‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 59 sur 113 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

1 Or y avoit-il en l'Eglise qui estoit à Antioche, aucuns Prophètes et Docleurs, asçavoir Barnabas et Simon qui estoil appelé Niger, et Lucius Cyrénien, el Manahen, qui avoit esté nourri avec Hérode le tétrarque, et Saul.

Cuap. XII.

SUR LES ACTES

9 Eux donc servans en leur ministère au Seigneur, el jeusnans, le sainct Esprit dit, Séparez-moy Barnabas et Saul pour l'œuvre auquel je les ay ap-

pelez.

3 Parquoy après avoir jeusné et prié, ils meirent les mains sur eux, et les

envoyérent.

1 Or y avoit-il en l'Eglise qui estoit en Antioche, aucuns Prophètes, etc.

S'ensuit une histoire non-seulement digne de mémoire, mais aussi fort utile et grandement nécessaire d’estre cognue, comment sainct Paul a esté ordonné Docteur des Gentils. Car sa vocation a esté comme une clef, par laquelle Dieu nous a ouvert le royaume des cieux. Nous sçavons que l'alliance de la vie éternelle avoit esté faite particulièrement avec les Juifs : par ce moyen l'héritage de Dieu he nous appartenoiït en rien, veu que nous éstions estrangers, Ephés., IT, 12: et il y avoit une paroy entre deux, qui faisoit séparation entre les domestiques et les estrangers. Ainsi il ne nous eust de rien proufité que Christ fust venu pour apporter salut au monde, sinon que la séparation éstant oStée, nous eussions eu entrée en l'Eglise de Dieu. Vray est que les Apostres avoyent desjà commandement de publier l'Evangile par tout le monde, Mare, XVI, 15 : nonobstant ils s’estoyent contenus dedans les limites de Judée jusques à ceste heure-là. Quand sainct Pierre fut envoyé à Corneille, la chose estoit tant nouvelle et estrange, qu'il sembloit avis que ce fust presque un monstre. D’avantage, on pouvoit penser que ce fust un privilége ottroyé par dispense et contre l’ordre accoustumé à ce petit nombre de gens. Mais maintenant quand Dieu destine ouvertement Paul et Barnabas pour Apostres des Gentils, il les fait par ce moyen égaux aux Juifs, afin que l'Evangile commence à estre indifféremment commun aux Gentils aussi bien qu'aux Juifs. Maintenant donc la paroy est ostée et rompue : en Sorte que ceux qui estoyent près, et ceux qui estoyent bien loin, sovent également réconciliez à Dieu, et estans tous assemblez sous un mesme chef, soyent ensemble unis en un mesme Corps. Pour ceste raison la vocation de sainct Paul ne doit avoir moins de poids ou authorité envers

nous, que si Dieu luy-mesme nous annonçoit de sa propre bouche, que le salut qui a esté anciennement promis à Abraham et à sa semence, (Gen., XXII, 17) ne nous appartient point moins aujourd’huy, que si nous estions nais d’Abraham. Pourtant sainct Paul travaille grandement en plusieurs passages à affermer et authoriser sa vocation (Gal., I, 15, et If, 8) afin que les Gentils s’asseurent que la doctrine de l'Evangile ne leur a point esté apportée ne par cas fortuit ne par la témérité des hommes, mais premièrement par un conseil admirable de Dieu: outreplus, par un commandement exprès et manifeste, quand il a révélé et donné à cognoistre aux hommes ce qu’il avoit délibéré et ordonné en soy-mesme.

Aucuns Prophètes et Docteurs. Jay exposé au IVe des Eph., v. 44, et 1 Cor., XIT, 28, quelle différence il y a, pour le moins selon mon avis, entre les Docteurs et les Prophètes. En ce passage ils peuvent estre pris en mesme signification : comme si sainct Luc disoit qu’il y avoit plusieurs personnages en ceste Eglise-là, douez de singulière grâce du sainct Esprit pour enseigner. Pour le moins je ne voy aucune raison pourquoy ce mot de Prophètes doyve estre yci pris pour CeUX qui eussent le don de prédire les choses à-vepir : mais plustost sont dénotez ceux qui avoyent grand’grâce d'interpréter l’Escriture, ce me semble. Or l'office de tels estoit d'enseigner et exhorter : comme S.

Paul rend tesmoignage au chap. XIV de la Are aux Cor., v. 27. Il faut regarder l’inten-

| tion de S. Luc. Paul et Barnabas estoyent

ministres de l'Eglise d’Antioche : Dieu lés retire maintenant de là pour les envoyer ailleurs. Afin que nul ne pensast que ceste Eglise demeurast destituée de bons et suffisans ministres, en sorte que le Seigneur voulust garnir les autres en endommageant ceste-ci: S. Luc vient audevant, et remonstré qu’elle avoit si grande abondance et multitude de gens

de bien, qu’elle en fournissoit les autres, lesquelles en avoyent faute: et cependant toutesfois en avoit assez de reste pour son usage. Dont il appert en quelle abondance Dieu avoit espandu sa grâce sur ceste Eglise-là, puis que tels ruisseaux en pouvoyent descouler çà et là. Ainsi aussi de nostre temps ce bon Seigneur enrichit tellement aucunes Eglises, qu’elles sont comme pépinières pour peupler les autres, et espandre la doctrine de PEvangile.

Quant à Manahen ou Manaim, qui avoit esté nourri avec Hérode, il faut bien qu’il fust de quelque noble maison et famille, veu qu’il avoit esté donné compagnon à Hérode. Or $. Luc récite ceci tout à propos pour nous louer sa piété et religion:

d'autant qu'ayant mesprisé la gloire du monde, il s’estoit retiré vers le troupeau contemptible de Jésus-Christ. Il pouvoit bien estre l’un des principaux de la cour d’'Hérode, si ambition eust régné en son cœur : mais afin qu'il s’addonne du tout au Fils de Dieu, il ne fait difficulté de laisser ces honneurs caduques, et accepter ignominie et opprobre. Car si nous considérons bien quelle estoit lors la condition de l'Eglise, il ne pouvoit faire profession de l'Evangile, qu’il ne s’exposast à estre réputé infâme de tous. Nostre Seigneur donc nous a voulu instruire par son exemple à mespriser le monde, afin que ceux qui ne peuvent estre autrement vrayement Chrestiens, qu’en rejettant comme empeschemens nuisibles les choses qui sont précieuses à la chair, apprenent à fouller tout le monde au pied d’un courage constant et magnanime.

3 Eux donc servans en leur ministère au Seigneur, et jeusnans, le sainct Esprit, etc. Le mot duquel use sainet Luc, ne signifie pas seulement vacquer au service Divin, mais aussi il signifie quelque fois exercer offices et charges publiques. Au surplus, pource que le service divin des Gentils consistoit volontiers en sacrifices, ce mot est prins bien souvent pour offrir sacrifices. Laquelle signification a grandement pleu aux Papistes, pour prouver que les Apostres usoyent de quelque sacrifice. Mais encore qu’on leur accorde ce qu’ils demandent, toutesfois ils se monstrent bien ri-

Cuar. XIIL

dicules, en ce que pour la défense de leur belle Messe, ils prétendent que les Pasteurs d’Antioche ont sacrifié. Premièrement, veu que le mot est du nombre pluriel, il s’ensuyvra qu’un chacun d’eux ait célébré plusieurs Messes. Mais laissant là tels badinages, je di qu’il faut considérer quelle sorte de sacrifice Jésus-Christ a recommandé à son Eglise.

Les Papistes imaginent que l’office de sacrificature leur a esté ordonné et enjoint pour immoler et sacrifier Jésus-Christ, et par ce sacrifice racheter la paix de Dieu. Tant s’en faut que la saincte Escriture face aucune mention de ceci, que plustost le Fils de Dieu s’attribue cest honneur à soy tant seulement. Parquoy il y a bien une autre sacrificature en l'Eglise Chrestienne asçavoir qu’un chacun offre à Dieu et soy-mesme et ce qu’il ba : et quant aux ministres publiques, qu’ils sacrifient les âmes par le glaive spirituel de la Parole : comme S. Paul enseigne-au ch. XV des Romains, v.16. D’avantage, les prières et oraisons de tous les fidèles sont veaux spirituels des lèvres, (Osée, XIV, 2) par lesquels Dieu est droitement appaisé, quand ils luy sont offerts de l'autel sacré : C’est-àdire, au nom de Jésus-Christ : comme il est dit au chap. XIII, des Hébrieux, v. 15.

Quand donc maintenant S. Luc récite que les Prophètes et Docteurs ont servi en leur ministère au Seigneur, après que le sainct Esprit eut parlé à eux : je n’enten autre chose sinon que lors ils exerçoyent le ministère publique en lPassemblée. Il adjouste le Jeusne, afin que nous sçachions que leurs esprits estoyent délivrez de tout empeschement, afin que rien ne les destournast de se rendre attentifs à l’oracle divin. Au demeurant, on est en doute s'ils entreprindrent expresséement de jeusner, ou si sainct Luc signifie seulement qu’ils estoyent à jeun jusqu'à ceste heure-là.

Toutesfois ceci est hors de tout différent, que ces circonstances ont esté exprimées, afin que la vocation de sainct Paul ait plus de poids et plus grande authorité envers nous. Séparez-moy Barnabas et Saul, etc. Dieu commande que par lélection et les voix de PEglise Paul et

Cuar. XIII.

Barnabas soyent envoyez où il les avoit destinez. Dont nous recueillons qu’il ny a point élection légitime de Pasteurs ou ministres sinon là où Dieu préside. Car en ce que luy-mesme a ordonné et commandé que Pasteurs et Evesques fussent éleus par l'Eglise, il n’a point permis ni ottroyé une si grande licence aux hommes, que luy cependant ne préside comme le souverain gouverneur et modérateur. Il est bien vray que lélection ordinaire des Pasteurs est différente de ceste élection de Paul et Barnabas : d’autant qu’il faloit que ceux qui devoyent estre ordonnez pour l’advenir Apostres des Gentils, fussent establis par oracle céleste : ce qui n’est point nécessaire tous les jours, toutes fois et quantes qu’il faut ordonner des Pasteurs. Toutesfois ils ont ceci de commun, que tout ainsi que Dieu a testifié que Paul et Barnabas estoyent desjà lors par son décret destinez à prescher l'Evangile : aussi n’est-il point licite que d’autres soyent appelez à la charge et office d'enseigner, sinon ceux que Dieu (par manière de dire) a desjà choisis pour soy. Au reste, il n’est point nécessaire que le sainct Esprit nous crie de là haut du ciel, que celuy duquel il sera question, est appelé Divinement.

Car nous recevons ceux lesquels il a garnis de dons nécessaires, ne plus ne moins que s’il nous les avoit baïllez de main en main : veu que luy-mesme les a appropriez et formez de sa main propre. Mais il semble avis que ce que sainct Luc dit yci, que S. Paul a esté ordonné par les suffrages ou les voix de l'Eglise ne s’accorde nullement aux paroles de sainct Paul, quand il dit qu'il n’a point esté appelé ne des hommes ne par les hommes, Galat., I, 4. Je respon que long temps auparavant qu'il eust esté envoyé aux Gentils, il avoit esté créé Apostre mesme sans aucun moyen des hommes : et desjà aussi il avoit fait office d’Apostre par plusieurs années, lors que nouvellement il a esté appelé pour aller aux Gentils. Et pourtant afin qu'il ait Dieu pour autheur de son Apostolat, ce n’est point sans cause qu'il exclud les hommes. Et maintenant il ne commande point qu'il soit ordonné par les hommes ou de l'Eglise,

SUR LES ACTES

pour dire que sa vocation dépende du jusement des hommes : mais Dieu divulgue maintenant par édict publique ceste siene ordonnance et décret, lequel n’estoit encore cognu que de bien peu de gens : et veut que ce décret soit seellé par subscription solennelle de Eglise. Le sens de ces paroles est, que le temps est desjà venu que sainct Paul sème lEvangile entre les Gentils, et qu'après avoir rompu la paroy, il recueille une Eglise des Gentils qui avoyent esté auparavant estranges du Royaume de Dieu. Car combien que jusques alors Dieu se fust servi de luy en Antioche et ailleurs, toutesfois ceci est maintenant survenu de particulier, qu’il à voulu associer les Gentils en un mesme héritage de vie avec les Juifs.

Que si mesme dés le commencement il eust esté ainsi créé Docteur de l'Eglise, encore n’eust-ce esté par les hommes qu’il eust esté appelé. Car puis que le Seigneur prononce que c’est par luy qu’il a esté appelé, que laisse-il de reste à l'Eglise, sinon qu’elle s’y accorde en toute obéissance? Car le jugement des hommes n’entrevient pas yei comme en une chose douteuse, et le cas n’est point mis à la liberté des voix. Mais il nous faut retenir ce que j'ay dit, asçavoir que maintenant Paul et Barnabas ne sont point constituez en l’ordre des Docteurs, mais qu'un office et charge extraordinaire leur est enjointe, à ce qu’ils commencent à publier la grâce de Dieu entre les Gentils. Et c’est ce que signifient ces paroles, quand il est dit, Séparez pour l’œuvre. Car il ne faut point douter qu’il ne dénote une œuvre nouvelle et non usitée. Mais comment se fait cela, que sainet Paul à yci pour son adjoint Barnabas, veu que nous ne lisons nulle part que Barnabas ait fait office d’enseigner ? et qui plus est, veu que luy-mesme a tousjours laissé à sainct Paul la charge de parler ? Je respon qu’assez d'occasions de parler luy ont esté par plusieurs fois offertes en l’absence de sainct Paul : en sorte que tous deux avoyent assez à faire. Car un seul ne pouvoit pas tousjours estre présent en tous lieux. Il est certain qu’il n’a pas esté un spectateur muet, mais qu’il s’est acquitté fidèlement

de la charge que Dieu luy avoit commise.

Or d’estre en esmoy pourquoy sainct Luc n’a couché expressément par escrit les sermons qu'il a faits, il n’est pas besoin, veu que de tous ceux de sainet Paul à grand’peine en a-il enregistré le millième.

Le sainct Esprit, etc. Quelque tergiversation que Macédonius mette en avant avec toute sa secte, toutesfois nous avons yci un tesmoignage de la Divine essence du sainet Esprit si clair et évident, qu'il n’est possible de le faire esvanouir. Il n’y a rien qui soit plus propre à Dieu, que de gouverner seul l’Eglise par sa puissance et authorité. Or est-il ainsi que le sainct Esprit s’atiribue ce droict et authorité, quand il commande que Paul et Barnabas luy soyent séparez, testifiant qu'il les à appelez de sa propre volonté.

Et à la vérité il faut bien que nous confessions ceci, que le corps de l’Eglise est imparfait et sans teste, si nous ne recognoissons pour Dieu celuy qui la constitue et ordonne selon bon plaisir, qui luy donne des Docteurs pour la gouverner, et qui conduit ses advancemens, et l’entretient en ordre. C’est ce que nous verrons aussi ci-après en la prédication de sainct Paul, au chapitre XX : asçavoir que tous les Evesques ont esté ordonnez par le S. Esprit pour gouverner l’Eglise de Dieu. Or est-il ainsi que mesme selon le tesmoignage de sainct Paul, nul ne doit estre réputé légitime Pasteur de lPEglise, sinon qu’il soit appelé de Dieu : et Dieu ne monstre par autre marque qui sont les faux prophètes, sinon que ce n’est point luy qui les a envoyez. Nous recueillons donc que le sainet Esprit est vrayement Dieu, veu que son authorité est suffisante pour élire des Pasteurs, et qu’il ha puissance souveraine de les créer. Ce qui est aussi confermé par Isaie, chapitre XLVIHT, v. 46. Voyci, maintenant (dit-il) l'Eternel et son Esprit m’a envoyé. D’avantage, il nous faut observer par ces paroles, que le saïnct Esprit est une personne vrayement subsistante en Dieu. Car si nous recevons la fausse opinion de Sabellius, que le nom d'Esprit ne dénote point une substance ou personne, ains que c’est un épithète nud, ceste façon de parler sera fort im-

Cuar, XII,

propre, que l'Esprit a dit : et Isaïe aussi

luy attribueroit mal à propos l'office d’envoyer les Prophètes. AA A

3 Parquoy après avoir jeusné et prié, ils meirent les mains sur eux, et les, etc. Pour obéir à l’oracle du sainct Esprit, ils ne laissent pas seulement aller Paul et Barnabas, mais aussi ils les instituent solennellement Apostres des Gentils. Il est bien certain qu'ils ont entrepris ce jeusne expresséement pour cest affaire. Or il a dit au parayant qu’ils estoyent à jeun, quand ils estoyent attentifs à leur ministère : cela se pouvoit faire par coustume. Mais maintenant il y à une autre raison. Car en commandant publiquement de jeusner (ce qu’on avoit accoustumé de faire és choses difficiles et de grande importance) ils s’incitent et eux et les autres à prier de zèle ardent. Car l’Escriture adjouste ceste aide avec l’oraison bien Souvent. Or comme ainsi soit que ce fust une chose difficile et de haute entreprinse, de dresser le Royaume de nostre Seigneur Jésus entre les Gentils, ce n’est point sans cause que les Docteurs d’Antioche prient le Seigneur songneusement de donner forces suffisantes à ses serviteurs. Or la fin de leur prière n’estoit point que Dieu voulust dresser et gouverner leurs jugemens par l'Esprit de prudence et discrétion à bien élire : car toute dispute estoit ostée touchant cela. Mais leur but estoii, que le Seigneur garnist d’esprit de prudence et de force ceux qu’il avoit desjà choisis pour 50Y, afin que par Sa grande vertu il les rendist invincibles contre tous les assaux furieux de Satan et du monde, et que leurs labeurs fussent béneits par luy, en sorte qu’ils ne fussent infructueux, et aussi qu’il donnast ouverture à la publication nouvelle de son Eyangile. Quant à l’imposition des mains, laquelle sainet Luc met au tiers lieu, c’estoit une espèce de consécration, comme il a esté dit au Chap. VI. Car les Apostres ont retenu la cérémonie qui estoit receue entre les Juifs, selon la coustume ancienne de la Loy, comme aus de se mettre à genoux, et autres telles facons de faire utiles à l'exercice de piété, En somme, l’imposition des mains faite sur Paul et Barnabas

Cuar. XII.

ne tendoit à autre but, sinon que l’Eglise les offrist à Dieu, et qu’elle tesmoignast publiquement par son consentérment, que ceste charge et office leur estoit enjoint de Dieu. Car à parler pro-

SUR LES ACTES

prement, leur vocation estoit de Dieu seul : mais leur ordination extérieure estoit de l'Eglise, ainsi mesme qu’il leur avoit esté commandé du ciel.

4 Tceux donc envoyez du sainct Esprit, descendirent en Séleucie, et de là

navigquerent en Cypre.

5 Et quand ils furent à Salamis ils annoncèrent la parole de Dieu és synagoqgues des Juifs. Et ils avoyent aussi Jehan pour aide.

6 Puis ayant traversé l'isle jusques en Paphe, ils rencontrèrent un enchanteur, faux-prophète Juif, qui avoit nom Bar-Jésu,

7 Lequel estoit avec le Proconsul Serge Paul, homme prudent. Cestuy-ci ayant fait appeler Barnabas et Paul, désiroit d'ouir la parole de Dieu.

8 Mais Elymas, c'est-à-dire enchanteur (car son nom est ainsi exposé) leur résistoit, taschant de destourner de la foy le Proconsul.

9 Mais Saul (qui est aussi appelé Paul) estant rempli du sainct Esprit, ayant

les yeux fichez sur luy,

10 Dit, O plein de toute fraude et de toute cautelle, fils du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu point de renverser les voyes du Seigneur qui

sont droites?

11 Powrce Maintenant voyci la main du Seigneur sur toy, et seras aveugle sans veoir le Soleil jusques à un certain temps", et incontinent obscurité el ténèbres cheurent sur luy : et tournoyant, il cherchoit qui le conduiroit par la

main.

12 Adonc le Proconsul voyant ce qui estoit advenu, creut, estonné de la

doctrine du Seigneur.

1) Ou, tant que besoin sera.

k Iceux donc envoyez du sainct Esprit, descendirent en Séleucie, etc. HN n’est yci fait aucune mention d'élection faite par l'Eglise : d'autant que leur vocation estoit du tout Divine. Seulement l'Eglise les avoit receus comme luy estans offerts de la main de Dieu. Il dit en pre- Mier lieu, qu’ils descendirent en Séleucie, qui éstoit une ville de Syrie. Il est bien vray qu'il y avoit une région aussi nommée Séleucie : mais il est plus probable que sainct Luc parle de la ville de laquelle on passoit pour aller en Cypre.

5 Et quand ils furent à Salamis, ils annoncerent la parole de Dieu, etc. I récite qu’ils commencèrent à faire office d'enseigner en Salamis, qui est une ville de Cypre assez renommée et cognue.

Toutesfois il semble qu’ils commencent mal à faire leur office. Car comme ainsi soit qu’ils estoyent spécialement envoyez aux Gentils, ils annoncent toutesfois la

Parole aux Juifs. À cela je respon, qu’ils n’estoyent point tellement assujetis ni adonnez aux Gentils, qu'il leur fust nécessaire de laisser là les Juifs pour se retirer tout incontinent vers les Gentils.

Car quand Dieu les a ordonnez Docteurs des Gentils, il ne leur a point osté la charge et oftice qu’ils avoyent exercé jusques alors. Aïnsi il n’y avoit aucune raison qui les empeschast de s’employer tant pour les Juifs que pour les Gentils :

et qui plus est, ils devoyent commencer par les Juifs : comme on verra ci-après en la fin de ce chapitre. Sainct Luc aussi adjouste en passant, qu’ils ont esté aidez par Jehan. Car il ne signifie pas qu’il leur ait esté adjoint ministre pour leurs commoditez particulières ou corporelles, mais plustost en disant qu'il leur a aidé à prescher l'Evangile, il loue son labeur et son industrie : non pas que ce fust un degré égal d'honneur, mais c’estoit un

œuvre Commun à tous : dont il a esté ciaprès tant moins excusable, quand il laissa sa saincie vocation.

6 Puis ayant derechef traversé l'isle jusqu'en Paphe, ils trouvèrent, etc. I] est facile à croire qu’ils n’ont point traversé ceste isle sans y faire fruit. Car sainct Luc n’eust pas passé qu'il n’eust touché en général s'ils eussent esté refusez. Mais ce luy a esté assez de dire qu'ils ne se sont pas reposez de leur office d’enseigner, pource qu’il se hastoit de venir à une histoire mémorable, laquelle il récitera tantost après. Au surplus, veu que Salamis est située au rivage oriental au regard de Syrie, il a falu que Paul et Barnabas pour venir à Paphe, ayent pas- . sé par le milieu de l’isle du costé opposite. Car la ville de Paphe estoit située sur la mer tirant vers le Midi. Or combien que toute l’isle fust consacrée à Vénus, nonobstant la ville de Paphe estoit le principal siége de ceste idole. Et en cela tant plus devons-nous avoir en admiration la bonté de Dieu, qui a voulu que la lumière de son Evangile soit entrée en un bourbier si puant, et en une caverne si vileine et obscure. Car on peut bien recueillir quelle intégrité, quelle honesteté et pudicité, et quelle attrempance on pouvoit rencontrer en toute ceste ville-là, veu que la religion donnoit aux habitans une licence du tout desbordée à toutes vilenies et horribles meschancetez. /4s rencontrèrent un enchanteur faux-prophète. Veu que la religion estoit du tout corrompue entre les Juifs, il ne se faut point esbahir s'ils sont tombez en plusieurs superstitions horribles et détestables. Or comme ainsi soit que jusques alors ils eussent fait profession d’adorer un certain Dieu particulier, cela estoit une belle couleur pour décevoir, qu'ils se couvroyent sans honte du nom d’un dieu incognu. Mais il y à bien à s’esbahir, asçavoir comme Elymas a peu décevoir et enchanter un homme grave et prudent.

Car nous sçavons que les Juifs estoyent lors hays de tout le monde, et principalement les Romains les haissoyent, et les avoyent en extrême mespris. Or ce n’est point sans cause que sainet Luc loue ex-

Cuar. XIII.

Serge, afin qu’on ne pense point que par sottise et légèreté il se soit laissé tromper à cest enchanteur. Il a voulu (di-je) monstrer comme en un clair miroir, COombien on doit faire peu de cas de la prudence charnelle, laquelle ne se peut donner garde des tromperies si lourdes et grossières de Satan. Et de faict, là où la vérité de Dieu ne reluit point, tant plus que les hommes pensent estre sages, tant plus grande est leur folie, et tant plus se manifeste. Nous voyons quelles horribles et monstrueuses superstitions ont eu lieu entre les Gentils, voire entre ceux qui estoyent les plus aigus et exercez en toutes sciences. Et pourtant il ny a jugement ne prudence, sinon celle qui est de l'Esprit de Dieu. Et c’est une juste vengence de Dieu sur tous idolàtres, qu’estans mis et livrez en sens réprouvé, ils ne puissent rien discerner, comme il est dit au chapitre premier des Romains, v. 28.

Toutesfois il se peut bien faire que le Proconsul se faschant des superstitions anciennes, ait dès lors aspiré au pur service de Dieu, quand il tomba entre les mains de cest enchanteur et faux-prophète. Que si nous recevons ceste conjecture, ç’a esté certes un merveilleux jugement de Dieu, de dire qu’il ait souftert qu'un homme qui estoit mené d’une bonme affection, et esmeu d’un saincet zèle, se soit jetté dedans les filets mortels de Satan. Mais quelques fois il advient que Dieu exerce tellement ses éleus et fidèles, qu’il les fait tournoyer par divers esgaremens avant qu'ils puissent estre addressez au droit chemin. Or qui me fait dire que Serge Paul désirant quelque chose de mieux que ce qu’il avoit appris dés sa jeunesse, a cependant esté misérablement trainé à diverses superstitions, je pren ma conjecture sur ce qu’il fait appeler Paul et Barnabas de son propre mouvement pour estre enseigné par eux.

Il avoit donc conceu quelque révérence du vray Dieu, encores qu’il luy fust incognu : et estant persuadé que le Dieu qui estoit adoré en Judée, estoit le vray Dieu, il désiroit de cognoistre par la parole d’iceluy la pure et certaine reigle de vraye religion : et après avoir gousté les

presséement la prudence du Proconsul | resveries de ce faux-prophète, il demeure

Car. XII.

là en suspens. Et ne faut douter que Dieu ne solicite son cœur, afin qu’il n’acquiesce du tout en la vanité, combien qu'il se laissast abuser pour quelque temps à ce meschant homme.

8 Leur résistoit, cherchant de destourner de la foy le Proconsul. On ne se doit esbahir si cest affronteur et trompeur tasche de repousser la lumière, par laquelle il voyoit ses ténèbres estre chassées. Nous avons aujourd’huy un mesme combat dressé entre un tas de caphars, qui ayans accoustumé de faire valoir leur marchandise, bouchent les yeux des simples par telles ruses et fallaces qu'ils peuvent : afin qu'ils ne puissent veoir la clairté du Soleil de justice qui est levé.

Or il nous faut combatre contre tels empeschemens. Car combien qu'il n’y ait pas tousjours des enchanteurs prests à nous faire fascherie, si est-ce toutesfois que Satan nous met devant les yeux assez de destourbiers qui occupent nos entendemens pour repousser Jésus-Christ, et lesquels nostre chair est trop prompte à recevoir. Brief, les alléchemens du monde, et les affections perverses de nostre chair sont autant d’enchantemens, par lesquels Satan ne cesse de renverser nostre foy. |

9 Mais Saul, qui est aussi appelé Paul, estant rempli du sainct Esprit, ayant les, etc. Sainct Luc remonstre maintenant comment Dieu a rompu le nœud, duquel le Proconsul estoit lié. Car comme ainsi soit qu'il fust trop addonné à cest enchanteur, il ne pouvoit, comme délivré et deslié, recevoir la bonne et pure doctrine. Car les esprits que Satan à enchantez, il les tient bandez d’une facon incroyable, tellement qu’ils ne peuvent veoir la vérité toute patente : mais après que cest abuseur a esté abbatu, il fut facile à sainct Paul d’avoir accès pour gaigner le Proconsul. Or il faut noter ce que dit sainct Luc, que la foy est fondée en la Parole, en telle sorte que sans cest appuy elle sera esbranlée au premier effort :

et qui plus est, que ce n’est sinon un bastiment spirituel de la parole de Dieu.

SUR LES ACTES

faire aucun proufit s’il eust usé de quelque moyen tempéré. Il est bien vray qu’il faut tousjours commencer par la doctrine, etadmonester, exhorter et aiguillonner ceux qu’on voit bien n’estre point du tout obstinez. Aussi sainct Paul ne foudroye pas d'entrée d’une telle véhémence contre cest enchanteur : mais quand il voit que malicieusement et de propos délibéré il fait la guerre contre la pure doctrine de vraye religion, il le traitte ne plus ne moins qu'un esclave de Satan.

C’est ainsi aussi que nous devons traitter les ennemis désespérez de l'Evangile, esquels se monstre manifestement une contumace obstinée, et un contemnement profane de Dieu : et principalement quand ils ferment le passage aux autres. Et afin qu’on ne pense que sainct Paul ait excédé mesure en son courroux, sainct Luc déclare expresséement qu’il a eu l’instinct du sainct Esprit pour conducteur et guide. Et pourtant non-seulement ceste véhémence etardeur de zèle est irrépréhensible, mais elle doit apporter une frayeur horrible à tous profanes contempteurs de Dieu, qui ne font difticulté de s’eslever contre la parole d’iceluy : veu que ceste sentence est prononcée, contr'eux tous non point par un homme mortel, mais elle est proférée du sainct Esprit par la bouche de $. Paul. Quant aux mots, ce présent passage réfute l'erreur de ceux qui pensent que Saul ait pris son nom de Paul, du Proconsul Serge Paul, comme s’il eust dressé une enseigne de victoire.

Il y a plusieurs raisons qu’on pourroit alléguer au contraire, et assez pertinentes : mais ce seul passage suffit assez, où sainct Luc monstre que sainct Paul avoit desjà deux noms avant que le Proconsul fust attiré à la foy. Et ne faut point douter qu'il n’ait retenu entre les Juifs le nom qui estoit en usage à sa nation, asçavoir Saul. Cependant nous sçavons que c’estoit une chose usitée, asçavoir que ceux qui estoyent citoyens Romains empruntoyent quelque nom italien. Au reste, sainct Luc avec le mot de Fraude, conjoint aussi Cautelle, qui est con-

10 Oplein de toute fraude. Sainct\ traire à syncérité et rondeur, asçavoir

Paul n’est point entré en une telle ardeur de courroux sans cause. Car il n’espéroit

quand les hommes cauteleux et fins transforment d’un costé et d'autre leur esprit

muable et inconstant, tellement qu’ils n’ont rien qui soit un et simple. Le mot Grec toutesfois duquel use sainct Luc signifie une audace prompte à nuire : mais la première signification convient mieux.

Par ce mot fils du diable, est entendu un homme désespéré et perdu. Tels sont tous ceux qui de malice obstinée et de propos délibéré combatent contre ce qui est juste et droit. Pour ceste cause S.

Paul adjouste puis après, que cest enchanteur et faux prophète Elymas est ennemi de toute justice. Ne cesseras-tu point de renverser, etc. 11] appelle les voyes du Seigneur, tout le moyen par lequel il nous attire à soy. Il dit que ces voyes sont plaines et ‘droites, et accuse cest enchanteur, qu’il rend la voye du Seigneur tortue et entortillée par ses ruses et finesses, et par ses propos ambigus. Dont nous pouvons recueillir une doctrine fort utile : asçavoir qu’il advient par la finesse du diable, que nous trouvons le chemin difficile par lequel il nous faut aller à Dieu. Car il nous monstre une voye en sa parole, qui est simple et plaine, et où il n’y à ne ronces ni espines.

Pour ceste cause il nous faut garder diligemment des affronteurs, qui par leurs propos inconstans et pleins d’espines nous empeschent le chemin, ou le rendent rude et fascheux. Au demeurant,

il est encore besoin de répéter ce que j'ay dit ci-dessus : asçavoir qu’il ne faut pas tousjours imputer à vice aux serviteurs de Jésus-Christ, s’ils sont portez d’une impétuosité violente contre ceux qui sont ouvertement ennemis de la pure et vraye doctrine, sinon qu’on vueille rédarguer d’excès le sainct Esprit. Toutesfois je sçay bien combien il est facile de trébuscher en cest endroit : et tant plus faut-il que les Docteurs fidèles soyent attentifs à s’en donner garde. Premièrement, que sous couleur de zèle ils ne laschent la bride à leurs affections charnelles. En après, qu’ils ne soyent bouillans d’une véhémence trop hastive, et ardeur subite, quand encore on peut user de modération. Pour le troisième, qu’ils ne se donnent licence à dire injures futiles et mal séantes : mais seulement qu’ils expriment l’indignité du faict par paroles

Crar. XI.

signifiantes et ayans poids. Tel a esté le sainct zèle et véhémence de l'esprit aux Prophètes, laquelle si certains pérsonnages délicats et efféminez jugent estre plustost une fureur et tempeste, ils ne considèrent pas combien Dieu ha sa vérité chère et précieuse, Maintenant nous voyons qu’il y a plusieurs Elymas qui se lèvent pour renverser et abbatre la foy, voire pires et plus meschans sans comparaison que cestuy-ci duquel il est yei parlé. Car nous Yoyons comme d’une audace effrontée et piene de sacrilége, ils despouillent Dieu de tout honneur : de quelles vileines corruptions ils profanent toute la religion : comment ils précipitent cruellement les povres âmes en ruine éternelle : comment ils se mocquent vileinement de Christ : de quelles ordures ils souillent tout le service de Dieu : de quels opprobres énormes ils deschirent la vérité sacrée de Dieu : de quelle tyrannie barbare ils dégastent l’Eglise de Dieu, en sorte qu’on diroit qu'ils foullent : Dieu aux pieds. Toutesfois il y à plusieurs de ces philosophes chagrins, qui voudroyent bien qu’on usast de flatteries envers ces géans furieux. Mais puis que il est notoire que tels n’ont jamais gousté que veut dire ceste sentence du Psalmiste, asçavoir Le zèle de ta maison m'a rongé, Pseaume LXIX, 10, laissons- les là avec leur froidure, ou plustost stupidité, et nous efforceons jusques à une grande ardeur à maintenir la gloire et honneur de Dieu.

AA Et maintenant voyci la main du Seigneur sur toy, et seras aveugle, sans veoir, etc. I parle ainsi pour monstrer que Dieu est autheur de ceste punition, et que luy en est seulement ministre. Au surplus, il me semble que ceste puissance est celle que sainct Paul appelle vertu, au chapitre XII de la 4re aux Corinth., v. 28. Car tout ainsi qu’ils estoyent garnis de la vertu du $. Esprit pour guairir et aider aux fidèles par miracles :

aussi avoyent-ils le fouet en la maïn pour domter les rebelles et obstinez. S. Pierre a desployé une telle vengence de Dieu en Ananias et Sapphira sa femme, Act. W, 5.

Mais pource que les miracles devoyent tenir le plus communéement de la nature

Cuar. XHI.

du Fils de Dieu, qui est tout débonnaire, plein de douceur, plein de bénéficence et de miséricorde : à ceste raison il n'a point voulu que ses Apostres feissent beaucoup de miracles, par lesquels fust démonstrée la rigueur de la vengence de Dieu. Et ne faut pas penser qu’ils fussent garnis de ceste faculté ou puissance, toutes fois et quantes qu'ils eussent voulu se venger de quelqu'un : mais l'Esprit de Dieu qui les armoit de ceste vertu, luymesme les conduisoit et guidoit à en user droitement et légitimement. Parquoy il nous faut réduire en mémoire ce que lious avons veu ci-dessus, que sainct Paul a parlé estant poussé par le sainct Esprit. Or ceste sorte de vengence a esté fort propre. Car comme cest enchanteur taschoit d'obseurcir le soleil, et ravir aux autres le bénéfice de la lumière, c’est à bon droict qu’il a esté plongé en obscurité et ténèbres. Mais puis qu'ainsi est qu'aujourd’'huy il y en a plusieurs entre les Papistes, qui surmontent cest abuseur et faux-prophète en impiété, on se pourroit esbahir pourquoy il ne se fait point de telle punition sur leur audace, en laquelle ils se vantent si fièrement Est-ce que la main de Dieu soit devenue plus foible? Ha-il moins de soin de sa gloire qu’il n’avoit? A-il laissé son zèle et affection de maintenir son Evangile ?

À cela je respon, que ceste punition visible qui a esté envoyée une fois à ce faux-prophète, et autres peines semblables, sont exemples de l’ire perpétuelle de Dieu contre tous ceux qui ne craignent point de falsitier, ou corrompre, ou mesie combatre ouvertement par leurs ca- Aomnies et fausses accusations la pure doctrine de l'Evangile. Car nous sçayons bien que les miracles ont esté faits pour un temps, à este fin qu'ils soyent en vigueur perpétuelle, et demeurent devant nos yeux à tout jamais, et qu'ils nous esclaireni pour contempler les jugemens de Dieu, qui autrement ne nous sont pas tousjours visibles. Cependant ce n’est point à nous de limiter à Dieu ce moyenci ou cestuy-là, par lequel il punisse et face vengence de ses ennemis. Serge Paul

SUR LES ACTES

qui n’avoit eu goust de la vraye religion devant que venir en aage d'homme : qui dés son enfance avoit esté abbruvé de diverses superstitions, et avoit des empeschemens bien grans qui le pouvoyent destourner de la foy : et finalement luy qui estant ensorcelé des resveries de cest enchanteur, à grand’peine pouvoit approcher de la foy, avoit grand besoin de bonnes aides. Voylà pourquoy Dieu, par manière de dire, luy a tendu la main du ciel. Combien qu’il nous a aidez tous en la personne d’iceluy. Car le mesme Evangile, lauthorité duquel fut lors confermée, nous est aujourd’huy presché. Et ce nonobstant Dieu ne se déporte point tellement de besongner, qu’il ne monstre apertement en façons diverses sa puissance redoutable contre les ennemis de l'Evangile : ce que nous verrions clairement, si nous n'avions la veue si débile à contempler ses Jugemens.

12 Adonc le Proconsul voyant ce qui estoit advenu, creut, estonné de la doctrine, etc. C’est ce que j'ay dit, que les laqgs desquels cest affronteur Elymas tenoit le Proconsul empestré, ont esté rompus. Car il a esté miraculeusernent amené à la foy. Car la révérence de la doctrine est un commencement et une préparation à la foy. Ayant donc une espreuve évidente de la vertu Divine devant ses yeux, il a cognu que sainct Paul estoit envoyé de Dieu : et en ceste façon commença à avoir en révérence la doctrine d’iceluy, de laquelle la certitude et vérité luy estoit douteuse auparavant. Maintenant si le Seigneur fait par une façon admirable que la foy de l'Evangile, laquelle est de tous costez esbranlée et assaillie si rudement et de tant de coups furieux et impétueux, demeure toutesfois ferme és cœurs de beaucoup de gens :'si par une manière incroyable il fait que la foy passe au travers de mille empeschemens, que ceste grâce nous contente, et ne murmurons point contre Dieu, ou ne nous lamentons de luy, comme si nostre condition estoit pire en ce qu’il ne fait tous les jours des miracles nouveaux selon nostre appétit.

Car. XIE

13 Et quand Paul et ceux qui estoyent avec luy furent partis de Paphe, ils veindrent à Perge, ville de Pamplhilie. Adonc Jehan s'estant départi d'avec

eux, retourna en Jérusalem.

14 Et iceux départans de Perge, veindrent en Antioche qui est en Pisidie : là où estans entrez en la Synagoque au jour des Sabbaths !, ils s’asseirent.

15 Adonc après la lecture de la Loy et des Prophètes, les principaux de la Synagoque envoyérent vers eux, disans, Hommes frères, s'il y a en vous quelque parole d'exhortation pour le peuple, dites-la.

4) Ou, du Sabbath.

13 Et quand Paul et ceux qui estoyent avec luy furent départis, etc.

S. Luc récite yei un autre séjour de sainct Paul. Car estant sorti hors de Paphe, il veint en Antioche qui est en la Pisidie, et là il feit un sermon digne de . mémoire : lequel S. Luc récitera, avec

le fruit qui S’en est ensuyvi. Toutesfois avant que passer plus outre, il fait mention en passant du département de Jehan, pource qu’il fut puis après cause d’une triste dissension qui fut entre Paul et Barnabas. Quand il dit que ceux qui estoyent avec Paul partirent de Paphe, il entend en premier lieu Paul mesme : et puis après, les autres, excepté un. Ainsi il reprend la tendreté et délicateté de cestuy-ci, en louant les autres qui ont suyvi Paul constamment et sans se lasser.

44 Estans entrez en la Synagogue au jour des Sabbaths, etc. I à mis le nombre pluriel pour le singulier, comme on le trouve bien souvent en d’autres passages de l’Escriture. Car ils avoyent de coustume de s’assembler és jours des Sabbaths, afin que ce qu’ils se reposoyent du travail ordinaire, ne fust inutile et sans fruit. Vray est que l'institution du Sabbath regardoit encore à une autre fin: asçavoir que ce jour-là fust une figure du repos spirituel, quand les fidèles estans morts au monde et à la chair, renoncent à leur propre volonté, et cessent de leurs œuvres. Or pource que nous avons la vérité de ce repos en Jésus- Christ, quand estans ensevelis avec luy nous despouillons le vieil homme, à ceste cause la vieille figure est passée. Mais Dieu a regardé aussi à l'usage politique, à ce que les Juifs estans délivrés de toutes autres Ssolicitudes et affaires, s’as-

semblassent pour traitter des choses de Dieu. Aïnsi le repos des choses terriennes donnoit lieu à leurs exercices célestes. C’est ainsi que nous devons aujourd'huy faire les festes. Car pour ceste cause il faut laisser là toutes autres choses, afin que nous puissions plus librement servir à Dieu.

15 Adonc après la lecture de la Loy et des Prophètes, les principaux de La, etc. Il ne parle nullement des prières :

et toutesfois il est bien certain qu'ils ne les ont point omises, ni esté nonchalans à les faire. Mais pource que lintention de S. Luc estoit de réciter le sermon que S. Paul feit là, il ne se faut esbahir s’il raconte seulement les choses qui appartenoyent à l’ordre d'enseigner. Or cependant voyci un fort beau passage, par lequel nous apprenons quelle façon les Juifs gardoyent en ce temps-là de traitter la doctrine. Le premier lieu estoit donné à la Loy et aux Prophètes : d’autant qu'il n’est licite de rien proposer à l'Eglise, qui ne soit tiré de ceste fontaine. On peut aussi recueillir de ceci, que l’Escriture n’estoit point cachée ou supprimée entre peu de gens: mais tous estoyent indifféremment receus à la lecture d’icelle. Puis après ceux qui avoyent grâce d'enseigner et exhorter, venoyent en second lieu comme expositeurs de lEscriture qui avoit esté leue. Nonobstant sainct Luc monstre à la fin, qu’il n’estoit pas permis à tous de parler, afin que la licence n’engendrast confusion: mais qu’il y avoit certains personnages députez à cest office, lesquels il appelle principaux ou maistres de la Synagogue. Ainsi Paul et Barnabas ne s’ingèrent pas du premier coup à parler, afin qu'ils ne troublent

Car. XII.

l’ordre accoustumé par trop grande hastiveté : mais ils attendent modestement jusques à ce qu’il leur soit permis de parler, et ce par le congé de ceux qui avoyent le gouvernement, et estoyent en authorité du consentement publique. Or nous sçavons combien l’estat de ce peuple estoit corrompu pour lors : et sainct Luc monstrera en la fin de ce chapitre, que les habitans de ceste Antioche estoyent merveilleusement arrogans et obstinez à rejetter la grâce du Seigneur Jésus : et toutesfois ils avoyent ce bien de reste entre eux, que leurs assemblées estoyent réglées d’un bon ordre et honneste. Tant plus grande honte deveroyent avoir ceux qui veulent estre aujourd’huy réputez Chrestiens, de ce qu'entre eux il y à une confusion si difforme. Les Papistes prononceront bien à haute voix, et feront retentir quelques mots de l’Escriture en leurs temples : mais ce sera en langage incognu, en sorte que le peuple n’en rapportera fruict quelconque. Ils y meslent bien peu souvent quelque chose de la doctrine : et lors mesme il vaudroit beaucoup mieux que ces meschans caphars eussent la bouche close, puis qu’ils ne proposent autre cas que leurs vileins son-

SUR LES ACTES

ges, et que par leurs ordes et puantes impiétez ils souillent tout ce qui est sacré. S'ily a en vous quelque parole, etc.

Ceste façon de parler démonstre que toutes les grâces que les hommes ont pour bastir l'Eglise, leur sont comme données en dépost. Combien que ce mot En, selon la manière de parler des Hébrieux, peut estre supérabondant. Et pourtant je ne m’arreste pas trop sur ce poinct, d'autant que ceci peut avoir un autre sens, et plus simple, en ceste sorte, Si vous avez quelque exhortation qui soit propre et utile pour le peuble, etc. Au reste, l’exhortation n’exclud point la doctrine. Mais il semble que ce nom a esté receu entr’eux par usage commun: pource que c’est proprement l'office d’un Docteur, de ne proposer rien de nouveau selon sa fantasie, mais d'appliquer au proufit et usage du peuple l’Escriture, en laquelle est enclose toute la sagesse des fidèles. En ceste sorte le Docteur n’enseigne point tant, que plustost il approprie à l'édification de l’Eglise la doctrine qu’il à prinse d’ailleurs. Ce qui est signitié, comme il me semble, sous ce mot d’exhortation.

46 Lors Paul se leva, et faisant signe de la main qu'on feist silence, dit, Hommes Israélites ", et vous qui craignez Dieu, oyez.

17 Le Dieu de ce peuple d'Israël a éleu nos pères, el a haussé ce peuple du temps qu'ils demeuroyent en la terre d'Egypte, et les feit sortir hors d'icelle

d'un bras eslevé.

18 Et a souffert leurs mœurs au désert environ le temps de quarante ans. 19 Puis ayant destruit sept nations en la terre de Chanaan, il leur a dis-

tribué leur terre en héritage.

20 Et après cela environ quatre cens cinquante ans, il leur donna des Juges

jusques à Samuel le Prophète.

24 Puis après ils demandèrent un roy, et Dieu leur donna Saül fils de Cis, homme de la lignée de Ben-jamin. ainsi passèrent quarante ans.

22 Et quand il fut osté, il leur suscita David pour roy, duquel aussi il rendit tesmoignage, et dit, J'ay trouvé David fils de Jessé, homme selon mon

cœur, lequel fera tout mon vouloir.

23 De la semence d'iceluy, Dieu selon sa promesse a suscité à Israël le Sau-

peur Jésus ?.

1) Ou, frères.

2) Ou, a fait venir le Sauveur à Israël, asçavoir Jésus.

46 Lors Paul se leva, etc. Du com-|pensions que ce soyent yci paroles jet-

mencement il faut noter où gist le poinet | tées follement en Pair. IE semble bien que de ceste prédication, afin que nous ne | sainct Paul aille chercher le commence-

Il [A

ment de trop loin: et nonobstant il ne dit rien qui ne conviene trèsbien au présent propos. Car son intention est, d’amenerdes Juifs à la foy de Jésus-Christ :

et pour ce faire, il faut nécessairement que ceci leur soit démonstré, qu'il n’y à rien qui les face excellens par-dessus toutes autres gens et nations, sinon que le Seigneur leur a esté promis : le Royaume duquel est la souveraine et unique félicité. Voyei donc le bout par lequel sainct Paul commence, que ce qu’ils ont esté jadis éleus afin qu’ils fussent le peuple péculier de Dieu : qu’ils ont receu tant de bénéfices par successions continuelles de temps, jà soit qu'ils s’en rendissent indignes, tout cela dépend de la promesse faite du Messias, et tend à ce büt, que Dieu les conduise et gouverne par la main du Messias: et que pourtant ils n’ont rien en quoy ils se glorifient, sinon qu'ils soyent unis e£ recueillis sous leur chef. Et qui plus est, que s'ils ne le reçoyvent leur estant offert, l’alliance de vie que Dieu avoit faite ayec leurs pères, sera rompue et anéantie, et n’y aura plus d'adoption. La première partie de ceste prédication tend à ce but, asçavoir que le principal article de la Loy, et le fondement de lalliance de Dieu, est qu’ils ayent Jésus-Christ pour conducteur, pour chef et gouverneur, qui remette toutes choses en bon estat entre eux, que la religion ne peut consister sans luy, et que sans luy aussi ils sont du tout misérables. Après cela sainct Paul descend à l’autre membre, que ce Jésus qu’il annônce, est vrayement le Christ, par lequel le salut a esté apporté et manifesté au peuple. Outreplus, il déclare par quel moyen ceste rédemption a esté faite par luy. D’avantage, il traitte de la vertu et office d’iceluy, afin qu'ils sçachent quels sont les biens qu'ils doyvent attendre de luy. La conclusion contient une répréhension. Car il les menace d’un jugement espoyantable et horrible, s’ils rejettent l'autheur du salut se présentant le premier à eux, veu que la Loy et les Prophétes les solicitent à le désirer ardemment. Voylà presque toute la somme de ceste prédication. fl faut maintenant esplucher chacun poinct l’un après l’autre.

Car, XIII.

Hommes frères, ele. Pource que S. Paul entendoit bien qu’il y avoit plusieurs enfans d'Abraham qui estoyent bastars, il appelle de deux noms les Juifs ausquels il parle. Premièrement, il les appelle fréres, regardant à la génération commune : cependant toutesfois il remonstre qu’ils seront vrayement Israélites, S'ils craignent Dieu : et qu’aussiils serontadonc bons auditeurs, pource que la crainte du Seigneur est le commencement de sagesse. Par ce mesme moyen il rend les fidèeles attentifs, et les attraye à luy donner audience: comme s’il disoit, Combien qu'il y en ait plusieurs qui se vantent estre enfans d'Abraham, qui ne sont nullement dignes d’un tel honneur, monstrez que vous n’estes point une semence bastarde. Apprenons de ceci que ce n’a poin£ esté seulement pour un temps que Ce Wice a régné, que les bons et vrais serviteurs de Dieu ont esté meslez parmi les hypocrites, et que les uns et les autres ensemble ont eu le nom d’Eglise. Mais il nous faut diligemment estudier, que nous soyons de faict ce ue nous SOMMES ap pelez. Ce que nous ferons, quand nous ne ferons point seulement profession extérieure, mais aussi aurons vrayement la crainte de Dieu.

17 Le Dieu de ce peuple d'Israël, etc.

Ceste préface rendoit tesmoignage que sainct Paul ne taschoit point à amener quelque nouveauté, par laquelle le peuple fust destourné de la Loy de Moyse. Vray est que Dieu est le Dieu de toutes nations : mais il l'appelle Dieu de ce peuple auquel il s’estoit allié, et d'autant qu'il estoit servi et honoré entre les successeurs d'Abraham, lesquels seuls avoyent la vraye et pure religion. A cela mesme appartient ce qu’il adjouste incontinent après, quand il dit, /{ & éleu nos pères.

Car il proteste par ces paroles, qw’il ne prétend rien moins que de faire que les Juifs se révoltent du wray Dieu et vivant, lequel les a séparez de tout le reste du monde. Et de ma part je ne doute point qu'il ne leur ait plus ouvertement déclaré, qu'il ne leur annonçoit point un Dieu qui leur fust incognu ou nouvellement forgé, mais le mesme Dieu qui s’estoit jadis manifesté à leurs pères. En ceste sortie il

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