‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 66 sur 113 · XL · texte numérisé non relu

XL

26 Et a fait d'un sang. Maintenant sainct Paul admoneste les Athéniens à quelle fin le genre humain a esté créé : à ce que par ce moyen il les incite et exhorte à considérer la fin de leur vie. Et à la vérité c’est-ci une vileine ingratitude des hommes, que combien que tous jouissent d’une vie commune, toutesfois ils pe réputent point à quelle fin Dieu leur a donné la vie : mais la plus grand’part sont saisis de ceste stupidité brutale, qu’ils ne considèrent point pour quelle raison ils ont esté mis au monde : et l’ouvrier du ciel et de la terre ne leur vient nullement en mémoire, duquel toutesfois ils dévorent les biens.

Après done que sainct Paul à traitté de la nature de Dieu, c’est bien à propos qu’il entremesle ceste admonition : asçavoir que les hommes doyvent estre diligens et attentifs à cognoistre Dieu : car ils ont esté créez pour cela, et sont nais à ceste fin. Car il assigne en brief la raison pourquoy ils ont receu la vie, asçavoir afin qu’ils cherchent Dieu. Or pource qu'il n’y avoit pas seulement une religion an monde, ains les Gentils estoyent divisez en diverses sectes, il remonstre que ceste bigarrure diverse estoit engendrée de corruption. Car, selon mon opinion, ce qu'il dit que tous ont esté créez d’un sang, tend à ce but. Car la consanguinité et une mesme source et origine de génération devoit estre un lien de mutuel consentement et d’un bon accord entre eux. Or la religion est ce qui sur tout met d'accord ou fait discorder les hommes. Dont il s'ensuit que ceux qui sont ainsi discordans en Ja religion et au service de Dieu, se sont forlignez de leur nature. Car de quelque pays qu’ils soyent nais, ou en quelque quartier du monde qu’ils habitent, si est-ce qu’il n’y a qu’un seul Créateur et Père de tous : lequel doit estre cherché de tous d’un commun consentement. Et de faict, il n’y a distance de lieux, il n’y a limites de régions, ou diversité de mœurs, ni aucune cause

de divorce et séparation entre les hommes, qui puissent faire que Dieu soit dissemblable à soy-mesme. En somme, il a voulu monstrer que l’ordre de nature a esté corrompu quand la religion a esté tirée en diverses sectes entr’eux : et que la dissipation qui apparoist entr’eux, est un tesmoignage que la vraye crainte de Dieu est renversée : d'autant qu’ils se sont révoltez de Dieu, qui est leur Père commun, duquel tout parentage dépend.

Pour habiter sur toute l’estendue de la, etc. Sainct Luc selon sa coustume touche en brief la somme de la prédication de sainct Paul. Au reste, il n’y a nulle doute que sainct Paul n’ait premièrement monstré, que les hommes sont yci mis comme en un théâtre, afin qu’ils soyent comme contemplateurs des œuvres de Dieu : et que puis après il n’ait tenu propos de la providence de Dieu, laquelle se monstre et manifeste en tout le gouvernement du monde. Car quand il dit que Dieu détermine les saisons qu’il a auparavant ordonnées, et les bornes de leur habitation, il entend que ce monde est gouverné par sa main et conseil : et que les choses humaines ne sont point pourmenées à l'aventure, ou par cas fortuit, comme les hommes profanes imaginent.

Et en ceste sorte on peut facilement re- .

cueillir de ce peu de paroles de sainet Luc, que sainct Paul a compris de grandes choses. Car. quand il dit qu’il à or-

donné les saisons auparavant, il testifie

que Dieu avoit décrété quelle seroit la condition des hommes, avant que jamais ils fussent créez. Quand nous voyons advenir diverses mutations où soudains changemens au monde, quand les ruines horribles des royaumes survienent, les mutations des pays, les ruines des villes, la destruction des rations, nous imaginons que les destinées règnent, ou qué fortune obtient domination sur toutes ces choses. Mais Dieu rend yci tesmoignage par la bouche de sainct Paul, qu’il a esté ordonné au parayant par son con-

seil, combien de temps il vouloit que l'estat d’un chacun peuple durast, et dedans quelles fins et bornes il vouloit coritenir un chacun. Que si il leur a préfix et borné un certain temps, et a arresté les limites des pays et régions, il ne faut point douter qu’il n’ait disposé tout le cours de leur vie. Cependant nous devons noter que sainet Paul n’attribue point seulement à Dieu une prescience nue, ét spéculation froide, comme font plusieurs ignorans : mais qu’il assigne la cause des choses qui advienent, en son conseil et volonté.

Car il ne dit point seulement, que Dieu à préveu les temps, mais aussi qu’il les a ordonnez au paravant, et disposez selon qu’il luy à semblé bon. Or quant à ce qu’il adjouste aussi que dés le commencement Dieu & déterminé ce qu'il avoit au paravant ordonné, le sens est, qu’il exécute par la vertu de sa main ce qu’il a décrété par son conseil, selon ce qui est dit au Pseaume CXV, 3. Nostre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu'il a voulu.

Nous voyons maintenant que tout ainsi qu’en un camp chacune bande et compagnie aura son quartier distinct aussi Îles hommes sont mis en la terre, afin que chacune nation se contente de ses fins et limites, et entre ceux d’un mesme pays un chacun habite en sa maison. Au demeurant, combien que l'ambition se soit bien souvent estendue outre les limites, et que plusieurs embrasez de perverse cupidité, ayent outrepassé souventesfois leurs bornes : néantmoins Pappétit désordonné des hommes n’a peu tant faire que Dieu de son sanctuaire secret n’ait gouverné tous les événemens. Car combien qu’il semble que par les tumultes et entreprises qu’ils font en la terre, ils veulent assaillir le ciel pour faire tomber bas la Providence de Dieu, et la renverser : tant y a toutesfois qu’ils sont contraints maugré eux de plustost la rendre ferme et stable. Sçachons donc que le monde est tellement roullé haut et bas par divers circuits de troubles, que Dieu rapporte finalement toutes choses à Ja fin qu’il a ordonnée.

21 Afin qu'ils cherchent le Seigneur.

Ceste sentence contient deux membres :

asçavoir, que l'office de l’homme c’est de

Cuar. XVII.

chercher Dieu : puis après, que Dieu luymesme vient au-devant, et se rend visible par tant de signes manifestes, que nous ne pouvons prétendre aucune excuse d’ignorance, Souvenons-nous donc, que tous ceux qui n’appliquent point leurs estudes à chercher Dieu, abusent mal-heu= reusement de ceste vie, et ne méritent point d'habiter en Ja terre : ne plus ne moins que si chacune espèce des bestes brutes forlignoit de l’inclination qui est engendrée en chacune d’elles naturellement : ce qui seroit réputé à bon droict un monstre. Et à la vérité, il n’y a rien plus absurde, que Ge dire que ceux ne sçachent qui est leur créateur, lesquels ont receu le don d'intelligence, principalement à ceste fin. Or il nous faut principalement noter la bonté de Dieu, en ce qu'il se donne si familièrement à cognoistre, que les*aveugles mesmes le peuvent toucher. Et d’autant plus est vilein l'aveuglement des hommes, et moins tolérable, de ce qu’en une manifestation de Pieu si claire et évidente, ils ne sont toutesfois touchez d'aucun sentiment de la présence de Dieu. Qu'ils tournent et dressent les yeux de quelque costé qu’ils voudront, et haut et bas, il faut nécessairement qu'ils rencontrent des vives images de la bonté, sagesse et puissance de Dieu, voire en nombre infini. Car Dieu n'a point couvért sa gloire d’ombrages obscurs en cest ouvrage du monde :

mais il a engravé par tout des marques si apparentes, que les aveugles mesmes les pourront recognoistre en tastonnant.

Dont nous pouvons facilement recueillir que les hommes ne sont point seulement aveugles, mais aussi stupides, veu qu’estans aidez par tant de beaux enseignemens, ils ne proufitent nullement. Néantmoins On peut yci faire une question :

asçavoir si les hommes ne peuvent pas naturellement parvenir à une vraye et claire cognoissance de Dieu. Car il semble que S. Paul veut dire qu’il ne tient qu’à leur nonchalance qu’ils ne sentent la présence de Dieu : d'autant qu’encores qu'ils ferment les yeux, toutesfois on le peut quasi toucher et manier. Pour respondre à cela, je di qu’il y a une telle perversité meslée avec leur ignorance et

Cuare. XVIL

bestise, que destituez de droit jugement, ils laissent passer sans un vray sentiment tous les signes de la gloire de Dieu, qui reluisent manifestement tant au ciel qu’en la terre. Mesmes veu qué la vraye cognoissance de Dieu est un don singulier de sa bonté : veu aussi que la foy, par laquelle seule il est droitement cognu, ne procède que de lPillumination du sainct Esprit : il s'ensuit que nos esprits ne peuvent pénétrer jusques là par la seule conduite de nostre nature. Et de faict, Paul ne traitte point yei de la faculté et puissance des hommes, mais seulement il remonstre qu’ils sont inexcusables, quand ils ne voyent goutte ayans toutesfois une lumière si claire devant leurs yeux : comme il parle au chap. I des Rom., v. 21. Jà soit donc que les sens des hommes défaillent quand il est question de chercher Dieu, néantmoins ils ne peuvent nullement excuser leur faute :

pource que combien qu’il se donne à taster et toucher, nonobstant ils demeurent estonnez.. Mais il en a esté plus amplement parlé ci-dessus au chap. XIV, v. 47.

Jà soit qu’il ne soit point loin. À celle fin de tenir encore plus en serre la perversité des hommes, il dit qu’il ne faut point chercher Dieu par longs circuits, ne destours ou difficiles chemins : car un chacun le trouvera en soy-mesme, pourveu qu’il y veuille entendre. Par laquelle expérience nous sommes convaincus que nostre stupidité n’est pas hors de coulpe, encores que nous l’ayons tirée du péché d'Adam. Car combien qu’il n’y ait anglet au monde, qui soit vuide de quelque tesmoignage de la gloire de Dieu, toutesfois il n’est besoin que nous sortions hors de nous pour l’empoingner. Car il esmeut tellement un chacun de nous au dedans par sa vertu, que nostre stupidité et besiise est comme monstrueuse, de dire qu’en le sentant nous ne le sentons pas.

Pour ceste raison aucuns d’entre les Philosophes ont appelé l’homme, un petit monde, d'autant que l'homme est un chef-d'œuvre, auquel la gloire de Dieu reluit plus qu’en nulle de toutes les autres créatures, et qui est plein d’un nombre infini de miracles.

28 Car en luy nous vivons et avons

SUR LES ACTES

mouvement et sommes, etc. Je confesse que les Apostres prenent souvent ceste particule In, pour Per, selon l’usage de la langue Hébraïque : mais pource que ceste façon de parler, En luy nous vivons, ha beaucoup plus de véhémence, et qw’elle exprime quelque chose d'avantage, que ne feroit, Par luy: il ne m’a point semblé bon dela changer. Car je ne doute point que S. Paul ne signifie que nous sommes aucunement contenus en Dieu, pource qu’il habite en nous par sa vertu. Or la raison pourquoy Dieu se sépare de toutes créatures en se nommant Jehovah, c’est afin que nous sçachions qu’à proprement parler luy est seul: et quant à nous, nous subsistons en luy, entant qu’il nous donne vigueur, et nous soustient par son Esprit. Car la vertu de son Esprit est espandue par toutes les parties du monde, pour les maintenir en leur estat, et donner au ciel et à la terre la vigueur que nous voyons, et mouvement aussi aux animaux : non point de la sorte laquelle aucuns phrénétiques ont imaginée, lesquels babillent que toutes choses sont pleines de déitez, les pierres mesmes estre des dieux: mais par ce que Dieu par la vigueur et instinct admirable de son Esprit, entretient en son estre toutes choses lesquelles il a créées de rien. Au reste, il fait yci spécialement mention des hommes, pource qu’il avoit dit que les hommes n’ont point besoin de chercher Dieu loin deux, veu qu’ils l'ont dedans eux. Or comme ainsi soit que la vie des hommes soit plus excellente de beaucoup que n’est pas le mouvement, et le mouvement plus excellent que l’estre, sainet Paul a mis ce qui estoit le principal au plus haut lieu : afin que de degré en degré il descendist à l’estre, en ce sens : Non-seulement nous n’avons aucune vie qu’en Dieu, mais aussi nous n'avons mesme le mouvement: et qui plus est, nous navons pas mesme l’estre ou l’essence sinon en luy, laquelle est encores de moindre estime que les deux autres. Je di que Ja vie est plus excellente és hommes : d'autant que nonseulement ils ont le sens et le mouvement commun avec les bestes brutes, mais avec ce ils sont douez de raison etintelligence.

Parquoy c’est à bon droict que PEscri-

ture loue particulièrement ce don exquis, duquel Dieu nous à douez par un titre bien propre. Ainsi en sainct Jehan, après qu’il à fait mention de la création universelle, non sans cause il met à part, Que la vie a esté la lumière des hommes.

Nous voyons maintenant que tous ceux quine cognoissent point Dieu, ne se coghoissent point aussi eux-mesmes: car ils ont Dieu présent non-seulement és dons excellens de leur entendement, ains en l’essence mesme: d'autant que l’essence ou l’estre ne compète Sinon à Dieu, et toutes les autres choses ont subsistance en luy. Ce passage aussi nous enseigne que Dieu n’a point tellement créé et formé le monde une fois, que puis après il délaissast son œuvre : mais qu'il est soustenu, et est ferme en son estat par la vertu de Dieu: et que luy qui en a esté une fois le créateur et formateur, en est aussi perpétuel gouverneur. Nous devons bien méditer ceste végétation assiduelle, afin que Dieu nous viene en mémoire à chacune minute de temps. Comme aussi aucuns de vos Poëtes ont dit. C’est un demi vers qu’il allègue du livre du Poëte Aratus : et ce n’est point tant pour authoriser ce qu'il veut dire, que pour faire honte aux Athéniens : car telles sentences des Poëtes ne sont point descoulées d'autre source ou fontaine, que de la nature, et de la raison Commune. Et ne se faut esbahir de ce que sainct Paul parlant à gens infidèles, et ne sçachans nullement que c’estoit de la vraye religion, s’est servi du tesmoignage d’un Poëte, auquel il y avoit une confession de ceste cognoissance qui est naturellement engravée et imprimée és entendemens des hommes. Les Papistes ont accoustumé den faire bien autrement. Car ils font tellement bouclier des tesmoignages des hommes, qu'ils les opposent aux oracles de Dieu: et non-seulement ils constituent maistres de la foy S. Hiérome, ou S. Ambroise, et les autres saincts pères, mais aussi ils nous veulent obliger aux décrets puans de leurs Papes, ne plus ne moins que si Dieu luÿ-mesme avoit parlé. Et qui plus est, ils n’ont point eu honte de donner si grande authorité à Aristote, qu’au pris de luy il a falu que les Apos-

Cuar. XVII.

tres et Prophètes soyent demeurez muets en leurs escholes. Maintenant pour retourner à la présente sentence, il ne faut point douter qu’Aratus nait parlé de Jupiter : tant y a toutesfois que sairict Paul ne tire point à un autre sens ce que l’autre avoit ignoramment dit de son Jupiter, ains l’accommode fort proprement au vray Dieu. Car pourautant que les hormes sont naturellement abbruvez de quelque sentiment de Dieu, ils puisent aussi les principes de ceste fontaine et source. Or jà soit que Si tost que quelque cogitation de Dieu leur vient en l’entendement, tout incontinent ils s’ésvanouissent en leurs perverses et fausses inventions, et par ce moÿen la pure stmence devient bastarde et Corrompue :

néantmoins la première cognoissarice générale de Dieu demeure cependant en eux. En ceste sorte il n’y à hiomime de sain entendement, qui doyve faire difficulté de transférer au vray Dieu ce que Vergile dit de son Jupiter : Toutes choses sont plenes de Jupiter. Et Vergile mesme voulant déclarer ouvertement là puissance de Dieu, à Süpposé par erreur un faux nom. Quant au Sens des paroles, il se peut bien faire qu'Aratus ait controuvé ceci, qu’és entendemens des hommes il y avoit quelque petite portion de divinité : comme les Manichéens ont forgé que les âmes découloyent de Dieu aux hommes. Ainsi quand Vergile dit du monde, Qué l'esprit l’entretient par dedans, et qu’il Y a une inspiration, laquelle comme si elle estoit esparidue par tous les membres d’iceluy, fait mouvoir toute la machine : plustost il philosophe à la façon de Platon, que de dire qu'il entende purement que le monde est soustenu par une secrète inspiration dé Dieu.

Mais telle imagination ne devoit point empescher sainct Paul qu’il ne réteinst ceste vraye maxime, combien qu’elle fust corrompue par les fables des hommes :

c’est à sçavoir, que les hommes Sont la génération de Dieu, pour autant qu'ils représentent quelque chose de la divinité par l’excellence de leur nature. Cest cé que l’Escriture nous enseigné, que nous sommes créez à l’image ét Semblätice dé Dieu, Gen., I, 27. Il est vraÿ qu’en beau-

Car. XVI.

coup de passages ceste mesme Escriture enseigne que nous sommes faits enfans de Dieu par foy et adoption gratuite, quand nous sommes insérez au corps dé Christ, et estans régénérez par le sainct Esprit, nous commençons à estre nouvelles créatures, Galat., III, 26. Mais comme l’Escriture donne divers noms au sainct Esprit à cause de ses grâces diverses : aussi il ne se faut esbahir si le nom d’Enfans est pris en diverses sortes.

Tous hommes mortels sont indifféremment appelez enfans, d'autant qu’ils approchent plus près de Dieu d’entendement et intelligence : mais pource que l’image de Dieu est presque du tout effacée en eux, en sorte qu’à grand’peine y pourroit-0n appercevoir quelques bien petites trasses, à bon droict ce nom d'enfant est restraint aux fidèles, lesquels ayans receu l'Esprit d'adoption, ressemibletit-au Père céleste en lumière de raison, en justice et saincteté.

29 Comme ainsi soit donc que nous - Soyons, etc. I conclud que Dieu ne peut estre figuré par aucune peinture où graveure : Comme ainsi soit qu'il ait voulu que son image fust en nous. Car l’âme, en laquelle proprement l’image de Dieu est gravée, ne peut estre peinte. Ce 5eroit donc d'autant plus grande folie de vouloir péindre Dieu. Nous pouvons veoir maintenant quel outrage font à Dieu tous ceux qui luy baillent une face corporeile: veu que lPâme de l’homme, laquelle à grand’peine représente une bien petite estiñcelle de la gloire infinie de Dieu, ne peut rien admettre de semblable. Au demeurant, comme il est bien certain que sainct Paul se courrouce yci contre la Superstition commune de tous les Payens et Gentils, de ce qu’ils ont voulu servir et adorer Dieu sous figures corporellés, il nous faut retenir ceste doctrine générale, que c’est trop meschamment et follement transfigurer Dieu, et convertir sa vérité en mensonge, toutes fois et quantes : qw’on représente sa majesté par quelque forme ou figure vi- Sible : comme S. Paul mesme enseigne au premier chapitre de Pépistreé aux Romains. Or combien que les idolâtres de tous temps ayent eu leurs couvertures et

SUR LES ACTES

excuses, tant y à toutesfois que ce n’est point Sans cause que les Prophètes leur ont tousjours reproché ce que sainct Paul met yei en avant, qu’on fait Dieu semblable à une pierre, ou à une pièce de bois, ou à l’or, quand on luy fait une image de quelque matière morte et corruptible. Les Payens ont usé de statues ét images, à celle fin que selon leur rudesse ils conceussent Dieu prochain d'eux. Mais veu que Dieu est par une distance infinie haut eslevé par-dessus la capacité de nostre entendement, quiconque attente de lappréhender ou concevoir par son entendement, il desfigure sa gloire par une fausse et perverse imagination. Parquoy c’est une meschanceté, de forger ou controuver quelque Chose.

de luy par son propre sens et raison.

Outreplus il appert assez que les hommes ne dressent des statues où images à Dieu pour autre raison, sinon d'autant qu’ils conçoyvent follement quelque Chose de charnel en luy : enquoy ils luy font grañd opprobre. Les Papistes ne sont de rien moins exCusables aujourd'huy. Car quelque fard qu'ils amènent pour donner couleur à leurs images, par lesquelles ils taschent de représenter Dieu, toutesfois pource qu'ils sont enveloppez au mesme erreur qu'estoyent les anciens, ils sont pressez des tesmoignages des Prophètes. Or que les Payens et Gentils avent jadis prétendu les mesmes exCuses, desquelles les Papistes taschent aujourd'huy de se couvrir, il est tout Cognu par leurs escrits. Parquoy aucuns ne s’abstienent point de se rire dés Prophètes, comme s’ils leur imposoyent une trop grosse lourderie : et qui plus est, comme s’ils les chargeoyent de faux crimes. Mais le tout estant bien examiné, ceux qui jugeront droitement, trouveront que quelques eschappatoires que les plus subtils mesmes ont cherchez, ils ont esté toutesfois transportez de ceste folie et rage, asçavoir qu’on pouvoit bien et droitement sacrifier à Dieu devant les images. Au lieu où nous avons tourné avec Erasme Numen, sainct Luc à mis To Theion, au genre neutre, 4Sçavoir pour Ja Divinité. Quand sainct Paul dit que Dieu w’est point semblable à or, ou

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