RP AT I
Caar. XVII.
1 Lesquels Jason a receus chez soy :
é SUR LES ACTES.
et eux tous font contre les décrets de
César, disans qu'il y à un autre Roy, qui est Jésus. 8 ls esmeurent donc le peuple, et les gouverneurs de la ville qui oyoyent
ces choses.
9 Mais après avoir receu caution de Jason, et des autres, il les laissèrent
aller.
40 Et incontinent les frères meirent hors de nuict Paul et Silas pour aller en Béroé, lesquels estans là venus, entrèrent en la synagogue des Juifs.
5 Mais les Juifs rebelles meus d’envie, etc. On voit bien par ceci, que sainct Paul n’addresse le royaume de Jésus- Christ en lieu quelconque sans combat.
Car aussi tost que quelque fruict de la doctrine s’est monstré, les persécutions se sont eslevées. Mais pource qu’il sçavoit bien qu’il avoit à guerroyer contre Satan et la perversité du monde, non-seulement il s’estoit endurci à tous assaux, mais il en estoit plus aiguisé à persévérer plus courageusement. Et pourtant il faut qu’à son exemple les serviteurs de Jésus- Christ se contentent de ce seul poinct, quand ils verront que leur labeur ne sera pas du tout inutile, afin qu’un tel loyer récompense toutes les fascheries des persécutions. Au surplus, nous sommes enseignez par ce passage, que le zèle qui transporte et brusle les incrédules, n’est autre chose qu'une impétuosité furieuse, et une rage, pour autant qu’il n’est point gouverné par l’espfit de prudence, ni aussi par l'esprit de droiture et équité. Et combien que.les infidèles en leur zèle inconsidéré se couvrent tousjours du nom de Dieu: tant y a toutesfois que ceste histoire monstre clairement qu'au dedans ily à une hypocrisie qui tient le principal siége, et que toutes les retraittes et cachettes de leurs cœurs sont remplies d’une malice orgueilleuse et envenimée. Ces ennemis de Paul se vantoyent orgueilleusement qu'ils estoyent protecteurs de la Loy de Dieu : et que la haïne et contention qu’ils avoyent avec luy, n’estoit que pour la défense d'icelle. Pourquoy doncques mettent-ils en armes tous les garnemenset bateurs de pavé, et conspirent avec eux pour esmouvoir ce bruit et mutinerie ?
Pourquoy aussi mettent-ils devant un Magistrat profane, un blasme sur lEvangile, lequel pouvoit tourner au préjudice de la Loy mesme? Certainement une telle
faction démonstre ouvertement, que ce qu'ils se sont enflambez de courroux contre Paul, n’a point esté de quelque affection qu’ils eussent à Dieu. Car à quel propos assiégent-ils la maison de Jason, et luy font-ils effort, et taschent par tumulte d’en tirer hors Paul, sinon afin qu’ils le produisent au peuple pour le lapider? Sçachons doncques que le pervers zèle, lequel est bouillant és hommes superstitieux, est tousjours infecté de malice et hypocrisie. Par ce moyen aussi il advient qu’ils se desbordent outre mesure à cruauté. Prindrent aucuns bateurs de pavé, etc. Le mot Grec duquel use sainct Luc, signifie gens de néant, où garnemens, qui n'ayans rien à faire en la maison, ne font que batre le pavé, ét trotter çà et là, comme gens vagabons et oisifs, ou gens audacieux et affamez, prests à se loer pour faire meurtres, commettre des perjures, esmouvoir des bruits et séditions, et perpétrer toutes sortes de meschancetez. Dont il appert derechef, qu’ils se sentoyent coulpables, puis que de propos délibéré ils se sont addressez au tesmoignage et faveur de telles gens désespérez. Car comme ainsi soit que le Magistrat favorisast en cest affaire à ces Juifs, qu'est-ce qui les a poussez à esmou-
voir ceste tempeste, si ce n’est pource qu’ils
n’attendoyent pas bonne issue de leur en-
treprinse, sinon qu'il y eust trouble et
confusion? Or S. Luc deserit yci com-
ment tels soufflets ont esmeu la sédition:
asçavoir qu’ils ont assemblé le peuple
par bandes, et l'ont enflambé, espandans
leur venin comme par rondeaux, jusques
à tant qu'ils se sont trouvez assez pour
faire violence. Ce gentil artifice est tout
commun aux mutins et séditieux, ainsi
que l’expérimentent les villes qui sont
sujetes à telle maladie.
6 Ceux-ci qui ont renversé tout le
l'Evangile, que les bruits lesquels Satan suscite pour le combatre, luy sont imputez. Voyci aussi quelle est la malice orgueilleuse des ennemis de Jésus-Christ, qu’ils rejettent la faute des troubles sur les saincts docteurs et modestes : et ce sont eux qui ont suscité les troubles.
Certainement l'Evangile n’est point presché à ceste fin qui enflambe les hommes à se faire guerre l’un à l’autre: mais plustost afin qu’après les avoir réconciliez à Dieu, il les entretiene en paix. Au lieu que le Fils de Dieu nous invite bénignement à soy en son Evangile, Satan et les orgueilleux suscitent des tumultes. Paul donc et Silas se pouvoyent facilement dé- - fendre, mais il a falu qu’ils ayent soustenu ce faux blasme pour quelque temps, et avallé tout doucement, cependant qu’ils n’ont eu aucun lieu d'audience. Et le Seigrieur nous à voulu admonester par leur exemple, que nous ne devons perdre courage pour les calomnies et mauvais bruits, ne leur donner tellement place, que cela nous empesche de persévérer constamment à batailler pour la vérité. Parquoy rejettons la perverse et fausse sagesse d’aucuns, lesquels pour fuyr quelque faux blasme, ne font difficulté de trahir Christ et l'Evangile par leur desloyale modération: voire, comme si leur renommée estoit plus précieuse que celle de Paul et de ses semblables, ou plustost que le sainct et sacré nom de Dieu, lequel n’est pas exempt de blasme.
7 Eux tous font contre les décrets de César. C’est le second poinct de l’accusation, qu'ils violent la majesté de l'empire Romain. C’estoit un crime énorme et odieux, mais forgé trop impudemment. Paul et Silas taschoyent à dresser le royaume de Christ, lequel est spirituel.
Les Juifs sçavoyent bien que cela se faisoit sans faire aucun tort à l’empire Romain : voire ils sçavoyent bien que Paul et Silas n’avoyent rien moins délibéré que de renverser l’estat publique, ou de ravir à César le droict ou authorité qui luy appartenoit. Mais ils se couvrent malicieusement de ceste couleur pour les rendre odieux. Les Macédoniens ne faisoyent pas
monde, etc. Telle est la condition de |
Caar. XVII
lement de la religion Judaïque, que pour icelle ils feissent incontinent mourir des hommes incognus. Les Juifs donc empoingnent soudain ceste belle couleur de lèse-majesté, pour accabler de haine et envie ces gens innocens. Et le diable ne cesse aujourd’huy de faire passer de telles fumées par-devant les yeux des hommes. Les Papistes sçavent bien, et sont assez et trop convaincus devant Dieu et ses Anges, que les objections qu'ils nous font sont plusque vaines : asçavoir que nous renversons toute la police, et que nous mettons en dissipation les ordonnances et jugemens, et abolissons la puissance et authorité des Rois. Et toutesfois ils n’ont point de honte de mentir, et impudemment forger que nous sommes ennemis de l’ordre publique, afin qu’ils nous rendent odieux à tout le monde. Car il faut noter que non-seulement les Juifs accusent les Apostres d’avoir violé les ordonnances de César, pource qu’ils ont osé innover quelque chose en la religion :
mais pource qu'ils ont dit qu'il y avoit un autre Roy. Il est certain que ce crime estoit faussement imposé. Au reste, si la religion nous contraint de résister quelque fois à quelques édicts tyranniques, lesquels défendent de rendre au Seigneur Jésus l'honneur qui luy appar- “tient, et le service que nous devons à Dieu : lors nous pouvons à bon droict protester que nous ne violons point la puissance des Rois. Car ils ne sont pas ainsi eslevez en dignitez hautes, afin qu’à la façon des géans ils taschent de tirer Dieu hors de son thrône. L’excuse que faisoit Daniel estoit vraye, quand il disoit qu'il n’avoit rien commis contre l’édict et ordonnance du Roy (Dan. VI, 22) combien toutesfois qu’il n’eust obéy à son ordonnance. Car il n’avoit fait aucune injure ne tort à un homme mortel, en préférant Dieu à luy. Ainsi nous, rendons en bonne conscience aux Princes les tributs qui leur appartienent : soyons prests à leur rendre .obéissance en toutes choses civiles : mais si ne se contentans point de leur degré, ils nous veulent oster la crainte de Dieu, et nous faire destourner de son service et obéissance, il ne faut
si grand conte de la religion, et principa- | point qu'aucun nous accuse pour cela que
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nous les mesprisons, pource que nous estimons plus l'empire et la haute majesté de Dieu.
8 Ils esmeurent donc le peuple. Nous voyons de quelle iniquité on a procédé contre ces Ssaincts personnages. Puis qu'on ne leur bailloit lieu pour se défendre, il estoit bien facile de les opprimer, combien qu’ils fussent innocens. Nous voyons aussi que ce n’est point une chose nouvelle, que l’impétuosité du peuple, comme un orage, transporte les Magistrats mesmes et gouverneurs, principalement quand l’injure est faite aux estrangers et incognus, desquels ils n’ont espérance de recouvrer aucune récompense, pource qu'ils ne se veulent mettre en dangers sans bon salaire. Car lors on ne se soucie ne de raison ne d’équité :
on r’entreprend point cognoissance de cause : mais l’un pousse l’autre sans qu'aucun s'oppose, et tout se fait à la meslée : comme quand on court au feu.
Au demeurant, il est advenu par un singulier bénéfice de Dieu, qu’une telle impétuosité furieuse a esté bien tost appaisée. Car aussi tost que les Magistrats et gouverneurs protestent qu'ils cognois-
tront de la cause, le peuple devient calme : on reçoit des pleiges : et finalement le tout vient en fumée.
10 Etincontinent les frères meirent hors, etc. On voit bien par ceci que le labeur de Paul a esté utile en bien peu de temps. Car combien que luy et Silas soyent envoyez par les frères, toutesfois en ce faisant ils s’adjoignent avec eux, pour se soumettre à un mesme danger.
et pour endurer volontairement et de bon cœur la croix avec eux. Cependant Paul monstre yci une grande et merveilleuse constance, en ce que combien que tant de fois il eust expérimenté la malice et obstination perverse des gens de sa nation, néantmoins il ne cesse jamais d’essayer s’il en pourra gaigner aucuns à Christ. Et c’est que d’autant qu’il sçavoit qu’il estoit detteur et aux Juifs et aux Gentils, il n’a peu estre destourné de sa vocation par aucune iniquité ne malice des hommes. Aïnsi faut-il que tous serviteurs de Christ bataillent contre la malice du monde, à celle fin qu’ils ne rejettent point le joug, de quelques outrages qu’ils soyent agacez.
11 Or c’estoyent des plus nobles qui fussent en Thessalonique qui avoyent receu la Parole avec toute promptitude , journellement cherchans les Escri-
Lures, pour scavoir s'il estoil ainsi!.
12 Plusieurs donc d’entr'eux creurent, et de femmes Grecques honnestes, et
d'hommes non petit nombre.
13 Mais quand les Juifs de Thessalonique sceurent que la parole de Dieu estoit aussi annoncée par Paul en Béroé, ils y veindrent, et esmeurent le
peuple.
14 Mais incontinent les frères envoyèrent Paul dehors, pour aller comme vers la mer : mais Silas et Timothée demeurèrent la. | 45 Æt ceux qui avoyent prins la charge de mettre Paul à sauveté, le menerent jusques en Athènes. Et après avoir receu mandement de luy à Lot el Timothée, qu'ils reveinssent bien tost vers luy, ils partirent.
1) Ou, Et ceux-ci furent plus courageux que ceux de Thessalonique, lesquels receurent la, etc.
A4 C’estoyent des plus nobles. Sainct Luc revient encore aux Thessaloniciens.
Il pouvoit sembler que la mémoire de Christ devoit estre ensevelie par le département de S. Paul. Et de faict, c’est merveilles comment ceste tant petite estincelle de lumière, qui à grand’peine estoit encore allumée, n’a esté du tout esteinte,
et comment la semence de la pure doctrine n’est devenue seiche, laquelle avoit besoin de continuel arrousement pour croistre. Toutesfois après le département de S. Paul on à cognu manifestement combien sa prédication à esté fertile et pleine d’efficace. Car ceux qui n’avoyent fait que gouster les rudimens de la vraye
religion, proufitent grandement, combien qu’il fust absent : et s’exercent en la lecture continuelle des sainctes Escritures.
Or S. Luc dit en premier lieu, qu’ils estoyent des principaux, et des plus riches et des plus nobles familles. Car il ne parle point yci de la noblesse de courage, ains de la noblesse de famille. Aucuns sont de cest advis, que comparaison est yci faite de ceux de Béroé avec les Thessaloniciens, pource qu’il est dit au Grec, Plus nobles, et non pas Trèsnobles.
Mais je pense que c’est une manière de parler receue et commune entre les Grecs, qui seroit dure en la langue Latine. Joint qu’il avoit dit ci-dessus, que les femmes nobles de Thessalonique avoyent creu :
ainsi il n’est pas vray-semblable qu’il es- ‘time moins les citoyens de ceste ville que ceux de Béroé. Or il y à trois raisons pourquoy sainct Luc ramentoit leur noblesse. Nous sçavons combien à regret les hommes descendent de leur hautesse :
comment ceci advient bieri .peu souvent, que ceux qui sont en authorité au monde, et qui ont quelque excellence, mettent bas leur orgueil, pour soustenir les opprobres de la croix, et se glorifier en petitesse, comme sainèt Jaques commande, Jaq. FE, 10. Sainct Luc donc récite yci upe singulière efficace de l'Esprit de Dieu, laquelle n’advient guères souvent, quand il dit que la dignité de la chair n’a peu empescher ces nobles de Thessalonique de recevoir l'Evangile, et de se préparer à porter la -croix, et de préférer l’opprobre de Christ à la gloire du monde. Secondement, sainct Luc nous a voulu donner à entendre que la grâce de Christ est ouverte à tous estats. En ce sens-là sainct Paul dit que Dieu veut que tous hommes soyent sauvez, À Timoth., If, 4 : afin que les povres et ceux qui ne sont nobles, ne ferment la porte aux riches : combien que le Seigneur Jésus ait fait cest honneur aux gens povres et de basse condition, de les appeler les premiers. Nous voyons donc que nobles et non nobles sont amassez ensemble, ceux qui sont excellens et eslevez en quelque haut degré d'honneur, et ceux qui sont contemptibles et en bas estat, ont union ensemble au corps de l'Eglise : afin que tous, petis et grans, et
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riches et poyres s’humilient sans exception et se mettent bas : mais qu’ils eslèvent en haut, et magnifient la grâce et bonté de Dieu. Tiercement, il semble que sainét Luc dénote la raison pourquoy tant de gens s’adjoingnirent : et que par ce moyen le royaume de Christ a esté amplifié en Thessalonique en bien peu de temps : asçavoir, d'autant que ceci n'a pas esté une petite aide, que gens de grande noblesse, de grande dignité et excellence ont monstré le chemin aux autres, Car le populaire est esmeu le plus souvent par l’authorité des personnes. Et combien que cest appuy et soustien n’estoit idoine pour la foy et vraye religion, toutesfois ce n’est pas chose nouvelle à Dieu de ramener par moyens obliques, les incrédules à soy, lesquels vaguent encore çà etlà en leur erreur. Quiavoyent.
receu la Parole. Premièrement, il loue les Thessaloniciens pour ceste raison, qu'ils avoyent receu l'Evangile d'affection prompte et alaigre. Secondement, d’autant qu’ils confermoyent leur foy journellement par diligente iiquisition. Ainsi leur religion et foy est du commencement louée à cause de la promptitude : et en son avancement elle est louée à cause de la constance, et du désir ardent qu’ils avoyent de proufiter. Et certes c’est la première entrée à la foy, que fous soyons prompts à suyvre, et renonçans à nostre propre sens charnel, nous-nous rendions dociles et obéissans à nostre Seigneur Jésus-Christ. Sainet Paul aussi ornant les Thessaloniciens de ce titre, conferme par son tesmoignage ce que dit yci Ssainct Luc, 4 Thess. IT, 13. Quant au second membre, c’est une vertu qui n’est pas à mespriser, que ceste diligence songrieuse à laquelle sainct Luc dit que les fidèles ont esté attentifs pour confirmation de leur foy. Car il y en a plusieurs qui du commencement sont bouillans, et tout incontinent s’adonnent à nonchalance et oisiveté : et n’estans point touchez d’aucun soin ne désir de faire proufit, perdent ceste telle quelle semence de la foy qu'ils avoyent. Mais aucuns pourroyent yci proposer deux. choses absurdes. Car il semble que ce que ceux-ci s’enquièrent pour en faire jugement, ils le font par
Cuar, XVIL
arrogance : et que cela est fort contraire à la promptitude de laquelle S. Luc avoit n’aguères fait mention. Secondement, veu que l’inquisition est un signe de doute, on peut inférer par cela, que ceux-ci n’avoyent auparavant aucune foy, à laquelle la certitude est tousjours conjointe. Je respon à la première objection, que les paroles de S. Luc ne doyvent estre tellement prises, comme si les Thessaloniciens eussent usurpé le jugement à eux, ou comme s'ils avoyent débatu, asçavoir si on doit recevoir la vérité de Dieu ou non. Seulement ils rapportoyent la doctrine de S. Paul à la reigle de l'Escriture : ne plus ne moins que l'or est esprouvé par le feu. Car l'Escriture est une vraye pierre de touche, à laquelle on doit esprouver toutes doctrines. Si quelqu'un réplique, que ceste façon d'examen seroit incertaine, veu que l’Escriture est souvent obscure, et se ploye à divers sens :
je di que quant et quant aussi il faut adjouster le jugement de l'Esprit, lequel non sans cause est appelé Esprit de discrétion.
Au demeurant, quand le S. Esprit sera guide et conducteur, le jugement lequel les fidèles feront de toute doctrine, ne sera prins d’ailleurs que des Escritures.
Ainsi est facilement repoussé ce meschant et détestable brocard des Papistes, que la foy dépend de la seule détermination et ordonnance de PEglise, d'autant qu’on ne peut tirer aucune certitude des Escritures. Car quand l'Esprit de Dieu loue les Thessaloniciens, il nous baille une reigle en leur exemple. Or il ne serviroit de rien de faire inquisition des Escritures, si elles n’avoyent assez de lumière pour nous enseigner. Ayons donc ceci pour une maxime arrestée, qu’il n'y a doctrine qui soit digne qu’on y adjouste foy, sinon celle que nous trouvons estre fondée és Escritures. Tout ce que le Pape aura babillé, et qu'il trouvera bon à sa fantasie, il veut que tous le recoyvent sans en débatre. Mais quoy ? L’estimeraon par-dessus S. Paul, de la prédication et doctrine duquel il a esté licite de s’en= quérir, voire à ceux qui estoyent ses disciples ? Et mesmement il nous faut bien noter que ceci n’est point dit de quelque Concile masqué, ains d’une bien petite
SUR LES ACTES
assemblée de gens : dont il appert encore mieux qu'un Chacun en son ordre et endroit est appelé à lire les sainctes Escritures. Ainsi aussi l’inquisition n’est point répugnante avec la promptitude de Ja foy. Car aussi tost que quelqu'un preste l'aureille, et se rend attentif avec grand désir d'apprendre, desjà il est prompt et docile, combien qu’il ne consente pleinement du premier coup. Exemple : Quelque docteur incognu protestera qu'il apporte la vraye doctrine : quelqu'un s’approchera se préparant à l’ouyr, et son cœur sera disposé à se rendre obéissant à la vérité : cependant cest auditeur considérera quelle est ceste doctrine, et ne Ja recevera point que premier il ne lait esprouvée pour véritable et certaine. Et ceci est une très bonne modération, quand estans astraints par la révérence de Dieu, nous oyons paisiblement et de bon cœur ce qui nous est proposé, comme une chose procédée de luy : et cependant toutesfois nous-nous donnons garde des tromperies des hommes : et nos esprits ne se précipitent point par une aveugle et folle impétuosité d’inconstance à croire à la volée tout ce que les hommes nous pourroyent proposer. L’inquisition donc de laquelle S. Eue fait mention, ne tend point à ce que nous soyons tardifs et difficiles à croire, mais plustost la promptitude avec jugement est mise au milieu entre légèreté et obstination. Maintenant il faut soudre la seconde objection. La foy est contraire à doute : celuy qui s’enquiert, doute : il s'ensuit donc que puis que les Thessaloniciens s’enquièrent de la doctrine de S. Paul, ils n’ont point encore de foy. Voire, mais la certitude de la foy n’empesche point la confirmation. J’appelle confirmation, quand la vérité de Dieu est de plus en plus seellée en nos cœurs, laquelle toutesfois n'estoit point douteuse auparavant. Exemple : Quelqu'un orra par la parole de l'Evangile, qu’il est réconcilié à Dieu par la grâce de Jésus- Christ, et que ses péchez sont effacez par le sang précieux d’iceluy : quelque tesmoignage luy sera mis en avant pour authoriser ce qu’il aura ouy. Si puis après il espluche les Escritures, et les sonde jusques au fond, il trouvera beaucoup
d’autres tesmoignages par-ci par-là, qui non-seulement aideront sa foy, mais Paugmenteront et confermeront, afin qu’il en ait plus pleine certitude. Semblablement quant à l'intelligence, la foy proufite en la lecture des Escritures. Si quelqu’un réplique encores, que ceux qui s’enquièrent des Escritures, asçavoir si la chose est ainsi, attribuent bien peu d’authorité à la doctrine de S. Paul : je respon que les accroissemens de la foy sont tels, que quelque fois les fidèles s’enquièrent des Escritures d’une chose de laquelle ils sont desjà Divinement persuadez, et en ont tesmoignage du $. Esprit au dedans. Et la foy que S. Luc loue és Thessaloniciens, ce n’est point une foy parfaite en toutes sortes, mais seulement il récite comment ils ont esté convertis à Christ, et depuis quels avancemens ils
ont faits en la foy, jusques à ce qu’il y.
eust entr’eux un ferme bastiment de vraye religion.
12 Plusieurs donc d'entr'eux creurent. Ceci ne se rapporte point à la sentence précédente, comme si ceux desquels il a fait mention, après diligente inquisition avoyent commenté à croire :
car ce seroit une absurdité. Mais S. Luc entend que pource qu’à leur exemple plusieurs se sont adjoints, l'Eglise a esté augmentée en ceste ville-là. Et jusques yci S. Luc a récité quels ont esté les commencemens de l'Eglise de Thessalonique, afin qu'aucun ne pensast que pour le soudain et forcé département de Paul, le travail qu'il avoit prins fust perdu.
Car si je ne me trompe par trop pour le
Car. XVIL
regard que je vien de dire, il a entrelacé ce récit du fruict que sa prédication avoit apporté en Thessalonique, devant qu’il veinst à parler de ce qu’il fut contraint de sortir de Béroé.
13 Mais quand les Juifs de Thessalonique. Nous voyons bien par ceci de quelle haine contre l'Evangile les Juifs ont esté furieusement transportez el çà et là. Car ils ne jettent pas Christ hors avec forcènerie, seulement quand il leur est présentement offert en la maison, mais aussi quand ils loyent estre annoncé ailleurs, il volent là comme s’ils estoyent transportez de furies infernales.
Mais nous ne devons pas tant yci Considérer la fureur d’une seule nation, que la malice désespérée de Satan, lequel solicite ses supposts à troubler le royaume de Christ, et à ruiner le salut des hommes, et par manière de dire, se sert de tels soufflets pour esmouvoir des séditions. Parquoy sçachons que quand il y a aujourd’huy tant de furieux ennemis qui s’opposent aux Ministres fidèles de Christ, ce ne sont les hommes qui esmeuvent la guerre, mais Satan père de mensonge machine toutes ces choses, à celle fin qu’il renverse et destruise le royaume de Christ. Que sil n’y a point tousjours une mesme forme de combatre et batailler, néantmoins Satan ne cessera jamais (Jehan, VIIT, 44) ou de faire guerre ouverte, ou de dresser, des embusches, on de donner de grandes fascheries, mesme par combats domestiques, à ceux qu’il cognoist fidèlement servir à Christ.
16 Or comme Paul les attendoit en Athènes, son esprit s’aigrissoit en luy,
voyant la ville adonnée à l'idolätrie.
17 Parquoy il parloit en la synagogue avec les Juifs, el avec ceux qui servoyent à Dieu, et tous les jours en la place du marché avec ceux qu'il ren-
controil.
18 Lors aucuns Philosophes Epicuriens et Stoiques s'adressoyent à luy : et les uns disoyent, Que veut dire ce babillard'? Et les autres disoyent, Il semble estre annonceur de dieux estranges. pource qu'il leur annoncoit Jésus, et la
résurrection.
19 Et l'ayant prins le menèrent en la rue de Mars, disans, Pourrons-nous point scavoir quelle est ceste nouvelle doctrine que tu dis?
1) Ou, coquin?
Caar. XVII.
SUR LES ACTES
20 Car tu nous mets choses estranges en nos aureilles. Nous voulons donc
scavoir que veulent dire ces choses.
91 Car les Athéniens et les estrangers qui se tenoyent là, ne prenoyent loisir à faire autre chose, qu'à dire ou ouyr quelque nouvelle.
16 Son esprit s'aigrissoit en luy.
Combien qu'en quelque part que sainct Paul arrivast, il exécutast diligemment la charge d'enseigner qu'il sçavoit luy estre commise : toutesfois sainet Luc récite qu’il à esté plus enflambé en Athènes :
car il voyoit régner là l’idolâtrie plus qu’elle ne faisoit coustumièrement és autres lieux. Vray est que tout le monde estoit alors farci d’idoles : et qu'il ny avoit lieu quelconque où Dieu fust purement servi : les superstitions monstrueuses et horribles ayans la vogue par tout.
Mais Satan avoit ensorcelé la ville d’Athènes plus que toutes les autres : en sorte que les hommes y estoyent transportez d’une plus grande rage après leurs idoltries horribles et perverses supersiitions. Qui est un exemple bien digne d’estre noté, qu’une telle ville, qui estoit le siége et domicile de sapience, la mère de toute humanité, et fontaine de toutes sciences, a surmonté toutes les autres en folie, aveuglement et forcènerie. Nous sçavons de quelles louanges et titres honorables les gens de bon esprit et grand sçavoir l’ont ornée tous d’un consentement : et qu’elle mesme se complaisoit si fort, qu’elle estimoit barbares tous ceux qu’elle n’avoit ne polis ne façonnez. Tant y a toutesfois que voyci le S. Esprit, lequel condamnant tout le monde d’ignorance et stupidité, dit que tous ces grans maistres et précepteurs de sciences libérales et disciplines, ont esté ensorcelez d'une fureur estrange. Dont on peut facilement recueillir que peut et vaut l’industrie et vivacité des hommes és choses Divines. Et n’y a point de doute que Dieu n’ait laissé tomber les Athéniens en une extrême stupidité et bestise, afin qu'ils servissent dexemple à tous siècles, que toute la subtilité et vivacité de l’entendement humain, voire ayant l’aide des letres et de science, n’est autre chose qu’une pure folie, quand ïil est question du royaume de Dieu. C’est une chose bien certaine qu'ils avoyent leurs couvertures
pour excuser le service divin qu’ils s’estoyent forgé, quelque folie, perversité ou corruption qu’il y eust : et toutesfois on sçait bien que non-seulement ils s’amusoyent à des menus fatras et baguenaudes, mais aussi qu’ils ont esté abusez en des sorcelleries si lourdes et vileines, que c’estoit une honte : ne plus ne moins que s'ils eussent esté despourveus de sens commun, et s'ils fussent devenus hébétez et du tout brutaux. Or tout ainsi que nous apprenons quelle religion part du sens humain, et que la sapience des hommes n'est qu'une boutique de tous erreurs : aussi sçachons que les Athéniens enyvrez de leur propre orgueil, ont erré plus vileinement que tous les autres. L’ancienneté de la ville les rendoit enflez et orgueilleux : aussi faisoit la plaisance et beauté d’icelle : en sorte qu'ils se vantoyent que les dieux estoyent engendrez de là. Veu donc qu'ils tiroyent Dieu du ciel, pour le faire leur citoyen, c’estoit bien raison qu’ils fussent plongez jusques au profond des enfers, et aux abysmes extrêmes. Quoy que ce soit, l'Esprit de Dieu donne yei une note d’infamie perpétuelle à la vanité de la sapience humaine : car là où elle a esté plus baut eslevée, là il y a eu des ténèbres plus espesses : et l’idolâtrie y a régné plus horriblement, et Satan y à transporté les entendemens des hommes par ses illusions d’une licence plus desbordée. Maintenant retournons à S. Paul.
S. Luc dit que quand il veit la ville ainsi addonnée à.idolâtrie, son esprit s’enaigrit en luy. I ne parle point là dun simple courroux, et ne dit point qu’il aif esté offensé simplement d’un tel spectacle : mais il exprime une ferveur admirable d’une saincte indignation, laquelle aiguisoit le zèle de Paul, à ce qu’il se préparast à l’œuvre de plus grand courage. Et sur ceci il nous faut noter deux choses. Car en ce que Paul a esté ainsi enflambé voyant une impiété si horrible, par laquelle le nom de Dieu estoit pro-
fané, et la pureté de son service corrompue : il a testifié par cela qu’il n’estimoit rien si précieux que la gloire de Dieu.
Et c’est bien raison que ce zèle ait plus grande vigueur entre nous : comme il est dit, Le zèle de ta maison m’a rongé, Pseaume LXIX, 10. Car c’est-ci une reigle commune à tous fidèles, qu’ils soyent rongez de zèle, toutes, fois et quantes qu'ils voyent déshonorer leur Père céleste. Comme le sainct personnage Lot, pource qu’il ne pouvoit remédier aux meschancetez vileines qui se commettoyent en Sodome, sainet Pierre dit qu’il affligeoit son âme, 2 Pierre, IF, 8. Mais sur tous, ceux qui ont charge d’enseigner, doyvent estre ainsi affectionnez :
Comme on peut veoir de sainct Paul, qui se dit estre jaloux pour retenir PEglise en vraye chasteté, 2 Cor., XI, 2. Mais ceux qui ne sont point esmeus des outrages que les meschans et orgueilleux font à Dieu, et non-seulement les laissent passer sans s’en soucier, mais aussi n’en tienent du tout conte, méritent bien d’estre déboutez du nombre des enfans de Dieu, auquel ils ne font point pour le moins autant d'honneur qu'ils feroyent à leur père terrien. Secondement, il nous faut noter que Paul ne s’est point tellement aigri, qu’estant abbatu de désespoir il ait là tout quitté : comme nous en voyons plusieurs, lesquels tant s’en faut qu'ils soyent enflambez, quand ils voyent qu'on viole la gloire de Dieu par impiété, qu’en faisant semblant d'en estre marris et desplaisans, ils devienent toutesfois plustost profanes avec les autres, que de dire qu’ils s'efforcent à les corriger. Cependant ils couvrent leur lascheté d’une belle couleur, qu’ils ne voudroyent pas esmouvoir quelque tumulte, sans estre asseurez de quelque proufit. Car ils pensent que ce qu’ils feroyent seroit inutile, s'ils venoyent à combatre et résister contre la violente conspiration du peuple.
Mais non-seulement l’ennuy ne fait point perdre courage à Paul, ou ployer sous les difficultez, pour quitter sa charge et office d'enseigner, ains cela luy sert d'un aiguillon plus véhément à maintenir la vraye religion.
17 Avec les Juifs, eé avec ceux qui
Car, XVIE
servoyent à Dieu. Sainct Paul avoit de coustume, qu'en quelque lieu que les Juifs avoyent des synagogues ou colléges, il commençoit par là, offrant Christ
à ceux de sa nation. Il s’addressoit aux |
Gentils puis après, lesquels après avoir gousté la doctrine de la Loy, combien qu'ils ne fussent encore droitement instruits en la vraye religion, néantmoins adoroyent le Dieu d'Israël : et comme ainsi soit qu'ils eussent grand désir d'apprendre , ne rejettoyent point ce qu’ils sçavoyent estre pris de Moyse et des Prophètes. Or pource qu'une telle docilité estoit une ouverture à la foy, et mesme comme un commencement de la foy : le sainet Esprit daigne bien donner ce titre tant honorable à ceux qui n’ayans fait seulement que gouster les premiers rudimens, s’estoyeut approchez de plus près du vray Dieu : car ils sont appelez Religieux, c’est-à-dire servans à Dieu.
Mais souvenons-nous que par ceste marque ils sont discernez des autres, à celle fin que toute la religion du monde soit réduite à néant. Ceux qui se sont addonnez au service du Dieu d'Israël, sont spécialement appelez serviteurs de Dieu, et à ceux-là seuls religion est atiribuée.
Il n’est donc rien laissé de reste aux autres, sinon Geste ignominie et opprobre, qu’ils sont sans Dieu, quoy qu’ils se rompent la teste et l'esprit après leurs superstitions. Et à bon droict : car quelque splendeur que les idolâtres puissent monstrer, si est-ce que quand on viendra à sonder leur affection intérieure, on n’y trouvera qu'un horrible mespris de Dieu, ei on cognoistra manifestement, que ce qu’ils font semblant d’applaudir à leurs idoles, n’est que pur fard.
18 Lors aucuns des Philosophes Epicuriens et Sioiques. Saïnet Luc adjouste maintenant, que Paul a disputé avec quelques Philosophes : non point qu’il les ait assaillis de propos délibéré, veu quil sçavoit que telle manière de gens n’estoyent nais qu'à riotes et cavillations.
Mais contre toute son intention il a esté amené à ce combat : comme S. Paul luymesme veut que les fidèles Docteurs soyent munis d'armes spirituelles, par lesquelles ils défendent courageusement
Cuar. XVII.
la vérité, quand il y aura quelques ennemis qui se viendront opposer à l’encontre, Tit., 1, 9. Car il ne sera pas tousjours en nostre liberté de choisir ceux contre lesquels nous devons combatre :
mais le Seigneur permet souvent, que gens orgueilleux et importuns se lèveront pour nous donner de Paffaire, et par la contradiction desquels la vérité soit mieux cognue. Et n’y à nulle doute que les Philosophes Epicuriens selon leur insolence accoustumée n’ayent tourmenté ce bon et sainct personnage : et que les Stoïques aussi ne se soyent obstinément eslevez contre luy avec leurs argumens cornus et surprinses subtiles. Toutesfois nous pourrons bien veoir par l'issue, que Paul n’a point disputé en Sophiste, et qu’il n’a esté transporté à vains débats de paroles, mais qu’il a gardé la modestie laquelle il commande ailleurs. Et il nous faut faire le semblable, qu’en repoussant modestement et avec gravité les Subtilitez frivoles, nous mettions en avant ce qui est ferme : et gardons-nous tousjours de ce danger, que l’ambition ou quelque fol appétit de monstrer nostre subtilité, ne nous entortille de contentions superflües et profanes. Au reste, sainct Luc récite yei deux sectes, lesquelles combien qu’elles fussent directement contraires et répugnantes l’une à l’autre, estoyent toutesfois entachées de vices contraires. Quant aux Epicuriens, ils n’avoyent pas seulement en mespris les bonnes letres et sciences libérales, mais les hayssoyent de profession oùverte et manifeste. Leur philosophie estoit, que le soleil avoit deux pieds de long, que le monde estoit composé d’atomes, c’est-à-dire de ceste poudre tant menue qu'on voit voleter en Pair és rayons du soleil : et en se jouant ainsi, effaçoyent cest artifice admirable qui se voit en la fabrification du monde. Quand ils eussent esté convaincus cent fois, ils n’en avoyent non plus de honte que chiens. Combien aussi qu’en un mot ils accordassent qu’il y avoit des dieux, néantmoins ils forgeoyent que ces dieux estoyent à leur aise au ciel, sans rien faire fors grand’chère, et que toute leur béatitude ne consistoit qu’en oisiveté, Et
SUR LES ACTES
tout ainsi qu'ils nioyent que le monde fust créé et formé de Dieu, comme jay tantost dit, aussi imaginoyent-ils que les choses humaines estoyent menées à l’aventure, et qu’elles n’estoyent pas gouvernées par la providence céleste. La volupté leur estoit pour le bien souverain :
non point qu'ils entendissent une volupté vileine et desmesurée : mais cependant elle estoit telle, que par ses allèchemens les hommes desjà assez et trop enclins de leur nature à lascher la bride à leurs appétis charnels, estoyent de plus en plus corrompus. L’immortalité des âmes leur estoit comme une fable. Ainsi ils permettoyent entièrement aux corps de se donner du bon temps. Quant aux Stoïques, jà soit qu’ils confessassent bien que le monde estoit sujet à la providence de Dieu, tant y a néantmoins qu'après ceste confession ils corrompoyent ce poinet ou article de leur doctrine par une glose absurde, ou plustost sotte resverie. Car ils ne confessoyent point que Dieu gouvernast les hommes et le monde par conseil, justice et vertu : mais ils forgeoyent un.
labyrinthe de la liaison des causes : en sorte que Dieu luy-mesme estant astraint à la nécessité des destinées, estoit trainé et porté par violence avec la machine du ciel : comme les Poëtes ont enserré leur Jupiter en ceps d’or, d'autant que les destinées ont la domination et gouvernement, cependant que Jupiter est occupé ailleurs. Et combien qu’ils constituassent le souverain bien en la vertu, néantmoius ils ne sçavoyent que c’estoit de la vraye vertu : et enfloyent les hommes d’une confiance vaine et orgueilleuse, en sorte qu’ils s’ornoyent des despouilles de Dieu.
Car combien que tous les Philosophes ayent anéanti la grâce du S. Esprit, toutesfois il n’y a point eu de sécte qui se soit glorifiée ne vantée plus arrogamment.
Toute leur constance et force n’estoit autre chose qu’une cruauté endurcie et du tout obstinée. Il y a donc eu une vertu admirable du S. Esprit en S. Paul, veu qu’il a demeuré ferme en la pureté entière de l'Evangile du Seigneur au milieu de telles bestes farouches, qui taschoyent de le tirer çà et là en leurs fausses opinions, et a soustenu de constance asseu-
rée tant l’impudence de ces chiens Epicuriens, que l’arrogance et surprinses cauteleuses des Stoïques. Au demeurant, nous pouvons bien cognoistre encore plus clairement par ceci, quelle contrariété il y a entre la sapience céleste et la prudence charnelle. Car combien que tout le peuple eust l'Evangile en desdain et mespris, tant y a toutesfois que pour luy donner l'assaut, les Philosophes ont esté les port’enseignes et capitaines principaux. Car il y avoit principalement en eux, ce que S. Paul luy-mesme récite de la sapience de la chair : asçavoir qu’elle est ennemie de la croix de Christ, (4 Cor., J, 21 : ) en sorte que nul ne peut estre propre à apprendre les rudimens de VEvangile, sinon qu’il ait premièrement renoncé à toute ceste sapience. Et les autres disoyent, Il semble, etc. Sainct Luc propose deux espèces d'hommes, toutes deux certes bien loin de la vraye religion : mais cependant l’une pire que l’autre de beaucoup. Ceux qui désirent ouir derechef ce qu'ils appelent nouveau, premièrement ne Sont point menez ne conduits d’un droit zèle d'apprendre, ains d’une vaine et sotte curiosité : puis après, ils n’ont guères bonne opinion de la parole de Dieu, laquelle ïls tienent pour une nouveauté profane. Tant y a toutesfois que d'autant qu’ils prestent l’aureille, voire estans en suspens, jusques à ce qu'ils ayent meilleure cognoissance du faict, ils ne sont pas du tout désespérez. Mais les autres rejettans orgueilleusement ce qui leur est offert, voire le condamnant outrageusement, se ferment la porte de salut. Car cest outrage procède d’une grande arrogance, quand ils disent, Que veut dire ce babillard? Car ils ne daignent point ouir Paul, et le repoussent fièrement, comme si c’estoit un bailleur de sornettes ordinaire. Joint que ce qu'ils ont sa doctrine en horreur, n’est point par un zèle inconsidéré, mais à leur escient ils foullent aux pieds ce qui leur est présenté de la vraye et pure religion, combien que cela leur soit encore incognu : car ils ont vergongne d'apprendre d’un homme de petite qualité et incognu, eux di-je, qui jusques à présent s’estoyent glorifiez d’estre les maistres de
Ve XVII.
tout le monde. Z7 semble estre annonceur de nouveaux diables. Is ne prenent point ce mot de Diables en mauvaise part, comme bien souvent l’Escriture le prend : mais pour des dieux moindres, ou esprits familiers, lesquels ils mettoyent entre le Dieu souverain et les hommes, desquels Platon fait mention en plusieurs lieux. Quant à la somme du faict, il nous faut noter qu’il leur semble advis que ce que S. Paul avoit dit de Christ et de la résurrection, c’estoyent quelques nouveaux diables. Dont nous pouvons bien recueillir que ce sont-ci les principales marques, par lesquelles nostre foy est discernée des superstitions des Payens : asçavoir qu’elle propose le seul Christ pour Médiateur, qu’elle enseigne que les hommes doyvent attendre leur salut de luy seul, qu’elle veut qu’on cherche la purgation des péchez en la mort d’iceluy, par laquelle nous soyons réconciliez à Dieu : qu’elle enseigne que les hommes lesquels estoyent auparavant profanes et esclaves de péché, sont régénérez et reformez par son Esprit, et afin qu’ils commencent à vivre sainctement.
D'avantage, que par tels commencemens par lesquels il appert que le royaume de Dieu est spirituel, elle eslève finalement nos esprits en l’espérance de la résurrection à-venir. Car quant aux autres choses, combien que les Philosophes n’en parlent point purement, néantmoins ils les touchent aucunement : mesmes ils traittent amplement de la vie éternelle, et de l’immortalité de l’âme : mais touchant la foy laquelle monstre la réconciliation gratuite en Christ, et touchant la régénération par laquelle le S. Esprit répare limage de Dieu en nous : et aussi quant à l'invocation de Dieu et la dernière résurrection, ils n’en touchent pas un seul mot en tous leurs escrits.
19 11sle menèrent en la rue de Mars.
Combien que ce fust le lieu du plaidoyer, toutesfois S. Luc ne signifie pas que Paul ait esté tiré en jugement, pour défendre sa cause devant les Aréopagites : mais qu’il fut là amené, où coustumièrement il y avoit plus grande assemblée de peuple, ati que la dispute fust faite plus solennellement devant plus grande assemblée
Car. XVII.
de gens. Et encore qu’ainsi fust que Paul aitesté mené au plaidoyer, néantmoins il monstre qu’il n’a point esté présenté devant les juges: mais qu’il a parlé en li- .berté, comme s’il eust voulu faire un sermon. Au surplus, ce qui est adjousté incontinent après de la nature et des mœurs des Athéniens, monstre bien que leur curiosité a esté cause qu’ils ont donné telle audience à sainct Paul, et qu'un lieu si fréquenté luy a esté plenement ouvert pour annoncer Jésus-Christ, et que tant de gens y sont accourus. Car en une autre ville c’eust esté un crime digne de mort, de prescher en plein marché, ou en quelque autre lieu public, après avoir assemblé le peuple: mais pource que à cause de la curiosité excessive des Athéniens à entendre choses nouvelles, il estoit loisible à tous porteurs de bourdes de babiller là: S. Paul estant requis a eu liberté d’y traitter des mystères de la foy.
21 Ne prenoyent loisir à faire autre chose. Ces deux vices-ci que récite sainet Luc, sont presque tousjours conjoints ensemble. Car il n’advient guères souvent, que ceux qui sont Convoiteux de choses nouvelles, ne soyent quant et quant babillars. Comme Horace admoneste trèsbien, qu’on doit fuir l’homme qui ne fait que s’enquérir des nouvelles:
d'autant qu'avec sa curiosité il ha le babil quant et quant conjoint. Et à la vérité . nous voyons que les hommes curieux sont semblables à des tonneaux percez.
Au reste, l’un et l’autre de ces deux vices procédoit de paresse et oisiveté: nonseulement pource que les Philosophes
SUR LES ACTES
employoyent tout le long du jour en disputes, mais aussi d'autant que le peuple mesme estoit trop enclin à s’enquérir des choses nouvelles : et n’y avoit là si malostru artisant, quine s’ingérast d’ordonner des estats de la Grèce. Et certes presque tous les Grecs et Latins qui ont escrit, rendent tesmoignage comme d’une mesme bouche et consentement de ce que dit yci sainet Luc: asçavoir qu’il n’y avoit gens plus convoiteux ne plus incon-
Stans, ne plus arrogans et fiers, qu’es-
toit ce peuple d'Athènes. Parquoy jamais on n’a peu establir un certain gouvernement en ceste ville, combien que ce fust la maistresse de toutes sciences. Et pourtant jà soit qu'il y eust grande puissance, néantmoins leur liberté n’a pas esté de longue durée, et n’ont jamais cessé de tracasser et remuer besongnes, jusques à ce qu’ils se sont ruinez, et avec eux toute la Grèce. Et mesme après leur ruine, ils n’ont point laissé leur orgueil et audace. Pour ceste cause Cicéro se mocque de leur folie, de ce qu’ils faisoyent des édicts et ordonnances avec aussi grand orgueil, comme quand ils obtenoyent la domination sur la Grèce.
Or combien qu'entre ces hommes curieux il y eust bien petite espérance de proufiter, toutesfois sainct Paul ne laisse pas escouler ceste oecasion, pour essayer si d’une si grande multitude il en pourra gaigner aucuns à Christ. Et certes, ce n’a esté une petite gloire de l'Evangile, de rédarguer devant tous en une grande place de ville et en plein marché, tous les services divins bastars et COrTompus, qui y avoyent régné jusques à ce jour-là.
22 Adonc Paul estant au milieu de la rue de Mars, dit, Hommes Athéniens, je vous voy en toutes choses comme par trop dévotieux.
23 Car en passant et contemplant vos dévotions, j ay aussi trouvé un autel, auquel estoit escrit, AU DIEU INCOGNU. Je vous annonce donc celuy lequel
vous honorez sans le cognoistre.
24 Dieu qui a fait le monde, et toutes choses qui y sont, comme ainsi sol qu'il soit Seigneur du ciel et de la terre, n'habite point és temples faits de
main :
25 Et n'est point servi par mains d'hommes, comme ayant nécessité d'aucune chose, veu qu'il donne à tous vie et respiration et toutes choses".
1) Ou, entièrement.
22 Hommes Athéniens. On peut diviser ce sermon de sainct Paul en cinq parties. Car combien que sainct Luc touche en brief seulement ce que sainet Paul à traitté au long et en beaucoup de paroles, toutesfois je ne doute point quil v’ait compris la somme: en sorte qu’il n’a point laissé un seul de tous les principaux points. En premier lieu, Paul accuse les Athéniens de superstition, de ce qu’ils adoroyent leurs dieux à l'aventure.
Puis après il monstre par argumens naturels, qui est Dieu, et quel il est, et comme il est deuement adoré. Tiercement, il se courrouce asprement contre la stupidité des hommes : lesquels combien qu’ils soyent créez à ceste fin, qu’ils recognoissent celuy qui les a faits et créez, néantmoins ils cheminent à l’aventure, comme aveugles au milieu des ténèbres. Pour le quatrième poinct il admoneste qu'il n’y a rien plus absurde, que de figurer Dieu par images ou peintures :
veu que l'esprit de l’homme est la vraye image d’iceluy. Finalement, pour le. cinquième il descend à Christ et à la résurrection des morts. Car il a esté trèsnécessaire de traitter en général ces quatre points, devant qu'il descendist à la foy de l'Evangile. Je vous voy comme par trop dévotieux. Le mot Grec Deisidaimonia, duquel use yci sainct Luc, est souvent prins en bonne part par les Grecs : néantmoins il signitie quelque fois une crainte excessive, de laquelle les hommes superstitieux se tourmentent plus que de besoin, quand ils se forgent des scrupules de néant. Or il semble bien que ce soit-ci le sens de ce passage : asçavoir, que les Athéniens outrepassent mesure en leur service divin : ou qu’ils ne tienent pas tel moyen et attrempance qu’il est requis: comme s’il disoit que c’est inconsidéréement fait à eux, de se tourmenter ainsi en des circuits obliques :
et ceci est quant à ce qui concerne le mot : mais quant au faict en SOY, VOyci ce qu’il en faut retenir. Il prouve par ceste raison, que toutes les dévotions des Athéniens sont vicieuses, d'autant qu’estans incertains quels dieux ils devoyent adorer, ils reçoyvent à l’aventure diverses cérémonies, et ce sans tenir mesure. Car
Cuar. XVII.
ce qu'ils avoyent dressé un autel à des dieux incognus, c’estoit un signe qu'ils ve suyvoyent rien de certain. Bien est vray qu'ils avoyent une multitude infinie de dieux, desquels ils forgeoyent plusieurs fables : mais quand avec ce ils y meslent des dieux incognus, ils confessent par cela, qu’ils n’ont rien cognu de la vraye Divinité. Or quiconque sert Dieu sans aucune certitude, il adore seulement ses inventions au lieu de Dieu: et quoy qu’un tas de sainctereaux se glorifient de leur créance, toutesfois il n'y a religion quelconque qui soit approuxée de Dieu sans certaine science et vérité : ou qui doyve estre réputée saincte et légitime. Qui plus est, qu’ils s’enflent d’orgueil tant qu’ils voudront : nonobstant pource qu’ils demeurent en doute en leur conscience, il faut nécessairement qu’ils soyent convaincus par leur propre jugement. Car la superstition est tousjours tremblante, et se forge tousjours quelque nouveauté.
Nous voyons donc combien est misérable la condition de ceux qui n’ont point certaine lumière de la verité : veu que d’un costé ils sont tousjours flottans en euxmesmes : et d’autrepart, ils perdent leur peine envers Dieu. Cependant il faut noter que les incrédules se mènent la guerre à eux-mesmes, en se crevant maintenant les yeux d’eux-mesmes par une obstination volontaire, maintenant estans tempestez au milieu de diverses et infinies doutes et troublés de conscience. Nonseulement ils se font à croire souvent qu’ils font bien, et s’y plaisent: mais aussi si quelqu'un ose ouvrir la bouche pour parler contre leurs sottises, ils exercent une cruauté horrible contre lux.
Le diable les ensorcelle d’une telle façon, qu'ils pensent qu'il n’y a rien meilleur que ce qui leur semble bon. Cependant, si on leur met en avant quelque scrupule, si quelque trompeur ou affronteur se lève, si quelque nouvelle resverie vient à sourdre, non-Seulement ils chancellent d’un costé et d’autre en doute et perplexité, mais aussi ils se présentent dé leur propre gré pour estre traînassez çà et là. Dont il appert que ce qu’ils adhèrent à quelque service de Dieu qui sera desjà receu, ce n’est ne par jugement, ni
Car. XVII.
avec certitude d'esprit : mais qu’ils sont hébétez et estourdis, comme s'ils estoyent yvres. Or toutesfois ceste perplexité est plus tolérable, qu’une telle stupidité brutale : car elle ne donne point loisir aux incrédules de se plaire. Finalement, combien que la superstition ne soit pas tousjours craintive, toutesfois comme elle est enveloppée de divers erreurs, aussi ne peut-elle laisser les esprits en repos, ains les poingt de tourmens secrets. Cela estoit cause que les Athéniens avoyent meslé dés dieux incognus avec leurs dieux familiers et domestiques, lesquels ils pensoyent bien leur estre Cognus, d'autant qu'ils les avoyent forgez par une vaine opinion. Car leur inquiétude se monstre en ce qu'ils confessent qu’ils n’ont encore satisfait, quoy qu’ils ayent sacrifié à leurs dieux ordinaires, lesquels leur avoyent esté donnez des Pères, et lesquels ils ont appelez Indigetas, c’est-à-dire dieux natifs du pays. Afin donc que sainct Paul arrache de leurs cœurs tout ce qui estoit imprimé de fausse persuasion, il prend ceste maxime, Qu'ils ne sçavent ce qu’ils adorent: et qu'ils n’ont aucun certain Dieu. Car s’ils eussent certainement cognu quelque Dieu, jamais ils ne fussent là tombez, d'en recevoir des incognus :
comme ainsi soit que la seule cognoissance du vray Dieu soit suffisante pour abolir toutes idoles.
23 Au Dieuincognu. Je m'accorde facilement à ceci, que cest autel estoit dédié à tous dieux estranges : toutesfois je ne consen point à ce que dit sainct Hiérome, que Sainct Paul par une saincte finesse à tiré à un dieu seul ce qui estoit escrit de plusieurs. Car veu que ceste inscription estoit notoire à tous et divulguée, qu'eust servi la finesse? Pourquoy donc au lieu qu'il y avoit, Aux dieux incognus, a-il dit, Au Dieu incognu? Il est certain que ce n’estoit point pour surprendre par finesse les Athéniens : mais pour autant que la chose le requéroit ainsi, il dit qu’il apportoit une doctrine d'un certain Dieu incognu. Or après avoir dit qu’ils estoyent abusez, d'autant qu’ils ne sçavoyent quel Dieu il convient adorer, et qu’en ce grand amas de dieux ils mavoyent aucune divinité certaine : main-
SUR LES ACTES
tenant il s’insinue afin d'acquérir faveur à sa doctrine : pource que C’eust esté une chose inique de rejetter ou repousser ce qu’il mettoit en avant du nouveau Dieu, au service duquel ils s’estoyent desjà addonnez: et qu'il valoit beaucoup mieux lavoir cognu avant que l’adorer à la volée. Par ce moyen sainct Paul retourne derechef à ce principe, que Dieu ne peut estre servine droitement ne sainctement, que premièrement il ne soit manifesté.
Mais on peut yci faire une question :
comment il dit que Dieu a esté adoré en Athènes, veu que Dieu rejette toutes adorations et services qui sont contraires à celuy qu’il a ordonné par sa Loy: et qu’il prononce que tout ce que les hommes controuvent et forgent contraire à sa parole, est idolâtrie. Si Dieu n’approuve aucun service, sinon qu’il accorde à sa parole, comment est-ce que sainct Paul baille ceste louange à gens radotans sans mesure, qu'ils ont servi et honoré Dieu.
Car Christ condamnant les Samaritains, se contente de ce seul argument, qu'ils adorent Dieu sans certaine science, et toutesfois se vantoyent qu’ils adoroyent le Dieu d'Abraham, Jehan, IV, 22. Que dirons-nous donc des Athéniens, qui ayans enseveli et du tout esteint la mémoire du vray Dieu, avoyent mis en sa place Jupiter, Mercure, Palas, et toute ceste fourmilière de dieux? Je respon, que S. Paul ne loue point yci ce que les Athéniens avoyent fait: mais qu’il prend matière de leur affection, jà soit qw’elle fust vicieuse, d'enseigner Hbrement.
24 Dieu qui a fait le monde. L’'intention de Paul est de monstrer quel est le vray Dieu. Or pource qu’il ha affaire, et adresse sa parole à des gens profanes, il veut prouver son dire par la nature mesme de Dieu. Car il n’eust rien proufité d’alléguer les tesmoignages de l’Escriture. Jay dit que la délibération du sainct Apostre estoit, d'amener les Athéniens au vray Dieu : car ils estoyent persuadez qu’il y avoit quelque Divinité : il ne faloit seulement que corriger leur religion qui estoit corrompue., Dont nous recueillons que le monde ne fait qu’errer par destours et entrelacemens tortus, cependant qu'une confuse opinion de la nature de
Dieu ha lieu. Car voyei quelle est la seule règle de la vraye religion, quand nous entendons distinctement qui est le Dieu que nous adorons. Si quelqu'un veut traitter en général de la religion, voyci quel sera le premier article : c’est asçavoir, qu’il y a quelque divinité, à laquelle les hommes doyvent honneur et ohéissance. Mais pource que cela estoit hors de différent, sainct Paul descend au second article : asçavoir que le vray Dieu doit estre discerné de toutes inventions.
Ainsi il commence par la définition de Dieu, à celle fin qu’il prouve par cela, comment il le faut servir, et quel honneur et révérence il luy faut porter, d’autant que l’un dépend de Pautre. Car d’où procèdent tant de faux services, et d'où vient qu’il y a une si grande témérité és hommes à adjouster service sur service, sinon d’autant qu’ils ont forgé Dieu à leur propre appétit et fantasie? Or il n’y a rien à quoy les hommes soyent plus enclins, qu'à corrompre le pur service de Dieu, quand ils estiment et mesurent Dieu selon leur sens et entendement. Parquoy il n’y a rien plus propre pour destruire tous les services corrompus et bastars, que de prendre ce principe, Quelle est la nature de Dieu. Car voyci l’argument que fait nostre Seigneur Jésus au chapitre IV de sainct Jehan : Dieu est Esprit, dit-il : il n’approuve donc point d’autres adorateurs, sinon ceux qui l’adorent en esprit. Et certes il ne dispute point subtilement de l’essence secrète de Dieu :
mais il démonstre par les œuvres, quelle cognoissance de luy est utile. Et qu’estce que sainct Paul recueille de ceci, que Dieu est créateur, ouvrier et Seigneur du monde : Asçavoir qu’il n’habite point és temples faits de main. Car veu qu’on peut bien cognoistre par la création du monde, que la justice, la sapience, la bonté et puissance de Dieu, sont espandues outre les limites et bornes du ciel et de la terre : il s’ensuit qu’il ne peut estre enclos en aucunes espaces de lieux. Toutesfois il semble que ceste démonstration a esté superflue, pourautant qu’on pouvoit faire sur-le-champ ceste réplique, que les statues et images sont mises és temples pour rendre tesmoignage de la
Cnar. XVIL
présence de Dieu : et cependant qu'il n’y avoit homme si lourdaut, qui ne sceust bien que Dieu remplit toutes choses. Or je respon à cela, que ce que j'ay n’aguères remonstré est bien vray, que lidolàtrie est répugnante à soy-mesme. Les incrédules faisoyent protestation qu'ils prioyent les dieux en leurs statues ou images : mais s'ils n’eussent attaché la majesté, ou la vertu de Dieu aux images, asçavoir-mon s'ils eussent entendu ou espéré quelque aide de là? eussent-ils là addressé leurs oraisons ? De là aussi est advenu, qu’un temple a esté estimé beaucoup plus sainct qu'un autre. Ils couroyent en Delphes pour demander là les oracles d’Apollo. Minerve ou Pallas avoit son siége et sa résidence en Athènes.
Nous voyons maintenant, que par les propos de sainct Paul est taxée ceste fausse opinion, par laquelle les hommes ont esté presque tousjours déceus, asçavoir qu’ils forgeoyent un dieu charnel. Cest-ci la première entrée à la droite cognoissance de Dieu, si nous sortons hors de nous, et si nous ne le mesurons point selon la capacité de nostre entendement : et mesmes si nous n’imaginons rien de luy selon le sens de nostre chair : mais si nous le colloquons par-dessus le monde, et le
discernons des créatures. De laquelle so-
briété et modestie le monde s’est tousjours recullé bien loin. Car ceste perversité et malice est naturelle aux hommes, qu'ils desfigurent la gloire de Dieu par leurs inventions frivoles et meschantes.
Car comme ils sont charnels et terriens, aussi veulent-ils avoir un Dieu qui soit correspondant à leur nature. D’avantage, selon qu’ils sont audacieux, aussi le forment-ils tel qu’ils le peuvent comprendre.
La vraye et pure cognoissance de Dieu est corrompue par telles inventions : et qui plus est, sa vérité est convertie en mensonge, comme dit sainct Paul, Romains, {, 25. Car quiconque ne monte par-dessus le monde, il empongne des ombres vaines et des fantosmes au lieu de Dieu. Et si les ailes de la foy ne nous eslèvent au ciel, il est nécessaire que nous-nous esvanouissions en nos propres cogitations. Et ne se faut esbahir que les Gentils ont ainsi esté abusez par ces en-
Car. XVIL.
chantemens si lours et grossiers, que tirans Dieu hors de son thrône céleste, ils l'ayent enclos és élémens du monde :
veu que le semblable est advenu aux Juifs, ausquels toutesfois Dieu avoit si amplement manifesté sa gloire spirituelle. Car le Prophète Isaïe ne les reprend point sans bonne cause de ce qu’ils enfermoyent Dieu dedans les parois du temple, Isaie, LXVI, 4. Et on peut recueillir du sermon de sainct Estiene, qui a esté récité ci-dessus au chapitre VIT que ce vice a régné entr’eux en tous temps. Si quelqu'un eust demandé aux Juifs (la lourdise desquels est reprise par Île S.
Esprit) s’ils n’avoyent point ceste opinion où imagination, que Dieu fust enclos en leur temple, ils eussent nié fort et ferme estre enveloppez en un erreur si lourd.
Mais pource que leurs esprits ne montoyent point par-dessus le regard présent du temple, et se confians au temple, ils se glorifioyent comme si Dieu leur fust grandement tenu : c’est à bon droict que le sainet Esprit les rédargue, de ce qu’ils attachent Dieu au temple, ne plus ne moins que si c'estoit un homme mortel.
Car ce que j'ay desjà dit, est vray, que la superstition est répugnante et contraire à soy-mesme, et se laisse couler en diverses imaginations. Etles Papistes n’ont aujourd’'huy Autre défense, que celle par laquelle les Gentils et les Juifs ont jadis tasché de farder tellement quellement leurs erreurs, ou les couvrir. En somme, la superstition forge que Dieu habite és temples faits de main : non point qu’elle le vueille tenir comme enfermé en une prison : mais pource qu’imaginant un Dieu charnel, elle attribue quelque divinité aux idoles, et transfère la gloire de Dieu aux apparences extérieures. Mais si ainsi est que Dieu n’habite point és temples faits de main, à quel propos Dieu auroit-il testifié en tant de passages de l’Escriture, qu'il est assis entre les Chérubins?
9 Rois, XIX, 45. Pseaume LXXX, 2, et que le temple luy est pour un repos éternel? Pseaume CXXXIT, 14. Je respon, que comme il n’estoit point attaché en certain lieu, aussi n’avoit-il rien moins délibéré que d’attacher son peuple à des figures extérieures. Mais plustost il est
SUR LES ACTES
descendu à eux, à celle fin qu’il les eslevast jusques à Soy. Et pourtant ceux qui se sont tellement amusez à regarder ces choses, qu'ils se sont arrestez en la terre, et destournez du service spirituel de Dieu, ont faussement abusé du temple et de Parche. Nous voyons par ceci qu’il y a eu grande différence entre les signes de la présence de Dieu, que les hommes se sont forgez à l'aventure, et ceux qui ont esté ordonnez divinement. Car les hommes tirent tousjours contre bas pour comprendre Dieu d’une façon charnelle :
mais Dieu les eslève en haut par la conduite et guide de sa parole. Il adjoint seulement quelques signes pour instrumens, par lesquels Dieu se communique familièrement aux hommes tardifs, jusques à tant qu’ils soyent montez jusques au ciel, comme par degrez et eschelles.
Et n'est point servi par mains d’'hommes. On peut yei faire une telle question des cérémonies, que celle qui à esté n’aguères faite du temple. Car il semble que ce que S. Paul condamne és cérémonies des Gentils, peut estre transféré aux cérémonies de la Loy de Moyse. Mais il est bien facile de donner solution à cela :
qu'à parler proprement, les fidèles n’ont jamais constitué le service de Dieu és cérémonies : mais ils les ont seulement estimées comine aides, par lesquelles ils fussent exercez selon leur infirmité.
Quand ils sacrifioyent des bestes à Dieu, quand ils luy offroyent du pain et des gasteaux, quand ils allumoyent des flambeaux, ils sçavoyent bien que la vraye religion et saincteté ne consistoit point en ces choses : mais estans aidez par tels rudimens, ils ont tousjours eu les yeux dressez sur le service spirituel de Dieu, et n’ont estimé autre service que cestuylà. Et Dieu dit tant clairement en beaucoup de passages, qu’il ne s’arreste point aux choses externes ou visibles, que les cérémonies d’elles-mesmes ne sont de nulle importance, et quant à luy, qu’il n’est point servi autrement que par foy, en pure conscience, par prières et oraisons, et par actions de grâces. Mais qu'ont fait les Gentils? Quand ils ont dressé des images, quand ils ont fait des encensemens, quand ils ont fait des jeux
Car. XVII.
et quand ils ont mis des coussins sous | le plus grand jusques au plus petit, pen-
leurs idoles, ils ont pensé qu'ils s’estoyent fort bien acquittez de tous devoirs de la religion, et du service qu'ils devoyent à Dieu. Non-seulement les Philosophes, mais aussi les Poëtes se moc:
quent de la folie du peuple, de ce que sans aucune raison il constitue le service de Dieu en pompe et magnificence de cérémonies. Et laissant à part une infinité de tesmoignages qu’on pourroit alléguer, il suffira de produire celuy de Perse, lequel est tant cognu.
Dites, pourquoy en vos temples usez D'or et d'argent, à Pontifes rusez?
Que sert-il là? non plus que les pouppées, Qu’à Vénus ont les fillettes données.
Offrir convient chose plus précieuse, Que du grand plat la race chassiense
De Messala, présenter ne pourroit.
Comme esprit pur, équité et bon droict, De l’âme aussi les pensées secrètes, Cœur vertueux, si avec les mains nettes, Ce que je di, en vos temples offrez, Favoriser lors vos tartes verrez.
Et n’y a point de doute que Dieu n'ait tiré telles paroles des hommes profanes, afin qu’elles ostassent toute excuse dignorance. Mais on cognoist facilement que ceux qui parloyent ainsi, sont incontinent retombez à la commune forcénerie : et qui plus est, jamais il n’entra en leurs esprits que vouloit dire cela. Car combien que les hommes qui sont plus avisez que le simple populaire, soyent contraints de confesser que les cérémonies nues ne doyvent estre nullement estimées : toutesfois on ne leur arracheroit jamais ceste folle confiance, qu'ils ne se persuadent que les cérémonies sont une partie du service de Dieu. Parquoy tant plus qu'ils s'occupent à tels menus fatras, tant plus pensent-ils s’estre bien acquittez de leur devoir. S. Paul donc rejette ce que tous les hommes, depuis
sent que Dieu soit appaisé par cérémonies et autres choses externes, et qu’ils veulent entreprendre de s’acquitterenvers luy par leurs œuvres propres. La raison est aussi adjoustée, que d'autant qu’il est:
Seigneur du ciel et de la terre, il n’ha besoin de chose quelconque : et d'autant qu'il donne la vie et respiration aux hommes, aussi ne peut-il rien recevoir d'eux:
Car ceux qui n’ont rien que de sa bénéficence gratuite, que luy pourroyent-ils apporter de leur propre bien? voire qui ne sont rien que par sa pure grâce, et qui seront tout incontinent réduits à néant, s’il retire son Esprit, duquel ils ont la vie? Dont il s’ensuit que nôn-seulement ils sont stupides et bestes, maïs par trop orgueilleux, s’ils s’ingèrent à servir et honorer Dieu avec les œuvres de leurs mains. Car quant à ce qu'il prononce que les aumosnes et les devoirs de charité sont sacrifices de bonne odeur, cela doit estre discerné de la cause présenie, où il est seulement question des cérémonies lesquelles les incrédules offrent à Dieu en lieu de service spirituel.
Par la vie et respiration, n’est signifié autre chose que ceste vie transitoire, et laquelle nous avons commune avec tous autres animaux. En la fin de ceste sentence, combien qu’aujourd’huy il y ait aucuns exemplaires Grecs qui s’accordent à ceste leçon, où le mot Grec emporte ce sens, Par tout : toutesfois ilme semble qu'il convient mieux ainsi que la traduit le translateur ancien : comme signifiant, Et tout : car il est plus clair, et contient une doctrine plus ample. Car on peut mieux recueillir de là, que les hommes n’ont rien de propre. Et aussi quelques exemplaires Grecs conféfment ceste leçon.
26 Et a fait d'un sang tout le ç genre humain, pour habiter sur toute l’estendue de la lerre, déterminant les saisons qu'il a auparavant ordonnées, et les
bornes de leur bübitalioal
27 Afin qu'ils cherchent le Seigneur, si d'aventure ils eussent peu l'atloucher en tastonnant, et trouver : jà soit qu'il ne soit point loin d'un chacun de
nous.
28 Car par luy nous vivons, el avons mouvement, et sommes : comme aussi | aucuns de vos Poëtes ont dil, CAR AUSSI NOUS SOMMES SON LIGNAGE.
Cnar. XVIE.
29 Comme ainsi soit donc que nous soyons le lignage de Dieu, nous ne devons pas estimer la Divinilé estre semblable à or ou argent, ou à pierre taillée
par art, et par invention d'homme !.