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19 Parquoy donc ensuyvons. Tant qu’il peut il nous destourne de la simple considération des viandes, et nous raineine à ces choses qui sont bien de plus grande conséquence, et lesquelles doyvent tenir le premier lieu en toutes nos opérations, voire mesme en estre la conduite. Car nous devons manger afin de vivre, et vivre afin de servir au Seigneur.
Or celuy sert au Seigneur, qui par débonnaireté et douceur édifie son prochain. Car en ces deux poincts, asçavoir, concorde et édification, consistent quasi toutes les choses qui concernent nostre devoir quant à charité. Mais afin qu’il ne semble que ce soit peu de chose, il répète la sentence qu’il avoit mise auparavant: asçavoir, que la viande corruptible n’est pas une chose pour laquelle il falle que ce que le Seigneur a édifié viene à décheair, et estre destruit. I parle ainsi, d'autant que par tout où il y a quelque estincelle de la crainte de Dieu, là se voit l'œuvre de Dieu, laquelle démolissent ceux qui par leur indiscrétion troublent une conscience encore infirme. Au reste, il faut noter qu’avec l& paix ïil conjoint édification :
pource que quelque fois les hommes ne s’accommodent les uns aux autres que trop libéralement et promptement, en sorte qu'ils nuisent beaucoup par ceste facilité de vouloir complaire aux autres.
Et pourtant, il faut tenir mesure, et user de discrétion à s’accommoder, et regarder que cela proufite, tellement que nous
accordions volontiers à nostre frère ce qui sert à avancer son salut, comme sainct Paul remonstre en un autre passage, 1 Cor., X, 23. Toutes choses me sont licites, mais toutes choses ne proufitent pas. Et incontinent il adjouste la raison, Pource que toutes choses n’édifient pas.
Aussi ce nest pas sans cause qu’il répète derechef, Ne Jay point périr pour la viande: signifiant qu'il ne requiert pas une abstinence qui face quelque préjudice à la vraye crainte et droite cognoissance de Dieu, comme il a dit n’aguères, Combien que nous ne mangions pas librement de toutes choses, mais que pour le regard des frères nous nous abstenions de Pusage de quelques viandes : que toutesfois le royaume de Dieu ne laisse pas de demeurer en son entier sans souffrir diminution aucune.
20 ray est que toutes choses. Quand il dit que toutes choses sont pures, c’est par concession, comme s’il eust mis, Je confesse que toutes choses, etc., mais ce qu’il adjouste, Mais il y a mal pour l’homme: c’est une exception comme s’il disoit, Vray est que la viande est bonne, mais le scandale est mauvais. Or est-il que les viandes nous sont données afin que nous en usions sans préjudicier à charité. Cestuy-là donc pollue l’usage de la viande, qui de soy estoit pure, lequel par icelle viole et enfreint charité. De cela il conclud, qu’il est bon de s’abstenir de toutes choses qui tombent à scandale aux frères. Au reste, il met vci trois
termes l’un après l’autre: Chopper, Se scandalizer: Estre débilité : et le sens est, Qu'on ne Gonne aux frères occasion de choppement, non pas mesme de se scandalizer, non pas mesme d’estre débilitez. Car Estre débilité, est moins que se scandalizer : et se scandalizer moins
Car. XIV.
que chopper. Celuy est dit Estre débilité, la conscience duquel on met en quelque tremblement et incertitude : Se seandalizer, Celuy duquel la conscience est esbranlée de quelque grand trouble: Chopper, celuy qui vient à estreaucunement destourné, et révolté de l'amourde la religion.
22 As-lu foy? aye-la en toy-mesme devant Dieu. Bien-heureux est celuy qui ne se condamne point soy-mesme, en ce qu'il examine !, 23 Mais celuy qui en fait scrupule, il est condamné s'il mange : car il n'en mange point par foy. Or lout ce qui n'est de foy, est péché. |
1) Ou, approuve.
- 22 As-tu foy ? Pour faire fin, il monstre en quoy gist le bien de la liberté Chrestienne: dont appert qu’à fausses enseignes ceux-là alléguent la liberté, et s’en vantent, lesquels se sçavent se modérer en l'usage d’icelle, et y procéder par discrétion. Il dit donc, que la cognoissance de la liberté (comme ainsi soit qu’elle procède de la foy) regarde proprement Dieu. Et pourtant, celuy qui ha une telle certitude, se doit contenter de la tranquiilité de conscience devant Dieu: et n’est point requis que devant les hommes il entre en possession d’icelle, et en face monstre. Il s’ensuit donc que nous sommes menez d’une cupidité perverse et desréglée, quand par manger de la chair nous offensons les frères infirmes: veu qu’il n’y a point de nécessité qui nous y contraigne. Au reste, on voit aiséement comment aucuns appliquent mal ce passage, et le tirent de travers :
lesquels recueillent d’yci que c’est tout un comment que chacun se conduise en observant des cérémonies sottes et plenes de superstition, pourveu que la conscience demeure pure devant Dieu. Car sainct Paul n’a rien moins pensé que cela, comme le fil du texte le monstre.
Les cérémonies qui concernent le droit service de Dieu, sont aussi une partie de nostre confession. Or ceux qui séparent la foy d'avec la confession, ostent au soleil sa chaleur. Mais S. Paul ne traitte rien yei qui approche de cela, ains seulement parle de Pusage de la liberté que nous avons quant au boire et manger.
Bien-heureux est celuy. Y veut yci
monstrer en premier lieu par quels moyens l'usage des dons de Dieu nous est fait légitime : en après, combien c’est un grand empeschement qu'ignorance : afin. que nous ne pressions point les ignorans outre la mesure de leur infirmité. Mais ul met une sentence générale, qui s’estend à toutes opérations de l’homme. Bienheureux est (dit-il) celuy que sa conscience ne rédargue point, voire lequel examine ses faits comme il appartient.
Car il s’en trouve bien plusieurs qui commettent de meschans cas sans aucun scrupule de conscience: mais la cause est, pource que fermans les yeux, ils se jettent à tors et à travers, de quelque costé que l’'intempérance de leur chair aveuglée et enragée les transporte. Or il y a grande différence entre une stupidité et jugement. L'homme donc qui discerne et juge bien des choses, si cestuy-là.en considérant et examinant son faict de bien près, ne sent point de remors de mauvaise conscience, il est bien-heureux, Car iln'y a que cesie asseurance seule qui puisse faire que nos œuvres plaisent à Dieu. Par ce moyen est ostée la vaine excuse que plusieurs prétendent à cause de leur ignorance : veu que leur erreur est meslé d’une nonchalance et lourde stupidité. Car si ceste bonne intention, qu’ils appellent, suflisoit, ce seroit une chose superflue que l'examen par lequel yci l'Esprit de Dieu juge des: faits des hommes.
23 Mais celuy qui en fait serupule.
Il a fort bien exprimé en un mot l’afiection d’un cœur qui est en bransle et in-
Car. XV.
certitude de ce qu'il doit faire. Car celuy qui fait scrupule, est maintenant d'une Opinion tantost d’une autre : et enelinant puis deçà puis delà, demeure en suspens entre diverses délibérations. Veu donc que le commencement de toute bonne œuvre consiste en la certitude et comme tranquillité paisible du cœur qui ba bonue constience devant Dieu, il n'ya rien plus contraire à l’approbation de nos œuvres, que doute et tremblement. Or pleust à Dieu que ceste sentence fust bien engravée és esprits des hommes, Qu’on ne doit rien faire ou entreprendre, que premièrement le cœur ne soit certainement résolu que cela phaist à Dieu. On ne verroit point les hommes en plusieurs endroits de la vie ainsi tempester, ou chanceler, ou d’une impétuosité aveuglée se jetter là où leur imagination les transporte. Car si nostre vivre est restraint à ceste mesure, et tellement limité, que Chacun se doit garder de toucher un Morceau de pain en doute de conscience, combien faut-il user de plus grand avis et discrétion és choses qui sont de conséquence sur toutes autres ? Or tout ce qui n'est de foy. C'est la raison de la condamnation dont il à parlé : asçavoir, pource qu’une œuvre, quoy qu’elle soit belle et excellente en apparence, est toutesfois imputée à péché, sinon qu’elle soit fondée en droite conscience. Car Dieu ne s’arreste point à la monstre externe, mais regarde l’obéissance intérieure du cœur, de laquelle seule dépend
SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS
obéissance y a-il en cela, quand l’homme entreprend quelque chose, de laquelle il n’est point certain qu’elle soit approuvée de Dieu? Où donc il y a une telle doute, à bon droict le personnage sera condamné de transgression et deslayauté, lequel contre le tesmoignage de sa propre conscience passe outre. Le mot de Foy est yci mis pour une résolution arrestée en esprit, et ferme certitude : voire et non pas:telle quelle, mais qui soit conceue de la vérité de Dieu, et en procède. Parquoy, tremblement et incertitude corrompt toutes nos opérations tant belles qu’elles puissent estre au reste. Or comme ainsi soit que l’esprit fidèle ne se peut en nulle part asseuréement arrester qu’en la Parole de Dieu, il faut que par ce passage toutes inventions de servir Dieu, et toutes œuvres qui ont prins leur origine dedans les cerveaux des hommes, s’en aillent en fumée. Car quand S. Paul condamne tout ce qui n’est de foy, il rejette tout ce qui n’est point fondé sur la parole de Dieu, et approuvé en icelle. Combien que mesme cela seul ne suffit pas, que ce que nous faisons soit approuvé par la parole de Dieu, sinon que quant et quant Pesprit estant muni de ceste certitude et ferme persuasion, s’employe à l'œuvre avec une alaigresse. Ainsi donc, le commencement ou fondement de bien vivre et droitement, est, qu’estans appuyez sur la parole de Dieu, (afin que nos esprits ne soyent en bransle d’un costé et d’autre,) nous marchions asseu-
toute l'estime de nos œuvres. Or quelle ! réement et hardiment où il nous appelle.