CHAP. IT
4 Or il y avoit quelqu'un d'entre les Pharisiens, nommé Nicodème, l'un des
principaux d'entre les Juifs :
à Lequel veint de nuict à Jésus, et luy dit, Maistre, nous SCAvOns que tu es un maistre venu de Dieu: car Lui ne peut faire ces signes que tu fais, si Dieu
nest avec luy.
3 Jésus respondit, et luy dit, En vérité, en vérilé je te di, que qui n'est nay derechef ne peut veoir le Royaume de Dieu.
4 Nicodème luy dit, Comment peut l'homme naistre, quand il est ancien? peut-il derechef entrer au ventre de sa mère, et naistre?
B Jésus respondit, En vérité, en vérité je 4e di, que qui n'est nay d'eau et d'Esprit, ne peut entrer au Royaime de Dieu.
6 Ce qui est nay de chair, est chair : et ce qui est nay de l'Esprit, est esprit.
4 Or il y avoit quelqu'un d’entre les Pharisiens, nommé Nicodème, l’un des principaux entre les Juifs. Maintenant en la personne de Nicodème l’Evangéliste nous propose à considérer, combien estoit vaine et volage la foy de ceux qui estans esmeus des miracles, avoyent si soudainement fait profession d’estre à Christ. Car puis que ce Nicodème estoit de l’ordre des Pharisiens, Comme le premier de sa nation, il faloit bien qu’il fust excellent par-dessus les autres. Car quant au commun populaire on y voit Île plus souvent régner une légèreté ét inconstance. Mais de cestuy-ci, qui avoit doctrine et expérience, qui n’eust pensé que C’estoit aussi. un homme grave et prudent? Toutesfois on voit clairement par la response de Christ, qu’il n’estoit venu disposé à rien moins qu’à apprendre les rudimens de la vraye religion. Si luy qui estoit le premier entre les hommes, est moins qu’un enfant, que devons-nous penser du reste du commun? Or combien que lintention de l’'Evangéliste ait esté de nous monstrer Comme en un miroir, combien il y en avoit peu en Jérusalem qui fussent bien disposez à recevoir l'Evangile : toutesfois il y a d’autres raisons, pour lesquelles céste histoire nous est fort utile: et principalement d'autant qu’en icelle nous sommes enseignez et admonestez de la nature corrompue du genre humain, quelle est la droite entrée en leschole de Christ, et par quels commencemens il faut que
nous soyons façonnez pour proufiter en la doctrine céleste. Car la somme du propos que tient yci Christ, ést, que pour estre ses vrais disciples, il faut { que nous soyons faits nouveaux hommes.
Mais avant que passer plus outre, il faut .
considérer par les circonstances que l'Evangéliste récite yci, quels estoyent les empeschemens qui ont retardé Nicodème de s’adonner du tout à Christ.
Entre les Pharisiens. Vray est que ce nom a esté honorable à Nicodème envefs ceux de sa nation : mais l'Evangéliste ne luy attribué point cé titre par honneur, ains plustost il veut noter qué ce luy a esté un empeschement qui l’a gardé de venir à Christ franchement, et d’un cœur à délivre. Dont nous Sommes admonestez que ceux qui sont en authorité ou eslevez au monde, le plus souvent sont empestrez de biéti mauvais laqs.
Nlesmes nous en voyons plusieurs qui sont tenus tellement enserrez, qu’en toute leur vie ils n’ont pas seulement un petit souhait, voire bien léger d’aspirer au ciel. Nous avons monstré ailleurs pourquoy les Pharisiens Ont esté ainsi appelez. Car ils se vantoyent d’estre expositeurs de la Loy, comme si eux seuls eussent eu la mouelle et le sens secret de l’Escriture : et pour ceste raison ils s’appeloyent Phérusim. Et combien que la vie des Esséniens fust plus austère, et que par ce moyen ils acquissent bruit de saincteté : toutesfois pour autant que vivans comme hermites, ils estoyent es-
Car. IL. SUR S$.
longnez de la vie commune et conversation des hommes, à ceste cause la secte des Pharisiens estoit en plus grande estimation. Au surplus, l’'Evangéliste ne dit pas seulement que Nicodème estoit de l'ordre des Pharisiens, mais aussi l'un des principaux entre les Juifs.
2 Lequel veint de nuict à Jésus, et luy dit, etc. De ce qu'il est venu de nuict, nous pouvons recueillir qu’il estoit trop timide. Car il avoit les veux comme esblouis de sa grandeur et réputation. Paraventure aussi la honte l’empeschoit : car il semble aux ambitieux que c’est fait de leur honneur, si de leur grandeur magistrale ils descendent une fois au rang des apprentis. Et ne faut douter qu'il n'ait esté enflé d’une folle opinion de son sçavoir : brief, d'autant qu'il s’estimoit beaucoup il ne vouloit rien perdre de sa réputation. Et toutesfois on y apperçoit quelque semence de piété, en ce qu'ayant ouy qu'un Prophète de Dieu esloit apparu, il ne desdaigne ne mesprise la doctrine apportée du ciel, mais est esmeu de quelque désir d’icelle :
lequel zèle ne procédoit que d’une crainte et révérence de Dieu. Plusieurs sont chatouillez d’une curiosité frivole, à s’enquérir songneusement de choses nouvelles : mais il ne faut point douter que ce n’ait esté une affection de religion, et un vray mouvement de la conscience, qui a poussé Nicodème à désirer de coenoistre plus familièrement la doctrine de Christ. Et combien que ceste semence ait esté long temps cachée et comme amortie, nonobstant après la mort de Christ elle a produit un fruit que nul n’eust jamais attendu. Maistre, nous Savons, etc. I y a proprement, Rabbi, nous Sçavons : mais cela emporte autant comme s’il eust dit, Maistre, nous sçavons. que tu es venu .pour estre maistre. Mais pour autant que lors les hommes letrez estoyent coustumièrement appelez Maistres, Nicodème saluant Christ selon la coustume, luy baille le nom usité, l'appelant Rabbi, qui signifie Maistre : et en second lieu il afferme qu'il est envoyé de Dieu pour faire office de Maistre. Et de ce principe dépend toute l’authorité des docteurs en PEglise.
Car comme ainsi soit qu’il ne nous falle estre Sçavans ou sages que par la parole de Dieu, certes il ne nous faut escouter autres gens que ceux par la bouche desquels Dieu parle. Et il faut noter que combien que la religion fust fort corrompue, et presque dissipée entre les Juifs, toutesfois ceste maxime a tousjours esté retenue, que nul n’estoit maistre ou docteur légitime, sinon qu’il fust venu de Dieu. Au reste, pource qu’il n’y en à point qui se glorifient du titre d’estre envoyez de Dieu plus orgueilleusement ne plus hardiment que les faux-prophètes, nous avons bien besoin yci de discrétion, par laquelle nous esprouvions les esprits. Et pourtant Nicodème adjouste, qu’il est tout clair et évident que Christ est envoyé de Dieu, d'autant que Dieu monstre si puissamment sa vertu en luy, qu’on ne pourroit nier que Dieu ne soit avec Iuy. Or il prend pour tout arresté et résolu, que Dieu n’a point accoustumé de besongner que par ses ministres, afin de seeller par ce moyen la charge et office qu’il leur a enjoint. Et non sans cause, veu que le Seigneur a-tousjours voulu que les signes ‘et miracles fussent comme seaux 4e sa doctrine. X bon droict aussi il fait Dieu seul autheur des miracles, en disant que nul ne peut faire ces signes, si Dieu n'est avec luy. Car c’est autant comme s’il affermoit que les miracles ne se font point par aucune puissance humaine, ains que la vertu de Dieu y règne apertement, et est toute évidente. En somme, comme ainsi soit que les miracles ont double fruit :
voir qu'ils préparent à la foy :
qu’ils la conferment de bien en mieux après qu’elle est conceue par la Parole :
Nicodème avoit bien proufité au premier, d'autant que par les miracles il recognoist Christ pour vray Prophète de Dieu. Toutesfois ceci semble n’estre guères ferme. Car comme ainsi soit que les faux-prophètes aussi bien abusent par leurs fallaces les ignorans, comme s’ils se mopstroyent ministres de Dieu par vrais miracles : quelle différence y aura-il entre la vérité et le mensonge, si la foy dépend des miracles? Qui plus est,
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LE Moyse dit expresséement que Dieu use de ce moyen pour nous esprouver si nous l’aimons, Deut. XII, On sçait aussi l’advertissement tant de Christ que de sainct Paul, Matth. XXIV, et 2 Thessal. I, 9, asçavoir que les fidèles se donnent bien garde des faux miracles, par lesquels PAntechrist esblouira les veux de plusieurs. Je respon, qu’il est bien vray qu'il advient par une juste permission de Dieu, que Satan abuse par ses fallaces et enchantemens, ceux qui en sont dignes: mais je di que cela n’empesche point qu’és miracles la vertu de Dieu n’apparoisse aux éleus, laquelle leur soit une bonne approbation de la vraye et saine doctrine. Suyvant cela sainct Paul (2 Corinth., XII, 12) se glorifie que son Apostolat a esté confermé par signes, merveilles et puissances. Ainsi donc, quoy que Satan en ses ténèbres Contreface les œuvres de Dieu comme un singe, nonobstant quand les yeux sont ouvers, et que la lumière de la prudence spirituelle esclaire, les miracles rendent tesmoignage assez ferme de la présence de Dieu, telle que Nicodème dit vei.
3 En vérité, en vérité je te di, que qui n'est nay derechef, etc. Quant à ce que Christ répète deux fois ce mot, En vérité, il fait cela pour le resveiller, et le rendre plus attentif. Car voulant parler d’une chose la plus sérieuse, et de plus grande importance qui pourroit estre, il avoit besoin de rendre Nicodème plus attentif, lequel sans cela eust laissé pas-
er tout ce propos, l’oyant seulement comme en pensant ailleurs, et sans en tenir grand conte. Voylà donc le but où tend ceste double affirmation, Au reste, combien que ce propos semble estre tiré de loin, et presque hors de propos, toutesfois Christ a commencé fort proprement par là. Car tout ainsi qu’on perd sa peine quand on sème en un Champ qui n’est labouré, aussi c’est autant que rien, de semer la doctrine de l'Evangile, si Pauditeur n’a esté premièrement matté, et deuement disposé à docilité et obéissance. Christ voyoit que le cœur de Nicodème estoit rempli de beaucoup d’espines, et estouflé de beaucoup de mauvaises herbes, en sorte qu’à grand’ peine
Cuar, HE
y avoit-il lieu pour la doctrine spirituelle. Ceste exhortation donc a esté comme un Jabourage pour le purger, afin que rien n’empeschast la doctrine de proufiter en luy. Parquoy qu’il nous souviene que ce propos a esté tellement adressé une fois à un homme, que le Fils de Dieu parle à nous ordinairement le mesme langage.
Car qui est celuy de nous qui se glorifiera lestre vuide d’affections perverses, en sorte qu’il n’ait besoin d’une telle purgation ? Ainsi donc, si nous voulons bien et deuement proufiter en l’eschole de Christ,
apprenons de commencer par ceci. Que qui n'est nay derechef. Comme s’il disoit, Tandis que tu es vuide de ce qui est le principal au Royaume de Dieu, je n’estime pas beaucoup ce que tu me recognois pour Maistre: car c’est la première entrée au Royaume de Dieu, que tu sois nouvel homme. Or pource que ceste sentence est excellente, il nous convient esplucher de plus près chacun poinct d’icelle. Veoir le Royaume de Dieu, est autant comme Entrer au Royaume de Dieu, comme nous verrons Eie par la suite du texte. Mais ceux-
gnifie la vie spirituelle. Taquelle on commence par foy en ce monde, et qui croist de plus en plus chacun jour, selon que la foy ha ses avancemens continuels. Ainsi le sens est, Que nul ne peut estre vrayement du corps de lEglise, pour estre avoué du nombre des enfans de Dieu, qu’il ne soit premièrement renouvelé. Ilest donc yei monstré en brief quels sont les rudimens et commencemens de la Chrestienté : et quant et quant nous sommes enseignez par ceste façon de parler, que nous naissons bannis et du tout estranges du Royaume de Dieu, et qu'entre luy et nous il ya un discord perpétuel, jusques à ce qu’il nous face tout autres par la génération seconde.
Car c’est une sentence générale qui comprend tout le genre humain. Si Christ eust dit ceci seulement à un, ou à quelque peu de gens, Qu’ils ne peuvent parvenir au ciel s’ils ne sont régénérez auparavant: nous pourrions penser qu'il ne dénoteroit que certaines personnes : mais
Cuar. JIL
il parle de tous en exception. Car cest un propos indéfini, qui vaut autant que s’il estoit universel, Quiconque ne sera nay derechef, etc. Au reste, par le mot de Renaïstre, il ne dénote pas la réformation d’une partie, ains le renouvellement de toute la nature : dont s'ensuit qu'il n’y a rien en nous qui ne soit vicieux. Car si la réformation est nécessaire et au total, et en chacune partie, il faut que la corruption soit espandue par tout, duquel poinct nous aurons à traitter plus amplement un peu après. Erasme ayant suyvi Popinion de Cyrillus, a mal tourné ceci, en disant, Si aucun n’est nay d’enbaut. Je confesse bien que le mot Grec ha une signification ambiguë : mais nous sçavons que Christ a parlé à Nicodème en langage Hébraïque. Et aussi en lexposant Dieu haut, il n’y auroit point de lieu à l'amphibologie et diversité de sens, à laquelle Nicodème s’abusant, doute d’une façon si puérile, allégant une seconde naissance de la chair. Il n’a donc rien conceu du propos de Christ, sinon qu'il faut qu'un homme naisse derechef, avant qu'il soit avoué estre du Royaume de Dieu.
4 Comment peut l'homme naiïstre, quand il est ancien? Combien que la manière de parler, de laquelle Christ avoit usé, ne fust point exprimée ni en la Loy, ni és Prophètes : toutesfois veu que souvent en l’Escriture il est fait mention de Renouvellement, et que c’est l’un des premiers rudimens de la foy, on voit combien les Scribes estoyent pour lors povrement exercez en la lecture des sainctes Escritures. Car il est certain que ce vice n’estoit pas seulement en un, de ne sçavoir point que vouloit dire la grâce de régénération : mais d'autant qu'ils s’amusoyent presque tous en subtilitez frivoles, ce qui est le principal en la doctrine de piété demeuroit en arrière, et c’est comme on voit qu'il en est aujourd’huy és Théologiens de la Papauté.
Car comme ainsi soit qu'ilsse tourmentent toute leur vie en des spéculations profondes, quant à tout ce qui concerne proprement le service de Dieu, la fiance de nostre salut, les exercices de piété, ils
SUR S. JEHAN
général sans aucune
K9 n’y entendent non plus qu'un bouvier où un savatier se Cognoist au cours des astres: et qui plus est, se plaisans en je ne sçay quels mystères estranges, ils font estat de mespriser la vraye et naturelle doctrine de l’Escriture, comme indigne de leur maistrise doctorale. Il ne nous faut donc point esbahir si Nicodème s’aheurte yei à un festu. Car c’est une juste vengence de Dieu, que ceux qui pensent estre les plus grans et excellens docteurs, et qui ont en mespris et desdain la simplicité ordinaire de ja doctrine, se trouvent estonnez aux moindres articles.
5 Qui n'est nay d'eau et d'Espril.
ne peut entrer au Royaume de Dieu.
Ce passage a esté exposé en diverses sortes. Car aucuns ont pensé que les deux parties de régénération sont yci distinctement exprimées : et que par le mot D'eau, est dénoté le renoncement du vieil homme : et par l'Esprit, ils ont entendu la nouvelle vie. Les autres pensent qu'il y a yei tacitement une antithèse et opposition, comme si Christ opposoit l'Eau et l'Esprit Comme élémens purs et liquides, à la nature des hommes terrestre et grossière. Ainsi ils prenent ceci par allégorie, comme si Christ nous commandoit de despouiller la pesante masse de la chair qui ne fait que nous charger, et d’estre faits semblables à Peau et à l'air, afin que nous tendions en haut, ou pour le moins nous ne Soyons tant appesantis vers la terre. Mais il me semble que toutes les deux opinions ne sont point
à propos de l'intention de Christ. Chry- C#
sostome, avec lequel la plus grande partie s'accorde, rapporte le mot d'Eau au Baptesme. Ainsi le sens seroit, que nous avons entrée au Royaume du Dieu par le Baptesme, d'autant que là l'Esprit de Dieu nous régénère. De cela est advenu qu'on à constitué une nécessité précise du Baptesme, pour l'espérance de la vie éternelle. Mais encore que nous accordissions que Christ parle vei du Baptes- Üu me, si ne faut-il pas toutesfois tant insister sur les mots, et les prendre au pied levé (comme on dit) que de penser que Christ vueille enclorre le salut au si-
gne extérieur : Mais plustost il conjoint l’eau avec l'Esprit, d'autant que sous ce
le
signe visible, il testifie et seelle la nouveauté de vie, que Dieu seul fait en nous par son sainct Esprit. I est bien vray que nous sommes déboutez du salut, si nous mesprisons le Baptesme: et en ce sens je confesse qu’il est nécessaire : mais C’eS£ mal entendre la chose, quand on enclost sous le signe la fiance de salut. Or quant au présent passage, on ne me sçauroil faire à croire que Christ parle du Baptesme: car cela n’eust esté encore bien à propos. Car il faut tousjours avoir mémoire de l'intention de Christ, laquelle nous avons déclarée ci-dessus : asçavoir qu’il a voulu exhorter Nicodème à nouveauté de vie, d'autant qu’il n’estoit point capable de l'Evangile, jusques à ce qu'il commenceast à estre. nouvel homme.
C’est donc. une, sentence simple, Qu'il faut que nous naissions derechef,: à ce que nous soyons enfans de Dieu: et que le sainct Esprit est autheur de ceste seconde génération. Car comme ainsi soit que. Nicodème songeoit yci une régénération de Pythagoras, qui imaginoit que les âmes après la mort de leurs corps entroyent dedans des autres corps : Christ pour luy oster cest erreur, à adjousté par manière. d'interprétation, que ce n’est point une œuvre qui se fait naturellement que les hommes naissent derechef, et qu’il n’est, point besoin que ils vestent un autre corps : mais que c’est Renaistire, quand ils sont renouvyelez d’ entendement et de cœur par la grâce du sainct Esprit.
Ainsi il à mis L'Eau et l'Esprit pour une
mesme chose. Et cela ne doit point estre |
trouvé dur ne.contraint. C’est une façon de. parler fréquente.et Commune en PEscriture, que quand il est fait mention du sainct Esprit, pour exprimer la vertu d’iceluy, le mot d'Eau ou de Feu y est adjousté. Nous avons desjà veu assez de fois, que c’est. Christ qui baptize du sainct Esprit, et de feu: là où le mot de Feu ne signifie rien divers du sainct Esprit, mais seulement démonstre quelle est: l’efficace d’iceluy en nous. Et quant à ce que le mot d'Eau est yci. mis le premier, cela n’emporte,pas beaucoup quant à la substance du propos. Qui plus est, ceste manière de: parler:coule mieux que l'autre : asçavoir d'autant qu'après la métaphore et
Cuar. IE.
similitude le propos est couché simplement et apertement. Comme si Christ disoit, que nul n’est enfant de Dieu, jusques à ce qu'il soit renouvelé par l'eau :
et que ceste eau est le sainct Esprit, qui.
nous repurge, et espandant sa vertu sur nous, inspire une vigueur de vie céleste, au lieu que de nostre nature nous sOmmes du tout secs. Et à bon droict Christ amène yci une forme de parler commune
à l’Escriture, afin de reprocher à Nico-
don son ignorance. Car Nicodème de:
voit à la fin cognoiïstre que ce qui avoit esté dit par Christ, estoit prins de la doctrine commune des Prophètes. Ainsi
donc, l’eau n’est autre chose que la pur- AEAU,
gation intérieure, et inspiration de vi- ti
gueur laquelle se fait par le sainct Esprit. Joint que ‘ce n’est point une chose nouvelle que le mot Et, se prene pour, C'est-à-dire: asçavoir quand le membre subséquent est la déclaration du précédent. Et aussi là suite mesme du texte conferme mon opinion. Car quand Christ adjouste incontinent après la raison pourquoy il nous faut renaistre, sans faire mention de l’eau, il enseigne que la nou-
veauté de vie laquelle il requiert, gist au
S. Esprit seulement: dont il s’ensuit que l’eau ne doit estre séparée d'avec l'Esprit.
6 Cequi est nay de chair, est Chair.
Il prouve en argumentant par les choses contraires, que le Royaume de Dieu nous est fermé à tous, sinon que l'ouverture nous soit faite par une nouvelle génération. Car il prend cela pour tout résolu,
que nous ne pouvons entrer au Royaume
de Dieu, sinon que nous soyons spirituels. Or est-il ainsi que nous n’apportons rien du ventre de la mère, sinon une nature charnelle. Il s'ensuit donc que nous sommes tous naturellement bannis du Royaume de Dieu, et qu’estans privez de la vie céleste, nous demeurons sous la servitude de mort. Au surplus, ven que Christ fait yei une conséquence, Qu'il faut que les hommes naissent derechef, en. qu’ils ne sont que éhair: il ne faut point douter qu’il ne comprene’ tout entier Phomme sous ce mot dé Chair.
Hs ad | / La chair donc ne signifie pas yei le corps,
mais aussi l'âme avec, voire une Chacune partie d’icelle. Car les Théologiens Pa-
rs
et À power
Deaues
Car. I. SUR S.
pistes monstrent bien qu’ils n’y entendent rien, de restraindre ceci à la partie qu’ils appellent sensuelle : veu que par ce moyen Pargument de Christ seroit inepte, Que nous avons besoin d’une seconde nativité, d'autant qu'une partie de nostre nature est vicieuse. Que si la Chair est yci opposée à l'Esprit, comme une chose corrompue à une entière, une chose tortue à une droite, une Chose pollue à une a et une chose souillée à une pu- : de là on peut facilement recueillir, qe toute la nature de l’homme est condamnée en un mot. Christ donc prononce que nostre entendement et raison est vicieuse, d'autant que elle est charnelle :
que toutes les affections de nostre cœur
Le hs [A
sont perverses et réprouvées, d'autant qu’elles sont aussi charnelles. Mais on pourroit vYei objecter une question, Que veu que l'âme n’est point engendrée de la substance de l’homme, rous ne naissons donc point de la ch«ir quant à la principale partie de nostre nature. De là est advenu que plusieurs ont pensé que non-seulement quant au Corps nous avions nostre origine de nos pères, mais aussi que nos âmes prenoyent leur origine des leurs. Car il leur sembloit absurde, que le péché originel, qui ha son siége propre en l'âme, se fus espandu d’un
‘homme à toute sa postérité, Sinon que
PR
toutes les âmes fussent issues de l’âme d’iceluy, comme d’une source. Et certes il semble bien de prime face que les paroles de Christ signifient cela, Que nous sommes Chair, pource que nous naissOns de la chair. Je respon, que quant aux paroles de Christ, elles ne signifient autre chose, sinon que nous sommes tous charnels, comme nous naissons: et qu ’entant que nous venons en ce monde hommes mortels, re n
chair. “Car il distingue yci simplement entre la pature et le don SPA DAIUrel.
n'est pas tant dE de la génération que de l’ordonnance de Dieu : lequel tout ainsi qu'il nous avoit fous ornez en un homme, nous a aussi tous despouillez de ses dons en iceluy. Parquoy nous sommes plustost tous ensemble corrompus en un
nostre nature ne sent que là
JEHAN. o1
de ses pères et mères. is incontinent après le révoltement d'Adam, Dieu a osté :
à la nature humaine ce, qu'il luy avoit donné. Sur ce mesme poinct survient en-? core une autre question. Car il est certain que combien que nostre nature maintenant soit bastarde et corrompue, toutesfois il y demeure encore quelque résidu des dons de Dieu, dont il s'ensuit que nous ne sommes pas pervers en tout et par tout. La solution est facile, Que les dons que Dieu nous a laissez après la cheute, sont bien dignes de louange, s'ils sont estimez de par eux : mais d'autant que la contagion du mal s ’est, espandue par toutes les parties de nostre nature, rien ne se trouyera en.nous qui.soit. pur
et exempt de toute souillure. Ce que nous ,/ :
avons naturellement en nous quelque cognoissance de Dieu, €e que nous avons une discrétion du bien et du mal engravée en nos consciences, ce que nous avons quelque « entendement pour l’entretenement de la vie présente, brief ce
qu’en tant de sortes nous sommes plus excellens que les bestes brutes, tout cela de soy est excellent, entant qu'il procède de Dieu : mais en nous toutes ces choses sont souillées ne plus ne moins que le vin du tout infecté et corrompu de la mauvaise senteur de son vaisseau, perd la grâce de sa bonne saveur, et qui plus
est, ha un goust amer et nuisible. Car la
cognoissance de Dieu qui reste aux hom-
mes, n ’est autre chose sinon une source
horrible d’idolâtrie, et de toutes superstitions : quant au jugement qu’ils ont pour discerner et choisir les choses, il est en partie aveugle et comme de travers, en partie imparfait et confus: tout ce, que
nous avons d'industrie s’escoule en va-
nité et fatras inutiles : et la volonté se précipitant par impétuosité furieuse, est
du tout transportée à mal. Ainsi en toute |
la nature de l’homme il ne reste une seule !
goutte de droiture. Dont il appert qu'il” faut que nous soyons formez par la seconde génération, pour estre faits capa= bles du Royaume de Dieu. Et c’est ce que signifient les paroles de Christ, Que pource que lhonime naist seulement
qu AAC
charnei du ventre de sa mère, il faut qu’il soit régénéré par l'Esprit, afin qu’il Commence à estre spirituel. Et le mot d'Æsprit est yci pris en deux sortes: asçavoir pour la grâce, et pour Peffet de la grâce.
Car au premier lieu Christ remonstre que
Car. HE.
l'Esprit de Dieu est seul autheur d’une nature pure et droite: puis après il signifie que nous sommes spirituels, depuis que nous Sommes renouyelez par sa vertu.
7 Ne l'esmerveille point que je l'ay dit, Il vous faut estre nais derechef. 8 Le vent souffle où il veut, et tu ois le son d'iceluy : mais tu ne scais d'où il vient, ne où il va : ainsi est tout homme qui est nay de l'Esprit. 9 Nicodème respondit, et luy dit, Comment se peut faire cela ? 40 Jésus respondit, et luy dit, Tu es docteur d’'Israët, et ne cognois point ces
choses.
11 En vérité, en vérité je te di, que nous disons ce que nous scavons, et tesmoignons ce qu'avons veu : Mais vous ne recevez point nostre tesmoignage. 12 Si je vous ay dit choses terrestres, ei ne les croyez point : comment croi-
rez-vous si.je vous di choses célestes?
7 Ne Fesmerveille point, etc. Ce passage est exposé en diverses sortes. Aucuns pensent que Christ taxe la lourde ignorance de Nicodème, et de ses semblables : comme $'il disoit qu'il ne se faut point esbahir s'ils ne comprenent pas ce secret céleste de la régénération, veu qu'en l’ordre mesme de nature ils entendent point la raison des choses qui sont évidentes aux sens humains.
Les autres forgent un sens qui est sub- (il, mais par trop contraint : asçavoir, que comme le souffle du vent est libre, ainsi nous sommes remis en liberté par la génération de l'Esprit : afin qu’estans despestrez du joug de péché, nous cour rions à Dieu volontairement. Semblablement ce que sainét Augustin amène est du tout eslongné de l'intention de Christ: Ascavoir que l'Esprit de Dieu desploye son efficace selon qu’il luy plaist. L’opinion de Chrysostome et de Cyrillus-est meilleure, lesquels disent que c’est une similitude prise du vent, et laccommodent au présent passage en ceste sorte, Que comme ainsi soit que on sente sa vertu, toutesfois son origine et cause est cachée. Or de ma part, comme je ne m'eslongne pas fort de leur opinion, aussi tascheray-je d'exposer plus clairement et plus certainement l'intention de Christ. Je retien ce principe, que Christ emprunte une similitude de l'ordre de nature. Nicodème estimoit incroyable ce
qu’il avoit ouy de la régénération et nouvelle vie, d'autant que le moyen de ceste régénération surmontoit sa capacité. Afin de luy oster ce scrupule, Christ monstre que mesme en la vie corporelle on apperçoit une vertu admirable de Dieu, la raison de laquelle est cachée. Car tous hument de lair l’esprit vital, qu’on appelle : on sent l'agitation de Pair, et toutesfois nous ne sçavons d’où elle pro-vient, ni où elle s’en retourne. Si Dieu besongne si puissamment en ceste vie caduque et esvanouissante , que nous sommes contraints d’avoir en admiration Sa puissance : quelle folie est-ce de vouloir mesurer par l’appréhension de nostre entendement son œuvre secrète en la vie céleste et supernaturelle, en sorte que nous n’en croyons non plus que ce qui apparoist devant nos yeux? En ceste sorte S. Paul se courrouceant contre ceux qui rejettent la doctrine de la résurrection, pource qu’il semble que ce soit une chose impossible, que le corps qui est maintenant sujet à pourriture, soit revestu d’immortalité bien-heureuse, après qu’il aura esté réduit en poudre et à néant : leur reproche leur bestise et Stupidité, de ce qu'ils ne considèrent point une semblable puissance de Dieu en un grain de froument : car la semence ne germe point, sinon après qu’elle est pourrie, À Cor. XV, 36. C’est ceste sapience admirable, de laquelle David s’es-
Cap. II. SUR S.
crie, Pseaume CIV, 24. Ceux donc sont trop stupides, qui estans advertis par Pordre commun de nature, n’eslèvent point leurs esprits plus haut, pour recognoistre que la main de Dieu est beaucoup plus puissante au Royaume spirituel de Christ. Au reste, quant à ce que Christ dit à Nicodème qu’il ne s’esmerveille point : il ne le faut pas prendre en telle sorte, comme s’il vouloit que nous ne teinssions pas grand conte de ceste œuvre de Dieu si excellente et digne de grande admiration : mais il ne veut pas que nous-nous en esmerveillions par une admiration qui empesche nostre foy. Car il yen a plusieurs qui rejettent comme fable ce qu’ils pensent estre trop haut et difficile. En somme, ne doutons point que Dieu nous réforme par son Esprit, et fait nouveaux hommes, combien que le moyen par lequel ceci se fait nous soit caché.
8 Le vent souffie où il veut. Non pas qu’il y ait proprement volonté au souffle du vent, mais pource que c’est une agitation libre et vague, et variable. Car l'air est maintenant porté deçà, et maintenant delà. Or ceci sert au présent propos, pource que si l’air couloit comme l’eau d’un mouvement continuel, il y auroit moins de miracle. “insi est tout homme qui est nay de l'Esprit. Christ signifie que le mouvement et l’opération de PEsprit de Dieu n’est pas moins apperceue au renouvellement de l’homme, que le mouvement de l'air en ceste vie terrestre et externe, mais que le moyen est caché :
et que pourtant nous sommes ingrats et malins, si nous n’adorons la vertu incompréhensible de Dieu en la vie céleste, de laquelle il nous propose un si beau miroir et comme tesmoignage manifeste en ce monde : et si nous luy attribuons moins en ce qu’il restaure nos àmes à salut, qu'il ne nous démonstre en l’entretenement de nos corps. L'application sera un peu plus claire, si on veut résoudre ainsi la sentence, Telle est la vertu et efficace du sainct Esprit en l’homme régénéré.
9 Comment se peut faire cela? Nous voyons que test qui empesche le plus Nicodème. Tout ce qu’il oit, il l'estime
JEHAN. 53 comme une chose monstrueuse, d'autant qu’il ne comprend point le moyen. Ainsi nous n’avons point de pire empeschement que nostre propre arrogance : asçavoir que nous voulons tousjours estre plus sages qu’il n’est besoin : et pourtant nous rejettons d’un orgueil diabolique tout ce qui ne nous est aisé à Comprendre, et descouvert à nostre raison.
Voire, comme s’il estoit raisonnable de restraindre la puissance infinie de Dieu à une mesure si estroite. Vray est qu’il est bien permis d’enquérir jusques à quelque but, du moyen et raison des œuvres de Dieu, moyennant que Ce soit sobrement et avec révérence. Mais par ceste objection Nicodème rejette comme une fable ce qu’il ne croit estre possible, mais nous traitterons plus amplement de ceci au sixième chapitre.
10 Tu es Docteur d'Israël, etc.
Pource que Christ voit qu'il perd son temps et sa peine d'enseigner cest homme orgueilleux, il vient à le reprendre rudement. Et de faict, on ne proufitera jamais d’enseigner telles gens, jusques à:
ce qu'ils ayent vuidé le vent de la folle présomption, de laquelle ils sont enflez.
Au reste, ceci luy est mis en avant fort bien à propos, pour donter son orgueil :
car en ce en quoy il pense estre fort subtil et prudent, Christ luy remonstre sa lourde ignorance. Il estimoit que ne recevoir point une chose impossible, estoit fait en bomme grave et bien entendu :
pource qu’on tiendra pour fol celuy qui croira légèrement au dire d'autruy, sans en avoir bien cognu la raison. Mais cependant Nicodème se monstre ridicule avec son arrogance magistrale, en ce qu’il doute és premiers rudimens d’une façon plus que puérile. Vrayement c’est une grande honte de douter ainsi. Car quelle religion aurons-nous, quelle cognoissance de Dieu, quelle règle de bien vivre, quel espoir de la vie éternelle, si nous n’entendons que l’homme est renouvelé par l'Esprit de Dieu? Ce mot donc ha quelque véhémence, quand il dit, Ces choses. Car veu que lEscriture saincte répète tant de fois ce poinct de doctrine, mesme les plus petis apprentis ne Je doyvent point ignorer. C’est donc
uie chose insupportable, que celuy qui se dit estre Docteur de l'Eglise, en soit enorañt.
1 Nous disons ce que nous scavons, et tésmoignons ce que, etc. AuCüns rapportent ceci à Christ et à Jehan Baptiste : les autres disent que le nombre pluriel est mis pour le singulier. Mais de moy, je'né doute point que Christ ne se Conjoingne avec tous les Prophètes de Dieu, ét qu’il ne parle en commun en la personne de tous. Car les Philosophes et autres docteurs plèins de’ vent et ambitieux, mettent en avant bien souvent dés niaiseries qu'ils ont forgées eux-mesmes :
mais Christ s’attribue ceci comme une chose qui lüy ést propre et'à tous sérviteurs de Dieu, qu’ils ne enseignent rien qu’une doctrine certaine. Car Dieu n’envoye point dés ministres qui babillent de choses incognues Où douteuses, ains il il les façontie en son eschole, afin qué ce que ils auront apprins de Iuy, ils lenséignent puis après aux autres. Au reste, comme: Christ par Ce tesoignage nous maëgnilie la certitude de sa düctrine, aussi il donne à tous ses ministres une règle de modestie, qu’ils ne mettent point én avant leurs songes ou conjectures, ét ne preschent les mventions humaines, esquelles il n’y à nulle férmeté, mais rendent tesmoignage fidèle ét pur à Dieu, afin que nul n’outrepasse les bornes de sa 10y : brief, afin que nul ne se dontie congé de parler, sinon ce qu’il aura ouy du Seigneur. Aussi il nous faut noter que Christ conferme ÿei sa doctrine par sermeht, afin qu’elle ait plene authorité envers nous. fais vous ne recevez point nosire lesmoïgnage. Ceci est adjousté afin que PEvangile ne perde rien de son authorité pour l’ingratitude des hommes.
Car d'autant que peu dé gens adjoustent foy à la vérité de Dieu, et que communément elle 'est rejéttée du monde, il faut la défendre de tout mespris, afin que sa majesté ne soit moins estimée, pourtant que fout 18 monde la mesprise si orguéilleusement, et Pobscurcit par son impiété.
Or combien que le sens des paroles soit un et simple, toutesfois il nous faut re- Cüeillir double doctrine de ce passage.
La première, qüëé nous n’adjoustions
CHar. IT.
moins de foy à l'Evangile, pourtant si nous voyons qu'il ait peu de disciples au dionde, comme si Christ disoit, Quoyque vous ne receviez ma doctrine, néantmoins elle demeure certaine et ferme :
car l’incrédulité des hommes ne pourra
jamais faire que Dieu ne demeuré per-
pétuellement véritable. La seconde, que ceux qui nè croyent aujourd’ buy à VEvangile, ne demeureront point impunis, d'autant que la vérité de Dieu est une chose saincte et sacrée. Or il faut que nous soyons munis de ce bouclier, pour persévérer en l’obéissance de l’Evangile contre l’übstination des hommes. Vraÿ est que nous devons retenir ce principe 6 que nostfe foy soit fondée en Dieu. Mais quand nous avons Dieu pour garent, nous devons comme estans haut eslevez pardessus les cieux, plüstost fouller hardiment tout le monde aux pieds, et le desdaigner courageusement, que d’estre troublez ou desgoustez par l'infidélité d’autuns. Quant à ce que Christ Se plaind qwon ne réçoit point Son tesmoignage, nous recueillons de cela, que la parole de Dieü a esté de tout terips de ceste Conditioh, que. bien peu de gèns. luy ont adjousté Foy. Car ce mot, fous né récevez point, Se rapporte à la plus grand’part, et presque à tout le corps du peuple. Parquoy il ne faut point que nous perdions courage si le nombre des fidèles est Si petit aujourd buy.
12 Si je vous ay dit choses terrestres, etc. Christ conclud que cé que Nicodème et ses semblables ne proufitent en la doctrine de l'Evangile, léur doit estre imputé. Car il monstre qu'il ne tient point à luÿ que tous ne soyent instruits par luy comme il A à veu qu il “descénd jusques en terre, ain qu'il nous. eslève jusques : au ciel. C’ést un vice trop ordinaire, que les hommes appètent d’éstre énséignéz d’une façon hauté et subtile.
De là vient que les Spéculations hautes et cachées plaisent si fort à la plus grande partie. Cela fait aussi que plusiéurs estiment moins l'Evangile, d'autant qu'ils n’y rencontrent point un haut stylé qui remplisse leurs aureilles : ‘et pourtant ils ne se daignent occuper à l’estude d’une doctrine si vulgaire ét basse. Mais c’est
Caar. LE
portons moins de révérenée à Dieu parlant à nous, pource qu'il s’abbaisse à nostre rudesse et ignorance. Ainsi done, ce que le Seigneur bégaye avec nous grossièrement, usant en son Escriture d’un style commun et populaire, scachons qu’il le fait pour l'amour de nous, Quiconque crie qu'il est offensé d’une telle petitesse, ou s'excuse là-dessus pour ne s’assujetir à la parole de Dieu, il est menteur. Car celuy qui ne peut embrasser Dieu quand il s'approche des hommes, encores moins volera-il jusques à la hauteur. d’iceluy par-dessus les nues, Les choses terrestres. Aucuns entendent les rudimens de la doctrine spirituelle : car
une trop grande perversité, que nous le renoncement de
nous - mesmes est comme ‘le premier ‘commencement ‘de vraye piété. Mais je m'aecorde plustost lavec ceux qui rapportent ceci à la forme | d'enseigner: Car combien que tout le sermon T Christ fust céléste, néantmoins il a parlé si familièrement, qu’il pouvoit sembler que sa parole fust 'aucunément terrestre. D’avantage, il ïe faut pas restraindre ces mots à un seul sermon : car yci est faite comparaison entre la façon
ordinaire d'enseigner que Christ a tenue, *
c’est-à-dire une “simplicité populaire, et la pompe et grande bravade de paroles, à laquelle lés hommes ambitieux sont addonnez.
13 Car personne n'est monté au ciel, sinon celuy qui est descendu du ciel, asçavoir le Fils de l’homme qui est au ciel.
14,0r comme Moyse esleva le serpent au désert, ainsi faut-il que le Fils de
l'homme soit eslevé :
15 Afin que quiconque croit en luy, ne périsse point, mais ait la vie éter-
nelle.
16, Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son seul Fils afin que quiconque croit en luy, ne périsse, mais aît vie éternelle.
A7 Car Dieu na point envoyé son Fils au monde, pour condamner le monde : mais afin que le mondé soit sauvé par luy.
18 Qui croit en luy, ne sera point condamné : mais qui ne croit point, est desjà condamné : car il n'a point creu au nom du Fils unique de Dieu.
1) Nomb., XXI, 9.
13 Car personne n'est monté au ciel, etc. Derechef il exhorte Nicodème de ne se fier point à soy-mesme et à Sa subtilité : et pour raison remonstre que nul ne peut monter au ciel par la vivacité de son entendement, mais seulement celuy qui y tendra par la conduite du Fils de Dieu: Car Monter au ciel, signifie en ce passage Avoir une cognoissance pure et nayfve des mystères de Dieu, et la lumière d'intelligence spirituelle. Car Christ remonstre yei cela mesme que $. Paul enseigne en la 4re Epistre aux Corinthiens, chapitre Il, v. 44, quandil dit quel’homme sensuel ne comprend pas les choses qui sont de Dieu. Ainsi donc il forelost des choses Divines toute la subtilité de l’entendement humain, d'autant qu'il est beaucoup au-dessous de Dieu. Mais il nous faut noter les mots, asçavoir que
Christ qui est céleste, monte seul au ciel et que l'entrée est fermée à tous autres.
Car au premier membre il nous humilie, quand il ferme l’entrée du ciel à tout le monde. Or sainet Paul (1 Corinthiens, IF, 48) commande que tous ceux qui veulent estre sages en Dieu, soyent fols en eux-mesmes. Il n’y a rien que nous facions plus à regret. Pourtant afin de nous y accoustumer, il nous faut retenir ceste sentence, Que quand il est question de venir à Dieu, tous nos sens s’esvanouissent et défaillent. Mais après que Christ nous a déclarez forclos du ciel, il propose quant et quant, et apporte le remède tout prest, en adjoustant que ce qui est dénié à tous les autres, est donné au Fils de l’homme. Car ce qu'il est monté au ciel, il ne l’a point fait seul, ne pour son regard particulier, mais afin de nous y
estre conducteur et seure guide. Et voylà aussi pourquoy il s’est yci nommé #üls de l’homme, afin que nous ne doutions que l'entrée au ciel nous est commune avec luy : qui à vestu nostre .chair humaine, afin de nous avoir ses Consors en tous biens. Comme ainsi soit donc qu’il est seui Conseiller du Pére, Isaïe, IX, 6, il nous introduit en la Cognoissance des secrets, lesquels sans cela. nous seroyent cachez. Toutesfois ceci semble absurde, qu'il dit qu’il est au ciel du temps qu'il habite en terre. Si on respond que cela est vray au regard de la Divinité : la facon de parler de laquelle il use, signifie autre chose, asçavoir que luy-mesme estant homme, estoit au ciel. On pourroit dire que ce passage ne fait aucune mention du lieu, mais seulement discerne Christ d'avec tous autres quant à la con-
, dition, pource qu’il est héritier du Royau-
me de Dieu, duquel tout le genre humain est banni. Mais pource qu'à cause de l'unité de personne cela est assez fréquent el commun, que ce qui est propre à l’une
des deux natures du Fils de Dieu, est
transféré à l’autre, ilne faut point Chercher d'autre solution. Christ donc qui est au ciel a vestu nostre chair humaine, afin qu’il nous eslève en haut au ciel avec soy, en nous tendant la main comme frère.
14 Or comme Moyse esleva le serpent, etc. I] déclare plus apertement à quel propos il a dit qu'il est seul à qui le ciel soit ouvert : asçavoir afin que tous y soyent introduits par luy, voire qui le voudront suyvre et avoir pour conducteur : car il testifie qu’il sera ouvertement et comme en public exposé à tous, pour espandre sa vertu sur toutes manières de gens. Estre eslevé, signifie Estre mis en un lieu éminént et haut, pour estre exposé à la veue de tous. Cela a esté fait par la prédication de lEvangile. Car quant à ce qu'aucuns exposent ceci de la croix, il ne convient päs au fil du texte, et est hors de propos. Le simple sens done de ces mots est, Que Christ devoit par la publication de l'Evangile estre haut eslevé comme un estandart, auquel tous hommes dresseroyent les yeux, comme Isaïe avoit prédit, chapitre I, v. 2. Pour
Car. IL.
figure de ce haut eslèvement, il allègue le serpent d’airin qui avoit esté eslevé par Moyse, le regard duquel estoit un remède salutaire à ceux qui estoyent blessez de la morsure mortelle des serpens.
L'histoire en est assez notoire, qui est escrite Nomb. chapitre XXI, v.9. Aureste, elle est yci alléguée par Christ, pour monstrer qu’il doit estre mis devant les yeux de tous par la doctrine de l'Evangile : afin que tous ceux qui auront jetté la veue sur luy par foy, obtienent salut.
Dont il faut recueillir que Christ nous est clairement proposé en PEvangile, afin qu’il n'y ait homme qui se plaigne de l'obscurité : et que ceste manifestation
est commune à (ous, et que la foy ha
comme son regard, c’est-à-dire une manière de veoir. par laquelle elle le contemple comme présent, ainsi que sainct Paul dit, Galates, chapitre IE, v. 4, Que quand on l’annonce purement, c’est pour le pourtraire au vif avec sa croix. Or ce n’est point yci une similitude impropre ou tirée de loin. Tout ainsi que ce n’estoit qu’une apparence externe de serpent, et qu'il n’y avoit rien dedans qui fust venimeux :
de la chair pécheresse, qui toutesfois estoit pure et exempte de tout péché, afin qu'il guarist en nous la mortelle blessure de” péché. Car ce n’a point esté sans cause que le Seigneur anciennement , quand les Juifs avoyent esté navrez par les serpens, leur ordonna une contrepoison. Et ceci servoit pour confermer Île propos de Christ. Car voyant qu’il estoit rejetté et mesprisé comme un homme abject et de nulle estime, ilne pouvoit rien amener plus propre que leslévation du serpent : comme s’il disoit qu’on ne devoit trouver estrange, si contre l’opinion des hommes il estoit eslevé du plus bas en haut, veu que cela avoit jà esté figuré sous la Loy par le serpent dairin. On pourroit sur ceci demander, Asçavoir si Christ se compare au serpent, pource qu’il y ait eu quelque similitude, ou bien
s’il signifie que Ç'ait esté un sacrements"
comme a esté la manne. Car combien que la manne fust une viande corporelle, destinée pour l'usage et nécessité présente des hommes, toutesfois sainct Paul tes-
aussi Christ a vestu la forme
ri
fe
Caar. Hi.
moigne qu'avec Cela il y avoit un La spirituel, 4 Corinthiens, chapitre X, v.3 Et pour me faire penser qu’il en faut autant dire du serpent d’airin, je suis induit à cela tant par ce passage, que par ce qu’il a esté gardé pour l’advenir, jusqu’à e qu'il fut converti en idole par la superstition du peuple, 2 Rois, XVHE, Si quelqu'un en ha autre jugement, je n’en déba point.
16 Car Dieu a tant aimé le monde hi qu'il a donné son seul Fils, etc. Christ = descouvre yei et monstre la première cause, et Comme Ja source de nostre sareste en nous. Car nos esprits ne sçauroyent trouver repos, jusqu’à ce qu’on , viene à lamour gratuite de Dieu. Tout ainsi donc qu'il ne faut point chercher toute la matière de nostre. salut ailleurs qu'en Christ : aussi faut-il veoir dont Christ nous est venu, et pourquoy il nous est offert pour Sauveur. Yci nous est enseigné l’un et l’autre distinctement : Que la foy en Christ apporte vie à tous : et que ce que Christ nous a apporté la vie, c’est d'autant que Dieu aimant le genre humain, ne veut point qu'il périsse) Et cest ordre est bien digne d’estre diligemment noté. Car nous avons une ambition si malheureuse comme attachée en nostre nature, que quand il est question de la source de nostre salut, nous entrons soudainement en des imaginations diaboliques de nos propres mérites. Ainsi nous imaginons que Dieu nous est propice, pource que nous l’avons bien mérité, et qu'il nous a jugez dignes qu'il jettast ses yeux sur nous, Mais au contraire, l’Escriture loue et magnifie par tout sa pure et simple miséricorde , par laquelle tous mérites soyent abolis. Aussi les paroles de Christ ne signifient autre chose, quand il en establit la cause en l’amour de Dieu.
Car si nous voulons monter plus haut, le sainet Esprit nous ferme la porte par la bouche de sainct Paul, enseignant que
ceste amour est fondée sur le propos de
sa volonté, Eph., [, 8. Et de faict,
est bien évident que Christ à ainsi so afin que destournant tous les hommes de tout regard de leurs personnes, il les amenast à la seule miséricorde de Dieu.
SUR S. JEHAN. 57
Et il ne dit pas que Dieu ait esté induit à nous délivrer, pource qu'il ait apperceu en nous qu'il y eust chose digne dun bénéfice tant excellent : mais il attribue du tout la gloire de nostre délivrance à Pamour de Dieu. Et cela apparoist encore mieux par la suite du texte : car il adjouste, que Le Fils a esté donné aux hommes, afin qu'ils ne périssent. Dont il s'ensuit que tous sont c@estinez à perdition éternelle, jusques à ce que le Fils de Dieu les retire de leur perdition, et leur face sentir son secours. Sainet Paul aussi démonstre ceci par la circonstance du temps : asçavoir d'autant que nous avons esté aimez, quand nous luy estions encore ennemis par le péché, Romains, Chap. V, v. 10. Et à la vérité, là où le
péché règne, nous n’y trouverons rien.
que lire de Dieu, laquelle tire la mort avec
sOy. Il n’y à donc que la miséricorde la- # are cord quelle nous réconcilie à Dieu, afin que” vr
quant et quant la vie nous soit rendue.
Il pourroit sembler toutesfois que ceste manière de parler est répugnante à beaucoup de tesmoignages de l’Escriture, lesquels mettent en Christ le premier fondement de amour de Dieu envers nous, et monstrent que hors d’iceluy nous sommes hays de Dieu. Mais il nous faut avoir mémoire de ce que Fay remonstré cidessus,
que Pamour secrète de laquelle:
le Père céleste nous a aîmez en SOY— =
mesme, est plus haute que toutes les au-
tres causes, pource qu’elle procède de
son propos éternel : mais que la grâce de / ;4 # ml
salut, laquelle il veut nous estre cognue, et par laquelle nous sommes redressez à la fiance de salut, commence par la réconciliation que Christ nous à acquise.
Car puis qu’il faut nécessairement qu’il
haysse Île péché, comment serons-nous asseurez qu’il nous aime, jusqu’à ce que
la satisfaction des péchez soit faicte, pour /*
le regard desquels il ha bonne raison de se courroucer contre nous? Ains il faut
que le sang de Christ entreviene, afin de /
nous rendre Dieu appaisé, avant qu'aucun sentiment de sa douceur paternelle parviene jusques à nous. Àu reste, comme nous oyons qu’il est dict en premier lieu, que Dieu d'autant qu’il nous aimoit a livré son Fils à la mort pour nous : ainsi
pote 13
s CR
, PARA o— +
PL
ec À
il est incontinent adjousté que Christ est celuy seul auquel la foy doit regarder.
Ila donné son Fils, afin que quiconque croira en luy, ne périsse point. C’est-ci (di-je) le droit regard de la foy, de se
proposer Christ, auquel elle contemple le
cœur de Dieu rempli d’amour : c’est-ci le ferme appuy, de se reposer sur la mort de Christ, comme sur le seul gage de ceste amour. Ce mot de seul, emporte poids :
car C’est pour nous magnifer la grande + véhémence de lamour de Dieu envers nous. Car pource que les hommes ne se persuadent pas facilement qu’ils sont aimez de Dieu : pour nous oster toute doute, il a exprimé nomméement que Dieu nous à tant aimez, que mesme il n’a point espargné son seul Fils pour lamour de
nous. Comme ainsi soit donc que Dieu
nous a fait plus qu'amplement cognoistre son amour, quiconque ne se contentant point de ce tesmoignage est encore en bransle, fait une grande injustice à Christ, comme si c’estoit un homme vulgaire qui eust esté à la volée abandonné à Ja mort. Mais plustost il nous faut considérer, qu'autant que le Père céleste estime et prise son seul Fils, autant luy a esté précieux nostre salut, pour la ranceon duquel il a voulu que son seul Fils mou-
” rust. Au reste, Christ est ainsi nommé *
bon droict, pource que de nature il est le seul Fils de Dieu. Et puis il nous communique cest honneur par adoption gratuite, lors que-nous venons à estre entez .,: CN SON Corps. Quiconque croi en luy ne .4dpérisse, etc. Voyci un los excellent de la foy, qu elle nous garentisse de perdition éternelle, Car il a voulu clairement exprimer, que combien qu’il semble que nous soyons nais à la mort, toutesfois délivrance certaine nous est offerte en la foy de Christ : et que par ainsi il ne faut point que nous craignions la mort, laquelle autrement nous pend sur la teste , ei nous menace. Et a mis ce mot de généralité, Quiconque, tant afin de convier tous hommes à participer à Ja vie, qu’afin d’oster toute excuse aux incrédules. A cela mesme se rapporte aussi le mot de Monde, duquel il a usé ci-dessus. Car jà soit qu’on ne trouve rien au monde qui soit digne de la faveur et grâce de Dieu,
Car, II.
si est-ce toutesfois qu’il se monstre pro pice à tout le monde, quand sans exCeption il exhorte tous hommes de venir à Ja toy. de Christ laquelle n’est autre chose qu’ un entrée à la vie. Au reste, qu’il nous souviene que la vie en Christ est tellement promise en commun à tous ceux qui croiront, que toutesfois la foy n’est point commune à tous. Car Christ est bien offert et comme mis en veue à tous :
toutesfois il n’y à que les éleus ausquels Dieu ouvre les yeux, afin qu'ils le cherchent par foy. Or on voit en ceci un effect admirable de la foy, d'autant que par icelle nous recevons Christ tel qu'il nous est donné du Père : asçayoir, qui nous délivrant de la condamnation de mort éternelle, nous fait héritiers de la vie éternelle, d'autant qu’il a satisfait pour
nos péchez par le sacrifice de sa mort ,
afin que rien n’empesche que. Dieu ne nous recognoisse pour ses enfans. Comme ainsi soit donc que la foy embrasse Christ avec l’efficace de sa mort, et le fruict de sa résurrection, il ne nous faut point esbahir si par i icelle nous jouissons aussi de la vie de Christ. Toutesfois encore D ’appert-il pas assez bien pourquoy et comment la foy nous confère la vie : si
c’est pource que Christ nous régénère par son Esprit, afin que la justice de Dieu
vive et ait vigueur en nous : ou bien, pource qu’estans purgez de nos péchez par son sang, nous sommes réputez L justes |
em
devant Dieu par un pardon gratuit. i. (est.
Dien certain que ces deux choses. sont
Lousjours conjointes ensemble à mis -
tude du salut, il nous faut sur tout retenir ceste raison, Que nous vivons, d’autant que Dieu nous aime gratuitement , ne nous imputant point nos péchez. Et pourtant il faitexpresséement mention du sacrifice, par lequel avec les péchez la malédiction et la mort sont aussi iles.
J'ay desjà remonstré ci-dessus À ŒuoY tendent ces deux membres : asçavoir à ce que nous sçachions que nous: recouvrons la vie en Christ, de laquelle nous sommes privez en nous. Car en ceste misérable condition du genre bumain, quant à l’ordre, la r'eupon va dev ant le salut,
bat
Cuar. III, SUR S.
A7 Car Dieu n'a point envoyé son Fils au monde, pour condamner le monde, etc. C'est une Confirmation de là sentence précédente, d'autant que Dieu ne nous à point envoyé son Fils sans Cause. Or estcil ainsi qu'il n’ést point venu pour déstruire : il S’ensuit donc que le propre office de Christ est, que tous ceux qui croiront, obtienent salut par luy.
Maintenant il ne faut point qu'aucun doute ou se tormente à trouver lé moyen comment il pourra éviter la mort, puis que nous entendons que tel est le conseil et
lintention de Dieu, que Christ nous en
délivre. Le mot de Monde est derechef répété, afin que pas un ne pense en estre forclos, pourveu qu’il tiene le chemin de Jà foy. fi y à yci proprement le mot de Jugéf : maïs il est prins pour Condämner,
Comitie aussi en plusieurs autres passases. Or quant à ce qu’il dit, Qu'il n’est point Venu pour condamner le monde : il monstre par cela la propre et droite fin de son advénémént. Car quel besoin éstoit-il que Christ veinst pour nous destruire, vêtu que nous estions plus que perdus? Il ne faut donc considérer autre chôse en Christ, sinon que Dieu nous a voulu secourir selon sa bonté infinie, atin de nous sauver qui estions desjà perdus. Et toutes
fois et quantes que nos péchez nous pressent, et que Satan nous solicite à désespoir, il nous faut mettre ce bouclier en avant, Que Dieu ne veut point que nous Soyons accablez de perdition éternelle, veu «qu’il a ordonné son Fils pour esitre le salut du monde. Et quant à ce
que Christ enseigne ailleurs qu'il est venu en jugement, quant à ce qu'il est appelé Pierre de Scandale, quant à ce qui est dit, qu’il est mis pour la ruine de plusieurs : ce luy est une chose ac cidentale, et qui survient Wailleuxs, et comme à la travérse ; car céux qui rejettent la grâce qui éSt offerte en Iuy, sont dignes de le sentir leur juge et vengeur d'un contemnement Si vifein et Gien d'ingratitude. Et dé cela on voit comme un miroir et représentation patente en l'Evangile. Car commé ainsi Soit que l'Evangile est proprément la puissance de Dieu en salut à tous Croyans, l’ingratitude de beaucoup de gens fait qu’il leur est tourné à mort.
Sainct Paul à bien exprimé l’un et l’autre, quand il se vante d’avoir la vengéncé en main, par laquelle il destournera et exterminera tous les ennemis de sa doctrine, après que l’obéissance des fidèles Sera accomplie, 2 Corinth. , X, 6.
Car cela vaut’autant comme s’il disoit que l'Evangile est principalement et en premier lieu destiné aux fidèles pour leur estre en salut : mais que puis après les incrédules ne demeureront point impunis, lesquels meSprisans la grâce de Christ.
auront mieux aimé lavoir pour autheur de mort que de vie.
18 Qui croit en luy n'est point condamné, etc. Quand il répète tant de fois et si dili gerer que. tQus fidèl les ont recueillir RU est nécessaire d’avoir ferme et certaine fiance, à ce que les consciences ne soyent en perpétuel tremblement et anxiété. Il prononce donc derechef, que quand nous croirons, il n°y aura plus de condamnation : ce qu’il exposera aussi plus amplement ci-après au cinquième chapitre. Quand il dit, N’esé point condamné : il parle en temps présent As l'advenir, Ne sera point condamné : selon la coustume de la langue Hébraïque, Car il veut que les fidèles ne craigneht point, ains soyent asseurez qu’ils sont hors de danger de condamnation. Par la sentence prochainement suyvante, Qui ne croit point, ete. : il signifie qu'il n'y a point d'autre remède, par lequel homme quel qu’il soit puisse éviter la mort : comme s’il disoit, Qu’à tous ceux qui ARR la vie donnée en Christ, il ne reste plus que la mort, pource que ; la vie ne consiste ailleurs qu’en Ja fOY. < Ce qu la mis le mot en un temps passé, disant, 1l est jà condamné, emporte poids : car ça esté notamment afin de tant mieux exprimer que c’est fait de tous incrédules. Or il nous faut noter que Christ parle spécialement de ceux qui auront monstré leur impiété en un mespris manifeste de l'Evangile. Car combien qu'il soit vray qu'il n’y eut jamais autre remède pour éviter Ja mort, sinon que les hommes eussent leur recours à Christ : toutesfois pource que Christ.
traitie yci de la prédication de l'Evangile, 7°"
Car. HI.
laquelle devoit estre esparse par tout le | ceux qui esteignent de propos délibéré et monde, il addresse son propos contre ! par malice la lumière que Dieu a allumée.
19 Or voyci la condamnation, que la Lumière est venue au monde : et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la Lumière : pource que leurs œuvres
estoyent meschantes.
20 Car quiconque fait choses meschantes, haît la Lumière, et ne vient point à la Lumière, de peur que ses œuvres ne soyent descouvertes !.
21 Mais celuy qui se porte en vérilé, vient à la Lumière, afin que ses œuvres soyent manifestées, d'autant qu'elles sont faites selon Dieu.
1) Ou, manifestées et convaincues.
19 Or voyci la condamnation. 1 vient au-devant des murmures et complaintes que font coustumièrement les hommes profanes contre Dieu, l’accusans de rigueur trop excessive (comme il leur semble) quand il les traitte plus sévèrement qu’ils ne voudroyent. Il semble bien que ce soit une chose dure et rigoureuse , que tous ceux qui ne croyent point en Christ soyent adjugez à perdition éternelle. Afin done que nul n’impute sa damnation à Christ, il remonstre qu’un Chacun Ja doit imputer à soy-mesme, et à sa propre faute. La raison est, pource que Pinfidélité est un tesmoignage de mauvaise conscience. Dont il appert que ce qui empesche les incrédules d’approcher de Christ, est leur propre perversité.
Aucuns pensent qu’yci est seulement dénoté le signe de condamnation : mais l’intention de Christ est de réprimer lobstination des hommes, afin que selon leur coustume ils ne soyent si hardis de tergiverser ou contester avec Dieu, comme s’il les traittoit iniquement en punissant de mort éternelle leur infidélité. Il monstre donc qu’un tel jugement est équitable, et n’est aucunement sujet à calompies : non-seulement pource que ceux qui préfèrent les ténèbres à la Lumière, et fuyent la Lumière qui leur est offerte libéralement, font meschamment : mais aussi pource que ceste haine de la Lumiere ne procède d’ailleurs que d’un cœur meschant, et se sentant coulpable. Il se pourra bien faire que plusieurs auront un beau lustre et apparence de saincteté, lesquels toutesfois sont contraires à l'Evangile :
mais encores qu'ils semblent plus saincts que des Anges, toutesfois il n’y à doute
que ce sont hypocrites, qui pour autre cause ne repoussent la doctrine de Christ, sinon d'autant qu’ils aiment leurs cachettes obscures, par lesquelles leur vilenie soit couverte. Veu donc que la seule hy-
pocrisie rend les hommes détestables à .
Dieu, ils demeurent tous convaincus : car si ce n’estoit qu’estans aveuglez d'orgueil ils se plaisent en leurs vices, ils recevroyent promptement et volontairement la doctrine de l'Evangile.
20 Quiconque fait choses meschantes.
Le sens est, qu’ils ne hayssent la Lumière pour autre raison, sinon autant qu’ils sont mauvais, et ne demandent que de couvrir leurs péchez entant qu’en eux est. Dont il s'ensuit qu’en rejettant le remède , ils nourrissent comme de propos délibéré la matière de leur damnation.
Parquoy nous-nous abusons bien, si nous pensons que ceux qui sont enragez contre la doctrine de lPEvangile, soyent menez d’un bon zèle : veu que plustost ils hayssent la lumière, et l’ont en horreur, afin de se flatter plus librement en ténèbres.
21 Mais celuy qui se porte en vérité vient à la Lumière, etc. I semble que ceci soit dit improprement et sans raison, sinon qu’on vueille confesser qu’il y en a aucuns qui sont droits et véritables avant qu'ils soyent régénérez par l’Esprit de Dieu : ce qui n’est pas accordant à la doctrine commune de l’Escriture saincte. Car nous sçavons que la foy est la racine de laquelle sont produits les fruits des bonnes œuvres. Sainct Augustin voulant soudre ceste difficulté, dit que Faire la vérité (car il y a ainsi mot à mot là où nous avons mis, Se porter en vérité) c’est Recognoistre combien nous sommes misé-
Cuar. I. SUR $S. JEHAN.
rables, et destituez de toute puissance de | louange de bonnes œuvres : mais seule- “bien faire. Et de faict, C’est une vraye | ment il monstre que c’est que feroyent préparation à la foy, quand estans pres- | les infidèles s'ils n’avoyent une mauvaise sez d’un sentiment de nostre indigence , | conscience. Au reste, Christ a usé du mot nous recourons à la grâce de Dieu. Mais | de Vérité, d'autant qu’ayans les yeux estout cela n’approche point de lintention | blouis de l’apparence externe des œuvres de Christ : car il a voulu dire simplement, des hommes, nous ne considérons point que ceux qui vont droitement en beson- | ce qui est caché dedans. Partant il dit, gne, ne désirent rien mieux que la lu- Que les hommes ronds et non fardez sont mière, afin que leurs œuvres soyent es- contens de venir devant la face de Dieu , prouvées : pource qu'après un tel examen | lequel est seul Juge compétent de no$ il appert mieux qu’ils ont esté véritables œuvres. Car yci les œuvres sont dictes et sans aucune fraude devant Dieu. Or ce | Estre faites selon Dieu, lesquelles il seroit faire une mauvaise conséquence, | approuve, et qui sont bonnes selon sa de conclure de ceci, Que donc les hom- | | règle: Apprenons de ceci, qu’il ne faut mes ont une bonne conscience avant que juger des œuvres, sinon en y apportant d’avoir la foy. Car Christ ne dit pas que la clarté de l'Evangile, pource que nostre jes éleus croyent afin qu'ils rapportent | raison est du tout aveugle.
22 Après ces choses, Jésus avec ses disciples veint au territoire de Judée :
et la demeuroit avec eux, et baptizoit.
23 Et Jehan baptizoil aussi en Enon, près de Salim de il y avoit là beaucoup d'eaux : et venoit-on là, et y estoit-on baptizé.
24 Car Jehan n'avoil point encore esté mis en prison.
25 Or il y eut une question meuë des disciples de Jehan avec les Juifs, pour
la purification.
26 Dont ils veindrent à Jehan, et luy dirent, Maistre, Ce qui estoil avec toy outre le Jordain, de qui tu as rendu temoignage. voylà il baptize, et tous
vienent à l'uy.
27 Jehan respondit, et dit, L'homme ne peut recevoir aucune chose s'il ne
luy est donné du ciel.
28 Fous-mesmes m'estes tesmoins que j ay dit, Je ne suis point le Christ,
mais je suis envoyé devant luy.
22 Après ces choses, Jésus avec ses disciples, etc. I] est vray semblable qu'après que ia feste fut passée, Christ veint au quartier de Judée qui estoit prochain de la ville d'Enon, qui estoit située en la portion de la lignée de Siméon, comme on peut veoir au chap. XV de Josu&, v. 8. Or l’'Evangéliste récite qu’il y avoit là beaucoup d’eaux, et elles ne estoyent point si abondantes en Judée. Au reste, les Géographes, c’est-à-dire les autheurs qui ont escrit la situation des pays, récitent que ces deux villetes, Enon et Salim, n’estoyent pas fort loin du lieu où s’assemblent les deux rivières, asçavoir le Jordain et Jaboc : et disent aussi que Schytopolis est voisine de là. Cependant de ce qui est yei dit on peut recueillir
que Jehan et Christ ont administré le Baptesme en plongeant tout le corps dedans l’eau, combien qu’il ne se faut guères soucier de la cérémonie extérieure , moyennant qu'elle conviene avec la vérité spirituelle, et l’ordonnance et règle du Seigneur. Mais selon qu’on peut conjecturer, la prochaïineté des lieux feit que divers bruits furent semez, et beaucoup de propos démenez çà et là touchant la Loy, le service de Dieu, et l’estat de lEglise, à cause qu’en mesme temps s’estoyent levez deux administrateurs du Baptesme. Car ce que PEvangéliste dit que Christ baptizoit, je le rapporte aux premiers commencemens : asçavoir que lors il commença à exercer en public la charge qui luy estoit enjointe de son
Père. Or combien que Christ feit cela par ses disciples, toutesfois il est yci nommé comme autheur du Baptesme, sans que mention soit faite des ministres, lesquels aussi ne faisoyent rien sinon en son nom et authorité, et par son coMmmandement. Et de ceci nous en traitterons encore quelque chose au commencement du chapitre suyvant.
23 Or il y eut une question meuë des disciples de Jehan avec les Juifs, etc.
Ce n’est pas sans cause que l’Evangéliste récite que ceste question veint des disciples de Jehan. Car selon qu’ils estoyent moins exercez en la doctrine, tant plus . s’ingèrent-ils hardiment à disputer comme l'ignorance est tousjours audacieuse et outrecuidée. Si quelques autres les eussent assaillis, ils eussent esté à excuser : mais quand n’estans point assez forts pour soustenir le combat, ils provoquent d’eux-mesmes les Juifs, c’est uné grande témérité et sottise à eux. Or les paroles emportent cela, Que la question fut esmeue par eux. Or outre ce qu'ils failloyent grandement en traittant à la volée d’une chose qui leur estoit incognue , et par-dessus la portée de leur sçayoir : encore il y avoit un autre vice non moindre que le premier : asçavoir que leur intention n’estoit pas tant de défendre l’usage légitime du Baptesme, que de maintenir la cause de leur maistre, afin que son authorité luy demeurast saine et sauve. L'un et l’autre est digne de repréhension : asçavoir que n’entendans point quelle est la vraye substance du Baptesme, ils exposent à mocquerie la saincte institution de Dieu :
et que par une ambition perverse ils entreprenent de défendre le parti de leur maistre contre Christ. On voit bien donc qu'ils ont esté estonnez et abbatus d’un seul mot, quand il leur à esté mis en avant que Christ aussi baptizoit. Car d'autant que Ss’amusans à la personne d’un homme, et apparence extérieure, ils avoyent moins de souci de la doctrine, par leur exemple nous sommes enseignez où en tombent ceux qui sont plustost menez d’affections mal reiglées qu’ils portent aux hommes, que d'un vray zèle de Dieu. Et par ce moyen nous
Cr, IL.
sommes admonestez qu'il nous faut tendre à ce seul but, et y tascher en.toutes sortes, Que le Fils de Dieu soit éminent.
Pour la Purification. La question, fut esmeue touchant la Purification, pource que les Juifs avoyent plusieurs sortes de baptesmes et lavemens, qui estoyent ordonnez par la Loy.: et ne se contentans point de ceux-là que Dieu avoit instituez, ils en observoyent songneusement encore beaucoup d’autres qu’ils axoyent receus de leurs .ancestres... Quand ils voyent qu'outre une. si, grande quantité et diversité de lavemens et baptesmes, Christ et Jehan introduisent encores une nouvelle manière de purifier, ils estiment que c’est une chose absurde. |
26 De qui tu as rendu Lesmoignage, voylàä il baptize, elc. Par cest argument ils S’efforcent de faire trouver Christ.ou moindre que Jehan, ou obligé à luy, pour autant que Jehan Baptiste luy avoit fait honneur. Car ce que Jehan avoit orné Christ de titres honorables, ils estiment cela comme s’il Iuy avoit fait une grande gratuité. Voire, Comme si Jehan n’eust point esté tenu. de Iuy rendre à haute voix un tel tesmoignage, ou plustost comme si ceci ne eust pas esté la plus grande dignité et excellence que Jehan ait eu, d’estre le héraut du Fils de Dieu. Il nestoit aussi non plus raisonnable de mettre Christ au-dessous de Jehan Bapliste, sous couleur que Jéhan l’avoit magnifié, car nous sçayons ce que Jehan en à testifié. Quant à ce qu'ils disent que tous vienent à Christ : c’est une parole de gens envieux, et procède d’une émulation perverse, car ils craignent qu’il n’y ait plus guères de gens qui suyvent leur maistre.
27 L'homme ne peut recevoir aucune chose, etc. Aucuns rapportent ceci à Christ, comme si Jehan accusoit ses disciples d’une outrecuidance et audace meschante contre Dieu, d'autant qu'ils taschoyent, d’oster à Christ ce que son Père luy avoit donné. Ainsi ils estiment que le sens est, Ce qu’en si brief temps il est monté en si grand honneur, @a esté une œuvré singulière de Dieu : et pourtant vous ne gaignez rièn de vouloir abaisser celuy que Dieu de sa main
Caar. TI. SUR S.
propre a eslevé en haut. Les autres pensent que ce soit une exclamation, en laquelle il entre soudain, estant fasché de ce que ses disciples avoyent jusques alors si mal proufité. Et à la vérité c’estoit une chose trop absurde, qu'ayans tant de fois ouy dire que cestuy-ci estoit le Christ, ils le voulussent encore ranger à leur plaisir, afin qu’il ne fust éminent et'haut eslevé par-dessus son serviteur.
Jehan donc pouvoit à bon droict prononcer que c’estoit peine perdue d’enseigner les hommes, d’autant qu’ils sont sourds et stupides, jusqu'à ce qu’ils soyent renouvelez d’entendement. Toutesfois j’accorde plustost à l'opinion de ceux qui exposent ceci de la personne de Jehan Baptiste : asçavoir qu'il dit qu’il n’est point en sa puissance ne eux aussi de le faire grand, veu que la mesure de nous tous est, d’estre tels que Dieu à voulu que nous. soyons. Car si le Fils de Dieu mesme ne s’est de soymesme attribué honneur : (Hébrieux, chapitre cinquième) qui est celuy de la troupe qui osera appéter d'avantage qu’il ne luy est donné du Seigneur ? Si ceste pensée estoit vivement imprimée dedans
29 Celuy qui ha la mariée, est le marié :
les cœurs de tous, elle seroit seule suffisante pour réprimer l'ambition des hommes. Et quand on auroit corrigé et aboli l'ambition, la peste aussi de contentions seroit ostée. Car dont vient qu’un chacun s’eslève plus haut qu’il ne faut, sinon que nous ne dépendons pas du Seigneur, pour nous contenter du degré qu’il nous enseigne ?
28 F'ous-mesmes m'estes lesmoins, etc. Jehan se plaind de ses disciples, de ce qu’ils n’ont point adjousté foy à ses paroles. Il leur avoit souvent remonstré qu’il n’estoit point le Christ : il ne restoit donc Sinon qu’il fust serviteur et sujet au Fils de Dieu avec les autres. Et ce passage est bien digne d’estre noté :
car en disant qu’il n’est point le Christ, il ne se réserve rien, sinon qu’estant assujeti au Chef, il serve en l'Eglise comme lun des autres : et qu’on ne l’eslève point si haut, qu’il obscurcisse l'honneur du Chef. Il dit qu’il est envoyé devant luy, asçavoir afin de préparer la voye à Christ, comme les hérauts ou archiers de la garde ont accoustumé d'aller devant les Rois.
mais l'ami du marié qui assiste,
et qui l'oit, est fort esjouy pour la voix du marié, donc ceste miene joye est
accomplie.
30 11 faut qu'il croisse, et que je soye anne,
31 Celuy qui est venu d'enhaut, est par-dessus lous :
celuy qui est issu de
terre, est de terre et parie de la terre’: celuy qui est venu du ciel est par- BAS
SUS LOUs :
32 El tesmoigne ce qu'il a veu et ouy : mais nul ne reçoit son Damas 33 Celuy qui a receu son tesmoignage, a seellé que Dieu est véritable. #34 Car celuy que Dieu a envoyé, annonce les paroles de Dieu: car Dieu ne
luy donne point l'Esprit par mesure.
1) Ou, comme issu de la terre.
29 Celuy qui ha la mariée, est le marié, ete: Par ceste similitude il conferme encore mieux que Christ est celuy seul qui est exempt du rang commun des autres. Car comme celuy qui espouse une femme, ne semond pas ses amis, et les appelle à ses nopces pour leur: prostituer son espouse, ou se démettant de son droict, les recevoir pour compagnons en son lict nuptial : mais plustost
afin que le mariage estant par eux honoré, Soit rendu plus sainct : ainsi Christ wappelle point ses ministres à l'office d'enseigner, afin que mettans Eglise sous leurs pieds, ils s’usurpent la domination : mais afin de se servir de leur labeur fidèle pour se l’accointer et approcher de plus près. C’est certes une chose grande et excellente, que des hommes soyent commis sur Eglise, pour repré-
senter la personne du Fils de Dieu. Is sont donc comme amis, lesquels le marié prend avec soy, pour luy tenir companie à célébrer les nopces : mais il faut entendre la différence qui y est, afin que les ministres se souvenans de leur degré, ne ravissent point à eux ce qui appartient spécia ement à l’Espoux. Brief, le tout revient à cela, Que quelque excellence que les docteurs de l'Eglise ayent en eux, elle ne doit point toutesfois empescher que le Fils de Dieu ne domine seul en son Eglise, et seul la gouverne par sa Parole. On trouve souvent ceste similitude en la saincte Escriture, quand le Seigneur veut exprimer le lien sacré d’adop- ‘tion, par lequel il nous conjoint avec soy.
Or tout ainsi qu'il se présente à nous pour jouir vrayement de Juy, afin qu’il soit nostre, aussi demande-il de nous à bon droict une foy et charité mutuelle, telle que la femme doit à son mari. Au reste ce mariage a esté entièrement accompli en Christ, duquel nous sommes la chair et les os, comme sainct Paul enseigne aux Ephésiens chapitre V, v. 29. La chasteté qu'il requiert, gist principalement en l’obéissance de PEvangile, asçavoir que nous ne nous laissions destourner en façon quelconque de la pure simplicité d’iceluy : comme luymesme traitte en la seconde Epistre des Corinthiens, chapitre XI, v. 2. Il faut donc que nous nous soumettions à Christ seul, qu’il nous soit Chef unique, que nous ne nous destournions point tant peu.que ce soit de la simple doctrine de l'Evangile, que luy seul obfiene Ïa principauté de la gloire, afin qu’il retiene le droict et authorité d’espoux envers nous.
Et que sera-ce des ministres? Certes le Fils de Dieu les appelle, afin qu’ils luy facent service, et s’employent à la conduite de ses nopces sacrées. Parquoy leur office est de donner ordre en toutes sortes de présenter l’espouse (de laquelle ils ont la charge) à son espoux, vierge chaste, ce que S. Paul au lieu que j'ay allégué se glorifie que il fait. Mais ceux qui plustost tirent l’espouse devers eux, que de la mener à Christ, comme traistres et desloyaux violent le Mariage auquel ils devoyent faire honneur. Et tant
Cuar. HE.
plus que Christ nous fait d'honneur de nous faire gardiens de son espouse, tant plus nostre infidélité est meschante, si nous ne nous estudions à luy garder et maintenir son diict. Donc ceste miene Joye est accomplie. X signifie que il est venu à bout de tous ses désirs, et qu’il n'y à plus rien à souhaiter, puis qu’il voit que Christ règne, et qu’on luy donne l'audience qu’il mérite, Quiconque aura une telle affection, que s’oubliant soymesme il exalte Christ, et se contente de le veoir en honneur, cestuy-là présidera en l'Eglise avec fruit : mais quiconque se destournera de ce but tant peu que ce soit, sera un vilein adultère, et ne pourra faire autre chose que corrompre l’espouse de Christ.
30 1! faut qu'il croisse, et que je soye amoindri. Il passe maintenant plus outre : car d'autant que le Seigneur lavoit eslevé auparavant en grande dignité, il monstre que cela n’a esté que pour un temps : mais maintenant que le Soleil de justice estant levé, il luy faut faire place. Et pourtant non-seulement il chasse et repousse les vaines fumées d'honneur que les hommes amassoyent sur luy en s’abusant, mais aussi il se donne bien garde que le vray et légitime honneur que Dieu luy avoit donné, n’obscurcisse la splendeur et gloire de Christ.
Pour ceste raison il dit, Que ce qu'il a esté réputé grand Prophète jusqu’à présent, Ce n’est que pour un temps, qu'il à esté mis en si haut degré d'honneur, jusqu’à ce que Christ veinst, à qui il faloit quitter la place. Cependant il tesmoigne qu’il endurera volontiers et de bon gré d’estre réduit à néant, moyennant que Christ occupe et remplisse tout le monde de ses rayons. Or il faut que les Pasteurs de l’Église ensuyvent ceste affection de sainct Jehan, Asçavoir de baisser la teste et les espaules, pour eslever Christ.
31 Celuy qui est venu d'enhaut est par-dessus tous. Il monstre par une autre similitude, combien grande différence. il y a de Christ à tous les autres, et comment il est beaucoup plus haut.
Car il le compare à un Roy ou souverain Capitaine, lequel parlant de son haut
Cuar. III. SUR S.
siége royal, doit estre ouy pour la révérence de sa majesté : et quant à sa personne il remonstre que ce luy est assez de parler estant assis comme au marchepied de Christ. Il dit que Christ est venu d’enhaut, non-seulement entant qu’il est Dieu, mais pource que rien ne se voit en luy qui ne soit céleste et plein de majesté.
Au second membre la translation Latine ancienne ha seulement une fois, Est de terre : mais les exemplaires Grecs s’accordent en ceci, que ce mot est répété deux fois. Je pense qu’il y a eu des gens ignorans qui ont pensé que ceste répétition fust superflue, et pourtant l’ont raclée: mais elle emporte autant comme s’il estoit dit, Celuy qui est de la terre, se sent de son origine, et demeure au rang de la terre, selon la condition de sa nature. Il afferme donc que ceci est propre au seul Christ, de parler d’enhaut, d'autant qu'il est venu du ciel. Mais on pourroit demander si Jehan n’est pas aussi venu du ciel, quant à sa vocation et Office : et par conséquent né devoit-on pas ouyr le Seigneur par la bouche d'iceluy? Partant il semble qu’il face injure à la doctrine céleste que il enseigne. Je respon, que ceci n’est pas dit simplement, mais par comparaison. Si les ministres Sont considérez à part, ils prononcent comme d’enhaut du ciel avec une grande authorité ce qui leur est commandé de Dieu : mais aussi tost qu’on commente à les opposer à Christ, il faut qu'ils ne soyent plus rien. Ainsi, l’Apostre au chapitre XII de l’Epistre aux Hébrieux, Y. 25, faisant comparaison entre la Loy et PEvangile, dit ainsi, Si ceux qui mesprisèrent celuy qui parloit sur la terre, ne sont point demeurez impunis, avisez que ne mesprisiez celuy qui est des cieux. Christ donc veut estre recognu en ses ministres, en telle sorte toutesfois que luy demeure seul Seigneur, et qu'eux se contentent du rang de serviteurs. Et principalement quand on vient à faire comparaison, il veut estre tellement discerné qu'il soit seul éminent.
32 El lesmoigne ce qu'il a veu et ouy: mais nul ne reçoit, etc: Jehan Baptiste continue à faire son office et s'acquitter de son devoir. Car pour pré-
parer des disciples à Christ, il magnifie la doctrine d’iceluy, de ce qu’elle est certaine et indubitable, d'autant qu’il ne met rien en avant qu’il n’ait receu du Père.
Car la Veuë et l'Ouye sont opposées aux opinions douteuses, bruits incertains, et à toutes choses controuvées. Car il signifie que Christ n’enseigne rien qu’il n’ait auparavant bien cognu. Mais quelqu'un dira, Que celuy qui n’ha rien que par avoir ouy, ne mérite pas qu’on luy adjouste grand’foy. Je respon, que par ce mot est dénoté que Christ a esté enseigné par le Père, en sorte qu’il n’apporte rien qui ne soit Divin, asçavoir comme luy ayant esté” révélé de Dieu. Or cela compète à la personne entière de Christ, entant que le Père l’a envoyé au monde comme ambassadeur et expositeur de sa volonté. Après cela, il accuse Pingratitude du monde, qui rejette d’une si grande malice et impiété, un tant certain et fidèle tesmoin de Dieu. Or en parlant ainsi, il obvie au scandale, lequel pouvoit destourner plusieurs de la foy, et empescher ou retarderle cours de plusieurs. Car comme nous avons accoustumé de dépendre trop du jugement des hommes, la plus grand’part mesure l’Evangile selon le mespris auquel le monde lha : pour le moins, voyant qu’il est par tout rejetté, estant préoccupée de ce jugement, se rend plus difiicile et plus tardive à croire. Toutes fois et quantes donc que nous voyons une telle obstination du monde, faisons néantmoins que ceste admonition nous retiene en la ferme obéissance de P'Evangile, asçavoir, Que c’est la Vérité procédée de Dieu. Quand il dit, Que nul ne recoit son tesmoignage, il signifie qu’il y à bien peu, et quasi point de fidèles, si on en fait comparaison avec le grand nombre des infidèles.
33 Celuy qui a receu son tesmoignage, a seellé, etc. K exhorte yei les fidèles à recevoir asseuréement et dun grand courage la doctrine de l'Evangile :
comme s’il disoit qu’il ny a nulle cause pourquoy ils doyvent avoir honte, et se fascher de leur petit nombre, veu que ils ont Dieu pour garent et autheur de leur foy, lequel seul nous doitsufiire beaucoup plus, que si tout le reste esloit pour
nous. Et pourtant, encore que tout Île monde n’adjoustast point de foy à l’'Evangile, cela ne doit empescher les bons de s’accorder avec Dieu. Ils ont aussi sur quoy se reposer asseuréement, quand ils sçavent bien que Croire à l'Evangile n’est autre chose que consentir et souscrire à la vérité procédée de Dieu. Cependant nous récueillons que ceci est le propre de la foy, qu’elle se repose sur Dieu, et soit establie en la Parole d’iceluy. Car il ny peut avoir aucune souscription, si Dieu ne précède et parle en premier lieu. Par laquelle doctrine la foy non-seulement est discernée de toutes traditions et inventions humaines, mais aussi de toute opinion qui est douteuse et en suspens.
Car il faut nécessairement que la foy soit correspondante à la vérité de Dieu, qui est exempte de toute doute. Parquoy, tout ainsi que Dieu ne peut mentir, aussi est-ce une chose absurde que la foy chancelle et soit variable. Estans munis de ceste forteresse, que Satan puis après applique toutes ses inventions, et qu’il
s'efforce de nous troubler et esbranler.
nous demeurerons néanimoins tousjours fermes et victorieux. Nous sommes aussi admonestez par ceci, combien la foy est un sacrifice de bonne odeur, et précieux et agréable devant Dieu. Comme il n’ha rien plus cher que sa vérité, aussi nous ne luy pouvons faire service plus agréable, que quand nous confessons par nostre foy qu’il est véritable: car nous luy rendons alors son vray honneur, et tel qu'il luy appartient. Au contraire, on ne luy sçauroit faire plus grande injure, qu’en ne croyant pas à l'Evangile. Car on ne le peut despouiller de sa vérité, que ce ne Soit abolir toute sa gloire et majesté. Or est-il ainsi que sa vérité est comme enclose en l'Evangile, et veut qu’on Ja recognoisse là. Parquoy les incrédules, entant qu’en eux est ne laissent rien de reste à Dieu. Non pas que leur impiété puisse renverser la certitude de la vérité de Dieu: mais pource qu’il ne tient point à eux qu’ils ne le redarguent de mensonge. Or si nous ne sommes plus durs que pierres, ce titre tant excellent, duquel Ja foy est arnée, doit embraser en nos cœurs un ardent désir et amour d’i-
Caar. HIS.
celle. Car combien grand est cest honneur que Dieu fait aux hommes, qu'eux qui ne sont rien de nature que mensonge et vanité, soyent toutesfois employez à approuver Ja saincte et sacrée yérité de Dieu par leur signature ?
34 Car celuy que Dieu a envoyé, annonce les paroles de Dieu. I conferme la sentence précédente. Car il monstre que nous avons vrayement affaire avec-
ques Dieu, quand nous recevons la doc-
trine de Christ : d’autant que Christ n’est procédé d’ailleurs que du Père céleste.
C’est doncques Dieu seul qui parle par iceluy. Et de faict nous ne faisons pas honneur à la doctrine de Christ tel qw’il luy appartient, si nous ne recognoissons qu’elle est Divine, Car Dieu ne donne point l'Esprit par mesure. On expose ce passage en deux sortes. Car aucuns l’estendent à la dispensation commune, asçavoir que Dieu, qui est la fontaine de tous biens, laqueile on ne peut espuiser, ne se diminue en rien quand il espand ses dons abondamment et largement sur les hommes. Ceux qui puisent de quelque vaisseau pour en bailler et distribuer aux autres, vienent finalement jusques au fond : mais il ne faut point craindre que rien de semblable adviene à Dieu: et l’abondance de ses dons ne sera jamais si grande, qu'il ne la surmonte tousjours, quand il Juy semblera bon d’user de nouvelle libéralité. Ceste exposition semble bien avoir quelque couleur, pource que ceste sentence est indéfinie, c’est-à-dire, ne détermine point certaine personne:
toutesfois j'aime mieux suyvre saincL Augustin, lequel expose ceci estre dit de Christ. Et à cela ne répugne point ce qu'il n’est encore fait mention expresse de Christ en ce membre : veu que le second membre oste toute ambiguïté, où ce
qui pouvoit sembler estre dit indifférem-
ment de plusieurs, est restraint à Christ.
Car il ne faut point douter que ces paroles ne soyent adjoustées pour plus ample déclaration: asçavoir que le Père a donné toutes choses en main à son Fils, d’autant qu’il l’aime: et pourtant il faut lire ceci tout d’un fil. aussi le verbe du temps présent, asçavoir Donne, dénote comme un acte continue]. Car jà soit que Christ
médian da à GE at
den commit
Cuar. HE. :
ait une fois receu l'Esprit en souveraine perfection, toutesfois pource qu'il descoule assiduellement comme d’une source, et s’espanche çà et là abondamment, à ceste cause ce n’est point parler improprement de dire, qu’encore maintenant il reçoit de son Père. Que si quelqu'un veut interpréter ceci plus simplement, ce n’est point une chose nouvelle qu'il y ait changement de temps en tels verbes, et que Donne soit mis pour, À donné. Maintenant le Sens est clair, asçavoir que le sainct Esprit n’a point esté donné par mesure à Christ: comme si la puissance de la grâce qu'il ha, estoit finie et limitée à quelque mesure : ainsi que sainct Paul enseigne en la première Epistre aux Corinthiens, chap. XII, v. 7, et aux Ephésiens, chap. IV, v. 7, qu'à un chacun est distribué selon la mesure du don, en sorte qu’il ne y en a pas un qui seul ait plene abondance. Car comme ainsi soit que c’est le lien mutuel de communication fraternelle entre nous, que nul à part n'ait tout ce qu’il luy faut, ains que les uns ayent besoin des autres: en cela
SUR $S. JEHAN
Christ est différent d'avec nous, que le Père céleste a espandu sur luy une ahondance infinie de son Esprit. Et certes ül faut bien que le sainct Esprit réside en luy sans mesure, afin que nous puisions tous de sa plénitude : comme nous avons veu au premier chapitre. Et aussi à ceste mesme fin tend ce qui s'ensuit incontinent après, asçavoir que Le Père luy a mis toutes choses entre mains. Car Jehan Baptiste par ces paroles ne démonstre pas seulement l’excellence de Christ, mais aussi donne à entendre quelle est la fin et l’usage de la grande opulence qui est en luy : asçavoir qu’estant ordonné parle Père administrateur en plene puissance et liberté, il en distribue à un chacun selon son bon plaisir, et comme il sera expédient : ainsi que sainct Paul le déclare plus amplement en ce quatrième chapitre des Ephésiens, que nous ayons allégué ci-dessus, Jà soit que Dieu enrichisse les siens en diverses sortes, si est-ce toutesfois que Christ seul ha ceci particulier, qu'il ha toutes choses en main.
35 Le Père aime le Fils et luy donne toutes choses en main.
36 Qui croit au Fils ha vie éternelle
: qui ne croi point au Fils, ne verra
point la vie, ains lire de Dieu demeure sur luy.
1) Ou, qui désobéit au Fils.
35 Le Père aime le Fils, et luy donne toutes choses en main. Mais que veut dire ceste raison? est-ce à dire qu’il haysse tous les autres? La response est facile, qu’il n’est point yci question d’une amour vulgaire, de laquelle Dieu aime les hommes créez par luy, ou ses autres œuvres : mais de ceste amour partiCulière qui commence par son Fils, et de là descoule à toutes créatures. Car ceste amour de laquelle aimant son Fils’, il nous aime aussi en luy, fait qu’il nous communique tous ses biens par la main d'iceluy.
36 Qui croit au Fils, etc. | a aûjousté ceci, afin que non-seulement nous sçachions qu'il faut chercher tous biens en Christ, mais aussi que nous entendions le moyen d’en jouir. Or il monstre que la jouissance consiste en foy : et
non sans cause, veu que par icelle nous possédons Christ, lequel apporte avec soy, et justice, et vie, qui est le fruit de la justice. Or quant à ce que la foy en Christ est appelée cause de vie, nous recueillons de cela, que la vie est en Christ seul, et que nous n’en sommes faits participans que par la grâce de Christ.
Mais tous ne s'accordent pas, comment la vie de Christ parvient jusques à nous.
Car aucuns le prenent en ceste sorte, Que pource qu’en croyant nous recevons le sainct Esprit, lequel nous régénère en justice, nous obtenons aussi salut par une telle régénération. Mais quant à moy, combien que je confesse esire vray, que nous sommes rernouvelez par foy, afin que Esprit de Christ nous gouverne, néantmoins je di que il faut en premier lieu considérer la rémission gra-
” tuite des péchez, par laquelle nous sommes faits agréables à Dieu. [tem je di que toute la fiance de salut est fondée et consiste en icelle : d'autant que la justice ne nous peut estre autrement imputée devant Dieu, sinon entant qu'il ne nous impute point nos péchez. Qui ne croit point au Fils de Dieu, ne verra point la vie. Comme il a proposé la vie en Christ, par la douceur de laquelle ïl nous attirast : ainsi maintenant il adjuge à mort éternelle tous ceux qui ne croyent point à Christ. Et ainsi il amplifie le bénéfice de Dieu, en remonstrant qu'il n’y a point d'autre remède pour éviter la mort, sinon que Christ nous délivre. Car ceste sentence dépend de ce que nous sommes tous perdus en Adam. Or si Poffice de Jésus-Christ est de sauver ce qui estoit perdu : c’est à bon droict que ceux qui rejettent le salut offert en Iuy, demeurent en la mort. Nous avons dit n’aguères que Ceci appartient proprement à ceux qui rejettent l'Evangile qui leur a esté manifesté. Car combien que tout le genre humain soit enveloppé en une mesme ruine, toutesfois une vengence plus griefve et double est appareillée à ceux qui refusent le Fils de Dieu pour leur libérateur. Et de faict, il ne faut point douter que Jehan Baptiste en dénonceant la mort aux incrédules, ne nous ait voulu estonner par icelle, pour nous aiguillonner à la foy de Christ.
Au surplus, on voit clairement que par ces paroles toute la justice que le monde pense avoir hors de Christ, est condamnée et réduite à néant. Et ne faut point
Car. IV.
que personne réplique que cest une chose inique, que ceux qui sont au demeurant saincts et gens de bien périssent, seulement pource qu’ils ne croyent point. Car c’est folie d'imaginer aucune saincteté és hommes, si elle ne leur a esté donnée par Christ. Il met Veoir la vie, pour Jouir de la vie. Au reste, afin d'exprimer mieux qu’il ne nous reste aucune espérance, si nous ne sommes délivrez par Christ, il dit que l’ire de Dieu demeure sur les incrédules. Combien que je ne rejette point ce que dit sainct Augustin là-dessus, asçavoir que Jehan Baptiste a usé de ce mot Demeurer, afin que nous sçachions que desjà dés le ventre de nos mères nous sommes destinez à la mort, d'autant que nous naissons tous enfans dire. Pour le moins je receoy volontiers ceste allusion, moyennant que nous entendions que le sens que j’ay dit, est le simple sens et naturel : asçavoir que la mort pend tellement sur la teste à tous incrédules, et les tient tellement accablez et enfondrez, que jamais ils ne pourront eschapper.
Et à la vérité, combien que les réprouvez soyent desjà naturellement damnez, si est-ce toutesfois que ils attirent sur eux une nouvelle mort par leur infidélité. Et c’est à ceste fin que la puissance de lier est donnée aux ministres de l'Evangile. Car c’est une juste vengence de lobstination des hommes, que Ceux qui rejettent le joug salutaire de Dieu, et n’y veulent baisser le col, s’estranglent des liens de la mort,