‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 11 sur 99 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

à Que dirons-nous donc? demeurerons-nous en péché afin que grâce abonde? 2 Ainsi n'adviene. Car nous qui sommes morts à péché, cominent vivronsnous encore en iceluy?

A Que dirons-nous donc? En tout ce chapitre l’Apostre traittera que ceux-là deschirent Christ, et le divisent de soymesme, qui imaginent que la justice gratuite nous soit donnée de luy sans nou-| veauté de vie. Combien qu’il passe en-

pourtant s’il est à plusieurs pierre de choppement et de scandale. Car comme il sera en ruine aux meschans, aussi sera-il en résurrection aux fidèles. Combien qu'il nous faut tousjours aviser d'obvier aux questions extravagantes et cores plus outre, amenant ceste objection, | sans propos, afin qu’il ne semble que la Qu'il pourroit sembler que c’est bien | doctrine Chrestienne tire avec soy queldonner lieu à la grâce, quand les hom-/} que absurdité. Or l’Apostre despesche mes croupiront en leur péché. Car nous | maintenant l'objection la plus commune sçavons que west tousjours l’ordinaire, | contre la prédication de la grâce de que la chair, à la moindre couleur qui | Dieu : asçavoir que si ainsi est, que tant sera présentée, se lasche la bride. D’a-| plus est grand le fardeau de péché dont vantage Satan invente toutes les calom- | nôus sommes chargez, d'autant plus libénies qu'il peut, pour diffamer la doctrine de grâce : ce qui ne luy est pas fort difficile à faire. Car comme ainsi soit que tout ce qui est dit de Christ, est fort estrange au sens humain, on ne doit point trouver nouveau, si quand il est parlé de

Dieu nous subvient, il n’y a rien qui nous soit meilleur que d’estre plongez au profond bourbier de péché, et provoquer lire de Dieu par nouvelles offenses de jour en jour : pource que lors nous sen-

la justification de la foy, la chair prend | tirons sa grâce tant plus abondante : ce .

les choses au rebours, et heurte tant de | qui est la meilleure chose que nous sçafois : comnie une navire laquelle en lieu | chions désirer. Quant au moyen de réde tenir le droit chemin qui luy est | futer ceste objection, nous le verrons ci: monsitré, iroit frapper maintenant à un | après.

rocher, puis à l’autre. Si est-ce néant-| 2 4insi n’adviene. Il semble à aucuns moins qu’il nous faut passer outre : et! que lPApostre a voulu seulement remn’est point question de supprimer Christ, | barrer d’authorité une rage si estrange

ralement et abondamment la grâce de .

ns a 7

Car. VI. SUR L’ÉPISTRE

qu'est ceste-ei : mais il appert par d’autres passages, combien ceste response luy est ordinaire, mesmes quand

il dispute contre quelque chose par beau- |

coup d’argumens et bien urgens, comme aussi yci il réfutera un peu après bien songneusement la calomnie qui a esté objectée. Toutesfois devant que venir là, il la rejette d'entrée par ce mot duquel nous usons quand nous voulons détester quelque chose: ce qu’il fait, afin d’advertir les lecteurs, qu’il n’y a rien moins convenable que de dire, que la grâce de Dieu, laquelle nous restablit en estat de justice, nourrit et entretient nos vices. Vous qui sommes morts à péché. C'est un argument qu'on appelle prins de la position du contraire !, Car celuy qui pèche, il est certain qu’il vit à péché. Or nous sommes morts à péché par la grâce de Christ :

c'est donc une chose fausse de dire qu’elle donne vigueur à péché, lequel elle abolit. Car la vérité est telle, que jamais les fidèles ne sont réconciliez à Dieu, que quant et quant le don de régénération re leur soit fait : et mesmes, que c'est pour

cela que nous sommes justifiez, c’est asçavoir afin que puis après nous servions Bieu en pureté de vie. Et aussi Christ ne nous lave point de son sang, et ne nous rend point par son expiation et satisfaction Dieu propice, autrement qu’en nous faisant participans de son Esprit, qui quant et quant nous renouvelle en une vie saincte. Ce seroit donc un renversement de l’œuvre de Dieu bien au rebours et par trop estrange, si le péché renforçoit à l’occasion de la grâce qui nous est offerte en Christ. Car la médecine n'est point nourriture de la maladie qu’elle esteint. Au reste, il nous faut avoir souvenance de ce que j'ay n'aguères touché, que S. Paul ne traitte pas yci quels Dieu nous trouve, quand il nous appelle à la communication de son Fils : mais quels il faut que nous soyons, depuis qu'ayant estendu sa miséricorde sur nous, il nous a adoptez gratuitement. Car par ce mot Encore, qui signifie un temps à-venir, il monstre quel changement doit s’ensuyvre depuis que la justice de Christ nous est communiquée.

1) Voyez l’annotation en marge sus le verset 4 du chapitre IT ci-dessus,

3 Ne scavez-vous pas que nous tous qui avons esté baptisez en Jésus-Christ,

avons esté baptisez en sa mori'?

4 Nous sommes doncques ensevelis avec luy en sa mort par le baptesme* : afin que comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous aussi pareillement cheminions en nouveauté de vie*.

1) Gal., 11,27. 92) Col., IT, 12.

3 Ne scavez-vous pas. Pour prouver la sentence précédente, asçavoir que Christ destruit le péché és Siens, il amène l'effet du Baptesme, qui est le Sacrement par lequel nous avons nostre entrée à la foy d’iceluy, Gal., JIL, 27. Car c’est une chose hors de doute, qu’au Baptesme nous vestons Christ, et que nous sommes baptizez à ceste condition d’esire faits un avec luy. Or maintenant S. Paul prend un autre principe, que lors vrayement nous sommes incorporez au COrps de Christ, quand la mort d’iceluy monstre en nous son fruit. Et mesmes il monstre que ceste communication et conformité de sa mort doit estre principalement considérée au Baptesme. Car là

3) Eph., IV, 23. Col., LE, 10.

nous est proposé non pas seulement nos:

tre lavement, mais aussi la mortification et la destruction du vieil homme. Dont appert que depuis que nous venons à estre receus en la grâce de Christ, incontinent se monstre l’eflicace de sa mort. Au reste, incontinent après il s'ensuit ce qu'emporte ceste société et communication à la mort de Christ.

4 Nous sommes donc ensevelis avec luy. 1 commence maintenant à monstrer à quoy tend cela, quand il est dit que nous sommes baptisez en la mort de Christ, combien qu’il ne le déclare pas encore tout à plein : asçavoir afin qu’estans morts à nous-mesmes, nous SOYONS faits nouveaux hommes. Car à bon droic

il passe de la communication de la mort, à la participation de la vie : pource que ces deux choses s’entretienent ensemble d’un lien inséparable, que le vieil homme est aboli par la mort de Christ, afin que sa résurrection remette sus la Justice, et nous face nouvelles créatures. Et de faict, veu que Christ nous est donné à vie, de quoy nous serviroit-il de mourir avec luy, sinon afin que nous ressuscitions à meilleure vie? Et pourtant il ne destruit point pour autre raison, ce qui est de la mort en nous, sinon afin de nous vivifier vrayement. Au reste, sçachons que PApostre ne nous exhorte pas yei à une imitation de Christ simplement, comme s’il disoit que la mort de Christ est comme un patron et exemple qu’il faut que tous Chrestiens ensuyvent. Car certes il monte plus haut : d'autant qu’il propose une doctrine de laquelle puis après il tirera l’exhortation, comme il est aisé. Or la doctrine est, que la mort de Christ ha une efficace d’esteindre et exterminer la malice de nostre chair : et sa résurrection de susciter en nous un nouvel estat de meilleure nature : et que par le Baptesme nous sommes introduits à la participation de ceste grâce. Ce fondement estant mis, il y a belle matière d’exhorter les Chrestiens, et bien à propos, qu’ils taschent de respondre à leur vocation. En ceci n’empesche rien ce que nous voyons que ceste vertu et efficace ne se monstre pas en {ous ceux qui sont baptisez. Car S. Paul suyvant sa coustu-

Cuae. VE me, pource qu’il parle aux fidèles, conjoint la substance et l'effet avec le signe externe. Car nous sçavons que par leur foy est confermé et ratifié en eux tout ce que le Seigneur présente par le signe visible. En somme, il enseigne quelle est la vérité du Baptesme, quand il est receu deuement et comme il appartient.

Ainsi parlant aux Galatiens, Gal., I, 27, il testifie que tous ceux d’entr’eux qui estoyent baptizez en Christ, avoyent vestu Christ. Certes c'est ainsi qu’il en faut parler, quand l’ordonnance du Seigneur et la foy des fidèles sont conjointes et se rencontrent ensemble. Car jamais nous n'avons les signes nuds et vuides, sinon quand nostre ingratitude et malignité empesche l’efficace de la libéralité de Dieu. Par la gloire du Père. C'est-àdire la vertu excellente, par laquelle il ‘ s’est monstré vrayement plein de gloire, et a comme mis en veue la magnificence de sa gloire. Aussi souvent és Escritures la puissance de Dieu, laquelle s’est desployée en la résurrection de Christ, est ornée de quelque titre excellent et magnifique : et non sans cause. Car il est bien besoin qu’il soit fait si expresse mention de la puissance inestimable de Dieu, afin d’eslever et priser magnifiquement envers nous, non-seulement la vérité et certitude de Ïa dernière résurrection, laquelle surmonte infiniement tout le sens de la chair: mais aussi les autres fruits que nous recevons de la résurrection de Christ. |

5 Car si nous sommes entez en la similitude! de sa mort, nous le serons

aussi en la similitude de sa résurrection :

6 Sachans que nostre vieil homme a esté crucifié avec luy, à ce que le corps : de péché fust destruit, afin que ne servions plus à péché.

4) Ou, conformité.

5 Car si nous sommes entez. Il conferme en termes plus clairs Pargument qu’il avoit desjà mis. Car Ja similitude qu'il applique maintenant, oste de ce propos toute ambiguïté : pource que ce terme d’Ænter ne signifie pas,seulement conformité d'exemple, mais emporte une conjonction secrète, par laquelle nous sommes tellement unis à luy, que nous

donnant vie par son Esprit, il fait passer et comme descouler sa vertu en nous.

Comme donc le greffe ha une condition commune de vie et de mort avec l’arbre auquel il est enté : ainsi il faut que nous Soyons participans aussi bien tant de la vie de Christ que de sa mort. Car si nous sommes entez à la similitude de la mort de Christ, et icelle n’est pas sans résur-

Cuar. VI.

rection. Au reste, on peut exposer les mots de lApostre en deux sortes: ou, Que nous sommes entez avec Christ à la similitude de sa mort, ou simplement, Que nous sommes entez en la similitude.

Selon la première lecture il faudroit dire que ces mots 4 la similitude, se rapporteroyent à signifier le moyen ou la manière. Et je ne nie pas qu’elle n’emporte un sens plus plein: mais pource que l’autre convient mieux à la simplicité du Style, il m’a semblé bon de la prendre plustost que la première: combien qu’il n'y à pas grandement à dire, veu que toutes deux revienent finalement à un mesme sens. Chrysostome pense qu’il a dit, La similitude de la mort, pour La mort: comme en un autre passage il dit, Fait à la semblance des hommes, Philip., Il, 7. Mais il me semble qu’en ce mot J'apperçoy quelque chose de plus signifiant. Outre ce qu’il sert à inférer la résurrection, il semble qu’il tend à signifier que nous ne mourons pas comme Christ a fait de mort naturelle: mais que ceste est la convenance, laquelle nous avons avec sa mort, aSçavoir que comme il est passé par la mort en la chair qu'il avoit prinse de nous, ainsi nous mourons en nous, afin de vivre en luy. Ainsi donc ce n’est pas une mesme mort, mais semblable: pource qu’il faut regarder à Ja correspondance qui est entre la destruction de la vie présente et le renouvellement spirituel. Æntez. Ce mot est de grand poids, et monstre clairement que l’Apostre n’exhorte pas seulement, mais plustost propose doctrine touchant le bénéfice de Christ: car il ne requiert point yei une chose, qui se doyve faire par nostre diligence on industrie: mais il parle d'un entement fait de la main de Dieu. Or il ne faut point que nous travaillions à applicquer la métaphore ou comparaison en tout et partout. Car on trouveroit incontinent diversité entre l’entement des arbres, et cest entement spirituel qui se fait de nous: pource qu’au premier le greffe tire sa nourriture de la racine, mais il retient sa propriété naturelle de fructifier. Or en cestuy-ci non-seulement nous tirons de Christ vigueur, et comme une moelle de vie, mais nous passons de nos-

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

tre nature en Ja siene. Mais l’Apostre n’a voulu toucher autre chose que ceste efficace de la mort de Christ, laquelle se monstre en la destruction et mortification de nostre chair : semblablement l’autre de la résurrection, à renouveller en nous une meilleure nature de l'Esprit.

6 Que nostre vieil homme. Comme le vieil Testament est dit au regard du nouveau : ainsi le vieil homme, au regard de l’homme nouveau. Car il commence à estre vieil, quand petit à petit il se diminue et anéantit, la régénération estant commencée en l’homme. Aureste, ce mot signifie toute la nature que nous apportons du ventre de la mère, laquelle tant s’en faut qu’elle soit capable du Royaume de Dieu, qu'il est nécessaire qu'elle soit destruite et anéantie au pris que nous venons à estre restablis en la vraye vie.

Il dit que ce vieil homme « esté crucifié avec Christ, pource que par la vertu d’iceluy il vient à estre destruit. Et nomméement il a fait une allusion à la croix, pour monstrer que nous ne sommes point mortifiez d’ailleurs, que par la participation de sa mort. Car je ne suis point de l'avis de ceux qui exposent qu’il a dit le vieil homme estre crucifié plustost que mort, pource qu’encore en quelque partie il vit et ha vigueur. J’accorde bien que c’est un propos véritable en soy, mais il ne convient paint à ce passage. Le corps de péché qu'il met incontinent après, ne signifie pas la chair et les os, mais il emporte autant comme qui diroit, La masse de péché. Car l’homme délaissé à sa propre nature, est une masse composée de péché. Quand il dit puis après, 4fin que ne servions plus à péché, il touche la fin et le but de Pabolissement ou destruction du corps de péché. Dont s’ensuit que cependant que nous sommes enfans d'Adam, et rien autre chose qu’hommes, nous sommes tellement serfs de péché, que nous ne pouvons rien faire que pécher: mais qu’estans entez en Christ, nous sommes délivrez de ceste misérable nécessité : non pas qu'incontinent nous cessions entièrement de pécher, mais tellement que finalement nous emportons la victoire du combat.

Car. VE.

1 Car celuy qui est mort, il est justifié! de péché. 8 Or si nous sommes morts avec Christ, nous croyons qu'aussi nous vivrons

avec luy :

9 Scachans que Christ estant ressuscité des morts, ne meurt plus, ia mr

n'ha plus de domination sur luy.

10 Car ce qu'il est mort, il est mort pour une fois à péché”:

vit, il vit à Dieu.

mais ce qu'il

1 Vous aussi estimez-vous ainsi estre morts à péché, mais vivans à Dieu

en Jésus-Christ nostre Seigneur.

1) Ou, quitte.

7 Car celuy qui est mort. C’est un argument prins sur la propriété ou l'effet de la mort. Car si la mort abolit toutes les opérations de la vie, il faut que nous, qui sommes morts à péché, cessions de faire les opérations que le péché exercoit et faisoit durant sa vie. Le mot de Justi- Jié, se prend yéi pour Absout et délivré de la servitude. Car comme celuy que le juge absout par sa sentence, est délivré, et comme despestré du lien d'accusation :

ainsi la mort de péché nous délivrant de la vie d’iceluy, nous exempte aussi de toutes ses œuvres et actions. Or combien qu'entre les hommes on n’en trouvera point un qui ait ceste délivrance parfaite telle qu’il est yci dit, toutesfois il ne faut pas pourtant ou penser que ce soit une vaine spéculation de ce propos, ou perdre courage si nous ne nous trouvons du nombre de ceux qui ont totalement crucifié leur chair. Car c’est une œuvre de Dieu, laquelle ne s’accomplit pas en nous du premier jour qu’elle commence:

mais augmente petit à petit, et prenant accroissement de jour en jour, comme par degrez, parvient à la fin. Voylà donc en somme comment un chacun se doit résoudre en soy-mesme touchant ce poinct, Que s’il est Chrestien, il faut qu'on voye en luy signe et tesmoignage de la communion avec la mort de Christ, de laquelle le fruit est, que sa chair avec toutes ses Concupisctences Soit crucifiée.

Et au reste que ce n’est pas à dire qu’il n'ait rien de ceste communion, pourtant s’il sent encore les reliques de Ja chair vivre en sa personne : mais qu'il luy faut s'exercer assiduellement à croistre et proufiter, jusqu'à ce qu’il soit parvenu

au but. Car c’est beaucoup fait, quand nostre chair se mortifie de jour en jour :

et ce n’est pas peu avancé, quand le règne luy estant osté, le S. Esprit domine. Il y a encores une autre communication de la mort de Christ, de laquelle lPApostre parle, 2 Cor., IV, et en plusieurs autres passages, asçavoir la souffrance de la croix, après laquelle vient aussi la participation de la vie éternelle.

8 Or si nous sommes morts. H ne répète ceci pour autre cause, Sinon afin dadijouster la déclaration qui s'ensuit puis après, Que Christ estant une fois ressuscité, ne meurt plus : en quoy il veut monstrer que les Chrestiens doyvent tout le temps de leur vie poursuyvre en ceste nouveauté de vie. Car s'ils doyvent représenter en eux l’image de Christ et par mortification de la chair, et par vie de l'Esprit, il faut que la première soit faite une fois pour à jamais, et que Pautre dure tausjours. Non pas qu’en un moment la chair meure en nous, comme aussi nous avons dit n’aguères: mais pource que la mortification estant commencée, il nous faut garder de reculer en arrière, et qu'il est nécessaire d’avancer tousjours. Car si nous venons derechef à nous veautrer en nostre bourbier, nous renonçons Christ, duquel nous ne pouvons estre participans, si nous ne cheminons en nouveauté de vie, comme luy, quant à sa personne, vit une vie incorruptible.

9 La mort n ha plus de domination sur tuy. N semble qu'il vueille dire que la mort a une fois eu domination sur luy.

Et de faict, quand il s’est donné à la mort pour nous, il s’est aucunement abandon-

Cuar. VI.

pé et soumis à la puissance d’icelle : à telle condition toutesfois, qu’il estoit impossible qu’il fust détenu vaincu des douleurs d’icelle, y succombant ou en estant englouti, Act. If, 24. Ainsi se soumettant pour un moment à la domination d’icelle, il l’a engouffrée à jamais. Combien qu’à dire plus simplement, ceste façon de parler, Domination de la mort, appliquée à la personne de Christ, se rapporte à la condition volontaire de mort, à laquelle la résurrection a mis fin. Le sommaire de ceci est, Que Christ, lequel maintenant vivilie ses fidèles par son Esprit, ou fait descouler sa vie en eux par une vertu secrète, en ressuscitant a esté exempté de la domination de la mort, afin d’en exempter aussi tous les siens.

10 {l'est mort pour une fois à péché. Ce qu’il avoit dit, qu’à l'exemple de Christ nous sommes délivrez du joug de la mort à jamais, il Paccommode maintenant à Son propos, asçavoir que nous ne sommes plus sujets à la tyrannie de péché. Et démonstre cela par la cause finale de la mort de Christ, asçavoir pource qu’il est mort afin d’esteindre et abolir le péché, 2 Tim., E, 40. Au reste, il faut aviser ce qui peut convenir à Christ en ceste façon de parler. Car quand il est dit estre mort à péché, il ne le faut pas entendre que c’est afin qu'il cessast de pécher, comme il se prend quand on parle de nous : mais pource qu'il a souffert la mort à cause du péché, afin que se constituant rançon et satisfaction, il réduisist à néant la force et puissance de péché. Or il dit qu'il s'en est une fois acquitté, nonseulement pource que par une seule oblation ayant acquis rédemption éternelle, et ayant fait par son sang la purgation du péché, il a sanctifié à jamais les fidèles, Héb. X, 44 : mais aussi afin qu’il y ait en nous une similitude correspondante mutuellement à cela. Car combien que ceste mort spirituelle à péché s’accomplisse en nous petit à petit par degrez et avancemens Continuels, si est-ce toutesfois qu’on peut dire proprement que nous mourons une fois, asçavoir quand Christ par son sang nous réconciliant au Père, nous régénère aussi quant et quant par

a vertu de son Esprit. Mais ce qu'il vit.

SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS

Soit que nous exposions ceci, Envers Dieu, ou En Dieu : le sens reviendra tousjours à un : car il signifie que Christ vit maintenant au Royaume immortel et incorruptible de Dieu, une vie qui n’est plus sujette à aucune condition mortelle :

de laquelle vie il faut qu’il y ait une figure qui apparoisse en la régénération des fidèles. Il est yci besoin que nous ayons souvenance du mot de Similitude, qui a esté exprimé ci-dessus. Car il n’entend pas que nous vivrons au ciel, comme Christ y est vivant : mais il dit que la vie nouvelle que nous menons en terre de- :

puis la régénération, ha quelque conformité à la vie céleste de Christ. Et ce qu’il euseigne que nous devons à l’exemple d’iceluy mourir à péché, n’est pas tellement semblable des deux costez, qu’on puisse dire que c’est une mesme façon de mort. Car nous mourons à péché, quand le péché meurt en nous : mais Christ est mort à péché autrement, asçavoir d'autant qu’en mourant, il a destruit et exterminé le péché. Et aussi quand il a dit ci-dessus, que nous croyons que nous vivrons avec luy : il monstroit assez qu’il parle et traitte de la grâce de Christ. Car si ce n’estoit que pour nous admonester simplement de nostre devoir, il devoit ainsi dire, Puis que nous sommes morts avec Christ, il faut semblablement que nous vivions avec luy. Mais le mot de Croire, monstre qu’yci est traittée une doctrine de la foy, laquelle est fondée és promesses : comme si on disoit, Les fidèles se dayvent asseurer que par le bénéfice de Christ ils sont tellement morts selon la chair, qu'iceluymesme Christ jusques à la fin continuera en eux une nouveauté de vie. Au reste, quant à ce qu'il dit, Vous vivrons : et non pas, Nous vivons : ce n’est point pour rapporter ce propos à la résurrection dernière, mais C’est simplement pour noter qu’il y a un cours et train continuel de vie nouvelle, si long temps que nous sommes en ce pèlerinage terrien.

14, Vous aussi estimez-vous. Yci est maintenant adjoustée la déduction de lanalogie et correspondance de laquelle j'ay fait mention. Car ayant dit que Christ est une fois mort à péché, et qu’il vit éter-

nellement à Dieu : il applicque l’un et l’autre à nous, et monstre en quelle sorte c’est que maintenant nous mourons en vivant: c’est asçavoir quand nous renoncons à péché. Mais cependant il n’omet pas ce poinet, Que depuis qu’une fois nous avons embrassé la grâce de Christ par foy, combien que la mortification de la chair ne soit seulement que commencée en nous, par cela toutesfois desjà la vie de péché est esteinte, afin que puis après la nouveauté spirituelle, qui est de Dieu, dure tousjours. Car si ce n’estoit pour jusqu’à la fin, que Christ tue en nous le péché , sa grâce ne seroit guères ferme ne stable. Le sens donc de ces mots est tel, Pensez que voylà comment il est en vous : Comme Christ est mort une fois à la destruction de péché, qu’ainsi vous estes une fois morts, afin

Cuar. VI.

que vous cessiez d’oresenavant de pécher: voire qu’il vous faut tous les jours poursuyvre en ceste mortification qui a esté une fois commencée en vous, jusques à ce que le péché soit du tout et entièrement esteint. Comme Christ est ressuscité à une vie incorruptible, qu’ainsi par la grâce de Dieu vous estes nais derechef, afin que vous poursuyviez toute vosire vie en saincteté et justice, d'autant que ceste vertu du sainet Esprit, par laquelle vous avez esté renouvelez est éternelle, et aura vigueur à jamais. Au reste, j'ay mieux aimé retenir les propres mots de l’Apostre, En Jésus-Christ : que de

traduire avec Erasme, Par Christ : pource:

que l’autre manière de parler exprime mieux cest entement qui nous fait estre un avec Christ.

12 Que péché donc ne règne point en vostre corps mortel pour luy obéir en

ses concupiscences !.

13 Et n'appliquez vos membres pour estre armures d'injustice? à péché : mais appliquez-vous à Dieu comme de morts estans faits vivans : el vos membres pour estre armures de justice à Dieu.

1) Asçavoir, du corps mortel, car il ne faut rapporter ces mots à Péché. 2) Ou, instrumens d’iniquité.

12 Que péché donc. I commence maintenant une exhortation, qui d’elle-mesme s'ensuit de ceste doctrine qu'il a déduite touchant la participation et communion que nous avons avec Christ. C’est que combien que le péché réside en nous, il n’est pas toutesfois convenable qu’il y ait vigueur pour exercer son règne, d'autant que la vertu de sanctification doit estre éminente, et apparoistre par-dessus iceluy, en sorte que nostre vie rende tesmoignage que nous sommes vrayement membres de Christ. Fay n’aguères adverti que le mot de Corps ne se prend pas pour la chair, la peau, et les os : mais pour toute la masse de l’homme, si ainsi faut parler.

Ce qu’on peut plus certainement recueillir du présent passage: pource que lautre membre qu’il mettra incontinent, touchant les parties de ce corps, s’estend mesmes à l'âme. Or S. Paul exprime ainsi par cela grossièrement l’homme terrien. Car la corruption de nostre nature fait que nous ne monsirons avoir rien qui soit digne de

nostre première origine. Suyvant ceste façon de parler, Dieu se complaignant (Genèse, chapitre VE, v. 3) que l’homme aussi est devenu chair comme les bestes brutes, ne luy laisse rien qui ne soit terrien.

À ce mesme sens se rapporte Ce propos de Christ, Ce qui est nay de chair, est Chair, Jehan, IT, v. 6. Car si on réplique au Contraire, que l'âme est d'autre condition : Ja response est aisée, asçavoir, Selon quemaintenant nous sommes abbastardis, qu'aussi nos âmes sont fichées en terre, et tellement asservies au corps, qu’elles ont perdu leur excellence. Brief, la nature de l’homme est nommée Corporelle, pource qu’estant privé de la grâce céleste, il n’est seulement que comme une ombre qui s’esvanouit, ou une image:

Joint que sainet Paul ne l'appelle pas simplement Corps : mais comme par mespris

et desdain il dit corps mortel: voulant par

cela enseigner, que toute la nature de l’homme tend à mort et perdition. Au reste, il appelle Péché cette perversité qui

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Cuar. VI. SUR L’ÉPISTRE

réside en nos cœurs, qui nous incite à pécher, de laquelle proprement tous mesfaits et actes mauvais procèdent comme d’une source. Entre iceluy et nous il met comme au milieu les concupiscences :

tellement que Péché est ainsi qu’un Roy, et les concupiscences sont comme les édits et ordonnances de ce Roy.

13 Et aussi. Depuis que péché a une fois occupé le règne et la domination dedans le cœur, incontinent toutes les parties de nous sont appliquées à l’obéissance d’iceluy. Ainsi, il descrit yci le règne de péché, par les choses qui s’en ensuyvent, c’est-à-dire par les fruits : afin de mieux monstrer que c’est qu'il nous faut faire, si nous voulons sortir de dessous son joug. Or il prend une similitude sur le faict de la guerre, appelant nos membres armes : ne plus ne moins que s’il disoit, Comme l’homme de guerre ha tousjours ses armes prestes, pour les mettre en besongne toutes fois et quantes qu’il luy sera commandé par son Capitaine: et n’en use jamais qu’au vouloir d’iceluy :

ainsi les Chrestiens doyvent penser que toutes les parties de leurs personnes, sont armures pour la guerre spirituelle.

Si donc ils abusent à mal d'aucune partie de leurs personnes , ils se rangent sous

l'enseigne de péché, et se font ses sol-

dats. Or est-il qu’ils ont fait à Dieu et à Christ serment de guerre, qu’il les tient liez et obligez : il faut donc qu’ils soyent loin d’avoir aucune intelligence ou accointance dedans le camp de péché. Que maintenant ceux desquels tous les membres sont comme des putains de Satan, appareillez à commettre toute vilenie, avisent à quel titre ils prétendent si fièrement le nom

de Chrestiens. Au contraire, l’Apostrenous

commande yci que nous-nous présentions et dédions totalement à Dieu: c’est-à-dire, que retenans nos cœurs et esprits de tout esgarement , auquel les cupiditez de la chair nous destournent, nous ne regardions qu’à la volonté de Dieu seul, nous soyons attentifs à escouter ses ordonnances, prests à mettre en exécution ses commandemens , et que nos membres aussi soyent destinez et consacrez à son bon plaisir : en sorte que toutes les facultez, et de nos âmes et de nos corps, n’ayent autre chose proposée que sa gloire. La raison est adjoustée: Pource que non sans cause le Seigneur ayant aboli la première vie, nous a créez à une autre, laquelle doit estre accompagnée des opérations qni luy sont propres et Convenables.

14 Car péché n'aura point domination sur vous, puis que vous n'estes point

sous la Loy, mais sous grâce.

45 Quoy donc? pécherons-nous pourtant que nous ne sommes point sous la

Loy, mais sous grâce? Ainsi n'adviene.

16 Ne scavez-vous pas bien qu'à quiconque vous vous rendez serfs en obéissance, vous estes serfs de celuy à qui vous obéissez, soit de péché à mort, ou

d'obéissance à justice.

17 Or grâces à Dieu que vous avez esté serfs de péché: mais vous avez obéy de cœur à la forme de doctrine, à laquelle vous avez esté attirez. 48 Estans donc affranchis de péché, vous estes faits serfs à justice.

4) Jean, VIE, 34. 2 Pierre, II, 19.

1% Car péché n'aura point domination sur vous. Il n’est jà besoin que je m’arreste à réciter et réfuter les expositions qui n’ont que bien peu d'apparence de vérité, ou point du tout. Il y en a une laquelle on pourroit soustenir avec plus grand’ couleur que les autres : asçavoir celle qui prend ce mot Estre sous la Loy, pour Estre sujet à la letre de la Loy, la-

quelle ne renouvelle point le cœur: en sorte qu’au contraire, Estre sous grâce, emporte autant comme Estre délivré des cupiditez perverses par l'Esprit de grâce, Mais encore ne l’approuvé-je pas simplement. Car si nous recevons ce sens, COMment est-ce que viendroit à propos ceste interrogation qui s'ensuit incontinent, Pécherons-nous pourtant que nous ne

sommes point sous la Loy? Certes jamais l’Apostre n’eust adjousté conséquemment ceste question, s’il n’eust yci entendu de dire, que nous sommes absous et délivrez de la rigueur de la Loy, afin que Dieu ne procède plus contre nous à la rigueur du droict, comme on dit. Parquoy il n’y a point de doute qu’il n’ait yci voulu toucher quelque délivrance de la servitude de la Loy du Seigneur. Mais laissant là tout débat et dispute, je déclareray en brief ce que j'en pense. Premièrement, il me semble que c’est yei une consolation pour confermer les fidèles, afin qu’ils ne défaillent en cest exercice de saincteté, sen- ‘tans leur imbécillité. Il les avoit exhortez d'appliquer toutes leurs facultez à l’obéissance de justice. Mais comme ainsi soit qu’ils portent avec eux les reliques de la chair, il ne se peut faire aucunement qu’ils ne clochent en quelque sorte. Et pourtant, afin qu’ils ne perdent courage estans abbatus pour le sentiment de leur infirmité, il vient au-devant de bonne heure, entremeslant une consolation laquelle à prend sur ce que leurs œuvres ne sont plus maintenant prinses à la rigueur de examen de la Loy, mais que Dieu les accepte bénignement et gracieusement, pardonnant l’impureté ou immondicité qui est encore de reste en icelle. Il est impossible de soustenir le joug de la Loy, qu’il ne casse ou brise ceux qui le portent.

Parquoy il reste que les fidèles cherchent leur refuge en Christ, implorans son aide comme de celuy qui est autheur et protecteur de leur liberté, Et aussi de sa part il se monsire tel, Gar pour ceste cause s'est-il soumis à la servitude de la Loy, à laquelle autrement il n’estoit point déteur, afin qu’il rachetast ceux qui estoyent sous la Loy, comme dit l’Apostre, Gal., IV, v. 5. Ainsi donc, N’estre pas sous la Loy, signifie non-seulement que la letre morte ne nous prescrit plus les choses qui ne nous apportent que condamnation, d'autant que nous sommes du tout ineapables de les faire: mais aussi que nous ne sommes plus sujets à la Loy, entant qu’elle requiert une justice parfaite, en dénonçant la mort à tous ceux qui auront décliné en quelque endroit que ce soit.

Sous le mot de Grâce, nous entendons

Car, VI.

semblablement toutes les deux parties de

Ja rédemption : c’est asçavoir la rémission

des péchez, par laquelle Dieu nous impute justice : et la sanctitication de l'Esprit, par laquelle il nous réforme à bonnes œuvres, et par manière de dire, nous crée de nouveau. Je pense que ce mot Mais, est mis pour Car : ce qui se trouve assez souvent : comme s’il estoit dit, Pource que nous sommes sous grâce, pourtant nous ne sommes plus sous la Loy. Or maintenant le sens sera bien clair. Car l’Apostre nous veut consoler, afin qu’en l'exercice de bien faire auquel nous sommes appelez, nous ne perdions courage, pource que nous sentons encore beaucoup d’imperfection en nous. Car quoy que les aiguillons de péché nous donnent des affaires et du torment, tant y a toutesfois qu’il ne peut nous subjuguer et vaincre : pource que par l'Esprit de Dieu nous en venons à bout, et le surmontons : d'avantage estans sous gràce , nous sommes délivrez de ceste maistrise et domination rigoureuse de la Loy.

Au reste, il faut yci entendre ce que l’Apostre présuppose pour tout résolu, Que tous ceux qui sont destituez de la grâce de Dieu, estans estreints du joug de la Loy, sont détenus sous condamnation.

Et mesme on peut recueillir de ce passage en concluant au contraire, que les hommes, tandis qu’ils sont sous la Loy, sont détenus sous la domination de pé- Ché. |

15 Quoy donc? etc. Pource que tousjours la sagesse de la chair se rebecque, et ha quelque chose à dire contre les mystères de Dieu, pour une bonne occasion et bien nécessaire il met ceste anticipation pour obvier aux répliques. Car comme ainsi soit que la Loy est la règle de bien vivre, et ait esté donnée pour conduire et gouverner les hommes, la rigueur d’icelle estant relaschée, il nous :

semble incontinent que toute discipline est mise bas, et que s’en est fait : qu’on oste toute correction pour laisser les hommes faire à leur plaisir : brief, qu’il ne demeure plus aucun esgard ou différence entre le bien et le mal. Mais nousnous abusons bien en cela, de penser que l’abrogation de la Loy soit pour abo-

Cuar. VI.

lir la justice laquelle Dieu enseigne et commande en la Loy : considéré que cela ne doit point estre tiré aux commandemens de bien vivre, lesquels Christ conferme plustost et establit, que de les abolir, Matthieu, V, 47. Et c'est là la propre et droite solution, Asçavoir que la malédiction seulement de la Loy est ostée, à laquelle, sans la grâce, tous hommes sont sujets. Mais combien que sainct Paul ne l’exprime pas ainsi clairement et apertement, il le donne toutesfois obliquement à entendre.

Ainsi n'adviene. 16 Ne scavez. Ce n’est point une simple rejection, ainsi qu’on a pensé : comme s’il aimoit mieux détester une telle question, que de s’amuser à la réfuter. Car il adjouste incontinent après la réfutation prinse sur la nature des choses contraires : dont le sens est tel, Le joug de Christ, et celuy de péché sont trop mal accordans, pour dire qu'un homme les puisse porter tous deux ensemble. Si nous péchons, nousnous rangeons sous la servitude de péché. Or au contraire, les fidèles ont esté rachetez de la tyrannie de péché, afin qu'ils soyent au service de Christ. Il est donc impossible qu'ils demeurent encore assujetis et attachez à péché. Mais il vaudra mieux espluscher de plus près la déduction et le fil de l'argument, comme $.

Paul Pa ordonné. 4 qui vous obéissez.

Ce mot À qui, emporte autant yei comme Car : comme souvent on le trouve ainsi. Comme si quelqu'un disoit, Il n’y a meschanceté de laquelle ne soit coulpable le meurtrier de père, lequel n’a point fait de conscience de commettre un forfait si extrême, et une cruauté de laquelle les bestes brutes mesmes, par manière de dire, auroyent horreur. Car en ce propos ces mots, Lequel n’a point fait de conscience, etc., signifient la raison, Comme si on disoit, Car il n’a point fait de conscience, ete. Au reste, ceste raison que rend yci S. Paul est prinse en partie des effets, en partie de Ja nature des corrélatifs!. Car premièrement, s'ils obéissent,

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

il conclud qu’ils sont serviteurs : d'autant qu’obéissance monstre que cestuy-là ba authorité de commander, lequel range ainsi la personne pour estre obéy d’icelle. Et c’est là la première raison prinse de Peffet de servitude, comme j’ay dit : de laquelle s’ensuit puis après l’autre : Si vous estes serfs, il faut nécessairément dire aussi que la domination est à celuy duquel vous estes serfs. Ou d’obéissance. En ceci il n’a pas du tout observé la propriété de parler. Car, s'il eust voulu faire rencontrer les membres opposites l’un à l'autre, il faloit dire, Ou de justice à vie. Mais d’autant que le changement de mots n’empeschoit en rien le sens, il a mieux aimé par le nom d’obéissance exprimer que c’estoit de justice.

Et toutesfois encore en ce mot Obéissance, il y a une figure nommée Métonymie? : car il est prins pour les commandemens mesmes de Dieu. Au reste, quant à ce qu'il a mis ce mot simplement, sans adjouster à qui se rend ceste obéissance : en cela il a voulu monstrer qu’il n’y a autre que Dieu seul qui doyve tenir les consciences sujetes, et avoir domination par-dessus. Car pour ceste cause Obéissance mesme, sans exprimer le nom de Dieu, se rapporte néantmoins à Dieu, pource qu’elle ne peut estre bigarrée, comme on dit, c’est-à-dire tenir de plusieurs.

17 Or grâces à Dieu. C’est l’application de la similitude au propos qu’il traitte présentement : en laquelle ayant seulement à les advertir qu’ils ne sont plus maintenant serfs de péché, il adjouste une action de grâces. Premièrement afin de monstrer que cela ne vient point de leur mérite, mais d’une miséricorde de Dieu singulière. P’avantage aussi afin que de ceste action ils apprenent quant et quant, combien grand est ce bénélice de Dieu, et que d'autant plus ils soyent accouragez à avoir Le péché en détestation. Or il rend grâces, non pas pour le regard du temps qu'ils ont esté serfs de péché, mais pour la délivrance

1) On appelle corrélatifs, deux noms qui se disent au regard l’un de l’autre, et dont l’un estant mis, il faut présupposer

que l’autre est: comme Père, Fils: Mari, Femme :

et en ce passage, Maistre, Serviteur.

2) C'est quand un mot est prins pour l’autre, à cause qu’ils s’attouchent en quelque sorte. Comme quand le pain en la Cène est nommé corps de Christ, pouree qu'il est signe du corps de Christ, lequel] les fidèles recoyvent là vrayement c’estune métonymie : ainsi qu’il a esté noté Matth., Yi? 26. Et yci Obéissance est prinse pour ce en quoy on rend obéis-

sance : asçavoir pour les Commandemens.

qui est venue depuis, quand ils ont cessé d’estre ce qu'auparavant ils estoyent. Au reste, la comparaison qu’il fait yei tacitement de leur estat passé avec celuy de présent, emporte un poids. Car en cela l’Apostre baille une attainte aux calomniateurs de Ja grâce de Christ, en monstrant que sans icelle tout le genre humain est tenu captif sous péché : et au contraire, que si tost qu’elle vient à se desployer, le règne de péché cesse. De ceci on peut recueillir, que quand nous sommes affranchis de la Loy, ce n’est pas afin que nous péchions. Car la Loy ne perd point sa domination, que quant et quant. la grâce de Dieu ne mette la main sur nous, nous prenant pour siens, afin de restablir en nous la justice. Et pourtant il estimpossible que nous soyons sous péché, quand la grâce de Dieu règne en nous. Car nous avons desjà dit auparavant, que sous ce mot de Gréce est comprins l'Esprit de régénération. 7'ous avez 6béy de cœur. Yci derechef S. Paul compare comme choses opposites, la vertu secrète de l'Esprit, avec la letre externe : comme s’il disoit, que Christ forme beaucoup mieux les cœurs au dedans, que si la Loy usoit de contrainte en menaçant et donnant frayeur. Aïnsi est réfutée ceste calomnie, Que si Christ nous délivre de la sujétion de la Loy, il donne liberté de pécher. Car il ne lasche point la bride aux siens à un desbordement desréglé, afin qu’ils s’esgayent sans modestie, comme chevaux eschappez à travers Champs : mais il les ramène à une façon de vivre légitime, en saincteté et honesteté. Au reste, combien qu'Erasme après l’ancien translateur Latin ait mieux aimé traduire La forme : toutesfois j'ay esté contraint de laisser en ma

19 Je parle à la facon des hommes, à cause de l'infirmitlé de vostre chair.

Cuar. VI.

translation Latine le mot Grec duquel a usé S. Paul, asçavoir Typus: sinon qu’on aimast mieux le mot d'Exemplaire ou Patron. Car il me semble qu’il entend un vif pourtrait de justice, lequel Christ engrave en nos cœurs. Et iceluy se rapporte à ce qui est contenu et prescrit en la Loy, à quoy il faut que toutes nos opérations soyent réglées et compassées, en sorte qu’elles ne déclinent n'a dextre n’a senestre.

18 Estans donc affranchis. Le sens est tel, C’est une chose absurde, qu'un homme après estre affranchi, demeure encore en la condition servile. Car il doit se maintenir et entretenir en l’estat de liberté, lequel il a receu. Il n’est donc pas convenable que vous soyez rangez et remis sous la domination de péché, de

laquelle vous avez esté affranchis par la

délivrance que Christ a faite. C’est un argument prins de la cause efficiente, comme on dit. Après cela s'ensuit un autre prins de la cause finale : Pour ceste cause avez-vous esté retirez de la servitude de péché, afin que vous passissiez au règne de justice. Et pourtant il faut que vous mettiez du tout en oubli péché, et appliquiez tout vostre cœur à justice, au service et obéissance de laquelle vous avez esté amenez. Or il faut yei noter comment nul ne peut servir à justice, si devant il n’est délivré de la tyrannie de péché, par la puissance et grâce de Dieu. Comme Christ luy-mesme tesmoigne, Si le Fils vous affranchit, vous serez vrayement francs (Jean, VII, 36). Où seront doncques nos préparations procédantes de la vertu du franc arbitre, si le commencement de bien faire procède de cest affranchissement, que la seule grâce de Dieu nous apporte?

Ainsi que vous avez appliqué vos membres pour servir à ordure el iniquité, à faire iniquilé : ainsi appliquez maintenant vos membres pour servir à justice

en sanctification.

19 Je parle à la facon des hommes.

Il dit qu’il parle selon l’homme, non pas quant à la substance, mais quant à la forme. Comme Christ en S. Jehan, IE, 42,

dit qu’il présente des choses terriennes, comme ainsi soit toutesfois qu'il parlast des mystères célestes : mais non pas en termes si magnifiques comme la grandeur

et dem mind ad se mil

Cnap. VI.

des choses le méritoit, d'autant qu’il s’äbbaissoit à la capacité du peuple ignorant et tardif d’entendement. Or lApostre use de ceste préface, afin de mieux démonstrer que c’est une calomnie par trop lourde et vileine, quand on veut faire à croire que la liberté acquise par Christ donne congé de pécher, et lasche la bride à mal faire. Aussi quant et quant il admoneste les fidèles, qu’il n’y à rien plus absurde, et qui leur tourne à plus grand’honte, que de dire qu'ils soyent venus jusques à faire moins de conte de la grâce spirituelle de Christ, que d’un affranchissement terrien. Comme s’il disoit, Je pourroye en faisant comparaison de justice à péché, monstrer combien vous devez estre ravis d’une plus grande ardeur à lobéissance d’icelle, que vous n’avez obéy à péché : mais afin dottroyer quelque chose à vostre infirmité, je me déporte de faire ceste comparaison. Toutesfois, quoy que je vous vueille traitter doucement, si est-ce que je puis justement requérir de vous, que pour le moins vous ne soyez point plus froids et négligens à suyvre justice, que vous avez esté à obéir à péché. Ceste façon de parler emporte une espèce de ceste figure que les Latins nomment Réticence, qui est quand nous voulons que ceux ausquels nous parlons, entendent quelque chose de plus grand que nous n’exprimons par paroles. Car quoy qu’il semble que lApostre ne requière pas tant : si est-ce néantmoins qu’il les exhorte à rendre obéissance à justice, d'autant plus grande affection, qu’elle est plus digne qu’on luy obéisse, que n’est péché, Ainsi

SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS

que vous avez appliqué. C'est-à-dire, Comme ainsi soit que par ci-devant toutes les parties de vous ayent esté prestes à l’obéissance de péché, on à bien cognu évidemment par cela, comment la perversité de vostre chair vous tenoit liez et asservis d’une facon misérable. Or monstrez-vous donc maintenant aussi alaigres et prompts à vous ranger sous la domination de Dieu, et mettre en effet ce qu’il commande : et qu’il n’y ait point maintenant une affection moindre à bien faire, qu’elle n’a esté le temps passé à pécher.

Vray est qu’il n’observe pas l’ordre de Vantithèse à faire rencontrer les membres opposites d’un costé et d’autre :

comme en la ire aux Thessalon., IV, 7, il oppose Immondicité à Saincteté : toutesfois son intention est toute claire.

Premièrement il met deux espèces, Zmmondicité et Iniquité : desquelles la première est opposée à chasteté et saincteté :

l'autre se rapporte aux injures et outrages par lesquels le prochain est blessé.

Après il répète deux fois le mot d’Iniquité, en divers sens. Car au commencement il signifie rapines, fraudes, periures, et toute manière d’outrages : à la seconde fois un desbauchement universel de la vie : comme s’il avoit ainsi mis, Vous avez abandonné et prostitué vos membres à commettre œuvres iniques, afin que le règne d’iniquité eust vigueur en vous. J’expose le mot de Justice, comme estant mis pour la loy et règle de vivre justement, de laquelle la fin est sanclification : asçavoir que les fidèles se consacrent en pureté au service de Dieu.

20 Car quand vous estiez serfs de péché, vous estiez francs à justice*.

24 Quel fruit donc aviez-vous lors és choses desquelles maintenant vous avez vergongne ? certes la fin d'icelles est mort.

22 Mais maintenant estans affranchis de péché, et faits serfs à Dieu, vous avez vostre fruit en sanctification?, et pour fin vie éternelle.

23 Car les gages de péché c’est mort : et le don de Dieu c’est la vie éternelle

en Jésus-Christ nostre Seigneur.

1) Ou, franes quant à justice. Ou, justice n’avoit que veoir sur vous.

2) Ou, saincteté.

20 Car quand, etc. Il répète encore | de péché. Car péché et justice sont des ce discord, duquel il avoit fait mention, | choses tant contraires, qu’il est nécessaiqui est entre le joug de justice et celuy | re que celuy qui s’addonne à l’une, aban-

donne l’autre. Ce qu’il fait, afin qu’en les considérant chacune à part, il apparoisse plus clairement que c’est qu'il faut attendre de l’une et de l’autre. Car ja distinction et séparation des choses, apporte plus grande lumière, à ce qu’on puisse mieux considérer la nature de chacune.

Ainsi donc, il met péché d’un costé, et justice de l’autre. Et lors ayant ainsi mis différence, il monstre ce qui s'ensuit d’une part et d'autre. Qu'il nous souviene done que l’Apostre fait encore yci un argument prins des choses contraires, en ceste sorte, Cependant que vous avez esté serfs de péché, vous estiez affranchis de justice : maintenant la condition estant changée au contraire, C’est raison que vous serviez à justice, d'autant que vous estes délivrez du joug de péché. Il appelle francs à justice, ceux qui ne sont retenus d'aucune bride d’obéissance pour ensuyvre justice. C’est cela la licence de la chair, laquelle nous affranchit tellement de la sujétion de Dieu, qu'elle nous asservit au diable. Voyià donc une misérable et maudite liberté, qui d’une impétuosité desbordée, ou plustost enragée s’esgaye à nostre ruine et perdition.

21 Quel fruit donc, etc. Il ne pouvoit avec plus grand poids exprimer ce qu’il vouloit dire, qu’en appelant leur propre conscience en tesmoignage, et Comme en leur personne confessant la povreté et la honte des hommes, cependant qu’ils sont sans la grâce de Christ. Car les fidèles, incontinent qu'ils commencent à estre illuminez par PEsprit de Christ, et la prédication de l'Evangile, recognoissent volontiers et franchement, que toute leur vie passée, laquelle ils ont menée hors Christ, a esté damnable : et tant s’en faut qu’ils taschent de l’excuser, que plustost ils ont honte d’eux-mesmes. Et mesmes ils se réduisent tousjours en mémoire ceste souvenance de leur povreté et ignominie, afin qu’estans par ce moyen abbatus de honte, et confus en eux-mesmes, ils S’humilient plus au vray et à bon escient devant le Seigneur. Et ce n’est point un terme superflu, quand il dit, Maintenant vous avez vergongne : Car par ce mot il donne à entendre combien nous sommes entachez d’une amour de nous-

Cuar. VI.

mesmes aveuglée, estans enveloppez des ténèbres de péchez, veu que nous n’appércevons point ces ordures si grandes comme elles sont en nous. Il n’y à que la seule lumière du Seigneur, laquelle puisse ouvrir nos yeux, pour leur faire veoir la vilenie qui est cachée en nostre chair.

C'est donc alors qu’on peut dire dun homme à la vérité, qu’il a proufité és premiers commencemens et fondemens de la philosophie Chrestienne, quand il a bien apprins de se desplaire en soy-mesme, et d’estre confus de honte de sa misère. Finalement, par ce qui s'ensuit, il monstre encore plus apertement combien ils doyvent avoir honte et rougir en euxmesmes, considérans qu’ils ont esté prochains à trébuscher en la mort et ruine éternelle, et mesme que desjà ils estoyent entrez dedans les portes de la mort, si Dieu par sa miséricorde ne les en eust retirez.

22 Vous avez vostre fruit en sanctification. Comme ci-devant il a proposé double fin de péché, autant en met-il de

justice. Péché apporte en ceste vie les

tormens @e mauvaise conscience, et puis après la mort éternelle. Aïnsi de justice nous en recueillons présentement un fruit, asçavoir sanctification : et pour l’advenir en espérons la vie éternelle. Si nous ne sommes stupides-tant et plus, ces choses doyvent engendrer en nos cœurs une haine et horreur de péché, au contraire une amour et désir de- justice. Au reste, quant à ce mot Grec que nous avons traduit, Fin : aucuns aiment mieux dire Tribut, ou Taille : comme aussi le mot ha ceste signitication quelque fois :

mais il me semble que cela ne convient point à l’intention de l’Apostre. Car combien qu'il soit vray que la peine de la :

mort est comme un tribut que nous payons à péché, toutesfois le nom de Fribut ne conviendroit pas puis après à l'autre membre, auquel S. Paul Fapplicque aussi. Car la vie éternelle ne sera pas appelée tribut de justice.

23 Car les gages de péché c'est mort. Pource que le mot Grec Opsonia, lequel nous avons vyci traduit Gages, entre les autres significations qu’il ha, se prend quelques fois pour la portion ou les vivres

Car. VII.

qu’on baïlloit aux gens d’armes pour chaeun jour ou mois, qui ne contenoyent pas beaucoup : il. y en à qui pensent que sainct Paul en comparant la mort à cela, -vueille par un terme desdaigneux donner à entendre combien poyre et malheureux est le loyer que recoyvent les pécheurs.

Mais il semble plustost qw’il vueille obliquement toucher et taxer les appétis aveuglez de ceux qui s’affriandent et s’amorsent aux ailéchemens mortels de péché, ne plus ne moins que les poissons se prenent à l’ameçon. Toutesfois il sera beaucoup plus simple de prendre ce mot pour Loyer et Gages, sans subtilizer d’avantage. Car si nous regardons la quantité, certes le loyer des réprouvez, quiest la mort, mest pas petit, mais monte beaucoup. Or ceci est la conclusion et comme l’épilogue de la sentence précédente. Non pas toutesfois que sainct Paul face yei en autres termes une répétition superflue de mesme propos : mais il a voulu en doublant la frayeur et horreur, nous rendre péché d'autant plus détestable. Zt le don, etc. Ceux-là s’abusent qui tournent ainsi ceste proposition, La vie éternelle est don de Dieu : comme si La vie, estoit ce de quoy on parle : et, Don de Dieu, estoit ce qu’on en dit. Car ce

SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS

sens-là ne conviendroit point à clorre l’'antithèse qu’il fait. Mais comme il a desjà monstré que péché n’engendre que la mort, ainsi maintenant il adjouste, que ce don de Dieu, asçavoir nostre justitication et sanctification, nous apporte la béatitude de la vie éternelle. Ou si on aime mieux autrement : Comme péché est cause de la mort, ainsi la justice qui nous est donnée par Christ, nous rend Ja vie éternelle. Cependant toutesfois on pourra recueillir bien asseuréement dyci, que tout nostre salut procède entièrement de la grâce de Dieu, et de sa pure libéralité. Car autrement il eust peu dire, que les gages de justice c’est la vie éternelle : pour faire justement rencontrer les membres opposites l’un à l’autre, sans rien adjouster plus. Mais il avoit esgard que c’est du don de Dieu que nous Pobtenons, etnon pas de nostre mérite :

et d'avantage, que ce don n’est pas nud ou simple, ains contient deux parties.

Car nous sommes réconciliez à Dieu, estans revestus de la justice de son Fils, et par la vertu de l'Esprit nous sommes régénérez à saincteté. Et pourtant il a adjousté, En Jésus-Christ : atin de nous destourner de toute opinion de nostre dignité.

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