CHAPITRE V
1 Mais un homme nommé Ananias avec sa femme Sapphira, vendit une
possession.
2 Et retira une partie du prix, sa femme le scachant bien aussi, et en apporta quelque partie, et la meit aux pieds des Apostres.
3 Dont Pierre dit, Ananias, pourquoy a Satan rempli ton cœur pour mentir au sainct Esprit", et retirer du prix du champ?
4 Si tu l'eusses gardé, ne te demeuroit-il pas? et estant vendu n’estoit-il pas en ta puissance ? Qu'y avoit-il pourquoy tu deusses mettre cela en ton cœur? Tu n'as point menti aux hommes, mais à Dieu.
5 Et Ananias oyant ces paroles, cheut, et rendit l'esprit: dont adveint grande crainte à tous ceux qui ouyrent ces choses.
6 Et aucuns jeunes compagnons se levans, le prindrent, et l’emportèrent
hors, et l’ensevelirent.
1) Ou, faussement prétendre le sainct Esprit,
A Mais un homme nommé Ananias, etc. Ce que sainct Luc a récité jusques à présent, monstroit que ceste compagnie qui avoit esté assemblée sous le nom de Jésus-Christ, estoit plustost une compagnie d’Anges que d'hommes. C’estoit aussi une vertu incroyable, que les riches se despouilloyent de leur propre gré, non-seulement de leur argent, mais aussi de leurs possessions et héritages pour subvenir aux povres. Mais maintenant il monstre que Satan excogita une nouvelle fraude pour entrer jusques dedans ceste saincte congrégation, et ce sous couleur d’une vertu si excellente.
Car l'hypocrisie ha des plis merveilleux pour s’insinuer. Or Satan livre l'assaut à l'Eglise de Dieu par icelle, quand il ne peut proufiter par guerre ouverte, Mais il
fn
nous faut yci principalement considérer quelle est Pintention du sainct Esprit. Car il a voulu testifier par ceste histoire, premièrement combien la pureté du cœur est agréable à Dieu, et en combien grande abomination il ba la perverse feintise et hypocrisie: puis après, combien il approuve la saincte et pure police de son Eglise. Car le principal poinet c’est la peine, de laquelle Dieu a puni Ananias et sa femme. Tout ainsi que pour lors ceste punition griefve a fait que tous ont esté saisis de crainte: aussi ce nous est un beau tesmoignage, que Dieu ne peut porter une telle desloyauté, quand contrefaisans les saincts, nous-nous jouons avec Dieu, l’ayans en mespris. Car si après avoir considéré toutes les circonstances nous cherchons un brief som-
Cuar. V.
maire en ceci, S. Luc ne condâmne point un autre crime ou forfait en Ananias, que ce qu'il à voulu tromper Dieu et l'Eglise par une feinte oblation. Mais en ceste offerte feinte il y avoit plusieurs maux :
le mespris de Dieu, lequel cognoissoit bien le cœur pervers d’Ananias, et toutesfois Ananias n’est esmeu d'aucune révérence : puis après, la tromperie plene de sacrilége, d’autant qu’il avoit retiré une partie de ce que luy-mesme confessoit estre consacré à Dieu : outre plus, une perverse vanité et ambition: par laquelle il se monstre devant les hommes, laissant là derrière le jugement de Dieu :
avec ce, l’infidélité: pource qu’il n’eust point attenté cela, s’il ne se fust desfié de Dieu : conséquemment, la corruption d’une saincte institution : brief, l’hypocrisie seule estoit un assez grand mal de SOY : mais voyci encore plus, qu'avec tout cela il y avoit une audace obstinée à mentir, De première entrée le faict d’Ananias sembloit estre beau et digne de mémoire, voire quand il n’eust donné que la moitié de son héritage vendu: car ce n’est point une vertu vulgaire, asçavoir qu’un homme riche partisse également ses biens avec les povres. Mais les oblations des meschans sont abominables devant Dieu:
Proverbe, XV, 8: et quand la rondeur et simplicité du cœur n’y est point, rien ne luy peut estre agréable. Ainsi nous voyons que Jésus-Christ estime plus les deux deniers que la vefve avoit offerts, que les grandes sommes des autres, qu'ils avoyent données de leurs grans biens, Luc, XXI, 2. C’est-ci la cause pourquoy Dieu a monstré un exemple d’une si rigoureuse vengence en Ananias.
Maintenant poursuyvons chacun poinct l'un après l’autre.
2 Et en apporta quelque partie, etc.
Voyons yci que fait l'ambition. Ananias ha honte qu'il n’est réputé des plus hommes de bien de toute la troupe. Combien donc qu’il soit convoiteux d’argent, nonobstant il se prive d’une partie de ses biens, afin qu’il acquière un bon bruit entre les hommes. Cependant il ne considère pas qu'il ment et trompe en la présence de Dieu, et que Dieu fera la vengence de ce mensonge, Ainsi il advient
SUR LES ACTES
qu’il honore plus les pieds des Apostres que les yeux de Dieu. Nous-nous devons done bien donner garde d’un tel vice, que nous ne nous vueillons mettre Comme sur un eschaffaut pour faire jetter la veue des hommes sur nous par nos aumosnes. Et ce n’est pas en vain que Christ nous admoneste qu’il est proufitable que quand nous donnons l’aumosne, la main gauche ne sçache ce que fait la droite.
3 Dont’ Pierre dit, Ananias, pourquoy, etc. Comment cognoissoit sainct Pierre la fraude d’Ananias? Il ne faut nullement douter que ce ne fust par révélation du sainct Esprit. Sainct Luc donc signifie que les Apostres ont aucunement représenté la personne de Dieu, et qu'ils ont fait son office. Que si l'Esprit de Dieu par la bouche d’un homme mortel presse un hypocrite de si près, lequel au demeurant estoit bien fardé d’une belle couleur de vertus, comment se fera cela, que les infidèles et réprouvez puissent soustenir la voix de Dieu mesme au son de la trompe, quand il faudra que tous comparoissent devant son siége judicial? Au reste, quand sainct Pierre fait ceste interrogation, il dénote l’énormité du crime d’Ananias, où il dit, que son cœur a esté rempli par Satan. Car il n’y a nul homme à qui le cœur ne soit poinet des aiguillons de Satan. Avec ce, il y a mille tentations qui survienent à un chacun de nous, et entrent jusques dedans nos cœurs. Mais quand Satan a saisi le cœur, il ‘obtient son règne en tout l’homme, Dieu en estant chassé hors.
C’est-ci un signe d’un homme réprouvé, d’estre tellement addonné et rangé sous Satan, que l'Esprit de Dieu n’y ait nulle place. Quant à ce qui s'ensuit du mensonge, il peut estre entendu en deux significations : ou qu’il a faussement prétendu le sainct Esprit: ou qu’il a menti au sainct Esprit. Mais je décline plus de ce costé, qu'Ananias est yci repris, pource qu'il s’est desloyaument mocqué du sainct Esprit, ce qu’il conferme un peu après. D'autant plus nous devons-nous diligemment donner garde que nulle hypocrisie ne domine en nous, à laquelle ceste impudence est propre, de vouloir tromper Dieu, et (par manière de parler)
luy crever les veux: ce qui ne se peut faire sans un vilein mespris. Parquoy, c’est à bon droict que saint Pierre dit, que le cœur est possédé par Satan, où cela se fait. Car qui est celuy qui seroiït si hardi d’estre ainsi outrageux contre Dieu, sinon qu’il fust sans raison, et t0talement hors du sens? Et pourtant sainct Pierre interrogue Ananias, comme d’une chose estrange et monstrueuse :
car un tel aveuglement est horrible à la vérité.
4 Si tu l’eusses gardé, ne te, etc. I] agrandit la faute, d'autant qu’il a péché, n’estant contraint d'aucune nécessité.
Car veu que ceste excuse mesme n’est pas assez suffisante, qu'il a esté incité à mal faire de son propre gré, et provoquer l’ire de Dieu contre soy, Comme à son escient? Au surplus, nous recueillons de ceci, que loy n’a esté imposée à nul homme d’entre eux de vendre son bien.
Car $. Pierre dit qu’il éstoit en la liberté d’Ananias, tant de retenir son Champ et possession, que de garder son argent :
car là il prend au second membre {a vente du champ, pour le prix du champ vendu. Donc en gardant le sien, il n’eust pas laïssé pourtant d’estre estimé fidèle.
Ceux done qui disent qu'il n’est nullement licite aux fidèles d’avoir rien de
propre, ont lesprit estourdi et frénéti-
que. Tu n'as point menti aux hommes.
Combien que la construction des mots soit diverse, toutesfois je ne doute point qu’il ne conferme la sentence précédente.
Car les hypocrites se couvrent de tant de fards et masques, qu’ils pensent n’avoir point à faire avec Dieu. OrS. Pierre parle ainsi nomméement, pource qu'il avoit déceu l'Eglise. Mais quoy ? Il devoit bien penser que là où il y en à deux ou trois assemblez au nom du Seigneur Jésus, là il préside, Mat., XVII, 20 : et que ce qu'il faisoit en ceste congrégation, C’estoit autant que S'il eust eu Dieu devant ses veux. Car puis que Dieu veut régner en l'Eglise, si nous luy portons quelque révérence, nous devons honorer ceste domination, laquelle il exerce par sa Parole. Vray est que les Apostres estoyent hommes, mais non pas hommes privez : d'autant que Dieu leur avoit en-
Cuar. V.
joint de tenir son lieu. Outreplus, il nous faut noter que celuy qui se couvre du S. Esprit à fausses enseignes, ment à Dieu, comme dit S. Pierre. Car par ceste forme de parler est clairement affermée la Divinité du S. Esprit. En ceste sorte aussi S. Paul dit, Vous estes les temples de Dieu, pource que PEsprit d’iceluy habite en vous, 4 Cor., DE, 46.
5 Et Ananias oyant ces paroles, etc.
La mort d'Ananias monstre par effect quelle est l’efficace de la Parole, que sainct Paul loue si hautement (2 Cor., 1, 16) quand il dit qu’elle est odeur de mort à mort à Ceux qui périssent. Vray est qu'il parle de la mort spirituelle de l’âme : mais au corps d’Ananias il y a eu un signe visible de la peine qui est cachée aux yeux des hommes. Il n’a point esté occis ne par violence quelconque, ne par glaive, ne de main d'homme : mais il a esté estouffé de la seule ouye de la voix. Quand noùüs oyons ceci, que les menaces de l'Evangile nous estonnent et humilient de bonne heure, de peur que nous-mesmes n’expérimentions un semblable effect. Car ce qui est dit de Christ, qu’il tuera le meschant de l’esprit de sa
bouche, (Isaïe, XT, 4) n'appartient pas:
seulement au chef des meschans, mais aussi à chacun membre. Car ceux qui rejettent obstinéement le salut qui leur est offert en la Parole, il faut nécessairement que ce qui estoit salutaire de sa nature, leur soit mortel. Mais si ceci semble absurde à aucuns, que S. Pierre a puni Corporellement : je respon en premier lieu, que ceci a esté une chose extraordinaire.
D'avantage, que ceci a esté un des dons du S. Esprit : comme il appert par la Are aux Corinthiens, chap. XIE, v. 10. Pour ceste mesme cause Elymas magicien à esté frappé d’aveuglement par S. Paul, comme nous verrons ci-après, ACt., XII, 8. Sainct Pierre donc n’a rien fait qui fust contraire à son office, quand il a desgainé en temps et heure le glaïve que le S. Esprit luy avoit donné. Or quant à ce qu’aucuns pensent que ceste punition a esté trop cruelle, cela se fait pource qu’ils poisent le péché d’Ananias de leur balance, et non point de la balance de Dieu :
et par ce moyen estiment légère faute un
Car. V.
crime fort énorme, lequel nous avons monstré estre plein de tant de meschancetez. Les autres pensent que ceci est une fable, pource qu’ils voyent advenir, tous les jours que plusieurs hypocrites demeurent impunis, qui toutesfois ne se mocquent point moins de Dieu que faisoit Ananias : et qui plus est, combien qu’euxmesmes soyent grans Ccontempteurs de Dieu, toutesfois ils ne sont point punis de leur grossière et lourde impiété. Mais tout ainsi que Dieu à espandu des grâces visibles en son Eglise du commencement, afin que nous Soyons certains qu’il nous assistera par la vertu secrète de son Esprit : et mesme il a manifesté apertement par signes externes ce que nous sentons au dedans par lexpérience de la foy :
aussi il à testifié par la punition visible de deux, quel jugement horrible est ap-
SUR LES ACTES
pareillé à fous hypocrites, qui se seront mocquez de luy et de son Evangile. Dont advint grande crainte, elc. Ca esté l'intention du Seigneur de faire peur aux autres par la punition d’un, afin qu’en craignant Dieu, ils se déportassent de toute feintise. Et ce que S. Luc récite, qu’ils ont eu grande crainte, nous appartient aussi. Car Dieu a voulu lors monstrer un enseignément commun à tous siècles, afin que tous apprenent de besongner avéc Dieu en pureté et rondeur de cœur. Cependant la peine de ce meschant devoit tant plus eschaufier les fidèles de se consacrer ci-après à Dieu et eux et leurs biens : car ils pouvoyent bien conclure que les aumosnes à la vérité estoyent agréables à Dieu, la profanation et abus desquelles il avoit corrigé si rigoureusement.
1 Adyeint environ l'espace de trois heures après, que sa femme aussi ne sca-
chant ce qui avoit esté fait, entra.
8 Æt Pierre luy dit, Di-moy, avez-vous autant vendu le champ? Et elle dit,
Ouy, autant.
9 Adonc Pierre luy dit, Qui a-il que vous avez fait complot entre vous de - tenter l'Esprit du Seigneur ? Voyci yci à l'huis les pieds de ceux qui ont ense-
veli ton mari, et ils l’emporteront.
10 Æt incontinent elle cheul aux pieds d'iceiuy, et rendit l'esprit. Et quand les jeunes compagnons furent entrez, ils la trouvèrent morte, et l’emportèrent hors, et l'ensevelirent auprès de son mari.
11 Et adveint grande crainte à toute l'Eglise, el à tous ceux qui oyoyent
ces choses.
7 Adveint environ l’espace de trois
heures après, que sa femme aussi ne
scachant, etc. La punition envoyée de Dieu à Sapphira, ne contient rien de nouvéau : sinon que par cela il y eut plus grande Confirmation pour donner exem-
ple. Or il est advenu par certaine provi-
dence de Dieu, que le cœur desloyal et la malice obstinée de tous deux a esté punie par intervalle à la veue de toute l'Eglise.
Il est bien vray que cela se pouvoit faire ensemble par une mesme cognoissance, veu que la cause de tous deux estoit semblable. Mais ceci a esté plus propre
et plus utile pour l’édification de l'Eglise,
qu’un chacun d’eux manifestast plus apertement sa propre impiété et hypocrisie.
Car la présence du mari (comme cela
advient souvent) n’a point esté cause à Sapphira de feindre quelque chose, en sorte que ceste offense peust estre imputée à honte : mais estant incitée de son propre gré et mouvement, et non point d’ailleurs, elle ne se monstre point en rien meilleure que son mari. La malice en menterie est aussi toute pareille, veu qu’elle voit par l'interrogation de sainct Pierre,que leur finesse est descouverte.
8 Di-moy, avez-vous autant vendu de champ ? Et elle dit, Ouy, autant, etc. Nous voyons comment Dieu ne puuit pas d’une soudaine impétuosité :
mais il fait premièrement une enqueste légitime, afin qu’il ne se venge que des obstinez, et de ceux qui empeschent que
le pardon ne viene jusqu’à eux. Car veu que Sapphira sçavoit que ce faict estoit caché, l’interrogation de S. Pierre luy devoit toucher le cœur au vif, autant que si elle eust esté adjournée devant le siége judicial de Dieu. Il luy est donné temps pour se repentir : et mesme ceci luy est comme une semonce gracieuse à faire pénitence. Et toutesfois elle poursuit hardiment et sans honte, et par cela se monstre estre incurable : d'autant qu’elle n’est esmeue d'aucune crainte de Dieu.
Or nous sommes enseignez par ceci, qu’il faut diligemment travailler que les pécheurs soyent réduits au droit et bon chemin. Car l'Esprit de Dieu garde ceste modération. Mais quand il y a obstination et un contemnement opiniastre de Dieu avec le crime, le temps opportun de la punition est venu alors. Ceux donc ausquels desplaist la rigueur excessive de Dieu, monstrent qu’ils sont par trop orgueilleux et arrogans. C’est plustost à nous de méditer comment nous pourrons finalement comparoistre devant son siége judicial. Combien que c’est ci trop mespriser sa sainete majesté, si nous voulons qu’il soit mocqué sans que punition en soit faite. D’avantage, tant de circonstances que j'ay recueillies ci-dessus, monstrent assez suffisamment qu’Ananias et sa femme n’estoyent pas seulement dignes d’une mort. Car premièrement, l'hypocrisie est de soy grandement abominable devant Dieu. Puis après, ce qu'ils mettent en leur cœur de mentir à Dieu, procède d’un grand mespris. Quant à ce qu'ils ne portent nulle révérence à Christ qui présidoit en la congrégation des siens, c’est une impiété meslée d’une impudence : car ce leur est tout un de nier un crime cognu tant seulement de Dieu, moyennant qu’ils ne tombent à honte et vergongne devant les hommes, vers lesquels ils avoyent délibéré de se glorifier. Ce qu’ils nient leur péché avec obstination, cela est comme le comble.
Or quant à ce que tant d’hypocrites ne se mocquent pas moins tous les jours de Dieu et de son Eglise, qui toutesfois ne sont pas punis de mort, j’ay desjà dit pourquoy cela ne doit sembler absurde.
Veu que Dieu est le seul Juge du mon-
Cuir Ya
de, c’est à luy à faire de punir un chacun selon son bon plaisir, en la sorte et au temps qu’il luy semble bon. Parquoy il ne nous est point licite de luy limiter une certaine mesure de punitions. Mais en la punition corporelle de deux, nous a esté proposée comme en un miroir la pesanteur du jugement spirituel, qui nous est encore caché. Car si nous considérons bien que c’est d’estre jetté au feu éternel, nous jugerons que ce n’est pas le dernier de tous les maux, de tomber mort devant les hommes. On peut veoir sur ceci le chapitre X de la 4re aux Corinthiens. |
9 Qui a-il que vous avez fait complot entre vous de tenter l'Esprit du Seigneur, etc. I] signifie par une autre forme de parler, cela mesme qu’il avoit dénoté ci-dessus : asçavoir qu'ils se jouoyent de Dieu sans aucune révérence. Mais il dit qu’ils ont tenté l'Esprit de Dieu, pource qu'ils avoyent tellement comploté et basti leur fraude, comme si l'Esprit de: Dieu n’eust point cognu les cœurs. Car ç’a esté une trop meschante asseurance, de cuider qu’ils pourroyent comploter sans que Dieu en sceust rien, et cependant entr’eux ils se sont tesmoins l’un l’autre de leur crime. Au reste, il entend PEsprit qui gouvernoit l'Eglise par les Apostres. Car quand Jésus-Christ dit que l'Esprit viendra, et jugera le monde, il ne signifie autre espèce de jurisdiction, sinon celle qu’il exerce par le ministère de l'Eglise.
11 Dont adveint grande crainte à toute l'Eglise, et à lous ceux, etc. Il répète derechef que la peine d’une personne a servi d’enseignement à tous.
Mais il exprime yci nomméement deux sortes de crainte. Il dit que l’Eglise a eu crainte : pource que les fidèles ne ceraignent jamais Dieu si parfaitement, qu’ils ne proufitent encore d'avantage , estaus admonestez de ses jugemens. Parquoy autant de peines desquelles nous lisons que Dieu a puni jadis les meschans, et desquelles il les chastie encores aujourd'huy, ce nous sont autant d’advertissemens pour nous retirer de toute convoitise et licence de mal-faire.
Car la chair doit bien souvent estre ainsi réprimée : pource qu’une seule bride ne
Cuar. V.
SUR LES ACTES
pourroit à grand’peine luy suflire. Les! amenez jusqu’à servir Dieu purement : estrangers ont bien eu une autre crainte. | toutesfois elle a esté telle, qu’elle les a Car par leur crainte ils n’ont point esté | contraints de donner gloire à Dieu.
12 Et par les mains des Apostres estoyent faits beaucoup de signes et de merveilles entre le peuple. Et estoyent tous d'un accord au portail de Salomon. 13 Et nul des autres ne s’osoit adjoindre à eux : mais le peuple les ma-
gnifioit.
A4 Et de plus en plus S'augmentoit la multitude de ceux qui croyoyent au Seigneur, tant d'hommes que de femmes :
15 Tellement qu'ils apportoyent les malades aux rues, et les mettoyent en licts et grabats : afin que quand Pierre viendroit, au moins son ombre passast
sur quelqu'un d'eux.
16 Le populaire pareillement des villes qui estoyent voisines s’assembloit en Jérusalem amenant les malades, et ceux qui estoyent tourmentez des esprits immondes : lesquels tous estoyent quairis.
19 Et par les mains des Apostres esloyent faits beaucoup de signes et de merveilles, etc. retourne aux miracles, lesquels sont les plus propres à l’'Evangile : asçavoir ceux par lesquels Jésus- Christ rend tesmoignage, non-seulement de sa puissance, mais aussi de sa bonté :
afin qu’il attire à soy les hommes par la douceur de sa grâce. Car il est venu pour sauver le monde, et non pas pour le condamner. Quand doncques les malades sont guairis, et les autres sont délivrez des esprits malins, ces grâces et bénéfices qui sont conférez aux corps des hommes, représentent la grâce spirituelle de Jésus-Christ. Et pourtant ils sont de son naturel] office, si ainsi faut parler. Ce miracle redoutable qui avoit esté fait en Ananias et sa femme, estoit comme une chose accidentale. Or sainct Luc récite que l’Eglise à esté augmentée par les miracles: ear (comme nous avons dit) ils servent d'aides et appuis à la foy, en préparant les uns, et confermant les autres, Et de ceci est prouvé derechef ce que j’ay remonstré ailleurs : que les miracles ne doyvent jamais estre séparez de la Parole. Et quant à la multitude des signes, sainct Luc la démonstre par là, qu’on apportoit des malades de tous costez en place publique, afin qu’ils recouvrassent guairison. Car Dieu a voulu par ce moyen magnifier l'Evangile de son Fils, et mesme en ses commencemens: afin que ce fust une chose toute certaine en-
tre les Juifs, que la restauration de toutes choses estoit venue, laquelle avoit esté tant de fois promise, et en laquelle ils avoyent paravant protesté que toute leur espérance et attente estoit arrestée.
Touchant ce mot Grabat, il est assez cognu que c’estoyent petis licts sur lesquels les anciens souloyent reposer sur jour : et pource qu'ils estoyent aisez à transporter, on y mettoit les malades.
Et estoyent tous d’un accord au portail de Salomon. I signifie qu’ils avoyent accoustumé de s’assembler à certaines heures, non-seulement pour faire oraisons et pour annoncer la doctrine, mais aussi afin qu'is en gaignassent d’autres au Seigneur, selon que l’occasion s’y addonneroit. Car chacun demeuroit en sa maison: mais ils faisoyent là leurs assemblées : comme de faict nul corps d’Eglise ne peut autrement subsister. Car si chacun se veut servir de docteur en particulier, et faire ses prières à part, et qu’il n'y ait point d’assemblées publiques, 'Eglise sera tant bien instituée qu’on voudra, toutesfois il faudra que bien tost elle aille en décadence et ruine. Il dit qu'ils estoyent tous d’un accord: afin que nous sçachions que tous de leur propre volonté ont gardé cest ordre, que nul n’a esté restif, qui mesprisant les congrégations publiques, se soit contenu dedans sa maison en particulier. En quoy ils monstrent un signe non-seulement de modestie, mais aussi de constance, Car
ceci ne se pouvoit pas faire sans danger, veu que ce lieu estoit fort fréquenté.
Dont est tant plus louable ce commun accord, de ce qu’ils se sont apprestez à s’exposer ensemble au danger.
13 El nul des autres ne s'osoit adjoindre à eux, mais le peuple les ma-
gnifioit. Ç’a esté le second fruict des mi-
racles, que les infidèles convaincus de la
puissance de Dieu si manifeste n’osent
mespriser les Apostres, mais plustost Sont contraints d’avoir l'Eglise en révérence. Toutesfois il pourroït sembler estre mal convenable, qu’estans estonnez par les miracles, ïls fuyent Dieu et son peuple. Je respon qu'ils ont esté empeschez d'approcher par leur,propre faute.
Car il ne faut point douter que Dieu ne nous convie à soy par les miracles. Parquoy tous ceux qui n’ont point encore proufité jusques-là, qu'ils vienent à embrasser de grande affection la grâce qui y reluit, ils ne peuvent rien accuser qui lés empésche que leur mauvaise conscience. Toutesfois cest bien quelque fruict quand Dieu arrache d’eux quelque crainte, Combien que sainct Lue n’attribue pas ceci seulement aux miracles, mais plustost il comprend ensemble tou-tes les choses qui pouvoyent servir à accroistre la dignité de l'Eglise. Car toutes choses estoyent tellement disposées, que là reluisoit comme une majesté Divine : pource que les fidèles estoyent autant différens des autres, que les Anges sont différens des hommes. Car il y à une majesté secrète en une saincte discipline et en un pur service de Dieu, laquelle serre les meschans maugré qu'ils en ayent.
Mais nous ne sçavons aujourd’huy que c’est : car par une licence profane de mal vivre nous nous rendons plustost contemptibles ‘ensemble avec l'Evangile. La punition aussi d’Ananias et de Sapphira servoit grandement à estonner les meschans, à ce qu'ils ne s’ingérassent témérairement de se mettre de la compagnie de ceux où Dieu avoit monstré une vengence si rigoureuse. Toutesfois il faut observer qu'il dénote yci des gens qui tenoyent d’un et l’autre, et qui n’estoyent pas des plus meschans. Car il y en avoit lors plusieurs en Jérusalem, qui n’es-
toyent nullement touchez de la révérence des miracles, ne de la saincteté Angélique des fidèles. S. Luc donc entend des hommes modérez, esquels il y avoit quelque semence de la crainte de Dieu. Comme nous en voyons aujourd’huy aucuns, lesquels sont bien retenus par la vanité du
monde, et empeschez de prendre le joug .
de Christ: mais pource qu'ils sentent quelque chose divine en nostre doctrine, ils n’osent la mespriser, Toutesfois il appert aussi par Ce passage, de quels lags mortels Satan tient serrez Ceux qui sont vuides de l'Esprit de Dieu, veu que non-seulement ils n’osent s'approcher de leur bien et le pourchasser, maïs au contraire ils s’enfuyent d’eux-mesmes des remèdes de salut, lesquels leur sont offerts. Ils voyent et approuvent les choses sainctes et bonnes, et cependant ou ils demeurent pires, où ils croupissent en leurs ordures. |
15 Afin que quand Pierre viendroit, etc. Les Papistes abusent de ceste couverture, non-seulement pour faire valoir leurs faux miracles lesquels ils disent estre faits aux sépulchres des Martyrs, mais aussi afin qu'ils nous facent valoir leurs reliques. Pourquoy est-ce (disentils) que l’ombre de S. Pierre a eu plustost puissance de guairir, que‘ n’aura son sépulchre, ou sa robbe, ou mesme l’attouchement de ses os? Je respon que tout ce que S. Luc, raconte avoir esté fait par gens rudes et ignorans de la vraye foy, il ne s’ensuit pas qu’il le fale affermer estre du tout bon et droit. Maïs il y a encore une réfutation plus certaine: asçavoir que les Apostres ont eu céste puissance, pource qu'üs estoyent ministres de l'Evangile. Et pourtant, selon qu’il estoit besoin d'avancer Ja foy de PEvangile, ils ont usé de ce don: et qui plus est, Dieu n’a point moins monstré sa vertu en leur ombre, qu’en leur bouche.
Or tant s’en faut qu’és miracles desquels les Papistes babillent, il y aït rien qui approche de cela, que plustost toutes choses y sont contraires. Car voyci la fin à
quoy ils tendent : c’est que le monde es- :
tant destourné de Christ, ait son refuge aux Saincts.
Car. V.
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m2 te dei titi nt tt a “ue.
POP TTS D RU TS JD LUN)
Cuar. V.
SUR LES ACTES. 5923
17 Lors le Souverain Sacrificaleur se leva, et tous ceux qui esloyent avec
luy, qui estoit la secte des Sadduciens :
et furent remplis de zèle.
18 Et jettèérent les maïns sur les Apostres, et les meirent en prison publique. 19 Mais l'Ange du Seigneur ouvrit de nuict les portes de la prison, et les
meit dehors : et dit,
20 Allez, et vous roles de ceste vie.
présenians au temple, annoncez au peuple toutes les pa-
21 Lesquels ayans ouy cela, entrèrent environ le poinct du jour au temple, el enseignoyent. Et le souverain Sacrificateur estant venu, el ceux qui estoyent avec luy, assemblèrent le conseil, et tous les anciens des enfans d'Israël, et envoyérent à La prison, pour les faire amener.
22 Mais quand les officiers y furent venus, ils ne les trouvèrent point en la prison, ainsi s’en retournèrent, et Le rapportérent,
23 Disans, Nous avons bien trouvé la prison fermée avec toute seureté, et
les gardes qui estoyent dehors devant les portes : mais quand nous l'avons Ouverte, nous n'avons trouvé personne dedans.
24 Incontinent que le souverain Sacrificateur et le capitaine du temple, el
les principaux Sacrificateurs eurent ouy ces paroles, ils estoyent en doute
d'eux que ce seroit.
25 Mais quelqu'un veint, qui leur annonca, disant, Poylà, les hommes que vous aviez mis en prison sont au temple, et enseignent le peuple.
26 Adonc le capitaine du temple avec les officiers s’en alla, et les aimena sans violence : car ils craignoyent le peuple, qu'ils ne fussent lapidez.
4) Ou, de envie.
17 Lors le souverain Sacrificateur se leva, etc. Jusques yci saïinct Luc a récité que l'Eglise estoit creuë en nombre d'hommes, qu’elle estoit magnifiquement ornée de diverses grâces, qu’elle estoit excellente en miracles, brief que le Royaume de Jésus-Christ y florissoit en toutes sortes : Maintenant il commence à raconter que la rage des meschans a esté embrasée pour cés causes, et leur cruauté dereéchef allumée et plus impétueuse.
Dont nous recueillons de quel furieux aveuglement ils ont esté poussez par Salan : veu que tant s’en faut qu’ils soyent estonnez par une vertu si manifeste de Dieu, qu’ils sont beaucoup plus audacieux, et transportez d’une plus grande impétuosité, sé ruans comme s'ils vouloyent renverser le ciel mesme. Or comme un tel aveuglement est une horrible vengence de Dieu, aussi nous doit-il tous admonester de nous assujetir à Dieu de bonne heure, de peur qu’estans poussez par l’esprit de tourbillon, nous ne soyons
froissez de la main de Dieu, contre la-
quelle nous heurterions. Cependant sça-
chons que Dieu veut tellement augmenter son Eglise en biens spirituels, que toutesfois il permet qu’elle soit tourmentée par les meschans. Il faut donc que nous soyons {tousjours préparez au combat, Car nostre condition n’est point aujourd’huy d'autre sorte. Et principalement la cognoissance des grâces et dons de Dieu, par lesquels il testifie qu’il nous assiste, nous doit rendre courageux, afin que la fureur et audace des infidèles ne nous estonne, Car ce n’est point une petite consolation, quand nous sçavons que nostre bon Dieu nous assiste. £t tous ceux qui esloyent avec luy.'{ entend ceux qui estoyent plus familiers du grand Sacrificateur, du conseil desquels il avoit accoustumé ‘duser, et lesquels il avoit comme Choisis de tout cest ordre sacerdotal : non point avec bon jugement, ains seulement afin qu’ils fussent de sa ligue, comme pour lors ils combatoyent les uns contre les autres furieusement sans aucune vergongne. Au reste, S. Luc dit derechef que c’estoyent Sadduciens, lesquels avoyent pour lors le gouvernement
de tout : afin que nous entendions que tout le gouvernement de l'Eglise estoit lors confus d’une horrible dissipation, veu qu’une telle secte si profane a peu alors obtenir la domination. Mais Dieu a permis que la Synagogue soit tombée en cest opprobre extrême, depuis qu’il avoit séparé l'Eglise de là : afin que ceux qui mesprisans et rejettans l’Evangile demeureroyent en un tel bourbier et amas de toutes ordures, eussent moins d’excuse. Au reste, qui a esmeu ces pourceaux, lesquels ne se soucioyent aucunement de la vie à-venir, sinon pure ambition, et la convoitise de maintenir la domination laquelle ils avoyent occupée ?
Et furent remplis de zèle. Sainct Luc . parle yet en général de l’impétuosité perverse et violente, de laquelle les hypocrites bruslent et sont transportez pour maintenir leurs superstitions. Et par ceci on peut facilement cognoistre combien vaut devant le Seigneur le zèle des hommes, et quelle louange il mérite, quand il n’est point gouverné par raison et prudence : c’est-à-dire, quand il n’est conduit et gouverné par l'Esprit de Dieu. Nous voyons aujourd’huy que ceux qui veulent estre réputez dévots par-dessus tous les autres en la Papauté, sont transportez d’une rage diabolique à espandre cruellement le sang innocent. Cependant notons qu’il ne parle point yci du zèle inconsidéré, tel que sainct Paul raconte avoir esté en plusieurs Juifs : mais nous le prenons plustost pour une esmotion bouillante et desmesurée. Car combien que les réprouvez, qui à leur escient persécutent la vraye religion, se sentent bien coulpables, néantmoins ils se décoyvent d’une fausse apparence de zèle, disans que c’est chose très juste d’aller au-devant des nouveautez. Ainsi qu’aujourd’huy presque tous les Papisies se glorifient du mot de Zèle, combien qu’ils ne soyent jaloux d’autre cas que de leur ventre. Mais encores mettons le cas que ce qu'ils disent soit vray : que servira ceci pour excuser l’ardeur de leur cruauté, à laquelle les pousse leur aveuglement? Voire, comme si C’estoit une grande vertu de lascher la bride à son ire pour se venger de tout ce qui vient à
Car. V.
desplaisir. Au contraire, ceci devoit bien précéder le premier en ordre, de mettre différence entre le bien et le mal, afin que rien ne soit réprouvé à la volée et témérairement,.
19 Mais l’Ange du Seigneur ouvrit de nuict les portes de la prison, et les meil dehors, et dit. Le Seigneur meit les Apostres hors la prison, non pas qu’il voulust qu’ils fussent pleinement délivrez de la main de leurs ennemis :
car il a bien permis puis après qu’ils y fussent remis, et batus de verges : mais il a voulu donner à cognoistre par ce miracle, qu’ils estoyent sous sa protection et sauvegarde, à ce qu’ils teinssent bon, et mainteinssent la vérité de son Evangile : en partie afin que l'Eglise fust de nouveau confermée par ce moyen : en partie afin que toute excuse fust ostée aux meschans. Parquoy il ne faut pas tousjours espérer, ne mesme souhaiter que le Seigneur nous délivre de la mort :
mais il nous faut contenter seulement de ceci, que nostre vie est gardée de sa main autant qu’il est expédient. Quant à ce qu'il se sert de l’Ange pour ce faire, il le fait selon sa coustume ordinaire.
Car il testifie en plusieurs endroits de l'Escriture, que les Anges sont ministres de sa bénéficence envers nous. Et ceci n’est point une vaine spéculation. Car c’est une aide utile à nostre infirmité, que nous sçavons que non-seulement Dieu ha soin de nous, mais aussi que les esprits célestes veillent pour nostre salut. D’avantage, ce n’est point un gage vulgaire de l’amour que Dieu nous porte, que les créatures les plus nobles de toutes soyent ordonnées pour avoir soin de nostre salut. Or l’Ange ouvre la prison de nuict, pource qu’il ne vouloit point faire ce miracle devant les yeux des infidèles :
combien qu'après qu'il a esté fait, il ait voulu qu’il ait esté cognu par ce qui en est advenu.
20 Allez, et vous présentans au temple, annoncez au peuple, etc. Voyci la fin de la délivrance, qu’ils persévèrent à s’employer diligemment à prescher PEvangile, et provoquer courageusement leurs ennemis, jusqu’à tant qu'ils meurent en combatant vaillamment. Car fina-
Cuar. V.
lement après avoir parachevé leur cours, ils ont esté tirez à la mort, la main de Dieu se reposant. Mais maintenant le Seigneur leur ouvre la prison, afin qu'ils soyent en liberté pour exécuter leur charge. Ceci est bien digne d’estre noté, pource que nous en voyons plusieurs, qui se voyans eschappez de quelque persécution, se tairont pour l’advenir : comme s'ils s'estoyent bien acquittez envers Dieu. Les autres aussi se font ouverture en reniant Jésus-Christ. Mais le Seigneur délivre les siens, non pas afin qu'ils laissent ce qu’ils ont commencé, mais plustost afin qu'ils conçoyvent plus grande ferveur pour le temps à-venir. Les Apostres pouvoyent bien mettre ceci en avant, Il vaut mieux que nous-nous taisions pour quelque temps : car nous ne pourrions ouvrir la bouche sans danger. Nous sommes maintenant détenus prisonniers pour une seule prédication : combien plus s’embrasera ci-après la rage des ennemis, s'ils Voyent que nous ne cessions de parler ? Mais pour autant qu’ils sçavent bien qu’il faut vivre et mourir au Seigneur, ils ne refusent point d'exécuter la charge qui leur est commise. Aïnsi il faut tousjours regarder la commission que Dieu nous donne. Plusieurs choses surviendront souventesfois qui nous affoibliront le courage, si nous ne persévérons à faire nostre devoir, nous Ccontentans du simple mandement de Dieu, et luy recommandans l'issue. Toutes les paroles de ceste vie. Voyci un excellent tesmoignage de l'Evangile, que c’est une doctrine vivifiante, apportant salut aux hommes, Rom., I, 47. Car la justice de Dieu nous est là manifestée, et Jésus- Christ s'offre là à nous avec le sacrifice de sa mort, avec l'Esprit de régénération, avec Parre de ladoption Divine. Et ceci est dit expresséement aux Apostres, afin qu’ils efftreprenent plus courageusement tous combats qui pourront advenir pour maintenir l'Evangile, quand ils oyent qu’ils sont ministres du. salut éternel. Il dit nomméement De ceste, pour plus grande certitude : comme si l’Ange monstroit la vie au doigt : comme de faict, il ne la faut pas chercher loin, quand nous avons la Parole en la bouche et au cœur.
Sinon qu’on aime mieux prendre Ceci en ceste sorte, Ces paroles de vie. Ce que je ne rejette pas : toutesfois le premier sens me plaist mieux. Car la révélation de Jésus-Christ estoit nouvelle, auquel ils avoyent présentement la vie.
21 Et le souverain Sacrificateur estant venu, et ceux qui esloyent avec luy, assemblèrent, etc. Le souverain Sacrificateur assemble maintenant tout le conseil, craignant qu’il ne fust suffisant à une telle charge, si laissant en arrière l'honneur de sa secte, il mesprisoit les autres. C’est donc la crainte qui le contraint d’assembler la troupe et multitude.
Toutesfois ils gardent diligemment et exactement la forme de justice. Les 4nciens qui gouvernoyent et avoyent la supérintendance, sont appelez, afin que rien ne se face que par l’advis et authorité du conseil. Qui est celuy qui voyant ces beaux commencemens, n’eust espéré une issue modérée? Et de faict, ils se couvrent de toutes les couleurs qu’ils peuvent, afin qu’il ne semble qu’ils vueillent opprimer la vérité par force et tyrannie violente. Mais quand ils oyent dire que les Apostres enseignent, combien qu'ils sçachent et soyent bien convaincus qu'iceux ne sont point sortis hors des prisons par fraude humaine, ains par miracle, néantmoins ils ne laissent point de poursuyvre obstinéement leur entreprise.
En quoy est manifestée avec une vie dépravée et un mespris de Dieu, une forcènerie et horrible rage. Ainsi donc les hypocrites ne se couvrent jamais si bien des couleurs de justice, tant belles soyentelles, qu'ils ne descouvrent finalement leur malice. De toutes les circonstances ils devoyent recueillir pour certain, que ce que la prison a esté ouverte, estoit une œuvre de Dieu : toutesfois ils ne font point de difficulté d’escumer ouvertement leur rage contre Dieu. Ceci convient aussi à nostre temps. Car nous sçavons de quelle arrogance les Papistes mettent en avant ceste maxime, Qu'il
faut obéir aux conciles légitimes, pour
autant qu'ils représentent l'Eglise. Or ils appellent Conciles légitimes, et veulent qwon les advoue pour tels, ausquels il n'y a que redire quant à la forme externe.
526 COMMENTAIRES Car. V.
Cependant, ce Concile duquel parle yci | Ange de lumière, nous luy donnerons sous sainct Luc, estoit tel : et toutesfois nous | le titre de l'Eglise la plus propre cachette sçavons bien qu'il estoit assemblé pour | pour décevoir qu’il puisse souhaiter. esteindre la mémoire de Jésus-Christ. | 26 Æt les amena sans violence : car Car combien que les Sacrificateurs par- | ils craignoyent le peuple, qu’ils ne fusveinssent pour lors à leurs dignitez, ou | sent lapidez. Touchant le capitaine du par fraude ou par ambition, ou par au- | temple, nous en avons dit quelque chose tres menées illicites, ou bien par argent, | ci-dessus. Car je ne puis penser qu’il fust et meurtres les uns des autres : nonob-|permis aux Juifs de commettre sur le stant la dignité de la Sacrificature duroit | temple tel qu’il leur sembleroit bon: mais encore : comme ainsi soit que le Fils de |il me semble qu’il estoit institué par le Dieu ne fust point encore manifesté. En | gouverneur de la province. Or il dit que l'assemblée des Anciens il y avoit une re- | les Apostres ont esté amenez sans violenprésentation d’Eglise de Dieu. Mais puis | ce: c'est-à-dire qu'ils ne furent point qu’on n’y cherche point la vérité de Dieu, | traînez par force : afin qu’il n’y eust point toute l’apparence extérieure n’est rien | de sédition esmeue. Ainsi, combien que qu'un masque. Que gaignent donc les |ces gens-ci n’ayent nulle révérence ne Papistes de vouloir couvrir leurs abo-|crainte de Dieu, néantmoins ils ont minations exécrables sous Pombre de ce | crainte des hommes. Les Apostres aussi bouclier ? Car il ne suffit pas que ceux | monstrent leur modestie en cela, que qui ont la prééminence et le gouverne-|combien qu’ils soyent environnez de ment de l'Eglise, soyent assemblez, si | grande multitude d'hommes, nonobstant cela ne se fait au nom de Jésus-Christ. | ils souffrent estre menez par les sergeans : Autrement, veu que Satan a accoustumé | afin qu’ils ne donnent occasion de mutid’user de ceste ruse, de se transfigurer en | nerie.
97 Et quand üls les eurent amenez, ils les présentèrent au Conseil. Et le souverain Sacrificateur les inlerroga,
28 Disant, Ne vous avons-nous pas défendu par exprès commandement que nenseignissiez en ce nom-ci? Et voyci, vous avez rempli Jérusalem de vostre doctrine : et voulez amener sur nous le sang de cest homme.
27 Et quand ils les eurent amenez, | sédition. Car il prend cela pour tout résoils les présentèrent au Conseil. Le grand : lu, que Jésus-Christ a esté mis à mort à Sacrificateur objecte deux crimes aux | bon droict. Toutesfois le principal article Apostres. Car puis qu'ils n’avoyent pas | de l’accusation, c’est qu’ils ont esté désobéy à l'ordonnance du Conseil, il les ac- | obéissans à Pédict des Sacrificateurs. cuse de rébellion. Au second membre il | C’estoit un crime de mort, de obéir point descouvre sa mauvaise conscience, ou | au souverain Sacrificateur. Combien donc pour le moins il monstre qu’il démène | estoit grand le péché au pris, de mespriplus son affaire particulier, qu’une cause ! ser tout l’ordre des Sacrificateurs ? Mais ce publique. Car il se plaind que les Apos- | vénérable président ne considère pas quel tres veulent rendre les Sacrificateurs et | est son devoir aussi envers Dieu et l'E- Scribes odieux, pource qu'ils avoyent fait | glise. Comme s’il eust eu une puissance mourir Jésus-Christ. Voylà donc qui les | exempte de toutes loix, il abuse d’icelle tourmente, qu’ils ont peur que la ven- | pour exercer tyrannie : Comme le Pape geñce et punition de ceste mort tant ini- | fait aujourd’huy avec nous. Car comme que leur tombe sur la teste. Vray est que | ainsi soit qu’il usurpe une domination du commencement il se couvre de la Goc- | desbordée, il ne fait nulle difficulté de trine: mais si on regarde bien la fin, on | nous condamner pour hérétiques et schisverra qu’il ne se soucie pas beaucoup d’i- |matiques, aussi tost qu’il voit que nous celle. Cependant il accuse les Apostres de | rejettons ses ordonnances et décrets. Car
Car. V.
ils empoignent à tort et à travers ces sentences, Qui vous mesprise, il me mesprise, Luc, X, 16: et de cela il tire une conséquence, que nous sommes rebelles à Dieu. Mais avant qu’il puisse estre ouy comme ambassadeur de Jésus-Christ, il faut qu’il parle par la bouche de Jésus- Christ. Maintenant puis qu’il se monstre et déclare ouvertement ministre de Satan n'est-ce point une grande impudence qu’il emprunte son authorité du nom de Jésus-Christ? D’avantage, la forme et
SUR LES ACTES
manière de parler de laquelle use le grand Sacrificateur, nous monstre bien quel est l’orgueil et licence arrogante des tyrans spirituels, qui osent entreprendre toutes choses, S’usurpans une domination qui n’est point sujete à la parole de Dieu.
Nous vous avons, dit-il, défendu par exprès commandement. D'où vient ceste rigueur si estroite, sinon qu’ils pensent qu’on doit recevoir sans contredit tout ce qu’ils commandent ?
99 Lors Pierre et les autres Apostres respondans dirent, Il faut plustost
obéir à Dieu qu'aux hommes.
30 Le Dieu de nos Pères a suscité! Jésus, lequel vous avez mis à mort, le
pendant au bois,
31 C’est celuy que Dieu «a eslevé par sa dextre, pour estre Prince et Sauveur, pour donner repentance à Israël, et rémission des péchez.
39 Et nous luy sommes tesmoins de ces paroles?, et le sainct Espril aussi, que Dieu a donné à ceux qui luy obéissent.
33 Lux donc ayans ouy ceci, crevoyent de despit, et consulloyent pour les
mettre à mort.
1) Ou, ressuscité. 2) Ou, de ce que nous disons,
29 Lors Pierre et les, etc. Voyci la somme de la défense des Apostres, qu’on peut, voire on doit préférer Dieu aux hommes. Dieu nous commande de rendre tesmoignage de Jésus-Christ: vous ne gaignez donc rien de nous ordonner et commander que pous-nous taisions. Au reste, nous avons remonstré ci-dessus au troisième chapitre, quand ceste sentence ha lieu, asçavoir, 14 faut obéir à Dieu plustost qu'aux hommes. Dieu fait tellement présider les hommes avecauthorité et puissance, que cependant il se réserve et garde son droict entier. Il nous faut donc jusques-là obéir à ceux qui sont ordonnez gouverneurs par-dessus nous, que la domination de Dieu ne soit violée. Quand l'usage de la puissance est légitime, il ne vient pas bien à propos de faire comparaison entre Dieu et les hommes. Si un Pasteur fidèle vient à commander ou défendre quelque chose par la parole de Dieu, que gaigneront les obstinez et rebelles de mettre en avant, qu’il faut rendre obéissance à Dieu ? Car Dieu veut estre ouy par un homme: et mesme l’homme n’est autre chose sinon
un instrument et organe de Dieu. Si le magistrat ou le prince fait fidèlement son ofice, ce sera faire tout au rebours, de vouloir faire une antithèse et opposition entre luy et Dieu, veu qu’il n’ha rien discordant avee luy : mais plustost une autre reigle ha lieu, asçavoir, Afin que nous obéissions à Dieu, il nous faut obtempérer à ses ministres. Mais aussi tost que les supérieurs et gouverneurs nous destournent de Dieu, pource qu’ils combatent contre Dieu d’une outrecuidance et audace pleine de sacrilége, ik les faut ranger en leur ordre: afin qué Dieu soit le plus haut ef éminent avec son authorité. Lors toutes fumées de dignitez et honneurs s’esvanouyssent. Car Dieu ne donne point des titres honorables aux hommes pour obscurcir sa gloire. Parquoy si un père ne se Contentant point de son degré, s'efforce de ravir et oster à Dieu le souverain honneur de père, il n’est plus rien qu'un homme. Si un Roy, ou prince, ou magistrat s’eslève jusques à, qu’il diminue l’honneur et droict de Dieu, ce ne sera plus qu'un simple homme. Autant en faut-il dire des pasteurs
et ministres. Car celuy qui outrepasse son office, doit estre despouillé du titre de toute dignité et honneur, pource qu’il s'oppose à Dieu : et ce afin qu'il ne décoyve sous belle masque. L'office d’un pasteur est excellent : la dignité de l’Eglise est grande : toutesfois il ne faut rien diminuer de la puissance de Dieu, ne déroguer à la maistrise de Jésus- Christ. Dont nous pouvons facilement recueillir, que la vanterie du Pape est vaine et plusque ridicule, lequel combien qu’il foulle aux pieds tout le Royaume de Christ, et mesme s’eslève apertement à l'encontre de Dieu, nonobstant il veut estre caché sous le nom de Dieu.
30 Le Dieu de nos Pères a suscité Jésus, lequel vous avez mis à mort, etc.
Ils descendent au cas spécial qui concerne leur affaire, pour monstrer que ce n’a point esté sans cause qu’ils n’ont rien estimé ce que les Sacrificateurs leur avoyent commandé. Car {comme j’ay desjà dit) la comparaison faite entre Dieu et les hommes n’ha point de lieu, sinon quand il y à quelque contrariété. Ils prouvent donc par ceci, que la crainte de Dieu les contraint à repousser l’édict des Sacrificateurs : d'autant que Dieu commande et ordonne ce qu'eux défendent. Aïnsi ils disent en premier lieu, que Dieu a suscité Jésus : et c'est en parlant selon Ia facon commune de l’Escriture. Car ceste forme de parler se rencontre par tout :
que les Prophètes, ou Juges, ou autres ministres ont esté suscitez de Dieu, desquels il avoit délibéré de se servir pour faire quelque grande et excellente œuvre.
Paraventure aussi regardent-ils à ce passage renommé de Moyse (Deutér., XVIIT, 15) lequel sainct Pierre à allégué en son premier sermon. Jls allèguent nomméement le Dieu des Pères pour leur garent, pour testifier qu'ils n’introduisent point une nouvelle forme de religion, ou bien qu’ils ne proposent point quelque Dieu nouvellement forgé ou controuvé.
Car il faloit respondre à ceste calomnie qu’ils sçavoyent bien leur estre imposée :
comme s'ils taschoyent de destourner le peuple de la Loy et des Prophètes. Non pas qu'ils approuvent indifféremment tous services receus par leurs ancesires :
Cnar. V.
comme les hommes profanes se conten-
tent de ce seul argument. Que les pères ont ainsi enseigné, et qu'eux ne font rien que selon la coustume et institution de leurs prédécesseurs. Maïs les Apostres entendent yei par les Pères, ceux avec lesquels Dieu avoit contracté alliance, qui avoyent suyvi la droite et pure doctrine, et qui avoyent embrassé d’une vraye foy la promesse de salut : et en somme, lesquels prenoyent leur origine du Père céleste, et lesquels estoyent enfans communs de Dieu avec tous leurs successeurs par le moyen du Fils unique. Lequel vous avez mis à mort. Les Apostres monstrent apertement par cest argument, que ceux qui vouloyent estre sur {ous honorez comme prélats de l'Eglise, sont ennemis manifestes de Dieu. Dont il s’ensuit qu’ils sont indignes de la plus petite authorité qui soit. Combien que c’est aussi une anticipation, laquelle est un signe d’asseurance, quand il prononce librement et volontairement ce qu'ils estimoyent estre chose honteuse, afin qu’il ne semble que rien soit diminué de la gloire du Seigneur Jésus, de ce qu’il a enduré et souffert une mort ignominieuse en la croix. Comme s’il eust esté dit, Vous lPavez occis voirement, et vous ne vous estes point contentez d’une simple mort ou cruauté vulgaire : car il a esté peñdu au bois. Mais la mort n’a peu esteindre sa vertu : ne le déshonneur que luy aviez mis sus, n’a peu esteindre son honneur. Aïnsi donc la vocation de Dieu demeure ferme et ratifiée. Parquoy, tout ainsi que les Apostres reprochent aux Sacrificateurs le crime qu'ils avoyent commis, et leur impiété : aussi exprimentils Pespèce de la mort ignominieuse, de laquelle on avoit fait mourir Jésus-Christ :
afin que les autheurs d’une telle meschanceté ne Sesgayent, comme s'ils avoyent gaigné la victoire.
31 C'est celuy que Dieu a eslevé par sa dextre, pour Prince et Sauveur, pour donner repentance; etc. Les Apostres signifient que quelque chose que les meschans ont peu machiner, toutesfois cela n’a peu empescher que Jésus - Christ ne parachève la charge que son Père luy a commise. La dextre de Dieu
CESSE Te
Car. V.
est yei prise pour sa vertu. Car ce n’est point yci une semblable similitude que celle que nous avons veue ci-dessus au deuxième chapitre, et qui se trouve bien souvent ailleurs, quand il est dit que Jésus-Christ est eslevé à la dextre du Père.
Mais le sens de ce passage est, que Jésus-Christ qui avoit esté mis à mort par la main des hommes, a esté eslevé en haut par la main de Dieu : en sorte qu'il domine et sur les Anges et sur les hommes. Et semble qu’elle soit opposée tacitement aux complots et machinations de Satan et du monde : comme s’il disoit qu’elles ne proufiteront point, pource qu’elles n’atteindront jamais si haut, qu’elles puissent empescher la main de Dieu, par laquelle il a desjà besongné puissamment en son Fils unique, et par ci-après ne cessera jamais. Toutesfois la fin est quant et quant adjoustée, Pour estre Prince et Sauveur. Car toues fois et quantes que Dieu donnoit espérance de salut au peuple, il avoit accoustumé de promettre un Prince ou un Roy, par la main duquel il deust remettre toutes choses en leur entier. Les Apostres tesmoignent que ceste principauté et domination à esté donnée à Jésus-Christ.
Toutesfois par l’autre épithète ils déclarent plus apertement quel est son office.
La somme du propos est, que Jésus- Christ a esté colloqué au souverain degré d'honneur, pour gouverner le peuple de Dieu : et non-seulement cela, mais aussi afin qu'il se monstre Prince et Seigneur apportant salut, ou autheur de salut. Pour donner repentance à Israël.
Ils monstrent yei le moyen comment Jésus-Christ règne au salut du peuple :
asçavoir quand il amène les siens à repentance, et les réconcilie avec Dieu par la rémission des péchez. Au reste, nous scavons qu'en ces deux points toute la somme de l'Evangile est contenue. Par-
quoy les Apostres ne s’arrestent pas seu-
lement yei en la défense de leur cause :
mais aussi parlent de l'office de Jésus- Christ, afin que s’il est possible, ils gaignent aucuns mesme de Ceux qui estoyent les plus grans ennemis de la vraye religion. Au demeurant, nous avons desjà monstré ci-dessus que signifie ce mot de
SUR LES ACTES
Repentance : asçavoir une conversion intérieure de l’homme à Dieu, laquelle se démonsitre puis après par œuvres externes. Car Jésus-Christ nous apporte l'Esprit de régénération, afin qu’il nous renouvelle au dedans : et qu'après le renouvellement du cœur et de l’entendement, s’ensuyve une vie nouvelle. Que si cest office de donner la repentance appartient à Christ, il s'ensuit que ce n’est point une chose qui soit en la puissance de l’homme. Et de faict, veu que c’est une réformation miraculeuse, laquelle nous fait nouvelles créatures, répare l’image de Dieu en nous, et de la servitude de péché nous attire à l’obéissance de justice, les hommes ne peuvent non plus se convertir, que se créer euxmesmes. Vray est que la repentance est une conversion volontaire : mais d’où vient ceste volonté, sinon que Dieu change nostre Cœur, en sorte qu’en lieu d’un cœur de pierre nous ayons un cœur de chair, (Ezéch., X[E, 19) et en lieu qu'il estoit endurci et obstiné, il deviene ployable, et finalement de pervers il soit fait droit? Or cela se fait quand Christ nous régénère par son sainct Esprit. Et ce n’est point yci un don d’une heure, mais il faut qu’il soit augmenté tout le temps de nostre vie, jusques à ce que nous adhérions plenement à Dieu : ce qui ne se fera point que nous n’ayons despouillé nostre chair. Il est certain que c’est le commencement de repentance, quand l’homme qui estoit auparavant destourné de Dieu, renonce puis après à soymesme et au monde, et mène une nouvelle vie. Mais pource que nous estans mis en chemin, nous sommes encore bien loin du but, il nous faut assiduellement marcher outre. Nous obtenons Jun et lautre par le moyen de Jésus- Christ. Car tout ainsi qu’il commence la repentance en nous : aussi donne-il Ja persévérance. Au reste, vray est que la repentance est bien une grâce inestimable mais elle ne nous proufiteroit pas beaucoup, si elle n’estoit conjointe avec la rémission des péchez. Car Jésus-Christ nous a premièrement trouvez que nous estions ennemis de Dieu : et il y a tousjours des vices qui sont attachez en nous,
qui seroyent pour mettre division entre luy et nous : en sorte qu’il est à bon droict courroucé contre nous, plustost que propice. Mais nostre justice consiste en ce que Dieu ne nous impute point nos péchez. Parquoy, ceste dernière grâce ne doit jamais estre séparée de la première. Mais qui plus est, l'Evangile sera imparfait et corrompu, s’il ne comprend ces deux membres : c’est-à-dire, si les hommes ne sont enseignez qu’ils sont réconciliez à Dieu, par ce que la justice leur est gratuitement imputée par Jésus- Christ, et reformez en nouvelle vie par l'Esprit de régénération. Ainsi nous entendons en peu de paroles comment nous devons obtenir salut en Jésus-Christ.
32 Et nous luy sommes tesmoins de ce que nous disons. Après qu’ils ont Lestifié que leur doctrine est procédée de Dieu, ils vienent maintenant à l’autre partie, asçavoir qu’ils ne parlent que par le commandement de Dieu : afin qu'il ne semble qu’ils entreprenent rien à la volée. Car ceste défense aussi estoit nécessaire : comme de faict elle est nécessaire à tous ministres de l'Evangile, asçavoir de faire entendre qu’ils ne mettent rien en avant, qu'ils ne l’ayent receu de Dieu:
d'avantage, qu'ils sont appelez à cela, tellement qu’ils ne peuvent fuir la nécessité d'enseigner, qu’ils ne soyent rebelles et désobéissans à Dieu. Sainct Luc a mis véi les paroles, pour les choses, selon la façon de parler des Hébrieux.
Combien que si on le veut prendre pour la parole mesme, je n’y contredi point.
La somme est, que quand ils sont produits de Dieu pour tesmoins, qu’il ne leur est pas loisible de dissimuler, qu’ils ne disent franchement ce qu'il leur a commandé. Æt de sainct Espril aussi, etc. Hs conferment leur vocation par l’effect. Car ceci estoit comme un seau pour approuver leur doctrine, quand Dieu donnoit le S. Esprit aux croyans. Car on pouvoit bien veoir par cela, qu'il approuvoit la vérité de l'Evangile, et la tenoit pour agréable. Quant à ce qu’ils disent, À ceux qui luy obéissent, je le rapporte à Christ. Comme s’il eust esté dit, Ceux qui croyent en Christ, rapportent de Dieu ample loyer de leur obéissance.
Cuar. V.
| Dieu donc veut qu’on obéisse à Christ :
parquoy nostre ministère en cela luy est aussi agréable. Toutesfois on peut faire yci une question: Veu que nous avons la foy par la révélation du sainct Esprit, comment est-il dit yei qu'il est donné après la foy ? Je respon que par ce mot d'Esprit sont dénotez les dons des langues, de prophétie, d’interprétations, de guairisons, et autres semblables, desquels Dieu pour lors ornoit son Eglise :
comme il le faut aussi entendre en saïnct Paul, (Gal., TE, 2) là où il interrogue les Galates s'ils ont receu le S. Esprit de la Loy, ou de l’ouye de la foy. Ainsi l’illumination du sainet Esprit précède la foy, d'autant qu’elle est la cause d’icelle. Mais puis après il y a d’autres grâces survenantes pour accroissement: selon ce qui est dit, Il Sera donné à celuy qui ha, Matth., XII, 12. Et nous aussi si nous voulons estre enrichis de nouveaux dons du sainct Esprit l’un sur l’autre, ouvrons le sein de la foy à Dieu. Mais nôstre in-
crédulité fait que nous rapportons au-
jourd’huy un salaire bien contraire, que la plus grande partie de nous destituez du S. Esprit n’entend et ne voit rien.
33 Eux donc ayans ouy ceci crevoyent de despit, etc. Les Sacrificateurs devoyent estre esmeus au vif, voire quand ils eussent eu les cœurs dé fér:
mais ils crèvent de despit. Dont nous recueillons qu’il n’y à raisons qui puissent proufiter envers les réprouvéz, ne faire qu’ils puissent estre fleschis à l’obéissance de Dieu. Car si Dieu ne parle au dedans, la doctrine externe ne servira qu’à batre les aureïlles. Les Apostres ont peu faire que les ennemis estans convaincus se soyent teus : mais tant s’en faut que leur orgueil ait esté donté où corrigé, qu'ils sont devenus plus enragéz.
Il faut toutesfois quant et quant no-
ter l’efficace de la Parole. Car combien qu’elle ne change point les réprouvez en mieux, toutesfois ‘lle perce leurs cœurs, en sorte qu’elle presse leurs consciences. Car d’où procède léur rage, sinon qu’ils sont pressez par leur Juge?
ils se mocqueroyent volontiers dé tout PEvangile : comme de faict il n’y a rien qu'ils ne facent pour venir jusques-là,
Cuar, V. SUR LES ACTES. 531
qu'ils le puissent estimer comme une | palement quand le son de la trompette chose de néant. Mais cependant il y a les adjourne pour comparoistre devant une majesté secrète, qui chasse par vio-| le siége judicial de Dieu, alors leur rage
lence toutes leurs bravades. Et princi- | se manifeste.
34 Adonc un Pharisien nommé Gamaliel, docteur de la Loy, honorable à tout le peuple, se levant au Conseil, commande aux Apostres qu'ils se retiras-
sent un peu dehors.
35 Puis leur dit, Hommes Israélites, regardez à vous, touchant ces gens, ce
que vous avez à faire.
36 Car devant ces temps-ci s’est levé Theudas, se disant estre quelque chose,
auquel s'adjoignit un nombre d'hommes environ de quatre cens :
lequel a
esté occis, et tous ceux qui avoyent consenti à luy, ont esté rompus et réduits
à rien.
37 Après luy se leva Judas Galiléen és jours de la description, et destourna grand peuple après soy : et cestuy-ci aussi est péri: el tous ceux qui avoyent
consenti à luy, ont esté desfaits.
38 Et maintenant je le vous di :
déportez-vous de ces homines-ci, et Les
laissez. Car si ce conseil ou ceste œuvre est des hommes, il sera desfait : 39 Mais s'il est de Dieu, vous ne le pouvez desfaire : et regardez que ne
soyez trouvez estre répugnans à Dieu.
34 Adônc un Pharisien nommé Gamaliel, docteur de la Loy, honorable, etc. Maintenant S. Luc récite comment Dieu à dissipé ceste rage des meschans.
Ils avoyent délibéré en leurs cœurs de tuer les Apostres : mais Gamaliel se met entre deux pour rompre cesie consultation enragée. Au reste, il marque Îles circonstances, afin que nous sçachions comment un seul a peu résister contre si grande multitude. Or il dit qu’il estoit Pharisien : laquelle secte estoit estimée sur toutes les autres, comme nous sçavons. Il dit que tout le peuple le tenoit pour un homme honorable : et eux craignoyent le peuple. Cela est cause qu’ils osent moins entreprendre contre son Opinion. Ainsi advient-il que sans y penser Dieu met souvent des estonnemens soudains devant ses ennemis pour arrester leur violence. Au reste, Gamaliel commande que les Apostres sortent hors, de peur que ce qu’il dira ne leur face concevoir une plus grande audace. Car il n’est pas vray-semblable qu'il ait parlé en ceste sorte, pource qu'il approuvast la doctrine de l'Evangile, ou qu’il vou- Just entreprendre de maintenir la cause d’icelle : mais pource qu’il voit que tous
lés autres sont enflambez de rage, comme il estoit homme humain et attrempé, il modère cest excès, voulant moyenner.
Au reste, quand nous considérerons bien le tout comme il appartient, nous trouverons que ceste opinion est indigne d’un sage homme. Je sçay bien que plusieurs estiment ceste opinion de Gamaliel comme un oracle : mais ceci monstrera assez clairement qu’ils ne jugent pas bien, asçavoir que par ce moyen il se faudroit déporter de toutes punitions, et ne deveroit-on plus corriger aucun maléfice : et mesme il faudroit mespriser tous moyens que Dieu à ordonnéz pour conserver nostre vie, veu qu’il n’est pas en nostre pouvoir de la prolonger d’un seul moment de temps. L'un et lautre'de ce qW’il dit, est bien dit à la vérité: qu’il n’y a conseils ni entreprinses humaines qui puissent rompre ce qui est de Dieu : et
‘que ce qui est des hommes est si peu
ferme qu'il ne peut consister. Mais la conséquence qu'on fait de ceci ne vaut rien, que cependant il faut surseoir, et ne passer point plus outre. Plustost il faut regarder ce que Dieu commande. Or il veut que les maléfices soÿent réprimez. À ceste fin il à institué les magistrats, et
les a armez de glaive. À ceste fin il à commis les anciens sur son Eglise, qui facent ranger les rebelles, et ne permettent qu’on se desbauche à bride avallée.
On infère donc mal, que nous ne devons mettre la main à la besongne, pource que Dieu est assez suffisant de soy-mesme pour corriger et oster les maux : Combien que le conseil entier que donne yci Gamaliel, est tel. Il admoneste les Scribes et Anciens qu'ils n’entreprenent point la guerre contre Dieu. Or il parle comme d’une chose douteuse. Dont il appert que dés le fondement il n’ha rien de ferme :
veu qu’il demeure suspens en la qualité de la cause, et n'ose résoudre si elle est bonne ou mauvaise : mais seulement veut qu’on diffère pour quelque temps, jusques à ce qu’on cognoisse plus amplement de la cause. En somme, Gamaliel déduit une mauvaise conséquence de vrais principes :
car il accommode mal ce qui doit seulement servir à la foy, au devoir des vocations externes, et à la procédure qu’on doit tenir envers les hommes. A l’opposite, que nostre dialectique soit telle, Il faut nécessairement que ce qui est de Dieu demeure ferme, voire en despit de tout le monde : la foy donc doit subsister sans crainte contre tous les assaux de Satan et des hommes, laquelle est appuyée sur la vérité éternelle de Dieu. Et quand le ciel tomberoit, nostre salut ne laissera point d’estre en seureté ; d’autant qu'il ha Dieu pour son garent et gardien. Pource que Dieu maintient le Royaume de Jésus-Christ, il ne pourra estre renversé par aucune force ne violence, Pource que la doctrine de l’Evangiie est fondée en Dieu, quoy que les hommes l’assaillent, ou quelque bresche qu’ils y puissent faire, si est-ce toutesfois quelle demeurera ferme. Au contraire, que les meschans s'efforcent tant qu’ils voudront, et facent du pis qu’ils pourront pour destruire l'Eglise, qu'ils assaillent furieusement Christ et son Eglise tant qu'ils pourront, nonobstant ils ne seront pas les plus forts. Car c’est le propre office de Dieu de dissiper et rompre les entreprises et conseils des hommes, et en ceste sorte il punit leur témérité.
Nous voyons bien que tous ces deux
Car. V.
membres sont bien appropriez à la foy.
Cependant toutesfois il ne faut point que les serviteurs de Jésus-Christ soyent moins diligens à affermer la vérité, et qu'ils laissent tomber bas l'Eglise par leur paresse, et que par leur nonchaloir ils ferment les yeux à la meschanceté de ceux qui taschent à renverser tout c’en dessus dessous.
36 Car devant ces temps-ci s’est levé Theudas, se disant estre quelque chose, etc. Si foy est adjoustée à ce que récite Josèphe, Gamaliel renverse yci le vray ordre de ceste histoire. Car Josèphe dit que Judas Gaulanite, nay de la ville de Gamala, esmeut sédition du temps que Quirinius ou Cyrenius estoit gouverneur, pour empescher que les tailles ne se levassent point. Or quant à Theudas, il dit que du temps que Cuspius Fadus avoit le gouvernement, il faisoit à croire au peuple qu’il estoit un Prophète de Dieu.
Or Fadus avoit esté envoyé en Judée par l’empereur Claudius. La première histoire est contenue au livre XVIIE des antiquitez : et la seconde au livre XX. Mais je pense que quand S. Luc dit, {près luy se leva Judas Galiléen, il ne note point l’ordre du temps, comme si Judas avoit esté le dernier. Mais veu que Gamaliel proposoit deux exemples semblables, il Iës a peu mesler indifféremment, sans avoir esgard au temps. Parquoy ce mot, Aprés, Yaut autant comme D’avantage, ou En outre. Au reste, ces exemples mesmes, par lesquels Gamaliel conferme Son opinion, ne sont pas assez fermes, et ne convienent pas bien à la présente matière. Car d'autant qu’on w’a point assez tost résisté à Judas, la sédition esmeue par luy donna occasion de faire beaucoup de meurtres : et fut finalement réprimé par main forte et armes. Theudas aussi eust nuit beaucoup plus, si par l’industrie de Cuspius Fadus il n’eust esté chassé de bonne heure. Mais Gamaliel regarde seulement que quand les hommes s’ingèrent follement, les issues en sont malheureuses : et cela se fait par juste vengence de Dieu. Au surplus, pource que ces hypocrites et infidèles Sacrificateurs refusent de prester les aureilles à Dieu qui les admonestoit droitement, ils méri-
Car. V.
tent bien d’estre estonnez des raisons frivoles d'un homme variant d’une part et d'autre en une folle perplexité. Au demeurant, on peut recueillir par la supputation des temps, que douze ans et un peu plus sont passez depuis la mort de Jésus-Christ, avant que les Apostres fussent fouettez. Car avec les cinq ans qui restoyent de l'empire de Tibérius, il faut adjouster les trois et demi, esquels régna Caligula. Quand Fadus fut envoyé par Claudius en Judée, ce ne fut pas devant le second ou le troisième an de son Empire. Quand Gamaliel récite que cela a esté fait, ce n’est pas un jour ou deux après. Parquoy nous trouverons ceste espace de temps que j’ay dite. Cela monstre que la constance des Apostres a esté d'autant plus excellente, lesquels combien qu'après avoir enduré tant de tra- Vaux, recoyvent une si povre récompense, nonobstant ne perdent point courage, et
SUR LES ACTES. 533
ne Jaissent de poursuyvre leur cours. $e disant estre quelque chose. Car il se vantoit estre Prophète, qui pourroit faire tarir le Jordain, pour donner passage à ses gens. Cependant nous pouvons donc bien juger par ceci, que Gamaliel n’approche point de droite cognoissance, lequel accompare les Ministres de Christ à des séducteurs et pendereaux : quoy que par après il addoucit son propos, et qu’en enclinant du bon costé, il laisse à juger, asçavoir-mon s'ils ont entrepris un tel cas par l’authorité de Dieu. Néantmoins il parle en doutant, pource qu'en ostant
toute enqueste de ce faict, il procure tant
seulement le repos et tranquillité. Ce qui est de bon en son propos n’est autre chose, sinon qu’il destourne les meschans d’une meschante entreprinse, pource qu'il n’y a rien plus à craindre que de répugner à Dieu.
40 Et ils furent de son opinion. Adonc ils appelèrent les Apostres : et après les avoir fouettez, leur commandèrent de ne parler point au nom de Jésus : et les laissèrent aller.
41 Eux donc s’en allèrent de devant le Conseil, joyeux de ce qu'ils avoyent eu cest honneur de souffrir opprobre pour son nom.
42 Et tous les jours ne cessoyent au temple et en chacune maison d'enseigner
et annoncer Jésus-Christ.
40 Adonc ils appelèrent les Apostres : et après les avoir fouettez, leur, etc. I dit que le conseil de Gamaliel fut trouvé bon. Toutesfois les Apostres sont fouettez, et leur est défendu d'enseigner. Nous recueillons de ceci, combien grande a esté la rage des ennemis, lesquels estans desjà appaisez, ou pour le moins addoucis, toutesfois se gouvernent si desbordément. Il appert aussi en quelle malheureuse issue tombent les conseils des moyenneurs, esquels la vérité de Dieu estant mise derrière le dos (comme l’on dit) pourvoit seulement aux hommes. Vray est que Gamaliel impètre que la vie des Apostres soit sauvée :
mais cependant le Fils de Dieu est outragé en leur personne : la vérité de l'Evangile est ensevelie à perpétuité par ses ennemis, entant qu'en eux est: Il est certain que par ce moyen Dieu dilate miraculeusement
sa Parole : neantmoins ce conseil ne laisse point d’estre pervers. Ce qui nous faut :
bien noter, pource qu’il y en a plusieurs aujourd’huy qui pensent bien faire grand service à Dieu, en faisant pour le moins que la vie demeure sauve à ceux qui sont en danger pour la doctrine de l'Evangile, ou qu'ils fleschissent à quelque douceur les ennemis autrement crueis et sanguinaires. Et cependant ïls ne font nulle difficulté de les contraindre à se desdire, et renier malheureusement Jésus-Christ :
la confession duquel est beaucoup plus précieuse devant Dieu que la vie de tous les hommes. Mais que pourroyent faire ceux qui Jaissans là la vraye piété et gloire de Dieu, se veulent seulement racheter par devoirs d'humanité ?
4A Eux donc s'en allèrent de devant le Conseil, etc. ne faut point penser que les Apostres ayent esté si stupides,
qu’ils ne sentissent le deshonneur, et ne fussent marris en sentant leur mal. Car ils n’avoyent pas du tout despouillé leur naturel : mais pource qu’ils considéroyent la cause pourquoy ils avoyent esté fouettez, la joye surmontoit en eux. Ainsi faut-il aussi que les fidèles soyent affectionnez en deux sortes, toutes fois et quantes qu'ils endurent outrage ou persécution pour l'Evangile: qu'ils soyent poingts de laigreur des maux : et toutesfois qu’ils surmontent ceste tristesse par une joye spirituelle. Car ils eussent soudain tourné la voile, sinon que l’alaigreté "et hardiesse procédante de ceste joye leur eust donné une nouvelle vigueur et force. Et n’y a point de doute que S.
Pierre n’eust receu d'aussi bon cœur la mort mesme, combien que le Seigneur tesmoigne qu’elle luy seroit aigre à porter. Apprenons donc de lutter avec l’angoisse et la douleur en telle sorte, que nous soyons prests de souffrir la croix, et de la porter quand elle nous est mise sur le dos. De ce qu'ils avoyent eu cest honneur, etc. Ceci pourroit sembler absurde de prime-face, que sainet Luc constitue un honneur en déshonneur. Mais la différence qui est entre Dieu et le monde, fait que ce qui est estimé grandement ignominieux entre les hommes, est grandement honorable, et excellent en dignité et gloire devant Dieu et ses Anges. Nous scayons que la mort que le Fils de Dieu a endurée, estoit ignominieuse sur toutes les autres : nonobstant la croix luy a esté un triomphe glorieux. Ainsi quand nous luy sommes faits conformes, nous-nous pouvons .glorifier à bon droict, que ce que nous sommes en opprobre devant le monde, nous est une excellence bien grande. Voylà comment sainct Paul magnifie les marques et flestrissures de Jésus-Christ, Galat., VI 17. Car il faut yci regarder la cause, laquelle nous rend
Caar. VI.
compagnons du Fils de Dieu : lequel nonseulement par sa gloire engloutit tout le déshonneur du monde, mais convertit les outrages, les opprobres et mocqueries en grand honneur, et en gloire excellente:
Parquoy il ne se faut esbahir si on trouve si peu de gens forts et vaillans à porter la croix: car nous sommes presque tous accablez du sens de la chair: mais à grand’peine en trouvera-on de cent Pun qui appréhende ceci, que l’ignominie de Christ est beaucoup plus excellente que tous les triomphes du monde, qui est la seule matière de consolation. Parquoy il se faut tant plus addonner à la méditation de ceste sentence, asçavoir que nous sommes faits aujourd’huy conformes aux passions de Christ, afin que nous soyons participans et compagnons de sa gloire.
42 Et tous les jours ne cessoyent au temple et en chacune maison, ete. Avec la joye il y avoit la constance. Car d’où vient que la persécution nous fait perdre courage, et nous rend esperdus, sinon que nul ne se redresse à Jésus-Christ, afin qu’estans du tout résolus du fruit de la victoire, comme si desjà nous l’avions obtenue, nous soyons apprestez à patience ? Mais au contraire, celuy.qui se réputera bien heureux quand ilendure pour Jésus-Christ, le courage ne luy faudra jamais, quelque dure et difficile bataille qu’il luy fale soustenir. Parquoy les Apostres ont esté, par manière de dire, armez des coups qu'ils ont saustenus, pour marcher à la mort hardiment.
Fi donc de nostre délicateté, d’autant qu’il nous semble que nous avons bien fait nostre devoir, quand nous ayons enduré une bien petite persécution : et comme si nous estions gendarmes cassez, et exemptez de toutes guerres, nous en laissons le mestier aux autres, comme on dit.