‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 13 sur 99 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

A Ainsi donc i n'y a maintenant nulle condamnation à ceux qui sont en Jésus-Christ, c'est-à-dire qui ne cheminent point selon la chair, mais selon

l'esprit.

2 Car la Loy de l'Esprit de vie, qui est en Jésus-Christ m a affranchi de la

loy de péché et de mort.

3 Car ce qui estoit impossible à la Loy, d'autant qu'elle estoit foible en la chair, Dieu ayant envoyé son propre Fils en semblance! de chair de péché, mesmes de péché a condamné le péché en la chair.

k Afin que la justification de la Loy fust accomplie en nous, qui ne cheminons point selon la chair, mais selon l'Esprit.

1) Ou, forme. 2) Ou, et pour le péché,

3) Ou, la justice.

1 Après avoir parlé du combat que lesj} prit. Car il conjoint trois choses ensemfidèles ont continuellement contre leur | ble : L’imperfection de laquelle les fidèles

chair, il revient à la consolation qui leur est fort nécessaire, de laquelle il avoit fait mention auparavant : assavoir, Que combien que péché les tiene encore assiégez, si sont-ils toutesfois desjà hors de la puissance de la mort, et délivrez de toute malédiction : pourveu qu’ils ne vivent plus selon la chair, mais selon l’es-

sont tousjours accompagnez : La bonté et douceur de laquelle Dieu use à la supporter et pardonner : La régénération de l'esprit, et nomméement ce dernier poinet, afin que personne ne se flatte et -se face à croire merveilles, comme s’il estoit délivré de la malédiction, laschant cependant tout à l'aise la bride à sa chair. Comme

donc en vain l'homme charnel se flattera, si n'ayant aucun souci d’amender sa vie, sous couleur de ceste grâce il se fait à croire qu’il demeurera impuni : ainsi les consciences des fidèles saisies de tremblement et frayeur, ont yei une forteresse invincible, entant qu'ils sçavent que cependant qu’ils demeurent en Christ, ils sont du tout hors de danger de condamnation. Il sera bon que nous venions maintenant à.esplucher les mots. Il appelle Cheminans selon l'Esprit, non pas gens qui ayent du tout despouillé tous les sens et affections de la chair, en sorte que toute leur vie ne sente autre chose qu’une perfection céleste : mais qui travaillent songneusement à donter et mortifier la chair, en sorte qu’on voit qu’en eux règne une amour de piété. Il dit que telles gens ne cheminent pas selon la chair : pource que par tout où il y a une vraye crainte de Dieu et sans feintise, elle oste à la chair la domination, combien qu’elle n’abolisse pas toutes les corruptions d’icelle.

a Car la Loy de l'Esprit de vie. C'est la probation de la sentence précédente, et afin que nous en ayons l'intelligence, il faut noter la signification des mots. Il nomme improprement Loy de l'Esprit, l'Esprit de Dieu, lequel arrouse nos âmes du sang de Christ, non-seulement afin de les nettoyer de la tache de péché, quant à la condamnation : mais aussi afin de les sanctifier à vraye pureté. Il adjouste qu’elle est vivifiante : (car le génitif De vie, selon l’usage des Hébrieux se doit ainsi résoudre en épithète). Dont s'ensuit que ceux qui tienent l’hommie arresté à la letre de la Loy, l’assujetissent à la mort.

À l’opposite il appelle Loy de péché et de mort, la domination de la chair, et la tyrannie de la mort qui de là s'ensuit.

Comme au milieu de ces deux loix est mise la Loy de Dieu, laquelle en enseignant justice, ne la peut pas toutesfois conférer, mais plustost nous enserre de plus forts liens en la servitude de péché et de mort. Ainsi donc le sens est, Que ce que la Loy de Dieu condamne les hommes, cela se fait d'autant que tant qu'ils demeurent sous l’obligation de Ia Loy, ils sont asservis et opprimez de la servi-

Cuar. VIIL.

tude de péché : et par Ce moyen sont coulpables de mort éternelle : mais l'Esprit de Christ, quand en.corrigeant les cupiditez désordonnées de la chair, il abolit aussi en nous la loy de péché, ül nous délivre quant et quant de la condamnation de mort. Or si quelqu'un réplique sur cela, Qu'il s’ensuit donc que le pardon par lequel nos péchez sont ensevelis, dépend de la régénération : la solution est facile, Asçavoir que sainct Paul ne touche pas yei la cause de ce pardon, mais seulement déclare le moyen et la manière en laquelle nous sommes délivrez de condamnation. Or sainct Paul nie que nous obtenions ce bien par la doctrine externe de Ja Loy : mais dit qu’en estant renouvellez par PEsprit de Dieu, quant et quant aussi nous sommes justifiez par le pardon gratuit, afin que la malédiction de péché ne soit plus sur nos testes. Ceste sentence doné vaut autant comme si S. Paul eust dit, que la grâce de régénération n’est jamais séparée d’avec l’imputation de justice. Quant à ce mot, Loy de péché et de mort : je n’oseroye pas le prendre comme aucuns, pour la Loy de Dieu, pour ce que le terme me semble un peu par trop rude et estrange à cela. Car combien qu’en augmentant le péché, elle engendre la mort :

toutesfois nous avons veu ci-dessus que S. Paul a expresséement tourné d’une autre sorte Son propos, afin de ne trancher ce mot odieux. Combien que je ne suis non plus de l'opinion de ceux qui .

entendent par la loy de péché, la concupiscence de la chair : comme si S. Paul disoit qu’il est victorieux par-dessus icelle. Car tantost après on verra assez apertement (comme je croy) qu'il parle de Pabsolution gratuite, qui nous donne une paix tranquille avec Dieu. J’ay mieux aimé retenir yci le mot de Loy, que traduire par le mot de Droit ou Puissance, comme a fait Erasme : pource que ce n’est pas sans cause que $. Paul a fait une allusion à la Loy de Dieu.

3 Car ce qui estoit. Maintenant s’ensuit une déclaration en laquelle il polit ou enrichit la probation qu’il avoit amenée : asçavoir que le Seigneur par Sa miséricorde gratuite: nous à justifiez en

Caar. VIT. SUR L'ÉPISTRE

Christ : ce qui estoit impossible à la Lov.

Mais pource que c’est une sentence trèsdigne. d’estre observée, espluchons à part chacune partie d’icelle. Qu'il soit yei traitté de la justification gratuite, ou du pardon par lequel Dieu nous réconcilie à soy, on le peut recueillir des derniers mots, quand il adjouste, Qui cheminons selon l'esprit, et non pas selon la chair.

Car si S. Paul vouloit yci enseigner que l'Esprit de régénération nous est donné, par lequel nous sommes duits à vaincre péché, comment viendroit à propos l’addition qu’il fait en ces mots? Mais cela vient bien au poinct, après avoir promis aux fidèles rémission gratuite, de restreindre ceste doctrine à ceux qui conjoignent repentance avec la f6y, et n’abusent point de la miséricorde de Dieu à une licence charnelle. D’avantage, il faut noter la cause et la raison qu’il rend. Car PApostre enseigne comment c’est que la grâce de Christ nous absout et délivre de Condamnation. Maintenant quant aux mots, L'impossible de la Loy: (car il y a ainsi au Grec, qui le voudroit traduire mot à mot) sans aucune doute se prend pour le défaut ou l'impuissance : comme s’il estoit dit, que Dieu a trouvé un remède, par lequel l’impossibilité de la Loy à esté ostée. Là où nous avons traduit d'autant que, Erasme a mis, À l'endroit où: mais pource qu’il me semble que le mot Grec estoit pour rendre raison du précédent, j’ay mieux aimé le tourner ainsi. Et combien que paraventure on ne trouvera pas de semblable manière de parler és livres de ceux qui ont escrit élégamment en la Langue Grecque, toutesfois pource que les Apostres usent communéement des manières de parler de la langue Hébraïque, ceste exposition ne doit point estre trouvée trop contrainte.

Tant y à certes que les lecteurs de bon jugement accorderont, qu’yci est exprimée la cause de ce défaut, comme nous dirons encore tantost après. Au reste, en lieu qu'Erasme supplée yci un mot qui soit le verbe principal de la sentence, disant ainsi, Ce qui estoit impossible à la Loy, etc. Dieu l’a fait ayant envoyé, etc.

et de péché, etc., il me semble que sans rien adjouster la suvte du propos coule

fort bien. Ce mot, Æt, a esté cause qu’Erasme s’est abusé, et a pensé qu’il faloit suppléer le verbe L’a fait : mais quant à moy, je pense qu’il a esté mis pour amplifier la chose: comme s’il eust dit, Voire mesme de péché. Sinon qu’on trouve meilleure la conjecture de celuy qui à fait les annotations en Grec, qui conjoint ces mots, Et de péché, avec les autres précédens, en ceste sorte, Que Dieu a envoyé son Fils en semblance de la chair de péché, et pour le péché. Toutesfois j’ay suyvi ce qui me sembloit estre du sens naturel de S. Paul. Avant parlé de la signification des mots, je vien maintenant à la substance du propos. Sainet Paul afferme bien clairement que pour ceste cause lexpiation des péchez a esté faite par la mort de Christ, pource qu’il estoit impossible à la Loy de nous conférer justice. Dont s’ensuit que la Loy nous commande plus grandes choses que nous ne pouvons accomplir, Car si nous estions suffisans pour accomplir la Loy, c’eust esté une chose superflue de chercher remède d’ailleurs. Et pourtant il n’y à point de raison de mesurer les forces de l’homme par les commandemens de la Loy, comme si Dieu en requérant de nous ce qui est juste, avoit regardé quelle et combien grande est nostre faculté. Entant qu'elle estoit foible. Afin qu'on ne pensast que ce fust déshonorer la Loy, de larguer d’impuissance, ou qu’on ne restraignist ceci aux Cérémonies, Sainct Paul a nommément exprimé que ce défaut ne vient pas d’un vice qui soit en la Loy, mais de la corruption de nostre Chair. Car il faut confesser que si un homme accomplissoit la Loy de Dieu entièrement, cestuy-là seroit juste devant Dieu. Il ne nie donc pas que la Loy soit sufiisante pour nous justifier, quant à la doctrine, comme ainsi soit qu’elle contient une parfaite règle de justice. Mais pource que nostre chair ne peut atteindre à ceste justice, toute la force de la Loy demeure court ou s’esvanouit. Et ainsi est réfuté l'erreur ou plustost la resverie de ceux qui pensent que ceci soit dit pour oster seulement aux cérémonies la vertu de justifier: veu que sainet Paul touchant notamment que Île

vice et la faute est en nous, déclare assez qu'il ne trouve rien à redire en la doctrine. Au reste, il faut prendre La foiblesse ou l'infirmilé de la Loy, comme l’Apostre a accoustumé d’user du mot d’Infirmité, non-seulement pour quelque imbécilHité moyenne, mais pour une impuissance : tellement qu’il signifie que la Loy ne sert du tout rien à conférer justice. Par cela donc on peut veoir que nous sommes du tout exelus de la justice des œuvres, et que nous avons recours à la justice de Christ, pource qu’il n’y en peut avoir en nous aucune. Ce qui nous est grandement nécessaire de sçavoir:

pource que jainais nous ne serons revestus de la justice de Christ, si premièrement nous ne sommes bien résolus et certains que de justice propre à nous, nous n’en avons une seule goutte. Le mot de chair se prend par tous yci en mesme signification, asçavoir pour nous-mesmes.

C’est donc la corruption de nostre nature qui fait que la Loy de Dieu nous est inutile : d'autant que monstrant simplement le chemin de vie, elle ne nous retire pas cependant du train de la cheute de mort auquel nous sommes. Dieu ayant envoyé son propre Fils. Il monstre maintenant le moyen par lequel Dieu nous a restabli justice par son Fils, asçavoir pource qu'il a condamné le péché en la propre chair de Christ, Col., IE, 44 :

c’est-à-dire, comme effaçant l'obligation, a aboli nostre coulpe, qui nous tenoit redevables et bien liez devant Dieu. Car la condamnation de péché nous a introduits en possession de justice, d'autant que la transgression estant effacée, nous sommes absous, en sorte que Dieu nous répute pour justes. Mais en premier lieu il exprime que Christ à esté envoyé: par ce mot nous advertissant que nostre justice ne réside point en nous, veu qu'il nous la faut prendre en luy : et que c’est folie aux hommes de se confier en leurs mérites, veu qu’ils ne sont justes que par prest qui leur est fait: ou bien, veu qu'ils empruntent la justice, de lexpiation et satisfaction que Christ a accomplie en sa chair. Au reste, il dit que Christ est venu en semblance de la chair de péché : pource que combien que la chair

Car. VII.

de Christ n’ait esté souillée d’aucune tache, toutesfois en apparence elle a semblé pécheresse, entant qu’elle a porté et soustenu la peine deue à nos forfaits. Et de faict, la mort a desployé toute sa force et vertu sur la chair de Christ, ne plus ne moins comme l'ayant en sa sujétion.

D’autrepart aussi, pource qu’il a falu que nostre grand Sacrificateur, en expérimentant luy-mesme en personne, apprinst que c’est de secourir aux hommes pleins d'infirmitez, Hébr., IV, 15: Christ a voulu estre sujet à nos infirmitez, afin d’estre plus enclin à compassion : et en cest endroit aussi on a veu en Juy quelque image de la nature pécheresse.

Mesme de péché. J'ay dit n’aguères qu'aucuns exposent ceci de la cause ou de la fin, pour laquelle Dieu a envoyé son Fils : asçavoir afin qu’il satisfeist pour le péché. Chrysostome, et quelques autres après luy, donnent un autre sens assez estrange : Que le péché a esté condamné de péché, pource qu’à tort et sans cause il a fait outrage à Christ. Je confesse.

bien que d’autant que Iuy juste et innocent a porté la peine deue aux pécheurs, par ce moyen a esté payé le pris de nostre rédemption: mais je ne puis croire que le mot de péché soit yei pris en autre sens que pour l’hostie d’expiation, que les Hébrieux nomment 4sam :

comme les Grecs appellent Catharma, un sacrifice sur lequel la malédiction est deschargée. En ce mesme sens S. Paul, 2 Cor., V, 21, dit que Christ, qui n’avoit point cognu péché, a esté fait péché pour nous, afin que nous fussions faits justice de Dieu en luy. Au reste, ce mot De, se prend yci en signification de reddition de cause : comme s’il eust dit, Qu’en ce sacrilice, ou à cause que le fardeau de péché a esté mis sur Christ, péché a esté mis hors de sa possession, afin qu'il ne nous tiene plus maintenant ses sujets.

Car il dit par métaphore ou similitude, que péché a esté condamné, comme on dira de ceux qui perdent leur cause:

pource que Dieu ne tient plus pour coulpables, ceux ausquels absolution est acquise par le sacrifice de Christ. Si nous le prenons, Que le règne et la domination de laquelle péché nous tenoit opprimez, a

Car. VII. SUR L’'ÉPISTRE

esté abolie et ariéantie : le sens demeurera tousjours un. Ainsi donc Christ a prins sur soy ce qui estoit nostre, afin de faire descouler sur nous ce qui estoit sien. Car ayant prins nostre malédiction, il nous à donné sa bénédiction. Sainct Paul adjouste yci en La chair : afin que nostre fiance soit plus asseurée, quand nous voyons que péché à esté vaincu et aboli en nostre nature mesme. Car par ce moyen il s’ensuit que nostre nature est vrayement faite participante d’icelle victoire, ce qu’aussi il déclare mcontinent après.

4 Afin que la justification de la Loy Just accomplie. Ceux qui entendent par ceci, que les hommes renouvellez par PEsprit de Christ accomplissent la Loy, songent un sens du tout autre que n’est l'intention de sainct Paul. Car les fidèles, cependant qu’ils sont voyagers en ce monde, ne proufitent jamais jusques-là, que la justification de la Loy soit plene

ou entière en eux. Il faut donc nécessaïirement rapporter ceci au pardon: pource que quand lobéissance de Christ nous est imputée, voylà satisfait à la Loy, en sorte que nous sommes réputez pour justes. Car pourtant la perfection que la Loy requiert, a esté accomplie et présentée en nostre chair, afin que la rigueur p’ait plus de lieu pour nous condamner. Mais pource que Christ ne communique sa justice, sinon à ceux qu'il conjoint à soy par le lien de son Esprit, la régénération est derechef yci adjoustée, afin qu’on ne pense que Christ administre les occasions dé péché: comme volontiers plusieurs tombent là de tirer en desbauchement de la chair tout ce qui leur est dit touchant la bonté et douceur paternelle de Dieu.

Et il y en a d’autres qui calomnient malicieusement ceste doctrine, comme si elle esteignoit és cœurs des hommes lPaffection et soin de bien vivre.

5 Car ceux qui sont selon la chair, pensent * aux choses de la chair : mais ceux qui sont selon l'Esprit, aux choses de l'Esprit. 6 Certes la pensée? de la chair est mort: mais la pensée de l'Esprit est vie

el paix. :-

7 Pource que la pensée® de la chair est inimitié contre Dieu, car elle n’est point sujete à la Loy de Dieu: et de vray elle ne peut. 8 Parquoy ceux qui sont en la chair ne peuvent plaire à Dieu.

1) Où, sont affectionnez., 2) Ou, Or l’affection.

5 Car ceux qui sont selon la chair.

Il amène ceste différence entre la chair et l'Esprit, non-Seulement afin que par une raison prinse du contraire il conferme ce que devant il a dit, Asçavoir que la grâce de Christ n’appartient sinon à ceux, qui estans régénérez par l'Esprit, s’addonnent à ensuyvre innocence et saincteté de vie. Mais aussi afin de soulager les fidèles par une consolation fort propre et nécessaire, de peur que sentans beaucoup d’intirmitez en eux-mesmes , ilS vienent à perdre courage. Car pource qu'il n’avoit exempté de malédiction autres gens, sinon ceux qui mènent une vie spirituelle, il pouvoit sembler que c’estoit oster à tous hommes l'espérance de salut. Car où est-ce qu’on en trouvera un en tout le monde qui ait

3) Ou, Paffection.

une pureté Angélique, en sorte qu’il n°y ait en luy rien de la chair ? Aïnsi done, il a falu nécessairement adjouster ceste définition, que veut dire £stre en la chair :

et Çheminer selon la chair. Or il est vray que pour le commencement, Sainct Paul ne distingue point si subtilement :

mais tant y a toutesfois (comme nous vérrons en la suyte du texte) que son intention est de donner bonne espérance aux fidèles, combien que leur chair les tiene encore empestrez, pourveu qu’ils ne Jaschent la bride aux cupiditez d’icelle, mais qu’ils se présentent pour estre gouvernez par le sainct Esprit. Quand il dit que Les charnels pensent, ou sontaprès les choses qui sont de la chair: il donne à entendre, qu’il ne tient point pour charnels ceux qui aspirent à la justice céleste, m:is bien

ceux qui sont du tout addonnez au monde.

Et pourtant, au lieu du mot Grec duquel sainct Paul à usé, j'ay mis en la translation, Le mot Penser, qui est général et comprend beaucoup : afin que les lecteurs entendent qu’il n’y a exclus du nombre des enfans de Dieu, sinon ceux-là seulement qui estans addonnez aux alléchemens de la chair, appliquent leurs cœurs et entendemens à cupiditez perverses.

Après cela, au second membre il exhorte les fidèles à bien espérer, s'ils sentent en eux-mesmes que lEsprit les eslève en haut à la méditation et exercice de justice. Car par tout où l'Esprit règne, c’est un signe de la grâce de Dieu salutaire :

comme au contraire, la grâce de Dieu n'ha point’ de lieu là où l'Esprit estant esteint, le règne de la chair tient le dessus. Au reste, je répète encore yci en brief ce dont j’ay desjà adverti ci-devant, Asçavoir que ce mot Zn la chair, ou Selon la chair, vaut autant comme, Estre vuides du don de régénération. Or tels sont tous ceux qui demeurent en leur pur naturel, comme on dit communéement.

6 Certes la pensée delachair. Erasme a traduit, L’affection. L'ancien Translateur Latin a mis La prudence. Mais comme ainsi soit qu'il est certain que S. Paul prend le mot Grec duquel il use, pour cela mesme que Moyse appelle La conception du cœur, Gen., VE, v. 5, et VII, v. 21 : et que sous ce mot sont COmprins tous les sens de l’âme, depuis la raison et l’entendement, jusqu'aux affections : il m'a semblé que le mot de Pensée convenoit mieux yci. Au reste, combien que S. Paul ait usé d’un mot qui signifie communéement Car : toutesfois je ne Goute point que ce ne soit pour confermer simplement son propos, sans autrement en rendre ja raison. Car c’est yci une manière de concession, d'autant qu'ayant briefvement défini que veut dire Æstre en la chair : il adjouste maintenant quelle sera la fin de tous ceux qui sont addonnez à la chair. Ainsi, il monstre par le contraire, que tous ceux qui demeurent en la chair, ne sont point capables de la grâce de Christ, pource que tout le train de leur vie ne tend qu’à la mort. Or voyci un passage bien notable, duquel

Car. VIII.

nous apprenons que selon le cours de nostre nature nous allons tresbuchans en l’abysme de mort, pource que de nousmesmes nous ne concevons rien qui ne tende à la mort. Mais incontinent après il a mis à l’opposite le membre contraire , afin de monstrer que s’il ÿ a quelque partie en nous qui tende à la vie, c’est signe que l'Esprit desploye en nous sa vertu, pource que de la chair ne pourroit procéder une seule estincelle de vie. Il appelle la pensée de l'Esprit, vie : pource

qu’elle est vivifiante, ou mène à la vie.

Et par le mot de Paix, il entend selon l'usage des Hébrieux , toutes choses requises à félicité. Car tout ce que l'Esprit œuvre en nous, tend à nostre béatitude.

Toutesfois ce seroit folie si aucun vouloit pour cela attribuer aux œuvres le salut. Car combien que Dieu commence nostre salut, et lachève finalement, en nous reformant à son image, toutesfois la seule çause d’iceluy, c’est son bon plaisir, par lequel il nous fait participans de Christ.

7 Pource que la pensée, etc. I adjouste yei la probation de ce qu’il avoit mis, Asçavoir que rien ne procède des désirs de nostre chair, que mort, d’autant qu'ils bataillent, et ont, par manière de dire, une guerre mortelle contre la volonté de Dieu. Or la volonté de Dieu est la règle de justice, dont s’ensuit que tout ce qui n’accorde avec icelle, est injuste : et s’il est injuste , il s'ensuit quant et quant qu’il apporte la mort. D’avantage, un homme ayant Dieu contraire et ennemi, en vain se promettra la vie. Car de l’ire de Dieu, incontinent, s'ensuit né-

cessairement la mort, qui est la vengence.

de son ire. Et notons sur ce passage, que la volonté de l’homme est en tout et par tout contraire à la volonté de Dieu.

Car autant qu'il y à à dire de perversité à droiture, autant faut-il nécessairement

dire qu'il y a de discord entre Dieu et

nous. Car elle n’est, etc. C’est une explication de la sentence précédente. Car il déclare comment tout ce que sçait faire nostre chair, et toutes ses pensées, font la guerre contre la volonté de Dieu : veu qu'il ne faut point aller chercher la vojonté de Dieu ailleurs que là où il l’a mani-

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Caar. VIII.

festée. Car en la Loy il a monstré que c'est qui luy est plaisant: et pourtant, tous ceux qui voudront deuement considérer comment ils accordent bien avec Dieu, qu’ils regardent à ceste règle, pour faire l'examen de toutes leurs délibérations et pensées. Car combien que rien ne se face en ce monde que par la conduite secrète de la providence de Dieu, toutesfois c’est un blasphème intolérable de dire sous couleur de cela, que rien ne se fait que Dieu n’approuve et ait agréable : qui est une cavillation que desgorgent aujourd’huy certains esprits fantastiques. Car quelle phrénésie et rage est-ce de chercher en un profond labyrinthe, la différence entre ce qui est droit et inique, laquelle la Loy nous met devant les yeux apertement et mot à mot? Vray est, comme j’ay dit, que le Seigneur ha son conseil secret, par lequel il dispense toutes choses selon son plaisir : mais pource qu’il nous est incompréhensible , sçachons qu’il ne nous est pas licite de nous en enquérir trop curieusement. Cependant, que cela demeure tout résolu, que rien ne luy plaist que justice : et qu’on ne peut faire un droit jugement de nos œuvres, sinon par la Loy, en laquelle il ha à bon escient et sans feintise déciaré ce qui luy est plaisant ou desplaisant. £t de vray, etc. Voyci le beau pouvoir du Franc arbitre, que les Sophistes ne se peuvent souler d’eslever assez haut. Certes sainct Paul afferme yci en paroles bien expresses et claires, ce qu’ils détestent à plene

SUR L’'ÉPISTRE AUX ROMAINS

ployable d’une part et d’antre, pourveu qu’il soit aidé de l'inspiration de l'Esprit : et que nous avons l'élection libre du bien ou du mal: tellement que l'Esprit ne fait seulement que nous donner secours , mais en nous est le pouvoir d’élire ou rejetter. Ils imaginent aussi de bons mouvemens , par lesquels nous nous préparons nous-mesmes. Sainct Paul au contraire dit, que nostre cœur crève d’un endurcissement et obstination indontable, en sorte que jamais naturellement il ne peut estre fléchi pour se soumettre à porter le joug de Dieu. Et en cela il ne parle point d’une affection ou de deux :

mais parlant en termes généraux, il met de ce rang tous les mouvemens qui procèdent de nous. Que donc ceste philosophie Payenne de la liberté du Franc arbitre, soit loin de tout cœur Chrestien.

Qu'un chacun en son endroit se recognoisse (comme il est à la vérité) serf de péché, afin qu’il soit mis en liberté, estant affranchi par la grâce de Christ. De se glorifier d’autre liberté, ce n’est que pure folie.

8 Parquoy ceux qui sont en la chair.

Combien qu’au Grec il y ait un mot qui signifie le plus souvent Mais : toutesfois je l’ay traduit par Done, et non sans cause. Car l’Apostre conclud des’ propos précédens, que ceux qui S’abandonnent et se laissent gouverner aux appétis de la chair, tous uriversellement sont abomipables à Dieu. Et de fait, jusques yci il a confermé ceste sentence, Que tous ceux

bouche, Asçavoir qu’il nous est impossi- | qui necheminent point selon l'Esprit ble d’assujetir nos affections à l’obéis- | n’ont rien en Christ, d'autant qu'ils sont sance de la Loy. Ils gazouillent tout à | despourveus de la vie céleste.

leur aise que le cœur de l’homme est |

9 Or vous n'estes point en la chair, mais en l'Esprit : voire si l'Esprit de Dieu habite en vous. que si aucun n'ha point l'Esprit de Christ, il n'est point à luy. ï

10 Æt si Christ est en vous, vray est que le corps est mort à cause du péché, mais l'Esprit est vie à cause de justice.

11 Si l'Esprit donc de celuy qui a ressuscité Jésus des morts, habite en vous, celuy qui & ressuscité Christ des morts, vivifiera aussi vos corps mortels, à cause de son Esprit habitant en vous.

avons veue, et la fait maintenant spé-

9 Or vous n'estes point.en la chair.

| ciale, l’applicquant à ceux ausquels il es-

prend la sentence générale que nous

13% crit: non-seulement afin de les esmouvoir plus fort, comme addressant son propos à eux en particulier : mais aussi afin que par la définition n’aguères mise, ils concluent pour certain, et s’asseurent qu’ils sont du nombre de ceux desquels Christ a destourné la malédiction de la Loy. Quant et quant toutesfois en déclarant quelle est l'opération de lesprit de Dieu és éleus, et quels fruits il produit, il les exhorte à nouveauté de vie. Foire si l'Esprit de Dieu. C’est une correction qu’il adjouste bien à propos, par laquelle les fidèles sont resveillez, à s’examiner en eux-mesmes de plus près, afin qu’ils ne s’abusent en prétendant à fausses enseignes le nom de Cbrist. Or ceste est la marque trèscertaine pour discerner les enfans de Dieu d'avec les enfans du monde : asçavoir s’ils sont régénérez par l'Esprit de Dieu à saincteté et innocence.

Combien qu’il semble n'avoir pas tant regardé à corriger le vice d’hypocrisie qu’à leur fournir matière de se glorifier contre les faux zélateurs de la Loy, qui estimoyent plus la letre morte , que la vertu intérieure de l'Esprit, laquelle est comme l’âme de la Loy. Cependant, ce passage monstre que jusques yei S. Paul par le mot d’Esprit n’a pas entendu la raison, ou lPentendement qui est en l’homme (ce que les advocats du Franc arbitre appellent la partie supérieure de Pâme, c’est-à-dire qui tient le dessus et domine) mais un don céleste. Car il expose que ceux-là sont spirituels, non pas qui de leur propre mouvement obéissent à raison, mais lesquels Dieu gouverne par son Esprit. Il ne faut pas toutesfois penser qu'ils soyent dits estre selon l'Espri, pource qu’ils soyent pleins de l’Esprit de Dieu {ce qui n’est encore advenu à pas un) mais pource qu'ils ont l'Esprit demeurant en eux, encore qu’ils sentent tousjours quelque reste de la chair en eux-mesmes. Or il n’y peut demeurer, qu’il ne tiene le dessus et soit le plus fort. Car il faut noter que l’homme est nommé , ou charnel, ou spirituel, selon ce qui est le principal en luy. Que si aucun n ha point, etc. I] adjouste ceci, pour monstrer combien le renoncement de la chair est nécessaire aux Chrestiens. Le

Car. VII,

règne de l'Esprit est abolissement de la chair : ceux esquels l'Esprit ne règne pas, p’appartienent point à Jésus-Christ. Il s'ensuit donc que ceux qui servent à la chair ne sont point Chrestiens. Car de vouloir séparer Christ d'avec son Esprit, ce seroit le faire semblable à une image, où à un corps mort. Or il nous faut tousjours retenir le but et l'intention de l’Apostre, Asçavoir que la rémission gratuite des péchez ne peut estre séparée d’avec l'Esprit de régénération, pource que ce seroit deschirer Christ et le mettre en pièces. Et si ainsi est, c'est merveille comment les adversaires de lEvangiie nous blasment d’arrogance, de ce que nous osons recognoistre que l'Esprit de Christ habite en nous. Car il faut renoncer Christ, ou confesser que ce que nous sommes Chrestiens, c’est par son Esprit.

Voylà certes une chose horrible à ouir, que les hommes se soyent tellement destournez de la parole de Dieu, que nonseulement ils se vantent d’estre Chrestiens sans Esprit de Dieu : mais mesmes se mocquent de la foy des autres. Et toutesfois, voilà la belle philosophie des Papistes. Au reste, il faut que les lecteurs observent yci, que l'Esprit est indifféremment nommé maintenant de Dieu le Père, maintenant de Christ : non-seulement pource que sur Christ, entant qu'il est nostre Médiateur et Chef, à esté espandue toute la plénitude d’iceluy , afin que de là en découlast sur chacun de nous sa portion : mais aussi pource que le mesme Esprit est commun au Père et au Fils, desquels l'essence est une, et la: Divinité

éternelle une. Toutesfois pource que.

nous n'avons aucune communication avec Dieu sinon par Christ, l’Apostre procède prudemment, quand du Père, qui sembloit estre eslongné de nous, il descend à Christ.

10 Et si Christ est en vous. Ce qu’il

avoit dit auparavant de l'Esprit, il le dit

maintenant de Christ, signifiant par cela le moyen par lequel Christ habite en nous. Car comme par le sainct Esprit il nous consacre pour ses temples, aussi par le mesme Esprit il réside en nous.

Or il déclares maintenant plus aperte-

ment ce que nous ayons touché ci-devant,

ET ll PO

Car. VII. SUR L’ÉPISTRE

Que ce que les enfans de Dieu sont estimez spirituels, ce n’est pas à cause qu’ils ayent une plene et entière perfection, mais seulement à cause de la nouveauté de vie commencée en eux. Au reste, c’est yei une anticipation, par laquelle il prévient un doute, qui autrement nous eust peu donner de la fascherie. Car combien que l'Esprit possède une partie de nostre personne, nous voyons toutesfois que autre partie est encore détenue de la mort. Il respond donc qu'il y à une vertu de vivifier en l’Esprit de Cbrist suffisante pour engloutir et anéantir toute nostre mortalité. Et de là il conclud, qu’il faut attendre patiemment jusqu’à ce que les reliques de péché soyent du tout abolies.

Desjà par ci-devant les Lecteurs ont esté advertis que par le mot d’Esprit ils ne doyvent pas entendre nostre âme, mais PEsprit de régénération, lequel S. Paul appelle Vie, non-seulement pource qu’il vit et ha vigueur en nous : mais aussi pource qu'il nous vivifie par sa vigueur, jusqu’à ce que finalement il nous renouvelle parfaitement, lors que nostre chair mortelle sera esteinte. Comme au contraire le mot de Corps signifie ceste masse lourde et grossière, qui n’a pas encore par lEsprit de Dieu esté purifiée des ordures terrestres, qui ne sentent rien que lourd et grossier. Car autrement ce seroit une chose absurde d’attribuer au corps la coulpe de péché : et aussi tant s’en faut que l'âme soit vie, qu’elle-mesme ne vit pas. Ainsi donc le sens de saint Paul est, Combien que péché nous adjuge à la mort, entant que la corruption de nostre première nature demeure encore en nous, que toutesfois PEsprit de Dieu emporte la victoire, et est le plus fort : et qu'à cela n’empesche rien que nous n'avons seulement receu que quelques prémices et commencemenrs d’iceluy : d'autant que mesmes une seule estincelle d’iceluy est semence de vie.

A1 Si l'Esprit donc. C’est une contirmation du propos précédent, prinse de la cause efliciente, comme on dit, en ceste sorte : Si Christ a esté ressuscité par la puissance de PEsprit de Dieu, et

AUX ROMAINS. 135 ainsi est que l'Esprit ha une puissance éternelle, il desployera icelle mesme en nous aussi. Et en cela il présuppose pour un poinct tout résolu, qu’en la personne de Christ a esté monstré le tesmoignage et efiet de la vertu qui s’estend à tout le corps de l'Eglise. Au reste, pource qu’il fait Dieu autheur de la résurrection, il luy attribue Esprit vivifiant. Qui a ressuscité. Il a yci descrit Dieu par ceste circonlocution, pource que cela convenoit mieux au propos qu’il traitte, que de le nommer simplement Dieu. Pour la mesme considération il attribue au Père la gloire de la résurrection de Christ. Car cela estoit de plus grand poids pour prouver ce qu’il prétend, que non pas S'il l’eust attribuée à Christ mesme : pource qu’on eust peu objecter, que Christ avoit une puissance pour se ressusciter, de laquelle tous les hommes du monde sont bien loin. Mais quand il dit, Dieu a ressuscité Christ par son Esprit, lequel aussi il vous à Communiqué : on ne peut rien alléguer au contraire, qu’en cela il ne nous ait prouvé que nous avons une trèscerlaine espérance de résurrection. Cependant toutesfois ceci ne Gérogue rien à une autre sentence, où Christ dit, Jay puissance de laisser ma vie, et si ay puissance de la prendre derechef, Jehan X, 18. Certes Christ est ressuscité de soymesme et par sa propre vertu : mais comme il a accoustumé d'attribuer au Père toute la vertu Divine qu’il ha en soy, ainsi l’Apostre n’a point parlé improprement, en transférant au Père une œuvre qui a esté en Christ sur toutes autres propre à la Divinité. Au reste, il appelle Corps mortels : tout ce qui reste encore en nous sujet à la mort : comme c'est Sa coustume de nommer par ce nom, la partie qui est en nous la plus srossière et charnelle. Dont nous recueillons qu'il ne parle pas de la résurrection dernière qui se fera en un moment : mais de l'opération continuelle de PEsprit, par laquelle mortifiant petit à petit les reliques de la chair, il restablit en nous une vie céleste.

Car. VII.

12 Pourtant donc mes frères, nous sommes detteurs, non point à la chair,

pour vivre seion la chair.

13 Car si vous vivez selon la chair, vous mourrez :

mais si par l'Espri

vous mortifiez les faits du corps, vous vivrez. 14 Car tous ceux qui sont menez de l'Esprit de Dieu, sont enfans de Dieu.

12 Pourtant donc mes frères. C’est la conclusion des propos précédens. Car s’il faut renoncer à la chair, nous ne devons avoir accord ni intelligence avec elle. D’autrepart, s’il faut que l'Esprit règne en nous : c’est une chose absurde, si.nous ne dépendons de son gouvernement. Au reste, il y à quelque chose qui défaut en ce propos de sainct Paul : car il omet l’autre partie de l’antithèse, Asçavoir que nous sommes detteurs à l’'Esprit. Mais le sens en est assez clair. Or ceste conclusion emporte une exhortation, comme tousjours de la doctrine il a accoustumé (en tirer quelque exhortation. En suyvant cela, ailleurs il admoneste que nous ne contristions point le S. Esprit de Dieu, par lequel nous avons esté signez pour le jour de la rédemption, Ephés., IV, 30. Item. Si nous vivons d’Esprit, cheminons aussi d'Esprit, Gal., V,925, Cela se fait quand nous renonçons aux concupiscences charnelles, pour nous ranger à la justice de Dieu, et nous mettre là comme en servitude. Et voylià certes comment il nous faut conclure, et non pas comme font certains blasphéma- Leurs, qui gazouillent qu’il nous faut reposer, et laisser couler le temps sans aucun soin de nous addonner à bien, puis qu’ainsi est qu’il n’y a rien en nostre pouvoir. Mais cela c’est faire la guerre à Dieu, quand par mespris ou nonchalance nous esteignons sa grâce qu’il nous a présentée.

13 Car si vous vivez selon la chair. Pour leur oster à bon escient, et, par manière de dire, arracher toute nonchalance, il adjouste une menace, par laquelle aussi sont bien proprement rembarrez ceux qui se vantent de la justification de la foy sans l'Esprit de Christ.

Combien que leur propre conscience ne les rédargue qu’assez : veu qu'il n’y a jamais de fiance en Dieu, que quant et

quant l’amour de justice ne soit avec. Je confesse bien qu'il est vray que nous sommes justifiez en Christ par la seule miséricorde de Dieu : mais l’autre poinct aussi est tant véritable et certain, Asçavoir que tous Ceux qui sont justifiez, sont

appelez du Seigneur à vivre comme re-.

quiert la saincte vocation de Dieu. Ainsi donc, que les fidèles apprenent d’embrasser Christ, non-seulement à justice, mais aussi à sanctification, afin qu'ils ne le divisent et deschirent par leur foy demie : comme de faict il nous a esté donné à toutes ces deux fins. Mais si par l’Esprit. Il modère tellement la sentence, que ce ne soit point pour descourager les fidèles, qui sentent encore en euxmesmes beaucoup d’infirmité. Car combien que nous soyons encore sujets à péchez, toutesfois il ne laisse pas néantmoins de nous promettre la vie, pourveu que hous poursuyvions tousjours en exercice de mortifier la chair. Car il ne requiert pas préciséement une destruction entière de la chair en nous, mais seulement il veut que nous taschions et mettions peine de réprimer les concupiscences dicelle.

A4 Car tous ceux qui sont. C’est la probation de ce qu’il vient tout à ceste

heure de dire. Car il monstre que ceux-là

tant seulement sont tenus pour enfans de Dieu, lesquels sont conduits par son Esprit, pource que c’est la marque à laquelle Dieu recognoist les siens. Ainsi voylà pour faire esvanouir en fumée la vaine vanterie des hypocrites, qui usurpent le titre, n’ayans point la vérité : et pour accourager les fidèles à une fiance de leur salut infaillible et très certaine.

Or la substance du propos revient là :

Tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu, sont enfans de Dieu. Tous enfans de Dieu sont héritiers de la vie éternelle. Il s'ensuit donc que tous ceux qui

CHar. VIIL

sont conduits par l'Esprit de Dieu, doy- “vent estre certains de la vie éternelle.

Mais S. Paul n’a point exprimé la proposition du milieu, pource qu’elle estoit indubitable. Au reste, il faut noter qu'il y a diverses sortes de gouvernement de l'Esprit. Car il y a le gouvernement universel, par lequel toutes créatures sont

SUR L’'ÉPISTRE AUX ROMAINS

soustenues et ont mouvement. Il y en a aussi de particuliers en chacun homme, et iceux divers. Mais yci S. Paul entend la sanctification, laquelle le Seigneur ne conferme sinon à ses éleus, quand il les prend du nombre de ses enfans, les mettant à part du reste des hommes.

15 Car vous n'avez point receu un esprit de servitude, pour estre derechef en crainte : mais vous avez receu l'Esprit d'adoption, par lequel nous crions

Abba Père.

16 Ce mesme Esprit rend tesmoignage avec nostre esprit que nous sommes

enfans de Dieu.

17 Et si nous sommes enfans, nous sommes doncques héritiers : héritiers, di-je,.de Dieu, et cohéritiers de Christ : voire si nous souffrons avec luy, afin que nous soyons aussi glorifiez avec luy. ?

48 Car tout bien conté, j'estime que les souffrances du temps présent ne sont point dignes ! de la gloire à-venir, laquelle sera révélée en nous.

1) Ou, ne sont à l’équipollent.

15 Il conferme maintenant ceste certitude de fiance, sur laquelle il a n’aguères déclaré que les fidèles se doyvent reposer et arrester : et ce par un effet spécial de V'Esprit : asçavoir d'autant qu’il ne nous a pas esté donné pour nous tormenter de tremblement et destresse : mais plustost afin qu'ayant mis bas tout trouble, et dressant nos esprits en repos tranquille, il nous resveille et incite à invoquer Dieu franchement et asseuréement. Il ne poursuit donc pas seulement le point qu’il à touché ci-devant, mais insiste plus en autre membre qu'il avoit conjoint quant et quant : asçavoir de la bénignité paternelle de Dieu, par laquelle il pardonne aux siens l’infirmité de la chair, et les vices desquels ils ne sont point encore desveloppez. Or ilditque decelanousest rendu certain tesmoignage par l'Esprit d’adoption, lequel ne mettroit point en nos cœurs une asseurance de prier, Sinon que quant et quant il confermast et seellast ce pardon gratuit que Dieu nous fait. Et pour mieux esclarcir le propos, il met deux esprits : desquels il appelle lun Esprit de servitude : asçavoir celuy que nous pouvons concevoir de la Loy : l’autre, Esprit d'adoption : lequel est par PEvangile. Il dit que ce premier là a esté donné anciennement à crainte, et l’autre

est aujourd’huy donné à asseurance. Ceste comparaison de choses contraires, fait (comme un chacun le peut veoir) que l’asseurance de nostre salut, laquelle il veut confermer, vient à en estre mieux esclarcie. L’autheur de l’Epistre aux Hébrieux, XII, 18, use de la mesme comparaison, quand il dit, Que nous ne sommes point venus à la montagne Sinai, où toutes choses estoyent si espovantables, que le peuple estant effrayé, ne plus ne moins que si la mort luy eust esté dénoncée présentement, pria que Dieu ne parlast point à luy : et Moyse luy-mesme confessa qu’il avoit esté estonné : mais que nous sommes venus à la montagne du Seigneur, Sion, et à sa cité Jérusalem céleste, là où est Jésus le Médiateur du nouveau Testament. De ce mot Derechef : nous recueillons qwyci est faite comparaison de la Loy à l'Evangile : d'autant que le Fils de Dieu par sa venue nous à apporté ce bien inestimable, que la condition servile de la Loy ne nous tient plus enserrez.

Cependant toutesfois il ne faut pas recueillir de là, ou que nul n’ait eu l'Esprit d'adoption devant la venue de Christ : ou que tous ceux qui avoyent receu la Loy, ayent esté serfs et non enfans. Car l’Apostre confère yci le ministère de la Loy avec la dispensation de l'Evangile, plus-

tost que les personnes ayec les personnes.

Je confesse bien qu’il est vray que les fidèles sont yei admonestez comment Dieu a maintenant espandu sa libéralité plus abondamment envers eux, qu'il n’avoit fait jadis envers les Pères sous le vieil Testament : toutesfois il ha yci esgard à la dispensation externe, pour raison de laquelle seule nous les passons. Pource que quoy que la foy d'Abraham, Moyse, et David ait esté plus grande que la nostre, toutesfois entant que Dieu en apparence les à tenus sous une pédagogie et discipline d’enfans, ils n’estoyent point encore parvenus à la liberté qui nous a ésté révélée. Quant et quant toutesfois il faut noter, qu'expresséement à cause des faux apostres est mise ceste antithèse entre les disciples de la Loy, qui s’arrestent à la letre et les fidèles, ausquels Christ le Maistre céleste ne parle pas seulement du son de ia bouche, mais aussi les enseigne au dedans par son Esprit avec vertu et efficace. Et combien qu’en la Loy soit comprise l'alliance de grâce, toutesfois l’Apostre l’en oste, pource qu’opposant l'Evangile à la Loy, il ne considère rien en icelle sinon ce qui luy estoit propre et spéciale, asçavoir de commander et défendre, et tenir en sujétion les pécheurs, en leur dénonçant la mort.

Brief il nous propose la Loy, vestue de sa qualité, par laquelle elle diffère d'avec l'Evangile. Ou qui l’aimera mieux ainsi :

Il propose la Loy nue, entant qu’en icelle Dieu convient avec nous, et fait promesses pour le regard des œuvres. Ainsi donc quant aux personnes, voylà ce qu'il nous en faut tenir, Qu’au peuple des Juifs, lors que la Loy se publioit, et mesme après la publication d’icelle, les fidèles ont esté illuminez du mesme Esprit de foy que nous avons aujourd’huy : et par conséquent, que l’espérance de lhéritage éternel a esté seellée en leurs cœurs, duquel l'Esprit est lParre et le seau. I y à seulement cela de différence, que sous le règne de Christ, l'Esprit à esté espandu plus abondamment et libéralement. Et si nous venons à regarder en la dispensation de la doctrine, il semblera que adonc premièrement le salut a esté manifesté asseuréement, quand Christ est apparu en

Cuar. VIH.

chair, tant estoyent toutes choses enveloppées d’obscurité sous le vieil Testament, au pris de la nayfve clarté de VE-

vangile. D’avantage, si la Loy est consi-.

dérée en soy, elle ne peut, sinon, tenant desjà les hommes sous une misérable servitude, les enserrer encore de horreur de la mort : d'autant qu’elle ne leur promet aucun bien que sous condition, et d'autre part Génonce la mort à tous transgresseurs. Parquoy, comme sous la Loy estoit l'Esprit de servitude, lequel pressoit de crainte la conscience : ainsi sous l'Evangile est l'Esprit d'adoption, qui resjouit nos âmes par le tesmoignage de nostre salut. Aureste, notons que crainte est conjointe avec servitude, pource qu’il ne se peut faire autrement, que la Loy ne démène et tormente nos âmes d’une misérable inquiétude, cependant qu'elle exerce sa domination. Parquoy il n’y a point de remède et moyen de les appaiser, que quand Dieu nous pardonnant nos pécbez, nous reçoit bénignement comme un père ses enfans. Par lequel nous crions. Il a nomméement changé de personne, afin d'exprimer que ceste est la condition commune de tousles Saincts :

comme s'il eust dit, Vous avez receu PEsprit, par lequel vous criez, ainsi que tous nous autres fidèles. Et ceste expression de laquelle il use, prononçant le mot de Père en la personne de tous fidèles, n’emporte pas petit poids. Aussi ce redoublement par mots de diverses Langues, tend à plus grande amplification :

car par cela S. Paul signifie qu’aujourd’huy la miséricorde de Dieu est telle-

ment publiée par tout le monde, qu’il est

invoqué indifféremment en toutes Langues : comme S. Augustin l’a bien observé. Il à donc voulu exprimer un consentement de toutes nations en cest endroit. Dont s’ensuit que maintenant il n'y à plus de différence du Grec au Juif, comme ainsi Soit qu’ils sont unis ensemble. Le Prophète Isaïe, XIX, 18, use d’une autre façon de parler, dénonçant que Ja Langue de Chanaan sera commune à tous peuples : mais cela revient à mesme sens. Car il n’a pas là eu esgard à la prononciation externe, mais à l’accord du cœur à servir Dieu, et à semblable et

Cuar. VIN.

simple affection de faire profession du vray et pur service d'iceluy. Le mot de Crier a esté mis, pour exprimer la fiance : comme S'il disoit que nous ne prions point en doute, mais hardiment et sans crainte, levans une voix claire au ciel. Il est bien vray qu’aussi sous la Loy les fidèles réclamoyent Dieu Père, mais ce n'estoit point d’une fiance si franche, comme ainsi soit que le voile les tenoit eslongnez du Sanctuaire. Mais maintenant depuis que l'entrée nous a esté ouverte parle sang de Christ, nous pouvons privéement et comme à plene bouche nous glorifier d’estre enfans de Dieu : et de là procède ce cri. Brief, en cela est accomplie la Prophétie d'Osée, I,;:23, Je leur diray, Vous estes mon peuple : et ils respondront de leur costé, Tu es nostre Dieu.

Car tant plus la promesse est aperte, d'autant aussi plus grande est la liberté de prier.

16 Ce mesme Esprit. I y à un seul mot Grec qui signifie ces trois, Rend tesmoignage ensemble. Ainsi il ne dit pas simplement que l'Esprit de Dieu est tesmoin à nostre esprit. Or S. Paul entend que PEsprit de Dieu nous rend un tel tesmoignage, que nostre esprit l'ayant pour conducteur et maistre, s’asseure que lPadoption de Dieu est ferme. Car nostre entendement ne nous suggéreroit point ceste foy de soy-mesme, et si ce n’estoit que le tesmoignage de l'Esprit le poussast et introduisist là. Au reste, c’est-ci une déclaration de la sentence prochaine. Car l'Esprit en nous tesmoi-

gnant que nous sommes enfans de Dieu,

met quant et quant en nos cœurs ceste asseurance, que noùs osons invoquer Dieu Père. Et de faict, veu qu'il n’y a rien qui nous puisse ouvrir la bouche que la seule asseurance du cœur, si le S. Esprit ne rend tesmoignage à nos cœurs de lamour paternelle de Dieu, nos langues demeureront muetes en matière de faire prières. Car il faut tousjours retenir ce principe, Que nous ne pouvons autrement prier Dieu deuement, sinon que comme nous l’appelons de bouche Père, nous soyons aussi en nos cœurs certainement persuadez qu’il est tel. Auquel principe il y en a un autre Correspondant, Que

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

nous ne pouvons point prouver nositre foy autrement que par l’invocation de Dieu. Ainsi donc ce n’est pas sans cause que S. Paul nous ramenant à cest examen, dit qu’adonc on cognoist en chacun de nous sil croit à bon escient, quand ayans embrassé la promesse de grâce, nous-nous exerçons en prières. Et en cest endroit sont trèsbien réfutées les resveries des Sophistes touchant leur Conjecture morale, qu’ils appellent : qui n’est autre chose qu’une incertitude et anxiété d'esprit, ou plustost un chancellement et fourvoyement. Quant et quant aussi il y a bonne response à leur objection. Ils demandent comment il est possible que l’homme cognoisse la volonté de Dieu.

Voire, et ce n’est pas une certitude procédante de l’entendement humain, mais un tesmoignage de lPEsprit de Dieu comme il le traitte plus amplement en la première Epistre aux Corinthiens : auquel lieu aussi il faut chercher plus ample exposition de ce passage. C’est donc une sentence qui demeure ferme et arrestée, Que nul ne peut estre nommé enfant de Dieu, sinon que luy-mesme se recognoisse estre tel : laquelle cognoissance est par sainct Jehan en sa première épistre, chapitre V, v. 49, 20, nommée Science, pour mieux dénoter la certitude d’icelle.

17 Et si nous sommes enfans. Par un argument prins des choses conjointes ou subséquentes, il prouve que nostre salut gist en Ce que nous ayons Dieu pour Père. L'héritage est destiné aux enfans :

puis donc que Dieu nous a adoptez pour enfans siens, il nous à quant et quant destiné l'héritage. Après cela, il donne tacitement à entendre quel est cest héritage, asçavoir céleste, et pourtant incorruptible et éternel, et tel qu’il a esté manifesté en Christ, par laquelle manifestation toute incertitude est ostée, et est monstrée l’excellence de l'héritage, auquel nous participons avec le Fils unique de Dieu : combien que l'intention de S.

Paul est (comme il apparoistra encore mieux tantost après) d’eslever par louanges magnifiques l’héritage à nous promis, afin que prenans en iceluy nostre contentement, nous mesprisions vaillamment tous alléchemens du monde, et portions

patiemment toutes les fascheries qui nous survienent en ce monde. Foire si nous souffrons avec luy. On expose ce passage en diverses sortes : mais ce sens yci me plaist plus que tous les autres, asçavoir, Que nous sommes cobéritiers de Christ, pourveu que nous le suyvions pour prendre possession de l’héritage, par le mesme chemin qu’il a tenu. Et ainsi, ce qu’il à entrelacé, faisant mention de Christ, par cela mesme il s’est voulu faire ouverture pour entrer en ceste exhortation, comme de degré en degré, en ceste sorte : L'héritage de Dieu est nostre, d'autant que par sa grâce il nous a adoptez pour ses enfans. Et afin que nous n’en soyons en doute, desjà la possession d’iceluy a esté mise entre mains à Christ, duquel nous avons esté faits consors et comme compagnons. Or est-il ainsi que Christ en a prins possession par la croix.

Il s'ensuit donc qu’il faut aussi que nous y entrions par mesme moyen. Au reste, il ne faut point craindre ce qu'aucuns craignent. Asçavoir qu’il ne semble par ce moyen que S. Paul attribue à nos labeurs la cause de la gloire éternelle. Car ceste façon de parler n’est point nouvelle en l’Escriture : mais elle dénote plustost l'ordre que le Seigneur tient en la dispensation de nostre salut, que non pas la cause. Car par ci-devant il a assez combatu pour maintenir la miséricorde gra-

Cuar. VIIL

tuite de Dieu contre les mérites des œuvres : maintenant nous exhortant à patience, il ne traitte point d'où procède nostre salut, mais quel moyen le Seigneur tient à gouverner les siens.

48 Car tout bien conté j'estime. Combien que ceux qui prenent ceci par manière de correction, ne parlent pas du tout sans propos, toutesfois j’aime mieux le rapporter à une amplification de Pexhortation, comme estant dit par anticipation, en ce sens, Et ne nous doit sembler fascheux, si par diverses afflictions il nous faut parvenir à la gloire céleste :

veu que si on vient à faire comparaison d'icelles avec la grandeur de ceste gloire, elles ne doyvent estre rien estimées. Il a usé de ce mot Gloire à-venir, pour éternelle : comme à l’opposite il appelle Les afftictions du monde : ou du temps présent : pource qu’elles passent soudainement. Au reste, par ceci il appert que ce passage a esté fort mal entendu par les Scholastiques , quand d’iceluy iüls ont prins leurs distinctions frivoles de Congruo, et de Condigno. Car l’Apostre ne fait pas comparaison de la dignité de ces deux choses l’une à l’autre : mais seulement il amoindrit la pesanteur de la croix en comparaison de la grandeur de la gloire : et ce pour confermer en patience les cœurs des fidèles.

19 Car l'attente ardente de la créature attend! la révélation des enfans de

Dieu.

20 Car les créatures sont sujetes à vanité, non point de leur vouloir, mais à cause de celuy qui les a assujeties en espérance ?.

21 Car aussi mesme la créature sera délivrée de la servitude de cohlrebf pour estre en la liberté de la gloire des enfans de Dieu.

22 Car nous sçavons que toutes créatures gémissent® ensemble, et travail-

lent ensemble jusqu'à maintenant,

1) Ou, le grand désir des créatures est en ce qu’elles attendent.

de la servitude. 3) Ou, souspirent.

19 Car l'attente ardente de la créature. Il dit que de ceste patience, à laquelle il nous avoit exhortez, on en voit un exemple mesmes és créatures muetes.

Car sans m’amuser à la diversité des expositions, voylà comment je pren ce passage, Qu'il n’y a élément, ne partie au-

2) Ou, sous espérance qu’elles seront aussi délivrées

cune du monde, laquelle par manière de dire, estant touchée d’une cognoissance de la misère présente, ne soit ententive à l’espérance de la résurrection. Et de faict, il propose deux choses : la première, que toutes créatures travaillent et sont en destresse : la seconde, Que

Cuar. VII. SUR L'ÉPISTRE

toutesfois elles sont soustenues et soulagées par espérance. Dont aussi il appert combien est grand et inestimable le pris de la gloire éternelle, de pouvoir ainsi esmouvoir et attirer toutes choses à le désirer. Au reste, combien que ceste façon de parler, L'attente attend, soit un peu estrange, elle ha toutesfois un sens fort convenable. Car il a voulu signitier que les créatures sont enserrées de grande destresse, et tenues en suspens par un grand désir, attendans ce jour-là qui mettra en évidence la gloire des enfans de Dieu. Il appelle La révélation des enfans : quand nous serons semblables à Dieu, comme dit sainct Jehan. Car combien que nous sçachions que nous sommes ses enfans, il n’est pas toutesfois encore apparu, 4 Jehan, IE, 2. J'ay retenu les propres mots de sainct Paul, pource que la translation d’Erasme m'a semblé estre par trop hardie : asçavoir, Jusques à ce que les enfans de Dieu soyent manifestez et toutesfois n’exprimer point suffisamment l'intention de PApostre. Car il ne veut pas dire que les enfans de Dieu seront manifestez au dernier jour : mais que lors on verra à l’œil combien souhaitable et heureuse est leur condition, quand ayans despouillé leur corruption, ils seront revestus de la gloire céleste. Car à ceste fin il attribue espérance aux créatures insensibles, asçavoir, à ce que les fidèles ouvrent leurs yeux pour contempler la vie invisible, combien qu’elle soit encore cachée sous une povre apparence.

20 Car les créatures sont sujetes.

Par le contraire il déclare la fin de lPattente. Car d'autant que les créatures estans maintenant sujetes à corruption, ne peuvent pas estre plustost restaurées, que jusques à ce que les enfans de Dieu soyent remis en leur entier : pour ceste cause icelles attendans leur restauration, regardent à la manifestation du Royaume céleste. Il dit, Qu'elles sont sujetes à vanité, pource qu’elles ne demeurent point Ltousjours en un estat ferme et stable, mais comme transitoires et caduques, passent légèrement, et font leurs cours

en peu de temps. Car il n’y a point de doute qu’il n’oppose ce mot de 7’anité à une nature entière. Non point de leur vouloir. Veu qu’il n’y a nul sentiment en telles créatures, certes il faut prendre le mot de J’ouloir pour une inclination naturelle, par laquelle tout ce qui est en pature tend à se maintenir, et acquérir perfection. Ainsi donc tout ce qui est détenu sous corruption, souffre violence, sa nature allant au contraire et résistant.

Mais il y a en ceste façon de parler une figure nommée Prosopopée !, par laquelle il introduit chacune partie du monde comme ayant sentiment. Et c’est pour nous faire plus grand’ honte de nostre stupidité, si ce flottement incertain, et changement caduque du monde, ainsi que nous ly voyons, ne nous fait dresser les esprits plus haut. Mais à cause de celuy. Il nous propose en toutes les créatures exemple d’obéissance : et adjouste qu’icelle procède d’espérance :

d'autant que de là vient qu'on voit au soleil, en la lune, et és estoilles, une alaigreté à continuer sans cesse leur cours ordinaire : de là vient aussi la promptitude d’obéissance qu’on voit que la terre ha à produire ses fruits : de là vient le mouvement assiduel de Pair : de là aussi la propriété et vertu continuelle des eaux à descouler : Asçavoir pource que Dieu à toutes ses créatures a enjoint à chacune son office : et non-seulement leur a commandé précisément et donné mandement spécial de ce qu’il vouloit qu’elles feissent, mais aussi leur a comme imprimé au dedans une espérance de renouvellement. Car en ceste misérable dissipation qui s’est ensuyvie de la cheute d'Adam, il ne se pourroit faire que quasi d'heure en heure tout ce bastiment universel &u monde ne veinst à s’escouler, et que chacune partie d’iceluy en particulier ne défaillist, sil n’y avoit une certaine fermeté secrète venant dailleurs, qui les sousteinst. Ce seroit donc une chose par trop honteuse que Parre de l'Esprit eust moins de vertu és enfans de Dieu, que n’ha cest instinet secret és créatures mortes. Ainsi donc, quoy que

1) C’est quand on attribue aux choses insensibles ce qui ne se trouve qu'aux personnes, comme parole, joye, tris-

tesse, désir, et telles affections.

les créatures naturellement enclinent ailleurs, toutesfois pource qu’il à pleu à Dieu de les assujetir à vanité, elles obéissent à Son commandement. Et d'autant qu’il leur a donné espérance de meilleure condition, elles se soustienent et consolent en icelle, différans leur désir jusqu’à ce que l’incorruption qui leur à esté promise soit révélée. Au reste, c’est une Prosopopée, quand il leur attribue Æspérance : Comme nous avons dit ci-devant, quand il leur attribuoit vouloir et non vouloir.

21 Car aussi mesme la créature. 1] monstre comment cest que la créature est sujete à vanité en espérance : Asçavoir, pource qu'un jour viendra qu’elle en sera délivrée : comme Isaie LXV, 47, le tesmoigne : et sainet Pierre en sa 2e épistre, chap. IT, 43, le conferme encore plus clairement. Or il nous faut en ceci considérer lhorrible malédiction que nous avons méritée, Comme ainsi soit que toutes créatures depuis la terre jusques au ciel, se sentent de la peine que nos péchez ont méritée, combien qu’elles soyent innocentes. Car ce qu’elles travaillent sous corruption, c’est par nostre faute. Ainsi le ciel, la terre, et toutes créatures portent imprimée en elles-mesmes ja marque de la condamnation du geure humain. Au contraire aussi, par ceci mesme il appert combien grande sera Pexcellence de la gloire en laquelle doyvent estre eslevez les enfans de Dieu, veu que toutes créatures seront renoüvelées pour servir à l’amplification et anoblissement d’icelle. Au reste, il n'entend pas que les créatures doyvent estre participantes d’une mesme gloire avec les enfans de Dieu : mais que selon leur mesure et portée elles les accompaigneront en ce meilleur estat : pource qu'avec le genre humain, Dieu restablira aussi lors le monde, qui maintenant est décheu et abbastardi. Or si on demande quel sera cest estat entier tant és besies brutes, qu’és arbres et és métaux, C’est une chose de laquelle il n’est ne bon ne licite d’enquérir trop curieusement. Pource que le principal poinct de la corruption du monde, c’est la mort, il y à des gens subtils, mais bien peu sages et modestes,

Cuar. VII

qui demandent si toutes espèces de bestes seront immortelles. Si on veut lascher la bride à telles spéculations, où est-ce qu’elles nous mèneront, ou plustost esgareront finalement ? Conténtonsnous donc de ceste simple doctrine, qu’il y aura un tel compassement et un ordre si propre, qu’on n’y verra rien Où mal séant ou sujet à décadence.

22 Car nous scavons que. Il répète derechef la mesme sentence, pour de là continuer le propos sur nous : combien que ce qui est yci dit, ha la forme et substance d’une conclusion. Car de ce que les créatures sont sujetes à corruption, et cela non point par une inclination naturelle, mais par ordonnance de Dieu : en après, qu’elles ont espérance de despouiller quelque jour ceste corruption : de cela, di-je, s’ensuit qu'elles gémissent et se plaignerit comme une femme qui est en travail denfant, jusqu’à ce qu’elles soyent délivrées. Or la Similitude est fort propre, afin que nous sçachions que-ce gémissement duquel il parle, n’est point une chose vaine et morte : car finalement il engendréra un fruit plaisant et heureux. Le sommaire de ceci est, Que les créatures ne prenent point leur contentement en Pestat présent, et néantmoins ne travaillent pas tellement, qu’on puisse dire qu’elles se despitent et sèchent de chagrin, sans qu’il y ait remède aucun à leur mal: mais.

qu'elles travaillent comme la femmie à l'enfantement. d'autant qu’il y à un restablissement en mieux qui leur ést préparé. Au reste, quand il dit qw’elles gémissent ensemble : il n'entend pas qu'elles soyent entr’elles ensemble enserrées de destresse : mais il veut dire qu’elles nous tienent en cela compagnie.

Ce mot Jusques à maintenant, tend à addoucir et amoindrir l’ennuy d’une longue attente et langueur. Car si les créatures par tant d’aages en leur gémissement n’ont pas laissé de se maintenir :

combien sera inexcusable nostre pusillanimité, ou lascheté si nous défaillons, nayans qu’à passer par l’ombre de ceste vie, de laquelle le bout est incontinent trouvé ?

Caar. VII.

SUR L’'ÉPISTRE AUX ROMAINS

23 El non point seulement elles, mais nous aussi qui avons les commencemens! de l'Esprit, nous-mesmes di-je gémissons * en nous-mesmes, en attendant l'adoption, asçavoir La rédemption * de nostre corps".

24 Car nous sommes sauvez en espérance. Or l'espérance qu'on voit n’est point espérance : car pourquoy espéreroit aucun ce qu'il voit?

25 Mais si nous espérons ce que nous ne voyons point, nous l'attendons par

patience.

1) Ou, prémices. 2) Ou, souspirons.

23 Et non point seulement elles, mais nous aussi qui avons les commencemens. 1 y en à aucuns qui pensent que lApostre ait yci voulu exaggérer l’excellence de nostre béatitude à-venir, par €e que toutes choses lattendent d’un désir ardent : et non-seulement les créatures qui n’ont point l'usage de raison, mais nous aussi qui sommes régénérez par l'Esprit de Dieu. Laquelle opinion est bien vraye, et la pourroiït-on bien défendre et maintenir : toutesfois il me semble que c’est yei une comparaison du plus petit au plus grand : comme s’il disoit, Les élémens mesmes qui sont sans raison et sentiment, ont en telle estime Pexcellence de nostre gloire à-venir, qu'ils sont par manière de dire, comme ravis d’un désir dicelle : beaucoup plus faut-il que nous, qui sommes illuminez de PEsprit de Dieu, prétendions et aspirions à la grandeur excellente d’un tel bien, et par fermeté d'espérance, et par effort d'affection ardente.

quiert double affection és fidèles, asçavoir premièrement que sentans la pesanteur de leur misère présente, ils gémissent en eux-mesmes : en après que néantmoins ils attendent patiemment leur délivrance. Car il veut qu'estans soustenus de l’attente de la béatitude à-venir, ils surmontent par magnanimité de courage toutes les misères présentes : en sorte qu’ils ne considèrent point quels ils sont maintenant, mais quels ils seront. Nous aussi qui avons les commencemens. Pource que les autres entendent par le mot de Prémices une excellence singulière et nompareille, ce que je ne trouve point propre : pour éviter ambiguïté on pourroit traduire le mot Grec Les commencemens. Car je n’enten pas, comme

8) Ou, la délivrance.

Et en ceci il re-|

4) Luc, XXI, 28.

ils font, que ceci soit dit des Apostres seulement : mais de tous fidèles en général, qui en ce monde estans seulement arrousez de quelques petites gouttes de PEsprit, ou bien le plus qu’ils sçachent avancer, ayans quelque certaine mesure d'iceluy, sont encor bien loin de l’accomplissement. Voylà donc ce que PApostre appelle Commencemens ou pré-

|mices ausquelles est opposé le revenu

entier et accompli. Car pource que nous n'avons pas encore receu la plénitude, ce n’est pas merveille si nous sommes agitez d'inquiétude. Au reste, quant à ce qu’il répète. deux fois, nous dussi : et puis encore après cela, met ce mot en nous-mesmes : C’est pour faire le propos de plus grande véhémence, afin d’exprimer tant mieux un désir fort ardent. Et il ne le nomme pas seulement Désir; mais Gémissement : pource que là où il ya sentiment de misère, là aussi y a gémissement. Attendans l'adoption. Vray est qu'il parle improprement, mais toutesfois ce west point sans très bonne raison, en nommant Ædoption la fruition de l'héritage auquel nous avons esté adoptez. Car S. Paul veut dire, que cest éternel décret de Dieu, par lequel il nous a éleus pour ses enfans devant que le monde fust fait, et duquel il nous rend tesmoignage par l'Evangile, duquel aussi il seelle la certitude en nos cœurs par son Esprit: viendroit à néant, si la résurrection promise, qui est un effet d’iceluy, m’estoit certaine. Car à quelle fin est-ce que Dieu nous est Père, sinon afin qu’estans venus à bout de ce pèlerinage terrien, nous Soyons receus en l'héritage céleste ? A cela mesme tend le mot qui s’ensuit après, La rédemption du corps.

Car Christ a tellement payé le pris de

14% nostre rédemption, que {outesfois la mort nous tient encore liez de ses liens, ou plustost nous la portons au dedans de nous-mesmes. Dont s'ensuit que le sacrifice de la mort de Christ seroit inutile et sans effet, si le fruit ne s’en démonstroit au renouvellement céleste.

24 Car nous sommes sauvez en espérance. Sainct Paul conferme son exhortation par un autre argument: asçavoir pource que nostre salut ne peut estre séparé d'apparence de mort. Ce qu'il prouve par la nature despérance. Car comme ainsi soit qu’espérance s’estend aux choses qu’on n’a point encore esprouvées et cognues par évidence, et qu’elle représente à nos esprits une image des choses qui sont cachées et bien eslongnées de nos sens, en tout ce qu’on voit à l'œil, ou qu’on touche à la main espérance ne peut avoir lieu. Or sainct Paul présuppose et prend pour tout certain, ce qu’on ne peut nier, Que tandis que nous sommes en ce monde, nostre salut gist en espérance. Dont s'ensuit qu’il est gardé par devers Dieu d’une façon bien eslongnée de tous nos sens.

Quant à ce qu'il dit que L’espérance qu'on voit, n'est point espérance : Vray est que la façon de parler est estrange, mais toutesfois elle n’obscurcit point le sens. Car il veut simplement monstrer, comme ainsi soit qu’espérance est d’un bien à-venir, et non pas présent, que jamais elle n’est conjointe avec plene et évidente possession. Et pourtant, s’il y en a ausquels il fasche de gémir, il faut nécessairement que telles gens renversent l’ordre establi de Dieu: qui n’appelle point les siens au triomphe, que devant il ne les ait exercez à la soulte de patience, et leur ait fait porter le joug.

Mais maintenant, puis qu’il à ainsi semblé bon à Dieu, de garder nostre saiut comme en son sein clos et serré, il nous est proufitable en ce monde d’ahanner,

Cuar. VII.

de languir comme des gens demi morts, ou semblables à morts. Car ceux qui voudroyent yci avoir leur salut visible, se ferment la porte d’iceluy, renonçans à espérance, qui en est la gardienne ordonnée de Dieu.

25 Mais si nous espérons. C’est un argument prins de la chose qui précède, à celle qui s’ensuit: pource que d’espérance nécessairement s'ensuit patience qui l'accompagne. Car veu que c’est une chose fascheuse de ne jouir du bien qu’on désire, si l’homme ne se soustient et console par patience, il faut nécessairement qu'il défaille et demeure accablé de désespoir. Ainsi donc espérance tire tousjours avec soy patience. Et par ainsi la conclusion que fait yci l’Apostre est fort propre, Que tout ce que l'Evangile nous promet de la gloire de la résurrection, s’esvanouit et demeure sans effet, si nous ne passons la vie présente en portant patiemment la croix et les tribulations. Car si la vie est invisible, il faut que devant les yeux nous ayons la mort : si la gloire est invisible, l’ignominie donc est présente. Si nous voulons donc comprendre en peu de paroles toute ceste matière, il faut réduire en ceste forme les argumens de sainct Paul : Le salut de tous fidèles consiste et leur est gardé en espérance.

Le propre d’espérance est de mettre son but és biens à-venir et absens. Il s'ensuit donc que le salut des fidèles est caché.

Or est-il qu’espérance n’est soustenue que par patience : parquoy aussi le salut des fidèles ne s’accomplit sinon en patience. Cependant nous avons yci un passage bien singulier et notable, Asçavoir que patience tient compagnie à la foy inséparablement : de quoy la raison est tout évidente. Car quand nous-nous consolons par espérance de meilleure condition, le sentiment des misères présentes est par ce moyen modéré et addouci, à ce qu’elles ne nous soyent si

estre pressez, affligez, gémir, et mesme | mal aisées à porter.

96 Pareillement aussi l'Esprit aide ensemble à nos! foiblesses. car nous ne scavons point ce que nous devons prier comme il appartient : mais l'Esprit mesme fait requeste pour nous par gémissemens? qu'on ne peut exprimer.

i) Ou, soulage nos. 2) Ou, souspirs qui ne se peuvent,

Caar. VIT.

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

21 Mais celuy qui sonde les cœurs, cognoist quelle est l'affection de l'esprit : car il fait requeste pour les Saincts selon Dieu.

26 Pareillement aussi. Afin que les fidèles ne veinssent à répliquer, qu’ils sont trop imbécilles pour pouvoir fournir à porter tant de fardeaux et si pesans, il leur propose laide et le secours de PEsprit, lequel est plus que suffisant pour leur faire surmonter toutes difficultez. Il ne faut donc plus qu'aucun se plaigne, que de porter la croix, C’est une chose qui surpasse ses forces: veu que nous sommes à ce fortifiez par la vertu céleste.

Et en cest endroit le mot Grec duquel use sainet Paul est de grand poids pour exprimer ceste assistance, et emporte beaucoup plus que ne fait le mot Aider, en nostre Langue: car il signifie que l’'Esprit prénant sur soy la pesanteur du fardeau, duquel nostre infirmité se trouve chargée, non-seulement nous aide et baille secours, mais nous soulage et descharge ne plus ne moins comme s’il portoit le fardeau avec nous. Aussi le mot D'infirmilez ou foiblesses au nombre pluriel, emporte son poids. Car pource que lexpérience monstre que si nous n’estions appuyez de la main de Dieu, nous sommes environnez de mille moyens qui seroyent incontinent pour nous faire tresbucher. Sainct Paul admoneste qu’encore que de tous costez nous soyons foibles, et qu'il y ait en nous des infirmitez sans nombre, qui nous menacent de cheute, que toutesfois nous trouverons assez de force et secours en l'Esprit de Dieu, pour jamais ne perdre courage, ou estre abbatus, quelque amas de maux qui puissent survenir. Au reste, ceste force de l'Esprit, laquelle nous vient au secours, nous monstre plus asseuréement, que c’est par l'ordonnance de Dieu qu'ainsi advient, que nous parvenions à la jouissance de nostre rédemption en abannant, et par gémissemens et souspirs. Car nous ne scavons point. I avoit ci-dessus parlé du tesmoignage de l'Esprit, par lequel nous cognoissons que Dieu nous est Père, et sur lequel estans appuyez, nous avons la hardiesse de l’invoquer comme Père: maintenant retournant derechef à ce second membre, asçavoir de l’invoca-

Ni

tion, il dit que nous sommes enseignez par le mesme Esprit, comment il faut invoquer Dieu, et que c’est qu'il luy faut demander en nos prières. Et cela vient fort bien à propos, de ce qu'ayant parlé des désirs angoisseux des fidèles, il vient maintenant à conjoindre les prières. Car quand Dieu les afflige de misères, ce n’est pas afin qu'ils nourissent dedans leurs cœurs un chagrin, et rongent leur frein, comme on dit, mais afin qu'ils se deschargent en priant, et qu’ainsi ils exercent leur foy. Au reste, combien que je sçache qu’on amène diverses expositions sur ce passage, toutesfois il me semble que S. Paul veut simplement dire, Que nous sommes aveugles, quant à prier Dieu : pource qu’encore que nous sentions nos maux, toutesfois nos esprits sont si confus et embrouillez, qu’ils ne peuvent choisir et droitement discerner ce quiest bon et proufitable. Si on réplique à cela, que la règle pour nous y gouverner est donnée en la parole de Dieu: je réspon que nos affections demeurent néantmoins accablées de ténèbres, jusqu’à ce que le sainct Esprit les addresse par sa lumière. Mais l'Esprit mesme fait requeste. Combien qu’il n’apparoisse point encore par effet et événement, que nos prières ayent esté exaucées de Dieu, sainct Paul toutesfois recueille, que desjà en cest exercice et affection de prier, reluit la présence de la grâce céleste : pource que jamais homme de soy-mesme ne pourroit concevoir en son cœur prière saincte et bonne. Vray est que les incrédules décliqueront bien avec la langue leurs prières : mais c’est avec une pure mocquerie de Dieu, d’autant qu’il n’y à rien en eux qui procède de syncérité, qui soit fait à bon escient et bien compassé. Parquoy il est nécessaire pour bien prier, que le sainet Esprit nous en dicte ou suggère le moyen et la manière. Et pourtant l’Apostre appelle Gémissemens qu'on ne peut exprimer, esquels nous entrons estans poussez du sainct Esprit : pource qu’ils surpassent sans comparaison la Capacité de

146 COMMENTAIRES Car. VI, nostre entendement. Au reste, quand il | affections de l'Esprit comme nouvelles et est dit que l'Esprit de Dieu fait requestes | non accoustumées : ou ne les rejette point pour nous, ce n’est pas que luy-mesme | comme absurdes, mais les recognoist, et de faict s’abbaisse en humilité pour prier | quant et quant reçoit bénignement, comou gémir: mais pource qu’il met en nos | me choses avouées et approuvées de luy. esprits les souhaits desquels il est besoin | Comme donc sainct Paul a n ’agüères tesque nous Soyons touchez : puis après | moigné, que Dieu nous aide desjà, en aussi esmeut tellement nos cœurs, que | nous prenant pour nous mettre, par mad'affection ardente ils pénètrent jusques nière de dire, en son giron: ainsi mainau ciel. Et sainct Paul à ainsi parlé, afin | tenant il adjouste une seconde consolad'attribuer tout cela plus signifiamment | tion, asçavoir que nos prières ne seront à la grâce de PEsprit. Vray est quil nous | point vaines, veu que Dieu luy-mesme est bien commandé de heurter, Matthieu, | est celuy qui les conduit et compasse, La VII, 7, mais jamais homme ne pourra de | raison aussi est adjoustée incontinent Soy-mesme préméditer pas une seule | après, Asçavoir pource qu’il nous duit et Syilabe, Sinoh que Dieu nous pousse par | confornie ainsi à son plaisir. Dont s’enun instinct secret de son Esprit, et que | suit qu’il ne se peut faire que ce qui est mesme il ouvre nos cœurs pour y avoir | conforme à sa volonté, par laduelle toutes entrée. choses .sont gouvernées, demeure sans 91 Mais celuy qui sonde les cœurs. | effet. Apprenons aussi d’yci, que le prin- Voyci une singulière raison pour nous FIpAl poinct et comme le fondement en confermer en ceste asseurance, que nous | la prière, est d'accorder avec la volonté sommes exaucez de Dieu, quand nous | du Seigneur : lequel nos propres désirs ne prions par son Esprit. Car il cognoist | tienent point lié et obligé à eux. Et pourprivéement nos souhaits et prières ,|tant, si nous voulons que nos oraisons comme estañs pensées et conceptions de | soyent agréables à Dieu, ü le faut prier son Esprit. Et faut bien noter la proprié- | qu’il luy “plaise les compasser à son bon té de ce mot Cognoistre: car il Signifie plaisir, que Dieu ne laisse pas passer outre ces

28 Nous scavons aussi que toutes choses aident ensemble en bien à ceux qui aiment Dieu : qui selon son propos sont appelez.

29 Car ceux qu'il à auparavant cognus, il les a aussi prédestinez à estre faits conformes à l'image de son Fils : D qu'il soil le premier-nay entre plusieurs frères.

30 Et ceux qu'il a prédestinez, il les a aussi appelez : et ceux qu'il a appelez, Ù les à aussi justifiez : et ceux qu'il a justifiez, il les a aussi glorifiez.

1) Ou, asçavoir à ceux qui sont appelez selon son arrest.

28 Nous scavons aussi. De ce qui a! chair contredit yci, murmurant en SOYesté ci-dessus, il conclud maintenant que | mesme, Qu'il n’apparoïst point que Dieu tant s’en faut que les misères de ceste vie | exauce nos prières, veu que nos afflictions retardent nostre salut, que plustost elles | ne laissent pas de continuer tousjours

y servent d'aides. Et à cela ne répugne | d’un mesme train. L'ADOStPE dONC par "M

point ce qu’il n’a pas yci usé du mot Donc, | ces mots vient au-devant, disait que ou autre semblable, ains d’un mot quisi-| combien que le Seigneur ne donne pas onifie Aussi, où Mais : veu que ce n’est | incontinent secours aux $iens, toutesfois pas une chôse nouvelle à S. Paul en tels | il ne les délaissé point : pource que par termes, de prendre lun pour autre, | un moyen merveilleux il convertit à leur combién que-ceste conclusion emporte | salut les Choses quisembloyent estre conaussi une anticipation. Car le sens de la ltraires. Néantmoins si quelqu'un aimoit

Car. Vin.

mieux lire ceste sentence à part, tellement que ce Soit yCi un argument nouveau, par’ lequel saint Paul prétend de monsirer qu’il ne se faut point fascher des adversitez, et les porter, à regret, veu qu'ellés aident à nostre salut : je n’y contredi point. Cependant l'intention de sainct Paul est toute évidente, Combien qu'indifféremment les éleus el les réprouvez soyent sujets à semblables maux, que toutesfois il y a bien grande diftérence, pource que Dieu tenant par aifictions les fidèles en sa discipline, procure leur salut. Or il nous faut entendre que sainct Paul ne parle yci que des adversitez: comme s’il eust dit, Que Dieu modère tellement toutes les choses qui advienent aux Saincts, que ce que le monde éstime. dommageable, l'issue le monstre estre proufitable. Car combien que ce que sainct Augustin dit, soit vray, Que par une certaine dispénsation de la providence de

Dieu, tant s’en faut que les péchez mesmes

que les fidèles commettent, leur nuisent,

tesfois il ne convient point en ce passage, Où il est traitté de la croix. Au‘reste, il faut noter, que Sous l’amour de Dieu, l'Aposire à comprins comme en un sommaire, toutes les parties de piété: comme aussi à LA vérité de là dépend toute affection et exercice de justice. Qui selon son

propos. I.semble que ce mot ait esté ad-

jousté par forme de correction: afin que |

pérsonné ne pensast que les fidèles, d’autant qu’ils aiment Dieu, obteinssent par leur mérite de recueillir un tel fruit des adversitez. Car nous sçavons que quand il est question du salut, les hommes commencent volontiers par eux-mesmes, el imaginent de leur costé je ne sçay quelles préparations, par lesquelles ils prévienent la grâce de Dieu. Et pourtant, ceux que sainct Paul avoit au paravant nommez gens aimans Dieu, et le servans, maintehant il monstre que ceux-là ont auparavant esté éleus de luvy. Car il est certain que l’ordre de ces choses est yci expres- Séement touché, afin que nous sçachions que l’adoption de Dieu gratuite, est la première cause de laquelle dépend et procède ce bien, que toutes choses tourhent à salut aux Saincts. Et mesmes

SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS

| ment :

que plustost ils servent à leur salut: tou-

sainct Paul monstre que les fidèles n’aiment Dieu, sinon depuis qu’ ils ont esté appelez de luy: comme en un autre lieu il remonsire que les Galatiens ont esté cognus de Dieu, devant qu'ils le cognussent, Galatiens, ÎV, 9. Je confesse bien que le mot que dii yci sainct Paul, est vray: Asçavoir que c’est seulement à ceux qui aiment Dieu, que les affictions proufitent à salut. Mais ce, que dit sainct Jehan est aussi parelllément vray, (4 Je+ han, IV, 10.) Que nous Commençons à l'aimer lors seulement quand il nous à prévenus de son amour gratuite. Au reste, la vocation de laquelle parle yci sainct Paul, comprend beaucoup: car il ne la faut pas restraindre à ceste manifestation d'élection, de laquelle un peu après il sera fait mention. Mais elle est mise simplement à Popposite de la course de l’homme : comme si S. Paul eust dit, que les fidèles ne s’acquièrent pas piété et crainte de Dieu par, leur propre mouvemais plustost qu’ils y Sont menez par la main de Dieu entant qu il les choisit pour son Pres péculier. Le mot de Propos exclud. notamment tout ce qu’on imagine que les hommes apportent de leur costé: comme siS. Paul disoit, qu’il ne faut point chercher ailleurs les causes de nostre élection, qu'au secret du bon plaisir de Dieu. Ce qui appert encore mieux, du À chapitre aux Ephésiens, et du der de Ja 2° à Timothée, où aussi notamment est exprimée l'antithèse de ce propos, et de la justice humaine.

Toutesfois il n’y a point de doute que sainct Paul, en disant yci que nostre salut est fondé en l'élection de Dieu, n’ait eu nomméement esgard à se faire OUVErture, pour de là passer à ce qu'il a mis incontinent après : AsÇavoir que par la mesme ordonnance céleste les afflictions sont destinées pour nous rendre conformes à Christ: afin qu’il conjoingnist et liast, comme d’un lien de fraternité, nostre salut avec la Souffrance de la croix.

29 Car ceux qu & au paravant cognus. 1] monstre donc et prouve par l’ordre mesme de l’élection, que toutes les afflictions des fidèles ne sont autre chose qu'un moyen par lequel ils soyent faits conformes à Christ : ce que notam-

ment il avoit tesmoigné ci-devant estre nécessaire. Et pourtant il ne faut point que nous soyons marris, Où qu’il nous soit grief et fascheux d’estre affligez, sinon que par mesme moyen l'élection du Seigneur, par laquelle nous sommes prédestinez à vie, nous fasche: sinon aussi que nous ayons regret de représenter en nous l’image du Fils de Dieu, par laquelle nous sommes préparez à la gloire céleste. Or ceste cognoissance de Dieu précédente, de laquelle sainct Paul parle yei, n’est pas une prescience nue, comme imaginent follement aucuns mal exercez : mais l’adoption par laquelle il a tousjours discerné ses enfans d'avec les réprouvez. Selon lequel sens sainct Pierre dit que les fidèles ont esté éleus en sanctification de l'Esprit, selon la cognoissance précédente de Dieu, 1 Pierre, I, 2.

Parquoy, ceux desquels j’ay parlé concluent mal à propos, Que Dieu n’a éleu sinon ceux desquels il a préveu qu’ils seroyent dignes de sa grâce. Car sainct Pierre ne flatte point là les fidèles, comme si chacun d'eux en son endroit avoit esté éleu pour ses mérites : mais les ramenant au conseil éternel de Dieu, il les despouille de toute dignité. Sainct Paul aussi en ce lieu répète par un autre mot ce qu’il avoit n’aguères touché du propos de Dieu.

Dont s'ensuit que ceste cognoissance qu’il attribue à Dieu, dépend de son bon plaisir: d’autant que Dieu en adoptant ceux qu'il à voulu, n’a estendu sa prescience à chose qui fust hors de sa majesté, mais seulement à marqué ceux qu’il vouloit élire. L'autre mot Grec yci mis, lequel on traduit Communéement Prédestiner, se rapporte à la circonstance du présent passage. Car sainct Paul entend seulement, que Dieu en a ainsi déterminé et ordonné, que tous ceux qu’il a adoptez, tant qu'il y en a, porteroyent l’image de Christ. Au reste, il n’a pas dit simplement, 4 estre conformes à Christ: mais à l’image de Christ: afin de monstrer qu'en Christ est le patron pourtrait au vif, lequel est proposé pour imitation à tous enfans de Dieu. Maintenant le sommaire de ceci est, Que l’adoption gratuite en laquelle consiste nostre

salut, ne peut estre séparée de cest autre

Car. VIIT.

décret et arrest, qui nous a assujetis à porter la croix : pource que nul ne peut estre héritier des cieux, sinon qu'auparavant il ait esté fait conforme au Fils unique de Dieu. {fin qu’il soit: ou, Afin qu’il fust : car le mot Grec se peut résoudre en toutes les deux sortes. Toutesfois la première me semble plus propre. Or sainct Paul n’a voulu yci toucher autre chose en ceste primogéniture ou aisnesse de Christ, sinon, que si ainsi est que Christ tiene le premier et souverain lieu entre tous les enfans de Dieu, à bon droict il nous est donné pour patron auquel nous devons estre compassez, afin que nous ne refusions rien de tout ce à quoy il n’a point desdaigné de s’assujetir. Ainsi donc, le Père céleste, afin de monstrer par tous moyens l’authorité et excellence qu’il a donnée à son Fils, veut que tous ceux qu’il adopte à participer à l'héritage de son Royaume, soyent faits conformes à l'exemple d’iceluy. Car combien qu’en apparence la condition de tous fidèles ne soit pas une, comme aussi il Y a quelque diversité entre les membres du corps, humain, tant y a toutesfois qu'ils ont chacun en son endroit convenance et conjonction avec leur chef. Comme done entre les hommes l'aisné porte le nom de la maison, ainsi Christ est colloqué au souverain degré, non-seulement afin qw’il soit éminent en honneur par-dessus tous fidèles: mais aussi afin qu’il les tiene tous Sous soy conjoints ensemble d’une marque commune de fraternité. |

30 Et ceux qu'il a prédestinez, il les a aussi appelez. Maintenant pour démonstrer plus clairement, et confermer tant mieux combien il est vray que ceste conformité avec labjection de Christ nous est salutaire , il use d’une gradation, qu’on appelle: en laquelle il monstre que la communication de Ja croix est tellement conjointe avec nostre vocation, et justification, brief avec nostre gloire, qu’elles n’en peuvent estre aucunement séparées. Mais afin que les lecteurs entendent mieux l'intention de l’Apostre, il faut réduire en mémoire ce dont j’ay adverti devant, que le mot Grec yci mis, qu’on traduit communéement Prédestiner, ne se rapporte pas yci à lélection,

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Cuar. VII SUR L’ÉPISTRE mais à ce propos ou décret de Dieu, par lequel il a ordonné aux siens de porter la Croix. Or maintenant enseignant que ceux-là mesmes ont esté appelez, il signilie que Dieu ne tient pas tousjours caché par devers soy ce qu’il a déterminé d’eux, mais l’a déclaré : afin que d’un cœur humble et paisible ils portent la condition qui leur a esté imposée. Car yci il distingue la vocation d'avec l'élection secrète, comme la vocation estant inférieure et au-dessous. Ainsi donc, afin qu'aucun ne répliquast, qu'il n’entend point quelle condition Dieu a assignée à chacun, PApostre dit que Dieu par sa vocation rend suffisant tesmoignage de son conseil secret. Au reste, ce tesmoignage ne consiste pas en la seule prédication externe, mais ha l’efficace de l'Esprit conjointe quant et quant : pource qu’il est yci question des éleus, ausquels Dieu ne parle pas par la voix seule, mais aussi les tire par dedans. Le mot de Justification se pourroit assez proprement estendre au train continuel de la grâce de Dieu, depuis la vocation jusques à la mort: mais pource qu’en toute ceste Epistre sainct Paul le prend pour l’imputation gratuite de justice, il n’y a rien qui nous contraione à nous destourner de ce sens. Car l'intention de sainct Paul est, que la récompense qui nous est offerte, est de plus grand pris que non pas qu'il nous doyve faire mal de porter les afflictions.

Et y a-t-il chose plus désirable que d’estre réconciliez à Dieu, afin que les misères ne nous soyent plus signes de malédiction , et ne tendent à nostre ruine et

AUX ROMAINS. 149 perdition? Pour ceste cause il adjouste incontinent après, Que ceux-là mesme qui maintenant sont pressez sous la croix, sont glorifiez, en sorte que les misères et opprobres ne leur apportent aucune perte. Or combien que ceste glorification ne se soit encore monstrée qu’en nostre Chef, toutesfois pource qu’en sa personne desjà, par manière de dire, nous prenons possession de lhéritage de la vie éternelle, sa gloire nous apporte une si grande asseurance de nostre gloire, que nostre espérance à bon droict autant estimée qu’une façon de posséder la chose présentement. Joint que sainct Paul, suyvant la manière de parler de la Langue Hébraïque, à usé en ces verbes d’un temps passé pour un temps présent. Tant y à certes qu'il n’y à point de doute que par iceux est signifié un acte continuel, en ce sens, Que ceux lesquels aujourd’huy Dieu exerce sous la croix selon son conseil, il les appelle quant et quant, et les justifie en espérance de salut : tellement que ce qu’ils sont humiliez, ne diminue en rien de leur gloire. Car combien que les misères qu’ils endurent présentement, la desfigurent devant le monde, toutestois elle a tousjours son lustre entier devant Dieu, et les Anges. Sainct Paul donc veut dire par ceste gradation, que les afilictions esquelles les fidèles sont maintenant humiliez, ne tendent à autre but que cestuy-ci: asçavoir afin qu'obtenans la gloire du royaume céleste, ils parvienent à la gloire de la résurrection de Christ, avec lequel ils sont maintenant crucifiez.

31 Que dirons-nous donc à ces choses? si Dieu est pour nous, qui sera con-

tre nous ?

32 Luy qui n'a point espargné son propre Fils, mais l'a baillé pour nous tous, comment ne nous donnera-il aussi toutes choses avec luy? 33 Qui intentera accusation contre les éleus de Dieu? Dieu est celuy qui

justifie".

34 Qui sera celuy qui condamnera? Christ est celuy qui est mort, el (qui plus est,) ressuscité : lequel aussi est à la dextre de Dieu, et qui fait requeste

pour nous.

1) Js., L, 8.

31 Que dirons-nous. Ayant bien prou-| des exclamations, par lesquelles il exvé son but, il vient maintenant à faire | prime quelle magnauimité doyvens avoir

tous fidèles, quand les adversitez les s0licitent à désespoir. Or il enseigne par ces paroles, que l’amour paternelle de Dieu est le fondement de ceste force invincible, qui surmonte toutes tentations. Car nous sçavons que communéement on ne prend point autre argument de l’amour ou haine - de Dieu, qu’à la considération de l’estat présent. Et pourtant, quand les affaires ne vienent pas à nostre plaisir, la tristesse saisissant nos esprits, nous fait oublier toute fiance et consolation. Mais sainct Paul dit au contraire, qu'il faut prendre un principe plus haut : et que pourtant, ceux-là concluent au rebours, lesquels s’arrestent au triste spectacle des poyretez et combats que nous ayons en ceste demeurance terrienne. Je confesse bien que les fléaux de Dieu considérez en eux-mesmes, à bon droict sont mis au rang des signes de son ire: mais pource qu Ts. sont “hénis en Christ, sainct Paul veut que les Sainets appréhendent devant toutes choses l'amour paternelle de Dieu, en sorte qu'ayans ce bouclier, ils puissent asseuréement desfier fous maux. Car voylà qui nous esf comme une muraille d’airin, asçayoir quand nous considérons qu’ayans Dieu propice, nous serons asseurez contre tous dangers. Il n’entend pas toutesfois qu’il n’y aura rien qui nous Soit contraire : mais il nous promet victoire contre toute manière d’ennemis. 5% Dieu est pour nous. Vaylà le principal, voire le seul appuy pour nous maintenir au milieu de toutes tentations. Car si nous n'avons Dieu propice, encore que toutes choses nous rient, nous ne pourrons toutesfois concevoir aucune fiance certaine. Mais au contraire, la seule faveur de Dieu, nous est une consolation suffisante pour toute tristesse, et défense assez forte Contre tous orages de maux, tant qu’il en pourra venir. Ft à ce propos font tant de tesmoignages de l’Escriture, esquels les Saincts s'arrestans sur Ja seule puissance de Dieu, osent mespriser hardiment tout ce qui leur est contraire en ce monde : Quand je chemineraye au milieu de l’ombre de mort, si ne craindrois-je nul mal: car tu es avec moy, Ps., XXIIL, v. 4. J'ay ma fiance au Seigneur, je ne craindray point &e que la chair

fermes à nous elorifier en cela :

ceste cause sainçt Paul met en avant le

Car. VII.

pourra faire, LVI, 4. Je ne craindroye dix mille personnes-qui tout au tour m ’assiégeroyent, Ps., HE, v. 6. Car il n’y à puissance ne SOUS Je ciel ne dessus, laquelle puisse résister au bras de Dieu. Parquoy layans pour défenseur, il ne nous faut craindre nuissance aucune. Nul donc ne monstre ayoir vraye fiance en Dieu, sinon ceux qui se contentans de sa protecüon, ne craignent tellement chose aucune , qu'ils en vienent à perdre du tout courage. Vray est que les fidèles sont souventesfois esbranlez, mais ils ne vienent jamais à estre du tout abbatus. En som-

me, l'intention de l’Apostre tend à cela,

que le cœur du fidèle doit demeurer fer’ me par le tesmoignage intérieur du sainct Esprit, et non pas dépendre des choses éxternes.

32 Luy qui n a point, elc. Pource qu'il nous est tant et plus besoin d’estre tellement du tout persuadez de l'amour paternelle de Dieu, que nous persévérions pour

pris de nostre réconciliation, pour monstrer que Dieu nous est propice ef favorable. Et de faict, c’est un tesmoignage

notable et évident Fe. amour inestima-

ble, de ce que le Père n’a point espargné de donner son Fils pour nostre salut. De

cela donc sainct Paul tire un argument de la chose plus grande à la moïinüre :

Comme ainsi soit que Dieu n’eust rien plus précieux et excellent, ou qu’il aimast mieux que son Fils, qu'il n’oubliera rien de toutes les choses qu’il prévoit nous estre utiles. Ce passage nous doit advertir que c’est que Christ nous apporte

avec S0y, et nous resveiller à contempler

ses richesses. Car comme il est le gage de l'amour infinie de Dieu envers nous :

ainsi il nous à esté envoyé non pas nud ou vuide, mais rempli de tous thrésors célestes, afin que ceux qui le possèderont, ayent en luy toutes choses requises à plene félicité. Au reste, le mot Grec quiest yci mis, que nous ayons traduit Bailler, signifier en ce passage, Livrer à la mort.

33 Qui intentera accusation? La première et souveraine consolation des fidèles és adyersitez est, d’estre certainement

persuadez de la bénévolence paternelle de

Cuar. VIIL

Dieu enyers eux : pource que de là vient, et la certitude de salut, et l’asseurance tranquille de l âme, laquelle fait trouver douces les adversitez, ou pour le moins amoïindrit amertume de la douleur. fl n’est donc pas bonnement possible de trouver moyen plus propre pour exhorter à patience, que quand nous entendons et cognoissons que Dieu nous est propice.

Et pour ceste cause S. Paul met ceste fiance pour le principe et fondement de la consolation, de laquelle il faut que les fidèles soyent confermez et fortifiez contre tous maux. Au reste, pource que le salut de l’homme est premièrement aSsailli par l’accusation, et puis après accablé par la condamnation, il destourne en premier lieu lé danger de laccusation.

Car il n’y a que Dieu seul devant le siége judicial duquel il nous faut comparoistre.

Comme ainsi soit donc que cestuy-là nous justifie, il ne reste plus d'accusation qui puisse avoir lieu. Vray est que les antithèses ne semblent pas estre du tout mises en leur droit ordre pour se rencontrer l’une l’autre. Car il devoit plustost opposer ces deux membres l’un à l’autre, Qui est-ce qui accusera? Christ est celuy qui intercède : et puis mettre l’autre couple, Qui est-ce qui condamnera? Dieu est celuy qui justifie. Car labsolution de Dieu respond à la condamnation, et la défense de Christ à l'accusation. Maïs ce n’est pas sans cause que S. Paul a changé autrement cest ordre, voulant munir les enfans de Dieu, depuis le plus grand jusques au plus petit, comme on dit, d’une fiance qui fust pour repousser bien loin toute angoisse et crainte. Quand donc il conclud que les enfans de Dieu ne sont point en danger d’accusation, d'autant que Dieu les justifie : : cela emporte bien plus de poids, que s’il eust dit, Christ est leur advocat : pource qu’il exprime mieux, que de bien loin au-devant toute entrée de jugement est fermée, quand le juge prononce qu'il absout entièrement de toute coulpe, celuy que l’accusateur prétendoit de faire tomber en punition. Autant en faut-il dire de la seconde antithèse : car il monstre que les fidèles sont bien loin du danger de condamnation, veu que Christ en faisant l’expiation de

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

leurs péchez, a prévenu le jugement de Dieu : et par son intercession non-seulement abolit la mort, mais aussi fait qe les péchez sont effacez et mis en oubli,

ce qu'ils ne vienent point en conte. Brief, le sommaire de ceci est, Que non-seulement Îors que nous sommes comparus devant le siége judicial de Dieu, nous trouvons là des remèdes présens pour nous délivrer de frayeur, mais aussi que de loin Dieu vient au-devant, pour mieux pourveoir à nostre affaire, et nous asseurer. Au reste, il faut vci prendre garde à ce dont j’ay tousjours adyerti par ci-devant, que sainct Paul ne prend point en autre sens ce mot £stre justifiez, que pour Estre tenus pour justes, estans absous par Ja sentence de Dieu. Et certes il n’est pas difficile de le prouver en ce présent passage, où il argumente par la position d’un des contraires à la destruction de l’autre. Car Absoudre, et Tenir du rang des coulpables, sont choses contraires. Ainsi, Dieu ne recevera contre nous aucune accusation, pource qu'il nous absout de toute coulpe. Car certes le diable est accusateur de tous fidèles : aussi la Loy de Dieu et leur propre conscience les rédargue : mais toutes ces choses-là ne feront rien devant le Juge qui les justifie. Il n’y a donc adversaire quel qu’il soit, qui puisse esbranler nostre salut,

beaucoup moins le renverser. Cependant il parle tellement des éleus, qu’il ne doute point qu’il est du nombre d’iceux : et ce non point par une révélation spéciale (comme disent faussement certains brouillons Sophistes) mais suyvant le sentiment commun de tous idèles. Ce qui est donc yci dit des éleus, un chacun fidèle le doit tirer à SOY à l'exemple de sainct Paul.

Autrement ceste doctrine non-seulement seroit maigre, mais demeureroit là du tout morte et sans vigueur, s’il ensevelissoit Pélection dedans le conseil secret de Dieu. Mais comme ainsi soit que nous sçachions, qu’yci expresséement nous est proposé ce que chacun fidèle doit applicquer à sa personne, il n’y a point de doute que nous sommes tous ramenez à l'examen de nostre vocation, pour nous résoudre certainement que nous sommes enfans de Dieu.

34 Qui sera celuy qui condamnera?

Comme personne ne gaignera rien d’accuser depuis que le juge absout : ainsi il n’y a plus de lieu de condamnation, depuis qu'on a satisfait à ce que les loix imposent, et que desjà on est acquitté de la punition. Or Christ est celuy, qui ayant une fois porté la punition qui nous estoit deuë, et y ayant satisfait, a nomméement en cela déclaré qu’il se mettoit en nostre place pour nous acquitter. Quiconque donc voudra d’oresenavent nous condamner, il faut qu’il ramène Christ mesme à la mort. Mais ainsi est, qu’il n’est point mort seulement, ains aussi par la résurrection il est sorti victorieux de la mort, et a triomphé de la puissance d’icelle. Et encore il adjouste plus, Asçavoir, qu’il est maintenant assis à la dextre du Pére : par lesquels mots est signifié qu’il ha la domination du ciel et de Îa terre, et plene puissance de gouverner et disposer de toutes choses : comme il est dit, Ephésiens, chapitre [, v. 20. Pour le dernier, il monstre qu’il est tellement assis, que cependant il est perpétuel Advocat et Intercesseur pour la défense de nostre salut. Dont s'ensuit, que si quelqu'un nous veut condamner, cestuy-là non-seulement anéantit et rend inutile la mort de Christ, mais aussi entreprend la guerre à l'encontre de sa puissance inestimable, de laquelle le Père l’a orné, luy donnant l'Empire souverain avec une si grande force. Ceste asseurance si merveilleuse, qui ne craigne point de desfier le diable,

Cuar, VII.

la mort, le péché, et les portes d’enfer, doit saisir les cœurs de tous fidèles, et yestre establie : pource que ce n’est rien de nostre foy, si nous n’avons ceste certaine persuasion que Christ est nostre, et qu’en luy le Père nous est propice. Parquoy, il est impossible de songer chose plus pernicieuse, et une plus grande pes-

te, que la détermination des Scholasti-:

ques touchant l'incertitude du salut !. Et fait requeste pour nous. 1] estoit nécessaire que ceci fust nomméement adjousté, afin que la majesté Divine de Christ ne nous soit en espovantement. Combien donc que de ce haut thrône céleste il tiene toutes choses sous ses pieds, sainct Paul toutesfois le revest de l'office de Médiateur, duquel ce seroit une chose absurde que nous eussions en horreur la présence, veu que non-seulement il nous convie à soy familièrement, mais aussi comparoist là devant le Père, Intercesseur pour nous. Au reste, quand il est parlé de ceste intercession, ne la mesurons point selon nostre sens charnel. Car il ne faut pas imaginer que Christ soit là en contenance d’un homme suppliant, et qu’estant à genoux il prie le Père à jointes mains : mais pource que tousjours il est là présent avec sa mort et résurrection, qui tienent lieu d’une intercession éternelle, et ont l’efficace d’une vive prière, pour réconcilier le Père envers nous, et nous le rendre propice et favorable, à ceste cause à bon droict il est dit qu'il intercède pour nous.

1) Voyez en la sixième session du Concile de Trente, articles 10 et 13, et la response de cest autheur aux dits articles.

35 Qui nous séparera de l'amour de Christ? sera-ce tribulation!, ow angoisse, ou persécution, ou famine, ou nudité, ou péril, ou glaive ?

36 Ainsi qu'il est escrit, Nous sommes livrez à mort pour l'amour de toy tous les jours, el sommes estimez comme brebis de la boucherie?.

37 Ains en loules choses nous sommes plus que vainqueurs par celuy qui

nous a aimez.

1) Ou, oppression. 2) Ps. XLIV, 22.

35 Qui nous séparera. Maintenant il estend ceste asseurance plus loin aux choses inférieures. Car celuy qui ba une ferme persuasion de l'amour de Dieu envers sOy, peut subsister et demeurer ferme au milieu des plus griefves aflic-

tions qui sçauroyent advenir : lesquelles pourtant ont accoustumé de si fort tormenter les hommes, ou pource qu’ils ne pensent point qu'elles leur advienent par la providence de Dieu, ou pource qu’ils les prenent pour signes de lire de Dieu,

Cuar. VIT.

ou pource qu'ils imaginent qu'ils sont abandonnez de Dieu, ou pource qu’ils n’en attendent aucune issue, ou ne pensent à la vie meilleure, ou pour quelque autre chose semblable. Mais l’esprit purgé et délivré de tels erreurs facilement se resoudra pour demeurer coy et ferme en un estat tranquille au milieu desafflictions. Au reste, le sens de ces mots est, Quoy qu’il adviene, qu’il nous faut tousjours tenir asseurez en ceste foy, Que Dieu qui nous a une fois embrassez en son amour, n'oublie jamais d’avoir soin de nous. Car il ne dit pas simplement qu’il n’y a rien qui sépare Dieu de l'amour de nous : mais il veut que la cognoissance et le sentiment vif de l’amour qu’il nous tesmoigne, ait telle vigueur en nos cœurs, que tousjours il nous luise au milieu des ténèbres d’aflictions. Car comme les brouillars qui s’eslèvent en l’air, combien qu’ils obscurcissent la pleine et nayfve clarté du s0leil, ne nous privent pas toutesfois entièrement de la lueur d’iceluy : ainsi és adversitez Dieu envoye au travers de l’obscurité d’icelles les rayons de sa grâce, afin qu’il n’y ait tentation qui nous puisse accabler de désespoir : et mesme qui plus est, nostre foy fortifiée des promesses de Dieu, et en faisant comme ses ailes, doit par le milieu de tous empeschemens pénétrer jusques là-haut és cieux.

Je confesse bien qu'il est vray que les adversitez sont signes de lire de Dieu, si on les considère en elles-mesmes

mais depuis que le pardon et la réconciliation va devant, il nous faut résoudre là, que Dieu, combien qu’il nous chastie, n'oublie jamais toutesfois sa miséricorde.

Vray est qu’il nous advertit que c’est que nous avons mérité : mais aussi il ne nous rend pas moins tesmoignage qu’il ha soin de nostre salut, en nous solicitant à repentance. Or il nomme ceste amour, de Christ : pource qu’en luy le Père nous a, par manière de dire, ouvert son cœur et ses entrailles. Comme ainsi soit donc qu’il ne nous faut point chercher d'amour de Dieu hors de Christ, à bon droict sainct Paul nous ramène là, afin que nostre foy contemple és rayons de la grâce de Christ la face bénigne du Père. La substance du propos est, Qu'il n’y a ad-

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

versitez qui doyvent renverser ceste foy etasseurance, qu'’ayans Dieu propice rien ne nous peut nuire. Quant à ce qu'aucuns prenent ceste amour de Christ en signification passive, pour l'amour de laquelle il est aimé de nous : comme si $S. Paul nous vouloit accourager à une constance invincible : sans grande difficulté on peut réfuter ceste fausse exposition par toute la suite du propos de $S. Paul : et aussi tantost après [uy-mesme nous en mettra du tout hors de doute, baillant plus clairement la définition de ceste amour. Serace tribulation, ou angoisse , ou persécution? Ceste façon de parler, de laquelle il a usé n’aguères, disant, Qui est-ce qui nous séparera? emporte poids en soy.

Car en lieu qu’il pouvoit dire, Qu'est-ce qui nous séparera ? il a mieux aimé parler des créatures muetes, comme on feroit des personnes , pour nous représenter qu'autant qu’il y à de sortes de tentations qui choquent à l’encontre de nostre foy, ce sont Comme autant de champions en combat contre nous. Or la différence entre ces trois mots est telle : Tribulation comprend toutes sortes d’ennuis ou dommages: mais Angoisse est une passion intérieure et torment d’esprit, asçavoir quand nous sommes environnez de telles difficultez que nous ne sçavons quel conseil ou avis prendre. Telle a esté l’angoisse d'Abraham et de Lot, (Gen., XI, v. 14, et XIX, v. 8), quand ils ont esté contraints de prostituer, l’un sa femme, l'autre ses filles: pource qu’ils se trouvoyent lors tellement perplex et surprins de tous costez, qu’ils ne voyoyent aucune issue en leurs affaires. Le mot de Persécution est proprement pour signifier les outrages et la violence tyrannique de laquelle les enfans de Dieu sont à tort tormentez par les iniques. Au reste, combien que S. Paul mesme en la 2e Epistre aux Cor., chap. IV, v. 8, nie que les enfans de Dieu soyent angoissez ou amenez en destresses, il ne se contredit point toutesfois. Car il ne veut pas dire là qu'ils soyent simplement et entièrement exempts de sollicitude et anxiété qui les presse, mais il entend qu’au besoin la délivrance leur vient : comme aussi ces exemples d'Abraham et de Lot le monstrent.

36 Ainsi qu'il est escrit. Il amène un tesmoignage bien propre et de grand poids pour ce propos. Car il monstre que tant s’en faut que nous devions défaillir par crainte et frayeur de la mort, que, par manière de dire, les enfans de Dieu sont nais à cela, et c’est leur condition ordinaire d’ avoir Va mort devant les yeux, comme présente. IL est vray-semblable qu'en ce Pseaume est descrite la misérable oppression du peuple sous la tyrannie d’Antiochus : pource que notamment il est là exprimé qu'on à usé d’une telle cruauté envers les gens addonnez au vray service de Dieu, non pour autre cause que par une haine de la vraye religion.

Là aussi est adjoustée une protestation excellente, Que pour cela ils ne se sont point destournez de l'alliance de Dieu. Ce que je pense que S. Paul a principalement voulu noter. Et à cela ne répugne point que là les Saincts se plaignent d'une calamité qui les pressoit d’une façon extraordinaire et estrange. Car comnie ainsi SOÏL qu? ayans premièrement protesté de leur innocence, ils monstrent

qu’ils sont oppressez de tant de maux, il

n’est que bien convenable de tenir et conclure de là, que ce n’est point chose nouvelle que le Seigneur abandonne ainsi les Saints à la rage des meschans, pour estre par iceux traittez cruellement à tort. Or il appert que cela n’adyient point que pour leur grand bien, veu que l’Escriture enseigne que c’est une chose qui ne convient point à la justice de Dieu, qu’il destruise le juste avec le meschant , Gen., XVIIL, v. 23 : mais au contraire, qu’il est raisonnahle qu’il rende affliction à ceux qui afiligent, et repos à ceux qui sont , affligez, 2 Thes., I, v. 6. D’avantage, ils

Cuar. VIN.

atferment qu'ils souffrent pour le Seigneur : et nous sçavons que Christ prononce que ceux-là sont bien-heureux qui souffrent pour justice, Matth., V, v. 10.

Et quant à ce qu’ils disent qu’ils meurent tous les jours : en cela ils signifient que Ja mort leur pend tellement sur la teste, qu’il n’y a quasi point de différence entre une telle vie et la mort.

31 Nous sommes plus que vainqueurs. Pour rendre au plus près du Grec, le mot dont use S. Paul, il faudroit dire, Nous survaincons: C’est-àdire en combatant nous venons tousjours à bout de nos perplexitez, et au-dessus des angoisses. Vray est qu’il advient bien quelquefois qu’il semble que les fidèles sont vaincus , el demeurent là accablez :

tant le Seigneur non-seulement les exerce et pourmène, mais aussi les humilie. Tant y a toutesfois que l'issue qu'ils en ont, est tousjours d’emporter la victoire. Mais :

afin qu'ils recognoissent d’où leur vient ceste vertu et force invincible, il répète derechef ce que desjà il avoit dit. Car il n’enseigne pas seulement , que Dieu pource “ati nous aime, met Sa main audessous pour nous fortifier et soustenir :

mais aussi il conferme ceste autre sentence précédente de l'amour de Christ. Or ce seul mot déclare plus que suffisam- :

ment, que l’Apostre ne parle pas yci de l'ardeur d'amour que nous avons envers Dieu, mais de la douceur et affection paternelle de Dieu mesme, ou de Christ ènvers nous : de laquelle la persuasion estant profondément enracinée en nos cœurs, nous tirera tousjours des enfers à la lumière de vie, et nous servira d’ un appuy suffisant.

38 Car je suis asseuré, que ne mort, ne vie, ni Anges, he principautez, ne puissances, ne choses présentes, ne choses a-venir, |

39 Ne hautesse, né profondeur, n'aucune autre créalure, ne nous pourra séparer de l amour de Dieu qu'il nous a portée en Jésus-Chr ist nostre Seigneur.

Ïl passe maintenant jusques à faire des hyperboles , pour nous mieux confermer quant aux choses que nous sentons. Tout ce qu’il Ya, dit-il, en la vie, ou en la mort, qui sembleroit nous pouvoir sépa-

rer ou arracher de Dieu, n’y fera rien : et qui plus est, non pas mesme les Anges, quand ils s *efforceroyent de renverser ce fondement, ne nous pourroyent nuire. À cela ne répugne point que les Anges sont

Cuar. IX.

esprits administrateurs et ordonnez pour le salut des éleus, Héb., I, v. 44. Car sainct Paul argumente présupposant un Cas impossible : comme aux Galat., [, 8.

Sur quoy nous avons à observer comment toutes choses ne nous doyvent rien estre au regard de la gloire de Dieu : veu qu’il nous est permis d’abuser des Anges mesmes, pour maintenir sa vérité. Ces mots aussi de Principautez et Puissances, sont pour signifier les Anges qui Sont ainsi nommez, d'autant qu’ils sont nobles et excellens instrumens de la puissance de Dieu. Or ces deux mots ont esté adjoustez, afin que si le nom d’Anges sembloit commun et moins haut, ceux-ci fussent pour exprimer quelque chose de plus grand. Sinon qu’on aimast mieux la prendre en ceste sorte, Ne les Anges, né tant qu'il ya de vertus haut eslevées, comme c’est la manière de parler, quand nous tenons propos des choses à nous incognues, ét qui surpassent nostre capacité.

38 Ne choses présentes , ne choses à venir. Combien qu’il parle en termes hyperboliques, en effet toutesfais il afferme, qu'il n’y à longueur de temps, quelle ‘qu’ elle soit, qui puisse faire que nous venions estre séparez de la grâce du Seigneur : ce qui éstoit bien besoin d’estre adjousté, pource que nous avons à COMbatre non-seulement à l'encontre de la douleur que nous sentons des maux présens, Mais aussi contre la crainte et le

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

souci qui nous presse pour les dangers qui nous menacent et semblent estre prochains. Ainsi donc le sens est, qu'il ne nous faut point craindre que ‘la continuelle durée des maux , tant longue que elle puisse estre, efface la certitude et fermeté de nostre adoption. Parquoy nous voyons que ceci contredit apertement à ces brouillons Scholastiques qui gazouillent qu’il n’y a personne certaine de la persévérance finale, si ce n’est par le moyen d'une révélation spéciale, Jaquelle, selon leur dire, se trouve si peu que rien plus. Qui est une détermination pour anéantir du tout Ja foy: qui certes n’est point, si elle ne s’estend jusques à la mort, voire et après la mort mesme.

Mais au contraire il faut que nous soyons asseurez que celuy qui à commencé en nous la bonne œuyre, la parfera jusques au jour du Seigneur Jésus.

39 Qu'il nous a portée en Jésus- Christ. C'est-à-dire, de laquelle le Christ est le lien : Car c’est le Fils bien aimé auquel le Père a prins son bon plaisir, Matthieu, IE, v. 47. Et pourtant si nous sommes unis en Dieu par cestuy-là, nous sommes certains d’une amour de Dieu envers nous immuable et InGOMDFÉRER sible. Or yci il parle maintenant plus distinctement que n’aguères, mettant au Père la source d'amour, et disant que de Christ elle descoule sur nous.

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