‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 21 sur 99 · LA · texte numérisé non relu

LA

sance de la foy :

Crar. XI.

de la révélation. Cependant à nous comme aux Romains elle a esté déclarée, afin que nostre foy s’arrestant à la Parole, nous soustiene en l'attente jusques à ce que l’accomplissement de la chose viene en évidence. Qu'aveuglement est en partie advenu. Je pense que ce mot En parlie, ne se rapporte pas simplement ni au temps ni à là multitude des personnes:

mais je l’expose Comme estant mis pour Aucunement. Et par cela me semble qu’il a voulu seulement addoucir le mot D'aveuglement, lequel autrement en SOY estoit rude. Etle mot Jusques à ce, n’est pas pour inférer suite ou succession, et ordre de temps : mais plustost il emporte autant comme s’il estoit dit, Afin que la plénitude des Gentils. Ainsi donc, le sens sera, Que Dieu a de telle sorte comme aveuglé Israël, afin que cependant que ce peuple-là rejette la lumière de l'Evangile, élle soit transférée aux Gentils, et qu’iceux en prenent possession, comme d’un héritage délaissé et mesprisé par ceux ausquels il advenoit. Et par ce moyen, cest aveuglement sert à la providence de Dieu, pour accomplir et mettre en effet le salut des Gentils, lequel il avoit déterminé. Ce mot de Plénitude des Gentils, se prend pour une grande multitude, et comme flot de peuple qui accourt. Car ce nestoit pas lors comme il en avoit esté au paravant, qu'il se trouvoit bien

peu de gens d’entre les autres peuples

qui se rangeassent à la religion des Juifs :

mais il y a lors eu tel changement, que quasi tout le corps de l'Eglise consistoit de Gentils.

96 Et ainsi tout Israël. Plusieurs entendent ceci du peuple des Juifs, comme si S. Paul disoit qu’en iceluy la religion sera encore restablie comme devant.

Mais quant à moy, j'esten ce nom d'/sraël à tout le peuple de Dieu, en ce sens, Après que les Gentils seront entrez dedans, lors les Juifs aussi se retirans de leur révoltement, se rangeront à l’obéiset ainsi s’accomplira le salut de, tout l’Israël de Dieu, lequel doit estre rassemblé des uns et des autres : toutesfois que les Juifs tiendront le premier lieu, comme estans les enfans aisnez en la maison de Dieu, Ceste expo-

SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS

sition m’a semblé plus convenable pour une raison, asçavoir d'autant que sainct Paul à voulu yci signifier la consommation et perfection du règne de Christ, laquelle n’est point limitée és Juifs seulement, mais Comprend tout lé monde.

Aussi suyvant ceste mesme façon de parler aux Galatiens, chap. VI, y. 46, il nomme l’Israël de Dieu, l'Eglise rassemblée des Juifs et des Gentils-unis en un :

opposant aux enfans charnels ® Abraham qui s’estoyent destournez de la foy d’iceluy, le peuple estant ainsi recueilli de la dissipation. Comme il est escritl : Celuy qui fait délivrance, viendra, etc. Par ce tesmoignage d’Isaie il ne veut pas confermer toute la sentence précédente, mais seulement l’un des deux membres d’icelle, asçavoir que les enfans d’Abraham sont participans de la rédemption.

Car si quelqu'un vouloit dire qu’il est vray que Christ leur a esté promis et présenté : mais que d'autant qu'ils l’ont rejetté, ils ont esté privez de sa grâce,

Les paroles dont le Prophète use, Expriment d'avantage, asçavoir qu'il y aura quelque nombre de résidu, lequel après estre venu à repentance, jouira de la grâce de la délivrance. Sainct Paul toutesfois n’allègue pas le passage mot à mot, ainsi qu'il est escrit en Is4ie: Le Rédempteur, dit-il, viendra à Sion, et à ceux qui se retourneront d’iniquité en Jacob, dit le Seigneur. Et ne faut. point que nous soyons par trop Curieux en cela. Car il suffit de regarder Comment les Apostres appliquent proprement à leurs propos tous les tesmoignages qu’ils allèguent du vieil Testament pour confermer et prouver les points qu'ils traittent. Car aussi ils n’ont eu autre esgard en cela,

sinon de mettre sur le doigt es passages

pour nous addresser à la source où ils les ont prins. Au reste, combien qu’en ce passage soit promise délivrance au peuple spirituel de Dieu, auquel sont comprins les Gentils aussi : toutesfois d'autant que les Juifs sont les aisnez, il a falu que ce que le Prophète dénonce, s’accomplist en eux, voire principalement. Car aussi ce que l’Escriture nomme /sraélites, universellement tout le peuple de Dieu, cela se fait pour raison de lex-

cellence de ce peuple, que Dieu a préféré à tous autres. D’avantage, il dit que le Rédempteur viendra nomméement à Sion, pour le regard de lalliance ancienne. Il adjouste aussi que ceux quise destourneront de leur transgression en Jacob, seront rachetez : par lesquels mots notamment et bien évidemment Dieu s’attribue quelque semence, afin que la rédemption ait eflicace en ce peuple éleu et péculier.

Cependant, combien que la façon de parler de laquelle le Prophète use, F’'iendra à Sion, vient mieux à propos de ce qui est yci traitté: toutesfois sainet Paul n’a point fait de difficulté de suyvre la translation communéement-receuë, en laquelle il est dit que le Rédempteur viendra de la montagne de Sion: autant en faut-il dire de la seconde partie, Destournera de Jacob les infidélitez. Car sainct Paul s’est contenté de regarder seulement là, que pource que c’est: le propre office de Christ, de réconcilier à Dieu, le peuple qui s’est révolté et destourné de luy, et

a violé son alliance : il faut nécessaire- |

ment espérer et attendre quelque con-

Car. XI.

version, afin que tous ensemble ne pé-

rissent.

27 Et auront de par moy ceste alliance, Que j'osteray leurs péchez.

Combien qu’en la prophétie d’Isaïie que nous venons de veoir, sainct Paul eust touché en brief l’office du Messias, toutesfois afin d’advertir les Juifs .que c’est qu’il faloit principalement espérer de luy, il a expresséement à mesme fin adjousté ces deux ou trois mots prins de Jérémie.

Car au premier passage qui estoit d’Isaïe.

on ne trouve rien approchant de ceci.

Aussi ceci servoit à la confirmation du propos qu’il traitte. Ce qu’il avoit dit touchant la conversion du peuple, pouvoit sembler incroyable, veu la rébellion si obstinée comme on la voyoit. Il oste donc cest empeschement, en déclarant que la nouvelle alliance consiste en la rémission gratuite des péchez. Car on recueille des paroles du Prophète, que Dieu n’aura plus aucune accointance avec le peuple apostat, sinon entant qu’il leur pardonnera tant le crime de leur desloyauté et révoltement, que leurs autres forfaits.

28 Ils sont certes ennemis quant à l'Evangile, à cause de vous: mais ils sont bien-aimez quant à l'élection, à cause des Pères.

29 Car les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance.

30 Car comme vous avez aussi autre fois esté rebelles à Dieu, et maintenant vous avez obtenu miséricorde par la rébellion de ceux-ci :

31 Pareillement aussi maintenant ils ont esté rebelles par la miséricorde qui vous a estlé faite : afin qu'ils oblienent aussi miséricorde. :

32 Car Dieu a enclos tous en rébellion, afin qu'il feist miséricorde à tous.

1) Qu, afin que par la miséricorde qui vous a esté faite, eux aussi obtienent miséricorde,

28 Ennemis selon lEvangile, etc. I monstre que ce qui estoit tout le pire és Juifs, ne doit pas faire que pourtant ils soyent en mespris et desdain aux Gentils. Le plus grand de tous les vices qu’ils eussent, c’estoit incrédulité. Or sainct Paul monstre que par la providence de Dieu, ils ont ainsi esté aveuglez pour quelque temps, afin que le chemin fust dressé à l'Evangile pour venir vers les Gentils : mais qu’au reste ils ne sont pas à jamais forclos de la grâce de Dieu. Il

confesse donc que pour le présent ils.

sont estrangez de Dieu à l’occasion de l'Evangile, afin que par ce moyen le salut

duquel au paravant ils avoyent esté ordonnez comme gardiens, parveinst aux Gentils : mais que toutesfois Dieu na point mis en oubli l’alliance qu’il a contractée avec leurs Pères, et par laquelle il a tesmoigné qu’en son conseil éternel il avoit embrassé de son amour ceste nation. Ce qu’il conferme par une fort belle sentence, disant que ceste grâce de la vocation de Dieu, ne peut estre anéantie.

Car voylà qu’emportent ces môts, Les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance. Car il prend les dons et la vocation, Selon la figure nommée Hypallage, pour le bénéfice de la vocation.

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Car. XI.

Et aussi il ne faut pas entendre ceci de toute vocation, mais de celle par laquelle Dieu a adopté en son alliance la postérité d'Abraham : veu que le propos estoit nomméement et spécialement d’icelle vocation: comme aussi un peu ci-devant par le mot d’Election, il entendoit le conseil secret de Dieu, par lequel les Juifs ont jadis esté discernez d’avec Îles Gentils. Car il faut entendre qu’il n’est point vei maintenant traitté de l’élection particulière d’un chacun, mais de Padoption commune de tout ce peuple : laquelle en apparence externe pouvoit sembler pour un temps estre renversée, mais néantmoins n’estoit pas arrachée ou coupée par le pied, comme on dit. Pource que les Juifs estoyent décheus de leur degré, et du salut à eux promis, afin qu'il demeure tousjours quelque espérance qu’il y aura quelque résidu sauvé, S. Paul insiste sur ce que le conseil de Dieu, par lequel il Iuy à pleu une fois les élire pour son peuple péculier, demeure ferme et immuable. Si donc il ne se peut faire en sorte quelconque que le Seigneur viene à se desdire de ceste promesse qu’il a une fois establie avec Abraham, Je séray le Dieu de ta semence, Gen., XVII, 7: il s'ensuit qu'il n’a point du tout destourné son affection du peuple des Juifs. Il n’oppose pas l’Election à l'Evangile, comme choses contraires lune à l’autre : car ceux que Dieu a * éleus, il les appelle: mais pource que soudainement et sans que le monde s’y attendist, l'Evangile avoit esté publié aux Gentils, à bon droict il fait comparaison de ceste grâce avec l'élection ancienne des Juifs, qui avoit esté manifestée tant de siècles auparavant. L'élection donc est nommée à cause de l’ancienneté, pource que Dieu laissant en arrière tout le reste du monde, s’estoit choisi un peuple. Il dit que c’est à cause des Pères : non pas qu’ils ayent eu en‘eux pourquoy Dieu les deust aimer, et les leurs : mais pource que d’iceux la grâce de Dieu estoit descoulée sur la postérité, suyvant la forme de la promesse, Ton Dieu, et de ta semence. Au reste, comment c’est que les Gentils ont oblenu miséricorde par la rébellion des Juifs, il a esté

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

dit ci-dessus: asçavoir que Dieu estant courroucé contre les Juifs à cause de leur rébellion, a destourné son amour et affection vers les Gentils. Ce qui s’ensuit un peu après, qu’ils ont esté rebelles par la miséricorde faite aux Gentils : est un peu plus rude et estrange : et toutesfois n'emporte absurdité aucune, pour ce que S. Paul en parlant ainsi, ne veut pas exprimer la cause de cest aveuglement, mais entend seulement que ce que Dieu a transféré vers les Gentils, à esté osté aux Juifs. Or afin que les Gentils ne pensassent point avoir obtenu par le mérite de leur foy, ce que les Juifs avoyent perdu par leur incrédulité, il est yci fait mention de Miséricorde seulement. Ainsi donc, le sommaire de ceci est, Pource que Dieu a voulu faire miséricorde aux Gentils, que par ceste occasion les Juifs ontesté privez de la lumière de foy.

32 Car Dieu a enclos tous en rébellion, afin qu'il feist miséricorde à tous.

Voyei une fort belle conclusion de tout le propos, par laquelle il monstre que ceux qui ont de leur costé quelque espérance de salut, n’ont point d'occasion de désespérer de celuy des autres. Car quoy qu'ils soyent maintenant, si est-ce qu’ils ont esté comme tous les autres. Si ce qu’ils sont sortis du goutfre d’incrédulité, leur est advenu par la seule miséricorde de Dieu, ils doyvent laisser lieu à icelle aussi bien envers les autres. Car il fait les Juifs pareils aux Gentils en la ‘éondamnation, afin que d’un costé et d'autre ils entendent que le chemin de salut n’est pas moins ouvert aux autres qu’à eux. Car il n’y a que la seule miséricorde de Dieu qui sauve. Or icelle se peut présenter aux uns et aux autres. Ainsi donc, ceste sentence est correspondante au tesmoignage d'Osée, qu’il a allégué ci-dessus, Chap. IX, v. 25, J’appelleray mon peuple, celuy qui n’estoit point mon peuple. Au reste, il n’entend pas que Dieu aveugle tellement tous hommes, que leur incrédulité luy doyve estre imputée : mais qu’il a tellement dispensé les choses par sa providence, que tous fussent coulpables d’incrédulité, afin qu’il les teinst redevables à son jugement : et à celle fin que le salut dépendist de sa seule

bonté, sans qu’il fust mention aucune de mérite quelconque. Sainct Paul donc prétend yei à deux points: asçavoir, Qu'il n’y a chose en homme quelconque, pour mérite de laquelle il doyve estre préféré aux autres, Sinon la pure grâce de Dieu :

puis après, Que rien ne peut empescher Dieu en la dispensatiôn de sa grâce, qu’il ne la donne gratuitement à ceux que bon luy semble. Il y à grand poids en ce mot.

de Fairé miséricorde. Car il emporte que Dieu n’est obligé à personné : et que.

pourtant tous ceux qu’il sauve, c’est gra-

Cuar. XI.

tuitement : veu que tous hommes également sont perdus. Cependant ceux-là s’abusent et resvent par trop lourdement, qui recueïllent de ce passage, que tous seront sauvez. Car S. Paul entend simplement, que tant les Juifs que les Gentils, n’obüenent salut d’ailleurs, que par là miséricorde de Dieu : et C’est afin qu'il ne laisse à aucun matière de se plaindre de Dieu. Vray est qu’il est bien certain que ceste miséricorde est ouverte indiffé-

remment à tous : voire mais c’est à tous .

ceux.qui la chercheront par foy.

33 O profondeur des richesses! de la sapience et cognoissance de Dieu ! qu ses jugemens sont incompréhensibles, et ses voyes impossibles à trouver!

34 Car qui est-ce qui a cognu la pensée du Seigneur? ou qui a eslé son con-

seillier ??

35 Ou qui est-ce qui lui a donné premier, et il luy sera rendu? 36 Car de luy et par luy, et à luy sont toutes choses : done à luy soit gitére

éternellement. Amen.

1) Ou, profondes richesses, 2) Is., XL, 13. 1 Cor,, 1,1

33 O profondeur des richesses de la sapience. Yci premièrement l’Apostre entre en une exclamation soudaine, laquelle se conçoit volontiers és cœurs des fidèles par une simple et humble considération des œuvres de Dieu. Après cela, comme en passant il réprime et rabbat l'audace d’impiété, qui ha de coustume de murmurer, et. se rebecquer à Pencontre des jugemens de Dieu. Quand donc nous oyons ce mot, O profondeur! on ne scauroit suffisamment dire quel poids ceste admiration doit avoir pour rembarrer la témérité et outrecuidance de la chair. Car après avoir disputé et traitté de ceste matière par la Parole et l'Esprit du Seigneur, finalement se sentant vaincu et comme accablé de la hautesse et profondeur de ce secret, il ne peut faire autre chose que s’estonner et s’escrier, que ces richesses de la sapience de Dieu sont Wop profondes, pour dire que nostre raison y puisse pénétrer et entrer jusques au dedans. Quand donc il ad-

viendra que nous entrerons en propos

touchant les conseils éternels de Dieu avons teusjours ceste bride-là pour rêteuir, et nostre éntendement, et nostre lan-

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