‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 60 sur 113 · PAR ÉE-T · texte numérisé non relu

PAR ÉE-T

Car. XI,

comprend en brief la vraye et seure cognoissance de Dieu, laquelle estoit fondée en la Loy, afin que la foy qu'ils avoyent conceue de la Loy et des Prophètes, demeure ferme et stable. Cependant toutesfois il magnifie l'amour gratuite de Dieu envers ce peuple. Car d’où est venu cela, qu’il n’y eust que les enfans d'Abraham, qui fussent l'Eglise et l'héritage de Dieu, Sinon qu'il a semblé bon à Dieu de les discerner des autres nations ? Et de faict, il n’y avoit aucune dignité en eux qui les discernast : mais la différence est venue de Pamour de Dieu, de laquelle il aima Abraham gratuitement. Moyse réduit souvent en mémoire aux Juifs ceste bonté gratuite de Dieu : comme aux IV, VIE, X, XIV, XXXII du Deut. et beaucoup d’autres passages. En quoy Dieu nous a mis devant les yeux un clair miroir de son conseil admirable, que ne trouvant rien d’excellent en Abraham qui estoit comme un homme incognu et povre idolâtre, il Va toutesfois préféré à tout le reste du monde. Or ceste élection a esté commune à tout le peuple (comme aussi la Circoncision) par laquelle Dieu a choisi pour soy la génération et semence d'Abraham.

Mais avec cela aussi il y avoit une autre élection plus cachée, par laquelle Dieu, d’entre plusieurs enfans d'Abraham en mettant un petit nombre à part, a donné à cognoistre que tous ceux qui estoyent engendrez d'Abraham selon la chair, n’estoyent pas pourtant de sa génération spi-

rituelle. Æ£ @ haussé ce peuple, etc.

Sainct Paul monstre que tous les bénéfices que Dieu conféra depuis aux Juifs, sont procédez de ceste amour gratuite, de laquelle il avoit aimé leurs pères. Car c’est la raison pourquoy ils ont esté rachetez par une vertu admirable, et amenez par Ja main d’iceluy en la possession de la tèrre de Chanaan, après que Dieu en faveur d'eux en eut chassé tant de peuples.

Et de faict, ce n’estoit pas peu de chose de desnuer le pays de ses habitans naturels, pour y loger des estrangers : c’est la source, l’origine et la racine de toutes sortes de biens, à laquelle S. Paul nous appelle, Que Dieu a éleu les pères. Ceci mesme a esté la cause pourquoy Dieu a usé d’une si merveilleuse patience, afin

SUR LES ACTES

de ne rejetter point du tout ce peuple rebelle, lequel autrement se fust destruit et ruiné mille fois par sa perversité.

Pourtant aussi quand lEscriture fait men-

tion que Dieu leur a pardonné leurs forfaits, elle dit que Dieu à eu mémoire de son alliance. Or il dit que les Israélites ont esté haussez, quand ils habitoyent en une terre estrange, afin qu’ils se souvienent combien leur rédemption a esté magnifique et excellente.

48 Et a souffert leurs mœurs au désert, etc. Il y à yci au Grec un mot com-

posé qui signifie Souffrir les mœurs, qui

est de grande signifiance et de bonne grâce pour exprimer la patience et débonnaireté de Dieu à supporter ce peuple, lequel il cognoissoit bien estre pervers et revesche. Or S. Paul signifie yci derechef, que lélection de Dieu a esté cause que sa douceur et bonté a combatu contre la malice du peuple. Toutesfois il nous faut noter que Dieu voulant demeurer ferme en son propos, a tellement eu pitié de son peuple éleu, que cependant il a fait une vengence horrible des rebelles et meschans. Vray est qu’il a espargné le peuple, en sorte qu'il ne Pa point totalement destruit, comme il le pouvoit faire à bon droict : mais quant et quant il a trouvé le moyen, par lequel les meschancetez ne demeurassent impunies.

Et ainsi a esté accompli ce que dit Isaïe, chap. X, v. 22, Quand le peuple seroit comme le sablon de la mer, le reste sera Sauvé.

20 Il leur donna des juges, etc. Par ce mot de Juges, l’Escriture entend ceux qui ont la supérintendance et le souverain gouvernement. Or c’est un autre tesmoignage de la clémence et bonté infinie de Dieu envers les Juifs, qu’il leur a pardonné tant de révoltemens. Car il est bien vray-semblable que $. Paul à exposé plus clairement et amplement ce que S.

Luc à recueilli en brief. Or nous sçavons quel à esté l’estat de ce peuple en tout ce temps-là, quand à chacun coup se monstrant farouche et indontable, il venoit à jetter bas le joug de Dieu, et ne vouloit s’y assujetir. Il à esté chastié souvent par grandes desconfitures : et toutesfois quand Dieu Pavoit humilié, il le

Cuar. XIIL.

délivroit un peu après de la tyrannie de | qu’il y a quelque chose singulière en luy,

ses ennemis. Ainsi par le milieu de tant de morts, il a gardé en sauveté le corps du peuple par l’espace de quatre cens et cinquante ans. Et par ceci il appert combien de fois ils se sont rendus indignes de l'amour de Dieu, lequel ils ont mesprisé et rejetté, si la fermeté de élection n’eust esté la plus forte. Car comme s’estil peu faire que Dieu ne se soit jamais lassé de garder la foy à ceux qui luy avoyent rompu la foy cent fois, sinon que jettant les yeux sur son Christ, il n’a peu souffrir que lalliance fondée en iceluy fust anéantie ?

24 Puis après ils demandèrent un

roy, etc. Certes ce changement a esté tout autant que s’ils eussent manifestement renversé le gouvernement que Dieu avoit institué entr’eux : de quoy aussiDieu luy-mesme se plaind au 4° livre de Sam...

chap. VITE, v. 5, 7. Mais la stable fermeté de l’élection a empesché que Dieu ne leur ait envoyé des punitions telles que leur forcénerie méritoit bien. Et qui plus est, la cupidité perverse et illicite du peuple a servi à Dieu d’une nouvelle et incroyable occasion de dresser un royaume, duquel le Messias veist puis après à estre manifesté. Car comment s’est fait cela, que le sceptre royal escheust à la maison de Juda, sinon que le peuple fust chastouillé de ce désir, qu'il y eust un roy créé sur luy ? Et c’est une chose toute certaine que le peuple faisoit mal : mais le Seigneur qui sçait convertir le mal en bien, tourna ceste lourde faute en salut, Quant à ce que Saul a esté dégradé de la dignité royale, cela tendoit à rédarguer la faute du peuple‘. Mais quand le royaume fut tantost après establi en la maison et famille de David, alors a esté monstré que la prophétie de Jacob estoit véritable, Gen., XLIX, 10.

22 Jay trouvé David, etc. Sainct Paul a allégué ce tesmoignage, non point tant pour louer la personne de David, que pour rendre les Juifs plus attentifs à recevoir Christ. Car ce que Dieu testifie qu’il a du tout addonné son cœur à David, il ne le dit point sans cause, ou pour quelque raison légère : mais il monstre

1) Sam, XV, 28,

et le louant si hautement, il veut en la personne d’iceluy eslever les esprits des fidèles à Christ. Or ce passage est pris du Pseaume LXXXIX, v. 21. Sainct Paul a seulement entremeslé ce mot Fils de Jessé, qui n’est point au Pseaume : pour tant plus amplifier la grâce de Dieu. Car comme ainsi soit que Isaï fust un homme rustique, s’addonnant à la nourriture des bestes, ç’a bien esté une œuvre admirable de Dieu, de tirer le plus petit de tous ses enfans hors des bergeries, pour le colloquer au thrône royal. Par ce mot de Trouver, Dieu signifie qu'il a rencontré un homme tel qu’il le vouloit. Non pas que David se soit mis en si bonne disposition de soy-mesme et par son industrie, pour se présenter au-devant de Dieu :

mais c'est une manière de parler empruntée de la manière commune qui est en usage entre les hommes. Mais on fait yei une question : Veu que David est trébusché si lourdement, comment est-ce que Dieu Iluy rend tesmoignage d’une obéissance continuelle P On peut respondre en deux sortes : c’est asçavoir que Dieu a regardé plustost à une suite continuelle de la vie de David, qu’à chacune de ses œuvres. D’avantage, quand il Pa orné de ce titre, ce n’a point esté tant pour son mérite, que pour l'amour de son Christ. Il est bien certain que par un seul forfait il avoit bien mérité que luy et les siens fussent perpétuellement ruinez :

et entant qu’en luy estoit, le chemin estoit fermé à la bénédiction de Dieu, à ce qu’il ne peust avoir autre lignée de Bethsabée, qu’une lignée serpentine. Mais au contraire, son vilein forfait qu’il avoit commis en la mort d’Urie, tourna à une fin toute contraire par un conseil admirable de Dieu. Car Salomon nasquit de ce mariage mal-heureux, plein de desloyauté, brief, souillé de plusieurs ordures. Or combien que David ait griefvement péché, toutesfois pource qu’il a suyvi Dieu tout le cours de sa vie, il est loué sans exception, qu'il s’est rendu obéissant à Dieu en toutes choses. Combien que le S. Esprit nous meine plus haut, comme il a esté dit : et mesme la 1) 2 Sam., XI, 2,

Caar. XIII.

vocation commune de tous les fidèles nous est yci dépeinte en leur chef qui est Jésus-Christ.

23 Dieu selon sa promesse, etc. Ce mot aussi conferme ce qui a esté desjà dit quelque fois : asçavoir que quand Dieu à envoyé le Messias, il a eu esgard à sa seule bonté et fidélité. Car il l’a en- VOyé pource qu’il l’avoit promis. Or tout ainsi que la promesse rend tesmoignage que le salut a esté gratuit, aussi done:

elle grande authorité à l'Evangile, d’autant qu’il appert par ceci, que Christ n’est point venu soudain, comme si jamais on n’eust ouy parler de luy : mais que celuy qui avoit esté jadis promis dés le commencement, maintenant est manifesté en son temps. Au reste, les promesses que sainct Luc touche yci en passant, sont

SUR LES ACTES

assez notoires. Or elles estoyent si communes entre les Juifs en leur langage ordinaire, que Coustumièrement ils n’appe- 10yEns le Messias que Fils de David, Mat., XV, 22, et XXII, 42. Il dit que Jésus a esté suscité à Israël, d’autant que combien qu’il est le salut de tout le monde, toutesfois il a esté principalement ministre de la Circoncision pour accomplir les promesses qui avoyent esté faites aux Pères, Rom., XV, 8. Il a exprimé le mot Hébrieu Jésus, par un mot Grec qui signitie Sauveur. Ainsi il à dit deux fois une mesme chose. Tant y a toutesfois que ceste répétition n’est point superflue.

Car il à voulu monstrer que Christ est, et a monstré de faict ce que signifie le nom qui luy à esté imposé par l’Ange, Dieu le commandant ainsi.

24 Après que Jehan eut paravant presché le papiene de repentance à

Israël devant l'advénement d'iceluy.

25 Et quand Jehan achevoit sa course, il disoit, Qui me pensez-vous estre ?

je ne suis point cestuy-là :

mais voyCi il'en vient un après moy, duquel je ne

suis point digne de deslier le soulier de ses pieds. 26 Hommes frères, enfans de la race d'Abraham, et ceux qui entre vous craignent Dieu, la parole de ce salut vous est envoyée.

24 Après que Jehan, etc. Nous sçavons quel a esté l'office de Jehan Baptiste, asçavoir de préparer la voye au Seigneur. La raison pourquoy sainet Paul amène le tesmoignage d’iceluy, c’est pour monstrer aux Juifs qu’il n’annonce point un Christ fait à plaisir, mais le vray Christ de Dieu, qui paravant avoit esté publié par ce grand et renommé Héraut. Non pas que le tesmoignage d’un homme soit assez suffisant pour prouver une chose de telle et si grande importance :

mais il y avoit une autre raison en Jehan Baptiste, d'autant que presque tous estoyent communéement persuadez de luy, qu’il avoit esté Prophète de Dieu. L’authorité donc de son tesmoignage vient de là, qu’il parle estant envoyé du ciel pour estre le héraut du Messias, et non point comme un homme privé. Or sainct Paul récite deux choses de Jehan en briefves paroles : premicrement, qu’il a enseigné le Baptesme de repentance devant l’advénement du Seigneur Jésus : en après, que

refusant volontairement le titre et honneur du Messias, il l’a quitté à Jésus- Christ. Le Baptesme de repentance à tout le peuple, etc. Le Baptesme introduit outre la façon et cérémonie de la Loy, estoit un signe de grande mutation.

Car il n’estoit point licite à homme quelconque de rien innover devant la venue du Messias. Les Juifs avoyent bien des baptesmes, c’est-à-dire lavemens en leur Loy, lesquels aussi estoyent exercices de repentance : mais Jehan a esté autheur, ou plustost ministre d’un Baptesme nouveau et non accoustumé, à ce qu'il donnast espoir de la restauration dés long temps attendue et espérée.

Quand il l'appelle Baptesme de repentance, il n’exclud point la rémission des péchez : mais il parle selon la circonstance de ce présent passage, d'autant que ce Baptesme a esté une préparation à la foy de Christ. Et faut noter ceste façon de parler, qu’il a presché le Baptesme : par laquelle nous sommes admonestez que

les Sacremehs sont lors deuement administrez, quand avec la figure visible la doctrine est aussi conjointe. Car il ne faut pas que la bouche de celuy qui baptize soit muelte, d'autant que le signe sans la doctrine est inutile.

95 Et quand Jehan achevoit, etc.

C’est le second membre du tesmoignage de Jehan, qu’estant prochain de la fin de sa course, il a renvoyé ses disciples à Jésus-Christ. Car au paravant il avoit commencé à les former par le Baptesme, comme leur donnant les rudimens : mais lors il les a baillez comme de main en main à Jésus-Christ. Or ceste interrogation, Qui me pensez-vous estre? n’est pas comme d’un homme qui est en doute.

Car Jehan reprend et taxe les Juifs, de ce qu'ils s’abusoyent en l’honorant comme le Messias. Combien qu’on peut lire ceci tout d’un traict, Je ne suis point cestuylà que vous cuidez. Mais la première lecon est plus receue, comme aussi elle ha plus de véhémence pour repousser l’erreur qui estoit survenu à cause de luy.

Au reste, son tesmoignage mérite qu'on luy adjouste beaucoup plus de foy, de ce qu'il rejetie volontairement l’honneur qu’on luy offroit, et le quitte à un autre, combien qu’il leust peu recevoir avec applaudissement. Pour le moins on ne peut souspeçonner qu’il y ait yci quelque ambition, ni aucun pourchas d'acquérir quelque grâce, qui dérogue à la vérité de ses paroles, et empesche d’y adjouster foy. l en vient un après moy, etc. C’està-dire, viendra. C’est une manière de parler des Hébrieux assez commune au nouveau Testament mesme. Or quand il confesse qu’il n’est pas digne de deslier les courroyes des souliers de Jésus- Christ, c’est une manière de parler prinse d’un proverbe, par laquelle il s’amoindrit autant qu'il peut : et ce afin que sa grandeur n’obseurcisse la gloire de Jésus- Christ. Car en toute la charge qui luy estoit commise il a voulu fidèlement procurer que Jésus-Christ fust seul éminent.

Ainsi donc, quelque grand qu’il soit, il dit qu’il n’est rien au pris du Seigneur Jésus.

Car combien que les serviteurs de Dieu

Car, XIIL.

ayent leur dignité, nonobstant quand il faut venir jusques-là, que comparaison soit faite d’eux avec Christ, il faut nécessairement que tous soyent réduits à néant, afin que luy seul soit éminent:

comme nous voyons que toutes les es-

toilles esvanouissent venant la clajrté du soleil, monstrans que la leur n’est rien au pris.

26 Hommes frères, etc. Sainct Paul incite derechef les Juifs à recevoir Christ.

Car ceci leur devoit engendrer un grand désir en leurs cœurs, et les rendre merveilleusement attentifs, quand ils oyoyent qu’il estoit question de leur salut, et que le message de salut leur estoit partieulièrement destiné. Il les appelle enfans d'Abraham; non-seulement par honneur, mais afin qu’ils se recognoissent héritiers de la vie éternelle. Au surplus, il nous faut réduire en mémoire ce que jay monstré ci-dessus : asçavoir. que combien que la porte du Royaume des cieux fust ouverte aux Gentils, cependant toutesfois les Juifs n’ont point esté déjettez hors de leur degré, en sorte qu’ils ne fussent encore réputez les aisnez en la famille de Dieu. Il dit donc que le salut leur a esté envoyé, pource qu'ils estoyent les premiers en ordre. Toutesfois pource que la génération charnelle n’estoit pas de soy de grande importance, et qu’il y en avoit plusieurs qui monstroyent apertement leur impiété, S. Paul adresse son propos spécialement à ceux qui servoyent et honoroyent vrayement Dieu : signifiant que toutes les paroles qui leur seront adressées, seront inutiles, si la crainte de Dieu ne règne en leurs cœurs, laquelle recoyve ces paroles, et les ayant receues, les garde songneusement. Il nous faut noter ce titre qui est yei donné à l’Evangile, quand il est appelé Parole de salut.

Parquoy il faut bien dire que ceux qui ne peuvent estre attirez par la douceur d'iceluy, sont plus Gurs que fer. Au reste, combien qu'il soit tel de nature, néantmoins il est fait par accident odeur de mort à mort aux réprouvez, 2 Corint.

éd el

Car. XI

SUR LES ACTES

27 Car les habitans de Jérusalem, et leurs gouverneurs ne l'ayans point cognu, ont mesmes en le condamnant accompli les paroles des Prophètes, qui

se lisent par chacun Sabbath.

28 Et combien qu'ils ne trouvassent en luy aucune cause ss mort, ont requis

Pilate qu’il le meist à mort.

29 Et après avoir accompli toutes les choses qui estoyent escriles de luy, ils l’ostèérent du bois, et le meirent en un sépulchre!.

30 Mais Dieu l'a ressuscilé des morts :

31 Et a esté veu par plusieurs jours de ceux qui estoyent montez ensemble avec luy de Galilée en Jérusalem, lesquels sont ses tesmoins envers le peuple.

1) Ou, on l’a osté du bois el mis, etc.

21 Car les habitans de Jérusalem, etc. Sainct Paul prévient bien à propos et prudemment le scandale, par lequel leur foy pouvoit éstre retardée. Car Jérusalem estoit le sanctuaire de Dieu, le Siége royal, la fontaine de vérité, et la lumière de tout le monde : et toutesfois Jésus-Christ le Fils de Dieu y avoit esté occis. Rien ne pouvoit estre trouvé plus absürde de prime face que de recevoir celuy qui avoit esté chassé hors du temple, ét d'attendre la doctrine de salut d'autre lieu, que de là d’où Dieu avoit testifié qu’elle procéderoit. Joint qu’en croyant à Christ, il sembloit bien qu’on se retiroit de l'Eglise. Et pourtant ceste seule objection estoit assez suffisante pour repousser la prédication de S. Paul :

À quel propos sous ombre de Palliance de Dieu nous proposes-tu ÿci un homme, lequel a esté condamné par la plüs grandé partie du peuple sainct? S. Paul destotüirne ce scandale, afin qu’il ne retarde le cours de PEvangile, et non-seulement cela, mais il le fait retourner tout au rebours. Car d'autant que lPautheur de vie avoit ésté mesprisé et rejetté en Jérusalem, S: Paul exhorte les habitans d’Antioche, pour le moins ceux qui d’entre eux craignoyent et honoroyent Dieu, de le recevoir d’autant plus alaigrement.

Comme s’il eust dit, Veu que Jérusalem Wa point cognu son bien, tant plus est-il convenable que vous-vous resveïlliez et soyez incitez, de peur qu'une semblable ingratitude et perversité ne soit trouvée en vous. Mais il use d’une autre raison

pour oster le scandale, asçavoir que tant s’en faut que l’impiété de ceux de Jérusalem ait rien diminué de l’authorité de Christ, que plustost elle doit servir pour la mieux approuver et establir. Car d’où peut-on mieux et plus ouvertement cognoistre Christ, que d'autant que tout ce qui avoit esté prédit en la Loy et aux Prophètes, a esté accompli en luy !? Au demeurant, qu'ont gaigné les ennemis de Christ, sinon que la vérité de l’Escriture à resplendi visiblement en luy? I] a fatu que Christ ait esté réprouvé des principaux gouverneurs : Car ainsi il avoit esté prédit de luy au Pseaume CXVIIT, 2, Dieu à mis au principal lieu du coin la pierre que les maistres bastisseurs ont réprouvée. Il a falu que Christ ait esté condamné, et mis au rang des malfaiteurs, afin que nous füssions absous par luy devant Dieu. I à falu que nos iniquitez fussent mises sur luy, afin qu’il nous en purgeast. Il a falu qu’il ait esté immolé en la croix, afin que les sacrifices de la Loy qui se faisoyent en figure cessassent. Car ceci aussi estoit contenu si PEscriture, comme au Chap. LIL, v. #4, 5 d’Isaïe, et au chap. IX, v. 26 de Daniel Ainsi donc tant plus que les gouverneurs du peuple se sont efforcez de grande impétuosité d’anéantir Jésus-Christ, tant plus ont-ils monstré par effect qu’il estoit le Christ : et Dieu les a frustrez de leur attente par une façon merveilleuse, en sorte que leur impiété obstinée édifie plus la foy des fidèles qu’elle ne la destruit. De telle sorte sont presque tous

1) Lue, XXIV, 95, 26.

les scandales qui destournent de Christ les âmes infirmes et légères. Car si telles gens considéroyent de plus près toute la suite de l’œuvre de Dieu, ce qui les esbranle et met en incertitude leur seroit matière de confirmation. Il advient donc le plus souvent par nostre nonchalance, que nous sommes troublez par les scandales, d'autant que regardans de travers, ou bien d’un œil chassieux les choses qui concernent Christ, nous imaginons estre blanc ce qui est noir. Or nous voyons comme S. Paul ne dissimule rien, mais confesse franchement ce qui est véritable : asçavoir que Christ n’a point esté seulement hay du commun populaire, mais aussi des grans et principaux gouverneurs, et qu’il n’a point esté rejetté seulement de peu de gens, mais que tout le peuple a meschamment conspiré de l'accabler du tout. Ceci estoit de première entrée dur et odieux : mais S. Paul oppose un rempar plus fort, que contre leur volonté Dieu s’est servi d’eux, comme d’une pierre de touche, par laquelle son Fils fust esprouvé. Veu que la condition de l'Evangile est encore aujourd’huy semblable, n’ayons point de honte de confesser avec S. Paul, que les grans princes du monde, et ceux qui tienent et occupent la primauté en l’Eglise, sont ennemis mortels du Fils de Dieu : puis que cela tourne plustost en gloire qu’en Opprobre à Christ. Car par ce moyen l'Escriture est accomplie. Ne l’ayans point cognu, etc. Combien que les gouverneurs ayent esté poussez d’une malice délibérée à opprimer Christ, toutesfois S. Paul parle à la vérité, imputant cela à ignorance : comme il fait ailleurs, quand il dit que la sapience de l'Evangile est cachée aux princes de ce monde, d’autant qu’ils n’eussent jamais autrement crucifié le Seigneur de gloire, 4 Cor. IT, 8.

Car la malice des meschans est semblable à une phrénésie tempestueuse : et en voyant elle ne voit point. Tant y à qu’il ne faut point douter que ceux-ci ne fussent despourveus de tout bon sens, et de la lumière du S. Esprit, veu qu'ils n’ont fait difficulté de faire la guerre à Dieu à leur ruine et confusion. Il leur re-

proche aussi qu’ils ont ignoré l’Escriture. Et afin que nul ne répliquast qu'il parloit d’une chose incognue ou obscure , il adjouste quant et quant qu’il ne met point en avant autres Prophéties, que celles qu’on lit tous les Sabbaths : comme s’il disoit que les oracles de PEscriture qu’ils ont ignorez sont clairs et évidens, et cognus mesme des plus rudes.

En ceste sorte S. Paul monstre combien horrible a esté leur incrédulité, afin qu’il la rende détestable aux auditeurs. Or nous sommes enseignez par cest exemple, que combien que Dieu nous esclaire par l’'Escriture, toutesfois tous n’ont pas des yeux. Depuis aussi la stupidité de ceste nation a esté plus lourde et grossière :

comme S. Paul dit qu’ils ont un voile devant les yeux ‘, en sorte que combien que Moyse soit présent devant eux, nonobstant ils ne le voyent point. Cependant il nous faut noter que nous sommes renvoyez à l’Escriture, afin que l’authorité des grans personnages ne nous déçoyve. Et ne faut point qu'aucun pense estre absous, se faisant un préjudice du jugement pervers des autres. Car S. Paul exhorte ceux d’Antioche de juger selon l’'Escriture contre les prélats masquez de l'Eglise. Car l’Escriture est donnée afin qu’on la lise : et Dieu n’a point institué en vain la lecture d’icelle, ains afin que tous les fidèles en tirent du proufit, et par là jugent etdiscernent ce qui est droit.

Ont mesme en le condamnant, etc.

Ainsi nous voyons que non-seulement les créatures despourveues de sens sont assujeties à la providence de Dieu, mais aussi le diable mesme et tous les meschans, en sorte qu’il exécute par eux ce qu'il à délibéré en soy-mesme. Nous avons veu le semblable ci-dessus au chapitre IIT, v. 23 et IV, 28, que jà soit que les ennemis du Seigneur Jésus fussent embrasez de rage pour le ruiner, néantmoins ils n’ont peu venir à bout de ce qu'ils prétendoyent faire : mais plustost ont accompli de leurs mains ce que Dieu avoit ordonné par son conseil. Et ceci sert grandement à authoriser la vérité de Dieu, que non-seulement il est assez puissant de soy à accomplir les choses qu’il a 1) 2 Cor., II, 15

Crar. XIIL

ct matt bre

Caar. XIII.

promises, mais aussi que ceux qui s’efforcent de réduire à néant ses conseils, s’employent maugré eux à les confermer.

Car comment ne demeureroit ferme la vérité de Dieu, veu que ses plus grans ennemis sont contraints de l’accomplir ?

Toutesfois il est yci besoin de prudence, à ce que nous ne meslions Satan avec Dieu. Car les Juifs ne sont point excusables pourtant qu’ils ont accompli l’Escriture, d'autant qu’il nous faut considérer leur volonté perverse, et-non point l’événement, lequel est advenu contre toute leur espérance : et qui plus est, lequel on doit estimer comme un miracle. Si leur œuvre est considérée en soy, elle est du tout contraire à Dieu. Mais tout ainsi que Dieu modère par un artifice admirable des mouvemens opposites et bataillans lun contre l’autre au soleil et autres planettes : aussi par une vertu secrète il addresse les efforts et entreprises des meschans à une fin toute diverse à celle qu’ils pensoyent ou désiroyent, en sorte qu’ils ne font sinon ce qu’il a voulu. Vray est que quant à eux ils font contre la volonté de. Dieu : cependant toutesfois par un moyen incompréhensible, l’issue vient selon la volonté de Dieu. Or comme ainsi soit que ce cours se fait outre l’ordre de nature, il ne se faut esbahir s’il n’est point visible à la prudence charnelle. Parquoy il le faut regarder de l’œil de la foy, ou plustost l’adorer d’une révérence procédante de la foy, et mespriser avec toute leur insolence les chiens qui abbayent à l'encontre.

28 Et combien qu'ils ne trouvassent, etc. H estoit grandement nécessaire qu'ils sceussent que Jésus-Christ avoit esté occis à tort et sans cause. Car il ne nous eust point acquis justice par sa mort, s’il eust enduré la mort pour ses maléfices.

Il faut donc que celuy ait esté innocent, la mort duquel est la ranceon des péchez du monde. Et ne faut point douter que S. Paul n’ait démonstré clairement, que Pilate n’a pas condamné Christ suyvant l'office de juge, mais qu’estant gaigné par l'importunité et le cri du peuple, ïl a consenti qu'il fust mis à mort : et quant et quant que les Juifs ont esté poussez d’un appétit désordonné, et non point de

SUR LES ACTES

raison, à requérir que Christ mourust.

Car il falloit donner crainte aux auditeurs, afin qu'ils ne suyvissent l’impiété des autres, et participassent avec eux en un forfait si énorme. Mais maintenant S. Luc selon sa coustume touche en peu de paroles ce que S. Paul a déduit amplement en faisant un long récit.

29 Et après avoir accompli, etc.

Asçavoir les choses que Dieu avoit voulu estre faites par eux. Car ils ont tellement traitté Christ, qu'il ne s’en est pas falu une seule Prophétie de l’Escriture qui n'ait esté accomplie. Ainsi est osté le scandale que la chair conçoit de lignominie de la croix, quand on vient à considérer que le Fils de Dieu n’a pas esté en la puissance de ses ennemis, pour dire qu’ils peussent faire de Iuy tout ce qu’ils voudroyent selon leur rage forcenée : mais qu’il a obéy à ce que le Père avoit déterminé de luy. Or il appert par les Escritures quelle condition le Père luy avoit destinée de tout temps. Quant à ce qu’il dit, que Christ a esté enseveli par ceux mesmes qui lavoyent mis à mort, il semble que cela est répugnant à l’histoire de l'Evangile, Matth., XX VII, 57. Mais il se peut bien faire que S. Luc ait pris ce mot d’Ensevelir généralement, et sans le rapporter aux personnes. Que si on le veut rapporter à ceux-là mesmes qui l’ont mis à mort, ce sera une figure, prenant le tout pour une partie. Car il a esté enseveli par la permission de Pilate, et à l’appétit des Sacrificateurs il y eut des gens commis pour garder le sépulchre. Combien donc que Joseph et Nicodème ont enseveli Christ, toutesfois cela n’est point sans quelque raison attribué aux Juifs (combien que ce soit improprement) d'autant que ce n’est point yei l'intention de sainct Paul, de louer le devoir d'humanité qui fut fait en cela au Seigneur Jésus : mais de prouver la résurrection d’iceluy : pource que Dieu osta du sépulchre son Christ, lequel ses ennemis tenoyent enclos au sépulchre. I signifie donc que le corps de Christ n’a point esté emporté secrètement ou en cachette, mais qu’il a esté mis en un lieu renommé et cognu de ses ennemis : et qui plus est, qu'eux-mesmes avoyent commission de

le garder, et toutesfois il n’a point esté trouvé. Dont on recueille une résurrection bien certaine.

30 Mais Dieu l'a ressuscité, etc. I est bien vray que la mort du Seigneur Jésus a esté le salut des fidèles : mais c’est d'autant qu’elle est conjointe avec la résurrection. Et pourtant S. Paul s’arreste plus longuement en ceste seconde partie. Car il n’eust jamais persuadé à ses auditeurs, qu’il eust falu chercher salut en la mort, Sinon que la vertu de Dieu se fust manifestement monstrée en la résurrection de Jésus-Christ. Or après qu'il a dit que Christ est sorti hors du sépulchre, auqüel ses ennemis avoyent mis des gend’armes pour le garder, il adjouste maintenant que Jésus a esté veu depuis de beaucoup de ses disciples, lesquels en ont rendu tesmoignage fidèle au peuple. I les appelle tesmoins, où au

Crar. XIII.

regard de leur office, pource qu'ils estoyent éleus à ce faire, comme il à ésté dit au chapitre E, v. 8 : ou bien il démonstre simplement qu’ils ont testifié publiquement et franchement de Christ ce qu'ils en sçavoyent. Dont i s'ensuit que la chose avoit esté divulguée et bien cognue en la ville de Jérusalem. Et ce n’estoit pas une probation de petit poids, qu'au milieu de la puissance espovantable des ennemis, lesquels eStans prompts et ardens à résister ne laissoyent rien derrière, il s’estoit trouvé toutesfois des gens qui avoyent affermé hardiment et publiquement, que Christ estoït ressuscité, voire qui avoyent veu la chose de leurs propres veux. Car si les adversaires eussent eu quelque réfutation où réplique en maïn, il est bien certain qu’ils ne l’eussent point laissée derrière.

32 Et nous aussi vous annoncons, que quant à la promesse qui « esté faite

à nos Pères,

33 Dieu la accomplie à nous qui sommes leurs enfans, ayant ressuscité Jésus : come aussi il est escrit au second Pseaume, Tu es mon Fils, je t'ay

aujourd huy engendré.

34 Et pour monstrer qu’il l'a ressuscité des morts pour ne plus retourner à corruption !, il a dit ainsi, Je vous donneray les sainctetez de David asseurées. 35 Et pource dit aussi en un autre endroit, Tu ne permettras point que

ton Sainct sente corruption.

36 Car certes David après avoir servi à son temps, s'est endormi par le conseil de Dieu, et a esté mis avec ses pères, et a senti corruption ?. 317 Mais celuy que Dieu a ressuscité, n'a point senti corruption.

1) Ou, au sépulchre.

32 El nous aussi vous annoncons, etc. Maintenant il s’attribue l'office et honneur d’Apostre, afin qu'il soit ouy comme ministre légitime de Dieu. Or il dit que la somme de la commission et ambassade qui luy a esté enjointe, est, que ce que Dieu avoit anciennement promis, à esté manifesté en son temps. Or il comprend beaucoup de choses et fort grandes en peu de paroles. En premier lieu, il signifie qu'il ne propose chose qui soit nouvelle, ou discordante de la Loy et des Prophètes : mais qu’il annonce l’accomplissement de ceste doctrine, laquelle eux-mesmes confessoyent estre procédée de Dieu, voire en estoyent

2) Ou, en son temps au conseil de Dieu, il s’est endormi, et a esté mis, etc.

certainement persuadez. Dont il s'ensuit qu’ils ne peuvent rejetter ce qu’il leur propose, qu’ils n’anéantissent entant qu’en eux est l'alliance que Dieu avoit faite avec leurs Pères. Puis après il magnifie la fidélité de Dieu, en ce que maintenant il appert par effect qu'il n’avoit rien anciennement promis à la volée ni en vain.

Mais Sur tout.il exalte l’excellence de la grâce qui a esté finalement manifestée en Christ. Car il faut noter la Comparaison qui est entr’eux et leurs Pères, quand il dit qu'ils ont obtenu ce qüi avoit esté promis aux Pères. Car de tant plus grande libéralité que la bonté de Dieu a esté espandue sur eux, tant plus leur ingra-

Cuir. XIIL.

titude sera vileine, s'ils vienent à mespriser ce bien inestimable, ou en estre desgoustez. Car que seroit-ce, sinon jetter aux pieds un thrésor qui leur auroit esté baillé entre les mains, voire qui leur auroit esté mis au sein? l’espérance duquel les Pères ont embrassée, combien qu’elle leur fust monstrée de loin, et se Sont patiemment entretenus en icelle tout le temps de leur vie. Mais on fait yci une question touchant ceux qui ont vescu sous la Loy : asçavoir si eux aussi n’ont point esté participans des promesses. Je respon qu'ils ont une telle Société d’une mesme grâce avec nous, que cependant il y a une longue distance. Mais S. Paul entend seulement que, par manière de dire, leur foy a esté en suspens, jusqu’à ce que Christ ait esté manifesté : auquel toutes les promesses de Dieu sont Ouy et Amen : comme S. Paul mesme enseigne à 2 Corinth., chap. I, v. 49, 20.

Nous sommes donc héritiers d’un mesme Royaume céleste, et participans de mesmes biens spirituels, desquels Dieu orne ses enfans : Dieu aussi leur a donné à gouster son amour en la vie présente, comme aussi nous la goustons maintenant. Mais Christ qui est la substance de la vie éternelle, et de tous biens, leur estoit seulement promis : Mais quant à nous, il nous est donné : eux le désiroyent et attendoyent comme estant encore bien loin d’eux : maïs nous le possédons comme présent.

33 À nous qui sommes, eéc. C’est une chose bien certaine que $. Paul parle des enfans naturels qui estoyent descendus des saincts Pères. Ce qu’il faut noter, pource qu'aucuns fantastiques tirans toutes choses à allégories, songent qu’il ne faut point yei regarder à la génération, mais à la foy seulement. Or par une telle resverie ils anéantissent l’alliance sacrée de Dieu, quand il est dit, Je seray ton Dieu, et de ta semence, Gen., XVII, 7. Il n’y a, disent-ils, que la foy qui nous face enfans d'Abraham. Mais je réplique au contraire, que ceux qui naissent enfans d’Abraham selon la chair, Sont aussi réputez enfans spirituels de Dieu, s’ils ne se rendent bastars par leur infidélité. Car les branches sont sainctes de nature, pource

SUR LES ACTES

qu’elles sont d’une racine saincte, jusqu’à ce qu’elles devienent profane par leur vice et faute, Rom., XI, 46. Et de faict, l'intention de S. Paul est, d’attraire les Juifs au Fils de Dieu. Et pour ce faire, il faut que par privilége certain ils soyent discernez des autres, et exemptez de l'ordre commun. Et il ne s’ensuit pas de cela, qu’on puisse dire que la grâce de Dieu soit attachée à une semence charnelle, ce que ces garnemens objectent pour descrier ceste doctrine, et la rendre odieuse. Car combien que la promesse dé vie ait esté héréditaire aux successeurs d'Abraham, toutesfois plusieurs s’en sont privez par leur incrédulité.

C’est donc la foy qui fait que d’une grande multitude il y en ait un petit nombre qui soyent réputez vrais enfans.

Or par la foy Dieu sépare les siens. Et c’est la double élection, de laquelle j'ay fait mention ci-dessus. La première, qui est indifféremment commune à toute la nation : d’autant que la première adoption de Dieu comprend généralement toute la famille d'Abraham. La seconde, qui est restrainte au conseil secret de Dieu, et est finalement establie par foy, afin destre ratifiée envers les hommes.

Parquoy c’est à bon droict que sainct Paul insiste là-dessus, que ee qui avoit esté promis aux Pères, a esté accompli aux Juifs. Car il leur avoit esté aussi bien promis : comme Zacharie le dit no-.

tamment en son Cantique. Le jurement qu’il à juré à Abraham nostre père, ascavoir qu’il nous donneroit, etc. Et toutesfois la dignité de ceste nation n’empesche point que quant et quant la grâce de Christ ne s’espande par tout le monde, d'autant qu’Israël estant l’aisné entre tous, occupe tellement le premier degré d'honneur, que cependant il laisse le second lieu à ses frères. Car ce que le peuple ancien a esté chassé, et que l'Eglise comme une possession vuide à esté laissée aux estrangers, cela à esté une occasion nouvelle de recueillir des Gentils une Eglise. Que si ce peuple eust pèrsisté en la foy, les Gentils luy eussent ésté adjoints, à participer ensemble à cé mesme honneur. Ayant suscite Jésus, etc. Le mot de Susciter, selon mon ju-

gement, s’estend plus loin en ce passage que quand il est répété un peu après.

Car il ne dit pas seulement que Christ est ressuscité des morts : mais qu’il à esté divinement ordonné, et comme mis en avant par la main de Dieu pour accomplir l'office du Messias : comme l’Escriture enseigne par tout, que Dieu suscite les Rois et les Prophètes. Car quelque fois le mot Grec est pris en ce sens. Or la raison qui me meut à dire ceci, C’est que Dieu en envoyant son Fils au monde, a manifesté par effect la promesse anciennement donnée à ses serviteurs.

Comme aussi il est escrit, etc. Les livres Grecs s'accordent quant au nombre : toutesfois on ne doit point laisser passer ce dont Erasme advertit : c’est qu'il y en à plusieurs des anciens qui ont nommé ce Pseaume-là le premier. Et il se peut bien faire que sainct Luc aussi l'ait allégué pour le premier. Car celuy qui est aujourd’huy mis pour le second, peut à bon droict estre appelé le premier :

comme ainsi soit qu'il est vray-semblable que les Scribes et les Sacrificateurs, par lesquels tous les Pseaumes ont esté recueillis en un volume, ont adjousté le premier par manière de préface. Car aussi nul n’en est nommé autheur: et il ne contient autre chose qu’une exhortation à méditer la Loy de Dieu. Mais cela n’est pas de grande importance. Car le principal est que nous sçachions combien proprement et comment sainct Paul accommode au propos le tesmoignage prins du Pseaume. Nous ne nions point qu’en ce lieu-là David se voyant assailli furieusement de tous costez, et que ses ennemis estoyent si puissans et forts qu’il ne leur pouvoit pas résister, n’oppose au contraire l’aide de Dieu, lequel il sçavoit bien estre celuy qui l’avoit appelé à régner, Mais d'autant qu’il estoit la figure du vray Messias, nous sçavons que les choses qui ne compètent parfaitement qu’au Messias et Sauveur, ont esté figurées en sa personne. Et la déduction du texte monstre assez ouvertement, que là n’est point seulement contenue une simple action de grâces, laquelle conviene au règne de David, mais qu'avec ce il ya

Caar. XIII,

il est assez notoire qu’à grand’peine David a eu en toute sa vie la centième partie de la gloire, de laquelle il est là parlé.

Et de ceci nous en avons traitté plus amplement ci-dessus au chap. IV. Maintenant regardons de plus près les mots.

Vray est que les rois et grans seigneurs sont appelez en commun enfans de Dieu au Pseaume LXXXII, 6. Mais comme ainsi soit que l'intention de Dieu est de préférer David aux autres rois, et l’exempter de leur rang, il est certain que ce titre d'honneur luy est attribué par-dessus les autres par excellence : non pas qu’un si grand honneur réside proprement en sa personne, d'autant que par ce moyen il seroit plus excellent que les Anges mesmes, comme il est dit aux Hébr., ch.

J, v. 4. Et pourtant il est orné de ce titre tant honorable et magnifique au regard de Jésus-Christ, duquel il estoit figure et image: en sorte que Dieu le recognoist

non point comme un homme vulgaire et quelqu'un d’entre la multitude, mais comme son Fils unique. S’ensuit la probation, D’autant que Dieu l’a engendré quand il a establi le royaume en la main d'iceluy. Car cela n’a point esté fait par l’industrie des hommes, mais Dieu a desployé du ciel la force invincible de sa main: dont on cognust manifestement qu’il régnoit par un conseil de Dieu.

Ainsi donc ceste génération, de laquelle il fait mention, se doit rapporter au sens ou à la cognoissance des hommes: asçavoir qu’on à lors cognu ouvertement qu’il a esté engendré de Dieu, quand il est monté au thrône royal par une façon admirable, et contre l'espérance de tous, et a brisé des conspirations innumérables par la vertu de PEsprit céleste : d'autant qu'ilne pouvoit régner qu’il n’eust assujeti tous les peuples circonvoisins, et comme subjugué un monde. Venons maintenant à Jésus-Christ. Certes il n’est point entré au monde sans bon tesmoignage, pour monstrer qu’il estoit Fils de Dieu. Car sa gloire a esté veue manifestement telle qu’il convenoiït à celuy qui est seul engendré de Dieu : comme il est dit au chap. I de S. Jehan, v. 44: etil se vante par tout d’avoir Dieu pour tesmoin

une prophétie regardant plus haut. Car | et garent de cest honneur. Dieu donc a

Cuar. XIII.

engendré Jésus-Christ, quand il luy a engravé certaines marques par lesquelles il fust recognu Fils et la vraye et vive image de Dieu. Et toutesfois ceci n’empesche point que Jésus-Christ ne soit la Sapience de Dieu engendrée du Père de toute éternité: mais ceste génération-là nous est occulte. Mais maintenant David dit qu'il à esté manifesté aux hommes. En ceste sorte (comme j'ay desjà dit) ceci se rapporte aux hommes, et non point à Dieu, d'autant que ce qui estoit caché au cœur de Dieu, a esté apertement manifesté aux hommes. Et c’est une belle manière de parler, que la Divinité du Seigneur Jésus n’a point esté moins ouvertement testifiée et confermée, que si Dieu l'eust engendré devant les yeux des hommes. Je sçay bien que plusieurs recevront plustost la subtilité de S. Augustin, qu’yci est dénoté un Aujourd’huy éternel. Mais puis que l'Esprit de Dieu est expositeur de soy-mesme, et que ce qu’il avoit dit par David, il l'interprète par la bouche de S. Paul, il ne nous est licite de bastir un autre sens. Au surplus, veu que Christ a esté déclaré estre Fils de Dieu en puissance, selon le tesmoignage mesme des.

Paul (Rom., I, 4) quand il est ressuscité des morts, nous recueillons que cela a esté la principale marque de l'excellence céleste : et lors le Père l’a vrayement mis en lumière : à ce que le monde cognust qu'il estoit engendré de luy. Combien donc que le Seigneur Jésus ait commencé à estre suscité de Dieu quand il est entré au monde, nonobstant la résurrection a esté comme entière et parfaite suscitation : d'autant que comme ainsi soit qu’il eust esté auparavant anéanti, ayant prins forme de serviteur (Philipp., Il, 7) lorsil a monstré apertement qu’il avoit obtenu victoire sur la mort, et domination sur la vie : en sorte que rien ne luy défailloit qui fust séant à la majesté du Fils de Dieu, voire seul engendré de luy.

34 Pour ne plus retourner. I adiouste maintenant l’autre membre: asçavoir que le Seigneur Jésus est ressuscité une fois des morts afin qu'il vive éternellement, comme $S. Paul enseigne, disant, Il ne meurt plus, et la mort ne dominera plus

sur luy : d'autant qu’il vit à Dieu, Rom., VI, 40. Car la fiance qu’on auroit conceue de la résurrection de Jésus-Christ, seroit bien petite et froide, s’il estoit encore sujet à la mort, ou à quelque Chansement. Et pourtant il est dit qu’il est entré au royaume de Dieu, afin que vivant perpétuellement, il donne aussi une béatitude éternelle aux siens. Car d'autant que le Seigneur Jésus est ressuscité plustost pour nous que pour SOy, la perpétuité de vie qui luy a esté baillée de son Père, s’estend à nous tous, et est nostre.

Il semble bien advis toutesfois que le passage d’'Isaïe qui est yci alléguë, ne sert de rien pour prouver l’immortalité de Jésus-Christ, asçavoir, Je vous donneray les sainctetez de David asseurées, Isaïe, LV, 3. Mais il n’est pas ainsi. Car comme ainsi soit que le Prophète Isaïe parle de la rédemption promise à David, et qu'il afferme qu’elle sera stable et ferme : nous pouvons bien recueillir de cela Pimmortalité du royaume de Jésus-Christ, auquel l'éternité du salut est fondée. Or S. Paul a suyvi la translation Grecque, quand il a mis les Sainctetez, pour les Miséricordes. Le mot Hébrieu Chessed, signifie doux, clément et bénin : et les Grecs ont accoustumé de le traduire Sainct. Et pourtant en ce passage où il y avoit Chessed de David ils ont traduit, Les sainctetez de David, en lieu que le Prophète entend plustost la grâce promise à David. Mais S. Paul s’est en ceci accommodé aux rudes et infirmes, qui estoyent plus accoustumez à la lecture Grecque : et principalement veu que Ia force du tesmoignage gisoit ailleurs qu’en ce mot. Car $S. Paul veut dire en somme, que si la grâce que Dieu prononce qu’il donnera en son Fils est éternelle, semblablement la vie du Fils est éternelle, et nullement sujete à mutation. Car il nous faut retenir ceste reigle, que toutes les promesses de Dieu sont ouy et amen en son Fils, Jésus-Christ! :

et pour ceste cause ne peuvent avoir aucune force ne vigueur, s’il ne les vivifie.

35 Tu ne permeltras point que ton Sainct, etc. S. Pierre à aussi amené ce passage en son premier sermon ci-dessus récité par S. Luc au ch. If, v. 27 où je l’ay

1) 2 Cor., 1, 20.

exposé. Je renvoye donc là les lecteurs.

Je toucheray ceci seulement en brief, que pour dire Sépulchre, David en sa langue Hébraïque a mis deux divers mots :

(comme c'est son ordinaire d’user de redites) desquels le premier vient de Convoiter, pource que le sépulchre est comme un gouffre insatiable qui dévore tout :

et l’autre vient de Corruption. Selon ceste étymologie et dérivation le sens de David a esté fidèlement exprimé en Grec. Car là est dénotée la qualité du sépulchre, quand il reçoit un corps mort, et par manière de dire l’engloutit, afin qu’il pourrisse là et qu’il périsse, estant consumé finalement. Or S. Paul afferme que cela ne compète qu'au Seigneur Jésus, qu'il a esté exempt de toute corruption. Car quant à

ce que Son corps a esté mis au sépulchre,

la corruption n’a point eu de puissance sur Iuy pour cela, veu qu’il est là demeuré entier jusques au jour de la résurrection, ne plus ne moins que s’il eust esté couché en un lict.

36 Car certes David après avoir servi, etc. Afin qu'on ne répliquast qu’il est là parlé de David, S. Paul prévient de bonne heure, disant que ce qui est là dit, ne convient point en tout et partout à David : veu que son corps a esté pourri et consumé au sépulclire. I reste donc, d'autant que Ça esté un privilége singulier au Seigneur Jésus, qu’il faut nécessairement dire que David a prophétizé de luy par l'Esprit. Cependant il nous faut noter la proportion qui est entre les membres et le chef. Car tout ainsi que la pleine et parfaite vérité de ceste prophétie a esté accomplie au seul Seigneur Jésus, comme au chef: aussi ha-elle lieu en chacun membre selon la mesure et l’ordre d'un chacun. Et puis qu’ainsi est que le Fils de Dieu est ressuscité à ceste fin qu’il rende nostre corps (qui est maintenant vil) conforme à son corps glorieux, Phil., HE, 24: les fidèles descendent en la fosse sous ceste condition, que la pourriture ne consumera point leurs corps.

Et pourtant selon l'espérance de la délivrance à-venir, David dit à bon droict qu’il ne verra point la corruption. Car ce à quoy une beaucoup meilleure restaurasion est préparée, ne doit pas estre en-

Cuar. XII.

tièrement réputé corruption. Car pour ceste cause les corps des fidèles pourrissent, afin qu’ils soyent revestus de Pincorruption bien heureuse quand il en sera temps. Mais ceci n’empesche point qu’il ny ait grande différence entre la condition du chef, et celle des fidèles, et que nous ne suyvions le Fils de Dieu de loin et bien lentement. Nous voyons maintenant que l’un et l’autre est vray et Convenablement dit: asçavoir que David et les autres fidèles ne verront point la corruption, entant qu'ils doyvent estre faits conformes à leur chef: et que toutesfois il n’y à que le seul Fils de Dieu qui ait esté entièrement exempt de corruption.

Il nous faut noter ceste façon de parler, quand il dit que David a servi à son temps, ou aux hommes de son temps. Le translateur Latin ancien distingue ceci autrement, et il y a aucuns livres Grecs qui accordent à ceste lecture-là, asçavoir que David en son temps a servi à la volonté de Dieu. Laquelle lecture, combien qu’elle soit recevable, ne me peut toutesfois faire laisser l’autre. Car à vray dire, ce n’est pas une chose superflüe ne sans grande signifiance, quand il est dit que David s’est endormi par la volonté ou le conseil de Dieu. Car cela signifie que Dieu en la mort de David n’avoit point oublié ceste prophétie : comme s’il disoit que cela ne s’est pas fait sans le conseil de Dieu, que le corps de David demeure au sépulchre jusqu’au jour de la résurrection, afin que l’effect de la prophétie fust tousiours en suspens, jusqu'à ce qu’on veinst à la personne de Christ. Si la lecture que j’ensuy, et le Sens qui en est tiré semble bon, nous sommes par cela admonestez à quelle fin les hommes vivent en ce monde, asçayoir: afin que les uns aident aux autres par communication mutuelle. Car nous ne sommes point nais pour nous, mais le genre humain est conjoint ensemble comme d’un lien sacré.

Si donc nous ne voulons renverser les loix de nature, souvenons-nous que nous ne devons vivre pour nostre proufit particulier, mais pour le proufit de no$ prochains. Mais on fait yei une question, asçavoir si nous ne devons pas aussi Avoir soin de ceux qui viendront après nous. Je

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coms Ml mA tés

Cuar. XII.

respon que le ministère des fidèles est utile aussi à ceux qui viendront après eux, comme nous expérimentons aujourd’huy que David nous proufite plus après sa mort, que la plus grande partie de ceux qui sont aujourd’'huy vivans avec nous. Mais S. Paul entend simplement que les fidèles s’employent et leur labeur pour leurs prochains tout le temps de leur vie, mais que la mort leur est comme un but, d'autant qu'ils ont fait ce qui estoit en eux, quand Dieu les retire hors de ce monde. La somme de ce poinct est, qu'il nous faut premièrement avoir esgard à nostre temps pour servir à nos frères, avec lesquels nous ayons communication en ceste vie : et que puis après il nous faut tascher que le fruit de nostre ministère parviene aussi jusques à ceux qui viendront après nous. Or puis que Dieu donne ceste reigle à ses serviteurs, comment pourra-on excuser la témérité de ceux qui imaginent que les saincts et fidèles trespassez prient Dieu pour nous, et qu’ils ne servent point moins à l’Eglise, que quand ils vivoyent? S’esé endormi par le conseil de Dieu. S. Paul pouvoit bien dire simplement que David estoit mort: mais il adjouste, Par le con-

seil de Dieu: afin que nous sçachions que ce qui est dit au Pseaume, n’a pas esté accompli en la personne du Prophète: toutesfois nous sommes quant et quant admonestez que Dieu nous a préfix le but de la vie et de la mort : comme il est dit fu Pseaume XC, 3, Tu envoyes les hommes, et les fais passer : puis après tu dis, Retournez, à fils des hommes. Et mesme, Platon dit trèsbien, que c’est une chose bien raisonnable, que les hommes ne partent point de ce monde, sinon selon le bon plaisir de Dieu, par la main duquel ils ont esté constituez au monde comme en une garnison pour quelque temps. Or la raison pourquoy parlant de la mort de David, il fait expresse mention du conseil de Dieu, c’est afin que nous sçachions que la corruption ne luy est point advenue par cas fortuit, comme si Dieu eust mis sa promesse en oubli: mais que cela a esté fait par la providence de Dieu, afin que les fidèles entendissent que la prophétie devoit estre transférée ailleurs. Ces façons de parler, S’endormir, et Esire mis auprès de ses pères, sont si vulgaires et notoires qu’elles n’ont nul besoin d’exposition.

38 Parquoy hommes frères, il vous soil notoire que par iceluy la rémission

des péchez vous est annoncée :

39 Æt de tout ce de quoy n'avez peu estre justifiez en la Loy! de Moyse, qui-

conque croi en luy, est justifié.

40 Regardez donc qu'il ne vous adviene ce qui est dit és Prophètes. 41 Voyez, mespriseurs, et vous esmerveillez, et soyez esvanouis : car je fay une œuvre en vostre temps, une œuvre, di-je, que vous ne croirez point si

aucun la vous raconte.

1) Ou, par la Loy.

38 Parquoy hommes frères, etc.

Après avoir déclairé le moyen par lequel le salut a esté acquis par Jésus-Christ, maintenant il traitte de loflice et vertu d’iceluy. Et aussi c’est le principal poinct d'entendre quels biens l’adyénement du Seigneur Jésus nous a apportez, et ce qu’il nous faut espérer de luy. Or combien que $S. Luc touche en une parole que S. Paul à presché des bénéfices de Jésus- Christ, nonobstant il ne faut point qu’aucun doute qu'il n'ait traitté en telle gra-

vité et ornement de paroles les choses comme elles le méritovent. Or par ce mot, {l vous soit notoire, S. Paul signifie qu'il n’y aura rien quiles empesche, fors que leur paresse et lascheté, qu'ils ne cognoissent et soyent certifiez d’un cas tant clair et évident : et pourtant que ce seroit chose fort honteuse, que les fidèles fussent ignorans quels thrésors et richesses de Dieu ont esté apportées par Jésus-Christ. Car il a esté envoyé avec la trompette résonnante de l'Evangile, la-

quelle nostre foy doit ouyr pleinement, afin qu’elle entre en certaine possession des biens d’iceluy. Car il nous faut entendre quel il est, afin que vrayement nous jouyssions de luy. En premier lieu, il met la rémission des péchez, par laquelle Dieu nous réconcilie à soy, et reçoit en grâce. Puis que Dieu veut qu’elle soit annoncée en général à tout son peuple, il démonstre qu’elle est nécessaire à tous. Car S. Paul ne parle point seulement à un ou à deux, mais à tous les Juifs qui estoyent en Antioche. Il nous faut donc premièrement entendre que nous sommes tous ennemis de Dieu par nos péchez, Col., I, 43. Dont il s'ensuit que tous généralement sont exclus du royaume de Dieu, et destinez à la mort éternelle, jusques à ce que Dieu nous reçoyve en grâce par la rémission gratuite des péchez. Il faut aussi noter que Dieu nous pardonne nos péchez, et nous est rendu propice par le Médiateur : d'autant que tout ainsi qu’il n’y à nulle satisfaction hors iceluy, aussi il n’y a point de pardon ni rémission de la condamnation. Ce sont-ci les premiers rudimens de nostre foy, lesquels on n’apprend point és escholes des Philosophes : asçavoir que tout le genre humain est condamné et accablé de péchez : qu’il n’y à nulle justice ou innocence en nous qui nous puisse réconcilier et faire trouver grâce envers Dieu : que la seule espérance de salut nous est réservée en sa miséricorde, quand il nous absout par sa pure grâce :

et que les hommes demeurent sous la condamnation, sinon ceux qui ont leur recours au Seigneur Jésus, et qui cherchent la satisfaction de leurs péchez en la mort d’iceluy.

39 Et tout ce de quoy n'avez peu. Il prévient tacitement ce qui pouvoit sembler estre contraire à la doctrine précédente. Car autant qu’il y avoit de cérémonies en la Loy, cestoyent autant d'exercices pour obtenir la rémission des péchez. Les Juifs donc pouvoyent incontinent répliquer, Si cestuy-ci nous peut seul rendre le Père propice, abolissant les péchez, à quels propos nous ont esté donnez tant de lavemens? de quoy ser-

Cuar. XIII.

vent tant de purgations desquelles nous avons usé jusques à présent par le commandement et ordonnance de la LoyP Afin donc que les cérémonies de la Loy ne retardassent les Juifs, sainet Paul enseigne que Jésus-Christ donne ce qu’elles ne pouvoyent donner. Non pas que sainct Paul ait parlé si briefvement et sammairement (car il n’y avoit point d'espérance que les Juifs quittassent tout soudain la confiance de la justice de la Loy pour venir à Jésus-Christ : ) mais sainct Luc s’est contenté de toucher en peu de paroles les choses que S. Paul enseigna lors par bon ordre. Or le sens est tel, que le Médiateur à osté cest empeschement qui tenoit les Juifs attachez.

Vray est que la Loy cérémoniale leur devoit estre comme une pédagogie qui les menast à Christ comme par la main : et toutes les cérémonies commandées de Dieu leur estoyent baïllées comme aides pour soustenir et accroistre leur foy :

mais comme les hommes ont accoustumé de corrompre les ordonnances de Dieu tout au rebours, ils se bouschoyent le chemin par les cérémonies, et se fermoyent Ja porte de la foy, afin qu’ils ne veinssent à Jésus-Christ. fs pensoyent bien obtenir justice és sacrifices, et acquérir la vraye netteté par leurs baptesmes et lavemens : que Dieu leur estoit appaisé quand ils s’estoyent acquittez de ces pompes et cérémonies externes : brief, laissans le corps ils appréhendoyent les ombres vaines. Vray est que Dieu n’avoit rien institué en la Loy en vain, où qui fust inutile ou frustratoire. Et pourtant les cérémonies estoyent tesmoignages certains et indubitables de la rémission des péchez : car Dieu n’avoit point menti en prononçant ces paroles, Que le pécheur sacrifie, et son iniquité sera effacée. Mais tout ainsi que Jésus-Christ estoit la tin de la Loy, et lexemplaire ou patron céleste du tabernacle{: aussi la vertu et efficace de toutes les cérémonies dépendoit de Iuy. Dont il s'ensuit que luy estant osté, ce n’estoyent qu'ombres vaines et inutiles. C’est donc à bon droit que sainct Paul oste la cause de justice à la Loy pour l’attribuer au Seigneur Jésus, 1) Rom., X, 4. Héb., VI, 5,

Cuar. XII.

Or nous entendons maintenant quelle est l'intention de S. Paul : asçavoir qu’il a voulu destourner les Juifs de la perverse et fausse confiance de la Loy : de peur qu’estans enflez de vent, ils pensassent n'avoir besoin de l’aide de Christ, ou qu'ils cherchassent autre cas en luy qu'une félicité externe. Æstre justifiez en la Loy de Moyse. On peut bien facilement cognoistre par ce passage, que signifie ce mot Justifier, en tant d’autres lieux : asçavoir, Estre délivré et absous.

S. Paul avoit fait mention de la rémission des péchez : il a dit qu’on ne la pouvoit autrement obtenir que par la seule grâce de Christ. Afin qu’on ne répliquast qu’il y avoit assez de remèdes en la Loy, il respond qu'en tous ces remèdes il ny a nulle efficace. Le sens doncest élair, qu’ils ne peuvent estre justifiez de leurs péchez en la Loy, d'autant que les cérémonies de la Loy n’estoyent point ranceons suffisantes pour se racheter ou acquitter de condamnation : elles ne pouvoyent d’elles-mesmes obtenir justice, et n’estoyent récompenses légitimes pour appaiser Dieu. Certainement on ne peut sans grande impudence nier que ceste justification ne soit annexée avec la rémission des péchez, comme le moyen pour obtenir la rémission. Car à quel but tend S. Paul sinon qu’il conferme ceste sentence, que par le bénéfice du Seigneur Jésus nos péchez nous sont pardonnez, donpant résolution aux objections contraires ? Or voyci comment il le prouve, pource que les purgations ne toutes les cérémonies de la Loy, autant qu’il y en a, ne nous justifient point de nos péchez.

Celuy donc est justifié par Christ, qui est gratuitement absous du jugement et condamnation de mort éternelle, à laquelle il estoit sujet. C’est-ci la justice de la foy, quand Dieu nous répute justes, ne nous imputant point nos offenses. La seule propriété de ce mot est assez suffisante pour repousser les cavillations des Papistes, lesquels débatent que nous sommes justes, non point par pardon ne par imputation gratuite, mais par habitude et justice infuse. Parquoy ne souffrons point que ceste suite que met vyci S. Paul, soit vileinement et meschamment

SUR LES ACTES

deschirée par eux, quand il dit que nous sommes justifiez de toutes choses, afin que nous soyons certains de la rémission de nos péchez. Or maintenant il nous faut entendre qu'il oppose la Loy de Moyse à Jésus-Christ, comme icelle estant le principal moyen pour obtenir justice, s’il y en eust eu quelque autre que Jésus-Christ. Bien est vray que S. Paul dispute des cérémonies mais il faut noter que rien na esté omis en icelles, qui peust servir à oster et effacer les péchez, et à appaiser l’ire de Dieu. Au reste, il n’y a point eu une seule de toutes les cérémonies de la Loy, qui ne teinst l’homme astraint à la condamnation du péché, comme une obligation nouvelle : comme S. Paul enseigne, Col., IE, 44. Quoy donc?

Certes Dieu a voulu testifier que les hommes estoyent justifiez par la seule mort de son Fils : d'autant qu’il a fait péché pour nous celuy qui n’avoit point cognu péché, afin que nous fussions justice en luy,2 Cor., V,21. Dont s’ensuit qu'autant de satisfactions que les hommes ont controuvées, tendent à despouiller Jésus- Christ de son honneur. Estre justifié en la Loy et en Christ, selon la phrase Hébraïque, vaut autant comme, Estre justifié par la Loy et par Christ. De tout ce. Par ce mot est repoussée la meschante opinion des Papistes, par laquelle ils enseignent que le péché originel seulement, et les péchez actuels qui ont esté commis devant le Baptesme, sont purement et gratuitement pardonnez par Jésus-Christ :

et quant aux autres, il les faut racheter par satisfactions. Mais au contraire sainct Paul prononce apertement, que nous sommes justifiez de nos péchez par Jésus- Christ tout le cours de nostre vie. Car il faut réduire en mémoire que les cérémonies de la Loy ont esté ordonnées aux Juifs, afin que tant l'utilité que l'usage d’icelles eust perpétuelle vigueur en l’Eglise, c’est-à-dire, que les Juifs sentissent par effect que ce n’estoit pas en vain que les purgations et lavemens estoyent journellement réitérez. Si la vérité et substance icelles toutes est trouvée en Jésus-Christ, il s'ensuit qu’il n’y a point d'autre purgation pour effacer les péchez que la mort d’iceluy. Autrement il n’y au-

roit point de convenance entre ceste mort et les figures anciennes. Les Papistes nous renvoyent aux clefs et à la pénitence. Voire, comme si les cérémonies de la Loy n’avoyent point esté exercices pour méditer la pénitence : et comme si la puissance des clefs ne leur avoit point esté annexée. Mais la foy des fidèles a esté soustenue par telles aides, afin qu’ils eussent leur recours à la seule grâce du Médiateur. Ayons donc ceci pour tout résolu, que la justice qui nous est donnée en Jésus-Christ, n’est point d’un jour ou d’une heure, ains perpétuelle : en sorte que le sacrifice de sa mort nous réconcilie tous les jours à Dieu. Quiconque croit. Sainct Paul déclaire comment les hommes jouissent de la justice du Seigneur Jésus : asçavoir quand ils la reçoyvent par foy. Or nous n'obtenons point par aucuns mérites des œuvres ce que la foy impètre, Parquoy il n’y à point d’ambiguité ou difficulté en la sentence de sainct Paul, asçavoir que la seule foy nous justifie : laquelle sentence toutesfois les Papistes oppugnent de tout leur pouvoir et opiniastrement. Cependant il nous faut noter quelle est l’importance de ce mot Croire, lequel les Papistes trouvent maigre et de petite valeur : mais c’est leur ignorance qui en est la cause. Vray est qu’il y a bien d’autres bénéfices de Jésus-Christ que nous recevons par foy.

Car nous régénérant par son sainct Es-

prit, il répare l’image de Dieu en nous, et ayant crucifié nostre vieil homme, il nous fait nouvelles créatures. Mais sainet Luc s’est contenté d'exprimer seulement ce poinct, comment les hommes retournent en grâce avec Dieu, duquel ils sont aliénez par le péché : d'autant que de là on peut facilement venir au reste.

40 Regardez donc qu'il ne vous adviene, etc. Pource qu’il avoit affaire avec gens endurcis et totalement obstinez, ou pour le moins il y en avoit beaucoup en la compagnie gens revesches, comme s’il vouloit rompre leur obstination à grans coups de marteau, il adjouste une répréhension avec la doctrine. Car si les Juifs eussent esté dociles et faciles à rendre obéissance, il ne faut point douter qu’il se fust efforcé par douces paroles et gra-

Cuar, XIII.

cieuses de les attraire à Christ. Mais ou leur nonchalance, ou leur obstination Pa contraint à se courroucer aigremeént :

comme de faict, on doit adjourner au siége judicial de Dieu tous ceux qui ont la grâce du Seigneur Jésus en mespris : et leur faut dénoncer le jugement horrible dela mort éternelle. Vray est qu’il signifie qu'il y a encore lieu de repentance, quand il les exhorte à se donner garde :

cependant toutesfois il admoneste que s'ils n’advisent à eux de bonne heure, la vengence horrible de Dieu n’est pas loin.

Ce qui est dit és Prophètes. Le passage qui est yci ailégué, est prins du premier chapitre d’Abacuc : mais pource que toutes les prophéties estoyent recueillies en un corps ou volume, sainct Paul dit que cela est escrit és Prophètes. Et il ne récite point les Paroles d’Abacuc de mot à mot, esquelles il y a ainsi, Regardez entre les peuples, et voyez, si soyez esmerveillez et estonnez : car il se fera une œuvre de vostre temps que vous ne croirez point quand on le vous récitera. Sainct Paul dit, Voyez, mespriseurs : afin que les Juifs sçachent que la vengence faite une fois sur leurs Pères, est commune à tous contempteurs de la Parole. Comme s’il disoit, Dieu n’estime pas moins aujourd’huy sa Parole, le mespris de Jaquelle il a puni si rigoureusement autre fofs. Ainsi donc ce que dénonce le Prophète appartient à tous aages, afin que les contempteurs r’espèrent point maintenant éviter la vengence horrible, que les autres ont autre fois expérimentée.

Les Juifs se glorifioyent du Temple, ils se vantoyent estre le peuple de Dieu, estans enflez d’une meschante arrogance ils mesprisoyent toutes menaces. Sainet Paul donc leur réduit en mémoire les menaces que Dieu fait par ses Prophètes aux contempteurs.

A1 Car je Jay une œuvre en vostre temps. Le sens est, que ceux qui refusent dadjouster foy à la parole de Dieu, sentiront la main d’iceluy : en sorte qu’estans convaincus finalement par peines et tourmens, ils cognoistront qu’il a parlé à bon escient. On dit en commun proverbe, L'expérience est la maistresse des fols. Ainsi le Seigneur rédargue les

Car. XII.

SUR LES ACTES

meschans par effect, et non-seulement par | Dieu, nous ne sentions sa main plus puisparoles, afin qu’estans dontez de maux, | sante que tous nos sens ne peuvent com-

ils commencent à confesser sa grande vertu. Or quelle sorte de peine dénonceil? Pource (dit-il) que vous ne croyez point à ma Parole, je monstreray en vous une œuvre ou exemple qui sera incroyable à tous. Par lesquels mots il entend qu'il les punira d’une telle façon, que tout le monde en aura horreur. Car comme la rébellion contre Dieu est un monstre horrible et détestable : aussi il ne se faut esbahir si elle produit de soy des punitions monstrueuses. Gardons-nous done qu’en adjoustant foy à la parole de

prendre : voire si puissante et pesante que tout le monde en soit esmerveillé, et que nous aussi en soyons estonnez par la grande frayeur. Abacue prophétize de la desconfiture faite par les Chaldéens :

mais la punition que Dieu a envoyée pour le contemnement de son Evangile, a esté beaucoup plus énorme et griefve.

Et pourtant accoustumons-nous à craindre Dieu, et recevoir en humilité et révérence sa Parole, afin que rien de semblable ne nous adviene.

42 Et les Juifs se partans de la Synagoque*, les Gentils les prièrent qu'au Sabbath entre-deux? ils leur annoncassent les paroles,

43 Et quand l'assemblée fut départie, plusieurs des Juifs el prosélytes servans à Dieu suyvirent Paul et Barnabas, lesquels en parlant à eux les exhortoyent de persévérer en la grâce de Dieu.

44 Et au jour du Sabbath ensuyvant, presque toute la ville s'assembla pour

ouir la parole de Dieu.

45 Mais les Juifs voyans les troupes, furent remplis d'envie, et contredisoyent à ce que Paul disoit, contrarians et blasphémans.

1) Ou, Puis estans partis de la synagogue des Juifs.

49 Et les Juifs se partans de la synagogue. On peut bien aussi lire en ceste sorte, Et se partans de la synagogue des Juifs : et paraventure mieux à propos.

Car il est vray-semblable qu’ils sont sortis hors, avant que la compagnie se départist. Ce que mesme on peut bien recueillir de la déduction du texte : car S.

Luc adjouste bien tost après, que quand la compagnie fut départie de la synagogue, aucuns des Juifs suyvirent Paul et Barnabas. Le sens donc est, que Paul et Barnabas sortirent hors ainsi que les Juifs estoyent encore assemblez : et alors les Gentils les prièrent qu’ils s’employassent pour eux cependant, et qu’il y eut depuis aucuns Juifs et quelques prosélytes qui veindrent à Paul, tant pour le désir qu’ils avoyent d'apprendre, que pour rendre confession de leur foy. L'ancien translateur Latin et Erasme ont tourné, Le Sabbath ensuyvant : en quoy ils me semblent m'avoir point entendu quelle estoit l’intention de sainct Luc. Car veu qu’il est yei parlé des Gentils, je ne trouve point

2) Ou, ensuyvant.

8) Ou, ces paroles,

vray-semblable qu'ils choisissent un jour de Sabbath pour ouïr sainct Paul et Barnabas. Car ce jour-là estoit préfix aux Juifs : mais quant aux Gentils, ils avoyent aussi bonne opportunité les autres jours.

À quel propos done différeroyent-ils leur requeste jusques au huitième jour? Mais plustost ils désirent d’ouir Paul et Barnabas quand ils auront le loisir, et n’auront rien à faire avec les Juifs. Ainsi le Seigneur ne permet point qu'ils demeurent oisifs jusques à ce que le Sabbath viene, ains leur offre és Gentils de la besongne preste, en laquelle ils se puissent exercer. {ls leur annoncassent les paroles. Jay translaté selon le Grec. combien qu’aussi on le pourroit exposer, Ces paroles. Et selon ceci le sens seroit tel, que Paul et Barnabas furent priez de traitter de ces choses mesmes entre les Gentils ceste sepmaine-là. Au surplus, cependant que les Gentils espient de grand désir la première opportunité et occasion, les Juifs tout desgoustez mesprisent ce qui leur estoit proposé, sinon qu’aucuns

dentr’eux s’adjoingnent à Paul et Barnabas. Or sainct Paul exprime nomméement les prosélytes : lesquels ayans receu la doctrine de la Loy, et adorans le Dieu d'Israël, n’estoyent point enflez de cest orgueil qui empeschoit les Juifs, asçavoir quand ils présumoyent d’eux-mesmes à cause de l'ancienneté de leur race.

A3 Lesquels en parlant à eux. Le sens est douteux. Car on peut rapporter ceci aux Juifs et prosélytes : asçavoir qu’ils ont exhorté et admonesté Paul et Barnabas ,de ne perdre point courage, ams qu'ils persévérassent hardiment en la grâce de Dieu. Et de faict, ils avoyent bonne occasion de leur tenir ce propos :

car ils voyoyent les combats qui leur estoyent préparez : et que pour cesie cause ils avoyent besoin de magnanimité et constance pour soustenir les assaux des adversaires. Parquoy ceci conviendra trèsbien, qu’estans embrasez de désir et zèle de proufiter, ils se sont efforcez de donner courage à Paul et Barnabas de persévérer. Que si nous rapportons ceci à Paul et Barnabas, le sens sera tel, que ceux qui estoyent venus, n’ont esté repoussez par eux, mais ont esté bénignement recueillis et confermez par saincte exhortation, à persister en la grâce qu'ils avoyent receue. Au demeurant, quant à ce mot de Grâce, il comprend en premier lieu la foy de l'Evangile : puis après, les biens qui nous en vienent : ou pour dire plus briefvement, la vocation à Pespérance du salut éternel.

k4 Et au jour du Sabbaih. L’abordement du peuple rend tesmoignage que Paul et Barnabas ne demeurèrent point oisifs entre les deux Sabbaths, et que leur labeur employé envers les Gentils n’a point esté inutile. Car les affections du peuple estoyent tellement préparées, que tous désiroyent d’avoir plus ample co-

CHar. XIII.

gnoissance du total : ce qu’ils espéroyent bien, si la chose estoit débatue entre les

Juifs. Car on peut bien penser qu'ils

n’estoyent encore persuadez de recevoir la doctrine de l'Evangile sans contredit, mais qu’ils estoyent venus en lassemblée, d’un costé espérans, d'autre costé désirans.

45 Furent remplis d'envie. Ce n’est rien de nouveau que la rage des meschans s’embrase quand la clairté de l'Evangile luit de près : et principalement quand ils voyent que la vraye et bonne doctrine prend accroissement, ils se jettent en avant de plus grande impétuosité pour

résister. Là où j'ay traduit Envie, il y a

en Grec le mot de Zèle. Or on peut douter si par ce mot de Zèle, sainct Luc entend qu’ils ayent esté esmeus d’une émulation perverse ou envie pour s'opposer à Paul et Barnabas (comme l’ambition est mère tant d'envie que de toutes contentions) ou bien s’il prend ce mot de Zèle, pour l’indignation conceue de là, qu'ils estoyent marris que les Gentils fussent faits égaux au peuple de Dieu.

Car ils réputoyent une grande indignité, que le thrésor sacré de la doctrine, qui estoit le propre héritage des enfans, fust proposé familièrement à toutes gens.

Contrarians et blasphémans. Estans eschauffez d’un appétit de résister, ils vienent finalement à desgorger des blasphèmes. C’est ainsi que Satan pousse les meschans jusques à ceste fureur, qu’estans convaincus par raisons, ils desgorgent finalement des blasphèmes contre Dieu et sa vérité. D'autant plus nous faut-il garder songneusement, que si un fol et äesbordé désir de contrarier nous transporte, quand la vérité de Dieu nous est simplement proposée, soudainement nous ne tombions en tel esclandre et forfaict horrible.

,6 Adonc Paul et Barnabas ayans pris hardiesse, dirent, IL vous faloit premièrement annoncer la parole de Dieu : mais puis que vous la déboutez, et : que vous-vous jugez vous-mesmes indignes de la vie éternelle, voyci nous-nous

lournons vers les Gentils.

x7 Car le Seigneur le nous & ainsi commandé, disant, Je t'ay ordonné pour la lumière des Gentils, afin que tu sois en salut jusques au bout de

la terre.

Car. XIII.

SUR LES ACTES

48 El les Gentils oyans cela, s’esjouirent, et glorifièrent la parole du Seigneur : et tous ceux qui estoyent ordonnez à la vie éternelle, creurent.

49 Ainsi la parole du Seigneur s'espandoit par toute la contrée.

50 Mais les Juifs incilèrent aucunes femmes dévotes et honnestes, et les principauxæ de la ville, et esmeurent persécution contre Paul et Barnabas, et les

jettèrent hors de leurs quartiers.

51 Mais ils secouèrent la poudre de leurs pieds contr'eux, et veindrent en

Iconie.

52 Et les disciples estoyent remplis de joye et du sainct Esprit.

46 Adonc Paul et Barnabas ayans pris hardiesse, dirent, vous faloit, etc.

Sainct Luc monstre que tant s’en falut que les serviteurs de Jésus-Christ Paul et Barnabas perdissent courage pour toute la rébellion et furieuse obstination de leurs ennemis, que pour cela mesme ils ont prins plus grande hardiesse de les tancer asprement. Car combien qu'ils les eussent desjà picquez d’un aspre aiguillon, toutesfois encore les espargnoventils aucunement. Mais maintenant quand ils voyent qu'ils rejettent Jésus-Christ avec obstination, aussi de leur costé ils lesexcommunient et bannissent du Royaume de Dieu. Or nous sommes enseignez par cest exemple, qu'il ne faut user de sévérité extrême, sinon contre ceux qui sont du tout désespérez. Au reste, tant plus que les réprouvez s’esgayent audacieusement pour opprimer la vérité, tant plus devons-nous prendre de liberté et hardiesse. Car il faut que les serviteurs de Dieu soyent munis de hardiesse et constance du S. Esprit, à ce qu’ils ne quittent jamais la place au diable ni à ses supposts : comme aussi le Seigneur commande à Jérémie d'avoir un front de fer pour combatre les meschans., Z{ vous faloit premièrement annoncer, etc. 1 les blasme d’ingratitude : que combien que Dieu les eust éleus d’entre tous les peuples ausquels Christ se présentast, toutesfois ils rejettent malicieusement un bénéfice tant excellent. Or il récite au premier membre le degré d'excellence et d'honneur auquel Bieu les avoit eslevez:

puis après s’ensuit la reproche, que de leur propre gré ils déboutent une grâce si singulière. Dont il conclud que le temps est venu, auquel il faut que l'Evangile soit transporté aux Gentils. Quant à ce qu’il dit qu'il faloit que premièrement

il leur fust annoncé, cela appartient proprement au temps du règne de Christ.

Car sous la Loy avant la manifestation du Seigneur Jesus, les Juifs non-seulement estoyent premiers, mais seuls. Et pourtant Moyse les appeloit royaume sacerdotal, et héritage de Dieu, Exode, XIX, 5-6. Mais l'adoption de Dieu résidoit tellement entr’eux seuls sans que mention fust faite des Gentils, qu'à l’advénement de Jésus-Christ il a falu encore qu’ils avent esté préférez aux Gentils. Car combien que Jésus-Christ ait réconcilié le monde à son Père, toutesfois les Juifs qui estoyent desjà prochains de Dieu et de sa famille, ont esté les premiers en ordre. C’estoit donc l’ordre légitime, que les Apostres assemblassent l'Eglise, premièrement des Juifs, puis après des Gentils: comme il a esté veu ci-dessus au chap. [ et autres passages. Ainsi Ja société des Gentils n’ostoit point le droict de primogéniture aux Juifs, tellement qu'ils ne fussent les premiers en l'Eglise. Selon ceste raison sainct Paul dit que la justice de Dieu est manifestée en l'Evangile, premièrement aux Juifs, puis après aux Grecs, Rom., I, 46. Une si grande excellence de grâce que Dieu leur avoit faite, aggrave lPénormité de leur péché, quand ls rejettent ce qui leur est offert tant bénignement. Pour ceste cause il adjouste, qu’ils se jugent eux-mesmes estre indignes de la vie éternelle. Car comme ainsi soit que la rejection de l'Evangile est le renoncement de la justice de Dieu, il n’est besoin d'aller chercher un autre juge pour condamner les incrédules. Mais puis que vous la déboutez. 1 semble-que $. Paul ne déduit pas bien son argument. Car premièrement, pour faire que les Gentils fussent admis à l'espérance de salut, il n’estoit point nécessaire que les Juifs en

fussent exclus. D’avantage, il estoit plustost convenable que les Juifs ayans les premiers receu l'Evangile, donnassent le second lieu aux Gentils. Mais S. Paul parle comme s'ils n’eussent peu estre unis en un mesme Corps: et comme si l'Evangile n’eust peu parvenir aux Gentils, qu'il n’eust esté rejetté des Juifs.

Aussi avant qu'il eust expérimenté une telle rébellion et opiniastreté, n’estoit-il point ordonné Apostre des Gentils ? Pourquoy donc attend-il jusques à maintenant de se retirer aux Gentils, comme si leur vocation dépendoit de linfidélité du peuple éjeu? Je respon que ce mot de Se tourner, ha quelque véhémence. Car il signifie qu'il est maintenant du tout destourné des Juifs pour s’addonner entièrement aux Gentils. Si les Juifs fussent demeurez fermes en leur degré, il n’eust point esté besoin à $S. Paul de se tourner ainsi: mais ayant receu les Juifs en son giron, il eust quant et quant tiré les Gentils d’une suite et ordre continuel, et les eust embrassez tous ensemble. Maintenant quand les Juifs tournent le dos etse retirent de son ministère, il ne les peut regarder d’une mesme veue avec les Gentils. Ainsi les laissans là, il est contraint de prendre soin des Gentils, et s’y employer du tout. Si donc les Juifs ne se fussent aliénez de l'Eglise, la vocation des Gentils eust esté telle que les Prophètes la descrivent, En ce jour-là sept estrangers empoingneront un homme Juif par le manteau, et diront, Nous cheminerons avec vous: car Dieu est entre vous. Mais maintenant les Gentils ont esté appelez par accident et d’une nouvelle façon: d'autant que les Juifs estans rejettez, les Gentils ont trouvé la possession vuide, en laquelle ils sont entrez. Ils devoyent estre associez avec les Juifs:

mais depuis que les Juifs ont esté retranchez et exterminez, ils ont esté substituez en leur place. Par ce moyen la mort des Juifs a esté la vie des Gentils, comme ditS. Paul, (Rom., XI, 42, 45, 24) et les branches naturelles estans coupées, les sauvageons ont esté entez sur la racine saincte, jusques à ce que Dieu finalement les ente sur leur première racine, et les remette en vie, afin que lIsraël de

Cuar. XIIL.

Dieu estant recueilli de toutes parts, soit sauvé.

47 Car le Seigneur le nous a ainsi commandé. Ce passage est prins du chapitre XLIX d’Isaïe, v. 6: où toutesfois Dieu addresse sa parole à son Fils plustost qu'aux Apostres. Mais il nous faut observer que l'Escriture attribue plusieurs choses à Jésus-Christ, lesquelles appartienent aux ministres d’iceluy : je di expresséement beaucoup de choses, et non pas toutes. Car il y a des titres propres à la personne de Jésus-Christ, desquels si on vouloit orner les ministres, ce seroit une impiété et sacrilége. Jésus-Christ est appelé nostre justice: d'autant que luy seul a esté sacrifice et hostie de purgation, et luy seul nous a appaisé le Père par sa mort: et puis après est ressuscité, atin qu'ayant victoire sur la mort il nous acquist la vie éternelle. Ainsi donc toute la substance de nostre salut gist en la personne de Jésus-Christ. Mais entant qu’il besongne par ses ministres, les fai= sant comme ses lieutenans, il leur communique aussi ses titres. En ce rang est comprise la prédication de l'Evangile. Il est bien vray que le Père céleste nous Pa ordonné pour nostre seul Docteur : mais luy aussi a commis et substitué des Pasteurs et Ministres, afin qu'ils parlent comme par sa bouche. Et ainsi l’authorité luy demeure entière, et néantmoins il est ouy en ses Ministres. Sainct Paul donc accommode bien à propos à soy le tesmoignage d’Isaie, quand il est question de publier l'Evangile. Je l’ay ordonné pour estre la lumière, etc. I semble qu’il soit là parlé d’un telle vocation des Gentils, qu’elle n’attire point avec soy la rejection du peuple ancien. Car plustost Dieu fait une société entre les Gentils estrangers et les Juifs qui avoyent esté auparavant de sa famille. Ce m’est peu de chose (dit-il) que tu me sois ministre pour enseigner Israël: d'autant que je t'ay constitué et ordonné pour estre lumière des Gentils. Il semble bien certes que Dieu commence son Eglise par les enfans d'Abraham, et que puis après il tende la main aux Gentils afin qu'ensemble ils facent une Eglise par un mesme consentement de foy, Or toutesfois sainct

Cuar. XIII.

Paul allègue ceste prophétie, comme si elle n'eust peu estre accomplie que les Juifs ne fussent rejettez. Car il signifie que la lumière de Jésus-Christ à esté allumée aux Gentils, après que les Juifs ont esté jettez en ténèbres de mort. À cela je respon qu’on ne peut pas conclure de la déduction du texte, que sainct Paul afferme que les Gentils ne deussent estre illuminez, que premièrement la lumière n’eust esté esteinte aux Juifs. Car le sens peut-estre tel, Veu que vous-vous estes privez vous-mesmes dle la vie éternelle, il ne faut pas que vous pensiez que la grâce de Dieu soit profanée, si en vous laissant derrière nous prenons la charge des Gentils. Car le Messias n’a point esté donné à vous seuls, mais a esté ordonné en salut à tout le monde, comme il est escrit, Je t’ay ordonné pour estre la lumière des Gentils, etc. Néantmoins si nous regardons de plus près le passage du Prophète Isaïe, il est certain qu'on y trouvera la rejection du peuple ancien enclose. Car Dieu prononce ouvertement qu’il se monstrera glorieux et magnifique au ministère de son Fils, quand encore Israël ne sera point recueilli. Puis après il adjouste comme par forme d'explication, que la vertu de Jésus-Christ ne sera restrainte à un peuple: pource que sa lumière espandra ses rayons en salut jusques aux derniers bouts du monde. Il semble que S. Paul dénote ceste occasion de la vocation des Gentils: asçavoir d'autant que ne trouvant point de matière entre les Juifs pour s'exercer, il a entièrement destiné son labeur aux Gentils. Es paroles du Prophète il nous faut noter ceci en passant, que le salut est mis après la lumière, selon ce que dit nostre Seigneur Jésus, C’est-ci la vie éternelle, de te cognoistre seul vray Dieu, etc. Jeh., XVIE, 3. Car si par la seule cognoissance de Dieu on obtient salut, voyci aussi la seule résurrection de la dampation de la mort éternelle, qu’estans délivrez des ténèbres d’ignorance, nous soyons illuminez en la foy du Seigneur Jésus.

48 Et les Gentils oyans cela. L’occasion et matière de joye qu'ont eu les Gentils, a esté qu'ils ont ouy que ce n’a point esté soudainement qu'ils ont esté

SUR LES ACTES

appelez à lespérance de salut, comme si cela n’eust point esté au paravant décrété de Dieu : mais que maintenant est finalement accompli ce qui avoit esté prédit long temps auparavant. Car ce n’estoit point une petite confirmation de foy, que le salut leur avoit esté promis à la venue de Jésus-Christ. Et par cela aussi est advenu qu'ils ont receu l'Evangile plus ardemment, et en plus grande révérence.

Ce mot glorifier la parole de Dieu, peut estre exposé en deux sortes : ou qu’ils ont cognu que la prophétie d’Isaie estoit véritable, ou qu’ils ont receu par foy la doctrine qui leur estoit proposée. Quoy qu’il en soit, yci est dénoté un plein consentement : car ils ne barguignent plus, et ne sont plus en doute voyans la victoire de sainct Paul. Et de faict, lors nous rendons à la parole de Dieu tel honneur qui luy appartient, quand nousnous submettons à icelle en toute obéissance par foy : comme on ne luy pourroit faire plus grand outrage, que quand on ne iuy adjouste point de foy. Au reste, nous voyons que la dureté et obstination laquelle les Gentils voyent és Juifs, ne les a point empeschez de se rendre disciples de Jésus-Christ. Nous aussi quand nous voyons que l’obstination des meschans nous pourroit tellement scandalizer que ce seroit pour nous fermer la porte, apprenons à avoir une semblable magnanimité que nous voyons en Ceux-Ci, pour mespriser et fouller aux pieds l’orgueil des meschans. ÆT tous ceux qui estoyent ordonnez, etc. C’est l’exposition du membre précédent, pour le moins selon mon jugement. Car sainet Luc monstre quelle gloire ils ont donnée à à parole de Dieu. Au demeurant, il nous faut noter la restriction qu’il met, qu'ils ont creu, non pas tous sans exception, mais ceux qui estoyent ordonnez à vie.

Or il ne faut point douter que sainet Luc n’appelle Ordonnez, ceux qui estoyent éleus par l'adoption gratuite de Dieu. Car c’est une cavillation ridicule de rapporter ceci à l'affection des croyans : comme s'ils avoyent receu PEvangile, pource qu'ils avoyent les cœurs bien disposez.

Car cesle ordination ne peut estre entendue sinon du conseil éternel de Dieu. Et

Car. XIII.

sainct Luc ne dit point qu’ils fussent or- | Dieu appelle au dedans ceux qu’il a éleus,

donnez à la foy : mais à la vie, d'autant que Dieu prédestine ses fidèles à Phéritage de la vie éternelle. Or ce passage nous remonstre que la foy dépend de l'élection de Dieu. Et certes veu que tout le genre humain est aveugle et obstiné, ces maladies sont enracinées et résident en nostre nature, jusques à ce qu’elles soyent corrigées par la grâce du sainet Esprit. Or ceste correction ne descoule que de la fontaine de l'élection. Car quand de deux hommes il y en aura un qui se rendra docile, et l’autre persévérera en sa malice et obstination, qui toutesfois aura ouy la mesme doctrine que le premier, ce n’est pas qu’ils soyent différens de nature, mais pource que le premier est illuminé de Dieu, et que Dieu ne fait point ceste grâce au second. Bien est vray que par la foy nous sommes faits enfans de Dieu : et la foy est la porte et le commencement de salut quant au regard de nous. Mais si nous venons au regard de Dieu, il est plus haut. Car il ne commence point à nous élire dés lors que nous croyons : mais il seelle en nos cœurs par le don de la foy son adoption qui est occulte et cachée, à ce qu’elle soit manifeste et certaine. Car si c’est un bien spécial et propre aux enfans de Dieu d’estre ses disciples, il s'ensuit qu'il n'appartient pas également à tous les enfans d'Adam. Parquoy il ne se faut pas esbahir si tous ne recoyvent indifféremment l'Evangile. Car combien que Dieu invite tous à la foy par la voix extérieure d’un homme, toutesfois il n’appelle point avec efficace par son Esprit et sa grâce, sinon ceux qu’il a délibéré de sauver. Or maintenant si élection de Dieu par laquelle il nous ordonne à vie, est la cause de foy et de salut, que restera-il à attribuer à nostre dignité ou à nos mérites?

Retenons donc ce que dit sainct Luc, que ceux qui par foy estans entez au corps de Jésus-Christ, reçoyvent l’arre et le gage de leur adoption en Jésus-Christ, estoyent au paravant ordonnez à vie. Et de ceci aussi nous pouvons bien recueillir quel fruit peut apporter de soy la prédication de l'Evangile. Car elle ne rencontre point la foy és hommes, sinon d'autant que

et tire à Jésus-Christ ceux qui estoyent siens au paravant. Par ces mesmes paroles sainct Luc aussi enseigne qu’il ne se peut faire qu'’aucuns des éleus périssent. Car il dit, qu’autant qu’il y en avoit d’éleus, ils creurent, et non point un seulement, ou quelque petit nombre. Car combien que l'adoption de Dieu nous soit incognue, jusques à ce que nous la sentions par foy, néantmoins elle n’est point douteuse en son conseil estroit : d’autant que tous ceux qu’il tient pour siens, il les met en la protection et sauvegarde de son Fils, lequel en sera fidèle gardien jusques à la fin. Or il est bien nécessaire que nous entendions ces deux membres.

Quand lélection est mise par-dessus la foy, il n’y a rien entièrement que les hommes se doyvent attribuer en quelque partie de leur salut tant petite soit-elle.

Car si la foy en laquelle consiste le salut, laquelle nous rend tesmoignage de Padoption gratuite de Dieu, laquelle nous conjoint au Fils de Dieu, et fait que sa vie soit nostre, par laquelle nous possédons Dieu avec sa justice, et finalement par laquelle nous recevons la grâce de sanctification, est fondée hors de nous au conseil éternel de Dieu, il faut nécessairement que tout ce que nous avons’ de biens et dons soit attribué à la grâce de Dieu, par laquelle il nous prévient le premier. D’autre part, pour: autant qu'il y en à plusieurs qui s’entortillent d’imaginations perplexes et scabreuses, en allant chercher curieusement leur salut au conseil secret de Dieu, apprenons que la cause pourquoy lélection de Dieu est approuvée par la foy, c’est afin que nos entendemens se dressent au Seigneur Jésus, comme au gage et arre de nostre élection : et qu’ils ne cherchent autre certitude que celle qui nous est manifestée en l'Evangile. Contentons-nous (di-je) de ce seau, que quiconque croit au Fils unique de Dieu, ha la vie éternelle, Jehan, II, 36.

49 Ainsi la parole du Seigneur s'espandoit. Sainct Luc récite yci l’avancement de l'Evangile. En quoy il appert combien est véritable la parabole de nostre Seigneur Jésus, quand il dit que V'E-

Caar. XIE.

vangile est semblable au levain, Luc, XHT, 91. Nous avons veu ci-dessus qu’il y eut grande assemblée de peuple, en sorte que la semence de la vraye doctrine fut espandue par toute la ville : maintenant sainct Luc dit qu’elle a esté espandue plus loin, asçavoir par toute la contrée.

Cependant il raconte que cela n’a point esté fait sans grand travail et fascherie.

Les commencemens donc de la vocation des Gentils ont esté joyeux et heureux :

et Satan n’a peu empescher le cours de la grâce de Dieu : mais cependant il à falu que Paul et Barnabas, lesquels Dieu avoit mis en avant comme ses bons champions, ayent combatu. Or il nous faut noter ce que sainct Luc récite, que quelques femmes dévotes et honnestes ont esté poussées avec les principaux de la ville à persécuter les fidèles serviteurs de Jésus- Christ. Car ce n’estoit point un petit scandale pour les rudes, et qui à grand’peine estoyent engendrez en Jésus-Christ, quand ils voyent que tous tant hommes que femmes qui estoyent prisez et honorez, et qui estoyent dignes de louange selon les hommes, contrarioyent à Jésus- Christ. Une grand’troupe du peuple avoit receu le Seigneur Jésus : mais c’estoit Le commun populaire seulement, et les balieures des hommes, par manière de dire.

Voyei à l’opposite, il y avoit les principaux de la ville, qui pouvoyent facilement effacer par leur splendeur les petis, et tout le commun populaire. D’avantage, ceci pouvoit rendre la doctrine suspecte, voire odieuse, que quelques femmes honnestes et dévotes en apparence lPavoyent en haine. Si quelques garnemens de meschante vie sortoyent de quelque creux ou cabaret, si des troupeaux de putains et paillardes sortoyent du bordeau pour s’eslever contre l'Evangile, cela n’apporteroit aucun diffame à l'Evangile, mais plustost la dignité d’iceluy reluiroit plus clairement pour cela. Mais maintenant que peuvent penser les infirmes et rudes, sinon que la doctrine qui ha de tels ennemis, n’est point de Dieu? Il faloit donc nécessairement, que non-seulement Îles fidèles qui estoyent hien tendres encore et apprentis, fussent confermez par le Seigneur, afin que leur foy ne fust ren-

SUR LES ACTES

versée, mais aussi qu’il tendist la main à Paul et Barnabas, afin qu’ils ne perdissent courage, et ne quittassent là tout. Au reste, Dieu à voulu que nous fussions enseignez par cest exemple, que nous devons constamment résister contre tels scandales, et nous garder songneusement que quelques vaines masques de vertus ue nous esblouissent les yeux, en sorte que ne puissions veoir la gloire du Seigneur Jésus reluisante en l'Evangile. Car il est bien certain que tout ce qu’on pourra forger de vertus et honnesteté és hommes, n’est qu'une pure hypocrisie quand ils s'opposent à Jésus-Christ. Combien qu’il se peut bien faire qu'aucuns pour quelque temps seront esmeus d’un zèle inconsidéré contre le Seigneur Jésus, qui puis après viendront à se repentir:

Néantmoins il nous faut avoir ceci pour résolu, que quelque belle apparence de saincteté et honnesteté que puissent avoir ceux qui résistent à l'Evangile, ils n’ont point toutesfois une vraye et ferme crainte de Dieu : et toutes les vertus desquelles ils font ostentation, ne sont qu’ombres décevantes. Et de faict, ceste louange n’est point en vain attribuée à nostre Seigneur Jésus, qu'il révèle les pensées des cœurs de plusieurs, Luc, I, 35. Dévotes ou religieuses. Mais quelle pouvoit estre la religion, où il n’y avoit aucune révérence à la parole de Dieu? II nous faut noter qu'il y à quatre sortes de gens. Premièrement, tout ainsi qu’il y en à bien peu qui servent et honorent Dieu purement et en vraye rondeur de cœur : aussi y en a-il bien peu qui facent profession ouverte d’estre contempteurs diceluy. Voylà desjà deux ordres. Mais la plus grand’part n’est point du tout sans religion, et ha quelque appréhension du commun service de Dieu : cependant toutesfois s’acquittans bien froidement envers Dieu, et comme se jouans avec luy, ne laissent point d’estre du tout profanes quand on les examinera bien au vif. Comme aujourd’huy limpiété de beaucoup de gens est tellement quellement cachée sous des cérémonies et une profession fardée du service de Dieu.

Ainsi en tous aages il y a eu des gens monstrans en apparence externe quelque

affection à servir Dieu, desquels toute la saincteté consistoit en mines et vaines paroles. Du temps de sainct Paul tout ainsi qu'aujourd’huy il y en avoit aucuns en petit nombre, esquels quelque zèle particulier de piété se monstroit : desquels combien que la religion fust impure, et le cœur feint, décevant et double, nonobstant ils estoyent réputez aucunement dévots sous couleur de leur zèle, combien qu’il soit inconsidéré. Mais il appert par ceci de quoy sert la religion nue, qu'on appelle dévotion, laquelle pousse d’une ardeur desreiglée ceux qui la suyvent, à batailler contre le Royaume de Dieu, et opprimer la gloire d’iceluy.

Au reste, il est vray-semblable que ces

femmes, combien qu’elles ne se fussent pas du tout rangées à la religion des Juifs, et ne fussent instruites en la doctrine de la Loy, estoyent toutesfois à demi Juifves, et que cela feit qu’elles prindrent tant volontiers la cause de la nation.

Car voylà, tesmoin sainet Paul, comment les femmes chargées de péchez sont menées çà et là captives, 2 Timoth. HE, 6.

51 Mais ils secouèrent la poudre. On peut bien recueillir mesme par le commandement du Seigneur Jésus, que ceci estoit un signe d’exécration entre les Juifs, Mat.,X,14, Luc, IX, 5etX, 1141. Caril n’est pas vray-semblable que Jésus-Christ ait voulu qu’ils usassent d’un signe incognu :

veu que son intention estoit d’estonner et effrayer les contempteurs manifestes de sa doctrine. Au reste, il vouloit par ce moyen donner à cognoistre que les meschans qui résistent à la vraye lpiété sont si abominables à Dieu, que nousnous devons garder songneusement que nous n’ayons rien de commun avec eux :

afin que nous ne tirions à nous quelque contagion de leurs vileines ordures. Cela est bien dit de tous les meschans, qu’ils polluent la terre sur laquelle ils marchent : mais le Seigneur n’a point ordonné ne commandé en lieu que ce soit, qu'on ait en exécration si grande autres que les contempteurs de sa parole. Or si on eust deu excommunier quelque adultère ou fornicateur, ou yvrongne, ou quelque parjure ou meurtrier, ou quelque

séditieux, on n’eust point usé de ce si-

Cuar. XIIL.

gne. Il appert donc combien est intolérable à Dieu le mespris de sa parole, Car quand il commande qu’on secoue la poudre des pieds, c’est autant comme sil prononçoit qu’ils sont esclaves de Satan, et hommes perdus et désespérez, et dignes d’estre raclez de dessus la terre. Et pourtant, qu’une si grande sévérité nous apprene à porter révérence à l'Evangile.

D’avantage, les ministres de l'Evangile sont enseignez de quelle affection ardente, et de quel zèle ils doyvent maintenir la majesté de la parole, afin qu’ils ne dissimulent froidement le mespris d’icelle.

52 Et les disciples estoyent remplis de joye. On peut exposer ceci en deux sortes, qu’ils ont esté remplis de joye et de l'Esprit, c’est asçcavoir en ceste sorte, De joye de l'Esprit, c’est-à-dire de joye spirituelle : d'autant que la conscience ne peut recouvrer repos, ne joye, ne liesse que par l'Esprit de Dieu. Pour laquelle raison sainct Paul dit que le Royaume de Dieu est justice, paix et joye au sainct Esprit, Rom., XIV, 17. Ou bien en ceste sorte, que ce mot d'Esprit contiene sous soy les autres vertus et dons. Toutesfois ce sens me plaist plus, qu’ils ont esté remplis de joye, pource que la grâce du sainct Esprit régnoit en eux, laquelle

seule nous resjouit vrayement et entière-

ment, voire en sorte qu’elle nous eslève haut par-dessus tout, le monde. Car il faut regarder ce que sainet Lue a voulu dire : asçavoir que tant s’en faut que les fidèles ayent esté troublez ni estonnez de ces scandales si énormes, de la honte qu’on faisoit à leurs docteurs, de l’esmotion de la ville, des effrois et menaces, de la crainte aussi, des dangers éminens, qu'ils mesprisoyent hardiment par la hautesse et magnanimité de leur foy, la splendeur tant de ceste fausse saincteté, que de la puissance des grans. Et de faict, si nostre foy est fondée en Dieu comme il appartient, si elle a pris vives et profondes racines en sa parole, finalement si elle est munie de l’aide du S.Esprit comme il faut, elle entretiendra en nos cœurs paix et une joye spirituelle, voire quand tout le monde seroit plein de troubles et orages,

Car. XI Y.

SUR LES ACTES

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