CR COMMENTAIRES
ordre d'enseigner, quand il commence par la saincte histoire de l'Evangile : et puis après il monstre ce que la descente de Christ en terre, sa mort et résurrection nous ont apporté. Premièrement il raconte que Jésus de Nazareth s’est manifesté après le Baptesme de Jehan. Car veu que Jehan-Baptiste estoit destiné à cela par le conseil de Dieu, qu’il resveillast les cœurs du peuple à attendre le Messias, il ne faloit pas que S. Pierre omist ceste partie. Il avoit esté estimé Prophète excellent de Dieu: et pourtant son authorité servoit grandement à faire adjouster foy à Jésus-Christ, principalement à l'endroit des povres simples gens, et qui n’estoyent pas fort avancez en la
cognoissance de salut. Il nous faut noter
ceste façon de parler, que Jehan a presché le Baptesme. Vray est que sous ce mot de Baptesme S. Luc comprend tout le ministère de Jehan-Baptiste : mais cependant il monstre que ce n’a point esté une figure muette et vuide de doctrine.
Et de faict, voyci le principal en tous Sacremens, que la parole de Dieu qui est engravée en iceux, reluise estant preschée haut et clair. Ce qui nous doit faire avoir en plus grande détestation la profanation horrible qu’on voit en la Papauté:
qu’ensevelissans la prédication, ils enchantent les Sacremens, disans seulement quelques paroles dessus, comme feroyent des Magiciens.
38 Jésus de Nazareth. Il l'appelle ainsi, non pas qu’il y fust nay, mais pource qu’il est sorti de là pour exécuter son office : etaussi pource que par un commun usage il estoit ainsi surnommé. fl dit qu'il a esté oinct du S. Esprit et de vertu, c’est-à-dire de la vertu du S. Esprit.
Car la puissance qui estoit grande et excellente en Jésus-Christ, ne venoit d’ailleurs que du $. Esprit. Ainsi donc le Père céleste en-oignant son Fils, l’a garni de la vertu de son Esprit. Sainct Pierre adjouste incontinent après, que ceste vertu s’est monstrée aux miracles. Combien qu’il en exprime notamment une espèce, asçavoir que Christ a rendu tesmoignage qu’il estoit muni de la vertu du S. Esprit, pour user de bénéfice envers le monde. Car il ne faloit pas qu’une vertu espoyantable
Cuar. X.
de Dieu se monstrast en luy: mais telle
‘qu’elle attirast le monde par un goust gra-
cieux de bonté et de grâce bénigne à Paimer et désirer. Quant au mot d'Onction, c'est une métaphore et similitude assez commune, quand il est question des dons et grâces du S$S. Esprit: yci elle est accommodée à la personne de: Christ :
pource qu’en ceste sorte le Père la consacré Roy et Sacrificateur. Or nous sçavons que sous la Loy l’huile estoit un signe solennel de consécration. Quand il dit que Jésus a cheminé, cela se prend pour le cours de sa vocation : comme s’il disoit qu’il s’est acquitté de sa charge au temps qui luy estoit préfix. C’est une similitude prinse de ceux qui font quelque voyage, qui continuent de cheminer, jusques à ce qu'ils soyent venus au lieu destiné. Combien que quant et quant il donne à entendre qu’en trois ans il à couru et circui tout le pays de Judée, tellement qu’il n’y a eu anglet qui n’ait senti de ses bénéfices. Qui estoyent oppressez du diable. Ceci aussi a esté un tesmoignage plus évident d’une puissance divine en Jésus-Christ, que non-seulement il guairissoit les hommes des maladies vulgaires, mais aussi il donnoit remède et guairison aux maux désespérez. Vray est que toutes les maladies sont autant de verges par lesquelles Dieu nous chastie: nonobstant
quand nostre bon Dieu nous chastie dou-
cement selon sa bonté paternelle, il est dit alors que c’est de sa main qu’il nous bat et frappe: mais és griefves et. dures punitions et fléaux, il y applique Satan, comme ministre de son ire et bourreau.
Et c’est une distinction qu'il nous faut bien retenir. Car ce seroit une fgrande absurdité de dire, que celuy qui ha la fièvre, ou quelque autre sorte de maladie commune, fust tourmenté du diable :
mais la fureur enragée, le transportement d'esprit, et autres maux qui sont comme monstrueux, sont proprement attribuez à Satan. Selon laquelle raison PEscriture appelle Démoniaques les hommes transportez, qui sont agitez d’une si grande violence qu'ils semblent estre presque convertis en bestes. Car Dieu estoit avec luy. Sainct Pierre note en brief à quel but tendoyent les miracles et vertus
Cuar. X.
faites par la main de Jésus-Christ : asçavoir, pour luy acquérir authorité envers les hommes, qui contemployent Dieu comme présent. Et ceci a esté le vray usage des miracles: comme il a esté desjà dit par plusieurs fois: et comme nous verrons encore ci-après és lieux
propres. Car il nous faut tenir à ceste
SUR LES ACTES
maxime, que c’est déroguer à la majesté de Dieu, si nous ne recevons et avons en révérence ceux esquels Dieu met enseignes et marques de serviteurs siens.
Ainsi, puis que les miracles ont monstré évidemment que Christ estoit venu du ciel, sa dignité est exaltée par-dessus tout ce qu’on peut juger d’un homme.
39 Et nous sommes tesmoins de toutes les choses qu’il à faites tant en la
contrée des Juifs qu'en Jérusalem.
40 Celuy qu’ils ont occis le pendans au bois, Dieu l'a ressuscité au tiers
jour, et l'a donné pour estre manifesté.
41 Non point à lout le peuple, mais aux tesmoins paravant ordonnez de Dieu : à nous, di-je, qui avons beu et mangé avec luy, après qu'il a esté res-
suscilé des morts.
42 Et nous a commandé de prescher au peuple, et testifier que c'est luy qui est ordonné de Dieu pour estre juge des vifs et des morts.
43 Tous les Prophètes luy rendent tesmoignage, que quiconque croira en luy, recevera rémission des péchez par son nom.
39 Et nous sommes tesmoins. Âfin qu’on adjouste foy à ses paroles, il dit ouvertement que luy et ses compagnons ont veu de leurs propres yeux toutes les choses qu’ils enseignent de Jésus-Christ, et qu'ainsi ils parlent de choses toutes certaines, et qu'ils sçavent asseurément.
Un peu après il prend ce mot de tesmoin,
en un autre sens divers, quand il dit que certains tesmoins ont esté ordonnez de Dieu. Car il signifie que les Apostres ont esté comme personnes publiques, et qu’ils ont esté spécialement ordonnez et choisis à cela, asçavoir d'amener et attraire les hommes à la foy de Jésus- Christ par leur prédication. En ceste sorte sainct Paul dit au chap. XV de la 4re aux Corinthiens, Nous serions trouvez faux tesmoins de Dieu, si Jésus-Christ n’estoit ressuscité des morts. Et desjà ci-dessus nous avons ouy de la bouche de Christ, Vous me serez tesmoins en Judée, en Samarie, et en Jérusalem. Mais maintenant il se nomme tesmoin, seulement quant à l’histoire, pource qu'il a veu luy-mesme de ses yeux les choses que Jésus-Christ faisoit. Au reste, il touche yei la mort seulement en un mot, pource qu’elle estoit notoire à tous. Mais il s’arreste plus longuement en la résurrection, d'autant qu’elle estoit beaucoup
plus douteuse, et que la cognoissance d’icelle est de plus grande importance pour nostre foy. Si quelqu'un demande pourquoy Dieu n’a monstré manifestement son Fils à tous incontinent après sa résurrection : je respon que combien que nulle raison n’apparoistroit, toutesfois le seul conseil de Dieu doit suffire à gens modestes et sobres : en sorte que sans contredit, ils se tienent pour tout asseurez que ce que Dieu à ordonné et décrété, est très bon. Néantmoins il ne nous faut point douter que ce ne soit par un très bon conseil que Dieu a ainsi compassé la chose. Car la certitude de la résurrection a esté approuvée par fermes tesmoignages, et en assez grand nombre. Or il estoit bon et utile pour exercer la foy des fidèles, de croire plustost à lEvangile qu’à ses propres yeux. Touchant les meschans et ennemis manifestes de Jésus- Christ, ils n’estoyent pas dignes que. le Seigneur Jésus les admeist à regarder la gloire de sa résurrection, veu qu'ayans esté convaincus par tant de fois, ils ne s’estoyent jamais submis à Dieu. Combien quemesmie quant à ceci ils en ont esté suffisamment convaincus par le rapport des cend’armes qu’ils avoyent louez pour garder le sépulchre, ce que je di, laissant les autres raisons qu'on pourra prendre
en l’Harmonie. Ayons donc ceci pour tout arresté, que les Apostres ont esté ordonnez et choisis par un sainct décret de Dieu, afin que par leur tesmoignage la vérité de la résurrection demeurast ferme. Quiconque n’acquiesce point en ceste approbation, qu’il arrache s’il peut, et renverse ce décret inviolable de Dieu, lequel nous est vyci proposé par sainct Pierre. Mais quant à nous, si nous voulons avoir Dieu pour certain garent de nostre foy, apprenons de nous contenter des tesmoins lesquels il à ordonnez et prédestinez devant la création du monde, et puis après les a produits quand il en a esté temps.
41 Qui avons beu et mangé avec luy.
. On voit bien par ceci, quel soin et esgard Jésus-Christ à eu à nostre rudesse : veu que pour l’amour de nous il s’est abhbaïssé si bas, qu’estant desjà plein de gloire céleste, il a toutesfois beu et mangé comme homme mortel. Parquoy il ne faut point que nous-nous plaignions que la résurrection de Christ soit obscure ou douteuse. Car pourtant a-il permis que ses disciples fussent tardifs et difficiles à croire, afin qu’estans mieux confermez ils nous ostassent tout scrupule de doute.
Mais plustost il nous faut mettre peine que nostre malignité et ingratitude n’obscurcisse une si grande douceur et bénignité du Fils de Dieu envers nous. Au reste, quand l’Escriture récite que Jésus- Christ à mangé, un tas d’esprits curieux font une question, qu'est devenue ceste viande-là. Mais il est facile de respondre à cela : que tout ainsi qu’elle avoit esté créée d’un rien, aussi a-elle esté facilement réduite à néant par la vertu Divine de Jésus-Christ. La viande qui est prinse pour la nourriture du corps, se digère, et puis après est distribuée par les membres pour la nourriture du corps : mais aussi nous sçavons que Jésus-Christ à prins ceste viande pour nourrir nostre foy : et que c’en a esté le seul usage, auquel aussi elle a esté consumée. Or ceux aussi qui pensent que Jésus-Christ. ait seulement fait semblant de manger, s’abusent grandement. Car de quoy eust proufité un tel semblant ? Et je ne voy point pourquoy il fale chercher de tels subterfuges. Car
Cnar. X.
quand nous disons que Jésus-Christ n’a point esté contraint de manger pour nécessité qu’il eust, mais qu’il a seulement voulu pourveoir à l’infirmité de la foy des siens, nous coupons broche à toutes imaginations frivoles des hommes.
42 Et nous a commandé. 1] commence yci à traitter du Royaume de Jésus- Christ, quand il dit que Christ est ressuscité, afin qu’il juge une fois le monde.
Car par un mesme droict la domination du ciel et de la terre, et le perpétuel gouvernement de l'Eglise luy sont attribuez.
Il dit qu’il sera juge des vifs el des
torts : pource que quand les morts seront ressuscitez, les autres aussi qui seront lors survivans seront changez en un moment : comme sainct Paul enseigne eu la première aux Corinthiens, au chapitre XV, v. 51, 52 et en la première aux Thessaloniciens, au chap. IV, v. 17. Ce mot Testifier est d'importance : d'autant que comme les hommes sont enclins à incrédulité, la simple prédication de l'Evangile auroit moins d’efficace et vigueur, si le Seigneur ne la ratifioit par protestations et comme adjurations véhémentes.
Et principalement il n’y a personne de:
nous qui ne sente plus qu’il ne seroit de besoin, combien il est difficile tant deslever par-dessus les cieux pour espérer la yenue du Seigneur Jésus, nos esprits qui sont empestrez és lags des choses de ce monde, que de les tenir arrestez en ceste méditation assiduelle, veu que par leur inconstance ils ne cessent d’estre transportez çà et là.
43 Tous les Prophètes luy rendent tesmoignage, que quiconque croira en luy, recevera, etc. Sainct Luc touche en brief la somme de tout le sermon de sainct Pierre, comme il a esté dit. Et pourtant il ne s’arreste guères à monstrer le’ fruit de ceste histoire. Sçachons done qu’il ne récite pas yci tous les propos que sainct Pierre a tenus, mais seulement il monstre de quelles choses il a traitté. Or il nous faut vci considérer trois choses : asçavoir que c’est le propre office de Jésus- Christ d’abolir les péchez, et par ce moyen réconcilier les hommes à Dieu : que nous obtenons la rémission des péchez par foy : et que ceste doctrine n’est point
Car. X.
nouvelle ou de n’aguères forgée, ains que desjà de fort long temps elle a eu tous les Prophètes de Dieu pour tesmoins. Quant au premier poinct, si Dieu nous est appaisé en n’imputant point les péchez et offenses, il appert par cela qu’il ha tout le genre humain en haine, jusques à ce qu’il commence à luy plaire par le pardon gratuit. Et pourtant nous sommes tous condamnez de péché, lequel nous assujetit à lire de Dieu, et nous rend coulpables de mort éternelle. Et pource que nous sommes destituez de justice en nousmesmes, nous sommes enseignez de recourir à la miséricorde et bonté gratuite de Dieu, comme au seul remède et franchise unique. Or quand il dit que les fidèles et croyans recoyvent rémission des pèchez, il monstre tacitement une Opposition, ou plustost correspondance qui est entre Dieu et eux. Car il faut nécessairement que Dieu l'offre de soy-mesme, afin que puis après les fidèles la reçoyvent. Et quand il dit qw’elle est donnée par le nom de Jésus-Christ, il signifie que par le moyen du seul Seigneur Jésus nous retournons en grâce avec Dieu : asçavoir d'autant qu’il l’a appaisé une fois par sa mort : ou bien (comme on dit communéement) que c’est moyennant Christ seul, et sans aucuns autres moyens, que nous obtenons rémission des péchez. Satan ma jamais peu oster du cœur des hommes le sentiment de leur péché, et qu’ils sont coulpables, de sorte que tousjours ils ont eu quelque souci de demander pardon à Dieu. Mais comme ainsi soit qu’il n’y eust qu’un seul moyen pour obtenir pardon, les povres misérables estans séduits par les illusions de Satan, se sont forgé de merveilleux labyrinthes, par les circuits desquels ils n’ont cessé de se travailler et tracasser en vain. Et voyci le premier erreur qui les a destournez du droit chemin, asçavoir qu’ils se sont efforcez de mériter le pardon qui est offert gratuitement, et lequel est receu par la foy seule. Puis après on a inventé un nombre infini de purgations, par lesquelles on à pensé satisfaire à Dieu. Vray est que la source d’icelles est venue de la parole de Dieu : mais en lieu que Dieu en commandant aux Pères les sacrifices
SUR LES ACTES
et oblations, et les cérémonies des lavemens, figurast Jésus-Christ, les hommes aveugles et profanes laissans là Jésus- Christ derrière, et suyvans une ombre vaine, Ont corrompu et abbastardi tout ce qui estoit de Dieu en ces purgations.
Parquoy, quand il est question de toutes les purgations desquelles les Gentils ont jamais usé depuis le commencement du monde, et celles desquelles les Turcs et les Juifs usent aujourd’huy, on les peut
opposer à Jésus-Christ comme choses du
tout contraires. Les Papistes ne sont point
meilleurs, Sinon qu’ils arrousent leurs sa-
tisfactions du sang de Jésus-Christ : mais
en ceci ils font trop à rebours, que ne se contentans point du seul Seigneur Jésus, ils s’amassent de tous costez dix mille moyens de purgations. Parquoy, quiconque désire estre participant de la rémission des péchez, qu’il ne se destourne de Jésus-Christ tant peu que ce soit. Quand nous oyons qu’en croyant on reçoit la rémission des péchez, il nous faut entendre quelle est la vertu et la nature de la foy : comme il est certain que sainct Pierre a traitté amplement comment il faut croire à Jésus-Christ. Or ce n’est autre chose, sinon le recevoir d’une droite affection de cœur, tel qu’il nous est proposé et offert en l'Evangile. Ainsi la foy dépend des promesses. Nonobstant il semble bien que S. Pierre procède mal, veu que de deux choses principales que Christ nous a apportées, il n’en récite que l’une. Car yci il ne fait nulle mention de la repentance et nouvelle vie, laquelle on ne doit laisser passer en la somme de l'Evangile. Mais la response est facile, que la régénération de l’esprit est comprise sous la foy, comme aussi elle est l’effect d’icelle. Car nous croyons au Fils de Dieu, en partie afin qu'il nous réconcilie et remette en la grâce du Père par l’imputation gratuite de justice :
en partie afin qu'il nous sanctifie par son Esprit. Et nous sçavons que nostre bon Dieu nous adopte pour ses enfans à ceste condition, qu’il nous gouverne par son sainct Esprit. Sainet Pierre donc s’est contenté de monstrer comment les hommes qui de leur nature estoyent aliénez de Dieu, retournent en grâce avec luy.
65% Quant au troisième membre, il n’est pas besoin de raconter tous les passages des Prophètes, où ils proposent Jésus-Christ pour Médiateur, lequel impétrant pardon pour nos péchez, nous rende Dieu propice et favorable. Mais c’est comme ils ont tousjours accoustumé d'enseigner, et comme la reigle de leur doctrine, de ramener tous les fidèles à ceste alliance qu’il avoit faite avec Abraham, interposant le Médiateur. Au reste, c’est un article duquel la cognoissance est bien nécessaire : que la grâce qui a esté finalement manifestée en Jésus-Christ, c’est celle mesme que la Loy et les Prophètes proposoyent en espérance aux Pères. Et principalement ceci a grandement servi à
Corneille et ses semblables, qui estoyent
Cuar. X.
abbruvez de la révérence de la Loy et des Prophètes, alin qu'ils sceussent que ce qui avoit esté testifié par les oracles des Prophètes, estoit de faict et à la vérité accompli en Jésus-Christ. Afin donc que les ministres de l'Eglise ayént une forme d'enseigner accordante avec les Prophètes, qu’ils taschent de magnifier Christ par leur prédication, qu’ils testifient assiduellement que c’est de luy seul de qui il faut attendre la justice, laquelle consiste en la rémission gratuite des péchez.
Et c’est bien une autre antiquité que toute celle que les Papistes monstrent, quand au lieu de ce grand pris du sang de Jésus-Christ ils mettent en avant avec grande vanterie leurs inventions puantes de leurs satisfactions.
4k Comme Pierre tenoit encore ces paroles, le sainct Esprit descendit sur
tous ceux qui oyoyent la Parole.
45 Dont les fidèles de la Circoncision qui estoyent venus avec Pierre, $'estonnérent que le don du sainct Esprit estoit aussi espandu sur les Gentils.
46 Car ils les oyoyent parler langages et magnifier Dieu.
47 Adonc Pierre respondit, Pourroit aucun empescher l'eau pour ne baptizer ceux qui ont receu le sainct Esprit comme nous ?
48 Et commanda qu'ils fussent baptisez au nom du Seigneur. Adonc ils le
prièrent de demeurer quelques jours.
44 Comme Pierre tenoit, etc. Maintenant Dieu conferme par un nouveau miracle, que la doctrine de son Evangile est aussi bien commune aux Gentils qu'aux Juifs. Et mesme ceci est un seau excellent de la vocation des Gentils. Car Dieu n’eust jamais conféré les grâces de son Esprit aux Gentils, si ce n’eust esté pour donner à cognoistre qu'eux aussi estoyent receus en participation de son alliance, Vray est que les dons desquels S. Luc fait mention, sont différens de la grâce de régénération : toutesfois il ne faut nullement douter que Dieu n’ait par ce moyen seellé tant la doctrine de S.
Pierre, que la foy et religion de ceux qui lavoyent ouy parler. Il récite qu’ils ont tous receu le S. Esprit : comme nous avons veu ei-dessus, qu’ils estoyent tous bien affectionnez à apprendre et rendre obéissance. Or ce signe visible nous représente comme en un tableau de quelle efficace est la prédication de PE-
{vangile, et quel organe c’est de la puissance Divine. Car comme encore S.
Pierre parloit, il a espandu son Esprit, pour monstrer qu’il n’envoyoit point les docteurs pour batre l'air d’un son inutile de paroles, mais afin qu’il besongne puissamment par leur voix, et la vivifie par la vertu de son Esprit au salut des fidèles. Suyvant cela sainct Paul réduit en mémoire aux Galatiens, qu’ils ont receu le sainet Esprit par l’ouye de la foy, Galat., IE, 2. Et il dit ailleurs, qu’il est ministre de l'Esprit, et non point de la letre, 2 Cor., HT, 6. Vray est qu'il y a desjà long temps, qu’il n’y a plus de don des langues ni autres semblables en PEglise : mais l'Esprit d'intelligence et de régénération dure et durera tousjours :
lequel le Seigneur conjoint avec la prédication externe de l'Evangile, afin qu'il nous entretiene en la révérence de sa Parole, et remédie aux resveries pernicieuses, desquelles un tas d’esprits fan-
rest" Et RM
Cnar. X.
tastiques s’enveloppent, quand laissans là la Parole, ils forgent je ne sçay quel esprit volage et errant. Au surplus, il n'adviendra pas tousjours que tous ceux qui ovent la parole d’un homme, reçoyvent quant et quant le sainct Esprit : et peu souvent aussi les Ministres rencontrent de tels auditeurs que trouva sainct Pierre, qui soyent d’une mesme volonté et accord à suyvre Dieu. Toutesfois Dieu fait que tous les éleus sentent en eux un consentement entre la parole externe et la vertu secrète du sainct Esprit.
45 pont les fidèles de la Circoncision. Il appelle fidèles ceux qui toutesfois estoyent encore détenus en un erreur pervers. Ainsi advient-il que le Seigneur ne repurge pas du premier coup ses fidèles de toutes taches d’ignorance, lesquelles toutesfois n’obscurcissent point devant Dieu la louange de la foy, d’autant que pardonnant les ignorances qui y sont, il l’ha pour agréable comme si elle estoit du tout pure et nette. Maïs c’est merveilles, que combien qu’ils sceussent que S.
Pierre fust envoyé de Dieu, néantmoins ils sont maintenant estonnez comme d’une chose nouvelle, voyans que Dieu conféroit la grâce de son Esprit à ceux ausquels il avoit voulu que Jésus-Christ fust desjà annoncé. Mais cela procède du soudain changement : que Comme ainsi soit que Dieu eust Le à ce jour séparé de son peuple les Gentils comme estranges et profanes : maintenant il leur fait une mesme grâce, et les eslève à un mesme degré d'honneur. Combien que nous sommes quant et quant admonestez par cest exemple, combien il est difficile de nous despestrer des erreurs que nous avons une fois conceus : et principalement quand nous y avons esté longuement détenus.
16 Car ils les oyoyent parler. Hi exprime quels dons du sainct Esprit ont esté espandus sur eux, et quant et quant il dénote l’usage : asçavoir qu’ils ont receu diversité de langages, afin qu'ils louent Dieu en plusieurs langues. On peut aussi recueillir de ce passage, que la diversité des langages n’a point esté seulement donnée pour la nécessité, quand il faloit prescher l'Evangile aux gens
SUR LES ACTES
d’estranges pays, et qui avoyent autre langage que les Juifs : mais aussi pour ornement et magnificence de l'Evangile, Mais depuis l'ambition a corrompu ce second usage : comme ainsi soit que plusieurs ayent transféré à pompe et ostentation ce qu’ils avoyent receu pour monstrer magnifique l'excellence de la sapience céleste : comme $S. Paul reprend aigrement ce vice és Corinthiens. Parquoy ce n’est pas de merveille si bien tost après Dieu à osté à son Eglise ce don qu'il luy avoit fait, et n’a permis qu’il fust plus long temps corrompu par labus qi, hommes.
47 Adonc Pierre respondit. ne Pierre déduit yci un argument de la chose signifiée au Signe qui la signifie. Car
une dépéñdariés de la grâce spirituelle, celuy qui a receu le Saint Esprit est quant et quant idoine à recevoir le Baptesme. Et c’est l’ordre légitime, que le ministre admette et TEÇOYYE : au signe exXterne ceux que Dieu a testifié estre ses enfans par le gage et arre de son st En ceste sorte la doctrine et la Foy tienent la première place. Or quant à ce qu'aucuns hommes ignorans infèrent de ceci, que les enfans ne doyvent estre receus au Baptesme, il n’y à nulle raison en cela ni apparence. Je confesse bien que ceux qui sont estranges de l'Eglise, doyvent estre enseignez avant que le signe d'adoption leur soit conféré : mais quant aux enfans des fidèles qui naissent en l'Eglise, je di qu’ils sont domestiques du Royaume de Dieu dés le ventre de la mère. Et qui plus est, je rejette contre ceux-là largument mesme qu'ils font contre nous tout à rebours. Car puis qu’ainsi est que Dieu à adopté les enfans des fidèles avant qu’ils naissent, je conclu par cela qu’il ne les faut point frauder du signe externe. Autrement les hommes présumeront de leur ravir ce que Dieu leur a ottroyé et donné. Et quant à la
grâce manifeste du sainct Esprit, il n’y
a nul inconvénient si en iceux elle vient après le Baptesme. Or tout ainsi que ce passage ne favorise nullement à leur erreur : aussi repousse-il vivement la folle superstition des Papistes, lesquels veu-
lent attacher la grâce du sainct Esprit aux signes, et la pensent faire descendre du ciel par leurs conjurations : comme les sorciers pensoyent anciennement tirer la lune de sa place par leurs charmes. Or au contraire, puis que sainct Luc récite que ceux qui n’avoyent receu encore le Baptesme, ne laissoyent point d’estre douez de la grâce du sainct Es-
prit, il monstre bien que l'Esprit n’est \ point enclos au Baptesme. Finalement, il
nous faut noter que pour conférer le Baptesme, les Apostres se sont contentez d’eau seulement. Et pleust à Dieu que ceux qui sont venus puis après, eussent retenu et gardé ceste simplicité, et qu’on n’eust point amassé deçà et delà tant de fatras, desquels le Baptesme est farci en
la Papauté. Ils ont adjousté l’huile, le
sel, le crachat et le cierge : et pensent bien que la dignité du Baptesme est bien réparée par tels fatras, Mais plustost ce sont autant de souilleures puantes et ordures infectes, lesquelles corrompent la vraye et nayfve ordonnance de nostre Seigneur Jésus-Christ.
48 Et commanda qu'ils fussent bap-
Cuar. XI.
tizez. Il n’a point esté nécessaire que le Baptesme ait esté administré par la main de sainct Pierre : (comme sainct Paul aussi testifie qu'il ne baptiza à Corinthe que bien peu de gens, 4 Corinth., I, 44) car d’autres Ministres pouvoyent bien faire cest office. Quant à ce qu'il dit, au nom du Seigneur, cela ne doit estre restraint à la forme, comme nous avons dit au chapitre III. Mais pource que
Christ est le but propre du Baptesme, à /
ceste cause il est dit que nous sommes baptizez en son nom. Finalement, quand sainct Luc dit que Corneille et ses parens prièrent sainct Pierre de demeurer quelques jours, il loue le désir qu'ils avoyent de proufiter. Vray est qu’ils avoyent receu le sainct Esprit : mais ils n’avoyent point encore tellement proufité, qu’ils n’eussent besoin d’estre confermez.
À leur exemple aussi, toutes fois et quantes que l’occasion de proufiter se présente à nous, il nous en faut user diligemment : et ne soyons point enflez de présomption qui nous ferme l’entrée d'avancer en la doctrine.