyent point d’un mesme accord pour leur utilité particulière, quand les riches en distribuant de leurs biens, ne cherchoyent rien moins que le gain.

33 et 34 Aussiles Apostres rendoyent à grand'puissance tesmoignage, etc.

Ce troisième membre appartient à la doctrine. Car sainct Luc signifie que tant falu que l’ardeur du zèle des Apostres ait esté diminué, lequel ils avoyent à prescher l'Evangile, que plustost ils ont esté fortifiez de nouvelle vertu. Quant à ce qu’il fait seulement mention de la résurrection de Christ, C’est une partie pour le tout: car la résurrection qui n’est qu’une partie, est prise pour tout lEvangile. Mais sainct Luc ne fait seulement mention que de la résurrection du Fils de Dieu, pource qu’elle est comme l’accomplissement de l'Evangile: outreplus, pource qu’à cause de la résurrection ils

Car. IV.

avoyent soustenu un grand combat: de laquelle les Sadduciens qui pour lors avoyent tout le gouvernement, ne pouvoyent ouir parler. £t grande grâceestoit Sur eux. I signifie que ceci à grandément servi à dilater la doctrine: asçavoir qu’en exerçant bénignité envers les pores, ils ont aussi trouvé grâce envers les estrangers. Car il dit qu’ils se sont rendus amiables, pour autant qu’ils faisoyent du bien aux autres. Et pourtant en ces mots, Nul n'avoit disette de rien entr’eux, il y a une reddition de cause.

Combien qu'il n’y à point de doute que leur bonté, attrempance, modestie, patience et autres vertus, n’ayent attiré les cœurs de plusieurs à leur porter dilection et amour. Puis après il expose plus au long, quelle estoit ceste communication de biens, de laquelle il avoit parlé: asçavoir que les riches ont vendu leurs possessions et maisons pour subvenir à la nécessité des povres. Pource que ceux qui possédoyent, etc. Combien que ce soit une façon de parler générale, toutesfois elle ne vaut non plus que s’il estoit spécialement parlé d’aucuns. Car il est vray-semblable qu'il y en eut plusieurs qui ne touchèrent point à leurs possessions: comme on peut recucillir cela de la déduction du texte. Car quand il parle de Barnabas tout incontinent après, il ne faut point douter qu’il n'ait voulu noter un exemple mémorable par-dessus les autres. Il dit donc que tous ont fait, pource qu’il estoit fait seulement par quelque nombre. Laquelle manière de parler n’est point contraire au commun usage de l’Escriture. D’avantage, il n’entend pas que les fidèles ayent vendu tous les biens qu’ils avoyent: mais qu’ils vendoyent autant que la nécessité le requéroit. Car ceci est dit pour amplifier, que les riches non-seulement ont subvenu à la nécessité des povres frères du revenu de leurs champs ou possessions : mais ils ont esté libéraux jusques-là, que mesme ils n’ont point espargné les possessions.

Or ceci s’est bien peu faire, voire en ne se despouillant point du tout, ains seulement en diminuant leurs revenus de quelque partie. Ce qu’on peut derechef facilement recueillir des paroles de sainct

SUR LES ACTES

Luc. Car il exprime puis après pour quelle fin, asçavoir que nul ne fust indigent. Il monstre quant et quant qu’ils ont usé de prudence: d'autant qu’ils distribuoyent à un chacun selon qu’il en avoit besoin.

Les biens donc n’ont point esté également partis: mais il y avoit dispensation modérée, à ce que nul ne fust pressé de disette outre mesure. Et paraventure ceci est la raison pourquoy Joses surnommé Barnabas est yci loué, pource qu’il n’avoit point d’autre possession ou héritage que celuy qu’il avoit vendu. Car il a surmonté tous les autres en ce faisant. El appert par ceci que signifie ce qui est yci dit, que nul ne disoit aucune chose estre siene, ains que toutes choses leur estoyent communes. Car ce qu'un chacun avoit, il ne l’avoit point pour soy pour en jouir tout seul, ne tenant conte des autres: mais ils estoyent prests de rapporter en commun, selon qu’il en estoit besoin, Or maintenant il faut bien dire que nous ayons les entrailles plus dures que fer, de ce que nous ne sommes point autrement esmeus en lisant ceste présente histoire. Alors les fidèles eslargissoyent abondamment de leurs biens.

Et nous aujourd’huy ne nous contentans point de supprimer par chicheté ce qui est en nos mains, nous ravissons les

biens d’autruy par eruauté. Eux mons-

troyent apertement et en simple rondeur ce qu'ils avoyent. Et nous excogitons et songeons mille moyens obliques, par lesquels nous attrapions à nous toutes choses par fraude. Eux apportoyent aux pieds des Apostres. Etnous n’avons point

de honte de brigander par sacrilége au-

dacieux ce qui estoit consacré et offert à Dieu. Ils vendoyent iadis leurs possessions. Maintenant règne une Convoitise insatiable d'acheter. Alors la charité ardente faisoit commun aux nécessiteux ce qui estoit propre à un chacun. Maintenant l’inhumanité d’aucuns est si grande, qu’ils sont envieux de ce que les povres habitent en la terre comme eux, et s'ils pouvoyent, ils leur osteroyent l'usage commun du ciel, de l'air et de l’eau. Parquoy ces choses sont escrites à nostre grande honte et déshonneur. Combien qu’une partie dè ce mal réside és poyres

mesmes. Car comme ainsi soit qu’une telle communication de biens ne puisse estre nullement sinon où il y à un sainct consentement, et où il y a une àme et un cœur : il y aura en plusieurs un si grand orgueil, ou paresse, ou ingratitude, ou hypocrisie, ou rapacité, que non-seulement ils esteindront entant qu’en eux est le désir de ceux qui ont de quoy bien faire, mais aussi empescheront la faculté de le faire. Et toutesfois ceste admonition de sainct Paul ne doit estre mise en oubli, Que nous ne nous lassions en bien faisant, Gal., VI, 9. Au reste, quant à ce que sous ceste couleur les Anabaptistes

Crap. V.

et autres esprits estourdis ont de ce temps-ci esmeu des bruits, comme sil ne devoit point avoir entre les hommes aucune propriété civile de biens, j'ay desjà réfuté ceste resverie au chap. IT.

Car sainct Luc ne donne pas yci une règle à tous en général, laquelle il leur fale nécessairement suyvre, quand il récite ce qu'ont fait ceux-ci esquels une singulière efficace de l'Esprit de Dieu s’est manifestée: et ne parle pas de tous sans exception, en sorte qu’on puisse recueillir que nuls ne fussent estimez Chrestiens, sinon ceux qui eussent vendu leurs biens.

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