Or le passage de l'Escriture, etc
Sçachons que ce n’a esté par cas fortuit, que l’'Eunuque est tombé sur ce passage :
mais que cela a esté fait par une providence admirable de Dieu, à ce que Philippe eust argument ou matière dont il peust déduire proprement toute la somme de la religion Chrestienne. En premier lieu donc luy est donnée en main matière de pleine instruction par une adresse secrète du sainct Esprit : puis après la forme est appropriée par le ministère d’un homme. Or ceci est une claire Prophétie de Jésus-Christ, etmémorable par-dessus les autres. Car Isaïe prononce là apertement et sans aucune obscurité, que le
9) Is, LIT, 7.
moyen de racheter l'Eglise sera tel, que le Fils de Dieu acquerra aux hommes la vie éternelle par sa mort, qu’il se constituera pour estre offert en sacrifice pour effacer les péchez des hommes, qu’il sera brisé de la main de Dieu, et mesme descendra jusqu'aux enfers, afin que nous retirant du profond de la mort, il nous eslève jusqu’au plus haut des cieux. En somme, ce passage traitte clairement, comment les hommes sont réconciliez avec Dieu, comment ils acquièrent et obtienent justice, comment estans délivrez de la tyrannie de Satan, et desliez du joug de péché, ils parvienent au Royaume de Dieu : brief, d’où il faut attendre toutes
Car. VIIT.
les parties de nostre salut. Toutesfois j'exposeray seulement ce que sainct Luc allègue yei. Or il y a yci deux membres.
Au premier, il monstre qu'avant que Jésus-Christ rachète l'Eglise, et la remette en vie, il faut qu’il soit tellement brisé, qu'il apparoisse semblable à un homme perdu et désespéré. Puis après il prononce que sa mort sera vivifiante, et que d’un extrême désespoir il en sortira un triomphe magnifique. Quant à ce qu’il compare Jésus-Christ à une brebis qu’on mène à la tuerie, et ne dit mot, et à un agneau qui s'abaisse, n’ouvrant point la bouche devant celuy qui le tond, il monstre ouvertement que le sacrifice de Jésus-Christ devoit estre volontaire. Or à la vérité ceci a esté le moyen d’appaiser Dieu, que Christ s’est rendu obéissant. Vray est qu'il a parlé devant Pilate (Jehan, XVI, 34 et 36) non point pour racheter sa vie, ains plustost pour s'offrir volontairement pour sacrifice, ainsi qu’il avoit esté ordonné du Père, et mesme pour souffrir luy-mesme la peine que nous avions méritée. Le Prophète doncques enseigne lun et l’autre, asçavoir qu’il a falu que Christ ait souffert la mort, afin qu’il nous acquist la vie, et qu’il faloit qu’il endurast mort et passion de son bon gré, afin que par son obéissance il effaçast la rébellion des hommes, Au reste, il nous faut recueillir de ceci une exhortation à patience : comme fait sainct Plerre. Mais ceste doctrine de la foy, laquelle j'ay touchée, va la première en ordre.
33 En son abaissement son jugement & esté, etc. Ou l'Eunuque avoit pour lors un livre Grec entre ses mains, ou bien sainct Luc selon sa coustume a récité la lecture pour lors receue en usage. Le Prophète dit, que Christ est eslevé de destresse et condamnation. Par lesquelles paroles il magnifie ceste grande et admirable victoire, qui tost après a suyvi son abjection et humilité. Car que pouvoit-on espérer de luy, s’il eust esté du tout opprimé par mort? Afin done que le Prophèteconfermenostre fiance en Christ, après avoir descrit qu’iceluy a esté frappé de la main de Dieu, et a esté exposé à
- Voccision, il le revest maintenant d’un titre nouveau, disant qu’il sort glorieux et
SUR LES ACTES
victorieux des abysmes de mort : et mes-
me sortant hors des enfers, il se monstre autheur de la vie éternelle et bien-heureuse. Je sçay bien qu’on expose ce passage en diverses sortes. Il y en a aucuns qui entendent, que de la prison il a esté traîiné au gibbet de la croix. Les autres interprètent ainsi, Il à esté osté, c’est-àdire, réduit à néant. Et de faict la signification du mot Hébrieu Zachan, est ambiguë : comme semblablement la signification du mot Grec. Néantmoins quand on regardera de bien près la déduction du texte, on s’accordera avec moy en ce que j’ay dit, asçavoir, que de ce spectacle triste et hideux qu’il avoit proposé, il passe maintenant à une nouvelle monstre d’une gloire nullement espérée. Et pourtant en la somme du faict, l'interprétation Grecque n’est pas grandement différente des paroles du Prophète. Car le jugement de Jésus-Christ a esté haussé en abjection et humilité, d'autant que lors qu’on pensoit qu’il fust du tout abbatu et opprimé, son Père a maintenu sa cause. En ceste sorte le mot de Jugement est pris
pour le droict et la cause, comme aussi en beaucoup d’autres passages: Mais au texte Hébrieu, on trouvera qu'il signifie Condamnation. Car le Prophète dit qu’après que Jésus-Christ aura été accablé d’angoisses ou destresses jusques à Pextrémité, estant fait semblable à un homme damné et perdu entièrement, il sera redressé et haussé par la main du Père. Le sens donc est tel, qu’il à falu que Jésus- Christ ait esté destiné à la mort avant que son Père Vexaltast en la gloire de son Royaume. Laquelle doctrine doit estre transférée à tout le corps de l'Eglise.
Car il faut que tous fidèles soyent miraculeusement redressez par la main de Dieu, afin qu’ils ne soyent engloutis par la mort. Or quand nostre bon Dieu se monstre protecteur des siens, non-seulement il les remet en vie, mais aussi il les fait magnifiquement triompher sur tous genres de mort : comme Jésus-Christ a dressé en la croix un mémorial triomphant de sa victoire, duquel sainct Paul fait mention au chapitre IT des Coloss.
Mais qui racontera sa durée? Après que le Prophète a célébré la mort victo-
rieuse de Christ, il adjouste maintenant que ceste victoire ne sera pas pour durer quelque peu de temps, mais aura son estendue outre tout nombre d’années.
Car ceste exclamation du Prophète vaut autant comme s’il disoit, que Ja perpétuité du Royaume de Christ ne peut estre exprimée par langue humaine. Au reste, ce passage a esté fort mal exposé. Et quant à ce que les anciens docteurs se sont efforcez de prouver par ceci la génération éternelle du Fils de Dieu, qui est la Parole éternelle, et ce pour réfuter Arrius et les siens, cela est trop eslongné de l’intention du Prophète. L'exposition de Chrysostome n’approche non plus de la vérité, lequel rapporte ceci à la génération humaine de Christ. Outreplus, ceux qui pensent que le Prophète se courrouce contre les hommes de ce temps-là, n’entendent pas ce qu’il veut dire. L’opinion est meilleure de ceux qui entendent ceci estre dit de l'Eglise : sinon qu'eux aussi s’abusent grandement en ce mot de Génération, pensans qu'il signifie postérité ou lignée. Car le mot Hébrieu Dor, duquel use le Prophète, signifie siècle, ou le temps que la vie humaine peut durer. Voyci donc quel est le vray sens du Prophète, que la vie de Jésus-Christ sera perpétuelle, quand par la grâce du Père il aura esté une fois délivré de mort. Combien que ceste vie qui est sans fin, s’estend à tout le corps de l'Eglise : car Christ est ressuscité, non point afin qu’il vive pour soy, mais pour ses fidèles.
Maintenant donc il célèbre en tous les membres leffect et le fruict de ceste victoire qu’il avoit attribuée au chef. Parquoy tous fidèles peuvent concevoir de ce passage asseurance de Ja vie bien-heureuse, D’avantage, la perpétuité de toute l'Eglise est yei affermée en la personne de Jésus-Christ. Car sa vie est enlevée de la terre. Ceste raison semble estre absurde de première apparence, que Jésus-Chbrist règne magnifiquement au ciel eten la terre, pource qu’il a esté retranché. Car qui pourra croire que la mort soit cause de vie? Mais ceci a esté fait par un conseil admirable de Dieu, que les enfers fussent comme degrez, par lesquels Jésus-Christ montast és Cieux, que
Car. VII.
l’ignominie luy fust un passage pour entrer en la vie, que de l’horreur de la eroix et des ténèbres sortist une lumière de salut plaisante et gracieuse, que de labysme de mort sourdist l’immortalité bien-beureuse. Pource qu’il s’est anéanti soy-mesme, le Père l’a exalté en gloire, afin que tout genouil se ploye devant luy, Philip. IE, 7, Maintenant il nous faut penser quelle conjonction nous avons avec Christ, afin que nul ne se fasche de passer par un mesme chemin.
34 Et l'Eunuque respondit à Philippe. On voit bien par ceci quelle véhémente affection l’Eunuque avoit d’apprendre. Il lit et relit plusieurs prophéties d’Isaïe, et passe par-dessus, comme rencontrant des obscuritez douteuses : et toutesfois il ne se fasche point delire. Or comme ainsi soit qu'il ne s’attribuast rien, voyci il obtient plus tout soudainement et contre toute espérance, qu'il r’eust fait en toute sa vie en travaillant beaucoup, s’il eust voulu faire valoir la vivacité de son esprit. Ainsi, si Cognoissans nostre rudesse, nous ne nous faschons point de nous humilier et submettre pour apprendre, le Seigneur viendra au-devant pour nous enseigner, comme de faictilest précepteur des petis ethumbles.
Et tout ainsi que la semence couverte et sur laquelle la herse aura passé, est cachée pour quelque temps, aussi le Seigneur esclairant par son S. Esprit, fera que la lecture laquelle estant stérile et sans fruict, ne peut apporter qu'ennuy, aura une claire lumière d'intelligence. Vray est que le Seigneur ne tient jamais les yeux de ses fidèles tellement fermez, que la voye de salut ne leur soit ouverte en lEscriture dés la première entrée, et qu’ils ne prou- {tent tousjours en lisant. Mais il permet souvent qu’ils trouvent quelque doute, et sont contraints de s’arrester en lisant, rencontrans quelque difficulté: ce qu’il fait, en partie pour esprouver en eux la patience de la foy: en partie aussi pour les advertir de leur ignorance, et les instruire à humilité parce moyen: en partie pour chasser toute nonchalance, et les rendre plus attentifs: en partie aussi pour embraser en eux le zèle de prier: en partie afin que le désir les incite d'avantage
Car. VII.
à aimer la vérité: en partie aussi pour leur faire avoir en plus grande estime sa sapience céleste, de laquelle autrement on ne tient point tel conte qu’on deveroit. Toutesfois combien que les fidèles ne parvienent pas du premier coup jusques au but d’une parfaite Cognoissance, si est-ce qu'ils sentiront tousjours que leur labeur n’est pas vain, moyennant qu’eux-mesmes ne se ferment le chemin par un orgueil desdaigneux. En attendant que le temps de la plene révélation viendra, contentons-nous de ce proufit, que quelque petit goust de cognoissance que nous puissions avoir, il fait découler en nous la crainte de Dieu et la foy.
35 Alors Philippe ouvrit sa bouche, et commencant par ceste escrilure, etc.
Ouvrir la bouche en lEscriture, c’est commencer un long propos de quelque
SUR LES ACTES
chose grave et d'importance. Sainct Luc donc signifie que Philippe commença à pleine bouche à parler de Jésus-Christ. I dit qu’il commenca par ceste Prophétie, pource qu’il n’y en a pas une qui parle de Christ plus ouvertement, ne qui le dépeigne plus naïfvement, et elle luy estoit venue en main bien à propos. Après donc que Philippe a remonstré par les paroles du Prophète quel seroit l’advénement du Fils de Dieu, et ce qu’on devoit attendre de luy, il a conféré le faict puis après, afin que l’Eunuque entendist que le Messias ou Christ qui avoit esté promis, estoit venu , et cognust la grande vertu d’iceluy.
Au lieu que nous avons tourné Ænnonca Christ, il y a en sainct Luc, Evangéliza, Le sens est tel, que quand on cognoist Christ, on ha toute la somme de l'Evangile.
36 Et comme ils alloyent par le chemin, ils veindrent à quelque eau : adonc l'Eunuque dit, Foyci de l’eau, qui mempesche d’estre baptizé?
37 Et Philippe dit, Si tu crois de tout ton cœur, à est loisible. L’Eunuque respondant dit, Je croy que Jésus-Christ est le Fils de Dieu.
38 Et commanda que le chariot fust arresté, et tous deux descendirent en l’eau, Philippe et l'Eunuque, et le baptiza.
39 Et quand ils furent remontez hors de l’eau, l'Esprit du Seigneur ravit Philippe, et l’'Eunuque ne le veit plus, et s’en alla joyeux par son chemin.
40 Mais Philippe fut trouvé en Azote, et en passant annoncoît l'Evangile par toutes les villes, jusques à ce qu'il veint en Césarée.
36 Æt comme ils alloyent, etc. S’ensuit maintenant le Baptesme de lEunuque. Dont nous recueillons combien il a grandement proufité en peu de temps, veu qu’il se présente de si bon gré à recevoir Jésus-Christ, et à faire profession d’estre des siens. Car il faloit nécessairement que, par manière de dire, il y eust desjà une foy meure en son cœur, puis qu’il vient d’une si bonne et prompte affection à faire profession externe. Je ne puis recevoir ce que Chrysostome note sur ceci, qu’il a esté retenu par modestie de demander apertement le Baptesme.
Car ceste interrogation ha plus de vénémence, que s’il eust simplement dit à Philippe, Je veux que tu me baptizes. Au reste, nous voyons que Jésus-Christ luy a esté tellement annoncé, qu’il a bien sceu que le Baptesme estoit un signe de
renouvellement de vie en iceluy, et que pourtant il ne le mesprisoit point, pource que c’estoit un accessoire à la Parole, voire mesme inséparable. Tout ainsi donc qu’il a volontiers ouy et receu ce qui luy avoit esté annoncé deChrist, aussi vient-il maintenant à faire confession externe de sa foy, estant esmeu d’un zèle sainct. Et il ne luy suffit pas de croire au dedans devant Dieu, mais avec cela il rend tesmoignage devant les hommes qu’il est Chrestien. Beaucoup de choses luy pouvoyent venir en l’entendement, qui le pouvoyent destourner de recevoir le Baptesme : afin qu’il ne s’exposast point à la malveillance et haine de la Royne, ni aux opprobres de toute sa nation. Mais il monstre bien que rien de tout cela ne le peut empescher qu'il ne se face enrouller entre les disciples de Christ. S'il a bien
proufité és commencemens qu’on luy a baillez en si peu d'heure, qu’il soit venu si avant, quelle honte est-ce de la paresse de ceux, lesquels ayans conceu la foy par la doctrine de cinq, ou de dix, ou de vingt ans, la tienent néantmoins encores cachée en eux-mesmes, voire mesme l’estouffent ?
37 Situ crois de tout ton cœur, etc.
Quant à ce que cest homme Eunuque n’est point receu au Baptesme sinon après avoir fait confession de sa foy, il nous faut prendre de cela une règle générale, Qu'il ne faut recevoir en l'Eglise ceux qui au paravant en avoyent esté estranges, sinon après qu'ils auront monstré et rendu ouvertement tesmoignage, qu’ils croyent en Jésus-Christ. Car le Baptesme est comme une dépendance de la foy, et pourtant il est le dernier en ordre. D’avantage, si le Baptesme, qui est le seau de la foy, est donné sans icelle, c’est une profanation trop vileine et horrible. Mais il y a des fantastiques qui monstrent bien yei leur ignorance et bestise, quand ils rejettent ainsi le Baptesme des petis enfans sous couleur de ce passage. Pourquoy est-ce que la foy devoit précéder le Baptesme en cest Eunuque ? C’est asçavoir, pource que Jésus-Christ donne ceste marque seulement aux domestiques de l'Eglise : et pourtant il faut que ceux qui doyvent estre baptizez, soyent entez aw corps de l'Eglise. Or tout ainsi qu’il est certain que ceux qui sont desjà grans y sont entez par foy : aussi di-je que les enfans des fidèles naissent enfans de VEglise, et que dés le ventre ils sont réputez entre les membres de Jésus-Christ. Pource que Dieu nous reçoit et adopte pour siens sous ceste condition, qu'il est aussi Père de nostre semence. Combien donc que la foy soit requise en ceux qui sont jà grans, toutesfois ceci est faussement transféré aux enfans: pource qu’il y a grande différence. Au surplus, aucuns grans personnages ont abusé de ce tesmoignage, quand ils vouloyent prouver que la foy ne tire aucune confirmation du Baptesme. Car voyci comment ils fondoyent leur argument : il est commandé à l’Eunuque d’apporter une foy parfaite avant que recevoir le Baptesme: et pour-
Cuar. VIIL
tant le Baptesme n’y a rien adjousté.
Mais l’Escriture saincte use souvent de cé mot, De tout lon cœur, pour un cœur pur et rond, et non fardé, auquel'est opposé le cœur double. Ainsi ne faut-il pas que nous imaginions que ceux qui croyent de tout leur cœur, croyent pourtant en perfection : veu qu’il se pourra faire que celuy aura un cœur rond et pur, et despouillé de toute feintise, qui toutesfois aura une foy bien petite. Voylà comment nous devons entendre ce que David se glorifie d'aimer Dieu de tout son cœur. ILest certain que Philippe avoit baptizé au paravant les Samaritains : et toutesfois il Sçavoit bien qu'ils estoyent encore fort loin du but. Et pourtant Avoir foy de tout son cœur, c’est avoir une foY qui ait des vives et profondes racines au cœur, et laquelle toutesfois aspire à proufiter de jour en jour. Je croy que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. Tout ainsi que le Baptesme est fondé en Jésus-Christ, et que sa vertu et force est contenue en iceluy, aussi l'Eunuque ne propose rien devant ses yeux que Jésus-Christ. L’Eunuque sçavoit bien au paravant qu’il y avoit un seul Dieu, qui avoit fait alliance avec
Abraham, qui avoit baïllé la Loy par la .
main de Moyse, qui avoit séparé un peuple de toutes autres nations, qui avoit promis le Messias, par lequel il devoit estre propice au monde. Maintenant il confesse que Jésus est ce Rédempteur du monde, et Fils de Dieu : sous lequel titre il comprend en brief tout ce que PEscritue attribue au Messias. Voyci ceste foy parfaite, de laquelle Philippe a n’aguères fait mention, laquelle recoit Jésus-Christ tel qu’il a esté anciennement promis, et tel qu’il a esté finalement manifesté, voire avecune vraye affection de cœur telle que sainct Paul la requiert, asçavoir non feinte. Quiconque estant desjà grand n’ha ceste foy, que luy proufite-il de mettre en avant et de se glorifier du Baptesme de son enfance? Rien à la vérité. Car Christ reçoit à soy les enfans par le Baptesme à ceste fin, qu’aussi tost que la capacité de leur aage le pourra porter, ils s’adonnent à estre ses disciples obéissans, et qu’estans baptizez par son Esprit, ils entendent par l'intelligence de
dédié Al
Car. VIIL.
la foy la vertu d’iceluy, laquelle est figurée et représentée par le Baptesme.
38 Et commanda que le chariot fust arresté, et lous deux, etc. Nous voyons yci quelle façon les anciens avoyent d’administrer le Baptesme. Car ils plongeoyent tout le corps dedans l’eau. L’usage est maintenant, que le ministre jette quelques gouttes d’eau seulement sur le corps ou sur la teste. Au reste, on ne doit pas tant estimer une si petite différence de cérémonie, que pour cela nous divisions l'Eglise, ou que nous la troublions par riottes et noises. Vray est que nous devons plustost cent fois combatre, voire jusques à la mort, pour la cérémonie du Baptesme, selon qu’elle nous à esté baïllée par Christ, que de souffrir qu’elle mous soit ostée. Mais veu que nous avons tesmoignage au signe de l’eau tant de nostre lavement que du renouvellement de vie, comme ainsi soit que Christ nous représente son sang en l’eau, comme en un miroir, afin que nous allions chercher en iceluy nostre netteté :
comme ainsi soit aussi qu’il nous remonstre que nous sommes réformez par son Esprit, afin qu’estans morts à péché, nous vivions à justice, il est bien certain que rien ne nous défaut de ce qui nous sert à la substance du Baptesme. Parquoy dés le commencement mesme lEglise s’est bien donné ceste permission, d’avoir des cérémonies un peu différentes, hors de ceste substance. Car les uns plongeoyent seulement une fois, les autres trois fois. Parquoy il ne faut point que nous Soyons trop rigoureux és Choses qui ne sont point grandement nécessaires, moyennant que nous n’allions point chercher de fanfares estranges, lesquelles corrompent l’institution simple de Christ,
39 Et quand ils furent remontez, etc.
Sainct Luc voulant maintenant conclure le propos touchant l'Eunuque, dit que Philippe a esté osté de devant sa veue.
Et ceci luy a grandement servi pour sa confirmation, voyant que cest homme luy avoit esté divinement envoyé comme un Ange, et qu’il s’estoit esvanouy soudainement avant que de luy avoir offert quelque récompense de son labeur :
SUR LES ACTES
dont il luy estoit aisé de juger qu’il ne s’estoit point insinué à costé de luy sous espérance de gain, puis que n’estant pour cela devenu plus riche d’une maille, il estoit esvanouy de devant luy. Quant à ce que Philippe n’a receu aucune récompense de l’Eunuque, que les serviteurs de Christ apprenent par ceci de s’employer gratuitement pour Iuy, ou plustost qu’ils s’employent tellement au service des hommes sans aucune rétribution, que cependant ils attendent leur loyer ou salaire du ciel. Vray est que le Seigneur permet que les ministres de l’'Evangile reçoyvent salaire de ceux qu'ils enseignent, 4 Corinth., IX, 9 : mais aussi il leur défend d’estre mercenaires, et de travailler pour le gain et proufit, Jeh., X, 42, 43. Car voyci quel but ils se doyvent proposer, de gaigner les hommes mesmes à Dieu. Et s’en alla joyeux
par son chemin. La cognoissance de
Dieu et la foy produit tousjours ce fruict.
Car pourroit-on imaginer une plus vraye matière de joye, que quand nous voyons nostre bon Dieu non-seulement nous ouvrir les thrésors de sa bonté et grande miséricorde, mais aussi desployer son cœur, et se donner tant bénignement à nous en son Fils, afin que rien ne nous défaille de tout ce qui appartient à la vraye et ferme félicité? Lors le ciel commence à estre serein, et la terre paisible :
lors la conscience délivrée d’un sentiment horrible et espovantable de Pire de Dieu, desliée de la tyrannie de Satan, et sortie des ténèbres de Ia mort, voit la lumière de la vie. Pour ceste cause, toutes fois et quantes que les Prophètes veulent parler du Royaume de Jésus- Christ, ils ont accoustumé de nous exhorter à resjouyssance et liesse, à chansons et hymnes de triomphe. Mais pource que ceux qui sont saisis des vaines resjouyssances de ce monde, ne se peuvent eslever à ceste joye spirituelle, apprenons à mespriser le monde et tous ses alléchemens, afin que Jésus-Christ nous resjouysse vrayement.
40 Mais Philippe fut trouvé en Azote, etc. On peut veoir au chap. XF, v. 22, du livre de Josué, qu’Azot à esté une des villes, desquelles les Enacims ne peurent
estre déchassez. Elle est eslongnée d’Ascalon environ de deux cens stades, c’està-dire douze lieues et demie. Les Hébrieux l’appellent Asdos. Philippe donc fut là transporté, et de là s’en alla de son pied à la façon commune des hommes, semant la semence de l'Evangile par tout où il passoit. Voyci certes un miroir d’une diligence admirable et bien peu en
Cuar. IX.
usage, de ce qu’il sème par le chemin le nom de la religion. Touchant ce que sainct Luc dit nomméement qu’il prescha en une chacune ville jusques à ce qu’il arriva à Césarée, et ne retourna point en Samarie, nous pouvons recueillir une conjecture probable, qu’il s’est arresté pour quelque temps à Césarée : ce que toutesfois je remets à l’opinion d’un chacun.