‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 71 sur 113 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

À Ainsi donc estans départis et reculez d'eux, nous veinsmes tout droit à Cos, et le jour ensuyvant à Rhodes, et de là en Patras. . 2 Et ayans trouvé là un navire qui traversoit en Phénice, nous montasmes

dedans et partismes.

3 Puis ayans descouvert Cypre, nous la laissasmes à gauche : et tirans vers Syrie, arrivasmes à Tyr : car le navire devoit là descharger sa charge.

k Et ayans trouvé là des disciples, nous y demeurasmes sept jours : iceux disoyent par l'Esprit à Paul, qu'il ne montast point en Jérusalem.

5 Mais ces jours-là estars accomplis, nous partismes : et nous mettans en chemin estans conduils de tous, avec leurs femmes et enfans jusques hors. la ville : el ayans mis les genoux en terre au rivage, nous priasmes.

6 Puis après nous avoir embrassé les uns les autres, nous montasmes au navire et les autres retournèrent chez eux.

A Ainsi donc estans départis, etc.

Sainét Luc récite en brief ce voyage fait par mer et ce non-seulement pour la certitude de lhistoire, afin que nous sçachions ce qui a esté fait ou ci ou là, mais aussi afin que les lecteurs considèrent en eux là force ét constance invincible de sainct Paul, qui a mieux aimé estre agité par chemins longs, tortus et fascheux pour s’employer au service de- Christ, que de chercher son repos.

Quant à ce qu'il dit, Reculez d'eux, cela ne se rapporte pas simplement à la distance des lieux, mais pource que les frèrés emeurèrent au rivage, tant qu'ils peurent conduire de veuë le navire, auquel Paul et ses compagnons estoyent portez. Il nomme les ports où le navire aborda, afin que nous sçachions qu’ils eurent vent à gré en leur navigation.

Touchant la Situation des villes, desquelles il est fait mention, on se peut addresser aux Géographes. Il me suffit d’avoir monstré l'intention de sainct Luc.

4 El ayans trouvé là des disciples.

Combien que le nombre des croyans fust bien petit, toutesfois suyvant ce qu’avoyent dit les Prophètes, quelque semence de l'Evangile estoit là parvenue: à ce que Tyr ne fust du fout exempté de la bénédiction de Dieu, Is., XXHIE, 18.

Sainct Luc appellé aussi yci les Chrestiens disciples, comme il fait en quelques autres passages, à celle fin que nous Sçachions que nuls ne sont réputez du troupeau de Christ, sinon ceux qui Ont receu la doctrine diceluy par vraye foy.

Car c’est se mocquer de faire profession de Jésus-Christ, et faire protesta-

ion d'estre de ses disciples, et cepen-

dant n’entendre point ce qu’il dit ou enseigne. Or que les lecteurs rotent ceci, que sainct Paul n’a point séjourné sept jours à Fyr pour autre raison, sinon afin qu’il confermast les frères. Aïnsi nous voyons bien qu’en quelque part qu’il arrivast, il ma laissé passer aucune occasion de bien-faire. 1ceux disoyent par

l'Esprit. Asçavoir, avec approbation de leurs propos, à celle fin que Paul entendist qu'ils parloyent par Esprit de Prophétie. Or à la vérité ceci ne luy a esté une petite tentation, à ce qu’il ne parfeist point son voyage entreprins, veu que le saint Esprit luy dissuadoit. Et ce luy estoit une belle couleur de fuir la croix, s’il eust regardé à son bien et commodité particulière, que d’estre retiré en arrière comme par la main de Dieu. Il ne laisse toutesfois de passer outre, où il sçavoit que le Seigneur l’appeloit. Mais on pourroit yci faire une question, Comment se peut faire cela, que ces disciples et frères dissuadent par l'Esprit ce que Paul mesme a testifié qu’il faisoit par l’instigation secrète d’iceluy? L'Esprit est-il bien contraire à s0ymesme, en sorte que maintenant il délivre sainct Paul, lequel il à tenu lié au dedans? Je respons qu’il y a divers dons du sainct Esprit: tellement qu'il ne se faut esbahir si ceux qui auront le don de prophétie, seront destituez quelques fois de courage et de jugement. Le Seigneur avoit révélé à ces frères, desquels sainct Luc fait mention, ce qui devoit advenir : cependant toutesfois ils ne sçavent ce qui est expédient, ne ce que la vocation de sainct Paul requiert, pource que la mesure du don qu’ils avoyent re-

Jeur bonne et

Car. XXI.

ceu ne s’estendoit pas jusques-là. Or le Seigneur à voulu tout à propos que son serviteur fust adverti, en partie afin qu’il fust mieux préparé par longue méditation à endurer tout ce qui luy adviendroit :

en partie aussi afin que sa constance fust mieux cognue : en ce qu’estant certifié par révélations des choses fascheuses qui luy adviendroyent, néantmoins il ne laisse point d’aller pour souffrir volontairement, quoy qu’il luy adviene.

» Avec leurs femmes et enfans. Ça esté un singulier tesmoignage de leur amour, qu'ils ont fait compagnie hors la ville à sainct Paul, voire avec leurs femmes et enfans. Et sainct Luc a récité ceci, en partie à ceste intention de louer saincte volonté, ainsi qu’elle le méritoit : en partie aussi pour monstrer qu'ils ont fait honneur à sainct Paul, comme il en estoit digne. Dont aussi nous recueillons qu’il ne pensoit rien moins que de procurer ses commoditez, puis qu’une telle bénévolence et amitié, laquelle luy pouvoit servir d’un gracieux allèchement, ne la point empesché de poursuyvre son chemin. Il nous faut aussi observer ceste façon solennelle de prier és affaires qui estoyent de plus grande importance : et qu’estans advertis divinement du danger, ils sont

tant plus ardents à prier.

7 Par ainsi achevans nostre navigation, de Tyr nous abordasmes à Ptolémais : et après avoir salué les frères, demeurasmes un jour avec eux.

8 Le lendemain Paul et sa compagnie partirent, et veinsmes en Césarée : et entrans en la maison de Philippe Evangéliste (qui estoit l'un des sept) nous

demeurasmes chez luy.

9 JZceluy avoit quatre filles vierges, lesquelles prophélisoyent. 10 Et après qu'eusmes esté là assez long temps, il surveint un Prophète de

Judée, nommé Agabus.

Ai Lequel estant ainsi venu à nous, print la ceinture de Paul, et s’en lia les pieds et les mains, disant, Le sainct Esprit dit ces choses, Ainsi lieront les Juifs en Jérusalem l'homme à qui est ceste ceinture, et le livreront és mains

des Gentils.

12 Et quand nous eusmes ouy ces choses, nous et ceux qui estoyent du lieu le requismes qu'il ne montast point en Jérusalem.

13 Adonc Paul respondit, Que failes-vous pleurans, et affligeans mon cœur ? Car quant à moy, je suis prest non-seulement d'estre lié, mais aussi de mourir en Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus.

1% Ainsi pource qu'il ne pouvoit estre induit à cela, nous-noUs Hier sur disans, La volonté du Seigneur soit faite.

Car. XXI.

7 Par ainsi achevans nostre navigation, etc. Sainct Luc récite en brief que sainct Paul a esté aussi recueilli des frères de Ptolémais. Or c’est une ville de Phénice, prochaine de la mer, non guères loin des confins de Judée : de laquêlle il n’a point falu que sainct Paul et ses compagnons ayent fait long chemin pour venir jusques à Césarée. Mais si les lecteurs veulent savoir d’avantage de la situation de ces régions et villes, ils le pourront veoir par les Géographes.

Au reste, sainct Luc dit qu'ils furent logez à Césarée en la maison de Philippe, lequel il appelle Evangéliste, combien qu’il fust l’un des sept Diacres, comme il a esté veu ci-dessus au sixième chapitre.

Que cest office de Diacre ait esté seulement une charge temporelle, on le peut facilement recueillir, pource que sans cela Philippe n’eust eu liberté de laisser Jérusalem, pour aller demeurer à Césarée. Et yci il n’est point proposé comme celuy qui de son propre mouvement avoit quitté et délaissé son office, mais comme celuy qui avoit receu une charge plus excellente et honorable. Selon mon advis les Evangélistes estoyent entre les Apostres et les Docteurs. Car ils avoyent une charge approchante de celle des Apostres, asçavoir qu'ils preschassent l'Evangile par tout, et ne fussent point establis en un certain lieu : seulement ils estoyent en plus bas degré d'honneur. Car sainct Paul descrivant l’ordre de l'Eglise, les met tellement au-dessous des Apostres, qu’il monstre bien que leur office d’enseigner et prescher s’estend plus loin que ne fait celuy des pasteurs ou docteurs, qui sont ordonnez pour enseigner en certains lieux, Ephés., IV, 44. Aïnsi donc Philippe a exercé loffice de Diacre en la ville de Jérusalem, pour quelque temps, et puis l'Eglise l’a réputé idoire, auquel elle donnast en garde le thrésor de l'Evangile.

: 9 Iceluy avoit quatre filles vierges.

Ceci a esté adjousté à la louange de Philippe : non-seulement afin que nous sceussions que sa famille estoit bien reiglée, mais aussi qu’elle estoit enrichie de la bénédiction de Dieu. Car ce n’estoit un petit don, d’avoir quatre filles,

SUR LES ACTES

qui toutes avoyent le don de Prophétie.

Or Dieu à voulu en telle façon orner les commencemens de l'Evangile, quand il a suscité des hommes et des femmes qui prédisoyent les choses à venir. Desjà dés long temps les prophéties avoyent quasi cessé entre les Juifs, afin que les cœurs fussent plus attentifs et esveillez à ouir la nouvelle voix de l'Evangile. Quand donc la prophétie est tout soudain retournée comme devant, c’estoit un signe d’un estat plus parfait. Toutesfois il semble qu’il y à eu mesme raison pourquoy elle a cessé bien tost après. Car Dieu à soustenu le peuple ancien par diverses prophéties, jusques à ce que Christ à sa venue meist fin à toutes révélations. Il a donc falu que le Royaume nouveau de Christ fust paré de ce bel ornement, afin que tous cognussent que la visitation de Dieu promise estoit desjà venue : mais il à falu aussi que cest ornement eust lieu seulement pour un peu de temps, afin que les fidèles ne fussent tousjours en suspens, et de peur qu’ocasion ne fust donnée aux esprits Curieux, de chercher ou inventer à tous propos quelque chose de nouveau. Car nous sçavons que jà soit que ceste faculté et puissance estoit desjà ostée, toutesfois il y a eu plusieurs esprits fantastiques, qui se sont vantez d’estre Prophètes. Aussi il se peut bien faire que la perversité des hommes ait privé l'Eglise de ce don. Mais ceste cause seule doit suffire, que Dieu ostant les prophéties a testifié que l’accomplissement et la fin estoit présentée en Christ.

Au reste, il est incertain comment ces filles ont fait l'office de prophétizer : sinon qu’elles ont esté tellement gouvernées par l’Esprit de Dieu, qu’il n’a point troublé l’ordre que luy-mesme a mis. Or puisque Dieu ne permet point aux femmes de faire quelque office public en l’'Eglise, il est vray-semblable qu’elles ont prophétizé en la maison, ou en quelque autre lieu privé, hors l’assemblée commune.

10 ZI surveint un Prophète de Judée.

Combien que sainct Luc ne déclare point ouvertement qui est cest Agabus, toutesfois je pense que c’estoit celuy duquel il

a esté parlé ci-dessus au chapitre onzième, qui a prédit la famine qui devoit advenir sous le règne de Claude César. Et quant à ce que sainct Luc luy baille le titre de Prophète, comme il a baïllé n’aguères aux quatre filles de Philippe, il siguifie que c’estoit un don particulier ,; et non point commun. Maintenant il nous faut veoir à quelle fin Agabus a derechef monstré la persécution qui estoit prochaine. Quant à sainct Paul, il avoit esté desjà plusque suffisamment admonesté.

Pourtant je ne doute point que ceste confirmation n'ait esté adjoustée pour l’amour des autres: d'autant que le Seigneur. vouloit que les liens de son serviteur fussent cognus par tout: en partie afin que tous entendissent qu’il estoit entré au combat de son bon gré : en partie afin qu'ils cognussent que c’estoit un champion ordonné de Dieu à combatre pour l'Evangile. Et de faict ç’a esté un exemple utile d’une constance invincible, quand de son bon gré et certaine volonté il s’est exposé à la violence de ses ennemis. Aujourd’huy aussi il ne nous est pas moins proufitable que son Apostolat soit confermé par ce qu’il a ainsi volontairement et constamment exposé sa vie en danger.

11 Ainsi lieront les Juifs en Jérusadem, etc. C’estoit une chose usitée aux Prophètes , de représenter par signes ce qu'ils disoyent. Et certes en adjoustant des signes, ils ont confermé leurs oracles et prophéties par le mandement du'sainet Esprit, etnon point par leur propre mouvement. Comme quand il est ordonné à Isaïe de cheminer tout nud, Isaïe, XX, 2, et à Jérémie d’attacher un joug à son col, de vendre un champ et d'acheter, Jérém., XXVIL 2 et XXXIH, 7, et à Ezéchiel , chapitre XIE, v.. 5, de percer par derrière la paroy de sa maison, par où il puisse emporter de nuict son bagage : ces choses et autres semblables pouvoyent sembler estre jeux de petis enfans : mais le mesme Esprit qui accommodoit les signes à ces paroles, touchoit au dedans les cœurs des fidèles, comme s'ils eussent esté desjà amenez sur le faict présent. Ainsi ce Spectacle duquel sainet Luc fait mention, n’a point moins esmeu les compagnons de

Crar. XXI.

sainct Paul, que s'ils l’eussent veu devant eux lié à bon escient. Les faux-prophètes se sont depuis efforcez de décevoir les simples par une telle finesse, comme Satan a accoustumé de se monstrer singe des œuvres de Dieu : et ses ministres taschent à imiter les serviteurs de Dieuê Sédéchias se feit faire des cornes , et par cela il promettoit que Syrie devoit estre escousse. Ananias rompant le joug de Jérémie, donna une vaine espérance de délivrance au peuple. Or Dieu a permis que les réprouvez fussent abusez de tels enchantemens , afin qu’il les punist de leur incrédulité. Mais d'autant qu'il n’y avoïit aucune eflicace du sainet Esprit, leur mensonge n’a de rien nuy aux. fidèles.

Ceci aussi est digne d’estre noté, qu'Agabus ne propose point un spectacle sans parler : mais il adjouste aussi la parole, afin qu’il monstre aux fidèles Pusage et la fin de la cérémonie. |

42 Nous et ceux qui estoyent du lieu le requismes qu'il ne montast point en Jérusalem. Pour ce que tous n’avoyent pas une mesme révélation, il ne se faut point esbahir si entre eux il y a eu diverses opinions. Car pource que ces bons personnages sçavoyent bien que la vie ou la mort d’un seul homme, asçavoir de Paul, emportoit beaucoup, ils ne vouloyent point qu’il se meist en danger à la volée. Et leur affection est louable , quand en retenant Paul, ils désirent de prouvoir au salut commun de d’Eglise. Mais d’autant plus grande louange mérite la constance de Paul, en ce qu’il demeure ferme et immuable en la vocation de Dieu. Car il sçavoit bien quel trouble pouvyoit advenir de ses liens. Mais pource qu’il sçait bien quelle est la volonté de Dieu, qui est la seule règle pour nous conduire ’en nos délibérations, à ce qu’il la suyye, ilne se soucie pas beaucoup de tout le reste, Et de faict, nous devons estre tellement attachez au bon plaisir de Dieu, que nous ne soyons destournez de son obéissance simple pour quelque proufit et utilité, ou quelque apparence de raison qu'il yrait.

Quand sainct Paul se plaind aux frères, que par leurs gémissemens et larmes üls affligeoyent son cœur , il monstre bien qu'il n’estoit point de fer ne d'acier ,

CHar. XXI.

comme on dit, c’est-à-dire sans affections, tellement qu'il ne fust point esmeu par amour à compassion. Ainsi donc les pleurs et larmes des fidèles luy navroyent le cœur: mais cela ne l’a rendu si mol, qu'il ait aucunement fleschi, ét ne l’a empésché qu'il n’ait continué à suyvre Dieu tousjours d’un mesme train. Nous devons donc estre tellement humains envers nos frères , que la volonté de Dieu soit tousjours la maistresse. Maintenantsainct Paul déclare derechef par sa response, que les fidèles serviteurs de Jésus-Christ ne seront préparez à faire leur office, sinon en mesprisant constamment la mort: et ne ‘seront jamais bien encouragez à vivre au Seigneur, sinon qu'ils se démettent de bon gré de leur propre vie pour le tesmoignage de la vérité.

A4 Nous-nous déportasmes, disans :

La volonté du Seigneur soit faite. S'ils eussent pensé qu'il se jettoit à la mort témérairement et à la volée, ils n’eussent

SUR LES ACTES

point ainsi acquiescé et accordé. Hs acquiescent, afin de ne résister point au sainct Esprit, par lequel ils entendent que sainct Paul est gouverné. Car combien que desjà ils eussent ouy de la bouche de sainet Paul, qu'il se sentoit lié par le sainct Esprit, et comme tiré par un mouvement secrét diceluy, la perturbation toutesfois de la douleur qu’ils en concevoyent le leur avoit fait oublier: mais quand derechef il leur remonstre qu’il plaist ainsi à Dieu, ils n’estiment plus leur estre loisible d'y résister, ou répliquer à l'encontre. Et voilà de quelle bride toutes nos affections doyvent estre arrestées, afin qu’il n’y ait rien tant amer, tant dur ou tant pénible, que la volonté du Seigneur Dieu n’amolisse ét n’adoucisse.

Car toutes fois et quantes que quelque difficulté ou fascherie survienent, nous ne portons pas grand honneur à Dieu, sinon que ceste considération ait la maistrise sur nous, Qu'il faut obéir à Dieu.

15 Et quelques jours après, ayans chargé nos hardes, nous montasmes en

Jérusalem.

16 Æt aucuns des disciples veindrent aussi de Césarée avec nous, amenans

avec eux un certain Mnason, devions loger.

qui estoit Cyprien, ancien disciple chez lequel

17 Quand donc nous fusmes venus en Jérusalem, les frères nous receurent

volontiers.

18 Et le jour suyvant, Paul veini avec nous chez Jaques, et tous les anciens

y furent assemblez.

19 Æt après qu'il les eut embrassez

, il raconta de poinct en poinct les choses

que Dieu avoit faites entre les Gentils par son ministère. 20 Ce qu'ayans ouy, is glorifiérent le Seigneur, et luy dirent, Frère, tu vois combien il y a de milliers de Juifs qui ont creu : et tous sont sélateurs de

la Loy.

21 Or ils ont ouy dire de toy, que tu enseignes tous les Juifs qui sont entre les Gentils de laisser Moyse, disant qu'ils ne doyvent point circoncir leurs

enfans, ne cheminer selon les statuts.

22 Qu'est-il donc de faire? ZI faut entièrement assembler la multitude : car

ils orront que Lu es venu.

23 Fay donc ce que nous te disons :

Jai vœu :

Nous avons quatre hommes qui ont

94 Pren-les, et te purifie avec eux, et contribue avec eux, afin qu'ils se ra-

sent la teste!

: et que tous scachent qu'il n’est rien des choses qu'ils ont ouy

dire de toy : mais que toy aussi chemines, gardant la Loy. 95 Mais touchant ceux qui ont creu d'entre les Gentils, nous en avons

1) Nomb., VI, 18, Act., XVII, 18.

Car. XXI.

escrit, après avoir ordonné qu'ils n'observent rien de semblable, sinon qu'ils se gardent de ce qui est sacrifié aux idoles, et de sang, et de choses estouf-

Jées, et de paillardise.

1) Act., XV, 20.

15 Et quelques jours après, ayans chargé, etc. Les compagnons de sainct Paul monstrent bien que quand ils ont voulu destourner sainet Paul du danger éminent, ils ont plustost regardé au salut commun de l'Eglise, qu’à leur propre vie.

Car se voyans repoussez par luy en leur requeste, ils ne refusent point de s’exposer au mesme danger. Et toutesfois ils avoyent une excuse bien favorable, qu’il n’y avoit point de commandement qui les astraignist à se laisser mener à la mort par l’obstination d’un homme. Et cela est vrayement assujetir nos affections à Dieu, quand nous ne sommes point estonnez et retenus d'aucune crainte, que chacun de nous ne face tout ce qu’il peut pour avancer ce que nous sçavons bien luy estre agréable. Il appert aussi plus clairement, quelle ardeur d’affection de piété il y avoit és autres, veu qu’ils s’adjoingnent de leur bon gré, et luy amènent un hoste, combien qu’ils eussent juste occasion de craindre beaucoup d’inconvéniens.

17 Les frères nous receurent volontiers, etc. Sainct Luc récite ceci, pour louer la débonnaireté des frères, en ce qu'ils n’ont adjousté foy aux mauvais bruits et calomnies. Combien qu’il y eust plusieurs malveillans et meschans, qui taschoyent de rendre S. Paul odieux, et en venoit tous les jours de nouveaux :

toutesfois pource que Jaques et ses compagnons avoyent fort bonne persuasion de son intégrité, ils ne se sont point estrangez de luy. Maintenant donc ils le reçoyvent fraternellement et bénignement comme un vray serviteur de Christ, et déclarent qu'ils sont bien resjouis de sa venue. Et il faut bien songneusement noter une telle modération : afin que nous ne croyons trop légèrement les faux rapports, et principalement quand on charge de blasmes à nous incognus ou douteux, ceux qui nous ont monstré quelque tesmoignage de leur preud’hommie, et lesquels nous avons expérimenté servir fi-

dèlement au Seigneur. Pource que Satan sçait bien qu’il n’y a rien plus propre pour dissiper le royaume du Fils de Dieu, que quand il y aura des dissensions et partialitez entre les fidèles, il ne cesse de semer des propos à la traverse, pour rendre les un$ suspects aux autres. Parquoy il faut estoupper les aureilles aux rapports, afin que nous ne croyons rien des Ministres fidèles de Christ, que nous ne l’ayons au paravant bien cognu.

13 Et tous les anciens y furent assemblez, etc. On peut recueillir de ce passage, ce qu’on à desjà veu ci-dessus au chapitre XV, que les anciens avoyent accoustumé de s’assembler, toutes fois et quantes qu’on devoit traitter de quelque affaire d'importance : afin qu’on consultast plus paisiblement hors de la grande multitude. Nous verrons bien tost après, que le peuple aussi a esté receu en son ordre : mais ç’a esté après que les anciens eurent tenu leur conseil à part. Au reste, sainct Paul monstre sa modestie, quand il ne se fait point autheur des choses qui avoyent esté faites : mais en donne la louange à Dieu, se nommant seulement Ministre, duquel Dieu s’est servi.

Comme certes il faut bien confesser que tout ce qui est excellent et digne de louange, ne se fait point par nostre propre vertu, mais entant que Dieu besongne en nous : et principalement quand il est question de lédification de l'Eglise.

On voit aussi d'autre part, combien il s’en faut que les anciens ayent esté menez d'envie, quand ils glorifient Dieu des choses qui estoyent heureusement advenues. Or pource qu’il n’est yei parlé d'autre Apostre que de Jaques, on peut facilement penser que les autres estoyent lors allez en divers pays pour semer VEvangile par-ci par-là comme leur office le requéroit. Car le Seigneur ne leur avoit pas assigné lieu certain en Jérusalem :

mais leur avoit commandé, qu'après qu’ils auroyent là fait le commencement, ils allassent par le pays de Judée, et finale-

Car. XXI.

ment par les quartiers du monde. Au demeurant, on à veu au chap. XV comment a esté réfuté lerreur de ceux qui ont pensé que ce Jaques fust un des disciples, lequel S. Paul met entre les trois colonnes de l’Eglise, Or combien qu’il eust un mandement tel qu'avoyent ses autres Compagnons : tant y a toutesfois qu'ils avoyent tellement parti entr’eux, qu’il résidast en Jérusalem, où plusieurs estrangers arrivoyent ordinairement. Car cela estoit autant comme s’il eust publié bien loin l'Evangile en diverses contrées.

20 Frère, tu vois combien, etc. On peut diviser ce propos en deux membres.

Car les anciens racontent en premier lieu, que comme ainsi soit qu'autant qu’il y avoit de Juifs convertis à Christ, sont sectateurs et zélateurs de la Loy, ils ne portent point une bonne affection à Paul, d'autant qu’ils pensent qu’il ne s’estudie à autre chose qu'à abolir la Loy. Puis après ils lexhortent à faire un vœu s0lennel, et se purifier, afin qu'aucun souspeçon ne demeure plus sur luy. Is mettent en avant la grande multitude des fidèles et croyans, afin qu’il s’accommode tant plus à eux. Car s’il n’y eust eu qu’un petit nombre de gens obstinez, il n’en eust pas esté tant esmeu: Mais maintenant il ne peut bonnement mespriser un si grand peuple, et tout le corps de l'Eglise. Bien est vray que pour certain ce zèle de la Loy estoit vicieux :

et de faict, les anciens monstrent bien qu’ils ne l’approuvent pas. Car combien qu’ils ne le condamnent et ne réprouvent point ouvertement, et qu'ils ne se plaignent pas trop aigrement : tant y à toutesfois que d'autant qu’ils se séparent de l'affection de ceux-là, ils confessent bien tacitement qu'ils faillent. Si c’eust esté un zèle selon science, il devoit commencer par les anciens. Or nous voyons qu'ils ne combatent point pour la Loy, et ne mettent en avant la droite révérence d'icelle, et ne s’accordent avec ceux qu'ils appellent zélateurs d’icelle. Et pourtant ils monstrent bien qu'ils ont une autre opinion, et qu'ils n’approuvent point la superstition du peuple. Toutesfois à ceci semble estre contraire, quand

SUR LES ACTES

ils disent que Paul a esté blasmé faussement. D’avantage, quand ils veulent qu’il satisface à cela, on pourroit penser qu’ils nourrissent et entretienent ce zèle. Je respon à cela, que combien qu’en quelque endroit ce bruit fust vray, duquel les Juifs avoyent esté offensez, toutesfois il y avoit quelque calomnie meslée parmi.

Vray est que S. Paul enseignoit l’anéantissement de la Loy, en sorte toutesfois que par ce moyen non-seulement lauthorité d’icelle demeurast en son entier, mais aussi qu’elle fust en plus saincte recommandation. Car (comme il a esté dit au chap. VIT) les cérémonies seroyent inutiles, si l’effect d’icelles n’eust esté manifesté en Christ. Ceux donc qui enseignent qu’elles ont esté abolies par la venue du Fils de Dieu, tant s’en faut qu'ils facent outrage à la Loy, que plustost ils conferment la vérité d’icelle. Il faut considérer deux choses és cérémonies : la vérité, à laquelle Pefficace est annexée :

puis après l’usage extérieur. Or l’abolition de l'usage extérieur, qui a esté fait par Christ, dépend de ce que Christ en est le vray corps : et rien n’a esté anciennement figuré, qui n’ait esté accompli en luy. Cela est bien loin du révoltement de la Loy, de monstrer la fin légitime d’icelle, à ce que les figures cessantes, la vérité spirituelle d’icelles ait tousjours sa vigueur, Par quoy nous voyons que ceux qui blasmoyent S. Paul d’estre apostat de la Loy, n’entendoyent pas bien ce qu’ils disoyent, et procédoyent contre luy iniquement, combien qu'il retirast les fidèles du service extérieur de la Loy.

Or quant à ce qu’ils veulent que Paul face vœu à ceste intention, qu’il se monstre observateur de la Loy, cela ne tend à autre fin, sinon afin qu'il testitie qu’il n’ha point la Loy en horreur, comme un infidèle apostat, qui en son endroit rejettast le joug du Seigneur, et poussast les autres à une semblable obstination.

Qu'ils ne doyvent point, etc. La vérité estoit telle. Car S. Paul enseignoit indifféremment aux Juifs et aux Gentils, que la liberté leur estoit acquise. Car ces sentences sont générales en ses Epistres : La Circoncision n’est rien !. Item, 1) 1 Cor., VII, 19.

Nous sommes circoneis par le Baptesme en Christ, non point par circoncision faite de main, item, Que nul ne vous juge au manger, ou au boire, ou en la différence des jours : lesquelles choses ne sont sinon une ombre des choses à venir : mais le corps est en Christ!. Item, Mangez de tout ce qui se vend au marché, et de tout ce qui est mis devant vous, né vous enquérans point pour la conscience?. Item, Ne soyez plus détenus du joug de servitude*. Veu qu’il a ainsi parlé par tout sans exception, il affranchissoit les Juifs de la nécessité de garder la Loy. Et afin que je ne soye trop long en ce propos, il suffira dalléguer un passage, où il compare la Loy à un tuteur, sous la conservation duquel lEglise ancienne à esté comme en aage puérile : mais qu’elle est maintenant en aage parfaite, après qu’elle à cognu la grâce de Christ, en sorte qu’elle est affranchie des cérémonies. Il est bien certain qu’il comprend en ce passage les Juifs avec les Gentils. Aussi quand il dit que l’obligation de la Loy, qui consistoit en décrets, a esté effacée par Christ, et attachée à la croix +, il exempte les Juifs aussi bien que les Gentils des cérémonies, lesquelles il appelle là Décrets. Mais d'autant qu’il ne rejettoit point absoluement les cérémonies, monstrant qu'elles estoyent cessées par Ja venue de Christ, et qu'il ne les faloit plus observer, cela n’estoit point un révoltement, comme ses envieux disoyent. Et de faict, la liberté de Paul n’estoit point incognue aux anciens. Comme ainsi soit donc qu'ils entendissent bien le faict, ils ne demandent autre chose, sinon de donner à cognoistre aux simples et ignorans, que Paul n’avoit rien moins délibéré, que d’induire les Juifs à un mespris de la Loy. Parquoy ils ne regardent point le faict nud en soy, mais Sçachans quelle opinion Île peuple avoit de Paul pour les mauvais et faux rapports, ils désirent d'y remédier.

Or il appert par ceci, combien les hommes sont fols et légers à croire, quand on leur propose des calomnies et faux blasmes d’autruy, et comment on retient obstinéement une mauvaise opinion, la-

3) Col, 11,11,16. 2) 1 Cor., X,25, 3) Gal., V,I.

Car. XXI.

quelle on aura une fois follement conceue. I] ne faut point douter que Jaques et ses compagnons n’ayent fait ce qu’ils ont peu pour maintenir le bon renom de Paul, et effacer les mensonges, qui nuisoyent à sa bonne réputation : tant y a toutesfois qu'ils ne peuvent empesther que Paul n’ait mauvais bruit : si d’aventure on ne veut dire que du commencement ils en avoyent trop dissimulé pour s’accommoder à ceux de Jérusalem, tellement que puis après ils n’estoyent pas en liberté de leur contredire apertement.

22 Il faut entièrement, etc. 1 y a mot à mot, Il faut que la multitude s’assemble. Car on eust trouvé estrange, qu'un Apostre de si grand renom né se fust monstré devant toute la compagnie des fidèles. Car s’il eust refusé de se monstrer devant le peuple, c'eust esté pour augmenter les souspeçons mauvais qu’on avoit conceus de luy. Cependant nous voyons de quelle modestie les anciens ont usé pour entretenir une bonne concorde, quand ils donnent ordre de bonne heure que le peuple ne soit-offensé: sinon que paraventure ils donnent trop de lieu à l’infirmité d’iceluy, requérans que Paul face vœu. Au reste, c’est.

une moüération bien à garder en l'Eglise, que les Pasteurs ayent authorité : mais qu'ils ne dominent point orgueilleusemênt, et n’ayent point en desdain le résidu du corps. Car la distinction des ordres et charges de l'Eglise ne doit pas estre cause de dissension, veu que c'est un bien de paix.

23 Fay donc ce que nous te disons, eic. Vray est qu’il semble que les anciens ont eu une amour excessive envers leur nation, et que de là ils sont tombez à la supporter plus que de raison. Mais le jugement de cela dépend des circonstances qui nous sont aujourd’huy cachées, et lesquelles leur estoyent évidentes. Presque tout le corps estoit composé de Juifs, en sorte qu’il ne faloit point craindre le scandale des Gentils. Car la cause de division és autres pays estoit, qu’un chacun estant adonné à sa coustume, vouloit imposer loy aux autres. D’avantage, en Jérusalem ils avoyent beaucoup 4) Col,, II, 14.

Cnar. XXI

de.choses qui les convioyent à garder les cérémonies de la Loy, en sorte qu’il y avoit plus d’excuse, S'ils les délaissoyent plus tard. Or combien que ce zèle ne fust point sans vice, tant y a toutesfois que comme il n’estoit pas facile de le corriger, aussi à grand’peine y eust-on mis remède si tost. Mais voyons comment après un long temps à grand’peine les Aposires ont peu se despouiller de ceste superstition. Et pource que tous les jours nouveaux disciples venoyent à la foy, l’infirmité aussi se nourrissoit en tous les autres. Nonobstant il ne faut point nier qu'il n’y eust de l’obstination avec ceste ignorance, laquelle toutesfois les anciens ont supportée, de peur qu’en appliquant des remèdes trop rudes et violens, ils ne nuisissent d'avantage. Asçavoir-mon s'ils ont passé mesure, je n’en détermine rien. Qui ont fait vœu, etc.

Combien que ces quatre hommes soyent mis yei aux nombre des fidèles, néantmoins leur vœu estoit superstitieux. Dont il appert que les Apostres ont eu fort grand’peine à gouverner ceste nation, laquelle non-seulement estoit endurcie par long usage à garder là Loy, mais estoit avec cela opiniastre de nature, et presque du tout intraitable. Toutesfois il se peut bien faire que ceux-ci estoyent encore novices : et que pourtant leur foy estoit tendre, et non encore bien formée. A cause de quoy leurs conducteurs qui les avoyent enseignez, enduroyent qu’ils accomplissent le vœu qu’ils avoyent follement entrepris par ignorance. Quant à S. Paul, c’estoit autre chose, pource qu’il wa point fait Ce vœu pour sa conscience, mais pour l’amour de ceux qu'il vouloit bien supporter en leur erreur.

Néantmoins il faut adviser si ceci estoit une des cérémonies indifférentes, lesquelles les fidèles avoyent liberté d’observer ou omettre. Il semble bien qu’elle a eu aucunes choses meslées, n’estans guères accordantes avec la profession de la foy.

Mais pource que la fin de ce vœu estoit action de grâces, comme il a esté dit cidessus, au chap. XVII, v. 18, et qu’en la cérémonie il n’y avoit rien qui fust répugnant avec la foy de Christ, sainct Paul n’a point fait difficulté de descendre

SUR LES ACTES

jusques-là pour rendre tesmoignage de sa religion: Sainct Paul donc a fait cé qu’il dit ailleurs de soy (4 Cor., IX, 20) car il s’est adjoint aux sectateurs de là Loy, comme s’il eust esté aussi astraint à la Loy. Brief, il à esté fait tout à tous, afin qu'il gaignast tous: asçavoir la conscience sauve, tellement qu’il ne se polluast d'aucun sacrilége sous couverture de charité. Il ne Iuy eust pas esté si bien licite de se trouver à un sacrifice solennel d’expiation et satisfaction. Maïs il luy a bien esté loisible d’user indifféremment de ceste partie du service divin, laquelle consistoit en un vœu: moyennant qu’il ne feist cela par religion, mais seulement pour soulager les infirmes. Or est-il ainsi que son intention n’estoit point de présenter quelque service et honneur à Dieu par une telle cérémonie : et si n’a point eu sa conscience liée : mais il s’ést assujeti en liberté aux frères infirmes.

24 Qu'il n'est rien des choses qu’ils ont, etc. I semble qu’ils veulent induire Paul à monstrer quelque feintise ou faux semblant. Car Ce n’estoit point pour néant que le bruit s’estoit levé, qu’il destournoit les Juifs des cérémonies, et aussi qu’il re cheminoït point en l’observation de la Loy. Mais il faut réduire en mémoire ce que j'ay desjà dit, que ça esté assez à Paul et aux anciens, qu’il fust purgé de la calomnie et blasme qui luy avoit esté iniquement imposé: asçavoir, qu’il eStoit apostat de la Loy: et au reste, quelque temps il se fust peu présenter quelque meilleure occasion à S. Paul de s’excuser, et les retirer petit à petit de leur erreur, Et certes ce n’estoit point chose utile que Paul fust long temps réputé observateur de la Loy, tel que les diseiples estoyent ordinairement pour lors. Car par ce moyen c’eust esté mêttre devant leurs yeux un voile plus espés pour obscurcir la lumière de Christ. Et pourtant sçachons que sainct Paul n’a point usé de quelque faux semblant, mais a monstré et protesté en bonne rondeur, qu’il n’avoit aucune haine contre la Lôoy, mais plustost l’avoit en révérence. Ils ordonnent, qu’il contribue avec eux. d'autant qu’on avoit accoustumé de contribuer en commun, pour offrir un sacrifice ensemble.

25 Mais touchant ceux qui ont creu.

Is adjoustent ceci, à celle fin qu’il n’y ait aucun souspeçon, qu’ils vueillent maintenant oster la liberté qu’ils avoyent au paravant ottroyée aux Gentils, ou faire un préjudice contr’eux à l’advenir. Mais cependant il semble qu’ils détienent les - Juifs sous le joug de servitude, duquel ils deslient expresséement les Gentils seulement. Je respon à cela, que veu que la condition de tous estoit égale, aussi un mesme droict a esté permis tant aux uns qu'aux autres : mais qu’il n’est point yci fait mention des Juifs, pource qu'ils es-

Cuar. XXI.

toyent encore tant adonnez à leurs observations, qu’ils ne vouloyent pas prendre la liberté qu’ils avoyent. Or les Apostres prouvoyoyent nomméement aux Gentils, à ce que les Juifs selon leur coustume, ne rejettassent comme profanes et immondes, ceux qui n’estoyent ne circoncis, ne nourris en l’observation de la Loy. Au reste, afin que je ne remplisse ycile papier pour néant, en réitérant ce qui a desjà esté dit, les lecteurs auront recours au Chap. XV, v. 20, pour veoir ce qui appartient à l’exposition de ce décret.

26 Adonc Paul ayant prins ces hommes avec soy, et le jour ensuyvant s'estant purifié. avec eux, entra au temple, dénoncant l'accomplissement des jours de la purification, jusqu’à tant que l'oblation fust offerte pour un cha-

cun d'eux.

27 Et comme les sept jours se devoyent passer, aucuns Juifs d'Asie l'ayans veu au temple, esmeurent toute la multitude, et meirent les mains sur luy,

28 Crians, Hommes Israélites, aidez-nous : voyci cest homme, qui enseigne par tout un chacun contre le peuple, et la Loy, et ce lieu-ci: d'avantage, il a aussi amené.les Grecs dedans le temple, et a pollué ce sainct lieu.

29 Car par avant ils avoyent veu Trophime Ephésien en la ville avec luy : lequel ils estimoyent que Paul eust amené dedans le temple.

30 Et toute la cité fut esmeuëé : et le peuple y accourut, el ayans empoingné Paul, ils le tiroyent hors du temple : et incontinent les portes furent fermées.

26 Adonc Paul ayant prins, etc.

Quant à ce qu'aucuns accusent S. Paul, et disent qu’il a usé de finesse, comme s’il eust monstré par semblant autre chose qu'il ne pensoit à la vérité, Jay cidessus réprouvé cela. Il y a bien plus de couleur en ce qu’aucuns débatent, et est (par manière de dire) plus disputable, asçavoir qu’il a trop facilement acquiescé :

et toutesfois je ne reçoy point ce qu'aucuns veulent dire, que le mal qui est advenu à sainct Paul, c’est d'autant que jouant un nouveau personnage et non accoustumé, il n’a pas assez constamment maintenu la liberté acquise par Jésus- Christ, comme il avoit bien accoustumé. Je confesse bien que Dieu punira souventesfois de fols conseils par un événement mal-heureux : mais je ne voy point de raison pourquoy cela doyve estre tiré à S. Paul, lequel d’une sujétion volontaire a tasché de s’insinuer aux rudes et ceux qui n’estoyent guères bien enseignez, afin

qu’il proufitast, non pas qu’il l’eust fait de soy-mesme, et sans Occasion : mais pource qu’il aimoit mieux céder aux frères, que de se tenir à son jugement. Car quand on l'eust une fois admis, il fust faclement venu à modérer ce zèle. Plustost son humanité mérite une grande louange que non-seulement il s’abaisse bénignement pour l’amour du peuple ignorant et rude, mais il obtempère à la folie de ceux, ausquels il avoit esté suspect à tort et sans cause. il avoit juste occasion de se plaindre d’eux, d'autant qu’ils avoyent creu si légèrement contre sa réputation :

de ce qu'il s’en déporte, en cela il démonstre une merveilleuse patience : eten ce qu’il tasche si songneusement de les gaigner et attirer à soy, en cela il démonstre une modestie singulière. Joïnct qu’il pouvoit estre plus aspre envers Jaques et ses compagnons, d'autant qu'ils n’avoyent pas employé assez grande diligence à purger le peuple d'erreur. Car

Cuar. XXI.

combien qu'il soit certain qu’ils avoyent fidèlement enseigné, néantmoins il se peut bien faire que le regard du temple, et le siége mesme de la Loy les ait empeschez à maintenir l’usage de la liberté.

Mais Paul trouve bon leur conseil, et y acquiesce, soit qu'il ait voulu de son bon gré quitter son droict, soit qu'il ait estimé qu’ils voyoyent mieux ce qui estoit expédient. Or quant à ce que les faux Nicodémites veulent par cest exemple de S. Paul farder leur feintise desloyale, quand ils se polluent et souillent en toutes les ordures de la Papauté, cela n’ha nul besoin de longue réfutation. Ils se vantent qu'ils ottroyent cela aux frères infirmes : comme si S. Paul leur avoit tout ottroyé sans regarder comment. Si estans Juifs ils faisoyent un vœu entre les Juifs, selon l’ordonnance de la Loy, qui ne fust souillé d'aucune idolâtrie, lors ils se monstreroyent semblables à S. Paul.

Mais maintenant, veu qu’ils s’enveloppent en des lourdes superstitions et manifestement meschantes, et ce pour fuir l’exercice de la croix, quelle est ceste similitude qu’ils forgent ?

27 Aucuns Juifs d'Asie, etc. I est certain que ces Juifs-ci avoyent les Chrestiens en desdain et haine. Ainsi quand S. Paul s’employe à appaiser les fidèles, il tombe cependant dedans la rage de ses ennemis. Et ceux qui esmeurent ce trouble, estoyent d'Asie: mais aussi les cœurs de tout le peuple estoyent si remplis de haine contre luy, que tous ont esté facilement saisis de rage. Or nous sommes enseignez par ce passage, que nous ne devons porter si impatiemment, S'il advient quelque fois que nous soyons frustrez de nostre espérance, et si nos entreprises lesquelles nous aurons faites de droite et saincte affection, ne succèdent pas bien, tellement que nos actions n’ayent pas tousjours bonne issue. Cependant il ne faut rien attenter sinon en bonne conscience, et par l'Esprit de Dieu: mais quand bien les choses ne nous viendront lors à souhait, si est-ce que ce sentiment intérieur nous doit soustenir, que nous scavons nostre affection estre approuvée de Dieu: combien que nostre effort soit exposé aux opprobres et mocqueries des

SUR LES ACTES

hommes. Et ne nous repentons de nostre bénignité et mansuétude, s’il advient que les meschans nous en rendent mauvais guerdon.

28 Hommes Israélites, aidez-nous, etc. Is crient à haute voix ensemble, comme. si tout estoit perdu: et appellent tous les autres pour leur donner secours, comme si toute la religion estoit en danger. Par cela nous voyons de quelle haine etrage ils ont esté embrasez contre sainct Paul, seulement pource qu'admonestant qu’on trouve en Christ la pleine et entière vérité, il enseignoit que les figures de la Loy avoyent prins fin. Or quant à ce qu'après avoir veu Trophime, ils conçoyvent une fausse opinion, ils monstrent mieux par ceste soudaine légèreté, combien ils sont envenimez. Ils accusent sainct Paul de sacrilége. Pour quelle raison? Par ce qu’il a amené au temple un homme incirconcis. Mais quoy? c’est par fausse opinion qu’ils ont imposé un crime si énorme à un homme innocent. Ainsi verrons-nous ordinairement, que ceux qui sont menez à la volée de quelque opinion qu'ils auront présumée, monstreront aussi une folle audace et outrecuidée.

Mais quant à nous, apprenons par tels exemples de nous garder d’affections immodérées, et de ne lascher point la bride aux jugemens légèrement conceus, de peur que nous ne nous jettions sur les innocens d’une impétuosité desbordée et inconsidérée.

30 Æt toute la ville fut esmeuë. Nous voyons yci l’inconstance du peuple, lequel tient Paul pour condamné autant que lavoir ouy. Quant à ce que la cité s'esmeut és affaires de la religion, il ne s’en faut point esbahir : mais ceci procède d’un zèle pervers et d’une témérité insensée, qu’elle s’eslève contre Paul sans ouir sa cause. Car en ce naturel corrompu il y avoit de la malice conjointe à leur folie, tellement que sans difficulté ils volent de leur propre gré pour maintenir une mauvaise cause, et cependant il eust esté bien difticile de les faire bouger pour quelque bon affaire, non pas mesme par beaucoup d’exhortations.

Vray est que ceste condition est fort fascheuse, qu'à l'appétit et instigation de

Car. XXL.

peu de gens tout le monde soit furieuse- | de bonne heure par cest exemple et au- .

ment et soudainement armé contre nous :

tres semblables, à soustenir she flots et

mais puis que le bon plaisir du Seigneur | impétuositez.

est tel, qu’un chacun de nous se prépare

31 Mais comme ils cherchoyent à le mettre à mort, le bruit veint au Capitaine de la bande de la garnison, que toute Jérusalem estoit troublée.

32 Lequel tout à l'heure print des gend'armes et centeniers, el courut à eux. Lesquels voyans le Capitaine et les gend'armes, cessèrent de batre Paul.

33 Lors le Capitaine approcha, et meit les mains sur luy, commandant qu'il Just lié de deux chaînes : puis interroqua qui il estoit, et qu'il avoit fait.

34 Et les uns crioyent d'un, et les autres d'autre, en la fouille. Et pource qu'il ne pouvoil cognoistre rien de certain à cause du bruit, ù commanda qu'il

rt mené en la forteresse.

35 Et quand il fut venu aux degrez, il adveint qu’il fut porté des gend'ar-

mes pour la violence de la foulle.

- 36 Car la multitude du peuple le suyvoit, criant, Oste-le.

37 Et comme Paul commencçoit à estre mené en la forteresse, il dit au Capitaine, Ne m'est-il point loisible de parler à toy ? Et il demanda", Scais-tu Grec?

38 N’es-tu pas l'Egyptien, qui ces jours passez as esimeu une séditlion, et as retiré au désert quatre mille brigandeaux ??

39 Et Paul luy dit, Certes je suis homme Juif, citoyen natif de Tharse, ville renommée de Cilice. Je Le prie, permets-moy de parler au peuple.

40 Et quand il luy eut permis, Paul se tenant sur les degrez, feit signe de : la main au peuple. Puis grand silence estant fait, il parla à eux en langue

Hébraïque, disant,

1) Ou, dif. 2) Act., V, 37.

31 Mais comme ils cherchoyent, etc.

On apperçoit bien la violence furieuse de Satan, en ce qu’il traîne le peuple jusques à une telle rage, qu'après avoir fermé les portes du temple, ne se contentans point de punir S. Paul moyennement, ils conspirent à le faire mourir.

Nous devons bien tenir pour tout résolu, que les ennemis de la vraye religion sont furieusement poussez par Satan : de peur que leur rage, quelque bruyante et cruelle qu’elle soit, ne nous trouble point. À l’opposite, on peut yci veoir une merveilleuse bonté de Dieu, lequel suscite en bien peu d’heure le Capitaine, pour sauver la vie à Paul. Vray est qu’il ne pense rien moins qu’à cela : Car il accourt seulement pour réprimer lesmotion du peuple : mais le Seigneur a monstré une plus claire espreuve de sa providence, en ce que la vie de Paul a esté préservée du danger tant éminent sans aucun conseil humain. Voylà comme il

permet que les fidèles non-seulement soyent en grand’peine, mais aussi presque accablez: afin qu’il monstre beaucoup plus évidemment sa puissance, en les délivrant du milieu de la mort. Au reste, là où nous traduisons Capitaine, S. Luc use du mot de Tribun : mais c’est improprement qu’il dit le Tribun ou Capitaine de la bande de la garnison : car chasque Tribun avoit sous soy mil hommes : ce qui appert bien aussi par le texte, quand il est dit que ce Tribun print avec soy des Centeniers.

32 Lesquels voyans le Capitaine, etc.

La majesté de Dieu, ne la saincteté du temple, n’avoit peu appaiser la fureur de ce peuple : et voyci maintenant la révérence d'un homme profane qui le fait ployer. Dont il appert clairement qu’ils ont esté embrasez d’une cruauté barbare, plustost que de quelque zèle. Quant à ce que le Capitaine lie Paul de chaines, il monstre bien par cela qu’il n’es-

Car. XXI.

toit point venu pour le soulager. Les incrédules attribueroyent tout incontinent cela à fortune : mais le S. Esprit nous a yei peint devant nos yeux comme en un tableau la providence de Dieu, régnant entre les esmotions confuses et tumultes des hommes. Or combien que ce soit une chose dure, que ce tant fidèle serviteur de Dieu est traitté si ignominieusement :

tant y a toutesfois que ce que fait ce, Capitaine sera une équité, si on fait comparaison de la rage des Juifs. Il ie lie, comme si c’estoit un brigand ou mal-faicteur : toutesfois après l'avoir ainsi lié, il ha bien patience de l’escouter : et eux le tuoyent à force de coups. Il ne veut point aussi rien ordonner de rigoureux à l'encontre de luy, que premièrement il n’ait cognoissance de cause. Mesmes ç’a esté un fort bon moyen d’appaiser leur cruauté, de ce qu'ils s’attendoyent que ce Capitaine le feroit aussi tost mener au supplice.

34 Et les uns crioyent d'un, etc. La forcénerie de ce peuple mutiné se monstre en toutes sortes. [ls jettent des cris en l’air où n’y à non plus d’accord qu’entre chiens et chats : cependant ils sçavent bien demander tout d’un consentement que Paul soit mis à mort, qui n’estoit convaincu d'aucun crime. Au reste, il ne faut point douter qu’ils n’ayent esté aveuglez sous apparence et couleur d'un sainct zèle : mais c’est la vérité de la cause bien cognue qui fait les vrais zélateurs de Dieu, comme les Martyrs.

Quand sainct Luc fait mention de la forteresse, il faut entendre que les souldats et gend’armes qui estoyent en garnison dedans la ville, avoyent un fort muni et remparé de tous costez, lequel ils pouvoyent garder comme un bastillon ou forte tour, et dont ils pouvoyent repousser la violence du peuple, si on eust esmeu quelque sédition. Car il n’y eust pas eu grande seureté pour eux, qu’ils eussent esté logez par les hostelleries et autres maisons dedans une ville si sujete à esmotions et mutineries, et au milieu d’un peuple auquel on ne se pouvoit nullement fier. Et nous recueillons que ceste forteresse estoit située en lieu haut, par ce que dit S. Luc, que quand on veint

SUR LES ACTES

aux degrez, les gend'armes. portèrent Paul. Or soit que Paul ait esté eslevé en haut par les gend’armes, pour le mener en sauveté dedans la forteresse : soit qu’il ait esté ainsi poussé par la violence de la flotte qui le pressast, si est-ce que cela n’a point esté fait par faveur : mais tant plus que la cruauté de ses ennemis furieux estoit embrasée, tant plus clairement Dieu s’est monstré favorable et propice à son serviteur.

37 Ne m'est-il point loisible de parler à toy. Paul s’est offert à défendre sa cause : ce que tous serviteurs de Dieu doyvent faire. Car il nous faut tascher tant que nous pourrons, que nostre rondeur et intégrité soit cognue de tous, afin que nul déshonneur ou blasme ne reviene sur le nom de Dieu par nostre diffame. Or quand le Capitaine s’enquiert si Paul est point ce brigand Egyptien, qui un peu au paravant avoit incité un fort grand nombre de gens à se révolter : apprenons que combien que les Ministres du Seigneur Jésus s’estudient à se porter modestement et paisiblement, et combien qu’ils soyent eslongnez de toute coulpe, tant y a toutesfois qu’ils ne peuvent éviter les ignominies et opprobres du monde. Ce que nous devons bien noter, à celle fin que nous-nous accoustumions aux outrages, et Soyons prests en bien faisant d’estre mal-voulus.

Quand le Capitaine fait ceste interrogation de l'Egyptien, il n’entend pas Theudas le magicien, comme plusieurs pensent, et à tort: duquel Gamaliel a fait mention ci-dessus au chapitre V, et duquel Josèphe récite beaucoup de choses au livre 20 des Antiquitez. Car outre ce que nous avons yeu là, que Theudas avoit séduit quatre cens hommes {ant seulement, et qu'yci le Capitaine met quatre mille hommes, et dit que tous estoyent pendars et brigandeaux : il y a ceci d'avantage, que Theudas avoit suscité ceste faction sous le règne de l’Empereur Tibère, ou bien d'Auguste, de laquelle il n’y avoit plus qu’un petit bruit, d'autant qu’on y envoya en diligence une compagnie de gens de cheval, qui desfeit toute ceste racaille. Toutesfois il me semble que Josèphe s’abuse en

ce qu'il récite que Cuspius Fadus avoit esté envoyé au paravant par Claudius :

puis il adjouste que Theudas fut desfait par luy : veu que j’ay monstré ci-dessus que Claudius estoit encore homme privé quand la première sédition fut suscitée.

Combien qu’il discorde fort de ce que récite sainct Luc, quant au nombre, quand il dit qu’il y en eut environ trente mille qui furent attirez à ceste sédition :

sinon que nous linterprétions ainsi, qu'après qu’il fut mis en route par Félix, qu’il s'enfuit au désert avec quatre mille.

Or c’eust esté une chose trop absurde, que le nombre fust fait dix fois plus grand : Comme aussi d'appeler une troupe de gens non aguerris et sans défense, brigans et meurtriers. Car selon que tesmoigne Josèphe, ce trompeur par fausse promesse abusa ce povre simple populaire qui estoit trop facile à croire, se vantant qu’il estoit Prophète de Dieu, qui devoit faire passer le peuple par le milieu du Jordain. Au reste, Josèphe oste aussi toute doute, quand il récite que

Cuar. XXII.

lors que Félix estoit gouverneur, un Prophète Egyptien amassa quelque nombre de gens, et puis après les amena en la montagne des Olives : desquels il y en eut quatre cens tuez, deux cens pris, et le reste mis en route. Ces choses estoyent advenues il n’y avoit pas long temps : et puis, d'autant que Pautheur de ceste sédition estoit eschappé, et que tout le pays estoit plein et molesté de brigans, ce n’est point sans cause que le Capitaine fait ceste demande à Paul, asçavoir s’il est point cest Egyptien, contre lequel il voit la rage et haine de tous embrasée.

Sainct Luc ne récite point plus avant le propos que le Capitaine et Paul ont tenu : toutesfois il est vray-semblable, puis que tous deux sçavoyent bien parler Grec, qu'ils ont devisé plus longuement ensemble. Qui a esté cause que Paul a eu permission de parler au peuple. Car le Capitaine n’eust jamais otfroyé ne permis cela à un homme mal-faicteur, de baranguer publiquement en une ville tant suspecte.

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