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sions de nous assujetir à chose quelle que
ce soit, qui concerne l'observation de charité. Par ce moyen il conferme très-
bien ce qu’il avoit enseïgné touchant de rendre obéissance au Magistrat, veu qu’en cela consiste une partie de charité, voire qui n’est pas des moindres. Or aucuns s’empeschent fort yci, et ne se peuvent point bien desvelopper de ceste difficulté, quand sainet Paul enseigne que nous avons accompli la Loy, si nous aimons nostre prochain, pource qu’en cela il ne fait point mention du service de Dieu, lequel ne devoit pas estre laissé en arrière, Mais sainct Paul ne regarde pas à toute la Loy, ains parle seulement des choses qui nous sont commandées en la
Loy concernans nostre devoir envers le
prochain. Et encore tousjours cela est vray, que nous accomplissons toute la Loy, quand nous aimons nos prochains.
Car la vraye charité envers les hommes ne procède que de l'amour de Dieu, et est un tesmoignage d’iceluy, comme en estant l'effet. Au reste, ce que sainct Paul n’a yci fait mention que de la seconde Table, c’est pource qu’il n’estoit maintenant propos que d’icelle: comme s’il eust dit, Qui aime son prochain comme soy-mesme, cestuy-là s’est acquitté de son devoir envers tout le monde. Ce-
pendant la cavillation des Sophistes, qui.
taschent de tirer de ce passage la justification des œuvres, n’est qu’une pure niaiserie. Car sainct Paul n’enseigne point yei que c’est que les hommes font ou ne font pas, mais parle sous une condition, laquelle on ne trouvera jamais estre accomplie en homme quelconque:
Maintenant nous, en disant que les hommes ne sont point justifiez par les œurvres, ne nions pas que l’observation de la LGy ne soit la vraye justice : mais pource qu’il n’y a homme qui l’accomplisse, et n’y en eut jamais, nous disons que tous
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Cuar. XII. SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS. 233
hommes sont forclos d’icelle justice, et 40 La charité ne fait point de mal que pourtant le seul refuge est en la | au prochain. L'accomplissement de la grâce de Christ. Loy, etc. I monstre par l'effet que les
9 Car ceci, Tu ne feras point adul- | choses qui nous sont enjointes en tous tère. On ne peut pas recueillir d’yci quels | cescommandemens, sont comprinses sous commandemens sont contenus en la se- | charité. Car qui aura une vraye charité, conde Table, veu qu’en la fin du propos il | jamais il ne luy viendra en pensée d’enadjouste, £t s'il y a aucun autre com-| dommager ou offenser ses frères. Et mandement. Car il a omis le commande- | qu'est-ce que toute la Loy nous défend ment d’honorer père et mère, toutesfois | autre chose, sinon que nous ne nuisions cela pourroit sembler absurde, de ce | aucunement à nos prochains? Or il faut qu'il à omis le commandement qui servoit | applicquer cela au propos et à la matière le plus à sa matière. Mais quel mal y au- | que l’Apostre traitte présentement. Car roit-il, quand nous dirions qu’il ne l’a comme ainsi soit que les Magistrats point touché, de peur d’obscurcir largu- | soyent establis de Dieu pour faire régner ment qu'il vouloit faire? Mais comme je paix et équité, quiconque désire qu’à n’ose pas asseurer qu’ainsi soit, ainsi je | chacun son droict soit maintenu, et que voy que rien ne défaut yei de ce qui est | tous vivent sans estre outragez ou monécessaire à ce qu’il prétendoit : asçavoir | lestez, cestuy-là maintiendra, entant qu’en Que si Dieu en tous ses commandemens | luy sera, l’estat des Magistrats. Au conn'a eu autre but que de nous duire à cha- | traire, les ennemis de la police publique, rité, nostre devoir est d'y prétendre par | donnent à entendre par cela, qu'ils ont tous moyens. Et toutefois le Lecteur qui | envie de mal-faire et nuire aux autres. né sera point opiniastre, cognoistra faci- | Au reste, quant à ce qu’il répète derechef,
lement que sainct Paul a voulu prouver | que l’accomplissement de la Loy c’est par choses semblables que le but de toute | charité, il le faut entendre (comme dela Loy tend à cela, que nous entretenions | vant) de ceste partie de la Loy qui conentre nous charité mutuelle : mais qu’il | cerne la société humaine, et le devoir des faut suppléer ce qu'il n’a pas exprimé | hommes les uns envers les autres. Car yei, asçavoir que lobéissance envers | PApostre ne touche point yci à la premièles magistrats n’est pas un petit poinct|re Table de la Loy, laquelle parle du pour nourrir paix et entretenir ceste | service de Dieu.
amour fraternelle. to
A1 Au reste, scachans la saison, qu'il est maintenant temps de nous esveiller du somne (car maintenant le salut est plus près de nous, que lorsque nous l'avons creu.)
12 La nuit est passée, et le jour est approché. rejettons donc les œuvres de ténèbres, et soyons vestus des armures de lumière.
A3 Tellement que nous cheminions honnestement comme de jour, non point en gourmandises et yvrongneries, non point en couches et insolences, non point en noise et envie ? :
. 44 Mais soyez vestus du Seigneur Jésus-Christ : et n'ayez point soin de la chair, pour accomplir ses convoitises ?.
1) Ou, Etce, sçachans, etc., ou, mesmement veu la saison à sçavoir qu’il est jà temps. 2) Luc, XXI, 34. Gal., V, 16. 1 Pierre, II, 11.
A1 Au reste, scçachans, etc. I entre | leil environ laube du jour : qu'il nous maintenant en un autre poinct d’exhor-|faut porter comme ont accoustumé de tation, asçavoir, Pource que les rayons | faire ceux qui sont en plein jour, et rede la vie céleste ont commencé à jetter | gardez des hommes. Car ceux-là se donleur clarté sur nous, ainsi que fait le so- | nent bien songneusement garde de com-
mettre rien de vilein ou mal séant :
pource que s'ils font quelque faute, ils voyent bien qu’ils sont en veuë de trop de tesmoins. Or nous qui sommes tousjours en la présence de Dieu et des Anges, et lesquels Christ le vray Soleil de justice convie à le contempler, par plus forte raison nous-nous devons bien garder de toute turpitude et infâmeté. La substance donc de ces mots est telle :
Puis que nous sçavons que maintenant est venu le temps et la vraye saison de nous resveiller du somne, laissons-là tout ce qui est de la nuit, ostons de nous toutes œuvres de ténèbres, puis que mesmes les ténèbres sont desjà chassées : et nous exerçans és œuvres de lumière, cheminons Comme il appartient de cheminer de jour. Ce qui est entre deux, doit estre enclès par parenthèse. Mais pource que c’est yci une allégorie, il sera bon de toucher que signifie chacun mot à part.
Il apelle-Za nuit, l'ignorance de Dieu, en laquelle tous ceux qui sont détenus, sont comme gens esgarez en la nuit, et endormis. Car ces deux maladies règnent és infidèles, d'autant qu'ils sont aveugles et stupides. Or il touche un peu après ceste stupidité sous le mot de Sorne, lequel (comme a dit anciennement un Poëte Latin) l’image de la mort. Il nomme le Jour, la révélation de la vérité de Dieu, par laquelle Christ le Soleil de justice nous monstre sa clarté. Il prend Se resveiller, pour se délibérer et apprester à faire les choses que le Seigneur commande, et esquelles il requiert nostre obéissance. Les œuvres de ténèbres, pour les œuvres infimes et meschantes, pource que la nuit n’ha point de honte, comme disoit anciennement un Poëte Latin. Les armures de lumière, pour actes d’honnesteté, sobriété et chasteté : lesquels on réserve à faire de jour. Oril a usé de cemot {rmures, plustost qu'OEuvres, pource qu'il faut batailler sous l'enseigne du Seigneur. Au reste, ce mot qui est au commencement, Æt ce, doit estre leu séparéement : car il dépend de la doctrine qui a esté traittée au paravant : comme quand nous disons, Au reste, ou D’avantage. I dit que les fidèles cognoissent /& saison : pource que la
Cas. XII
vocation de Dieu, et le jour de la visitation requiert une nouvelle vie, et nouvelles facons de faire : comme incontinent après par manière de déclaration il adjouste, qu'il est l’heure de se lever. Car comme ainsi soit que les Grecs ayent deux mots qui signifient Temps, l’Apostre a yei usé de l’un d’iceux, lequel signifie occasion, ou temps opportun. Car maintenant le salut est plus près de nous.
Les expositeurs tirent ce passage en divers sens. Plusieurs rapportent le mot de Croire, au temps de la Loy : comme si sainct Paul disoit, que les Juifs ont creu avant que Christ fust manifesté et veinst en lumière : lequel sens je rejette, comme estant dur et contraint. Et de faict, ce seroit chose absurde de restraindre à une partie de PEglise une doctrine générale. Or de toute ‘la compagnie à laquelle il escrit, de combien y en avoit-il l’un qui fust Juif? ainsi ce propos ne s’addresseroit point aux Romains. D’avarñtage (selon mon jugement) la comparaison qu’il fait du jour et de la nuit vuide cesté difficulté. I! me semble donc que le sens le plus simple est ainsi Maintenant: le salut est plus près de nous, qu'au temps que nous avons commencé à croire, tellement que cela se rapporte au temps qui a précédé la foy. Car comme ainsi soit que le mot Grec lequel nous avons traduit Lors que, ait une Signification indifférente, ceste-ci est beaucoup plus convenable au
propos de l’Apostre, comme il appert Le |
ce qui s'ensuit.
12 La nuit est passée, et le jour est approché. C’est-ei la saison et le temps
opportun, duquel il a n’aguères fait men-
tion. Car combien que les fidèles ne soyent
pas encores receus en la plene lumière, à
bon droict toutesfois il compare à l'aube du jour ceste cognoïssance de la vie à
venir, laquelle nous luit en l'Evangile.
Car yci Le jour ne se prend pas comme en d’autres lieux pour la lumière de la foy : (autrement il ne diroit pas seulement qu’il est approché, mais qu'il'est desjà venu, et mesme qu’il luit comme estant au milieu de son cours :) maïs pour.
ceste clarté bien-heureuse de la vie cé-
leste, de laquelle on voit desjà les commencemens en l'Evangile. Le sommaire
é és:
Car. XIE. SUR L'ÉPISTRE
et la substance du propos revient là, Que si tost que Dieu commence à nous appe-
ler, nous devons avoir les yeux fichez en
Padvénement de Christ : ne plus ne moins que du poinct du jour nous recueillons que la plene clarté du soleil approche. Il dit done, Que la nuit est passée : pource que nous ne sommes pas ainsi enveloppez d’obscurité profonde comme les incrédules, ausquels ne se présente aucune estincelle de vie : mais nous avons l'espérance de la résurrection qui nous est mise devant les yeux par l'Evangile.
Et mesmes la lumière de foy par laquelle nous Cognoissons que la plene lueur de la gloire céleste s’approche de nous, nous doit resveiller, afin qfâie nous ne demeurions endormis et croupissans en terre.
Au reste, un peu après, quand il nous commande de cheminer comme de jour
. en la lumière : il ne continue pas la mes-
me métaphore et similitude. Car yci, il compare au jour l’estat présent, auquel Christ jette sa clarté sur nous. Mais il a voulu ainsi nous exhorter en diverses sortes, maintenant à la méditation de la vie à-venir, maintenant à avoir en révérence le regard de Dieu, devant lequel nous sommes tousiours.
13 Non point en gourmandises el yvrongneries. I] a yei mis trois espèces de vices, pour lesquels signifier il a usé de deux termes à l’endroit de chacun.
Iceux vices sont intempérance, et excès au boire et au manger : la paillardise et autres vilenies quien dépendent, envie et débat. S'il y a telle déshonnesteté en ces choses, que mesmes les hommes charnels ont honte de les faire devant les hommes,
c’est bien raison que nous-nous en abste-
nions tousjours : nous, di-je, qui sommes en la lumière de Dieu, lors que nous sommes hors de la veuë des hommes.
Quant à la troisième couple, combien que
noise précède envie : toutesfois il n’y a
point de doute que sainct Paul n’ait voulu nous remonstrer que c’est la source dont procèdent noises, débats et procès : pource que cependant que chacun appète à se faire valoir et estre eslevé, les uns portent envie aux autres. Or ambition est cause de tous les deux maux.
14 Mais soyez vestus du Seigneur.
Ceste métaphore et similitude est fort usitée és sainctes Escritures, quand il est question des choses qui reparent la personne, ou au contraire la difforment + desquels l’un et l’autre se voit és vestemens. Car une robbe sale et deschirée déshonore la personne : d'autre part une qui sera nette et honneste fait grand honneur à la personne, et luy donne gràce. Orestre vestus de Christ, signifie yci que nous soyons de tous costez environnez et garnis de la vertu de son Esprit, laquelle nous rende idoines et propres à toutes œuvres de saincteté. Car voylà comment l’image de Dieu, laquelle est le seul ornement de l’âme, vient à estre restablie en nous. Car sainct Paul parlant ainsi, regarde à la fin de nostre vocation : pource que Dieu en nous adoptant, nous ente au corps de son Fils unique : voire, et à ceste condition, que renonçans à nostre première vie, nous soyons faits en luy nouvelles créatures, Gal., HE, 27. Et suyvant ceste considération, il dit ailleurs, que les fidèles au Baptesme sont revestus de Christ. Et n'ayez point. Cependant que nous s0mmes environnez de nostre chair, nous ne pouvons nous déporter totalement d’en avoir soin. Car nostre conversation est tellement és cieux, que nous sommes encore voyagers en ce pèlerinage terrien, Il faut donc avoir soin des choses qui concernent le Corps, mais non autrement que comme icelles estans aides de nostre pèlerinage, et non pas en telle sorte qu’elles nous facent oublier nostre pays. Il y a eu mesmes des gens profanes qui ont bien sceu dire que nature se contente de peu : mais que les appélis des hommes sont insatiables. Quiconque donc prend ce but de satisfaire aux désirs de sa chair, il faut nécessairement que cestuy-là viene non-seulement à s’escouler, mais aussi à se plonger en un merveilleux gouffre et bien profond. Or S. Paul voulant tenir en bride nos désirs, nous remonstre que la cause de toute intempérance, est, que nul ne se contente d’un usage des créatures, sobre et légitime.
Et pourtant, afin de nous faire tenir un bon moyen, il nous prescrit ceste règle, que nous servions aux nécessitez de nos-
Cuar. XIV.
tre chair, et que nous ne laschions point | le. Ainsi adviendra que nous userons du la bride aux plaisirs désordonnez d’icel- | présent siècle comme n’en usans point.