CHAPITRE XIX
À Adveint comme Apollos estoit en Corinthe, que Paul après avoir traverse
tous les quartiers d'enhaut, veint en Ephèse :
ples, il leur dit,
où ayant trouvé aucuns disci-
2 Après que vous avez creu, avez-vous receu le sainct Esprit? Hs luy dés rent, Nous n'avons pas mesme ouy dire, s'ily a un sainct Esprûk. 3 Adonc ü leur dit, En quoy donc avez-vous esté baptizez? Lesquels di-
db Au Baptesme de Jehan.
4 Adonc Paul dit, Jehan a baptizé du Baptesme de repentance, disant au peuple, qu'ils creussent en celuy qui venoit après luy, c'est ascavoiren Jésus
qui est le Christ.
5 Ces choses ouyes, ils furent baptizez au nom du Seigneur Jésus: 6 Et après que Paul leur eut imposé les mains, le sainct Esprit veint sur eux, et parloyent langages et prophétizoyent. 7 Et estoyent lous ces hommes environ douze.
À Adveint comme Apollos, etc. Sainct Le récite yci, que non-seulement V’Eglise a esté augmentée et confermée entre les Ephésiens par le rétour de sainct
Paul, mais aussi a esté ornée d’un miracle, asçavoir que grâces visibles du sainet Esprit ont esté là conférées à aucuns disciples, qui estoyent encore apprentis eb
sf
Cuar. XIX.
novices. Au reste, on ne sçauroit pas bien dire s'ils estoyent habitans de la ville, ou estrangers nouvellement venus :
et cela n’est de grande importance. I] est bien certain que c’estoyent Juifs : car ils avoyent receu le Baptesme de Jehan :
il'est aussi vray-semblable qu'ils estoyent habitans en Ephèse, puis que sainct Paul les a là trouvez.
à Avez-vous receu le sainct Esprit?
La fin de ceste histoire monstre que sainct Paul ne parle point yci de l'Esprit de régénération, mais des dons particuliers, que Dieu du commencement a distribuez en diverses sortes à ceux ausquels il luy à semblé bon, et ce à l’édification commune de son Eglise. Mais ceste interrogation de S. Paul engendre yei une question : asçavoir si lors le sainct Esprit estoit communéement donné à tous. Car s’il estoit seulement donné à peu de gens, pourquoy le conjoint-il avec la foy, comme si c’estoit une conjonction inséparable ? Possible est que ce n’estoyent point gens vulgaires : ou bien pource qu’ils estoyent bien peu, asçavoir seulement douze, sainct Paul demande s’il n’y en à pas un qui ait receu de ces grâces du sainct Esprit. Toutesfois je pense de ma part, que ce n’a esté par cas d'aventure, ains par le conseil de Dieu, qu’en un mesme instant se sont trouvez en la présence des Gentils, tant de Juifs, voire disciples, c’est-à-dire, de la compagnie des fidèles, lesquels toutesfois ont confessé que jusques à présent ils n’avoyent point cognu la gloire souveraine de PEvangile, laquelle se démonstroit és dons du sainct Esprit. afin que par eux le ministère de S. Paul fust rendu plus excellent. Car il n’est pas yray-semblable qu’Apollos eust laissé si peu de disciples en Ephèse : et ils eussent esté mieux instruits par luy, depuis qu'Aquile et Priscille luy eurent diligemmént enseigné la voye du Seigneur. Qui plus est, je-ne doute point que les frères, desquels S. Lue a fait mention ci-dessus, estoyent des autres, et non point Ceuxci. Brief, S. Paul voyant que ces gens-ci font profession du nom de Jésus-Christ, afin qu’il examine mieux quelle est leur foy, il les interrogue s'ils ont receu le
SUR LES ACTES
S. Esprit. Car on peut bien veoir par ce que S. Paul luy-mesme dit au chap. HT.
des Galatiens, que ceci a esté une marque de la grâce de Dieu, pour baïller authorité à la doctrine : Je voudroye bien, dit-il, sçavoir de vous, s’il est ainsi que vous ayez receu le S. Esprit par les œuvres de la Loy, ou par louye de la foy.
Nous n'avons pas mesme ouy dire.
Comment s'est peu faire cela, que ceuxci qui estoyent Juifs, n’eussent point ouy parler du S. Esprit, duquel les Prophètes font mention par tout: veu aussi que lPEscriture est plene des titres d’iceluy ?
Certes nous recueillons de ceci, que sainct Paul n’a point parlé généralement du sainct Esprit : et d'autre part, que ces
| gens-ci, selon qu’ils avoyent esté inter-
roguez, ont respondu qu'ils ne sçavoyent encore que c’estoit de ces grâces visibles, desquelles Dieu avoit orné le Royaume de son Fils. Ils confessent donc qu’ils ne sçavent si Dieu confère tels dons et grâces. Et pourtant par ce mot d’Esprüt, sont entendues les grâces d’iceluy. Et ce sens est confermé par ceci, que s'ils eussent nié du tout qu’ils ne sçavoyent rien du sainct Esprit, sainct Paul n’eust point souffert un erreur si lourd, voire monstrueux, qu’il n’en eust dit quelque chose.
Quand il demande à quelle fin donc, ou comment ils ont esté baptizez, il monstre tacitement que par tout où Christ avoit esté purement annoncé, aussi que les grâces visibles y estoyent apparues, en sorte qu’un tel ornement estoit commun à toutes les Eglises. Parquoy ce n’est point sans cause que S. Paul s’esbahit que les fidèles estoyent ignorans de ceste gloire de Christ, laquelle Dieu vouloit faire lors apparoistre par tout : et adjoustant incontinent une correction, il admoneste qu’il ne faloit croupir en ces rudimens desquels ils estoyent abbruvez:
pource que l'office de Jehan avoit esté de former des disciples à Christ.
k Jehan a baptizé, etc. L'admonition que fait yci sainct Paul, tend à ceci, que ces hommes se sentent convaincus de leur rudesse, pour aspirer à proufiter plus outre. Il dit que Jehan Baptiste à presché de Christ à-venir. Il a donc mis
ses disciples en train, afin qu'ils allassent
à Christ qui n’estoit encore manifesté.
Parquoy afin que ceux-ci ne se plaisent point, et ne refnsent desdaigneusement de s’advancer plus avant, il leur remonstre qu’ils sont bien loin d'atteindre au but. Car quand les hommes sentent à bon escient ce de quoy ils ont encore be- Soin, ils sont aussi incitez à désirer ce qui leur défaut. Le tout revient à ceci, comme s’il eust dit, Avant que Christ ait esté glorifié, ceste siene puissance ne s’est point monstrée au monde : mais finalement il a voulu que son Royaume fust ainsi florissant quand il est monté au ciel. Beaucoup moins donc quand Jehan estoit encore au cours de son ambassade, ont esté espandues les grâces du sainct Esprit, lesquelles testifient que Christ est maintenant assis à la dextre de son Père. Car il ne S’estoit point encore alors ouvertement manifesté pour Rédempteur au monde. Sachez donc qu’il faut que cheminiez plus outre : car vous estes encore bien loin du but. Par ce moyen il monstre clairement que la foy de tous les fidèles qui avoyent esté enseignez par Jehan Baptiste, devoit tendre au Christ à-venir : afin que ceux-ci ne s’arrestassent aux commencemens et rudimens.
Au reste, nous Sommes aussi enseignez par ceci, que le Baptesme de Jehan a esté un signe et Sacrement de repentance, et de la rémission des péchez : et que nostre Baptesme aujourd’huy n’est en rien différent du rien, sinon en ce que Christ est manifesté, et que généralement toutes les parties de nostre salut sont accomplies en sa mort et résurrection : et mesme le Baptesme a esté amené à son but et plein effect, d'autant que d’un costé la pénitence procède de ceste fontaine de la mort et résurrection, comme j’ay dit: et d’autre part, la foy est là rapportée, à ce que de là elle obtiene la justice gratuite. En somme, S. Paul démonstre manifestement que le Baptesme de Jehan estoit Baptesme de régénération et renovellement , comme est aujourd’huy le nostre. Or pource que la purgation et nouveauté de vie procède du seul Christ, il dit que le Baptesme à esté fondé en la foy d’iceluy. Par cela nous sommes admonestez que toute la
Cuar. XIX.
force et vertu du Baptesme dépend de là, que nous appréhendions par foy en Christ tout ce que le Baptesme représente : tant s’en faut que le signe extérieur dérogue et amoïindrisse en rien la grace de Christ.
5 Ces choses ouyes, ils furent baptizez au nom du Seigneur Jésus. Pource que c’estoit une opinion commune entre les anciens, qu’il y avoit diversité entre le Baptesme de Jehan Baptiste, et celuy de Christ, ils ont pensé qu'il n’y avoit nul inconvénient, que ceux qui avoyent este baptizez du Baptesme de Jehan, fussent derechef baptizez, pource qu’ils avoyent esté seulement préparez par le premier Baptesme. Mais que leur opinion fust mauvaise, il appert par ce que le Baptesme de Jehan Baptiste a esté un gage et arre de la mesme adoption, de la mesme nouveauté de vie, lesquelles nous recevons aujourd’huy de nostre Baptesme. Et pourtant nous ne lisons point que Christ ait baptizé derechef ceux qui luy avoyent esté renvoyez par Jehan Baptiste. Joint que Christ a receu le Baptesme en sa chair, afin que par un tel signe visible il s’associast avec nous, Matthieu, chapitre HE, v. 45. Or si nous admettons ceste diversité mal controuvée, nous perdrons ce bénéfice singulier, que nous avons un Baptesme commun avec le Fils de Dieu. Mais il n’est point besoin de longue réfutation : car pour persuader que ç’ont esté divers Baptesmes, il faut que premièrement ils monstrent en quoy l’un a esté différent de autre. Or est-il ainsi qu’il y a bonne similitude bien respondante des deux costez, et une mesme proportion et conformité, lesquelles nous contraignent de confesser que ce n’a esté qu’un mesme Baptesme. Maintenant on demande, s’il a.
esté licite de le réitérer. Et aucuns homes furieux de nostre temps s’appuyans sur ce tesmoignage, ont voulu introduire ceste façon, que le Baptesme pouvoit estre réitéré. Aucuns entendent une nouvelle institution par ce mot de Baptesme:
mais j'ay raison pour n’accorder point avec eux, asçavoir que leur exposition est contrainte, et est comme un subterfuge. Il y en a d’autres qui disent que le
Cuar. XIX.
Baptesme n’a point esté réitéré ou derechef administré : d'autant qu'ils avoyent esté faussement baptizez par quelque sot imitateur de Jehan. Mais pource que leur conjecture n’ha nulle couleur, ains plustost les paroles de sainct Paul donnent à entendre que c’estoyent vrais disciples de Jehan Baptiste, et S. Luc les appelle honorablement Disciples de Christ, je ne peux suyvre aussi ceste opinion : et cependant je di que le Baptesme de l’eau n’a point esté derechef administré, d’autant que les paroles de sainet Luc ne signifient autre chose, sinon qu’ils ont esté baptizez du sainet Esprit. Premièrement ce n’est point une chose nouvelle, que le nom de Baptesme soit transféré aux grâces et dons du sainct Esprit :
comme nous avons veu ci-dessus au chapitre I, v. 5, et XI, 46 : où sainct Luc disoit que Christ a appelé Baptesme, quand il promettoit aux Apostres que le sainct Esprit leur seroit envoyé en forme visible. Item, quand le sainct Esprit descendit sur Corneille, sainct Pierre eut souvenance des paroles du Seigneur, quand il dit, Vous serez baptizez du sainct Esprit, Act., XI, 16. Outreplus, nous voyons yei qu’il est nomméement parlé de ces grâces visibles de l'Esprit, et qu’elles sont conférées avec le Baptesme. Et quant à ce qui est adjousté incontinent après, que le sainct Esprit veint, après qu'il leur eut imposé les mains, j'interpréte cela comme une chose adjoustée pour plus ample et facile déclaration.
Car c’est une façon de parler qui se trouve bien souvent en l’Escriture : asçavoir de. proposer une chose en brief, et incontinent après la déclairer plus facilement. Par ainsi sainct Luc exprime plus clairement ce qui estoit un peu obscur pour la briefveté, disant que le ,sainet Esprit leur à esté donné par l'imposition des mains. Que si quelqu'un réplique, que le nom de Baptesme n’est point mis simplement, ains avec une adjection, quand il est mis pour les dons du sainct Esprit: je respon que du contenu du texte l'intention de sainct Luc apparoist assez, et d'avantage qu’il fait allusion au Baptesme duquel il avoit fait mention. Et
SUR LES ACTES
certes si on l’expose du signe extérieur, ce sera une chose absurde de dire qu’il leur fut donné, sans entremettre quelque meilleure doctrine. Que si par translation on le prend de l'institution, la façon de parler sera encores dure, et la narration ne conviendroit point bien, qu'après qu’ils furent enseignez, le S. Esprit descendit sur eux. Au reste, comme je confesse bien que ceste imposition des mains a esté un Sacrement: aussi je di que ceux qui l’ont tiré à perpétuelle imitation, ont failli par ignorance. Car comme ainsi soit que tous s'accordent bien en cela, que C’a esté une grâce temporelle, laquelle a esté conférée par ce signe, C’est une perversité et mocquerie de retenir et garder le signe, quand la vérité est ostée. Il y a une autre raison au Baptesme et en la Cène, par lesquels Sacremens le Seigneur rend tesmoignage qu’il nous présente des dons
qui dureront jusques à la fin du monde.
Parquoy il faut songneusement et prudemment discerner les Sacremens qui ont esté instituez pour tout jamais, et ceux qui ont esté seulement ordonnez seulement pour un temps, de peur qwil n’y ait quelques vaines masques, qui tienent place entre les Sacremens. Quant à ce que les anciens ont usé de l’imposition des mains pour confermer la profession de foy en ceux qui estoyent venus en aage, je ne réprouve point cela, moyennant qu'on ne pense point que la grâce du sainct Esprit soit annexée avec une telle cérémonie : comme fait S. Hiérome contre les Lucifériens. Mais les Papistes pe méritent aucun pardon, lesquels ne se contentans point de la cérémonie ancienne, ont esté si outrecuidez d’adjouster une graisse puante, de laquelle non-seulement is ont fait une confirmation de Baptesme : mais aussi un sacrement beaucoup plus digne, par lequel les fidèles sont rendus parfaits, ce disent-ils, au lieu:
qu'auparavant ils w’estoyent qu'à demi Chrestiens : et au lieu qu'auparavant leurs péchez estoyent seulement pardonnez, ils sont maintenant préparez au combat..Car ils ne font point de difficulté de desgorger tels blasphèmes exécrables.
CHar. XIX.
8 Puis il entra en la synagogue, et parloit franchement l'espace de trois mois, disputant et induisant à ce qui est du Royaume de Dieu:
9 Ei comme aucuns s'endurcissoyent et estoyent rebelles, mesdisans de la voye du Seigneur devant la mullitude, se départant d'avec eux, il sépara tes disciples, disputant de jour en jour en l'eschole d'un certain Tyran,
10 Æ& cela fut fait par l'espace de deux ans, tellement que tous ceux qui habitoyent en Asie ouyrent la parole du Seigneur Jésus, tant Juifs que Grecs.
A1 Et Dieu faisoit des vertus non accoustüumées par les mains de Paul:
12 De sorte que mesme on portoit de dessus son corps des couvrechefs et ot sur les malades: et leurs maladies se partoyent d eux, et les mau-
vais esprits Fe sn hors.
1) Ou, Seigneur.
8 Puis il entra en la synagogue.
Nous recueillons de ceci, que S. Paul a commencé par la compagnie des fidèles, qui avoyent desjà fait profession de Christ : et que puis après il veint en la synagogue, afin qu’il recueillist en un corps d'Eglise le reste des Juifs, ausquels Christ n’avoit encore esté manifesté, ou pour le moins lesquels ne lPavoyent encore receu. Or S. Luc dit que Paul parloit hardiment et franchement, à celle fin que nous sçachions que quand S. Paul a esté ouy par l’espace de trois mois, ce n’a point esté qu’il ait couvert par finesse la doctrine de l'Evangile, ou qu’il se donnast quelque ouverture par propos obscurs et ambigus. Sainct Luc aussi exprime bien tost après l'espèce de ceste hardiesse, quand il dit que Paul disputoit et induisoit à ce qui est du Royaume de Dieu. Or nous sçavons qu’en beaucoup de passages de l’Escriture est dénotée par ce mot ceste restauration qui avoit esté promise aux Pères, et qui devoit estre faite et accomplie à la venue de Christ.
Car comme hors Christ il n’y a plus qu’une dissipation difforme et horrible de toutes choses, ce n’est point sans cause que les Prophètes ont attribué ceci au Messias à venir, qu’il establiroit le Royaume de Dieu au monde. Or maintenant puisque ce Royaume nous ramène de nostre révoltement à l’obéissance de Dieu, et d’ennemis il nous fait enfans de Dieu :
premièrement il consiste en la rémission gratuite des péchez, par laquelle Dieu nous reçoit en grâce, et nous adopte pour son peuple: puis après au renouvellement
de vie, par lequel il nous fait conformes à son image. Il dit que Paul a disputé et induit, signifiant qu’il a parlé d’une telle façon, qu’il a prouvé par raisons vives et fermes ce qu’il mettait en avant. D’avantage, qu’il a aiguillonné les auditeurs par sainctes exhortations, afin qu’ils donnassent ouverture au Royaume de Dieu. Car il n’y a nulles subtilitez qui nous puissent rendre dociles à Dieu, sinon que nous soyons fleschis Mer sainctes admonitions.
9 Æt comme aucuns s rendurcissoyent.
Nous ne lisons point que S. Paul aitjamais esté si paisiblement et bénignernent ouy des Juifs, comme il a esté en Ephèse, quand il veint la première fois. Car
‘au lieu que les autres le:chassoyent par
esmotion qu'ils luy dressoyent, ceux-ci l'ont prié de demeurer long temps: Maintenant après qu'il s’est efforcé par l’espace de trois mois de dresser entr’eux le Royaume de Dieu, plusieurs ont descouvert leur impiété et obstination: Car S.
Luc dit qu’ils ont esté éndurcis et 'obstinez. Et de faict, telle est la vertu de la doctrine céleste, qu’elle fait enrager les meschans, ou bien les rend encores plus obsiinez: non point que cela soit de sa nature, ains C’est par accident : pource que quand la vérité les presse, ils sont contraints de mettre hors leur poison cachée. Sainct Luc adjouste ‘puis après, qu’ils ont mesdit de la voye du Seigneur devant {a multitude. Car à la fin les contempteurs de l'Evangile se jettent jusques à une telle furie, que d’un courage envenimé ils combatent envers les autres ce
Cuar: XIX.
qu’ils ne veulent point recevoir : et non à autre intention, Sinon afin que si faire se pouvoit tous les autres soyent compagnons de leur impiété. On sçait bien que par ce mot de Y'oye, l’Escriture entend coustumièrement toute façon de faire:
mais yei il se rapporte à l'Evangile du Fils de Dieu. Or S. Luc dit que Paul se partit d'avec eux, et retira les disciples :
par lequel exemple nous sommes admonestez que quand nous avons une fois expérimenté un endurcissement et obstination désespérée, et à laquelle il n’y a plus de remède, il ne faut plus que nous perdions nostre peine. Sairict Paul lui-mesme remonstre à Tite, qu'après une ou deux admonitions, il fuye un hérétique!. Car si là parole de Dieu est prostituée aux chiens et pourceaux, on luy fait un vilein outrage. Quant et quant aussi il faut pourveoir aux infirmes, de peur que leur piété ne soit renversée par mesdisances perverses et fausses accusations de la pure doctrine. Paul donc a séparé et retiré à part les disciples, de peur que le troupeau des simples brebis ne fust infecté dela puanteur des boucs.
Disputant de jour en jour. Ce passage monstre bien comme Paul a esté diligent à enseigner : et comment ceux qui se faschent tout incontinent d'apprendre, sont par trop chagrins ou délicats. Car nous voyons coustumièrement qu'il y en à bien peu qui soyent tous les jours prompts et appareillez pour ouir. Or encores qu'il eust un soin particulier du troupeau domestique, lequel il avoit assemblé comme en une bergerie, si est-ce qu’il ne prive point les estrangers de son labeur: mais continuant le cours de ses disputes, il esprouve s’il en pourra rencontrer aucuns qui soyent dociles. Quant à l'eschole du Tyran, il n’entend pas quelqu'un qui eust pour lors domination: car les Romains obtenoyent la domination par toute l'Asie: mais il est croyable que c'ont esté des escholes que quelque Tyran, c’est à-dire Seigneur, avoit jadis fait bastir à ses despens, et avoit données à la ville. Les fidèles donc ont usé de ce lieu publie, qui retenoit le nom de celuy qui Pa voit fait bastir pour faire leurs assemblées. 4) Tit., I, 10.
10 Tellement que tous ceux qui habitoyent. Sainct Luc ne signifie pas que tous ceux d'Asie soyent là venus pour :
ouyr sainct Paul: mais que toute PAsie à esté perfumée de la, bonne senteur de sa prédication, et que la semence a esté esparse au long et au large : en sorte que son labeur a esté fructueux non-seulement à une ville, mais aussi aux lieux fort lointains. Et ceci advient souventesfois, que quand on presche la vérité de Dieu en un lieu, elle s’espand çà et là, et retentit au long et au large, où la voix du Ministre ne peut estre ouye : pource qu’elle est donnée de main en main, et les uns sont docteurs aux autres. Car un seul homme ne pourroit suflire, sinon qu’un chacun de sa part fust ententif à avancer la foy et enseigner les autres.
A1 Et Dieu faisoit des vertus non accoustumées. Selon lusage commun de l'Eseriture, il appelle les vertus, les miracles qui estoyent tesmoignages d’une puissance extraordinaire de Dieu. Oril récite que lPApostolat de S. Paul a esté orné de ces marques, à celle fin que Pautorité de sa doctrine fust plus certaine.
Car c’est une façon vulgaire de parler, que miracles sont faits par la main d’un homme. Ainsi la louange d’iceux est attribuée à Dieu seul, comme à celuy qui en est autheur: et l’homme est abaissé et mis en ordre de ministre. Et pour mieux amplifier ces miracles, sainct Luc récite que les couvrechefs et devantiers estoyent portez sur les malades, et qu’à l’attouchement d’iceux, les malades ont esté guairis. Îl est assez notoire à quelle fin ceste puissance a esté baillée à sainct Paul: asçavoir afin qu’il se monstrast estre vray Apostre de Christ, qu’il donnast authorité à l'Evangile, et confermast sot ministère. Et il est bon de réduire vei en mémoire ce que nous avons veu ci-déssus de l’usage légitime des miracles.
Quant à ce que Dieu a güairi les malades par les couvrechefs mesmes dé sainct Paul, cela tendoit à ce but, que ceux qui ne l’avoyent jamais veu, néäntmoins receussent sa doctrine avec révérence et humilité. Donc tant plus Se monstrent ridicules les Papistes, qui s’aident de ce
passage pour faire valoir leurs reliques.
Voire, comme si Paul avoit fait porter ses couvrechefs, afin que les gens les baisassent en l'honneur d’iceluy par dévotion, comme en la Papauté on adore les brayes et souliers de sainct François, la ceinture de saincte Rose, le peigne de
Car. XIX.
sainete Marguerite, et tels autres fatras.
Mais plustost il a choisi les choses les plus viles, afin que le pris et le lustre nengendrast quelque superstition. Car son intention estoit, d'attribuer la gloire toute entière au seul Seigneur Jésus.
13 Adonc aucuns des Juifs Exorcistes qui trottoyent cà et là, s’essayèrent d’invoquer sur ceux qui avoyent des mauvais esprits le nom du Seigneur Jésus, disans, Nous vous adjurons par Jésus que Paul presche.
14 (Et ceux qui faisoyent cela, estoyent sept fils de Sceva Juif principal Sa-
crificateur) 45 Mais l'esprit malin respondant,
dit, Je cognoy Jésus, et scay qui est
Paul: mais vous autres, qui estes-vous ?
16 Et l’homme auquel estoit le mauvais esprit, se jettant sur eux, et estant maistre d'eux, usa de force contr'eux, en sorte qu’ils s’enfuyrent nuds et bles-
sez de ceste maison-là.
17 Et cela veint à la cognoissance de tous les Juifs et Grecs qui habitoyent en Ephèse. Dont crainte les saisit tous, et le nom du Seigneur Jésus estoit ma-
gnifié.
Afin qu’il apparoisse mieux que lApos-! des Prophètes pour chasser les diables.
tolat de S. Paul a esté confermé par ces miracles, desquels mention a esté n’aguères faite, S. Luc enseigne maintenant, que oriefve punition a esté faite de l'abus qu'aucuns commettoyent en se couvrant faussement du nom de Christ. Dont nous cognoissons que les vertus mont esté faites par la main de sainct Paul à autre fin, sinon pour testifier à tous qu’il presehoit fidèlement Christ la puissance de Dieu :
puis qu’ainsi est que non-seulement le Seigneur n’a point souffert que ces vertus fussent séparées de la pure doctrine de l'Evangile : mais à puni si rigoureusement ceux qui les ont tirées au rebours pour les faire servir à leurs exorcismes et conjurations. Dont nous pouvons re:
cueillir derechef, que tous miracles qui obscurcissent le nom de Christ, sont autant d'illusions du diable, et que tous ceux qui appliquent les vrais miracles de Dieu ailleurs que pour seeller la pure religion, sont faussaires.
13 Aucuns des Juifs exorcistes. Je ne doute point que cest oflice d’exorciste ne soit procédé d’une sotte imitation. Dieu avoit accoustumé de desployer sa puissance en diverses façons entre les Juifs :
et s’estoit autresfois servi du ministère
Sous ceste couverture ils ont forgé des conjurations. Et de cela on a à la volée dressé un office extraordinaire sans aucun commandement de Dieu. Aussi il se peut bien faire que Dieu l’ordonnant ainsi, cest office a eu quelque efficace : non pas qu’il favorisast tout à rebours de sa Parole, mais afin qu’ils observassent tant plus volontiers leur religion jusques à la venue de Christ. Sous le règne de Christ Pambition perverse a'fait que les Chrétiens ont combatu contre les Juifs : car à l'appétit des hommes on a créé aussi des exorcistes. Puis après, comme la superstition ordinairement va de mal en pis, le Pape a voulu que ceci fust commun à tous ses clercs qui devoyent estre avancez à plus haut degré. Car après que les clercs sont faits portiers, tout soudain la conjuration des diables leur est commise :
mais l’expérience démonstre combien ils sont dignes de mocquerie. Car ils sont contraints de confesser qu’ils confèrent un titre vain et sans effect. Car où est la puissance, par laquelle ils conjurent les diables? Et les exorcistes de leur costé reçoyvent cest office avec une mocquerie manifeste, veu qu’ils ne l’exercent jamais. Mais à la vérité ceci est advenu à
Car. XIX.
bon droict, qu’il n’y a jamais fin aux erreurs, quand on se recule de la parole de * Dieu. Quant à ceux-ci, nous pouvons veoir que c’estoyent coureurs et vagabons, comme on en voit plusieurs en la Papauté : car sainct Luc dit qu’ils ont dressé leur chemin d’un costé et d'autre, selon que l’occasion s’addonnoit de tromper. Nous vous adjurons par Jésus. I est vraysemblable que ces trompeurs se sont addressez au nom de Christ, afin qu’ils obteinssent une puissance nouvelle, de laquelle ils s’estoyent faussement vantez au paravant, où pource que la puissance qu’ils avoyent eue estoit cessée, afin qu’ils obscurcissent l'Evangile. Or ils ont doublement failli en ceste invocation. Car veu qu’ils ignorent la doctrine de sainct Paul, ils abusent de la couverture d’iceluy, mayans point de foy, comme pour faire des enchantemens d’art magique. Avec ce ils usurpent sans vocation de Dieu, ce qui n’est en Ja puissance des hommes. Or l’invocation légitime du nom de Dieu et de Jésus-Christ est, quand elle est conduite par foy, et ne passe point les bornes de la vocation. Parquoy nous sommes admonestez par Cest exemple, de ne rien attenter, que la parole de Dieu maille devant pour nous esclairer, sinon que nous vueillions estre griefvement punis d’un tel sacrilége. Le Seigneur luy-mesme nous invite à prier. Tous ceux qui n’ont point ce don de pouvoir faire miracles, se doyvent contenir dedans ces limites. Car quand les Apostres contraignoyent les mauvais esprits de sortir hors par commandement, ils avoyent Dieu pour autheur, et sçavoyent bien qu’ils s’acquittoyent fidèlement du ministère qu’il leur avoit enjoint.
16 Et l'homme auquel estoit le mauvais esprit. Ce que le diable avoit fait par cest homme, est attribué à l’homme mesme. Car il n’avoit point uné telle violence, qu’il eust peu blesser sept jeunes compagnons forts et robustes, et les despouillant tout nuds les chasser hors. Or
SUR LES ACTES
on ne pourroit résoudre pour certain comment le diable habite -és hommes :
sinon qu'on peut mettre une opposition entre l'Esprit de Dieu et l’esprit de Satan.
Car tout ainsi que sainct Paul enseigne que nous sommes temples de Dieu, pource que son Esprit habite en nous : aussi au contraire il dit que Satan besongne avec eficace en tous incrédules. Toutesfois il est bon que nous sçachions que sainct Luc traitte yci d’une singulière facon d’habiter, asçavoir quand la bride est tellement laschée à Satan, qu'il’ saisit Phomme entièrement. Or Dieu a voulu monstrer un tel exemple, afin qu’il monstrast que sa vertu n’est point enclose au son (le la voix, et qu’il n’est point licite que le nom de son Fils soit tiré à superstitions. Or quand il permet à Satan de nous tromper, sçachons que nous sommes plus griefvement punis, que s’il nous navroit et blessoit en la chair. Car lPapparence décevante des miracles est un horrible enchantement pour ensorceler les incrédules, à ce qu’ils soyent plongez en plus profondes ténèbres, pour autant qu’ils ont rejetté la lumière de Dieu.
17 Dont crainte les saisit tous. C'est le fruit de la vengence que Dieu avoit prise de ce meschant abus du nom de Christ : asçavoir que tous ont esté saisis de crainte, à ce qu’ils ne mesprisassent la doctrine, laquelle Dieu avoit bien monustré par un merveilleux exemple qu’il vouloit maintenir rigoureusement : et qu’ils ont esté amenez à porter révérence à Christ. Car outre ce que Dieu nous invite par tous ses jugemens à ainsi proufiter, à ce que nous craignions de pécher, il y a ceci davantage, que la majesté de Christ nous a esté démonstrée en cest exemple, et Pauthorité de PEvangile confermée. Quant à ce qu’il dit que cela fut divulgué à tous, c’est-à-dire par tout.
Car il signifie que la renommée du faict a couru de bouche en bouche : afin que le nom du Fils de Dieu fust magnifié entre plus de gens.
18 Æt plusieurs de ceux qui avoyent creu venoyent, confessans et déclairans
leurs faits.
19 Plusieurs aussi de ceux qui s’estoyent exercez en choses curieuses, ap-
Car. XIX.
portèrent leurs livres et les bruslèrent devant tous: contans le pris desquels, ils trouvèrent cinquante mille pièces d'argent. . 20 Ainsi croissoit la parole du Seigneur puissamment, et se renforcoit. 21 Ces choses ainsi accomplies, Paul proposa par l'Esprit, de passer Macédone et Achaie, et d'aller en Jérusalem, disant, Après que j'auray esté là, à
me faut aussi veoir Rome.
22 Et ayant envoyé en Macédone deux de ceux qui luy aidoyent, asçavoir Timothée et Eraste, il demeura pour un lemps en Asie.
A8 Et plusieurs de ceux qui avoyent| de Jehan, Matth., Il, 6. Car par ce
creu, etc. Sainct Luc met en avant un Signe de ceste crainte de laquelle il a parlé. Car ils ont monstré par effect qu’ils estoyent touchez à bon escient de la crainte de Dieu, quand ils ont de leur bon gré confessé les fautes de leur vie passée, afin que par teur dissimulation ils ne nourrissent Pire de Dieu dedans leurs cœurs. Or nous sçavons combien il y a grand’peine et difficulté d’arracher une vraye et franche confession de ceux qui ont péché. Car comme ainsi soit que les bommes mestiment rien plus précieux que leur bonne réputation, aussi ont-ils en beaucoup plus grand pris la honte que la vérité : et qui plus est, ils taschent de couvrir teur opprobre tant qu’ils peuvent.
Ainsi done ceste confession faite de bon gré a esté un tesmoignage de repentance et de crainte. Car il n’y a homme, sinon qu’il soit touché au vif du sentiment du jugement horrible. de Dieu, qui se submette aux opprobres et ignominie des hommes, et qui vueille de son bon gré recevoir jugement en terre, pour estre absous et exempt de condamnation au ciel. Quand il dit Plusieurs, nous recueillons de cela, que tous n’estoyent pas de mesme condition. Car il se peut faire que ceux-ci ont eu long temps leurs consciences navrées : comme plusieurs bien souvent ont des vices cachez dedans. Parquoy sainct Luc ne baille pas une loy commune à tous : mais il propose un exemple, lequel doyvent ensuyvre ceux
qui ont besoin de semblable médecine. | curieuses. Sainct Luc ne parle pas seu-
Car à quel propos ceux-ci ont-ils confessé leurs péchez, sinon afin qu’ils testitiassent de leur repentance, et demandassent conseil et allégement à Paul? Il y avoit bien une autre raison en ceux qui confessèrent aussi leurs offenses et péchez, quand
ils veindrent pour recevoir le Baptesme
moyen ils protestoyent que ce mwestoit par feintise qu’ils estoyent consacrez à repentance. Mais sainct Luc monstre yei par une espèce, comment les fidèles ont esté touchez de la révérence de Dieu, quand Dieu leur a ouvertement proposé un exemple de sa sévérité. Par cela on peut veoir clairement combien limpudence des Papistes est grande, qui couvrent leur tyrannie de ce fard. Car, je vous prie, y a-il chose en quoy leur confession auriculaire approche de ceci?
Premièrement les fidèles ont confessé en produisant quelques exemples, combien ils avoyent esté déceus misérablement par Satan, devant que avoir receu la foy:
mais par la loy du Pape il est requis qu’on raconte tout ce qu’on a fait, dit et pensé. Nous ne lisons point que ceux-ci ayent fait confession de leurs péchez, sinon une fois : et la loy du Pape ordonne que pour le moins on se confesse tous.les ans une fois. Ceux-ci se sont présentez volontairement et de leur bon gré : le commandement du Pape oblige un chacun par nécessité. Sainet Luc dit qu’il y en eut plusieurs, et non point tous : la 1oy du Pape n’excepte nul. Ceuxci se sont humiliez en l'assemblée des fidèles : le Pape en ordonne bien autrement : que le pécheur barbotte secrètement en laureille d’un certain prestre.
Voylà de quelle grâce et dextérité ils accommodent l’Escriture pour approuver leurs fallaces et tromperies.
49 Qui s'estoyent exercez en choses
lement des enchantemens de magiciens :
mais aussi des curiositez vaines et frivoles, desquelles la pluspart des hommes sont volontiers trop convoiteux. Car par le mot Grec qui est yei mis, sont comprises toutes choses qui n’ont point une
Car. XIX.
ferme utilité en elles, mais trainent les esprits et estudes des hommes par divers circuits, sans proufit. L’astrologie judiciaire est de ceste façon, et tout ce que les hommes vains et fols se forgent ordinairement pour deviner pour le temps à venir. Or ils bruslent leurs livres, afin que pour l’advenir ils ostent toute occasion d’errer et à eux-mesmes et aux autres. Et ils monstrent beaucoup mieux affection qu'ils portent à la, religion,
quand ils.ne se soucient de faire perte |
de leurs. livres, qui avoyent cousté une si grande somme d'argent. Tout ainsi done que sainct Luce a ci-dessus descrit une confession de paroles, aussi en descrit-il yei une de faict. Au reste, quant à la somme de laquelle il est yei parlé, veu que les Grecs prenent le mot pour toutes espèces de monnoye, il n’est pas bien certain si sainct Luc dénote par cela, ce que les Romains nommoyent Denarios, ou bien s’il entend ce qu’ils appeloyent Sestertios. Toutesfois pource qu’on sçait assez qu'il a exprimé quelque certaine somme, afin que nous sceussions que ces fidèles ont mesprisé le gain d’un grand courage, je ne doute point qu'il n’entende ce qu'on appeloit Denarios, ou bien quelqu’autre espèce de monnoye plus excellente et précieuse. Or cinquante mille telles pièces valent environ neuf mille livres de la monnoye de France. ; 20 Ainsi croissoit la parole du Seigneur puissamment. Par ce mot Puissamment, sainct Luc signifie que la Parole avançoit d’une façon non accoustumée: comme s'il disoit qu’en ces accroissemens es apparu une eflicace rare
SUR LES ACTES
et plus grande que de coustume. Quant à ce mot de Groistre, je le rapporte au nombre des hommes : comme s’il eust dit que l'Eglise à esté tous les jours augmentée de nouveaux disciples, d'autant que la doctrine s’espandoit au large. Il adjouste que la Parole à esté confermée en un chacun: c’est-à-dire, qu’ils ont proufité de plus en plus en lPobéissance de l’'Evangile, et en piété, et que leur foy prenoit racines beaucoup plus profondément,
24 Paul proposa par l'Esprit. Il entend que Paul entreprint.ce voyage par instinct du S. Esprit: à celle fin que nous sçachions que toute sa vie a esté réglée selon la bonne volonté de Dieu. Or il a eu le sainct Esprit pour gouverneur de toutes ses opérations, d'autant qu’il s’est submis à la bonne conduite de Dieu, et a dépendu de la volonté d’iceluy. Et ce qui s’ensuit un peu après, n’empesche de rien , aSÇavoir que son voyage n’a point esté si heureux comme il espéroit. - Car Dieu gouverne ses fidèles bien souvent, leur célant cependant ce qui doit advenir, Car il veut qu'ils luy soyent tellement addonnez, que les choses estans enveloppées et brouillées, ils suyvent à clos yeux ce qu’il leur aura dicté par son Esprit. Au reste , on peut recueillir que mesprisant toutes ces commoditez, il a esté totalement addonné aux Eglises, quand il a mieux aimé se despouiller de la présence de Timothée, qui estoit le meilleur, le plus fidèle, trèscher, et en somme le plus propre de tous pour sa compagnie , que de ne prouvoir au proufit de ceux de Macédone. l
93 Mais en ce temps-là adveint un grand trouble d'icelle voye‘. 24 Car un nommé Démétrius, ouvrier d'argenterie, qui faisoit des petis temples d'argent de Diane, faisoit beaucoup gaigner à ceux du mestier.
ses
Lesquels il assembla, avec ceux qui estoyent ouvriers de semblables chocidit, Hommes, vous scavez que nostre bien vient de cest ouvrage :
Et voyez el oyez comme non-seulement en Ephèse, mais presque par
toute Asie, ce Paul:ci par ses persuasions a destourné grande mullitude, .disant que ceux ne sont dieux qui sont faits de mains,
91 Etnya pas seulement danger pour nous, en ce que nostre faict ne viene à estre descrié, mais aussi que le temple de la grande Diane ne soit plus rien
4 Ou, à cause de la doctrine.
Cr. XIX.
estimé, et qu'il n'adviene que sa majesté (que toute l'Asie et tout le monde ha?
en révérence) ne viene aussi à néant.
28 Ces choses ouyes, ils furent remplis d'ire : et s’escrièrent disans, Grande
est La Diane des Ephésiens.
23 Mais en ce temps-là adveint, etc.
De ce mot de Voye, il faut que les lecteurs soyent admonestez qu’il est yci pris pour secte, ou pour ce que les Philosophes Grecs appellent Hérésie. Mais pource qu'il n’y a rien plus odieux , ou mesme plus exécrable en l'Eglise de Dieu, où l’unité de la foy doit régner, que quand
un chacun choisit à sa fantasie ce qu’il
doit suyvre, je pense que S. Luc a voulu fuir le mot d’Hérésie qui estoit à bon droict infâme et odieux entre les fidèles :
et qu’il a mis Voye, pour doctrine, selon la façon de parler des Hébrieux. Or quant au poinct de ce faict, nous voyons de quelle façon admirable le Seigneur à exercé son serviteur. Quand il s’est mis en chemin , il espéroit qu’à son département l'Eglise seroit en repos. Tout soudain un trouble se lève, duquel il ne se doutoit nullement. Au demeurant , on apperçoit clairement en ce Démétrius, quelle peste pernicieuse est lPavarice. Car un homme seul ne fait point de difficulté de troubler par sédition une grande ville, et ce pour son gain particulier. Et quant aux ouvriers, qui Comme flambeaux allumez par luy, mettent le feu par tout, ils nous monstrent bien évidemment, comment il est bien facile de pousser à toutes sortes de meschancetez gens de vileine nature, et addonnez à leur ventre : et principalement s'ils vivent au jour la journée d’un gain déshonneste, et Si on leur oste lespérance de gaigner. Au reste, nous voyons en ceste histoire la vive image de nostre temps. Démétrius avec ses rustres esmeut un grand trouble : d'autant que si la superstition est ostée, de laquelle ils avoyent accoustumé de faire grand gain, leur mestier ne vaut plus rien. Parquoy ils combatent comme si c’estoit pour leur propre vie: car Démétrius ha peur d’estre privé d’une grasse pratique: et les autres craignent d’estre frustrez de leur gain ordinaire. Et aujourd’huy quel est le zèle qui pousse le Pape, ses Evesques cornus, les moines et toute la prestraille : mais, pour
mieux dire, quelle fureur les transporte à résister à l'Evangile d’une rébellion si obstinée ? Vray est qu’ils se vantent qu’ils bataillent pour la foy catholique. Et Démétrius n’estoit sans belle couleur, mettant en avant le service de Diane. Maïs la chose démonstre assez, que le Pape et ses supposts bataillent plustost pour leur ventre que pour la conscience, afin que le pot bouille tousjours en la cuisine. Ils dissimulent doucement les blasphèmes horribles contre Dieu, moyennant que leurs revenus ne se diminuent point. Ils ne sont courageux sinon à maintenir leurs superstitions, qui font venir la farine au moulin. Parquoy estans admonestez par tels exemples, apprenons à élire un estat qui soit accordant à la doctriné de Christ : de peur que la convoitise du gain ne nous arme et incite à un combat meschant et illicite. Et ceux qui par ignorance et erreur sont tombez à quelque mestier vicieux, Ou qui sont enveloppez en une autre manière de vivre impure et perverse, se doyvent toutesfois donner garde d’une telle témérité plene de sacrilége. Et quant aux fidèles docteurs, qu’ils apprenent par cest exemple, qu'ils n'auront jamais faute d’ennemis, jusques à ce que le monde renonçant à SOy-mesme, présente la paix :
ce qui n’adviendra jamais. Pourcé que la doctrine de sainet Paul oste la prattique et le gain à Démétrius et aux gens de son mestier , ils se jettent furieusement pour esteindre ceste doctrine. Ceux à qui l'Evangile sera contraire, n’en feront-ils pas bien autant? Or il ny a homme qui m’ait occasion de combatre. Car toutes les affections charnelles sont ennemies de Dieu. Ainsi il faut qu’autant qu’il y a de cupiditez charnelles régnantes au monde, ce Soyent autant d’ennemis armez pour résister à Christ. Vray est que bien souvent les meschans seront bridez d’enhaut, à ce qu'ils n’esmeuvent des tumultes, et n’exercent cruautez ouvertement : néantmoins quiconque n’est donté pour porter le joug de Christ, il aura tousjours PEvan-
Cuar. XIX,
gile d’iceluy en haine. Ainsi il faut que les fidèles docteurs ayent ceci pour tout résolu, qu’ils auront tousjours affaire avec grand nombre d’ennemis , et de diverses sortes. La convoitise de Démétrius se monstre ouvertement : cependant toutesfois il nous faut entendre que c’a esté un soufflet de Satan, lequel taschant en toutes sortes de renverser la doctrine de sainct Paul, a trouvé cest instrument propre pour faire ce qu'il vouloit faire. Or puis que nous sçavons que Satan est un ennemi irréconciliable de Christ et de sa vérité, pensons-nous qu’il ait jamais faute de ministres, qui monstrent leur rage ouvertement à son instigation, ou qui par menées secrètes taschent de ruiner VEvangile, ou qui desgorgent le venin de leur haine, ou pour le moins qui monstrent quelque signe d’ennemi en murmurant et se rebecquant ?
25 Hommes, vous sçavez que nostre bien. Démétrius descouvre yci vileinement sa malice. Il est licite de pourvoir à son proufit particulier jusques à quelque poinet: mais c’est une chose par trop meschante, quand un homme pour son proufit et bien particulier trouble la paix publique , pervertit le droict et la raison, s’abandonne à violence et meurtres, tasche de propos délibéré à esteindre ce qui est juste et équitable. Démétrius confesse que le poinet de la matière est, que Paul nie que les dieux faits des mains humaines soyent dieux. Il ne s’enquiert point si cela est vray ou non : mais estant aveuglé de convoitise de gain, il est transporté à opprimer la vraye doctrine. Ce mesme aveuglement le pousse à chercher des remèdes violens. Les ouvriers aussi sont menez d’une mesme impétuosité, pour autant qu’ils ont peur de tomber en povreté et disette. Car le ventre n’ha ni yeux ni aureilles, en sorte qu’il ne donne aueun lieu à équité. Et d'autant plus chacun de nous se doit tenir pour suspect , quand il est question du gain et proufit particulier :
afin que la convoitise mesme laquelle induit ceux-ci à rage, ne nous face confondre toute différence qui est entre ce qui est juSte et inique, et entre ce qui est honneste et déshonneste.
27 Etn ya pas seulement danger, etc.
SUR LES ACTES
Premièrement c’est desjà tout à rebours, quand Démétrius ne pense à la religion que finalement en second lieu. Car n’estoit-ce pas une grande absurdité , de ce qu’il ‘préféroit son ventre à sa déesse ?
Mais encore ce n’est que mensonge, quand il met en avant que le grand honneur qu’on portoit à Diane , est en danger. Car si la doctrine de sainct Paul ne luy eust point apporté de dommage, il eust esté en repos en sa maison : et quant à l’honneur de Diane , il n’en eust point esté en perplexité, et n’en eust point fait de fascherie aux autres. Dont luy vient donc un si grand soin et une telle ardeur de soliciter, sinon de sa perte particulière? Mais pour autant qu’il voit bien qu’il n’auroit point cause assez probable ni honneste pour soy ne pour les autres, il tasche de la farder de quelque couleur empruntée.
Afin donc de couvrir le déshonneur de son maléfice , il met en avant le titre de religion, lequel est favorable. En ceste sorte, quelque chose que les meschans s’eslèvent fièrement contre Dieu, si est-ce qu'avec impudence ils cherchent des couvertures honnestes d’un costé et d’autre. Alais Dieu ne peut endurer qu’on se mocque de luy: ains plustost il les tire hors de leurs cachettes , pour les amener en lumière. Il n’est besoin d'amener un autre tesmoin pour réfuter la meschante hypocrisie de Démétrius : car il se coupe la gorge par ses propos, quand il descouvre la douleur qu’il ha de son dommage particulier. Et nous en pouvons bien dire autant aujourd’huy des Papistes. IIS ont les bouches pleines de ces vanteries orgueilleuses, qu’ils sont grans protecteurs de nostre mère saincte Eglise, et de la foy catholique : mais après avoir fait une telle préface magnifique de leur zèle, ils sentent le flair de la cuisine à plein gosier, quand ce vient à débatre de la cause. Mais quant à nous, si nous voulons débatre la cause de la vraye religion à bon escient, et en pureté de conscience, il faut que nous mettions en oubli nos propres Commoditez, en sorte que la gloire de Dieu obtiene le premier lieu. Car l'apparence du proufit et du gain esblouit tellement tous les sens par ses allèchemens, que combien que nous cheminions par le mi-
voir à
lieu de toutes sortes de forfaits et meschancetez, toutesfois nous nous flatons, cependant que nous avons ce but de pourà nostre particulier. Que toute Asie et le monde ha, etc. K semble à Démétrius que ce n’est point raison que la majesté de la grande Diane soit mise bas, veu que tout le monde luy porte honneur et révérence. Et c’est le refuge commun à tous superstitieux, de mettre en avant le consentement de la plus grande multitude. Mais la vrave religion requiert un appuy bien plus ferme que n’est celuy qui gist en la fantasie et appétit des hommes.
Il ny a rien qui retiene plus aujourd’'huy
Car. XIX.
les povres gens simples et ignorans, Sinon qu'ils n'osent point rejetter les erreurs ou abus qui sont partout en usage :
car ils ont en eux ceste folle opinion, qu’il faut estimer légitimé ce que tous ont receu pour bon, combien que ce soit follement et à la volée, dont ils ne font nulle difficulté d’opposer audacieusement contre Dieu le seul nom de Coustume. Mais Dieu nous baïlle bien une autre règle :
asçavoir que nous contentans de sa seule authorité, nous ne nous arrestions point ni à la folle opinion des hommes, ni a nostre usage, ni à la coustume et ‘façon de la pluralité des nations.
. 29 Æt toute la ville fut remplie de confusion, et se ruèrent d'un courage dedans le théâtre, et ravirent Gaie et Aristarque Macédoniens, en de
Paul.
30 Et comme Paul vouloit entrer vers le peuple, les disciples ne le permi-
rent point.
31 Aucuns aussi des principaux d'Asie, qui estoyent ses amis, envoyèrent vers luy, le prians qu'il ne se présentast point au théâtre.
32 Les uns donc crioyent d’un, et les autres d'autre :
car l'assemblée estoît
confuse, et plusieurs ne scavoyent pour quelle cause ils estoyent assemblez. 33 Adonc fut avancé Alexandre hors de la foulle, les Juifs le poussans en avant. Et Alexandre faisant signe de la main, vouloit alléquer excuse au
peuple.
34 Mais quand is eurent cognu qu'il estoit Juif, une voix de tous s’esleva, quasi par l'espace de deux heures, en criant, Grande est la Diane.des Ephé-
siens.
29 Et toute la ville fut remplie, etc. | pendant le Seigneur soustient par un bon
Sainet Lue nous propose yci la nature du peuple comme peinteen un tableau. Comme si un feu avoit embrasé mille maisons ensemble : aussi en un instant toute la ville d'Ephèse à esté esmeue à sédition.
Et là où un tel orage a esté une fois esmeu, on ne le peut pas puis après appaiser facilement. Or puis qu’ainsi est que les fidèles serviteurs de Christ ne peuvent pas éviter un tel mal et esclandre, il faut qu'ils, soyent munis d’une constance invincible, afin que sans s’estonner ils puisvent soustenir les esmotions du peuple, et ne soyerit troublez comme d’une chose nouvelle et non accoustumée, quand ils voyent bruire le peuple. Ainsi en un autre passage $S. Paul se glorifie que d’un courage constant il passe par le milieu des séditions et esmeutes, 2 Cor., VE, 5. Ce-
soulagement les fidèles Ministres de sa Parole, quand ïls sont ainsi agitez entre divers orages et tempestes: et les’ con ferme d'une asseurance fort bonne, én testifiant qu'il gouverne son Eglise. £t non-seulement cela, mais aussi qu'il ha’en ses mains le gouvernement de tous orages, tourbillons, et tempestes, pour des appaiser quand bon luy semblera. Sçachons donc qu’il nous faut naviguer comme en une mer sujete à diverses tempestes, et qui plus est, qu’il nous faut soustenir ce blasme et diffame, comme si nous-mesmes avions esmeu les troubles :
et que rien ne nous destourne de faire nostre office en rondeur de conscience.
Ainsi cheminans et avançans, il est bien vrai que nous serons travaillez rudément mais pour le moins le Seigneur ne per-
Car. XIX.
mettra point que nous SOYOnS noyez.
D’avantage, nous voyons que combien que sédition soit une chose confuse, toutesfois le peuple va tousjours du costé de la mauvaise cause: comme yci les Ephésiens ravissent ces deux personnages Gaie et Aristarque, et repoussent Alexandre par cris furieux. Et d’où vient cela, sinon d'autant que Satan domine et règne en eux, en sorte qu'ils favorisent plustost à une mauvaise cause? Il y a aussi une autre raison, qu’ils sont tellement préoccupez en leurs entendemens par faux rapport, qu’ils ne peuvent prendre la patience de s’enquérir de la cause.
30 Etcomme Paul vouloitentrer, etc.
On peut bien veoir yci la constance deS.
Paul, et quant et quant sa grande modestie. Il se pouvoit bien cacher, et en seureté : et nonobstant il est prest de s’exposer de son bon gré en danger. Tant y à toutesfois qu’il ne refuse point de suyvre le conseil de ceux qui cognoissoyent mieux l’estat des affaires. S’il n’eust point esté retenu, ce qu’il avoit délibéré de faire ne devoit pas estre imputé à outrecuidance ne témérité. Il n’estoit aucunement coulpable du trouble qui estoit embrasé: pourquoy n’exposeroit-il sa vie?
veu mesme qu’il ne désespéroit point que l'issue n’en fust bonne ? Mais quand il y a advertissement des frères et amis expérimentez, en cela sa modestie est digne de louange, qu’il ne poursuit point obstinéement sa délibération.
33 Adonc fut avancé Alexandre, etc.
Il est à croire que cest Alexandre n’a point esté poussé par les Juifs pour défendre la cause commune des gens de sa nation: mais d'autant qu’ils désiroyent de le mettre en proye entre les mains du peuple. Cependant le nom de Juif l’a rendu si odieux, que le peuple a rejetté avec
SUR LES ACTES
tumulte et grand bruit tout ce qu’il devoit dire pour maintenir la cause : et mesme en ceste esmeute et si grande furie du peuple, il a esté bien près de la mort.
Au reste, on ne SÇçauroït pas bien dire si c’est cest Alexandre duquel $S. Paul fait mention ailleurs, 4'Tim., [, 20 et 2 Tim., IV, 14: nonobstant je trouve vray-semblable que c’est luy. Que si nous croyons que ce soit luy, apprenons par cest exemple espovantable, de cheminer avec solicitude, de peur que Satan ne nous tire à une semblable apostasie. Car nous voyons que luy qui estoit prochain d’endurer martyre, est devenu apostat mal heureux et desloyal.
34 Grande est la Diane des Ephésiens. Ç’a esté une confession faite à haute voix: mais sans aucune fermeté, veu qu’elle ne procédoit point d’une foy de cœur. Car d’où vient ceste grande divinité de Diane, laquelle ils louent si hautement, sinon que comme transportez d'esprit, ils maintienent furieusement l'erreur, duquel ils avoyent esté une fois abruvez? C’est bien une autre chose de la vraye piété: asçavoir que nous croyons de cœur à justice, et puis après facions confession de bouche à salut. En cela nous voyons la différence entre la fureur des esprits transportez et l’obstination forcenée de tous fantastiques, et entre la constance et le zèle des Martyrs du Fils de Dieu. Et toutesfois nous deussions avoir honte de nostre lascheté, si nousnous monstrons moins vaillans et hardis en la profession de la foy, laquelle est asseurée et bien certaine, qu'eux se monstrent en leur puant erreur. Car nous oyons ce que l'Esprit de Dieu nous dicte par David, Pseaume CXVI, 10: J’ay creu : et pourtant je parleray. ’
35 Adonc le Greffier ayant appaisé la multitude, dit, Hommes Ephésiens, et qui est celuy des hommes qui ne scache que la ville des Ephésiens est dédiée au service de la grande Diane, et à l'image qui est descendue de Jupiter?
36 Comme ainsi soit donc que nul ne puisse contredire à ces choses, il faut que soyez appaisez, et que ne faciez rien à l'estourdi.
37 Car vous avez amené ces gens qui ne sont point sacriléges, ni ne dif-
ftament vostre déesse.
38 Que si Démétrius et les ouvriers qui sont avec luy, ont à l'encontre d'au-
840 COMMENTAIRES Cuxr. XX,
cun quelque cause, on tient les plaids, et y a des Proconsuls : qu'ils accusent l'un l'autre.
39 Æt si vous demandez quelque chose d'autre cas, cela se pourra conclure en la congrégation deuëment assemblée.
40 Car nous sommes en danger que ne soyons accusez de sédition pour Le jour d'aujourd'huy : veu qu'il n'y à cause aucune, pour laquelle puissions rendre raison de ceste esmeute. Et quand il eut dit ces choses, il se départit de
l'assemblée.
35 Adonc le greffier, etc. Sainct Luc récite yci, que le trouble fut tellement appaisé, que nonobstant la superstition fut la plus forte envers ce peuple enragé, et la vérité de Dieu n’a point esté ouye.
Car le greffier (comme ont accoustumé de faire gens politiques) ne demande autre chose que de pouvoir appaiser en sorte que ce Soit ce peuple ainsi mutiné. Cependant la cause est ensevelie. Il est certain qu’il voyoit bien la malice de Démétrius, et comment il avoit troublé la ville, abusant de la couverture de religion pour la faire servir à son proufit particulier : mais il ne touche point le mal, qui estoit caché à ce populaire simple et ignorant. Cependant pour appaiser la sédition, il loue hautement la fausse divinité de Diane, et maintient le service et honneur superstitieux d’icelle. SiS. Paul eust esté à ceste heure-là au théâtre, il eust plustost enduré la mort cent fois, que de souffrir que par une telle malheureuse récompense on le rachetast du danger éminent. Car combien que le greffier n’avoit eu charge de Paul de parler en ceste sorte, tant y a toutesfois que Paul qui estoit tesmoin public, et héraut de la doctrine céleste, se fust monstré desloyal en dissimulant ceste harengue profane. Le greflier dit que la statue que les Ephésiens honoroyent, estoit descendue du ciel, et que Paul et ses compagnons navoyent rien dit au déshonneur de leur déesse. Eust-il esté loisible de se taire, que par son silence il n’eust approuvé ceste fausse excuse P Or cela eust esté donner la main et favoriser à l’idolà-
trie. Ce n’est donc point sans cause que sainct Luc avant que passer outre, a monstré que les frères ont gardé S. Paul d’entrer au théâtre.
37 Car vous avez amené ces gens.
C’est à bon droict et en vérité qu’il nie qu'ils fussent sacriléges : mais tantost après il donne une fausse définition de ce sacrilége : asçavoir de parler au déshonneur de Diane. Car comme ainsi soit que toute superstition est profane et pollue : il s’ensuit que tous hommes qui transfèrent l'honneur du seul Dieu aux idoles, sont sacriléges. Mais ce qui est yci loué et prisé en ce greffier, c’est sa prudence, voire charnelle, et non point la crainte qu’il eust de Dieu. Car il regardoit seulement à ce but, d’esteindre la flambe de la mutinerie : et pourtant il fait finalement la conclusion, Que si Bémétrius ha quelque cause ou différent en particulier, il y a les plaids, et bonne justice : semblablement, il y a des Proconsuls et Juges. Et quant aux affaires publiques, qu’ils devoyent estre traittez en une assemblée légitime, asçavoir qui ne fust point esmeue de troubles : mais qui fust assemblée par ordonnance e& édict du Magistrat, et non point aecourue à l’appétit forcené d’un homme. Il dit Proconsuls en nombre pluriel, non pas qu'il y en eust plus d’un en Asie: mais pource qu’en lieu des Proconsuis, leurs lieutenans tenoyent quelques fois les assises. Il les appaise aussi par crainte :
pource qu’ils avoyent donné occasion au Proconsul de mal traitter la ville.