‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 58 sur 113 · PAL TS · texte numérisé non relu

PAL TS

Car. XII.

courir pour tirer par devers eux tant peu que ce soit de la gloire de Dieu. Quand il dit qu’il a esté délivré de la main d’Hérode, en monstrant quelle est la force et puissance de son ennemi, il amplifie la grâce et le bénéfice de Dieu. Ce qu’il adjouste des Juifs, tend à un mesme but.

Car tant plus que le nombre de ses enne-

12 Et ayant considéré le tout,

mis estoit grand, tant plus aussi la grâce de Dieu a esté excellente envers son serviteur. Car c’est grand £as, que Dieu seul estant propice et favorable, il faut que la haine de tout le monde, quoy qu’elle soit dangereuse et prompte à nuire, soit renversée et tombe bas.

il veint en la maison de Marie mère de

Jehan, surnommé Marc, où estoyent plusieurs assemblez, et Jaisans oraison. 13 Et quand il eut frappé à l'huis du porche, une fille nommée Rhode veint

RO escouter.

4 Laquelle ayant recognu la voix de Pierre, de joye elle n'ouvrit point le FT ains S'en courut en la maison, et annonça que Pierre estoit devant le

porche.

15 Qui luy dirent, Tu es folle. Mais elle affermoit qu'il estoit ainsi. El eux

disoyent, C’est son Ange.

16 Mais Pierre continuoit à frapper. Et quand ils eurent ouvert, ils le vei-

rent, et furent estonnez.

17 Et luy leur ayant faict signe de la main qu'ils Jeissent mA leur raconta comment le Seigneur l’avoit mis hors de la prison : et leur dit, Annon-

cez ces choses à Jaques et aux frères.

autre lieu.

Puis sortant de là, il s'en alla en un

18 Mais le jour venu, il y eut un grand trouble entre les gendarmes, pour

sçavoir que Pierre estoit devenu.

19 Et Hérode l'ayant demandé, et ne le trouvant point, après inquisition Jaite, il commanda que les gardes fussent emmenez".

1) Ou, menez au supplice.

12 Ilveint en La maison de Marie, etc. | té des ennemis fust embrasée, cependant

Ïl appert que ceste femme estoit d’une piété singulière, veu que sa maison estoit comme un temple de Dieu, où les frères avoyent accoustumé de s’assembler. Au reste, sainct Luc dit qu’il y avoit là grande assemblée de gens : pource que d'autant qu’ils ne pouvoyent s’assembler tous ensemble sans crainte de quelque esmotion publique, ils s’assembloyent par bandes et troupes en divers lieux de la ville, selon qu’ils pouvoyent recouvrer la commodité. Car je ne doute point qu’il n’y eust d’autres bandes assemblées ailleurs :

pource qu’il n’est point croyable que cependant que plusieurs du commun des fidèles estoyent en prières, les Apostres fussent paresseux de faire leur devoir : et d’autre part une maison n’eust pas esté capable dune si grande multitude. Or il faut tousjours retenir la circonstance du temps, que combien que la rage et cruau-

toutesfois il y avoit des assemblées de fidèles. Car si jamais cest exercice peut faire fruit et proufit, lors est-il principalement nécessaire, quand on voit approcher les aspres combats.

13 Et quand il eut frappé à l’huis du porche, une fillenommée Rhode, etc.

Quant à ce qu’ils pensent que ceste fille qui annonçoit que Pierre estoit à la porte, rassote: nous recueillons de cela, qu’ils wattendoyent nullement la délivrance de S. Pierre. Et toutesfois nous ne dirons pas qu’ils ayent prié sans foy: autant qu'ils regardoyent à d’autres bonnes fins, asçavoir que Pierre estant armé de vertu céleste, fust prest de gloritier le nom du Seigneur Jésus, ou par vie Ou par mort :

que le troupeau estant estonné. de la course violente des loups, ne fust dissipé :

et que le Seigneur voulust escarter cest orage et. tourbillon de persécution, afin

que es infirmes ne perdissent courage.

Mais Dieu a surmonté leurs requestes par sa grand’bonté, en leur donnant plus qu’ils n’avoyent espéré. Ce qui est faict maintenant, leur semble incroyable, afin qu'ils soyent plus incitez à célébrer la vertu de Dieu.

15 Mais elle affermoit qu'il estoit ainsi. Et eux disoyent, C’est son Ange.

Ts appellent son Ange qui luy estoit député de Dieu, ministre et gardien de son salut. En ce sens Jésus-Christ dit que les Anges des petis enfans voyent tousjours la face du Père céleste!. Or quant à ce que coustumièrement on tire de ce passage, que les hommes ont chacun son Ange, pour les garder et avoir soin d’eux, cela ést trop infirme. Car l’Escriture rend tesmoignage que quelque fois un seul Ange est donné pour garde à un grand peuple ?:

et une grande gend’armerie d’Anges à un homme seul *. Car Giezi qui estoit serviteur d’Elisée, eut les yeux ouverts, pour contempler plusieurs chariots de feu en l'air, ordonnez pour maintenir Elisée en sauveté. Et nous lisons au livre de Daniel, que les Perses n’avoyent qu’un Ange, et les Grecs non plus*. Et PEscriture aussi ne promet point à un chacun homme son Ange certain et particulier :

mais plustost que Dieu a ordonné et commandé à ses Anges, de garder et maintenir chacun fidèle, Pseaume, XCE, A4. Item, qu’ils plantent le camp à lentour des fidèles, Pseaume, XXXEV, 7.

Et pourtant ceste imagination, que chacun ha deux Anges, un bon, et l’autre mauvais, qui à esté communéement receue, est profane. Contentons-nous que toute la gendarmerie céleste fait le guet pour le salut de Eglise : et en ceste sorte selon la nécessité du temps, maintenant un Ange nous défend, tantost il y aura un grand nombre qui nous maintiendra.

C’est certes une bonté inestimable de Dieu, qu’il prononce que les Anges qui sont les rayons de la splendeur Divine, sont n0S ministres.

A7 Annoncez ces choses à Jaques et aux frères, etc. Par les frères j’enten les

Apostres et les Anciens, et non pas tous

ceux qui pouvoyent estre de l'Eglise. Car 1) Matth, XVIII, 10, 2) Exode, XIV, 19,

3) 2 Rois, VI, 17,

Cuar. XII.

combien qu'il faloit que le miracle fust cognu de tous, néantmoins c’est à bon droict que S. Pierre veut pour faire honneur à ses compagnons, qu’ils en soyent advertis. Quant à Jaques, les historiens Ecclésiastiques après Eusèbe disent presque tous d’un accord, que € ”estoit quelqu'un des disciples : mais veu que S. Paul le met entre les trois colomnes de l’Eglise, je ne peux croire qu’un disciple ait esté préféré aux Apostres pour estre eslevé à un tel honneur. Et pourtant je pense plustost que c’estoit Jaques fils d’Alphée, de la saincteté duquel les Juifs estoyent ravis en singulière admiration.

Or il y avoit deux raisons pourquoy sainct Pierre vouloit qu’on portast ces bonnes nouvelles à ses frères : asçavoir afin qu'ils fussent délivrez de ce souci qui les tourmentoit : d'avantage, afin qu’ils fussent fortifiez par tel exemple de la grâce de Dieu à concevoir une plus grande confiance. Quant. à ce que S. Pierre part de là pour aller en un autre lieu, je pense qu ‘il l'a fait pource que la maison de Marie estant renommée, et fréquentée tous les jours de plusieurs fidèles, il pouvoit estre caché ailleurs avec moindre danger.

Il a donc cherché un lieu qui ne Tust point si suspect aux ennemis, et non point seulement pour s’espargner SOYmesme, mais plustost Phostesse et tous lés autres.

18 Mais le jour venu il y eut un grand trouble entre les gendarmes.

Sainct Luc retourne maintenant aux gendarmes et à Hérode, et dit que les gendarmes esmeurent un grand bruit.

Car ils ne pouvoyent penser-que Pierre leur eust osté par force, ou qu’il fust eschappé par quelque fraude ou finesse.

mesme d’estre tesmoin de la délivrance Divine.

19 Après inquisition faite des gardes,commanda qu'ils fussent emmenez.

Quant à ce qu’il commande que les gend'armes soyent ostez de devant luy, ou qu'ils soyent mis en prison : on peut re- 4) Dan., X, 5, 12.

Hérode cognoist puis après du faict comme juge. Mais quandil voit que cela n’estoit nullement advenu par la faute des.

gendarmes, il est contraint aussi luy-

EE TT ET AT RE TL tes

Car. XIE.

cueillir de cela, que leur fidélité et dilisence fut cognue. Car s’il y eust eu quelque souspeçon de nonchalance ou paresse, ils eussent esté punis sur-lechamp : toutesfois la fureur inique meslée d’uné cruauté tyrannique, et en partie aussi la honte l’empesche de les laisser aller en liberté. Combien que les autres l’exposent autrement, asçavoir qu’il commanda qu'ils fussent menez au supplice.

Soit donc qu'il les ait livrez au bourreau, ou qu’il se soit contenté de les enserrer

SUR LES ACTES

en prison, voyei certes un bel exemple d’aveuglement, que pouvant appercevoir.

voire à clos yeux, comme l’on dit, la vertu de Dieu, toutesfois il n’est nullement fleschi, mais persévère de résister à Dieu d’une malice endurcie et obstinée. Voylà comment Satan oste tout sentiment aux meschans, en sorte qu’en voyant ils ne voyent point : et Dieu les frappant d’une telle horrible stupidité, venge justement et soy et son Eglise.

Et descendit de Judée en Césarée, où il séjourna.

20 Or estoit-il de mauvaise volonté contre! les Tyriens et Sidoniens. Mais ils veindrent à luy tous d’un accord :'et ayans gaigné Blaste, qui estoit chambellan du roy, demandèérent appointement : pource que leur contrée estoit nourrie

de celle du roy.

21 Et en un certain jour ordonné, Hérode vestu de robbe royale s'assit au siége judicial, et leur feit une harangue.

22 Dont le peuple s’escria, Foix de Dieu, et non point d’un homme.

23 Et incontinent un Ange du Seigneur le frappa, pource qu'il n’avoit point donné gloire à Dieu. Et fut rongé? de vermine, et rendit l'esprit.

2% Mais la parole du Seigneur croissoit et se multiplioit.

25 Barnabas aussi et Paul après leur charge accomplie retournèrent de Jérusalem : ayans aussi prins avec eux Jehan qui estoit surnommé Marc.

4) Ou, Or estoit-il en courage de guerroyer contre, etc.

Et descendit de Judée en Césarée, où il séjourna. Voyci une histoire mémorable, laquelle nous monstre comme en un miroir non-seulement quelle issue est appareillée aux ennemis de lEglise, mais aussi combien l’arrogance est odieuse à Dieu. L’Escriture prononce que Dieu résiste aux orgueilleux, 4 Pierre, V, 5. Dieu luy-mesme à représenté une vive image de cela en la personne de ce malheureux Hérode. Et de faict, les hommes ne se sçauroyent eslever plusque de raison, qu’ils n’entreprenent la guerre contre Dieu: qui commande à toute chair de s’abaisser, afin que luy seul soit haut eslevé. Que si Dieu à puni l’orgueil si rigoureusement en un roy qui estoit enflé de sa prospérité, que pensons-nous qu’il fera aux hommes de basse condition, qui s’enflans sans occasion se font mocquer à tous? Or il nous faut noter l’ordre de ceste histoire, que toutes choses vienent à souhait et plaisir à Hérode, après qu'il a cruellement tourmenté l'Eglise. IL affa-

2) Ou, mangé.

me les peuples voisins, et les contraint à venir demander pardon humblement :

comme si Dieu luy eust voulu envoyer cela pour le récompenser de sa fureur meschante. C’estoit une griefve tentation :

pour les fidèles, qui pouvoyent entrer en doute que Dieu ne se soucioit point d’eux :

et pouvoyent avoir crainte, qu'avec la puissance d'Hérode sa tyrannie et cruauté ne prinst aussi accroissement. Mais le conseil de Dieu tendoit bien à une autre fin. Car il a eslevé en haut celuy qui opprimoit son Eglise, afin qu’il tombast d’une cheute plus dangereuse. Parquoy ceste félicité caduque, en laquelle il se plaisoit par trop, luy a esié comme un engraissement pour le mener à la boucherie. Semblablement, quand nous voyons aujourd’huy que les ennemis de l'Eglise qui se baignent au sang d’autruy, esiendent leurs ailes jusques au ciel, ilne faut point que nos cœurs défaillent. Réduisons plustost en mémoire ce que dit Salomon, Proverbes, XVI, 18, et 12, que l’or-

gueil précède la calomnie, et le cœur est eslevé avant la ruine.

20 Or Hérode avoit inimitié contre les Tyriens et Sidoniens. Sainct Luc use dun mot qui signifie rancune et haine couverte. Hérode donc ne faisoit point la guerre ouverte contre ces villes-ci :

mais cependant il y avoit un tel discord, qu’il taschoit par moyens obliques, et comme minant par-dessous terre, de les subjuguer petit à petit. Démosthène dit qu'il n’advient guères souvent que les villes franches ayent accord avec les monarques. Avec ce Hérode estoit homme d’un naturel cruel, d’une grande audace, et d’une cupidité insatiable. Et ne faut point douter que Sidon et Tyr ne fussent comme des barreaux pour arrester la fureur de cetyran: comme c’estoyent grosses villes et riches, et qui n’avoyent accoustumé d’estre sous le joug ou sujétion d’autruy. D’avantage, la mémoire de leur ancienne gloire leur pouvoit accroistre le courage. Veu que C’est une chose ordipaire et toute commune, que les richesses engendrent arrogance et orgueil, ce n’est point de merveille si ces deux villes opulentes ont esté superbes : desquelles Isaïe fait l’une roïne de la mer, disant que les marchans d’icelle estoyent rois, et ses facteurs princes et grans seigneurs, Isaïie, XXIIT, 8. Et en un autre passage il dit que Sidon estoit orgueilleuse pour ses richesses. Or combien que par plusieurs fois elles eussent esté presque du tout saccagées, toutesfois la commodité de la situation les avoit remises en leur premier estat, voire en peu de temps. De la est advenu qu’elles ne pouvoyent endurer de bon cœur cest Agrippa, qui peu de temps auparavant estoit homme contemptible et de basse condition, voire avoit esté retiré des prisons : et principalement d'autant qu'il dominoit orgueilleusement sur ses gens, et se rendoit odieux à tous, et faisoit beaucoup de maux et dommages à ses voisins. Pource que leur contrée estoit nourrie. Comme ainsi soit que cela ne luy veinst pas bien à propos de faire guerre ouverte aux Tyriens et Sidoniens, il leur défend d’emporter vivres de son royaume. Ainsi sans aucune armée et force il les tenoit comme assiégez,

Cnar. XIT.

les faisant languir. Car les bornes et jurisdictions de ces deux villes ne s’estendoyent guères loin, et leur territoire estoit stérile: et cependant elles avoyent grand peuple à nourrir. En ceste sorte estans dontez par longue famine, ils demandent la paix humblement, et non point gratuite. Car il ne faut point douter qu’on ne leur ait imposé des conditions :

et est bien à présumer que ce Blastus duquel S. Luc fait mention, n’a pas esté gaigné par paroles seulement, mais qu’il luy à falu donner de grans présens poür le suborner, afin qu’il fust moyenneur de ceste paix. Je ne sçay qui a induit Erasme de tourner ce lieu autrement que ne sonnent les paroles.

21 Eten un certain jour ordonné, etc.

S. Luc à fait mention de la paix accordée aux Tyriens et Sidoniens, pource qu’elle a esté occasion à Hérode de faire ceste harangue, afin de les tenir obligez et sujets à luy pour l’advenir. On trouvera ceste mesme histoire en Josèphe au 49e livre des Antiquitez: sinon qu’il nomme par tout Agrippa, cestuy que S. Luc appelle en ce lieu-ci Hérode. Il est vraysemblable que son propre nom estoit Agrippa, et qu’on ne lappeloit point autrement, tandis qu’il n’avoit ni office ne dignité. Mais depuis qu’il parveint au royaume, il a cherché d’acquérir dignité convenable à un roy par le nom de son grand père. Or quant an faict et circonstances, Josèphe et S. Luc s'accordent fort bien. Premièrement ils s’accordent du lieu. Josèphe dit que sa robbe estoit tissue d’or, laquelle quand les rayons du soleil batoyent dessus, rendoit aussi sa splendeur de son costé: et que cela fut occasion aux gens de sa cour de s’escrier que c’estoit un Dieu: qu’il fut frappé tout soudain: et aussi qu’on veit un chahuant ou hibou juché sur une chorde sur sa teste, qui estoit un présage de la calamité prochaine. Or tant s’en faut qu'il doute que son orgueil et sacrilége outrecuidé n’ait esté puni par ceste façon, qu’il récite qu'Hérode luy-mesme a recognu cela devant tous au milieu de ses griefs tourmens, disant, Me voyci, ce beau dieu que vous disiez: regardez comment je suis contraint de finir ma vie d’une issue

Caar. XII.

fort malheureuse. Quant à la paix et appointement faict avec les Tyriens et Sidoniens, Josèphe n’en fait aucune mention : mais bien qu’il feit dresser des jeux en l'honneur de l'Empereur. Or il se peut bien faire qu’à cause de la paix les jeux furent ordonnez: et nous sçavons que cela s’est fait ordinairement.

23 Et incontinent un Ange, etc. Tout ainsi que l’Ange a esté ci-dessus ministre de la bonté et grâce de Dieu en la délivrance de sainct Pierre : aussi maintenant il est exécuteur de la vengence d’iceluy contre Hérode. Or Dieu à quelque fois accoustumé de se servir des Anges, quand il veut envoyer des punitions:

mais aussi aucune fois il constitue les diables comme bourreaux pour exécuter ses jugemens par leurs mains. Et mesme il se sert des deux indifféremment tant envers ses fidèles qu’envers les réprouvez. Saül est tourmenté par Satan, 1 Sam., XVI, 44: et le semblable est aussi advenu au sainct personnage Job, chap. E, v.

12, et I, 7. Les afllictions par lesquelles Dieu punit les meschans, sont attribuées aux mauvais anges, comme il est dit au Pseaume : mais aussi nous voyons comme l’Ange lequel est ordonné pour le salut de l'Eglise, frappe les Egyptiens en leurs premiers-nais, Exode, XIE, 29. Combien que la saincte Escriture appelle les esprits malins, esprits de Dieu: d'autant qu’ils obéissent à son commandement, maugré eux toutesfois : mais quand cest épithète de Malin n’est point adjousté, comme en ce passage, cela se doit entendre d’un bon Ange qui obéit à Dieu volontairement. Néantmoins la forme de hibou duquel Josèphe fait mention, convenoit mieux à figurer un diable qu'un Ange céleste. Au surplus, je n’oseroye affermer pour certain de quelle sorte a esté ceste maladie. Le mot duquelS. Luc a usé, signifie qu’il a esté mangé de vers.

Il y en a plusieurs qui pensent qu’il a esté mangé de poux. Il est bien certain qu'il estoit tout pourri et puant, ayant encore quelque respiration de vie, en sorte que c’estoit Comme une charongne ayant vie. Ainsi non-seulement il a esté misérablement tourmenté, mais aussi exposé à la mocquerie de tous. Car Dieua voulu choisir

SUR LES ACTES

une sorte de punition, par laquelle il accablast la féionnie de cest orgueilleux par une ignominie et opprobre extrême. S'il eust esté vaincu par quelque grande et forte armée, et réduit à povreté, on n’eust pas apperceu si ouvertement le jugement de Dieu : et cela eust esté un chastiment honneste et royal. Mais quand les poux et les vers luy font la guerre, et qu'une telle pourriture si puante sort hors de son corps, laquelle le mine et ronge, il est traitté comme il a bien mérité. En ceste sorte quand Pharaon s’eslevoit tant de fois contre Dieu par un orgueil indontable, il n’a point esté royalement assailli par quelqu’autre Prince:

mais les sauterelles et chenilles ont servi de soudars à Dieu pour luy faire la guerre, Exode, XVII, 47, X, 4. Car tant plus que quelqu'un s’eslève fièrement, tant plus est-il digne que Dieu l’abate ignominieusement jusques au‘profond des enfers. C’est-ci la raison pourquoy ce dieu forgé de nouveau, Hérode, a esté baillé aux poux et aux vers pour estre rongé d'eux: ainsi que luy-mesme à esté contraint finalement de le recognoistre, et en faire confession, quand il disoit, Me voyci, ce beau dieu que vous faisiez:

voyez comment je suis misérablement trainé à la mort. Or un tel exemple d’une vengence si horrible en la personne d’un roy nous doit grandement estonner : afin que nous ne soyons si hardis de nous usurper plus que nous ne devons: et que nous ne nous laissions point enyvrer des applaudissemens et vaines flatteries des hommes, comme d’une poison mortelle.

Pource qu'il n'avoit, etc. Hérode nonseulement est condamné de sacrilége, pource qu'il a souffert qu'on l’appelast Dieu, mais aussi pource que s’esfant oublié soy-mesme il a transféré à soy l’honneur qui appartenoit à Dieu. Nous ne lisons point qu'on ait donné un tel applaudissement au Roy de Babylone : et toutesfois le Prophète luy reproche qu’il a tasché de se faire égal à Dieu, Isaïe, XAV, 13, Ainsi donc tous orgueilleux ont ce crime commun de sacrilége, qu'en s’attribuant plus que de raison, ils obsCurcissent la gloire de Dieu, et ainsi comme les Gentils ils s’efforcent autant qu’en eux

est d’abbatre Dieu de son thrône céleste.

Combien qu'ils n’usurpent point le titre de Dieu, combien qu’ils ne se vantent point à bouche ouverte qu'ils soyent dieux, toutesfois pour autant qu'ils ravissent à eux ce qui est propre à Dieu, et qu'ils le mettent au bas, ils désirent estre dieux, et qu'on les répute tels. Au reste, le Prophète note en un mot quelle est la source et origine de ce mal, quant il introduit Nabuchodonosor ainsi parlant, Je monteray, Isaïe, XIV, 43. Et pourtant il n’y a en ceci qu'un seul remède : asçavoir si un chacun Se contient au degré auquel il est colloqué : ceux qui sont abjects et contemptibles, qu’ils nappètent destre haut eslevez: et quant aux grans rois et ceux qui sont en lieu honorable et éminent par-dessus les autres, que toutesfois ils réduisent en mémoire qu’ils "sont mortels, et assujetissent humblement leur hautesse à Dieu. Au demeurant, il nous faut noter que ce n’est point assez si les hommes donnent gloire à Dieu à demi, lequel se réserve entièrement ce qui est Sien : qu'il ne suffit point qu'ils se submettent en partie, d'autant qu'il veut qu’ils soyent du tout abbatus et humiliez. Or veu que l’Escriture nous despouille de toute louange et gloire de sapience, de vertu et justice, nul de nous ne se peut attribuer aucune partie de gloire, tant petite soit-elle, sans faire grand tort à Dieu, et sans commettre un horrible sacrilége, en luy ravissant ce qui est sien. Et c’est merveille, que combien que l’Escriture prononce que tous ceux qui s’eslèvent font la guerre ouverte à Dieu, et que tous confessent que cela ne se peut faire sinon à nostre grande confusion et ruine, néantmoins la plus grand partie des hommes cherche sa destruction, et s’y précipite d’une audace furieuse. Car à grand’peine y en a-il de cent l’un, qui se souvenant de sa condition laisse à Dieu sa gloire entière.

Cuar. XIE.

24 Mais la parole de Dieu croissoit et multiplioit. Par la mort de ce tyran, l'Eglise a esté tout soudain délivrée comme de la gueule d’un loup. Combien donc que les fidèles soyent réputez comme brebis destinées à la boucherie, Pseaume XLIV, 22. Rom., VITE, 35, toutesfois l'Eglise est tousjours survivante après ses ennemis :

et combien qu’il puisse sembler que là parole de Dieu soit souvent accablée et opprimée sous la tyrannie cruelle des hommes, nonobstant elle est incontinent remise au-dessus. Car ce n’a point esté l'intention de sainct Luc de réciter seulement ce qui est advenu après la mort d'Hérode, mais aussi nous donner bon courage par cest exemple, afin que ceci nous soit pour tout résolu, que Dieu fera en tous siècles ce qu’il feit lors : asçavoir que le cours de l'Évangile surmonte finalement tous les empeschemens des ennemis : et d'autant plus qu’on veut amoindrir l'Eglise, elle multiplie par la bénédic-. tion céleste.

25 Barnabas aussi et Paul après leur charge accomplie retournèrent de Jérusalem, ayans aussi prins, etc. L’administration laquelle sainct Luc dit avoir esté accomplie par Barnabas et Paul, se doit rapporter à l’aumosne, de laquelle a esté fait mention ci-dessus. Car après que le Prophète Agabus eut prédit la stérilité et la famine, es frères feirent quelque cueillette d'argent en Antioche, pour subvenir à la nécessité de l'Eglise de Jérusalem. La charge de porter cest argent fut donnée à Paul et à Barnabas. Maintenant S. Luc dit qu’ils sont retournez en Antioche, afin qu’il ait ouverture pour entrer en une nouvelle histoire. Il adjouste qu ils prindrent avec éux Jehan surnommé Marc, la mère duquel a esté honorablement louée ci-dessus. Lequel Marc fut depuis cause d’une fascheuse et dangereuse dissension entr’eux : comme nous verrons ci-après.

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