COMMEN
pierre, ou bois : et quand il adjouste puis après, Ou pierre laillée par art où par invention humaine, il exciud Ja matière et la forme : et quant et quant il
TAIRES Cuar. XVIL condamne toutes les inventions humaines, lesquelles desfigurent la vraye nature de Dieu.
30 Dieu donc ayant dissimulé le temps de l'ignorance, dénonce maintenant à tous hommes en tous lieux qu'ils se repentent.
31 Pource qu'il & ordonné un jour aidquel il doit juger le monde avec justice par l’homme qu'il a déterminé, dont il a donné certitude à tous, l'ayant
ressuscilé des morts.
32 Et quand ils ouyrent parler de la résurrection des morts, les uns s'en mocquoyent, et les autres disoyent, Nous t’orrons derechef sur cela.
33 Ainsi Paul sortit du milieu d'eux.
34 Aucuns toutesfois se joignirent à aussi Denis Aréopagite, el une femme
30 Dieu donc ayant dissimulé, etc.
Pource que ce qui a esté receu par long usage, et approuvé par le consentement public de tous, est creu communéement pour bon et droit, on pouvoit faire objection à sainct Paul :
Comment oses-tu abolir maintenant les choses qui dés le commencement du monde ont esté receues par continuation de tant de siècles? et à qui pourrastu faire croire, que tout le monde ait esté si long temps déceu? Tout ainsi que les Papistes se confient du tout en ce bouclier, cuidans qu’il est suffisant pour défendre et garentir toutes les sortes d’abominations vileines qui règnent parmi eux. Sainct Paul prévient ceste question, remonstrant que la raison pourquoy les hommes ont si long temps erré, c’est pource que Dieu ne leur a tendu son bras du ciel, pour les réduire au bon chemin. Or il pourroit sembler estrange, que les hommes douez de raison et jugement sont ainsi lourdement et vileinement abusez en une chose de si grande importance. Mais sainct Paul signifie que les hommes ne cesseront jamais d’errer, jusques à ce que Dieu leur subviene.
Maintenant touchant ce que Dieu n’a point plustost appliqué le remède, sainct Paul n’assigne autre cause, sinon que sa volonté et son bon plaisir. Et de faict, nous ne pouvons nullement comprendre la raison, pourquoy Dieu a allumé tout soudain la lumière de sa doctrine, ayant souffert que les hommes ayent erré en
luy, et creurent : entre lesquels estoit nommée Damaris, et autres avec eux.
ténèbres par lPespace de quatre mille ans : pour le moins veu que lEscriture en fait nullement mention, soyons plustost sobres, que follement sages en cest endroit. Car tous ceux quine permettent point à Dieu de se taire ou de parler selon qu’il luy semble bon, taschent de le ranger à l’ordre commun des hommes : qui est une meschanceté grande, et telle que nature mesme J’ha en horreur et abomination. Outreplus, ceux qui ne se contenteront point de sa prudence et de son conseil secret, il faut nécessairement qu'ils murmurent contre S. Paul, lequel monstre apertement que lignorance a régné au monde, tant qu’il a pleu à Dieu la dissimuler. Les autres interprètent ceci autrement, asçavoir que Dieu a espargné l'ignorance, comme fermant les yeux, et ne la voulant punir.
Mais une telle glose est totalement répugnante à l'intention de sainct Paul : leque] n’avoit nullement délibéré d’amoindrir la faute des hommes ains plustost de priser et louer la grâce de Dieu, laquelle estoit soudainement apparue. Joint qu’on peut bien monstrer par beaucoup d’autres passages, qu’elle est fausse :
car ceux qui auront offensé sans Loy ne laisseront pas pourtant de périr sans Loy, Rom., If, 42. Brief, les paroles de sainct Paul ne signifient autre chose, sinon que les hommes ont esté addonnez à aveuglement, jusques à ce que Dieu s’est manifesté à eux : et que ce n’est point à uous de chercher trop audacieusement
Car. XVIL.
ou trop curieusement la cause pourquoy Dieu n’a point plustost chassé les ténèbres : mais que tout ce qui luy a semblé bon de faire, nous le devons aussi estimer droit et raisonnable, sans en faire quelque difficulté. Car jà soit que ceste façon de parler semble estre bien dure, que tandis que Dieu a dissimulé, les hommes ont esté misérablement abusez par longue espace de temps, si est-ce qu’il nous faut acquiescer à sa providence, Que si quelque fois il advient que nous soyons saisis de quelque perverse et folle cupidité de sçavoir plus qu’il n’est permis, réduisons incontinent en mémoire ce qui nous est remonstré par S. Paul en plusieurs passages : que ce que la clairté de l'Evangile a resplendi tout en un moment aux Gentils, a esté un secret caché de toutes générations.
Rom., XVI, 25. Eph., IT, 9 : et que c’est-ci un tesmoignage de la sapience de Dieu, qui est démonsitrée en diverses façons, et qui engloutit tous les sens humains. D’avantage, souvenons-nous que la coulpe et faute des hommes n’est point amoindrie, pour dire que Dieu n’a point voulu guairir leurs erreurs. Car leur propre conscience les tiendra convaincus, à ce qu’ils n’évitent la condamnation qu'ils ont bien méritée. Et aussi ce n'est pas pour transférer le blasme sur Dieu, ains pour couper broche aux questions frivolés, curieuses et nuisibles, que sainet Paul à dit que Dieu a dissimulé, cependant que le monde a erré.
Et nous apprenons par ceci, comment nous devons penser de la providence de Dieu avec toute révérence et modestie : afin que comme la nature des hommes est orgueilleuse, il n’y ait nul si hardi de demander à Dieu la raison de ses œuvres. Au reste, ceste admonition ne nous apporte aujourd'huy moins de fruict, qu’elle a fait aux hommes de ce temps-là. Les ennemis de l'Evangile renouvelé estiment comme une absurdité grande, que sous l’apostasie du Pape Dieu a permis que les hommes fussent si longtemps en erreur : Comme si aujourd’huy encores que la raison en soit cachée, il ne luy ait esté autant loisible de dissimuler l'ignorance des hommes,
comme jadis. Or sur tout il nous faut noter à quelle fin ceci est dit: asçavoir à celle fin que l'ignorance du temps passé ne nous empesche point de rendre incontinent obéissance à Dieu, quand il parle à nous. Plusieurs pensent avoir belle couleur pour errer, pourveu qu’ils ayent les pères pour compagnons, où moyennant qu'ils puissent avoir ceci, que Ja longue coustume leur favorise : mais le pis est, qu'ils cherchent volontiers, et empoignent de grande affection ce subterfuge à celle fin qu’ils ne rendent obéissance à la parole de Dieu, Mais sainct Paul dit qu’il ne faut chercher excuse sur lignorance des Pères, quand Dieu ouvre sa bouche sacrée pour parler à nous. Car combien qu’iceux ne soyent innocens devant Dieu, néantmoins nos- {re nonchalance sera moins tolérable, si nous ne voyons goutte en plein Midi :
et sonnant la trompette de l'Evangile, nous demeurons sourds ou endormis.
Dénonce maintenant à tous hommes.
Paul remonstre par ces paroles qu’il faut prester l’aureille à Dieu aussi tost qu'il parle : comme il est escrit, Si aujourd’huy vous oyez sa voix, n’endurcissez point vos cœurs, Ps. XCV, 7, 8. Car comment pourroit-on excuser l’obstination de ceux qui laissent passer ceste tant bonne occasion, quand Dieu les convie si doucement à soy, et les appelle si bénignement ? Cependant nous recueillons de ce passage, à quelle fin PEvangile est presché : asçavoir afin que Dieu nous retirant des fautes et erreurs de nostre première vie, il nous recueille à soy. Toutes fois et quantes doncque la voix de l'Evangile résonne à nos aureilles, sçachons que Dieu nous exhorte à repentance. Il nous faut aussi noter, que Paul dit que c’est Dieu qui parle et dénonce, jà soit qu'il face cela par les hommes. Car l'Evangile n’a point plene authorité, telle que mérite la vérité céleste, sinon alors que nostre foy regarde à luy, et le réputant autheur du ministère, dépend de sa bouche.
31 Pource qu'il a ordonné un jour.
Il fait mention du dernier jugement, pour resveiller la paresse des hommes. Car nous sçayvons combien il est difficile aux
bommes de renoncer à eux-mesmes. Et pourtant il est nécessaire qu’ils Soyent contraints par violence à Se repentir.
Cela ne se peut mieux faire, que quand ils sont adjournez devant le siége judicial de Dieu : et quand on leur propose ce jugement horrible, lequel ils ne peuvent ne mespriser ne fuir. Souvenonsnous donc que lors la doctrine de pénitence est proposée deuement, quand les hommes qui naturellement se voudroyent bien flatter, sont resveillez par la erainte du jugement de Dieu : et que nuls ne se peuvent glorifier d’estre idoines docteurs de l'Evangile, s'ils ne sont héraux ou sergeans du grand Juge, pour adjourner devant luy les coulpables, et leür annoncer le jugement qui leur est appresté. Et ce n’est point Sans cause qu’il a adjousté ce mot, Avec justice, ou Justement. Car jà soit que tous hommes confessent bien de bouche, que Dieu est juste Juge, tant y a toutesfois que nous voyons comment ils se flattent volontiers. Car ils ne permettent point à Dieu de leur faire rendre conte outre leur cognoissance et raison.
S. Paul donc signitie que les hommes ne proufitent de rien par leur vaines flatteries.: Car par Ce moyen ils ne préjudicieront point à la justice de Dieu, laquelle enseigne que tout ce qui semble grand et excellent aux hommes, n’est qu’abomination devant Dieu: car il ne suyvra pas les arrests des hommes, ains ceux que luy aura dictez. Par l'homme qu'il a déterminé. I1 n’y a nulle doute que sainct Paul nait tenu plus longs propos de Christ, afin que les Athéniens sceussent qu’il estoit le Fils de Dieu, par lequel le salut à esté apporté au monde, et auquel toute puissance estoit donnée tant au Ciel qu’en la terre : autrement la harangue telle qu’elle est yei contenue, eust esté bien maigre pour persuader. Mais sainct Luc s’est contenté de toucher en brief la somme du sermon de sainct Paul.
Toutesfois il est vray-semblable que Paul a premièrement parlé de la grâce de Christ, et qu’il Pa déclaré estre Rédempteur du monde, avant qu’il le constituast pour Juge. Mais pource que souventesfois Christ est en mespris quand il se
Cuar. XVII, dénonce maintenant, que quelque fois il fera la vengence d’un tel mespris plein d’impiété : d'autant que tout le monde doit estre jugé par luy. Ce mot Déterminé, se peut rapporter tant au conseil estroit de Dieu, qu'à la manifestation extérieure. Néantmoins pource qué la première exposition est plus receue, je la Suy volontiers : asçavoir que Dieu par son décret éternel a ordonné son Fils pour estre Juge du monde, et ce afin que les réprouvez, lesquels refusent d’éstre sous l'empire de Christ, Sçachent qu'ils cotbatent en vain Contre le décret et arrest inviolable de Dieu. Au reste, pource. qu’il n’y a rien plus coftrairé au sens commun des hommes, que de dire que Dieu doit juger en la persontie d’un homme, sainct Paul adjouste que ceste dignité de Christ, laquelle seroit bien difficile à croire, a esté approuvée par $a résurrection. Il est Certain que la,Seule volonté de Dieu deveroit estre en telle révérence entre nous, qu’un chacun sans ducun délay deveroit souscrire à ses saincts décrets ét ordonnances : mais pource que bien souverit les hommes se couvrent et excusent de leur ignorance, sainct Paul admoneste expresséement, que Jésus-Christ a ésté manifestement déclaré estre le Juge du mode par sa résurrection : et a esté clairement Mmonstré devant les Yeux du monde Ce que Dieu avoit au paravant déterminé de luy en soy-mesmé. Car ce poinct de doctrine que Sainct Luc ne fait que touchér en brief à esté amplemetit traitté par sainct Paul. Il n’a point dit en uñ mot seulement, que Jésus-Christ est ressuscité des :
morts : mais quant et quant il a traitté de la vertu de sa résurrection, Comme il estoit bien convenable. Car à quelle fin Christ est-il ressuscité, sinon qu’il fust les prémices de ceux qui ressuscitent ?
A Corinth., XV, 23. Et nous; à quelle fin ressusciterons-nous, si ce n’est à vie ou à mort? Dont il s'ensuit que:Jésus- Christ a esté déclaré et approuvé estre le duge du monde par sa résurrection:
32 Les uns s'en mocquoyent, etc.
Nous voyons par ceci, de quelle Stupidité les hommes sont abbrutis : veu qu’ils ne
présente pour Rédempteur, sainct Paul | peuvent estre esmeus d’aucune crainte,
Car: XVIIT. né par le Siége judicial de Dieu, ne par la majesté mesme du souverain Juge.
Nous avons bien remonstré que c’est un aiguillon picquant pour poindre les cœurs des hommes à craindre Dieu, quand son jugement est mis devant les yeux : mais il ÿ à une Obstination si endurcie és contempteurs, qu'ils ne font difficulté d’estimer comme une fable ce qui est dit, qu’il faut rendre conte de la vie passée.
Toutesfois les Ministres de l'Evangile ne doyvent laisser pour cela d'annoncer le jugément de Dieu, comme il leur est enjoint. Que les meschans Se mocquent et rient tant qu'ils voudront, si est-ce que cesté doctrine laquelle ïls s’efforcent d’anéantir, les estranglera, en sorte qu’ils Sentiront finalement, qu’ils n'auront rien gaigné de combatre contre leur chordeau. Et ne se faut point esbahir si céste partie du sermon de sainct Paul à ésté mocquée en la ville d'Athènes. Car c’est un Secret caché aux entendemens des hommes, duquel non pas même les plus grans Philosophes n’ont oncques riell peu comprendre en leurs cerveaux :
ét de nous, nous ne le pouvons autremetit comprendre, que quand nous eslevons les yeux de nostre foy à la puissance infinie de Dieu. Toutesfois la prédication de sainct Paul n’a point esté inutile : car il y en 4 eu aucuns entre Îles auditeurs, qui ont désiré de proufiter.
Car quand ils diseñt qu’ils veulent ouir Paul derechef, ils signifient que combien qu'ils n’ayent encore pleine persuasion, néantoins ils ont quelque goust, qui les solicite à désirer de proufiter. Tant Y à que ce désir estoit un mouvement contraire à desdain et mespris.
34 Entre lesquels estoit aussi Denis
Aréopägite, etc. Quant à Ce que sainct
Luc nomme seulement un homme et une
femme, il appért que du commencement
il y Avoit petit nombre de croyans, Car
les autres desquels il a parlé demeuroyent comme entre deux. IIS ne mesprisoyent pas en tout et par tout la doctrine de S. Paul : mais aussi ils n’estoyénit Si bien touchez à bon escient qu’ils s’adjoignissent à luy pour disciples. Il némme Denis entre tous les autres, d'autant qu’il estoit en grande authôrité en la ville. Parquoy il est vray-semblable que Damaris aussi estoit des plus honorables femmes.
Au demeurant, c’est une chose dighe de mocquerie, que de ce Denis qui estoit jige, les Papistes en ont fait un astrologue.
Mais il faut imputer ceci en partie à leur ignorance, en partie aussi à leur audace :
lesquels ne sçachans point que vouloit dire Aréopagus, se sont donné une licence de forgér ce qu'ils ont voulu. Mais la barbarie de ceux qui attribuent à ce Denis les livres de la Hiérarchie céleste et Ecclésiastique, et des noms divins, est par trop sotte et lourde. Car le livre de là Hiérarchie céleste non-seulement est rempli de plusieurs badinages et resveries monachales, mais aussi de plusieurs inventions absurdes ét meschantes spéculations. Et les livres de la Hiérarchié Ecclésiastique monstrent assez clairement eux-mesmes, qu'ils ont esté composez fort long temps après, quand la pureté:
de la religion Chrestienne estoit desjà corrompue de grand amas de cérémonies.
Et quant au livre des noms divins, combien qu’il contiene des choses lesquelles
on ne doit du tout rejetter, néantmoins il est plus subtil que religieux.