‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 10 sur 99 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

A Estans donc justifiez par foy, nous avons paix envers Dieu par nostre

Seigneur Jésus-Christ.

2 Par lequel aussi nous avons eu accès par foy à ceste grâce en laquelle nous nous tenons fermes, et nous glorifions en l'espérance de la gloire de Dieu.

1) Eph., I, 18.

À Estans donc justifiez par foy. L’Apostre commence à faire valoir et esclaircir par les effets ce qu’il a dit jusques à ceste heure de la justice de la foy. Et pourtant tout ce chapitre consiste en amplifications, lesquelles toutesfois tendent aussi bien à expliquer et déclarer la chose, comme à la confermer. Car il avoit dit auparavant, que c’est abolir la foy, si on cherche justice par les œuvres : pource qu’il ne se pourra faire que les povres âmes, qui ne trouveront rien de ferme en elles, ne soyent troublées d'une inquiétude continuelle : maintenant il démonstre au contraire qu’elles sont faites paisibles et tranquilles, depuis que nous avons obtenu justice par la foy. Nous avons paix. Voyci un singulier fruit de la justice de la foy. Car si quelqu'un veut chercher repos de conscience par les œuvres (ce qu’on voit és gens profanes et brutaux) il perdra son temps. Car ou le cœur est assopi d’un mespris, ou d’oubliance du jugement de Dieu, ou bien il est plein de tremblement et crainte jusqu'à ce qu’il se soit reposé et arresté en Christ. Car e’est luy seul qui est nostre paix. Le mot de Paix donc signifie yci

une tranquiilité de conscience, qui procède de ce qu’elle sent Dieu réconeilié et appaisé envers elle. Le Pharisien enflé d’une fausse confiance de ses œuvres, n’ha point ceste paix : aussi n’ha le pécheur stupide, lequel estant enyvré de la douceur de ses vices, ne sent point d’inquiétude en soy. Car combien qu’il ne semble point en tous ces deux qu’ils ayent une guerre ouverte, comme ha celuy qui est navré du sentiment de son péché, toutesfois pource qu’ils n’approchent point au vray du jugement de Dieu, on ne peut pas dire qu’ils ayent paix avec luy. Car la stupidité de conscience est .

une manière de reculement et eslongnement de Dieu. Et pourtant la Paix envers Dieu, est mise à l’opposite de ceste stupidité de la chair, qui est comme une yvrongnerie. Car c’est tousjours le premier poinct, qu’un chacun se resveille soy-mesme pour rendre conte de sa vie.

Et il est certain que jamais homme ne se pourra présenter hardiment devant Dieu, s’il n’est appuyé sur la réconciliation gratuite : pource qu’il faut nécessairement que tous hommes soyent effrayezet confus tandis que Dieu se monstre juge.

Cuar. V.

Ce qui est un argument infaillible, que nos adversaires parlent bien à leur aise, er ne font que jaser à l’ombre du pot, comme on dit, quand ils attribuent justice aux œuvres. Car ceste conclusion de S. Paul dépend de ce principe-là, Que les povres âmes sont tousjours en branle et incertitude, sinon qu'elles se reposent en la grâce de Christ.

2 Par lequel aussi nous avons eu accès. Car nostre réconciliation avec Dieu est fondée en Christ : d'autant qu’il est luy seul le Fils bien-aimé, et nous sommes tous de nature enfans d’ire. Mais céste grâce nous est communiquée par l'Evangile, pource que c’est le ministère de réconciliation, par le moyen duquel nous sommes, par manière de dire, introduits au Royaume de Dieu. À bon droict donc S. Paul nous propose devant les veux, et nous establit en Christ, un gage certain de la grâce de Dieu, afin de nous mieux retirer et destourner de la fiance des œuvres. Et premièrement par le mot de Accès, monstrant que le commencement denostre salut vient de Christ, il exclud toutes préparations, par lesquelles les povres hommes mal-avisez pensent prévenir la miséricorde de Dieu : comme s’il disoit, que Christ vient au-devant sans que nous ayons rien mérité, et nous tend la main. Après cela il met incontinent, Que par la continuation de la mesnie grâce nostre salut demeure ferme et stable : en quoy il signifie que la persévérance n’est point fondée en nostre vertu ou industrie, mais en Christ. Combien que par mesme moyen, en disant que nous-nous tenons fermes : il monstre combien l'Evangile doit estre profondément enraciné és cœurs des fidèles : afin qu’estans fermement appuyez sur la vérité d’iceluy, ils persistent fermes à l’encontre de toutes les machinations du diable et de la chair. Et par ce mot il signifie

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

que la foy n’est point une persuasion d’un jour, et qui s’escoule, mais ferme et bien avant enracinée dedans les cœurs, pour persévérer durant toute la vie de l’homme. Celuy donc qui par une bouffée et impétuosité soudaine est poussé à croire, | n’ha pas pourtant la foy pour estre tenu du nombre des fidèles : ains celuy qui persiste ferme et de pied coy (comme on dit) en la vocation qui luy est ordonnée de Dieu, tousjours adhérant à Christ. Æt nous glorifions en l'espérance. Et aussi certes c’est de là que lespérance de Ia vie éternelle sort, et ose comme s’esgayer la teste levée, asçavoir qu’ayans comme fait un bon fondement, nous-nous sommes tenus fermes à la grâce de Dieu. Car le sens de S. Paul est, Que combien que les fidèles soyent maintenant comme voyagers en ce monde, toutesfois par la fiance et asseurance qu’ils ont, ils traversent les cieux, pour se maintenir paisibles en Fhéritage à-venir, comme s'ils le gardoyent en leur sein. Et yci sont renversées deux malheureuses et pernicieuses doctrines des Sophistes. La première, par laquelle ils veulent que les fidèles pour sentir et appercevoir la grâce de Dieu envers eux, se contentent d’une conjecture morale, c’est-à-dire, d’un Cuider. autre, par laquelle ils enseignent que personne n’est certain de persévérance finale. Voire, mais s’il n’y a pour le présent ferme sentiment ou cognoissance certaine, et pour l’advenir persuasion arrestée et indubitable, où est cestuy-là qui se puisse glorifier? L’espérance de la gloire de Dieu a monstré sa clarté sur nous par l'Evangile, entant qu’il rend tesmoignage que nous serons participans de la nature Divine. Car quand nous verrons Dieu face à face, nous serons semblables à luy, 2 Pierre, I, 4, et A Jehan, IF, 2.

3 Et non-seulement cela, mais aussi nous-nous glorifions en tribulations : scachans que tribulation produit patience! :

k Et patience probation?, et probation espérance.

5 Or espérance ne confond point, pour autant que l'amour de Dieu est espandue en nos cœurs par le sainct Esprit qui nous a esté donné.

4) Jag., 1,3. 2} Ou, expérience.

3 Et non-seulement cela. Afin que par mocquerie quelqu'un ne veinst à répliquer, que toutesfois les Chrestiens avec toute leur gloire, ne laissent point d’estre en ce monde tormentez et brisez en diverses et merveilleuses façons, laquelle condition est bien loin de félicité, il prévient ceste objection, et déclare que tant s’en faut que les calamitez empeschent les fidèles d’estre bien-heureux, que mesmes elles leur sont avancement de gloire.

Pour prouver cela, il prend son argument sur l'effet des afflictions, et use d’une belle gradation ?, par laquelle il conclud finalement, que toutes les povretez et misères que nous endurons, tournent à n0stre proufit et salut. Cependant, quand il dit que Les Saincts se glorifient en tribulations : il ne faut pas le prendre tellement, comme s’ils ne craignovyent et ne fuyoyent point les adversitez : ou comme si l’aigreur d’icelles ne les pressoit point quand elles advienent : (car aussi patience n’en pourroit pas venir, s’il ny avoit un sentiment d’amertume : )} mais pource qu’en gémissant et pleurant, ils ne laissent pas d’avoir toutesfois une grande consolation, en considérant que tout ce qu’ils souffrent leur est dispensé par la main du Père trèsbénin et clément : à bon droict il est dit qu’ils se glorifient.

Car où il y a avancement de salut, là aussi y a matière de se glorifier. Ainsi donc nous sommes yei enseignez quelle est Ja fin de nos tribulations, sinous-nous voulons monstrer enfans de Dieu. Car elles nous doyvent accoustumer à patience : et si ainsi ne se fait, nous rendons par nostre perversité l’œuvre du Seigneur vaine et inutile. Car comment prouve-il que les adversitez n’empeschent point la gloire des fidèles, sinon d'autant qu’en les portant patiemment, ils sentent l’aide de Dieu, lequel nourrit, entretient, et conferme leur espérance? Parquoy il est certain que ceux qui ne se duisent à patience, proufitent mal. Or à cela n’est point contraire qu’on trouve és Escritures quelques plaintes des Saincts plenes de désespoir. Car aucunesfois le Seigneur presse et estreint tellement les siens pour un temps, qu'à peine peuvent-ils repren-

Cuar. V,

dre baleine, et se souvenir des consolations : mais puis après en un moment il ramène à la vie ceux qu’il avoit plongez et quasi abysmez és ténèbres de mort.

Ainsi ce que dit sainct Paul est tousjours accompli en eux, Nous endurons oppression en toutes choses, mais nous n’en sommes point en angoisse : nous sommes faschez, mais nous ne sommes pas desti- {uez : nous sommes persécutez, mais nous ne sommes point abandonnez : nous sommes abbatus, mais nous ne périssons point, 2 Corinthiens, IV, 8. Tribulation produit patience. Cela ne procède point de la nature de tribulation, par laquelle nous voyons que la plus grand part des hommes prend occasion de murmurer contre Dieu, et mesme le blasphémer.

Mais quand en lieu de ceste rébellion est survenue une mansuétude et douceur intérieure, laquelle l'Esprit de Dieu y met, et la consolation laquelle iceluy mesme fournit, alors les tribulations sont faites instrumens pour engendrer patience :

lesquelles au contraire aux obstinez re peuvent causer que chagrin et murmure.

4 Et patience probation. I] semble que sainct Jaques faisant une semblable gradation, suit un ordre divers : car il dit que probation engendre patience.

Mais quand nous entendrons la diverse signification du mot de Probation, il sera aisé d’accorder les deux ensemble. Car sainct Paul prend probation pour l’expérience et espreuve que les fidèles font de la certaine protection de Dieu, quand se confians en son aide, ils surmontent toutes difficultez. Et de faict, quand en endurant patiemment ils persistent fermes, .

ils expérimentent que vaut la vertu du Seigneur, par laquelle il a promis d’assister tousjours aux siens. Sainet Jaques prend le mesme mot pour les tribulations mesmes suyvant le commun usage de l’Escriture : pource que par icelles Dieu examine et esprouve ses serviteurs, pour laquelle cause aussi souvent elles sont nommées Tentations. Entant donc que touche le présent passage, lors nous proufitons comme il faut en patience, quand nous considérons que nous l'avons eue bonne par la puissance de Dieu : et

1) C’est une Ggure des Rhétoriciens, quand on fait vemir Fun de l'autre, et qu'on continue ainsi par plusiours degrez,

que de là nous concevons espérance à l’advenir, que jamais la grâce de Dieu ne nous défaudra, veu qu’elle nous a tousjours assisté et secouru en nostre nécessité. Et pour ceste cause il met conséquemment que Probation engendre espérance pource qu’ayans desja receu des bénéfices de Dieu, nous sommes ingrats si par la mémoire, et souvenance d’iceux nous ne confermons nostre espérance à l'advenir.

5 Espérance ne confond point. C’està-dire, elle ha une issue de salut très-certaine et asseurée. Dont il appert que la fin pour laquelle le Seigneur nous exerce par adversitez, est à ce qu’elle servent dè degrez pour avancer nostre salut. Les misères donc ne nous peuvent pas rendre misérables, veu que selon leur esgard elles sont aides de béatitude. Ainsi est prouvé ce qu’il avoit dit, Que les fidèles ont matière de se glorifier au milieu des afflictions. Pour autant que l'amour de Dieu. Je rapporte ceci non pas seulement au mot prochain, mais à toute la sentence précédente : asçavoir , Que par tribulations nous sommes comme aiguisez à patience, et que patience nous est ‘une espreuve de l’aide de Dieu, afin que nous soyons plus accouragez à espérance : que tout cela, di-je, est vray, pource que quoy que nous soyons pressez, et qu’il semble d'heure en heure que nous devions estre accablez, nous ne laissons pas toutesfois de sentir l’amour et bénignité de Dieu envers nous, qui est une Consolation merveilleuse, et beaucoup plus grande que si toutes choses nous venoyent à souhait. Et de faict, comme quand nous avons Dieu contraire et ennemi, cela mesme qui semble estre félicité n’est que misère et malheur : ainsi Payans propice, il est certain que mesme les calamitez nous tourneront à bien, et auront bonne et heureuse issue. Car il faut que toutes choses servent au bon plaisir du Créateur, qui d’une amour paternelle qu’il nous porte, (comme sainct Paul le répé-

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

tera enCores au huitième chapitre) modère tellement , et, par manière de dire, assaisonne tous les exercices de la croix, qu’ils servent à nostre salut. Cette cognoissance de l'amour de Dieu envers nous est précédée du sainct Esprit, qui la fait descouler dedans nos cœurs. Car ce sont choses cachées et aux aureilles et aux yeux et à l’entendement de l’homme, que les biens lesquels Dieu à préparez à ceux qui le servent. Il’ n’y a que le sainet Esprit qui les puisse manifester et faire sentir. Au reste, le mot Est espandue, est merveilleusement signifiant et de grand poids.

Car il signifie que la révélation de l'amour de Dieu envers nous est si abondante, qu’elle remplit nos cœurs. Or estant ainsi espandue par toutes les parties, nonseulement elle addoucit la tristesse és adversitez, mais aussi, comme une bonne sausse, elle fait que nous trouvons les tribulations plaisantes et amiables. Il dit d'avantage que Cest esprit nous a esté donné : c’est-à-dire conféré par la bonté gratuite de Dieu, et non pas rétribué à nos mérites. Comme sainct Augustin a fort bien observé, lequel toutesfois s’abuse en l'exposition de ce mot Amour de Dieu. Il entend que nous endurons constamment les adversitez, et par ce moyen sommes confermez en espérance, d'autant qu’estans régénérez par le sainct Esprit, nous aimons Dieu. Vray est que c’est une sentence saincte et bonne, mais elle ne vient à propos de l'intention de sainct Paul: car ce mot d'Amour se prend yci en signification passive, et non pas active : c’est-à-dire, il signifie l'amour de laquelle nous sommes aimez de Dieu, et non pas de laquelle nous aimons Dieu. Et il est certain que sainct Paul ne veut enseigner autre Chose, sinon que la vraye source de toute patience est, que les fidèles sont asseurez et bien persuadez que Dieu les aime, et n’ont point seulement quelque léger goust de ceste persuasion, mais en ont, par manière de dire, leurs cœurs tous abbreuvez.

6 Car nous estans encore infirmes selon le temps", Christ est mort pour

nous Mmeschans?. .

1) Ou, du temps que nous estions encores inhabiles, (ou sans nulle force,) Christ est mort en son temps pour nous qui

#slions sans religion.

2) Héb., IX, 15, 28. 1 Pierre, LL, 18.

Car. V.

1 A grand'peine certes advient-il qu'aucun meure pour un juste ; mais encore pourroil-il estre que quelqu'un oseroit mourir pour quelque bon‘.

8 Mais Dieu certifie sa charité envers nous, en ce que quand nous estions encore pécheurs?, Christ est mort pour nous.

9 Beaucoup plustost donc estans maintenant justifiez en son sang, nous se-

rons délivrez d'ire par luy.

1) Ov, bienfaicteur. 2) Ou, abandonnez à péché.

6 Car nous estans encore. En la translation je n’ay pas osé prendre si grande liberté que de traduire, Au temps, ou Du temps que nous estions infirmes :

lequel sens toutesfois me venoiït plus à gré. Or il commence yei un argument du plus grand au plus petit, lequel il poursuyyra puis après au long. Combien qu’il ne déduit pas le fil du propos fort distinctement : mais la suyte des mots un peu emmeslée ne troublera point le sens. Si Christ, dit-il, a eu pitié de nous estans meschans: s’il nous à réconciliez au Père quand nous estions ennemis : s’il a fait cela par la vertu de sa mort, beaucoup plus facilement il nous sauvera maïintenant que nous sommes justifiez : il nous entretiendra en grâce, quand il nous y a une fois remis : veu mesmement que maintenant avec la mort l’efficace de sa vie y est aussi conjointe. Par le temps d'infirmité aucuns entendent quand Christ commencea premièrement à esire manifesté au monde : et pensent que les hommes sont appelés infirmes, lesquels estans sous la pédagogie de la Loy, estoyent semblables à des enfans. Quant à moy, je le rapporte à un chacun de nous, et di que ce mot est pour noter le temps qui précède la réconciliation de chacun avec Dieu. Car comme nous naissons tous enfans d’ire, ainsi nous demeurons enserrez en ceste malédietion-là, jusques à ce que nous soyons faits participans de Christ.

Et il appelle Znfirmes, les hommes n’ayans rien en eux que tout vicieux et COrrompu.

Car incontinent après il appelle ceux-là mesmes Meschans. Et ce n’est pas une chose estrange ou nouvelle, que le mot d’Infirmité soit prins en ce sens. Luymesme pour ce regard appelle les parties honteuses du corps, Infirmes, 1 Corinth., XII, v. 22: et la présence du corps infirme, laquelle n’ha point d'apparence et de majesté, 2 Corinth., X, v. 410. Quand

donc nous estions infirmes, c’est-à-dire, que nous n’estions aucunement dignes ou disposez à ce que Dieu nous regardast, en ce temps-là le Christ est mort pour nous meschans. Car le commencement de bonté ou piété, c’est la foy, de laquelle n’avoyent rien tous ceux pour lesquels il est mort. Ce qui convient aussi aux Pères anciens, qui avoyent obtenu justice ayant sa mort. Car ce bien ne leur venoit que de ceste mort, qui devoit une fois estre.

71 À grand peine. Le mot Grec yci mis, signifie communément Car: mais en ce passage le sens m’a contraint de le prendre plustost en affirmation ou déclaration, que pour rendre raison. La substance du propos est telle, Certes c’est un acte qu’on voit bien à tard entre les hommes, que quelqu’un vueille mourir pour un juste : combien qu’il se pourroit trouver quelque fois. Mais prenons le cas qu’il se face, si est-ce qu’on n’en trouvera point entre les hommes qui vueille mourir pour un meschant. Or Christ l’a fait. Ainsi C’est une amplification par comparaison, d'autant qu'entre les hommes il est impossible de trouver un tél acte d'amour, qu'est celuy que Christ a monstré envers nous.

8 Mais Dieu. Comme ainsi soit que le mot Grec qui est yei mis, ait diverses significations, il est plus convenable au présent passage de le prendre pour Conférmer ou Certifier : que pour Louer ou Magnitier, comme aucuns le prenent. Car l'intention de l’Apostre n’est pas de nous inciter à action de grâces, mais d’establir la fiance et certitude des äàmes. Ainsi donc, Dieu conferme, c’est-à-dire déclare sa charité envers nous très certaine et asseurée , en ce qu’il n’a point espargné son Fils pour des meschans. Car en cela se monstre sa dilection, que w’estant point induit par nostre amour, il nous a premier aimez de son propre mouvement,

Crar. V. SUR L'ÉPISTRE

comme dit S. Jehan, IF, v. 16. Le mot de Pécheurs yei, comme en plusieurs autres passages, signifie ceux qui sont du tout vicieux ou corrompus, et addonnez à péché : comme dit Jehan, IX, v. 34, Dieu n’exauce point les pécheurs, c’est-à-dire les meschans, et gens de mauvaise vie :

et Luc, VII, v. 37, Une femme pécheresse, c’est-à-dire de mauvaise vie, et diffamée. Ce qui est encore mieux monstré par l’opposite qui s’ensuit incontinent, Estans justifiez par son sang. Car puis qu’il oppose ces deux choses l’une à l’autre, et appelle Justifiez ceux qui sont délivrez de la condamnation de péché, il s’ensuit que les Pécheurs sont ceux qui sont condamnez pour leurs mesfaits et offenses. Il veut dire en somme, Si Christ par sa mort a acquis justice aux povres

pécheurs, beaucoup plus maintenant qu’ils sont justifiez, il les préservera de ruine et perdition. Et en ce dernier membre il applique à sa doctrine la comparaison qu’il avoit faite de la chose moindre à la plus grande. Car ce ne seroit pas assez que salut nous eust une fois esté acquis, sinon que Christ nous le mainteinst jusques au bout, entier et asseuré. Or c'est ce que maintenant l’Apostre prétend de monstrer, asçavoir qu’il ne faut jà craindre que Christ retranche à mi-chemin le cours de sa gràce envers nous. Car depuis qu’il nous a réconciliez avec le Père, nostre condition est telle, qu’il veut tousjours en plus grande efficace déclarer sa grace envers nous, et l’augmenter de jour en jour.

10 Car si lors que nous estions ennemis, nous avons esté réconciliez à Dieu par la mort de son Fils, beaucoup plustost estans desjà réconciliez, nous se-

rons délivrez par sa vie.

10 Car si lors que. C’est l'exposition de la sentence précédente, avec une amplification prinse de la comparaison de la vie et de la mort. Nous estions, dit-il, ennemis , quand Christ s’est mis entre deux pour nous rendre le Père propice :

maintenant nous sommes amis par Ja réconciliation qu’il à faite. Si sa mort a peu faire cela, sa vie sera bien de plus grande efficace et puissance au pris. Nous avons done suffisans tesmoignages pour confermer la fiance de salut en nos cœurs. Il entend que nous avons esté réconciliez à Dieu par la mort de Christ, pource que ce a esté le sacrifice d’expiation, par lequel Dieu a esté appaisé envers le monde, comme j'ay monstré au Chapitre IV. Mais il semble yeci que l’Apostre se contredise soy-mesme. Car si la mort de Christ a esté le gage de l’amour de Dieu envers nous, il s'ensuit que dès lors nous luy estions agréables. Et il dit yei, Que nous estions ses ennemis. Je respon, Que d'autant que Dieu hait péché, il nous a aussi en haine, entant que nous sommes pécheurs : mais entant qu’en son conseil secret il nous insère au corps de Christ, il ne nous haït plus: mais ce retour en grâce, ou ceste réconciliation nous est in-

cognue , jusques à ce que par SOY nous venions à en avoir jouissance. Ainsi, au regard-de nous, nous sommes tousiours ennemis , jusques à ce que la mort de Christentreviene pour appaiser Pieu, et le nous rendre propice. Or il faut bien noter ceste différence de divers regars. Car nous ne recognoissons point autrement la miséricorde de Dieu gratuite, si ceci n’est résolu, Qu'il n’a point espargné son Fils unique, pource qu’il nous aimoit du temps qu’il y avoit division et guerre entre luy et nous : D'autre part aussi nous ne sentons point assez le bénéfice qui nous à esté acquis par la mort de Christ, si nous ne prenons là le commencement de nostre réconciliation avec Dieu : tellement que nous soyons bien persuadez de cela, qu’en vertu de l’expiation qui a esté faite et accomplie, nous avons propice celuy qui au paravant nous estoit contraire justement et à bon droict. Ainsi donc, quand la réconciliation ou retour en grâce est attribué à la mort de Christ, le sens de ceste façon de parler est, Que lors à esté ostée la condamnation, en laquelle autrement nous serions enveloppez, comme à la vérité estans coulpables.

Car. V.

A1 Et non-seulement cela : mais aussi nous-nous glorifions en Dieu par nostre Seigneur Jésus-Christ, par lequel maintenant nous avons obtenu réconci-

liation.

A1 Et non-seulement cela : mais aussi, etc. 1] monte maintenant jusques au plus haut degré de tout ce en quoy se glorifient les fidèles. Car quand nousnous glorifions que Dieu est nostre, tous les biens qu’on peut imaginer ou désirer s’ensuyvent de là, et c’en est comme la source. Car Dieu n’est pas seulement de tous biens le souverain, mais il ha en Soy, et le Lout et chacune partie. Or ii a esté fait nostre par Christ. Il s'ensuit

donc que par le moyen de la foy nous parvenons là, que rien ne nous défaut de tout ce qui est requis à parfaite félicité.

Et ce n’est point sans cause qu’il répète tant de fois ce mot de Réconciliation.

Premièrement afin que nous apprenions, quand il est question de nostre salut, de ficher nos yeux en la mort de Christ :

puis après aussi afin que nous sçachions qu’il ne nous faut mettre nostre fiance ailleurs qu’en la purgation des péchez.

412 Parquoy, comme par un homme le péché est entré au monde. et par le péché la mort: et ainsi la mort est parvenue sur tous les hommes, d'autant

que tous ont péché.

43 (Car jusques à la Loy péché estoil bien au monde : mais le péché! n'est point imputé quand il n'y a point de Loy.)

14 Néantmoins? lu mort a régné depuis Adam jusqu'à Moyse, mesme sur ceux qui w'avoyent point péché à la facon de la transgression d'Adam, qui a

esté figure de celuy qui devoit venir.

1) Ou, orlepéché. 2) Ou, Mais.

12 Parquoy comme par un homme.

Il commence maintenant à amplifier la mesme doctrine par une comparaison des choses contraires. Car si Christ est venu afin qu’il nous rachetast de la calamité en laquelle Adam estoit cheut, et avoit précipité toute sa race avec luy, nous ne pouvons pas trouver un meilleur moyen pour veoir bien à clair que c’est que nous avons en Christ, que quand on nous aura mopstré que c’est que nous avons perdu en Adam. Combien que toutes choses ne soyent pas semblables dun costé et d'autre pour se rencontrer tousjours en la comparaison. Et pour ceste cause aussi S. Paul adjouste une correction, laquelle nous verrons en son lieu :

et toucherons d'avantage s’il y a encore quelque autre diversité. La sentence est aucunement obscure, par faute que Ja suite du propos ne continue pas, mais demeure à mi-chemin. Car le second membre n’est pas exprimé en la compa-

raison, lequel devoit estre mis à l’opposite du premier. Mais quand: ce viendra au lieu, nous mettrons peine de les esclaircir et égaler ou conjoindre familièrement l’un à l’autre. Le péché est entré.

Notons l’ordre qu’il met yci. Car il dit que le péché a précédé, et que du péché la mort s’en est ensuyvie. Car il y en a aucuns qui veulent dire que nous sommes tellement perdus par le péché d’Adam, comme si nous périssions sans qu’il y eust aucune faute de nostre costé, seulement pource que nostre premier père en péchant nous auroit rendus redevables!, Mais sainct Paul dit expresséement, que le péché a suyvi, et s’est espandu sur tous ceux qui en portent la peine. Sur quoy il insiste encore de plus près, quand un peu après il rend la raison pourquoy toute la postérité d'Adam est assujettie sous la domination de la mort. D'autant dit-il, que nous avons tous pêche. Or ce pécher duquel il parle

1) Voyez l’Institution, chapitre I, section 1?,

Car. V.

yci, ne signifie autre chose, sinon que nous sommes tous corrompus. Car ceste perversité naturelle, laquelle nous apportons du ventre de la mère, combien qu’elle ne produise pas si tost ses fruits, est toutesfois péché devant le Seigneur, et mérite sa vengence. Et c’est cela le péché qu’on appelle Originel. Car comme Adam en sa première création avoit receu les dons de Dieu, tant pour soy que pour ses successeurs, ainsi en se destournant de Dieu, par sa cheute, il à en Sa personne corrompu et perdu nostre nature. Car estant privé de ceste droiture en Jaquelle consistoit la semblance de Dieu, il n’a peu engendrer semence que semblable à soy. Nous avons donc tous péché, entant que nous sommes tous abbruvez d’une corruption naturelle et par conséquent iniques êt pervers. Car ça esté une cavillation frivole, quand anciennement les Pélagiens pour se desvelopper de ces mots tant exprès de S.

Paul, ont dit que le péché s’est espandu d'Adam sur tout le genre humain par imitation !. Car par ce moyen il s’ensuyvroit que Christ ne seroit pas la cause de justice, mais seulement lexemple pour ensuyvre. D’avantage il est aisé à recueillir que ce propos de S. Paul ne s'entend point du péché actuel. Car à quoy faire déduiroit-il la comparaison d'Adam avec Christ, si chacun attiroit sur SOy condamnation par succession de temps? Il s’ensuit donc qu’il parle yei d'une perversité engendrée avec nous.

43 Jusques à la Loy. Ceste parenthèse contient une anticipation. Car pource qu’il ne semble point que transgression puisse estre sinon qu’il y ait une Loy :

on pouvoit douter si le péché estoit avant la Loy. Qu'il y en eust depuis la Loy, c’estoit une chose hors de doute.

La difficulté estoit seulement quant au temps qui avoit précédé la Loy. Il respond dons, que combien que Dieu n’eust pas encore prononcé la sentence par la Loy escrite, néantmoins le genre humain ne laissoit point d’estre maudit, et ce dés le ventre de la mère : et que pourtant beaucoup moins sont absous de la condamnation de péché, ceux qui devant la

4) Voyez l’Instituti-n, chapitre IT, section 9,

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

publication de la Loy ont meschamment et mal-heureusement vescu. Car il y a tousjours eu un Dieu auquel estoit deu honneur et service : il y a tousjours eu quelque règle de justice. Ceste interprétation est si claire, et coule si bien, que d’elle-mesme elle réfute assez les autres qu’on amène au contraire. Mais le péché.

Sans la répréhension que la Loy nous fait, nous-nous endormons (par manière de dire) en nos péchez. Et combien que nous ne SOYONS pas ignorans que nous faisons ma}, toutesfois entant qu’en nous est, nous ensevelissons la cognoissance du mal, laquelle se présente devant nous :

ou pour le moins l’effaçons par une soudaine oubliance. Quand la Loy rédargue et menace, C’est comme si elle nous picquoit ou tiroit l’aureille pour nous resveiller, afin de nous faire tousjours revenir à penser au jugement de Dieu. Ainsi done, l’Apostre veut dire que les hommes, selon qu’ils sont pleins de perversité, quand ils n’avoyent point la LOy qui les resveillast, ayans pour la plus grand part rejetté la différence qui est entre le bien et le mal, se sont laschez la bride à plaisir et sans souci aucun, comme S'il n’y eust point eu de jugement de Dieu, Autrement que les péchez et forfaits ayent esté lors imputez aux hommes, nous en avons sufisans tesmoignages en la punition de Caïn : au déluge par lequel tout le monde fut englouti : en la destruction horrible de Sodome : et és peines qui furent envoyées sur Pharaon et Abimélech à cause d'Abraham : et finalement és playes, desquelles les Egyptiens furent frappez. Semblablement que les hommes se soyent imputez les péchez les uns aux autres, il appert par tant de complaintes et accusations, par lesquelles les uns chargent les autres, et les accusent d’iniquité : et au contraire, par les Géfenses lesquelles ils allèguent songneusement pour se purger; et maintenir les choses qu’ils ont faites. Finalement qu’un chacun à part SOy ait eu un sentiment en sa conscience, l'advertissant du bien et du mal, il y a des exemples tant et plus qui le monstrent. Mais le plus souvent ils fermoyent les yeux, et faisoyent semblant

de n’appercevoir pas leurs mauvais actes, tellement qu'ils ne s’imputoyent rien à péché, qu’à force et par contrainte. Et pourtant quand il dit que sans la Loy le péché n’est point imputé, il parle en comparaison de ce qui est quand la Loy crie :

asçavoir pource que les hommes, quand il n’y à aucun aiguillon de la Loy qui les picque, se plongent en telle stupidité qu'ils ne se soucient guères du mal qu’ils font. Au reste, l’Apostre S. Paul a yci entrelacé ceste sentence par un fort bon avis, afin que de là les Juifs cognussent mieux combien ils estoyent griefvement coulpables, veu que la Loyles condamnoit apertement. Car si ceux lesquels Dieu n’avoit jamais adjournez devant son siège judicial pour les convaincre de leurs fautes n’ont pas esté exempts de la peine du péché, que sera-ce des Juifs, ausquels Ja Loy en criant haut et clair, comme à son de trompe fait asçavoir leur coulpe? et mesme dénonce leur jugement et condamnation? On pourroit aussi amener une autre raison, pourquoy c’est qu’il dit expressément que le péché a régné devant la Loy, et toutesfois n’a point esté imputé : C’est asçavoir afin que nous sçachions que la cause de la mort ne procède point de la Loy, mais seulement y est monstrée. Il dit donc qu’incontinent depuis la cheute d'Adam, tous hommes ont esté misérablement perdus, combien que ceste perdition n’ait esté descouverte que quand la Loy est venue en avant. Le mot que nous avons traduit, Mais, quand nous le changerons en Combien que, le fil du propos en sera plus coulant. Car le sens sera : Combien que les hommes se flattent, que toutesfois ils ne peuvent pas eschapper le jugement, mesmes encore que la Loy ne les rédargue point.

14 La mort à régné. I expose et donne à entendre plus clairement, qu’il n’a rien servi aux hommes, que depuis Adam jusques à la publication de la Loy ils se soyent desbauchez à plaisir et sans crainte aucune, mettans en oubli la différence entre bien et mal : et mesmes que la Loy n’estant point, qui les admonestast, la souvenance du péché ait esté ensevelie : pource que nonobstant cela le péché avoit vigueur en condamnation.

Et pourtant la mort aussi a régné lors,

pource que l’aveuglement et endurcisse-

ment des hommes n’a peu abbatre ou abolir le jugement de Dieu. Hesme sur ceux qui n'avoyent. Combien qu'on entende communément ce passage touchant les petis enfans, qui n’estans coulpables d'aucun péché actuel, périssent par la corruption originelle: toutesfois J'aime mieux l’exposer en commun de tous ceux qui ont péché sans la Loy. Car il faut conjoindre ceste sentence avec les mots précédens, où il a esté dit que ceux qui estoyent sans la Lov, ne se sont point imputé 16 péché. Iceux donc ne péchoyent pas à la facon de la transgression d'Adam : pource qu'ils n’avoyent pas la volonté de Dieu qui leur fust révélée par un oracle certain, comme il avoit eu. Car à Adam le Seigneur avoit défendu de toucher le fruit de science de bien et de mal: mais à ceux-ci il ne leur avoit donné commandement aueun que le tesmoignage de la conscience. Ainsi donc, l’Apostre a voulu tacitement donner à entendre, que ceste diversité qui se trouve entre Adam et ceux de son ligrage qui sont descendus de luy, ne fait pas qu’ils soyent exempts de condamnation. Cependant toutesfois sous ve catalogue universel les petis enfans aussi y seront comprins. Qui a esté figure de celuy.

Ceste particule a esté mise en lieu de Vautre membre. Car nous ne voyons qu’une partie de la comparaison estre exprimée : l’autre a esté omise par linterruption du propos qui a esté faite. Prenons donc le propos, comme s’il estoit

ainsi escrit, Comme par un homme pé-.

ché est entré au monde universel, et par le péché la mort: ainsi par un homme justice est retournée, et par justice la vie. Et quant à ce qu’il dit, qu'Adam a esté figure de Christ, ce n’est pas de merveilles. Car mesmes és choses lesquelles sont fort contraires, il y apparoïstra tousjours quelque similitude. Pource donc que comme par le péché d'Adam nous sommes tous ruinez et perdus,

ainsi nous sommes remis sus par la jus-"

tice de Christ, il n’a point mal à propos appelé Adam, figure de Christ. Cependant il faut noter qu'Adam n’est point appelé

mel he

Car. V. SUR L’ÉPISTRE

figure de péché, ne Jésus-Christ figure de justice, comme s'ils ne faisoyent seulement que nous donner exemple: mais qu’yci est faite comparaison de lun à l'autre. Ce que je di, afin qu’on ne s’abuse trop lourdement avec Origène, voire et d’un erreur bien dangereux. Car il parle en Philosophe, et d’une façon

profane, en traittant des corruptions du genre humain: et quant à la grâce de Christ, non-seulement il luy oste sa vertu, mais l'abolit quasi du tout. Et d'autant moins Erasme est à excuser, quand il travaille tant pour excuser une resverie si lourde.

15 Toutesfois ! le don n'est pas comme le forfait. Car si par le forfait d’un plusieurs sont morts, beaucoup plustost la grâce de Dieu, et le don par la grâce, qui est d’un homme, asçavoir Jésus-Christ, a redondé sur plusieurs.

1) Ou, Mais.

15 Toutesfois le don n est pag. Maintenant s’ensuyvent les corrections ou modérations de la comparaison qu’il avoit n’aguères amenée: esquelles toutesfois il n’espluche pas si exactement toute la diversité qui est entre Christ et Adam : mais obvie aux erreurs esquels autrement il estoit facile de tomber. Mais en exposant nous adjousterons ce qui défaudra. Au reste, combien que par plusieurs fois il face mention de diversité, toutesfois il n’y a #as une seule répétition en laquelle le propos ne soit aucunement laissé en suspens, ou pour le moins imparfait de quelque chose. Lesquelles choses sont bien vices en Poraison: mais pour lesquels rien n’est perdu de la majesté de la sapience céleste qui nous est enseignée par le sainct Apostre. Mais plustost cela a esté fait par une singulière providence de Dieu, que ces mystères tant hauts et excellens nous ayent esté laissez sous une humilité de paroles contemptible, afin que nostre foy fust appuyée non point sur la puissarice de l’éloquence humaine, mais sur la seule efficace du sainct Esprit. Oril ne déduit pas encore yei nomméement la raison de ceste correction : mais il monstre simplement que la grandeur de la grâce acquise par Jésus-Christ est bien plus ample que n’est celle de la condamnation en laquelle tout le genre humain a esté enveloppé par le premier homme. Quant à ce qu'aucuns pensent que l’Apostre fait yci un argument, je ne sçay si cela seroit trouvé assez ferme de tous. Vray est que ceste conséquence ne seroit point

mal à propos, de dire, Si la cheute d’Àdam a esté de si grande efficace à perdre et ruiner {ant de gens, beaucoup plus la grâce de Dieu aura efficace en salut à plusieurs: veu que c’est un poinct tout certain, que Jésus-Christ est beaucoup plus puissant à sauver les hommes, que n'est pas Adam à les ruiner. Mais pource qu’on ne pourroit pas réfuter ceux qui voudroyent prendre ce propos simplement, sans qu'il emporte illation ou conséquence aucune, je laisse en la liberté d’un chacun de choisir lequel des deux sens il voudra. Combien que ce qui s’ensuit incontinent ne peut pas estre prins par manière d’illation : et toutesfois il y a mesme raison. Pourtant il est vray-semblable que sainet Paul corrige simplement ou modère par une: exception ce qu’il avoit dit de la similitude entre Jésus- Christ et Adam. Cependant notons qu’il n’est point yei fait comparaison de Plusieurs avec encore plus grand nombre :

(car il n’est point yci question de la multitude des hommes) mais comme ainsi soit que le péché d'Adam en ait destruit et ruiné plusieurs, il fait un argument, que la justice de . Jésus-Christ n’aura point moins de vertu pour en sauver plusieurs. Quand il dit que par le forfait d'un nous sommes morts, entendons que c’est pource que de luy la corruption est descoulée en nous. Car nous ne périssons pas tellement par la faute et péché d'Adam, comme si nous-estions hors de faute quant à nous: mais pource que son péché est la cause de nostre péché, S. Paul luy attribue nostre ruine et per-

dition. J'appelle péché nostre, lequel nous est naturel, et avec lequel nous naissons. La grâce de Dieu, et le don par la grâce. La grâce proprement est mise à l’opposite du forfait : et le don qui procède de grâce à l’opposite de Ja mort. Ainsi, le mot de Gréce signifie la pure bonté ‘de Dieu, ou son amour gratuite, de laquelle il nous a monstré le tesmoignage en Christ, pour remédier à nostre misère. Et le Don, c’est le fruit de sa miséricorde qui est parvenu à nous : asçavoir la réconciliation, par laquelle nous avons obtenu vie et salut :

item Ja justice, nouveauté de vie, et autres choses semblables. Dont nous pouvous cognoistre comment les Scholasti-

Car. V.

ques ont défini la Grâce mal à propos, et comme gens qui n’y entendent rien,

quand i ils ont dit que ce n'estoit autre

chose qu’une qualité infuse és cœurs des hommes. Car proprement grâce est en Dieu, ce qui est en nous effet de grâce.

Or il dit qu'elle est d’un homme Jésus- Christ, d'autant que le Père l’a esfabli et ordonné comme la source, afin que {ous puisent de la plénitude d’iceluy, Jehan, I, 46. Et ainsi il monstre qu'il est impossible de trouver une seule goutte de vie hors de Christ: et qu’il n’y a point d'autre moyen pour remédier à nostre indigence et défaut, sinon que luy face descouler sur nous de son abondance.

16 Et n'est pas ainsi du don', comme de ce qui est entré par un qui a péché. Car le jugement? est d'un forfait en condamnation : mais le don est de plu-

sieurs forfaits à justification.

4) Ou, bénéfice. 2) Ou, la coulpe,

16 Et n’est pas ainsi du don, comme;

de ce qui est entré, etc. Voyci une raison spéciale de la correction et modération que nous avons notée : asçavoir que la coulpe qui s’en est ensuyvie d’un forfait,

a valu en Ja condamnation de nous tous :

mais la grâce ou plustost le don gratuit ha efficace et vertu en justification de plusieurs forfaits. Car c’est une déclaration de la prochaine sentence que nous venons de veoir: pource qu’il n’avoit point encore exprimé comment ou en quoy Christ surmonte Adam. Ceste différence estant ainsi arrestée, il appert évidemment que c’est une meschante opinion de ceux qui ont enseigné, que nous ne recouvrions autre chose en Christ, sinou d’estre délivrez du péché originel,

Jaits, desquels il testifie que nous sommes purgez par le bénéfice de Jésus- Christ, il ne faut pas entendre seulement ceux qu’un chacun à commis devant son Baptesme: mais aussi ceux par lesquels les fidèles chacun jour devienent encore de nouveau coulpables, et à cause desquels à bon droict ils encourroyent condamnation, s'ils n’estoyent incontinent secourus de ceste grâce. Comme ainsi soit qu'il met le Jugement à l'opposite du Don, le premier mot signifie Rigueur, comme l’autre signifie Pardon gratuit.

Car de rigueur procède condamnation :

et de pardon absolution : ou (qui est autant à dire) si le Seigneur procède envers nous en rigueur de droict, nous sommes tous perdus : mais il nous justi-

ou de la corruption que nous avons tirée | fie gratuitement en Christ. d'Adam. Joint que par ces plusieurs for- |

A7 Car si par le forfait d'un la mort à régné par un : beaucoup plustost ceux qui recoivent l'abondance de grâce et du don de justice, règneront en vie

par un, asçavoir Jésus-Christ.

417 Car si par le forfait d'un. 1 met | n’est pas son intention de poursuyvre et yei derechef une correction générale, à | déduire par le menu chacun poinct : mais

laquelle il insiste plus: pource que ce lil veut seulement arrester la principale

Cuar. V. SUR L'ÉPISTRE

substance de ceste doctrine. I avoit dit au paravant que la grâce a esté de plus grande efficace que le forfait. Par cela il console et conferme les fidèles: et quant et quant les resveille et exhorte à considérer la bonté et bénignité de Dieu. Car voylà à quoy tend ceste répétition tant songneuse : c’est asçavoir à ce que la grâce de Dieu soit magnifiée comme elle mérite: que les hommes soyent destournez de la fiance d’eux-mesmes, pour s’arrester en Christ: qu'ayans obtenu sa grâce, nous jouissions d’une plene asseurance, dont finalement est engendrée ceste recognoissance qui est contraire à ingratitude. Or la somme du propos revient là, D'autant que Christ surmonte Adam, aussi la justice de Christ surmonte le péché d'Adam, sa grâce anéantit la malédiction d'Adam, sa vie engloutit la mort procédée d'Adam. Au reste, les membres de ceste comparaison ne se rencontrent pas droit à l’opposite, non plus que de l’autre que nous avons veuë desjà. Car il devoit dire, que le bénéfice de vie règne beaucoup plus, et ha vigueur par l'abondance de grâce : en lieu de cela il dit que les fidèles régneront, ce qui est autant à dire: car le règne des fidèles en vie, est aussi le règne de vie és fidèles. Cependant il ne sera que bon de noter yei deux différences entre Christ et Adam, lesquelles lApostre a laissées : non pas qu'il pensast qu’elles ne fussent point à considérer : mais pource que le propos qu’il traitte, ne requéroit point qu’elles fussent expresséement déduites.

La première est, que ce que nous sommes damnez par le péché d'Adam, ce n’est point par imputation seulement, comme si on nous faisoit porter la peine du péché @d’autruy : mais d'autant portons-nous la peine d’iceluy, pource que nous sommes aussi coulpables, c’est asçavoir entant que nostre nature COrrom-

pue en luy, est devant Dieu trouvée coulpable d’iniquité, et enveloppée en Ja condamnation d’icelle. Mais c’est bien d’une autre façon que nous sommes restablis en salut par la justice de Jésus- Christ. Car elle ne nous est pas imputée, pource qu’elle soit dedans nous: mais pource que nous possédons Christ qui nous est donné avec tous ses biens par la libéralité du Père. Ainsi donc Le don de justice signifie, non pas une qualité laquelle Dieu mette en nous, comme aucuns l’expose, le prenans mal: mais une imputation gratuite de justice. Car par ce mot Don de justice, l’Apostre déclare que c’est qu'il a entendu par la grâce.

L'autre différence est, que le bénéfice de Christ ne parvient pas à tous hommes, comme Adam àa.enveloppé en dampation universellement tout son lignage. Et la raison de cela est toute apparente. Car comme ainsi soit que ceste malédiction que nous tirons d'Adam, soit descoulée sur nous par nature, il ne se faut pas esbahir si elle comprend toute la paste, c’est-à-dire tout le genre humain. Mais pour venir à la participation de la grâce de Christ, il faut que premièrement nous soyons entez en luy par la foy. Pour jouir donc de ceste misérable succession héréditaire de péché, c’est assez d’estre homme : car elle réside en la chair et au sang : mais pour jouir de la justice de Christ, il faut nécessairement estre fidèle, d'autant que la communion d’iceluv s’acquiert par foy. Quant aux petis enfans, il leur est communiqué par un moyen spécial. Car ils ont en l'alliance le droict d'adoption, par lequel ils passent en la communion de Christ. Je parle des enfans des fidèles, ausquels la promesse de grâce est addressée ; car les autres ne sont point exemptez de la condition commune du genre humain.

18 Comme donc par le forfait! d'un à tous hommes en condamnation, ainsi aussi par la justification d'un à tous hommes en justification de vie.

1) Ou, par un forfaict.

18 Comme donc, etc. La sentence est | quand ces mots 4 condamnation, à Jusaucunement imparfaite : qui sera plene | tification, nous les coucherons ainsi, La

condamnation, La justification : comme de faict il les faut résoudre en ceste sorte, si nous voulons avoir le sens entier.

Or c’est la conclusion générale de ceste comparaison que nous avons notée cidessus. Car maintenant laissant le propos de la correction et modération qu’il avoit entrelacé (comme dit a esté) il parachève ceste similitude : Comme par le péché dun nous avons esté faits pécheurs, . qu’ainsi la justice de Christ a assez d’efficace pour nous justifier. Combien qu'il pe met pas la justice, mais la justifica- : tion de Christ : afin de donner à entendre qu’il n’a point esté juste pour soy en particulier, mais que la justice qu’il eue, s’espand et estend bien loin, afin que du don qui luy à esté conféré, il enrichisse les fidèles. Il fait Ia grâce commune à tous hommes, pource qu’elle est présentée à tous : non pas que par effet elle

Cuar. V.

s’estende sur tous. Car combien que Christ, ait souffert pour les péchez de tout le monde, et soit offert par la bénignité de Dieu indifféremment à tous : si est-ce néantmoins que tous ne Pappréhendent pas. On pourroit aussi répéter les deux mots desquels il à n’aguères usé, asçavoir Jugement et grâce, en ce sens : Comme par le jugement de Dieu il est advenu que le péché d’un s’estendist en condamnation de plusieurs : ainsi la grâce aura efficace et vigueur en justitication de plusieurs. Justification de vie, selon mon jugement, se prend pour L’absolution laquelle nous restablit en la vie :

comme si lApostre disoit, Justification vivifiante. Car lPespérance de salut vient de ce que Dieu nous est propice: Or pour luy estre agréables, il faut que nous soyons justes. Il s’ensuit donc que la vie procède de la justification.

19 Car comme par la désobéissance d'un homme plusieurs ont esté rendus pécheurs, œussi par l'obéissance d'un plusieurs seront rendus justes.

19 Ce n’est point yci une répétition superflue, pour faire durer le propos, comme il pourroit sembler : mais c’est une déclaration bien nécessaire de la sentence précédente. Car il monstre aussi que la faute d’un homme nous a faits tellement coulpables, que cependant de nostre costé nous ne sommes pas innocens. Il avoit dit auparavant que nous sommes condamnez : mais afin que personne ne présume de se dire innocent, il a voulu aussi adjouster que chacun est condamné, pource qu’il est pécheur. Puis après quand il prononce, Que par lobéissance de Christ nous sommes rendus justes : de cela nous recueillons que Christ nous a acquis justice, d'autant qu'il a satisfait au Père.

Dont s’ensuit que la qualité de ceste justice est en Christ : mais que ce qui est pepropre à luy, nous x SRE U àblablement il aéEmPE par ce mot Mbits est la justice de Christ, en la nommant Obéissance. Et sur ce poinet, notons (je vous prie) que c’est qu’il nous faut apporter devant Dieu, si nous voulons estre justifiez par les œuvres, asçavoir l’obéis-

sance de la Loy, et noï pas en une partie ou deux, mais qui soit parfaite et accomplie de tous points. Car si le juste vient à faillir, toutes ses justices précédentes ne viennent point en mémoire, et ne sont mises en conte, Ezéchiel, au chap: XVIH, v. 24. I faut aussi apprendre d’yei, que ceux-là dressent des inventions perverses, et bastissent de maudits moyens de desplaire à Dieu, lesquels songent quelque chose d’eux-mesmes pour Iüy présenter. Car il n’y à point d'autre vray moyen de le servir, que quand nous Suyvons ce qu’il nous à commandé, et rendons obéissance à sa parole. Or vienent maintenant ceux qui s’attribuent avec grande présomption, justice d'œuvres, laquelle ne peut estre, sinon qu’il y ait une plene et entière observation de la Loy, et

il est certain qu’elle ne se trouvera nulle part. Semblablement nous recueillons d’yci que ceux-là radotent et sont hors du sens, lesquels veulent faire cas devant Dieu des œuvres qu’ils auront forgées eux-mesmes, lesquelles il n’estime non plus qu’estrons. Car obéissance vaut mieux que les sacrifices, 1 Sam., XV, 22.

Cap. V. SUR L’ÉPISTRE

20 Or la Loy est survenue afin que le forfaict abondast : mais là où le péché

a abondé, grâce y a plus abondé :

21 Afin que comme péché a régné par la mort, pareillement aussi la grâce

régnast par justice à vie éternelle par

20 Or la Loy est survenue. Ceste question dépend de ce qu’il avoit dit auparavant, que péché estoit avant la publication de la Loy. Car cela estant dit, il S’ensuyvoit incontinent, Quel besoin donc estoit-il de la Loy? Et pourtant il faloit nécessairement desmesler ceste difficulté aussi : mais pource que lors il ne venoit pas bien à propos de faire une longue digression, il l’a remis jusques yei. Et encore maintenant il Ja despêche en peu de paroles, et comme en passant :

disant seulement que la Loy est survenue afin que le forfaict abondast. Car il ne récite pas entièrement tout l’office et usage de la Loy : mais il en touche seulement une partie laquelle faisoit au propos qu’il traitte maintenant. Car il monstre qu’à ce que la grâce de Dieu eust lieu, il a falu faire mieux cognoistre aux hommes leur perdition. Vray est que devant la Loy ils estoyent bien comme povres gens sur la mer, desquels le vaisseau est brisé en pièces : toutesfois pource qu’en leur perdition il leur estoit encore avis qu’ils nageoyent pour pouvoir d’eux-mesmes venir à sauveté, ils ont esté plongez jusqu'au fond et comme abysmez, afin que la délivrance en fust plus évidente et magnifique, quand contre toute Pappréhension du sens humain ils sont tirez hors de cest abysme, et amenez au port de . Salut. Or il ne faut point penser que ç’ait esté une chose absurde, que la Loy fust publiée en partie pour ceste cause, asçavoir afin qu’elle condamnast au double les hommes estans une fois condamnez.

Car c’est chose juste tant et plus, queles hommes soyent par tous moyens amenez, voire mesmes convaincus, et comme tirez par force à sentir leurs maux. Afin que le forfaict abondast. On sçait bien l’exposition qui a esté communéement donnée sur ce passage par plusieurs après S. Augustin, Asçavoir que la eupidité de l'homme est d'autant plus aiguisée et

Jésus-Christ.

comme enflammée, quand la Loy met au devant comme des barreaux pour l’arrester : pource que c’est le naturel de lhomme d'aller à Pencontre de ce qui luy est défendu. Mais quant à moy, je ne pense point qu’il soit yci parlé d’autre accroissement que de cognoissance et obstination. Car la Loy propose et met devant les yeux de l’homme son péché, tellement qu’il est contraint, vueille-il ou non, de veoir tousjours devant soy la condamnation qui luy est apprestée. Par ce moyen, péché, lequel autrement les hommes jetteroyent derrière eux sans faire semblant de le veoir, tient son siége en la conscience, et se fait là sentir. D’avantage, l’homme qui auparavant transgressoit simplement les bornes de justice, maintenant la Loy estant mise, devient contempteur de la majesté et puissance Divine, depuis qué la volonté de Bieu luy a esté révélée, laquelle il renverse, et, par manière de dire, foulle aux pieds par sa concupiscence. Dont s'ensuit que par la Loy le péché croist : pource que lors l’authorité du Légisiateur est mesprisée, ef sa majesté amoindrie. Gräce y & plus abondé. Après que le péché eust tenu les hommes comme novez et abysmez, lors la grâce est venue au secours. Car il monstre que d'autant plus est cognue, évidente et magnifique la grandeur de la grâce, que le péché estant comme une grande eau desbordée de toutes parts, elle s’espand en telle abondance, que non-seulement eile surmonte, mais aussi engloutit ce déluge de péché. Et de cela il nous faut apprendre qu’en la Loy nostre condamnation ne nous est pas proposée afin que nous y demeurions, mais afin qu’ayans à bon escient cognu nostre misère, nous Soyons redressez et rangez à Christ, qui est envoyé pour médecin aux povres malades, libérateur aux captifs, consolateur aux affligez, protecteur aux oppressez, Jsaie, LXI, 1.

98 COMMENTAIRES Car. VI.

21 Afin que comme le péché avoit | cela il n’y a rien de nostre mérite, mais régné. Comme le péché est appelé lai- | que le tout procède de la pure —libéralité guillon de la mort, pource que la mort | de Dieu. Auparavant il avoit dit que la n’ha point de prinse et de puissance sur | mort mesme avoit régné : maintenant il l’homme sinon à cause du péché : ainsi | attribue à péché un règne : mais duquel le péché desploye sa force par la mort : | la fin ou l’effet est la mort. Et dit qu’il à et pourtant il est dit qu’il exerce sa do- | régné, parlant d'un temps passé : non mination par icelle. Au dernier membre | pas qu’il cesse de régner encores aujour- Pordre de la comparaison des deux con- | d’huy en ceux qui sont seulement naïs du traires n’est pas observée de poinct en | sang et de la chair : mais il partit tellepoinct : toutesfois il n’y a rien superflu. | ment entre Adam et Christ, qu’il leur L’antithèse eust esté simple, quand il eust | assigne à chacun son temps. Incontinent dit, Afin que la justice règne par Christ : | donc que la grâce de Christ commence à mais S. Paul non content d'avoir mis les | avoir lieu en quelqu'un de nous, et monschoses contraires à l’opposite l’une de | trer sa vertu, le règne de péché et de la l’autre, adjouste, £a grâce, afin de nous | mort cesse en cestuy-là. imprimer plus fort en mémoire, qu’en

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