SUR L’ÉPISTRE
gueil de la chair: laquelle comme à la vérité elle est contraire à leur salut, aussi ha bien bon besoin d’estre retenue et espovantée par la crainte de damnation.
Ainsi donc, entant que les Chrestiens sont illuminez par la foy, pour leur certitude et asseurance il leur est dit, que
la vocation de Dieu est sans repentance.
Mais entant qu'ils portent encore avec eux la chair, qui s’esgaye et desbauche contre la grâce de Dieu, pour les tenir tousjours en humilité, il leur est dit, Garde que tu ne sois retranché. Cependant toutesfois il faut retenir la solution que j'ay amenée: Que sainct Paul ne traitte point yci de la vocation spéciale d’un: chacun, mais oppose les Gentils aux Juifs: et que pourtant par ces mots il ne parle pas tant aux éleus, qu’à ceux qui se glorifioyent à fausses enseignes d’estre entrez en la place des Juifs. Ou bien il parle à tous les Gentils ensemble, et s’addresse à tout le corps en commun, auquel il yen avoit plusieurs qui n’avoyent que le titre seulement de fidèles et membres de Christ. Au reste, sion demande des personnes en particulier,
comment c’est qu'un homme peut estre
retranché de cest entement, et comment après le retranchement il peut derechef estre enté : il nous faut proposer trois manières d’entement, et deux de retranchement. Car premièrement, les enfans des fidèles sont dits estre entez, en tant que la promesse leur appartient par l’alliance contractée avec leurs Pères. Secondement, ceux-là aussi sont dits estre entez, és cœurs desquels la semence de l'Evangile ha bien entrée, et y demeure quelque temps, mais elle ny prend point racine, ou bien elle est estouffée avant que venir à fructifier. Pour le troisième, les éleus sont dits estre entez, asçavoir ceux qui par le propos immuable de Dieu sont illuminez à la vie éternelle. Les premiers sont retranchez, quand ils rejettent la promesse donnée à leurs Pères, ou autrement par leur ingratitude ne la reçcoyvent pas. Les secons, quand la semence vient à se sécher et corrompre : et d'autant que tous, quant à leur nature, sont en danger d’un tel inconvénient, il faut que nous confessions que cest ad-
vertissement duquel use S. Paul s’addresse aucunement aux fidèles, afin qu’ils ne s'endorment en la nonchalance de la chair. Mais quant à ce passage présent, il nous doit suffire qu'il est dénoncé aux Gentils que la mesme vengence que Dieu avoit exercée sur les Juifs, tombera aussi sur eux, S'ils sont semblables à iceux.
23 Car Dieu est puissant de les enter derechef, etc. Aux hommes profanes cest argument sembleroit bien maigre, Car combien qu'ils attribuent à Dieu une puissance, toutesfois, pource qu’ils l'imaginent eslongnée et comme enclose au Ciel, le plus souvent ils la despouillent de son effet. Mais d’autant que les fidèles toutes fois et quantes qu’ils oyent nommer la puissance de Dieu, la contemplent comme une opération présente, l’Apostre a estimé ceste raison assez suffisante pour les toucher au vif en leurs esprits :
Cnar. XI.
joint qu'il prend ceste maxime pour un poinct tout résolu, Que Dieu a tellement exercé sa vengence sur lincrédulité du peuple, que toutesfois il n’a pas oublié sa bonté et douceur : comme d’autres fois souvent, après qu’il sembloit qd’il eust retranché les Juifs de son royaume, illes y à encore restablis. Il monstre aussi par comparaison, Combien il est plus facile que l’estat des choses ainsi qu’elles sont maintenant, soit changé, qu’il n’avoit esté de les establir : asçavoir, d'autant qu'il est plus facile aux branches naturelles, quand on les remettra au lieu duquel elles ont esté coupées, de tirer substance de leur racine, qu’il n’est aux branches sauvages e{ infructueuses de tirer substance d’une racine estrange. Car voylà la pro-
portion qui estoit entre les Juifs et les .
Gentils.
25 Car frères, je vueil bien, que vous scachiez ce secret, afin que ne soyez outrecuidez en vous-mesmes, C’est qu'aveu iglement est en partie advenu à Israëli, jusqu'à ce que la plénitude des Gentils soit entrée.
26 Et ainsi, tout Israël sera sauvé, comme il est escrit, Celuy qui fait délivrance viendra de Sion, et destournera de Jacob les infidélitez: ?.
27 Et auront de par moy ceste alliance, que j'osteray leurs péchez?,
4) Ou, qu’il est advenu endurcissement en Xsraël en partie jusqu’à ce, etc.
Héb., VILL, 8, et X, 16.
95 Car frères, je vueil bien. N resveille yci les auditeurs à estre plus ententifs, en disant qu’il veut mettre en avant une chose, qui autrement estoit cachée et secrète. Et ne le fait point sans cause? car il veut par une sentence briefve et claire conclure ceste matière fort obscure et enveloppée. Cependant toutesfois en cela il dénonce une chose que jamais on n’eust attendue. Au reste,.ces mots, Afin que ne soyez outrecuidez en vous-mesmes: démonstrent quel est le but qu’il s’est maintenant proposé, c’est asçavoir de réprimer l’outrecuidance des Gentils, à ce qu'ils ne s’eslèvent à l’encontre des Juifs. Or ceste admonition estoit fort nécessaire, de peur que le révoltement de ce peuple ne troublast outre mesure les infirmes, comme si c’estoit fait à jamais du salut de tous les Juifs.
Combien qu’icelle mesme ne nous est
2) ‘Is. "LIX, 20
pas aujourd’huy moins utile, afin que nous sçachions que le salut d’un certain nombre résidu, que le Seigneur quelque jour finalement rassemblera à soy, est maintenant caché ne plus ne moins qu'une letre close et sellée. Au reste, toutes fois et quantes que la longue retardation nous en fait désespérer, que le mot de Secret nous viene incontinent au-devant : par lequel sainet Paul nous admoneste évidemment, moyen vulgaire et ordinaire qu’adviendra ceste Conversion :
mal entendu à eux qui voudront mesurer une telle œuvre selon leur propre sens. Car y a-il rien plus contré toute raison, que d’estimer incroyable une chose qui est eslongnée de nostre sens, veu que € "est pour ceste cause qu'elle est nommée Mystère, asçavoir d'autant qu’elle est incompréhensible jusques au enps
que ce ne sera point par un
3) Jér., XXXI, 83.
et que pourtant c’est