‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 64 sur 113 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

À Puis ayans passé par Amphipolis et Apollonie, ils veindrent en Thessalonique, où il y avoit une synagogue des Juifs. 2 Et Paul selon sa coustume entra vers eux, et par trois Sabbaihs disputa

avec eux par les Escritures,

3 Leur déclarant et proposant qu’il avoit falu que le Christ souffrist, et ressuscilast des morts : et que Jésus estoit le Christ, lequel (dit-il) je vous

annonce.

4 Et aucuns d'eux creurent, et furent adjoints à Paul et Silas, et grande

multitude de Grecs servans à Dieu, nombre.

et des femmes d'authorité non petit

A Hsveindrent en Thessalonique, etc. | procurer leur salut, desquels toutesfois

Nous ne pourrions donner raison pourquoy Paul n’a rien essayé en Amphipolis et Apollonie, qui toutesfois estoyent villes assez renommées, selon le tesmoignage de Pline: sinon qu’il a suyvi la conduite du sainct Esprit : et mesme il a pris conseil de parler ou de se taire selon les occasions qui se présentoyent :

et peut bien estre qu'il a aussi tasché de proufiter là, mais pource que ça esté sans fruict, voylà pourquoy sainct Luc n’en fait aucun récit. Or quant à ce qu'après avoir esté fouetté à Philippes (4 Thess., Il, 2) et estant à grand'peine eschappé dun fort grand danger, il ne laisse de prescher Jésus-Christ à Thessalonique, on voit bien par cela, quel courage invincible il avoit de suyvre le cours de sa vocation, et comme il n’a point craint de s’exposer par plusieurs fois à dangers nouveaux. Ceste force invincible de courage, et ceste constante souffrance de la croix, démonstre assez que Paul n’a point humainement travaillé : mais estoit muni de vertu céleste, et de la force du sainct Esprit. Ça esté aussi une merveilleuse patience en luy, qu’il est entré aux Juifs, et ne cesse de

il avoit si souvent expérimenté l’obstination endurcie. Mais pource qu’il sçavoit que Jésus-Christ avoit esté donné en salut aux Juifs, et qu’il avoit esté ordonné Apostre à ceste condition, d'annoncer la repentance et la foy premièrement aux Juifs, et puis après aux Gentils et Payens, recommandant l’issue de son labeur au Seigneur, il obéit à son commandement, combien qu’il n’eust grande espérance de faire grand proufit. Il semble bien qu’au paravant il ait dit le dernier adieu aux Juifs, quand il disoit, Il faloit enseigner le Royaume de Dieu premièrement à vous (Actes, chap. XIII, v. 46) mais pource que vous ne le recevez point, voyci, nous-nous convertissons aux Gentils.

Mais ceste sentence-là si rude se doit restraindre à l’assemblée de laquelle il est là parlé, qui par impiété avoit repoussé l'Evangile qui leur avoit esté offert, et s’estoit rendue indigne de la grâce de Dieu. Mais sainct Paul ne laisse point d'exécuter son ambassade envers la nation : par lequel exemple nous sommes admonestez que nous devons tant estimer Ja vocation de Dieu, que quelque ingratitude qu'il y ait és hommes, cela

toutesfois ne nous empesche point de persévérer à procurer le salut d’iceux, cependant que nous leur sommes députez ministres par le Seigneur. Or on peut facilement penser, que desjà dés le premier Sabbath il y en eut aucuns qui rejettèrent la saine doctrine : mais la perversité de ceux-ci ne l’a point destourné de retourner és autres Sabbaths.

2 Disputa avec eux par les Escritures, etc. Sainct Luc récite premièrement, quelle à esté la somme de ceste dispute, asçavoir que Jésus fils de Marie est le Christ jadis promis en la Loy et par les Prophètes, lequel par le sacrifice de sa mort a effacé les péchez du monde, et par sa résurrection à apporté justice et vie : puis après comment il a prouvé ce qu'il enseignoit. Prenons ce second membre pour le traitter en premier lieu.

Sainct Luc dit que Paul disputoit par les Escritures : et pourtant on ne doit prendre les probations de la foy que de la bouche de Dieu. Si on débat des choses humaines, que lors les raisons humaines ayent lieu : mais en la doctrine de la foy, la seule authorité de la haute majesté de Dieu y doit régner : et faut que nous dépendions d’icelle. Il est bien vray que tous confesseront que Dieu est celuy seul, à qui il faut acquiescer : mais cependant il y en a bien peu qui l’escoutent parler és Escritures. Toutesfois si ceste maxime ha lieu entre nous, que l’'Escriture est procédée de Dieu, il ne faudra point prendre d’ailleurs la règle ou d’enseigner ou d'apprendre. On peut doncques veoir par ceci, de quelle rage diabolique les Papistes sont agitez, quand ils disent qu’on ne peut rien tirer de cer- {ain des Escritures, et que pour ceste cause il se faut arrester aux ordonnances des hommes. Car je demande, asçavoir si la facon de disputer qu’a tenue sainct Paul, a esté légitime, ou non. Pour le moins qu'ils ayent honte de ce que plus de révérence a esté porté à la parole du Seigneur entre une nation incrédule, qu’elle n’ha aujourd'huy de révérence entre eux. Les Juifs admettent S. Paul, et le souffrent disputer par les Escritures: le Pape et tous les siens estiment cela comme une pure moequerie, quand

Car. XVII.

on met en avant la saincte Escriture, comme si Dieu parloit en icelle ambiguëment, et en obscurité perplexe, et comme s’il se mocquoit jouant de passe-passe.

Joinct qu’il y a aujourd’huy beaucoup plus de lumière és Escritures, et on y voit reluire une vérité de Dieu plus certaine, qu’en la Loy et és Prophètes. Car Christ qui est le Soleil de justice, nous esclaire de pleine lueur en l'Evangile : et d'autant moins ce blasphème est tolérable, quand les Papistes’ crient qu’il n’y a point de certitude en la parole de Dieu.

Mais de nostre part, sçachons que tout ainsi que la foy ne peut estre ailleurs fondée qu’en la parole de Dieu : aussi en tous différens il ne se faut arrester qu’en son tesmoignage.

3 Leur déclairant et proposant, etc.

Il descrit yci la somme ou le sujet de la dispute : et mel deux membres touchant Christ : asçavoir qu’il a falu qu’il soit mort et ressuscité : et que c’est le Fils de Marie qui avoit esté crucifié. Quand il est question de Jésus-Christ, trois questions sont mises en avant : asçavoir-mon s’il est, qui est Christ, et quel il est. Si sainct Paul eust eu affaire avec des Gentils, il eust falu qu’il eust pris son commencement de plus haut: d'autant qu’ils n’avoyent rien ouy dire de Jésus-Christ :

et avec ce les hommes profanes ne peuvent concevoir seulement qu'ils ayent besoin de quelque Médiateur. Mais entre

les Juifs ce poinct y estoit sans doute, veu

que le Messias leur estoit promis: parquoy sainct Paul laisse là comme une chose dont il seroit superflu de disputer, ce qui estoit receu et approuvé du consentement de tous. Au réste, pource qu’il n’y avoit rien plus difficile, que de faire que les Juifs recognussent Jésus-Christ crucifié pour Rédempteur, S. Paul commence par ceste partie, qu’il a falu que Christ soit mort: afin qu’il oste tout le scandale de la croix. Et toutesfois il ne faut point penser qu’il ait seulement récité une simple et nue histoire : mais il prend un principe, c’est-à-dire une maxime indubitable, asçavoir que les causes ont esté monstrées, pourquoy il a falu que Jésus-Christ soit mort et ressuscité :

asçavoir d'autant qu’il a parlé de la ruine

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du genre humain, du péché, et de la punition d’iceluy, du jugement de Dieu, et de la malédietion éternelle, en laquelle nous sommes tous enveloppez. Car quand VEcriture prédit la mort de Christ, elle nous renvoye là. Ainsi Isaïe (chap. LIT, v. 5, 6) ne dit pas simplement que Jésus- Christ devoit mourir : mais adjoustant expresséement, Car nous avons tous erré, et un chacun de nous a décliné en sa voye, il assigne la cause de la mort d’iceluy : asçavoir d’autant que Dieu à mis sur luy les iniquitez de nous tous, que le chastiement de nostre paix est sur luy, afin que nous soyons guairis par sa blessure : et qu’en effaceant nos péchez, il nous a acquis justice. Ainsi Daniel au chap. IX, v. 24, monstre quelle est la vertu et le fruict de sa mort, quand il dit qu’il faut que le péché soit seellé, afin que la justice éternelle viene en avant. Et certes il n’y à point de raison ne plus propre, ne de plus grande efficace pour prouver l'office de Christ, que quand les hommes estans abbatus du sentiment de leurs maux, ne voyent point qu’il y ait plus aucune espérance, simon qu’ils soyent réconciliez par le sacrifice du Seigneur Jésus. Lors estans despouillez de leur orgueil, ils commencent à humblement embrasser la croix d’iceluy, de laquelle ils avoyent honte au paravant. Il faut donc que nous venions aujourd’huy à ces mesmes sources, desquelles sainct Paul à tiré la probation de la mort et résurrection de Christ. Or ceste définition à grandement esclairci le second poinct. Il n’estoit pas si facile à sainct Paul de prouver, et recueillir pour certain, que le fils de Marie est le Christ, sinon que les Juifs eussent esté premièrement enseignez quel Rédempteur on devoit attendre. Mais quand cela est donné à entendre, il ne reste plus sinon d’appliquer à Cbrist.ce que lEscriture attribue au Médiateur. Au demeurant, voyci quelle est la somme de nostre foy, que nous sçachions que le fils de Marie est ce Christ et Médiateur, lequel Dieu a promis dés le commencement. D’avantage, que nous entendions à quelle fin il est mort et ressuscité : afin que nous ne nous forgions point quelque roy ter-

SUR LES ACTES

rien : mais que nous cherchions en luy la justice spirituelle, et toutes les parties de nostre salut. Or quant à ce qu'il est dit que sainet Paul a prouvé l’un et l’autre par les Escritures, il faut entendre que les Juifs n’estoyent encore si stupides, ne si impudens, comme ils sont aujourd’hbuy. S. Paul à bien peu prendre des sacrifices et de tout le service de la Loy, des argumens desquels ces chiens se mocquent aujourd’huy. Aussi on sçait assez de quelle malice ïls deschirent et corrompent tant d’autres passages de l'Escriture. Mais lors ils avoyent quelque honnesteté : ils portoyent aussi quelque révérence aux Escritures, en sorte qu’ils n’estoyent du tout indociles. Mais il y a aujourd’'huy un voile mis sur leurs cœurs (2 Corinth., IE, 45) en sorte qu’ils ne voyent en pleine lumière, non plus que les taupes.

4 Et aucuns d'eux creurent, etc.

Nous voyons yei le fruict de la disputation de sainct Paul. Vray est qu'il a prouvé manifestement devant tous, que Jésus estle Christ, qui nous a appaisé le Père par sa mort, et la résurrection duquel est la vie du monde. Toutesfois aucuns seulement d’entre les Juifs croyent :

les autres sont aveugles en pleine lumière, et comme sourds ils repoussent la vérité tant certaine et tant bien prouvée. :

Ceci aussi est digne d’estre noté, qu’au lieu qu’il y en a bien peu d’entre les Juifs qui croyent, grande multitude de Grecs est venue à la foy, qui en estoyent bien plus loin. À quelle fin diroit-on qu’ils ont esté instruits en la doctrine de la Loy dés leur enfance, sinon afin qu'ils fussent plus eslongnez de Dieu ? Desjà doncques Dieu avoit commencé de monstrer en eux des exemples de cest aveuglement, lequel les Prophètes leur dénoncent tant souvent. Toutesfois en cela déclare-il que son alliance n’est point frustratoire, qu’il recueille à soy pour le moins aucuns de ce peuple, afin que des estincelles de son élection reluisent encores au résidu lequel il sauve gratuitement. Sainct Luc aussi enseigne qu'ils n’ont point si peu adjousté de foy aux paroles de Paul, qu'ils les ayent approuvées seulement par un froid consentement : mais qu'ils ont

monstré qu'ils y sont allez à bon escient, en ce qu'ils se sont adjoints pour compaoenons à Paul et Silas : et que par une vraye profession de lPEvangile, ils ont provoqué contre eux-mesmes la haine de toute leur nation. Car que signifie ceste adjonction, sinon qu'ils ont testifié qu’ils approuvoyent la doctrine que Paul enseignoit, et qu'ils le vouloyent maintenir ?

Car il n’y a rien plus contraire à la foy, que quand après avoir cognu la vérité de Dieu, nous demeurons toutesfois en doute et en suspens. Si on aime mieux eXposer, qu'ils se sont adjoints à Paul et Silas pour apprendre, afin qu’ils peussent estre plus familièrement instruits en la maison:

par cela aussi peut-on cognoistre l’ardeur vive de la foy: et ceci demeure tousjours arresté, que nul ne croit vrayement à Jésus-Christ, s’il ne s’adonne à son obéissance, et se retire franchement sous son enseigne. Grande multitude de Grecs servans à Dieu, etc. Ceux-ci, pource qu'ils avoyent desjà gousté les principes de la vraye religion, estoyent plus prochains du Royaume de Dieu, que les autres qui estoyent demeurez plongez en la boue des superstitions tout le temps de leur vie. Toutesfois on pourroit demander d'où venoit ceste religion et crainte de Dieu aux Grecs, qui estans ensorcelez de meschantes superstitions, n’avoyent point de Dieu : comme sainct Paul enseigne Ephés., I, 12. Mais il faut entendre, qu’en quelque lieu que les Juifs avoyent esté chassez, il y avoit eu quelque semence de religion esparse :

et quelque bonne odeur de la pure doctrine avoit esté espandue. Car leur dissipation misérable avoit esté ainsi tournée à une autre fin du tout contraire par un conseil admirable de Dieu: afin de recueillir et réduire à la vraye foy, ceux qui estoyent comme vagabons et desvoyez parmi les erreurs. Car encores que la re-

Cnar. XVII.

ligion de ces Juifs-là fust corrompue par beaucoup de resveries et inventions : toutesfois pource que plusieurs des Gentils se desplaisoyent en leur folie, ils estoyent attirez et comme alléchez à se ranger au Judaïsme par un petit mot qu’ils comprenoyent : asçavoir, qu’il n’y avoit rien plus asseuré que de se tenir au service d’un seul Dieu. Entendons donc par les Grecs servans à Dieu, ceux qui avoyent quelque goust du vray et légitime service de

Dieu, en sorte qu’ils n’estoyent point

adonnez aux lourdes idolâtries, et grossières superstitions. Toutesfois il est vray-semblable que c’estoit seulement (comme j'ay dit) quelque petit goust, qui estoit encore bien loin de la vraye institution. Parquoy c’est improprement que S. Luc leur donne un titre tant honorable:

Mais tout ainsi que le sainct Esprit fera bien cest honneur quelque fois à un commencement mal poli et imparfait, ou à ce qui ne sera qu’une préparation tant seulement, dé l’appeler foy: aussi yci sont appelez gens servans à Diéu ceux qui ne faisoyent encore que chasser les idoles, et entrer au service de Dieu. Or combien que ceste persuasion encore confuse, où pour le moins obscure, ne mérite pas dé soy d’estre réputée Religion : nonobstant pource que c’est un degré, par lequel on approche plus près de Dieu, elle prend son nom de ce qui s'en peut ensuyvre.

Qui plus est, la crainte de Dieu, qui sera encore remplie de folle superstition et aveuglement, est quelque fois appelée Religion : non point qu’elle le soit, mais c’est improprement, pour monstrer quelle différence il y a entre tel quel sérvice de Dieu, et le mespris évident et orgueilleux des Epicuriens. Cependant sçachons que Ta vérité et la pure doctrine de la parole

de Dieu est la règle de vraye religion, en

sorte qu’il n’y a nulle vraye religion sans la vraye lumière d'intelligence.

5 Mais les Juifs rebelles esmeus d'envie prindrent aucuns bateurs de pavé, gens meschans : lesquels ayans fait amas de peuple, esmeurent toute la ville: et faisans effort à la maison de Jason, cherchoyent de les amener vers le

peuple.

6 Et ne les ayans trouvez, tirérent Jason et aucuns frères aux gouverneurs de la ville, en criant, Ceux-ciquiont renversé tout Le monde, sont aussi venus yct.

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