CHAPITRE XX. 17e
1 Après que le trouble fut cessé, Paul ayant appelé à soy les disciples, des embrassa : puis se partit pour aller en Macédone.
Cuar. XX.
SUR LES ACTES
2 Et quand il eut cheminé par ces quartiers-là, et les eut enhortez aa plu-
sieurs paroles, il veint en Gréce.
3 Là où quand il eut esté trois mois, d'autant que les Juifs luy faisoyent embusches, s'il eust navigué en Syrie, son advis fut de retourner par Macédone, k Et Sopaier Berreen le devoit accompagner jusques en Asie, et des Thessaloniciens, Aristarque el Second, et Gaie Derbien, et Timothée : et des Asiens,
Tychique et Trophime.
5 Ceux-ci donc estans allez devant, nous attendirent en Troas. 6 Mais quant à nous, après les jours des pains sans levain, nous désancrasmes de Philippes, el veinsmes vers eux à Troas au bout de cinq jours, là où
nous séjournasmes sept jours.
A Après que le trouble fut cessé, etc.
Sainct Luc récite en ce chapitre, comment sainct Paul partant d'Asie, a derechef passé la mer pour aller à Jérusalem, Or combien que tout ce qui est yei escrit, mérite bien d’estre songneusement médité, nonobstant il n’ha point besoin de longue exposition. On peut bien veoir que l'Eglise a esté gardée par une vertu admirable de Dieu au milieu de ces tempestes bouillantes. L'Eglise estoit bien tendre et infirme en la ville d'Ephèse : et les fidèles ayans une fois expérimenté ceste esmotion soudaine, pouvoyent à bon droict estre estonnez, et craindre que semblables tourbillons et orages ne se levassent derechef. Il nè faut douter que ce n’ait esté à grand regret que $S. Paul s’est départi d'eux : toutesfois pource qu’une plus grande nécessité le tire ailleurs, il est contraint de laisser comme en une mer tempestueuse ceux qui luy estoyent comme enfans de n’aguères engendrez, à grand’peine eschappez et tirez hors d’un péril. Et quant à eux, combien qu’ils soyent grandement faschez et marris du département de S. Paul, néantmoins afin qu’ils ne facent tort aux autres Eglises, ils ne le retienent et ne le retardent point. Ainsi nous voyons qu'ils n’ont point esté adonnez à eux-mesmes :
. mais qu’ils ont eu soin et affection au royaume de Christ, afin qu’ils procurassent en commun tant leur bien que le bien de leurs frères. Ces exemples sont dignes d’estre diligemment observez: afin qu’au milieu de ceste misérable dissipation nous facions nostre effort d’aider les uns aux autres. Que si quelque fois il advient que nous soyons destituez d’aides utiles, il ne faut point toutesfois que
nous chancelions, sçachans que Dieu tient le gouvernail de nostre navire. Et il nous faut noter que S. Paul ne départ point sans saluer les frères : mais plustost il les fortifie en prenant congé, comme S. Luc tantost après récitera des Macédoniens, que sainct Paul les exhorta par beaucoup de paroles : c’est-à-dire non point à la légère, comme sil suffisoit qu’ils fussent admonestez seulement de leur office : mais solicitant jusques à importunité, et inculcant vivement les choses qui sont nécessaires de cognoistre (ainsi qu’il commande ailleurs qu’on face, 2 Timoth., IV, 2) afin que la mémoire ne s’en perdist.
3 D'autant que les Juifs luy faisoyent embusches. Dieu à ainsi exercé son serviteur en diverses sortes et par combats continuels, afin qu’en luy il nous proposast devant les veux un exemple de constance invincible. Ce n’est point assez qu'il soit rompu du labeur et fascherie de long chemin et difficile : mais il y a avec cela le danger de sa vie, par les, aguetteurs de son chemin et embusches.
Que tous les serviteurs de Christ se mettent incessament ce’ miroir devant les yeux, afin que l’ennuy de quelques difficultez que ce soyent ne leur face jamais perdre courage. Toutesfois quand sainct Paul dressant son chemin ailleurs, évite les embusches qui luy estoyent préparées, il veut bien quant et quant monstrer que nous devons avoir esgard à nostre vie jusques-là, que nous ne nous jettions point follement dedans le milieu des dangers. Quant à ceux qui luy font compagnie, ils rendent un tesmoignage excellent de la crainte qu’ils ont de Dieu :
et nous voyons combien sa vie à esté
précieuse aux fidèles, veu que plusieurs choisis de diverses nations pour luy faire compagnie, entreprenent pour l'amour de luy un voyage pénible et difficile, et léquel ne se pouvoit faire sans grans frais. Sainct Luc dit que S. Paul s’arresta à Philippes durant les jours des pains sans levain : pour autant qu’alors il y avoit meilleure opportunité d'enseigner.
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Et comme ainsi soit que l’abrogation de la Loy fust encore incognue, il se devoit bien garder qu’en mesprisant le jour de feste, les ignorans ne pensassent qu’il fust contempteur de Dieu. Combien qu’il m'est advis qu'il a plustost cherché opportunité d'enseigner, pource que lors les Juifs estoyent plus attentifs à apprendre.
7 Et'un jour des Sabbaths! les disciples estans assemblez pour rompre le pain, Paul (d'autant qu'il devoit partir le lendemain) parla à eux, et dura
son propos jusques à minuict.
8 Or y avoit-il en la chambre haute où nous estions assemblez, beaucoup de
lampes.
9 Et un jeune homme nommé Eutyche, assis sur une fenestre, estant ab- . batu de profond sommeil, cependant que Paul parloit longuement, emporté de sommeil, cheut en bas du troisième estage, et fut levé mort.
10 Mais Paul estant descendu, se pancha sur luy et l’'embrassa, et dit, Ne vous troublez point : car son âme est en luy.
AA Et quand il fut remonté, et eut rompu le pain, et mangé, et parlé long temps, jusques à l'aube du jour, ainsi il se partit. |
12 Et ils amenèrent là le jeune homme vivant, et furent consolez gran-
dement.
43 Or nous estans venus à La navire, fusmes portez en Assos, et de là devions reprendre Paul: car il l’avoil ainsi ordonné, voulant quant à luy faire ce
chemin à pied.
1) Ou, le premier jour de la sepmaine,
1 Et'un jour des Sabbaths, etc. Ou il entend le premier jour de la sepmaine, le prochain du Sabbath : ou bien quelque certain jour de Sabbath: et ce dernier me pourroit sembler plus vray-semblable, pource que selon la coustume, ce jour estoit plus propre pour faire assemblée. Mais puis que ceci n’est pas nouveau aux Evangélistes, de mettre selon l'usage de la langue Hébraïque Un, pour le premier, il conviendra bien si nous di- Sons que le lendemain du Sabbath il feit ce sermon. Aussi cela seroit trop froid, si on exposoit ceci d'un chacun jour.
Car à quel propos seroit yei faite mention du Sabbath, sinon pour dénoter le chois et quelque opportunité du temps P Il est aussi vray-semblable que Paul à bien voulu attendre le Sabbath, afin qu’au jour de devant son partement il assemblast plus facilement tous les disciples en un mesme lieu. Or ceste ardeur de tous est bien digne d’estre observée, que
dun costé sainct Paul ne s’est point enhuyé ne fasché d'enseigner jusques à minuict, combien qu’il fust prest de se mettre en chemin : et les autres ne. se sont ennuyez d'apprendre. Car il n’y a
point eu d’autre cause de prolonger son :
propos, que le zèle et l'affection attentive des auditeurs. {ssemblez pour rompre le pain. Combien que selon les Hébrieux Rompre le pain signifie quelque fois manger ou banqueter en la maison, toutesfois je l’expose vci de la saïncte Cène : et ce pour deux raisons. Qar puis qu’on peut facilement recueillir de ce qui s'ensuit, que là il y cut grande assemblée de gens, il n’est point convenable de dire que le banquet ait peu estre appresté en une maison privée. Puis il sera récité ciaprès par sainct Luc, que Paul a prins le pain, non point au temps du souper, mais après la minuict. Joint qu'il ne dit pas qu’il ait prins le pain pour sa réfection, mais seulement pour en gouster. Je
+ pd ÉcÉ
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conclu done qu'un jour solennel fut assigné entr’eux pour faire la saincte Cène du Seigneur, lequel jour seroit le plus commode pour tous. Et afin que sainct Paul récompensast aucunement ce que par son absence il seroit long temps sans parler .à eux, il prolongea son propos plus que de coustume. Or touchant ce que j'ay dit, que là estoit une grande multitude de personnes, on le peut recueillir de ce qu’il y avoit beaucoup de lampes allumées en la chambre : et cela n’estoit point fait pour ostentation, ains pour Ja nécessité. Car là où on ne fait les choses par nécessité, il n’y a plus qu’ambition et vanité, qui rend les hommes somptueux. Or c'estoit une chose bien séante, que tout ce lieu fust esclairé de lampes 'allumées, afin que ceste saincte
assemblée ne fust exposée à quelque.
souspeçon de vilenie, ou de quelque mesfait. 11 y à aussi une autre conjecture, asçavoir que si la chambre n’eust esté remplie, ceux qui estoyent là présens n’eussent souffert que ce jeune homme Eutyche se fust assis sur la fenestre.
Car c’eust esté une vileine licence à mespriser et rejetter la doctrine céleste, de s’asseoir à la fenêtre, s’il y eust eu assez de place ailleurs.
9 Estant abbatu de profond sommeil.
Je ne voy point qu'il y ait cause ne raisOn pourquoy aucuns de ceux qui ont escrit, se courroucent si asprement contre le Sommeil de ce jeune homme : en sorte qu'ils disent que la mort qui s’en estoit ensuyvie, a esté une punition de ce qu'il s’estoit endormi. Car quelle merveille y a-il en ceci, si après avoir long temps combatu contre le sommeil, finalement il est surmonté comme du tout
assommé ? Et on peut facilement conjec-
turer que contre son vouloir il a esté
saisi et opprimé de sommeil, par ce qu’il !
wavoit choisi une place qui fust propre pour se reposer et dormir. S'il eust cherché un lieu propre pour dormir, c’eust esté un signe de nonchalance et oisiveté. Mais ce qu’estant assis sur une fenestre, il est abbatu et opprimé de sommeil, qu'est-ce autre chose que sans coulpe digne de repréhension succomber sous l’infirmité de nature? comme si
SUR LES ACTES
quelque défaillance de cœur survenoit par faute de manger, ou de trop grande lasseté. Ceux qui estans plongez dedans les solicitudes terriennes, vienent avec mespris et desdain pour ouyr la Parole :
ceux qui estans remplis de vin.et viandes sont appesantis de sommeil : ceux qui estans vigilans és autres choses, oyent par acquit la parole de Dieu, sont dignes que leur nonchalance soit condamnée.
Mais quant à Eutyche, S. Luc labsout en termes exprès, quand il dit qu’estant abbatu et emporté de profond sommeil après la minuict, il est cheut du haut en bas. Or le Seigneur a voulu resveiller la foy des siens non-seulement par le sommeil, mais aussi par la mort de ce jeune homme, afin qu’ils receussent plus alaigrement la doctrine de Paul, et la reteinssent vivement imprimée en leurs cœurs. F1 est vray que du commencement ç’a esté une tentation qui n’estoit pas petite, mais qui pouvoit esbranler ou estonner voire tous les plus constans. Car qui eust peu penser que Christ présidast en ceste compagnie, de laquelle un povre homme est tombé du haüt en bas, et se ftueP Mais plustost, qui n’eust pensé que ce füust là un signe de la malédiction de Dieu? Mais le Seigneur ayant donné soudain remède osta tout le trouble des cœurs de ses fidèles.
10 Se pancha sur luy. Nous sçavons que les Apostres ont quelque fois usé de cérémonies extérieures, quand ils ont fait des miracles, par lesquelles ils rapportassent la gloire à Dieu, qui en estoit autheur. Mais quant à ce que maintenant Paul s’est panché sur ce jeune homme, je ne pense que cela ait esté fait à autre fin, sinon afin qu’il $’incitast à plus grande affection de prier. F fait autant comme s’il se mesloit avec ce povre homme mort.
Et peut-estre qu'il fait cela à limitation d’Elisée, lequel a fait le semblable, comme le tesmoigne la saïncte histoire, a Rois, IV, 34. Toutesfois il a esté plus incité d’une affection véhémente, que de lPimitation du Prophète. Car ceste conjonction l’aiguillonne d'avantage à prier de toute son affection le Seigneur de Juy rendre la vie. Ainsi quand il embrasse ce corps mort, il signifie par une telle con-
tenance, qu’il le présente à Dieu pour estre vivifié. Et on peut recueillir du texte, qu’il n’a point laissé de l’embrasser, jusques à ce qu’il eust cognu que la vie luy estoit rendue. Ne vous troublez point.
Il faut noter que la principale cause qui a rendu S. Paul ainsi songneux, Ç’a esté qu’il craignoit que ce fascheux événement n’esbranlast la foy des fidèles, et ne troublast leurs esprits. Cependant le Seigneur a confermé entr’eux comme d’un cachet engravé le dernier sermon que Paul feit à Troas. Quand il dit que son âme est en luy, il ne dit pas qu’il n’a point esté mort (car en ceste sorte il enseveliroit la gloire de ce miracle) mais il signifie que la vie luy est rendue par la grace de Dieu. Ce qui s'ensuit après, qu'ils ont esté grandement consolez, je ne le restrain point à la joye qu’ils eurent de ce qu’ils avoyent recouvré ce jeune homme : mais je compren quant et quant la confirmation de la foy, quand Dieu leur eut monstré un si excellent tesmoignage de son amour.
13 ÆT nous estans venus à la navire.
On ne sçauroit pas bien dire pourquoy
Cuar. XX.
sainct Paul a mieux aimé d’aller par terre, ou si ç’a esté qu'il luy faschast de monter sur mer, ou pour visiter les frères en passant. De moy, je pense qu’il a fuy lors la mer pour sa santé. Au reste, son humanité est bien digne d’estre louée, en ce qu’il espargne ses compagnons. Car pourquoy est-ce qu’il les a renvoyez d'avec soy, sinon pour les relever de fascherie? Nous voyons bien par cela qu’ils se sont monstrez prompts à user d'humanité, et faire plaisir les uns aux autres. Les compagnons de sainct Paul ont esté prompts à luy faire service : et quant à luy, tant s’en faut qu'il ait esté rigoureux exacteur, que plustost il a quitté bénignement et de son bon gré les services qu’ils estoyent prests de luy faire : et qui plus est, laissant derrière sa propre commodité, il a pourveu à leur soulagement. Quant à la ville d’Assos, il est tout notoire que les Géographes l’attribuent à Troas. Icelle mesme a esté dite Apollonie selon le tesmoignage de Pline.
Hs ont laissé par escrit que ça esté une colonie des Etoliens.
4% Quand donc il nous eut rencontrez en Assos, nous le prinsmes avec nous,
el veinsmes à Metelin.
15 Puis estans partis de là, le jour ensuyvant veinsmes à l'endroit de Chio.
Le lendemain arrivasmes à Samos :
suyvant veinsmes à Milet.
et ayans demeuré à Trogylle, le jour en-
16 Car Paul avoit proposé de passer outre Ephèse, afin qu'il ne luy falust point séjourner en Asie. Car il se hastoit d'estre, s'il luy estoit possible, le
jour de Pentecoste en Jérusalem.
17 Et envoya de Milet en Ephese, et appela les ne de l'Eglise :
18 Lesquels estans venus à luy, il leur dit, Vous scavez comme je me suis porté avec vous dés le premier jour que j'entray en Asie :
19 Servant au Seigneur avec toute humilité, et avec plusieurs larmes et tenlations, lesquelles me sont advenues par les embusches des Juifs.
20 Comme je n'ay rien caché des choses qui vous esloyent utiles, que ne vous aye preschèé et enseigné publiquement et par les maisons,
21 Testifiant tant aux Juifs qu'aux Grecs la repentance qui est envers Dieu, et la Joy en nostre Seigneur Jésus-Christ.
16 Car Paul avoit proposé. Il n’y a point de doute que Paul n’ait eu des causes grandes et nécessaires de se haster :
ion pas qu'il eust quelque dévotion au jour : mais pource que les estrangers avoyent accoustumé de venir en Jérusa-
lem de toutes parts, et en grande multitude en ces jours de feste. Comme ainsi soit qu'il espérast de proufiter aucunement en une si grande multitude de gens, il n’a point voulu laisser ceste occasion.
Sçachons donc que ce n’a point esté pour
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observer les cérémonies de la Loy qu’il s’est ainsi hasté : mais qu’il s’estoit proposé l'utilité de l'Eglise : en partie afin qu’il racontast aux fidèles que le royaume de Christ estoit amplifié : en partie aussi afin que s’il y en avoit encores qui fussent estranges de Christ, il les gaignast : en partie aussi à celle fin qu'il repoussast les calomnies des meschans.
Toutesfois il nous faut noter qu’il pourvoit cependant aux autres Eglises. Car faisant venir à soy les Anciens d'Ephèse à Milet, il donne bien à entendre comment il estoit songneux de l'Asie. Et quant à ce qu'ils ne font difficulté de venir, estans appelez, c’esk un signe nonseulement de concorde, mais aussi de modestie. Car combien qu’ils fussent plusieurs, néantmoins il ne leur fasche point de rendre obéissance à un seul Apostre de Christ, lequel ils sçavoyent estre doué de dons excellens. Au surplus, on pourra facilement cognoistre par la déduction du texte, que les Anciens sont yci appeiez ceux qui présidoyent, et avoyent le gouvernement de lEglise, et non pas
ceux qui estoyent plus anciens d’aage:
Or ceci est usité presque en toutes langues, qu’on appelle anciens et pères ceux qui sont commis pour conduire et gouverner les autres, combien que laage ne responde pas tousjours au mot.
18 Fous savez comme, etc. En ce sermon sainct Paul s’arreste principalement sur ce poinct, d’exhorter ceux qu’il avoit ordonnez Pasteurs à Ephèse, qu’à son exemple ils exécutent lidèlement leur Charge. Car voylà comment une censure se fera bien, et comment authorité sera donnée à la doctrine, quand celuy qui se mesle d'enseigner, ne commande rien par paroles, que luy-mesme n'ait monstré par effect auparavant. Or quant à S. Paul, il ne luy messied point de raconter ses vertus. Vray est qu'il n’y à rien moins tolérable és serviteurs de Christ, que l'ambition et vanité : mais comme ainsi Soit que tous cognoissoyent bien quelle estoit la modestie et humilité de sainet Paul, il ne faloit pas craindre qu’il tombast en souspeçon de vaine vanterie : et principalement veu qu’estant contraint par nécessité, il produisoit sa
fidélité et diligence pour exemple aux autres. Il est vray qu’il loue hautement ses labeurs, sa patience, sa constance et ses autres vertus. Mais à quel propos? Ce n’est point, à la vérité, afin qu’il rapporte applaudissement des auditeurs pour cela :
mais à celle fin que sa saincte exhortation ait des aiguillons plus poingnans, et demeure vivement imprimée en leurs cœurs. Il y a eu un autre but aussi, asçavoir que son intégrité servist pour l'advenir à authoriser sa doctrine. Or il allègue des tesmoins de veue, afin qu’on ne pense qu’il parle de choses incognues.
Je di tesmoins de veue, lesquels nonseulement cognoissoyent le tout, mais aussi qui avoyent le jugement pur et non corrompu d’affections quelconques.
19 Servant au Seigneur. Premièrement sainct Paul récite non-seulement combien de difficultez il a soustenues, mais il ramentoit aussi principalement son humilité conjointe avec lés opprobres et le mespris du monde, et autres afflictions : comme s'il disoit qu’il n’a point esté receu avec appläudissement et honneur, mais qu’il a conversé entr’eux sous la condition contemptible de la croix. Or ce n’est point une légère espreuve, quand nous ne défaillons point, combien que nous-nous voyons fouller par l’orgueil intolérable du monde. Toutesfois il nous faut noter chacun poinct plus distinctement. Servir au Seigneur, n’est point icy prins pour servir Dieu en saincteté et justice (ce qui est commun à tous fidèles ) mais il signifie, Exécuter une charge et office publique. Saïinct Paul donc ne parle point comme un homme privé, mais comme un Ministre donné à l'Eglise. Et en ceste façon il proteste qu’il s’est acquitté avec toute modestie et humilité de l’Apostolat qui luy avoit esté commis : en partie pource que cognoissant bien son infirmité, il se desfioit de soy-mesme : en partie pource que pensant à l’excellence de sa charge, il ne s’estimoit estre assez suffisant : en partie aussi pource qu’il se soumettoit de bon gré à endurer l’opprobre et ignominie de la croix de Christ. Car ceste humilité de laquelle il est icy parlé, est opposée tant à une asseurance procédante de présomption, qu’à la hautesse de
courage. I] adjouste outreplus les larmes, lesquelles il jeftoit pour les combats, les divers assauts de Satan, la cruauté des meschans, les maladies intérieures de l’Eglise, et les scandales horribles survenans de toutes parts. Finalement il adjouste qu’il a esté en tremblement pour les embusches des Juifs, et confesse qu’il a. esté tenté par icelles, comme il n’estoit point d’acier ne de fer, combien qu’il n’a point succombé sous le fardeau. Ainsi nous voyons qu’il n’a point de honte de confesser son infirmité, Or son but est, que ceux à qui il adresse son propos, ne succombent point sous semblables ennuis et fascheries: et qu’estans vuides de toute ambition, ils exercent leur office songneusement et en toute révérence : et que nonseulement ils endurent en patience d’estre mesprisez et rejettez par les hommes, mais aussi qu'ils soyent petis en euxmesmes. Car celuy qui aura en son cœur je ne sçay quoy de haut, ne sera jamais bien disposé à servir à Christ. Et pour autant que quelque faux semblant de vertu ne peut longuement durer, ain qu’on cognoisse qu’il s’est ainsi porté purement et en rondeur, il met en avant sa constance de trois ans, durant lequel temps il avoit gardé une mesme façon. Vous sçavez, dit-il, quel j'ay esté en tout le temps depuis le premier jour. Voilà la vraye espreuve des fidèles serviteurs de Christ, de ne changer point selon les diverses mutations des temps, mais demeurer tousjours en un estat, et tenir tousjours le droit chemin.
20 Comme je n'ay rien caché. 1 loue en trois sortes la fidélité de laquelle il à usé en enseignant, et sa diligence. Premièrement , d'autant qu’il a enseigné les disciples d’une façon solide et entière, en sorte qu’il n’a rien omis de ce qui servoit à leur salut: secondement , que ne se contentant point de prescher en général, il a tasché aussi de proufiter à un chacun en particulier : et finalement il récite un brief sommaire de toute sa. doctrine, -qu'il les a exhortez à la foy qui est en Christ, et à repentance. Or maintenant puis qu’il nous peint un patron d’un docteur fidèle et craignant Dieu, il faut que tous ceux qui veulent que le Seigneur ap-
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prouve leur ministère et labeur, ayent pour un certain but l'édification de L’Eglise de Dieu proposée devant leurs yeux :
comme il commande ailleurs à Timothée, de considérer de bien près qui sont les choses utiles, pour s’arrester à les enseigner, 1 Tim., IV, 7, 8. Et de faict, PEscriture (à la reigle de laquelle il faut rapporter toute façon d’enseigner, et pour mieux dire, laquelle est la seule méthode de bien enseigner) ne contient point des spéculations subtiles, lesquelles donnent plaisir en l'ombre et en repos, mais selon le tesmoignage mesme de S. Paul, elle est toute utile, pour rendre l’homme de Dieu parfait, 2 Timoth., IH, A7, Mais sainet Paul monstre que le Pasteur doit avoir telle affection d’édifier , qu’il n’omette rien, entant qu’en luy est, de tout ce qui est utile à cognoistre. Car les maistres qui détienent tellement les disciples és premiers rudimens , qu’ils ne parvienent jamais à la cognoissance de vérité, font perversement. Et de faict, le Seigneur ne nous instruit pas seulement à demi en sa Parole, mais il enseigne une sapience parfaite et en toutes sortes accomplie. Dont il appert de quelle impudence se vanten£ estre Ministres dela Parole, ceux qui non-seulement couvrent et entretieneht l'ignorance du peuple par leur silence, mais aussi ferment les yeux à des erreurs si lourds, et superstitions si meschantes , Comme aujourd’huy plusieurs font en la Papauté, lesquels voirement mettront hors quelques estincelles de la pure doctrine, mais ils n’osent chasser les ténèbres d’ignorance. Et comme ainsi soit qu'une perverse crainte de la chair les empesche, toutesfois ils se couvrent de ce sac mouillé, que le peuple n’est point capable de ferme doctrine. Je confesse bien que toutes choses ne peuvent estre ensemble enseignées, et qu’il faut ensuyvre la prudence de S. Paul, qui s’est accommodé à la capacité des simples et ignorans. Mais quelle modération est-ce ci, quand ils laissent les aveugles tomber en la fosse, quand ils laissent les povres âmes sous la tyrannie de l’Antechrist: et combien qu’ils voyent régner l’idolâtrie, le service de Dieu estre corrompu, la Loy estre violée, brief toutes choses sainctes estre profa-
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nées, néantmoins ou ils laissent passer une si vileine et horrible confusion en ne disant mot, ou bien ils la monstrent obscurément et en espargnant, comme gens qui n’y osent pas toucher ? Il nous faut donc noter le mot de Paul, quand il dit qu'il n’a rien omis qu'il n’annonçast toutes les choses qui estoyent utiles au peuple. Car nous recueillons de ceci, qu’il est requis des serviteurs de Christ, qu’ils facent une profession pure et franche de la vraye doctrine :'et n’y a rien qui leur soit plus mal séant, que de procéder par façons obliques, et enveloppées d’une dissimulation cauteleuse. Publiquement et par les maisons. C’est le second poinct, que non-seulement il les a enseignez tous en l'assemblée, mais un chacun en particulier, selon que la nécessité le requérait.
Car Christ n’a point ordonné des Pasteurs ou Ministres à ceste condition, que seulement ils enseignent l'Eglise en commun en chaire publique, mais aussi qu’ils ayent le soin de chacune brebis, qu’ils ramènent au troupeau celles qui sont esgarées, qu'ils raffermissent celles qui sont rompues et desnouées, qu’ils donnent remède à celles qui sont malades, qu’ils soulagent celles qui sont foibles et débiles, Ezéch., XXXIV, 4. Car la doctrine commune sera souventesfois froide, si elle n’est aidée par admonitions particulières. Parquoy on ne pourroit nullement excuser la nonchalance de ceux qui ayans fait un sermon, passent le reste du temps en oisiveté, comme S'ils avoyent fait leur journée : comme si leur voix estoit enfermée au temple, veu que depuis qu’ils en sont sortis, ils demeurent du tout muets. Les disciples aussi sont admonestez que s’ils veulent estre réputez du troupeau de Christ, il faut qu'ils donnent lieu aux Pasteurs toutes les fois qu’ils vienent à eux : et qu’il ne faut point refuser les admonitions particulières. Car ceux qui ne daignent point ouyr la voix du Pasteur sinon en lieu publique, et ne peuvent souffrir d’estre reprins et admonestez en particulier , ains repoussent fièrement un service si nécessaire , sont plustost ours que brebis.
21 Testifiant tant aux Juifs qu'aux Grecs. Il vient maintenant au troisième
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poinct , et comprend en brief la somme de sa doctrine : asçavoir qu’il les a exhortez tous à foy et repentance, comme on à veu ci-dessus que l'Evangile consiste seulement en ces deux parties. Et on peut bien aussi recueillir de ceci, en quoy gist proprement la vraye édification de l’'Eglise, de laquelle le soin et la charge appartient aux Pasteurs, et à quelle fin il nous faut appliquer toute nostre estude, si nous voulons bien proufiter en l’eschole de Dieu. Nous avons desjà remonstré que la parole de Dieu est profanée, quand les lecteurs d’icelle s'amusent en des questions frivoles. Mais afin que nous ne vaguions çà et là en la lisant, il nous faut retenir ces deux buts que S. Paul nous propose. Cär quiconque se destournera ailleurs , en tracassant beaucoup, il ne fera autre chose que tourner à l’entour d’un cercle. Or par ce mot de Zestifier, il exprime une véhémence plus grande : comme s’il disoit qu’il leur a recommandé avec attestation, afin qu'il n’y eust nulle excuse d’ignorance. Car il fait allusion à la façon de faire des plaidoyeurs, lesquels interposent attestations pour oster toute doute. Comme aussi les hommes ne doyvent point estre seulement enseignez, mais aussi pressez, à ce qu’ils embrassent le salut en Christ, et qu’ils s’adonnent à Dieu en nouveauté de vie. Or combien qu’il afferme qu’il n’a défailli à personne, toutesfois il met les Juifs au premier lieu, pource que tout ainsi que Dieu les avoit préférez aux Gentils en degré d'honneur, aussi a-il falu que Christ leur ait esté offert avec sa grâce, jusques à ce qu’ils se fussent du tout révoltez. La repentance qui est envers Dieu. Premièrement il nous faut noter la distinction qui est entre la foy et la repentance, lesquelles aucuns confondent par ignorance et sans propos, quand ils disent que la repentancé est une partie de la foy. Je confesse bien qu’elles ne peuvent estre séparées, d'autant que Dieu n’illumine homme quelconque par l'Esprit de la foy, que quant et quant il ne le régénère en nouveauté de vie. Toutesfois il est nécessaire qu’elles soyent distinguées , comme sainct Paul les distingue en ce passage. Car la repentance est une conversion à Dieu, quand nous
reiglons et nous et toute nostre vie à luy rendre obéissance. Mais la foy est une réception de la grâce qui nous est offerte en Christ. Car toute la religion tend à ce but, qu’en vivant saintement et honnestement, nous servions au Seigneur: et puis après, que nous n’attendions aucune partie de nostre salut d’ailleurs que de luy, et ne la cherchions ailleurs qu'en Christ. Par ainsi la doctrine de repentance contient la reigle de bien vivre, et requiert le renoncement de nous-mesmes , la mortification de nostre chair, et la méditation de la vie céleste. Mais pource que nous sommes tous corrompus de nature, eslongnez de la justice, et destournez de Dieu mesme: d'avantage , pource que nous fuyons Dieu, lequel nous sçavons estre courroucé contre nous, il faut nécessairement que le moyen pour obtenir tant ja réconciliation gratuite, que la nouveauté de vie nous soit proposé. Parquoy Si la foy n’y est quant et quant conjointe, on ne gaignera rien de nous parler de Ia repentance. Et mesme ceux qui enseignent la repentance,. et laissans là la foy, s’arrestent seulement à former la vie, et à ordonner les bonnes œuvres, ne sont en rien différens ou bien peu des Philosophes profanes. Ils enseignent bien comment il faut vivre: mais veu qu’ils laissent les hommes en leur nature, on ne peut espérer de cela aucune réformation enmieux, jusques à ce qu’ils appellent à l’espérance de salut les povres gens qui estoyent perdus; qu'ils vivifient ceux qui estoyent morts, leur promettans la rémission de leurs péchez, et qu’ils monstrent que par adoption gratuite Dieu reçoit pour enfans ceux qui estoyent auparavant esclaves de Satan: qu’ils enseignent qu’on doit demander l’Esprit de régénération au Père céleste, et qu’il faut puiser de luy la vraye saincteté, justice et droiture, comme de la fontaine de tous biens. Et de là s'ensuit l’invocation, laquelle tient le premier lieu au service légitime de
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Dieu. Nous voyons maintenant comment là repentance et la foy sont conjointes ensemble d’un lien inséparable. Car Ja foy est celle qui nous fait obtenir la grâce de Dieu, non-seulement à ce qu'il nous soit favorable, nous délivrant de la condamnation de mort, en ne nous imputant point nos péchez, mais aussi afin que net- .
toyant les ordures de nostre chair par son Esprit, il nous reforme à son image.
Il ne met point la repentance en«premier lieu, pour dire qu’elle précède la foy en tout et partout, veu qu’une partie dicelle procède de la foy et en est un effect : mais pource que le commencement de repentance est une préparation à la foy. Fappelle Commencement , la desplaisance dé nous-mesmes , laquelle nous touchant au vif de la crainte du jugement de Dieu, nous incite à chercher le remède de nos maux. £? la foy en nostre Seigneur Jésus. Ce n’est point sans cause que l’Escriture nous propose communéement J6sus Christ pour le but et object de la foy.
Car la majesté de Dieu est si haute de Soy, que les hommes n’y peuvent pas monter.
Si donc Christ ne survient au milieu, tous nos sens s’esvanouyront en cherchant Dieu. D’avantage, entant qu’il est juge du monde, il ne se peut faire que son regard sans son Fils ne nous rende esperdus de frayeur. Or non-seulement Dieu se représente à nous en Christ, qui est son image, mais aussi il nous restaure par sa faveur paternelle, et nous remet en vie en toutes sortes. Car il n’y a partie de nostre salut qui ne soit trouvée en Christ. il à effacé nos péchez et offenses par le sacrifice de sa mort: il a soustenu la peine à celle fin que nous fussions absous: à nous à netioyez par sOn sang : il a appaisé lire du Père par son obéissance : il nous a acquis justice par sa résurrection. Il ne se faut donc esbahir de ce que nous avons dit que la foy doit estre du tout fichée à contempler Jésus-Christ.
22 Et maintenant voyci, estant lié par l'Esprit, je m'en vay en Jérusalem, ignorant les choses qui m'y doyvent advenir : 23 Sinon que le sainct Esprit m'advertit de ville en ville, disant que liens et
tribulations m attendent.
Car. XX.
SUR LES ACTES
24 Mais il ne me chaut de rien : et ma vie ne m'est point précieuse à moymesme, mogennant qu'avec joye j achève ma course et la charge que j'ay receuë du Seigneur Jésus, pour testifier l'Evangile de la y grâce de Dieu.
95 Et maintenant voyci, je scay que nul de vous tous parmi lesquels J "ay passé, preschant le royaume de Dieu, ne verra plus ma Jace.
26 Pource je vous pren à tesmoins aujourd huy, que je suis net du sang
de tous.
27 Car je ne me suis point feint, que je ne vous aye annoncé tout le conseil
de Dieu.
22 Et maintenant voyci, estant lié, etc. 11 déclaire maintenant plus amplement pourquoy il a parlé de son intégrité et rondeur : asçavoir d'autant qu’ils ne devoyent plus veoir sa face. Or il estoit bien requis qw’ils eussent devant les yeux incessamment ce patron, qui leur estoit proposé de Dieu pour imitation, et que la mémoire d’iceluy après sa mort, demeurast néantmoins tousjours en vie.
Car nous sçavons combien il est facile aux hommes de forligner de la pure institution. Au reste, combien qu’il dise qu’il ne sçait pas ce qui luy devoit advenir en Jérusalem, toutesfois pource qu’il avoit esté adverti par plusieurs oracles, que les liens luy estoyent là préparez, il retranche bien tost après l’espérance de son retour, comme estant prest de souffrir la mort. Et néantmoins en parlant ainsi, il ne se contredit point. Il est bien vray que tout à propos il fait une préface douteuse, afin qu’il adoucisse ce qui eust esté aux autres fascheux à ouyr : toutesfois il parle en vérité quand il afferme que les événemens luy sont encores incognus : Car: il n’avoit point certaine et spéciale révélation de toute la procédure.
Lié par l'Esprit. Aucuns exposent ceci, qu’il à esté obligé aux Eglises qui luy avoyent donné charge de porter les aumosnes. Toutesfois il me semble plustost avis, qu'yci est dénotée une véhémence et impulsion intérieure du S. Esprit, non pas qu'il ait esté hors du sens, comme sont les fantastiques : mais pource qwestant certifié de la volonté de Dieu, il suyvoit la conduite intérieure ou linstinet du $S. Esprit, de son bon gré et paisiblement. Ceste façon de parler donc vaut autant comme s’il eust esté dit, Je ne peux faire autrement, sinon que je vueille estre rebelle contre Dieu, lequel
me tire là comme estant lié de son Esprit. Car afin qu’il s’excuse de témérité, il testifie que le S. Esprit est autheur et guide de son voyage. Mais pleust à Dieu que plusieurs phrénétiques, lesquels se vantent que tout ce qui leur vient en phantasie, leur est dicté par lEsprit, cognussent si bien et familièrement l’Esprit que S. Paul : lequel toutesfois ne dit point que tous ses mouvemens ou instigations fussent du S. Esprit, mais annonce que cela luy est advenu comme une chose singulière en ce cas. Car les hommes entreprenent souvent beaucoup de choses follement et sans considération, lesquelles ils exécutent puis après avec obstination, pource qu’ils ont honte d’estre réputez inconstans. Et non-seulement il signifie qu’il ha juste et bonne cause d'entreprendre ce voyage, auquel l'Esprit de Dieu le poussoit, mais aussi qu’il luy est du tout nécessaire, d'autant que c’eust esté mal fait de résister à l’encontre. Au surplus, apprenons à l’exemple de ce sainct personnage, de ne regimber point contre l'Esprit de Dieu, mais de nous soumettre à luy en toute humilité et obéissance, pour estre gouvernez par luy, afin que selon son bon plaisir il nous meine comme liez : et cependant que nous ne soyons point traînez par force. Car si les réprouvez, qui sont sous la servitude de Satan, vont selon qu’il les pousse nonseulement de leur bon gré, mais aussi de grand désir : combien au pris ceste sujétion volontaire doit-elle avoir lieu és enfans de Dieu?
23 Sinon que le sainct Esprit. Je n'enten point ceci des oracles secrets, mais des prophéties lesquelles de lieu en autre il oyoit des Prophètes. Or ceste façon de parler ha plus de poids pour magnifier les prophéties, que si les hommes
mesmes qui ont parlé, estoyent alléguez pour tesmoins. Car c’est ainsi que la parole de Dieu ha son authorité, quand nous cognoissons que Dieu en est autheur, combien que les hommes en soyent ministres. Or maintenant veu que le mesme Esprit qui avoit adverti Paul de ses liens et afflictions, c’est luy aussi qui le tient lié, afin qu'il ne refuse point de se soumettre à [uy, nous sommes enseignez par cela, que quelques difficultez qui nous soyent présentées, nous ne sommes pas pourtant absous, qu’il ne nous fale obéir aux commandemens de Dieu, et suyyre sa vocation. Ceux donc se flattent en vain lesquels limitent le devoir de bien faire, entant qu’on le peut faire sans fascherie : et qui mettent en avant pour excuse les dommages et pertes : en somme, je danger de mort.
24 Mais il ne me chaut de rien. A faut que tous les fidèles, et principalement les Ministres de la Parole, soyent tellement disposez en leurs cœurs, que laissans toutes choses, ils suyvent leur droit chemin pour rendre obéissance à Dieu. I est bien vray que la vie est un don de Dieu si excellent, qu’on ne le doit mespriser : Comme ainsi soit qu’en icelle nous soyons créez et formez à l’image de Dieu, à ce que nous méditions ceste immortalité bienheureuse qui nous est réservée és cieux : et qu'en icelle dès ceste heure Dieu se monstre estre nostre Père par divers enseignemens, Tant y a toutesfois que pource qu’elle nous est ordonnée comme une course ou des lices, il se faut tousjours avancer pour parvenir jusques au but, et surmonter tous empeschemens, afin que rien ne. nous empesche ou retarde en courant. Car c’est grand’honte que nous soyons tellement saisis d’une folle amour de vivre, que pour Pamour de la vie nous perdions les causes de vivre. Et ceci est exprimé par les paroles de S. Paul. Car ce qu’il n’estime rien la vie, il ne le fait pas simplement, mais il oublie le regard d’icelle, afin qu'il parachève sa course, et accomplisse son ministère lequel il avoit receu de Christ :
comme s’il disoit que tout le désir qu’il “ha de vivre, ce n’est que pour satisfaire en bonne conscience à la vocation de
Car. XX.
Dieu : et pourtant il ne Jluy faschera point de perdre la vie, pourveu que par la mort il parviene au but de sa charge, lequel luy est limité de Dieu. Or il nous faut bien noter ce qu’il dit, Avec joye.
Car il signifie qu’on ne peut oster ceci aux fidèles ne par douleur ne par tris= tesse, qu'ils ne vivent et meurent joÿeusement au Seigneur. Car la joye d’une bonne conscience est si profondément enracinée et si bien cachée, qW’elle ne peut estre ostée par les fascheries externes, ne par douleur de la chair : et s’esgaye si alaigrement qu’elle ne peut estre accablée. H faut aussi noter la définition de ceste course, asçavoir que c’est le ministère receu du Seigneur: Hlrest bien vray que $. Paul parle de soy-mesme::
mais il monstre par son exemple que tous ceux qui n’ont point le Seigneur pour guide et conducteur de leur course, s’esgarent. Dont il s'ensuit que la vocation diceluy est une reigle de bien vivre à un chacun de nous. Et de faict, nous ne pouvons autrement nous résoudre que ce que nous faisons soit approuvé de Dieu, sinon que nostre vie soit reiglée selon son bon plaisir. Et principalement ceste certitude est requise és Ministres de la parole, à ce qu’ils n’entreprenent rien, qu’ils n’ayent le Fils de Dieu pour garent. Et il ny a point de doute que S.- Paul ornant son Apostolat de ceste marque, comme il a accoustumé, ne conferme lauthorité d’iceluy. H appelle l'Evangile, Evangile de la grâce de Dieu, et ce à cause de la fin ou Peffect. Cependant c’est un titre d’une louange singulière, que par l'Evangile la grâce de Diewret le salut parvient jusques à nous. Car il nous est fort nécessaire de sçavoir que là nous trouverons Dieu propice.
25 Et maintenant voyci, je seay. H déclare ouvertement ce qu'il avoit signifié plus obscurément et couvertement.
Or nous avons dit qu’il leur avoit osté l'espérance de son retour à ceste intention, qu'il imprimast plus vivement ses exhortations et remonstrances en leur mémoire. Car nous sçavons quelle efficace ont les dernières paroles de ceux qui prenent congé et se départent, ou de ceux qui meurent. Il a voulu aussi par
Car. XX.
cest advertissement prévenir e£ pourvoir | qu'ils ne fussent comme attachez à sa présence, et que par ce moyen en son absence leur foy ne défaillist d’ennuy. Il appelle derechef la doctrine de l'Evangile Royaume de Dieu, pource qu’elle commence le Royaume de Dieu yci-bas en ce monde, en réformant les hommes à limage de Dieu, jusques à ce qu’il soit finalement accompli en la dernière résurrection.
26 Pource je vous pren en tesmoins aujourd huy. Or il ne fait point ceci tant pour l'amour de s0y, que pour leur bailler loy en plus grande authorité, comment ils doyvent faire leur office. Au reste, ce passage contient une briefve somme de bien et droitement enseigner: et par iceluy les Docteurs sont par injonction trèsexpresse exhortez de faire songneusement leur office. Quelle façon donc d'enseigner doivent tenir les Pasteurs? Premièrement il ne faut point qu’ils estiment à leur fantasie ce qui.est bon de mettre en avant, et ce qui est bon de laisser: mais il faut qu'ils en laissent le jugement à Dieu seul.
Par ce moyen les inventions humaines ne trouveront accès ni ouverture en l'Eglise de Dieu. D’avantage, l’homme mortel ne sera si hardi de prendre authorité de deschirer l’'Escriture par pièces, en telle façon qu'il en prene çà et là un loppin selon qu’il luy aura semblé bon, et qu’il en obscurcisse une partie: et d’autre part, qu'il en supprime beaucoup : mais il enseignera tout ce qui est manifesté és Eseritures, ét combien qu’il le face prudemment ef en temps, selon que l'édification de l'Eglise le reguerra, toutesfois ce sera simplement et sans fard, comme il faut queface un bon etfidèle messager de Dieu.
J'ay dit qu'il y faut user de prudence :
car il faut tousjours regarder à l'utilité et au bien de l’Eglise, moyennant qu’il n’y ait point d’astucé, en laquelle beaucoup de gens se plaisent, quand ils veulent faire fleschir la parole de Dieu à leurs méthodes, et quand ils nous forgent je ne sçay quelle philosophie meslée de l’'Evangile et de leurs inventions. Voire, pource que ce meslinge est plus plaisant et mieux venu envers les hommes, de là
SUR LES ACTES
est venu de Franc-arbitre, les mérites des œuvres, et ce qu’aucuns ont nié la providence de Dieu et son élection gratuite. Or: ce que nous ayons n’aguèrés dit, est bien digne d’estre noté, asçavoir que le conseil de Dieu, duquel $. Paul fait yci mention, est enclos en sa parole, et ne le faut point chercher ailleurs. Car plusieurs choses, nous sont cachées en ceste vie, desquelles la manifestation entière est différée jusques à ce jour auquel nous verrons Dieu de nouveaux yeux face à face, ainsi qu'il estt, Ceux donc qui interprètent fidèlement l’Escriture, et qui par icelle instruisent le peuple en la foy, en la crainte du Seigneur, et en tous exercices de vraye religion, annoncent la volonté de Dieu. Or tout ainsi que par ceste sentence sont condamnez tous ceux qui en disputant philosophalement gastentet corrompent la pureté de l’Escriture par leurs levains, à celle fin qu’ils n’enseignent rien qui soit eslongné du sens commun des hommes, comme nous avons dit n’aguères : aussi S. Paul foudroye d’une façon terrible contre ceux qui pour la crainte de la croix et des persécutions pe parlent sinon ambiguëment et obscurément. Que je suis nel du sang de tous. Je ne doute point qu’il n’ait regardé au passage d’Ezéchiel, où Dieu dénonce à son Prophète, qu’il sera coulpable du sang, s’il n’exhorte en bonne conscience les meschans de se repentir?. Car il commet les Pasteurs pour gouverneurs de son Eglise à ceste condition, que si par leur négligence quelque chose vient à perdition, il faudra bien qu’ils en rendent conte, et mesme s'ils ne démonstrent ouvertement la voye de salut sans aucun desguisement, que la perdition des errans leur soit imputée. Or il faut bien dire que ceux qui ne peuverit estre resveillez par une menace si rigoureuse, sont merveilleusement stupides. En quoy {ant plus se descouvre limpiété Epicurienne du clergé du Pape: là où après qu’ils ont prononcé à pleine bouche leurs titres magnifiques, ils ne se soucient non plus de rendre conte de tant d’âmes qui périssent, que s’il n’y avoit point de Juge assis au ciel. Non moins aussi se mons- 4) 1 Cor, XIII, 12. 2) Exéch., IL, 48, 20,
le titre de Pasteurs.
trent-ils vileins effrontez devant tout le monde, en ce qu’estans adonnez du tout à dévorer les povres brebis, ils usurpent Au demeurant, le Seigneur monstre bien combien les âmes luy sont précieuses, quand il punit d’une
Car. XX.
façon si griefve la nonchalance des Pasteurs à cause de la ruine d’icelles. Mais quoy? il y en à par trop qui estiment bien peu leur salut, au soin duquel Dieu .
daigne bien s’adjoindre à eux.
28 Prenez donc garde à vous et à tout le troupeau, auquel le sainct Esprit vous à@ mis Evesques pour gouverner l'Eglise de Dieu, laquelle il à acquise
par son propre sang.
99 Car je Sçay qu'après mon départ il entrera parmi vous des loups qui vous grèveront, n'espargnans point le troupeau :
30 Et se lèveront d'entre vous-mesmes des hommes annoncans choses perverses, pour attirer les disciples après eux.
31 Pourtant veillez, ayans souvenance que par trois ans nuict et jour je n'ay cessé d admonester avec larmes un chacun.
32 Et maintenant, frères, je vous recommande à Dieu, et à la parole de sa grâce, lequel est puissant? d'achever de vous édifier, ét vous donner héri-
tage avec tous les saincts.
1) Ou, paistre.
2) Ou, laquelle est puissante.
28 Prenez donc garde à vous. I adresse maintenant son propos aux Pasteurs, et monstre par plusieurs raisons qu’ils doyvent veiller songneusement: et que non sans cause il estoit en si grand souci: mais pource que la nécessité le requéroit ainsi. La première raison est, qu’ils sont obligez au troupeau sur lequel ils sont commis. La seconde, qu’ils ont esté appelez à ceste charge par le S. Esprit, et non point par un homme mortel.
La troisième, que ce n’est point un petit honneur de gouverner l'Eglise de Dieu.
La quatrième, que le Seigneur a rendu tesmoignage par un enseignement notable, en quel pris et réputation il ha son Eglise, quand il l’a rachetée par son propre sang. Or quant au premier poinct, non-seulement il veut qu’ils veillent sur le troupeau, mais qu’en premier lieu ils advisent à eux-mesmes. Car à grand’peine celuy procurera jamais à bon escient le salut des autres, lequel ne tient conte du sien: et celuy exhortera en vain les autres à bien et sainctement vivre, lequel ne monstrera qu’il ait luy-mesme affection et révérence envers Dieu et son service :
et mesme celuy qui estant l’un du troupeau, se met en oubli, n’employera jà sa peine et son estude pour tout le troupeau.
Afin donc qu’ils soyent songneux des
brebis qui leur sont commises, S. Paul les admoneste qu’un chacun regarde de se contenir en la crainte de Dieu. Car en ce faisant il adviendroit qu’ils s’acquitteroyent de la fidélité qu'ils devoyent au troupeau. Car nous avons dit que Paul prend son argument de la vocation, asçavoir que leur labeur est dédié et obligé à l'Eglise sur laquelle ils sont commis :
comme s’il disoit que depuis qu’ils ont esté ordonnez Pasteurs, ils ne sont plus en leur liberté ou puissance, mais sont publiquement obligez à tout le troupeau.
Auquel le sainct Esprit vous @& mis Evesques. Par le nom mesme de leur charge il admoneste qu’ils sont mis comme une guette, Où il faut qu’ils veillent pour le salut commun de toutes les brebis. Mais S. Paul s’arreste principalement à ceci, qu’ils n’ont esté ordonnez par les hommes, ains que c’est Dieu qui leur a commis la charge de l'Eglise. Dont est requis un plus grand devoir et diligence d'eux, d'autant qu’ils auront à rendre un conte difficile devant le siége souverain du grand Juge. Car tant plus que la dignité du Seigneur auquel nous servons est excellente, tant plus aussi nature nous pousse à luy porter grande révérence: et la révérence aiguise nostre désir. Au reste, combien que du commencement le
Car. XX.
Seigneur ait voulu que les Ministres de sa Parole fussent éleus par les voix des hommes, toutesfois il se réserve tousjours le gouvernement deson Eglise : nonseulement à celle fin que nous cognoissions que luy seul préside sur icelle, mais aussi que nous sçachions que le thrésor inestimable de salut ne procède d’ailleurs que de luy. Car si nous pensons que lPEvangile soit parvenu à nous ou par cas fortuit, ou à l’appétit des hommes, ou par leur industrie, nous le défraudons de sa gloire et dignité. Or S. Paul attribue ceci particulièrement au S. Esprit, par lequel Dieu gouverne son Eglise, et lequel est tesmoin secret de la vocation de Dieu en la conscience d’un chacun. Quant à ce mot d'Evesque, il nous faut noter ceci en brief, que S. Paul appelle ainsi indifféremment tous les Anciens d'Ephèse. Dont nous recueillons selon le commun usage de l’Escriture, que les Evesques ne diffèrent en rien des Anciens :
mais qu’il est advenu par abus, qu’on à commencé à nommer Evesques ceux qui tenoyent le premier lieu en chacune ville.
Je di abus, non point que ce soit une chose mauvaise qu’il y ait quelqu'un en chacun collége d’Eglise, qui soit éminent par-dessus les autres : mais pource qu’une telle audace n’est nullement tolérable, quand les hommes ployans les noms de l’Escriture à leur guise et façon, ne font nulle difliculté de changer le langage du S. Esprit. Pour gouverner l'Eglise. Le mot Grec signifie Paistre: mais par une similitude bien propre il est transféré à toute sorte de gouvernement. Or nous avons dit que c’est-ci le troisième argument prins de l'excellence de l'office, comme S. Paul mesme admoneste ailleurs Timothée, d’adviser comment il doit se gouverner en la maison de Dieu, qui est PEglise du Dieu vivant, la colonne et la fermeté de vérité, 4 Timoth., IT, 45:
comme sil disoit qu’il n’est pas question d’estre paresseux en une charge si difficile : et que ceux que Dieu a ordonnez dispensateurs de sa famille, seront tant moins excusables, d’autant plus que ce degré d'honneur est plus excellent, sinon qu’ils satisfacent à une si baute dignité, c’est-à-dire, sinon qu’ils
SUR LES ACTES
soyent vigilans et diligens à s'acquitter de leur charge. Or si ainsi est que les Evesques ne sont point ordonnez de Dieu et par le S. Esprit, sinon pour paistre l’Eglise, C’est une pure mocquerie que la hiérarchie de la Papauté, en laquelle les Evesques se glorifians d’un titre vain, ne font point seulement semblant de toucher à la charge et office d'enseigner. Laquelle il a acquise par son sang. C’est la quatrième raison par laquelle S. Paul solicite les Pasteurs à exercer diligemment leur office, asçavoir que le Seigneur a donné un gage excellent de son amour envers l'Eglise, en espandant son propre sang pour icelle. Dont il appert combien elle luy est précieuse. Et à la vérité, il n’y a rien qui doyve plus aiguillonner les Pasteurs, à ce qu’ils s’employent à faire leur office d’un cœur alaigre, que quand ils considéreront que le pris du ‘sang de Christ leur est donné en garde. Car il s'ensuit de cela, que s'ils n’employent fidèlement leur labeur pour le proufit et utilité de l'Eglise, non-seulement la perdition des âmes leur sera imputée, mais ils sont coulpables de sacrilége, d'autant qu’ils auront profané le sang sacré du Fils de Dieu, et anéanti entant qu’en eux est, la rédemption acquise par luy. Or c’est un péché fort énorme, si par nostre nonchalance non-seulement la mort de Christ est rendue inutile, mais aussi si le fruict d’icelle s’abolit et se perd. Or il est dit que Dieu a acquis l'Eglise, afin que nous sçachions qu’il veut qu’elle luy demeure entière: pour autant que c’est bien la raison qu’il possède ceux qu'il a rachetez. Toutesfois il faut quant et quant réduire en mémoire, que tout le genre humain est sous la servitude de Satan, jusques à ce que le Fils de Dieu nous ait affranchis de sa tyrannie cruelle, nous recueillant en l'héritage de son Père. Au reste, pource que ceste façon de parler de laquelle sainct Paul use yci, semble estre dure, il faut veoir en quel sens il prend ceci, que Dieu à acquis Eglise par son sang. Car il n’y à rien plus mal convenable, que de forger Dieu corporel ou mortel. Mais en parlant ainsi, il monstre l'unité de personne en Christ. Car pource
que les natures sont distinctes en Christ,
85/4 l’'Escriture récité quelque fois à part ce qui est propre à chacune dicelles: Maïs quand elle nous propose Dieu manifesté en chaïr, elle ne sépare point sa nature humaine dé Ja Divinité. Toutesfois pource que les deux natures sont tellementunies en Christ, qu’elles constituent une personne, ce qui Ccompète vraÿement à lune, est quelque fois improprement transféré à l’autre. Comme én cé passage S. Paul attribue sang à Diéu : pource que Jésus- Christ homme, qui à éSpandu son sang pour nous, estoit Dieu aussi. Les anciens ont appelé ceste manière de parler, Conimunication de propriétez : d'autant que la propriété de FPuüune des natures est accommodéé à Pautre. Fay dit que par ce moyen est clairement exprimée une seule pérsonné de Christ, afin que nous ne Île forgions point doublé, ce que Neéstorius à voulu autre fois faire. NéantmoinS Si ne faut-il pa$ que nous imaginions une CONfusion dés deux natures, comme Eutyches à voulu faire, ou telle que Server ce vilein éhien orgueflleux Hespagnol! à votlu forgér en cé temps-ci : lequel n’estimoit autre chose de la Divinité de Christ, sinoh un phantosme de nature hümaine, lequel il dit avoir esté tousjours reluisant en Dieu.
29 Car je sçay cela. Yci sainét Paul allègue mesmé la nécessité, qui est un aigtillon bien poingnant, et par icelle éxhorte les Ephésièns de veiller songneusement. Car il advertit que loups viendront après luy, qui feront des courses terribles. Vray est que c’est comme une perpétuelle destinée à PEglise, qu’elle soit molestée de loups. parquoy il n’est jamais temps de dormir. Mais tant plus qu'ils vienent en grand nombre, ét sont plus nüisans, d’antant plus les Pasteurs doyvent éstre diligens à faire le guet.
Car Dieu donne aucunefois quelque relasche, afin que le troupeau soït nourri paisiblement et en repos. Et tout ainsi que les brebis paissent és champs en plus grande seureté, quand il fait beau temps et clair, ét au contraire qu'il y à plus grand danger, quand Pair est obscur, et plein de brouillars : aussi il advient aucunefois, que quelque temps sérein est ottroyé à l'Eglise de Dieu : puis après
Car, XX survient un temps trouble et obscur, qui est propre pour les embusches des loups:
L’intention donc de saïnet Paul est, qu'il est besoim de mieux veiller qu’on n’a fait jusques à présent, qu’il Ÿ a de plus grans dangers bien prochains. Mais on pourroit demander d’où vient céste COgnoissance à sainct Paul. Premièrement, il ne nous faut point douter que $a présence nait grandement servi à repousser où Chasser les loups. Et n’est point de merveilles si la vertu du S: Esprit, laquelle reluit és Ministres fidèles de Christ, réprime les meschans, en sorte qu’ils ne soyent Si hardis de monstref leur venin :
et mesme si ceste lueur céleste fait escarter beaucoup de ténèbres et nuées obscures de Satan: Comme ainsi soit donc que sainet Paul scéust bien que la malice de Satan avoit esté pour certain temps réprimée par son moyen, il peut aussi facilement devinér ce qui devoit’
advenir après son partement. Combien
qu’il est vray-semblable que le Seigneur luy avoit révélé par l'Esprit de prophétie, à celle fin que les autres fussent advertis par luÿ : comme nous voÿons avoir esté fait. Or quelque chose qu’il y ait, apprenon$s que toutes les fois que les bons ét fidèles Ministres départent d'avec nous, cest lorsqu'il nous faut craindre les loûps, lesquels il leur a ésté bien difficile de garder d'approcher de la bergerie, quelque bon guêt qu'ils ayent Sceu faire:
80 Et se léveront d'eñtre vous-mesmes. Il fait le mal plus grand, dautant qu'une partie dé ces loups est dedans :
et que mesme se cachans sous le titre de pasteurs, n’attendent que l’occasion de nuire. Il déclaire aussi ce qu’on doi craindre de ces loups, asçavoir que le troupeau soit dissipé, quand l'Eglise dis= traité de unité de la foy, est divisée en bandes et sectes. Car tous ceux qui ne s’acquittent pas de leur office, ne sont pas loups ravissans, ains Sont mercenaires bien souvent : et ceux-ci He sont
point si dangereux au troupeau. Maïs Ha corruption de la doctrine est uñe maladie :mortelle pour les brebis. Puis ‘en troï- sième lieu est déhotée la source et ori-
gine de ce grand mal: asçavoir qu'ils voudront attirer des disciples après eux:
Caxr. XX.
Faisons donc ceste résolution, que l’ambition est mère de toutes hérésies. Car quand les Pasteurs sont menez dune mesme affection et zèle à recueillir des disciples à Christ, lors la pureté de la parole de Dieu aura sa vigueur : car l’Eglise ne peut éstre en son entier, sinon quand le seul Fils de Dieu est ouv pour maistre: Parquoy il faut nécessairement que la doctrine de salut soit pervertie, et que le salut du troupeau soit foullé aux pieds, quand ceste cupidité règne, que les hommes veulent estre ouys comme maistres. Or tout ainsi que cé passage monstre bien que quasi toutes les corruptions de la doctrine procèdent de Porgueil des hommes, quand un chacun désire de se monstrer et apparoistré plus qu’il ne seroïit de besoin : aussi d'autre part on peut recueillir de cela mesme, qu'à grand’peine se peut-il faire que les ambitieux ne se destournent de la droite pureté, et qu'ils ne corrompent Ia parole de Dieu. Car veu que la pure façon dé traitter l’Escriture tend à ce but, que Christ soit seul éminent : et que les hommes ne se peuvent rien attribuer, qu'ils ne diminuent autant de la gloire de Christ : il s'ensuit que tous ceux qui sont addonnez à eux-mesmes, et qui cherchent leur propre gloire, par laquelle ils obscurcissent. Christ totalement, corrompent et gastent la pure doctrine. Ce qu'aussi le Seigneur luy-mesme conferme au chap. VIF de sainct Jehan, v. 48, Or par ce mot Se léveront, il signifie que ces loups nourrissoyent desjà dedans eux une peste occulte, jusques à ce que quelque occasion se présentast pour se manifester. Au reste, ce passage est un remède fort propre pour obvier au scandale horrible que Satan a mis en avant de tous temps pour troubler les consciences infirmes. S'il advient que des ennemis manifestes facent là guerre à PEvangile, cela estonne moins les esprits fidèles que si du sein et giron de Eglise sortent quelques ennemis domestiques, qui sans qu’on y pense vienent à donner l'alarme, ou qui par menées occultes vienent à soliciter le peuple à se révolter de Dieu. Tant y a toutesfois que Dieu dés le commencement a exercé son Egli-
SUR LES ACTES
se de ceste tentation, et l’exerce encore aujourd'huy. Et pourtant, que nostre foy soit munie de ceste défense, à celle fin qu’elle ne tombe bas, $i quelques fois il advient que les pasteurs devienent loups enragez. Or il les advertit que ces loups les gréveront, afin qu’il leur donne tant plus de crainte : et d'avantage qu'ils annonceront choses perverses, et ce pour altirer les disciples après eux :
pource qu’à grand’peine se peut-il faire que lPambition ne corrompe l'Evangile.
On peut aussi veoir par ceci combien est frivole la gloire des Papistes, en ce qu’ils se vantent de la Succession continuelle. Car comme ainsi Soit que nous pouvons facilement monstrer que ces bestes cornues ne Sont rien moins que ce qu’ils veulent estre estimez : combien que ils Soyent convaincus en toutes sortes, néantmoins voyci leur franchise à laquelle ils ont recours, qu’ils Sont successeurs des Apostres par un ordre continuel.
Voire, comme si ceux desquels sainct Paul advertit qu’on sé donne garde, n’avoyent point aussi succédé. Ainsi donc, puis que Dieu permet souvent que Îles loups exercent leur rage sous la personne deS Pasteurs, ou par un juste jugement, où bien pour esprouver là constance des siens : Pauthorité ne consiste point seulemeñt au nom et au lieu, et la succession n’est de nulle importance, sinon que quant et quant la fidélité et intégrité y soyent. Que si les Papistes répliquent que lé nom de loups ne leur compèté point : pour faire examen de cela, il ne faudra qu'un seul mot de sainct Pau}, qui servira de pierre de touche, quand il dit, Pour attirer les disciples après eux. Of à quel but tend toute Ja religion Papale, Sinon à ce que le fol appétit des hommes domine au lieu de la parole de Dieu? Et Christ n’a point là de disciples, où il n’est pas avoué pour seul maistre.
31 Pourtant veillez. Sainct Paul les exhorte derechef à estre diligens par son exemple. Cependant toutesfois il conjoint la crainte du danger : comme S'il disoit qu'ils ont besoin de bien adviser à se donner garde, et que cela ne seroit pas bien séant, qu'ils se lassassent de faire
leur devoir, comme ainsi soit qu’ils eussent veu en luy une constance invincible, en laquelle il avoit continué trois ans.
Il ramentoit aussi ses larmes, qui adjoustoyent une grande efficace à ses exhortations. Quant à ce qu’il dit qu’il a admonesté un chacun, on le peut rapporter tant au peuple qu'aux anciens.
Car pource qu’il avoit délibéré de leur tenir propos concernans toute l'Eglise, il parle comme si tout le corps eust esté là présent. Toutesfois si quelqu'un aime mieux restraindre ceci à l’ordre des Pasteurs, le sens Sera, que non-seulement leurs désirs devoyent estre enflambez du propos qu’il leur tenoit, mais qu’il est bien raisonnable qu’ils réduisent en mémoire tant d’exhortations, lesquelles il n’avoit cessé de leur faire par l’espace de trois ans. Toutesfois il me semble qu'il sera plus convenable d’entendre qu’il parle de tous en général.
32 Je vous recommande à Dieu. I] entremesle une prière, ce qui ne doit sembler mal convenable, quand on parle de grande affection. Car il ne s’est point soucié de faire une oraison qui eust toutes ses parties bien digérées, à la façon des rhétoriciens : veu que nulles paroles ne pouvoyent suflire pour exprimer laffection véhémente, de laquelle il estoit embrasé. Ilavoit parlé de choses grandes et hautes, qui surmontoyent de beaucoup la faculté des hommes. Et pourtant se tournant à faire prière, il laisse un peu le fil de son propos : combien que ce n’est point tant une droite prière, qu’une vive déclaration de son désir. Comme s’il eust dit, qu’il est bien vray qu'ils ne sont pas suffisans pour porter une telle charge :
mais qu'il leur désire nouvelles forces du ciel, par lesquelles ils puissent obtenir victoires sur toutes tentations. Cependant toutesfois il ne faut point douter que combien qu’il ne parle qu'aux Pasteurs, qu’il ne comprene néantmoins généralement toute l'Eglise en ceste oraison. Premièrement, il les recommande à Dieu :
puis après il les recommande à la parole de sa grâce. Et toutesfois ce n’est que une recommandation : mais sainet Paul a voulu exprimer la façon, par laqueile le Seigneur a accoustumé de mainteuir
Car. XX.
le salut de ses fidèles, comme sainet Pierre enseigne que ce salut est contregardé par foy, 4 Pierre, [, 5. Et le moyen de ceste garde dépend de Ja Parole, de peur que le salut ne périsse au milieu de tant de dangers. Or il est bien requis que nous sçachions comment Dieu nous veut sauver. Car pource que sa majesté nous est cachée, nous jettons la veue d’une part et d'autre en doutant, jusques à ce qu’il s'approche de nous par sa Parole.
Aussi tost donc qu'il entreprend de nous sauver, il propose sa Parole comme in- Strument pour maintenir et garder nostre salut. Et en ce sens il a adjousté ce mot de Sa grâce (car selon la coustume des Hébrieux, cela signifie, Laquelle apporte sa grâce) afin que les fidèles se reposassent plus seurement sur la parole de Dieu, en laquelle il nous desploye sa faveur.
Ceste exposition est simple et propre :
car ce qu’aucuns l’exposent de Christ est trop contraint. Lequel est puissant d'achever de vous édifier, etc. Le mot Grec Puissant, duquel sainct Paul use, se rapporte à Dieu, et non pas à sa Parole.
Or ceste consolation a esté adjoustée, afin qu’ils ne perdissent courage pour le sentiment de leurs infirmitez. Car tandis que nous sommes environnez des vices de Ja chair, nous ressemblons à un bastiment commencé. Vray est qu’il faut bien que tous fidèles soyent fondez en Jésus- Christ: mais il s’en faut beaucoup que leur foy soit parfaite en tout et par tout.
Qui plus est, combien que le fondement demeure ferme, néantmoins quelque fois les parties du bastiment lochent et panchent. Parquoy il est besoin d'y mettre la main incessamment, et d'y adjouster de nouveaux appuis à toutes heures. Cependant sainet Paul dit qu’il ne faut désespérer, d'autant que le Seigneur ne veut laisser son œuvre imparfaite: comme il remonstre aussi aux Philippiens, chap. L v. 6, Celuy qui a commencé en vous ceste bonne œuvre, Ja parachèvera jusques au jour du Seigneur Jésus. À quoy aussi est correspondant cequi est ditau Pseaume CXXXVI, v. 8, Tu ne laisseras point l'œuvre de tes mains. Ce qui est incontinent adjousté de l'héritage de vie, appartient à la jouissance actuelle (comme on
Cuar. XX.
dit.) Aussi tost que Christ à fait reluire sa clairté en nos cœurs, nous passons de mort à vie: et la foy est une entrée au Royaume des cieux : et aussi l'Esprit d’adoption ne nous est point donné sans cause. Mais sainct Paul promet yci aux fidèles continuel accroissement de grâce, jusques à ce qu'ils entrent en possession de l’héritage auquel ils sont appelez, et lequel leur est desjà préparé és cieux. Il parle d’une puissance de Dieu, non point telle que nous avons accoustumé d'imaginer sans effect, mais d’une puissance actuelle
et par effect. Car il faut que les fidèles l’appréhendent en telle sorte, qu’elle leur soit comme un bouclier en la main, pour mettre au-devant de tous les assaux de Satan. Or tout ainsi que l’Escriture enseigne que nous avons assez de défense en la vertu de Dieu: aussi souvenonsnous qu’il n’y à gens forts au Seigneur, sinon Ceux qui ayans du tout renoncé à la fiance de leur franc-arbitre, se reposent en Dieu: comme sainct Paul testifie à bon droict, que luy seul est puissant d'achever d’édifier.
33 Je n'ay convoité ne l'or ne l'argent, ni la robbe d'aucun.
34 Mesme vous scavez que ces mains mont administré les choses qui m'estoyent nécessaires, et à ceux qui estoyent avec moy.
35 Je vous ay monstré en tout, qu'en travaillant ainsi il faut supporter les foibles, et avoir mémoire des paroles du Seigneur Jésus : car il a dit que c’est chose plus heureuse de donner que de prendre.
36 Et quand il eut dit ces paroles, il se meit à genoux, et pria avec eux tous.
37 Lors y eut grand pleur de tous : et se jettans sur le col de Paul, le bai-
soyent.
38 Estans tristes principalement pour la parole qu'il avoit dite, qu'ils ne verroyent plus sa face. Et le conduirent au navire.
33 Jen’ ay convoité. Comme il a monstré n’aguères quelle peste dangereuse c’est que l'ambition: aussi il admoneste maintenant de se garder d’avarice : et se propose derechef pour exemple, qu’il n’a convoité les biens d’autruy, ains plustost a gaigné sa vie au travail de ses mains :
non pas que cela ait suffit pour l’entretenir sans autre assistance : mais pource que s’addonnant à travailler de ses mains, il a espargné les Eglises, afin qu'il ne les grévast d'aucune despense, entant qu’il Iny estoit possible. Il faut noter qu’il ne dit point seulement qu'il n’a point ravi, comme volontiers gens affamez arrachent tousjours quelque proye par importunité :
mais il afferme qu’il a esté pur de toute mauvaise convoitise. Dont nous recueillons que nul ne sera bon et fidèle Ministre de la Parole, que quant et quant il ne soit contempteur de l’argent. Et de faict, nous ne voyons rien advenir plus ordinairement que ceci, asçavoir que tous ceux qui sont addonnez à gain déshonneste, corrompent la parole de Dieu pour acquérir la grâce des hommes. Lequel vice sainct Paul con-
damne asprement és Evesques en un autre passage, À Tim., IIE, 3.
34 Mesme vous scavez que ces mains mont administré les choses, etc. HN n’impose point loy préciséement par ces paroles, laquelle il soit nécessaire de garder tousjours à tous Ministres de la Parole: car il n’a point usé d’une telle authorité, qu’il ostast aux serviteurs du Seigneur ce que lui-mesme leur a ottrové, Matth., X, 10. Mais plustost en plusieurs passages il maintient leur droict, à ce qu'ils soyent nourris des deniers publiques de l'Eglise, 4 Cor., IX, 14. Galat., VI, 6. Joint aussi qu’il a bien, souffert que plusieurs Eglises luy ayent administré et vivres et habillemens, Phil., IV, 10 et 16. Et non-seulement il a librement pris salaire de son labeur présent, mais il @it que quand il estoit à Corinthe, il a despouillé les autres Eglises, pour subvenir à son indigence, 2 Cor., XI, 8. Il ne commande donc point simplement aux Pasteurs qu’ils gaignent leur vie au travail de leurs mains: mais il déclaire bien tost après, jusques où il les exhorte à
suyvre Son exemple, asçavoir pour supporter les infirmes. Les Corinthiens ne luy refusoyent point le salaire qui luy appartenoit: mais d'autant que les fauxapostres faisoyent valoir leurs coquilles en ne prenant rien de leurs auditeurs, et par ce moyen acquéroyent la faveur du peuple, sainct Paul n’a point voulu estre moindre qu'eux en cest endroit, ne leur donner occasion de calomnier: comme il dit 4 Corinth., IX, et 2 Corinth., XL. Il admoneste donc qu’on ne baiïlle point de scandale aux foibles, et que leur foy ne soit point troublée ni destournée. Car Recevoir les foibles (comme le mot Grec signifie cela) c’est autant que supporter leur rudesse par bénignité: comme il dit, Rom. » XIV.
35 Bt avoir mémoire des paroles. A n'y à point de passage où on trouve ceste sentence de mot à mot: mais les Evangélistes en récitent d’autres qui revienent là, desquelles sainct Paul a peu tirer ceste-ci. D’avantage, nous sçavons que tout ce que Jésus-Christ a dit, ma point esté rédigé par esprit. Or il répète ceste doctrine générale du mespris de Pargent :
duquel mespris c’est-ci un vray tesmoignage, quand quelqu'un est beaucoup plus enclin et prompt à donner, qu’il n’est pas à recevoir, Et Christ n’a pas parlé seulementselonlaraison politique, commesiles hommes libéraux estoyent bien-heureux, pource qu’ils tienent les autres obligez par leurs bien-faits, et que devoir quelque chose soit une espèce de servitude : mais il a regardé plus haut, asçavoir que celuy qui baille aux povres, il presté à Dieu, (Prov.; XIX, 47) que ceux qui communiquent aux frères nécessiteux de Pabondance qui leur est donnée et garde, sont bons et fidèles dispensateurs dé Dieu:
qu’il n’y à chose qui face les hommes ressembler de plus près à Dieu, que la Hbéralité ou bénéficence. On lit aussi és autheurs profanes ces beaux titres de bénéficence et ibéralité: et la plus part du monde confesserà bien que toutes ces choses sont vrayes: mais €’est en faisant sigre des aüreilles seulement, comme les asnes. Car la vie commune des hommes monstre apertement combien 1l y en a peu qui soyent persuadez qu'il n’y à rien
COMMENTAIRES plus désirable que de distribuer de nos
Cuar. XX.
biens pour aider à nos frères. Parquoy il faut que les disciples de Christ s'estudiént tant plus à bien penser à ceste féli- Cité, afin que se déportans du bien d'autruy tant qu’ils pourront, ils s’aceoustument à donner : et non point d’un courage fier et orgueilleux, comme si c’estoit une chose misérable, qu’ils fussent obligez à quelqu'un : où par une ambition perverse, pour obliger les autres à eux: mais seulement afin que d’un bon cœur et volontaire ils s’exercent és devoirs de charité, et que par ce moyen ils donnent à Coonoistre aux autres la grâce de leur adoption.
36 1lse meit à genoux. Vray est que
l'affection intérieure obtient le premier
lieu és prières : mais les signes externes,
comme descouvrir la teste; player les genoux, lever les mains.en haut, et autres semblables, ont double: utilité. La première, que nous exercions tous ROS membres pour servir à la gloire et honneur, de Dieu : puis après, que nostre paresse soit resveillée par une: telle aïde. Joint qu’en la prière publique qui se fait en l'assemblée, il y a une troisième. utilité :
d'autant que par ce moyen les enfans de Dieu font profession de leur religion, et les uns incitent les autres à porter révérénce à Dieu. Or tout ainsi que lever les mains est un signe de fiance et de désir ardent, ‘aussi nous ployons les genoux pour testifier nostré humilité: Au demeurant, en priant il a confermé et comme seellé tout le propos qu’il a tenu ci-dessus: d'autant qu'on ne peut espérer fruict quelconque de la doctrine, sinon par la bénédiction de Dieu. Parguoy
Si nous voulons faire quelque proufit en
enseignant, admonestant et exhortamts il faut que tousjours nous ÿ adjoustions ceste conclusion, asçavoir que nous finissions par prières.
37 Lors y eut grand pleur de tous. nl ne se faut esbahir si tous lesfidèles-ont porté une singulière affection à ce saïnct personnage. Car c’eust esté une ingratitude trop lourde et vileine, s'ils eussent mesprisé celuy que le Seignenr avoit orné d'une si grande excellence dé dons: Or la principale cause pourquoy ils pleurent,
CHap, XXI.
c'est (comme dit Sainet Luc) pource qu’ils né verront plus Sa face. Car ils n’estoyent point marris Sans bonne et juste cause dé leur inconvénient et de toute l'Eglise d'Asie : d'autant qu'ils voyoyent bien qu'is seroyent privez d’un thrésor inestimable. Au reste, puis que le sainct Esprit loue leurs larmes par la bouche de sainct Luc, comme rendans tesmoignage d’une vraye piété, amour et dilection,
SUR LES ACTES
aussi condainne-il la témérité de ceux qui requièrent des fidèles une constance endurcie et barbare. Car ce qi'ils songent que les affections ne procèdent que du vice, est faux : veu qu’elles noùs sont données naturellement de Dieu. Parquoy Ja perfection des fidèles ne gist point en cela, qu'ils despouillent toutes affections, mais qu’ils les prenent seulement pour justes causes, et les modèrent.