‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 35 sur 99 · PC PET · texte numérisé non relu

PC PET

Car. [. SUR LA fre ÉPISTRE

ayans cognu l'affection ardente et la constance qu’il avoit à maintenir l’Evangile. Ainsi maintenant ce luy est plus rande louange d’estre nommé frère de Paul. qu’autres fois Prince de la Syna-

- gogue.

2 A l'Eglise de Dieu qui est en Corinthe. On se pourroit paraventure esmerveiller pourquoy il appelle Eglise de Dieu ceste multitude d'hommes, en Jaquelle tant de vices régnoyent qu’il sembloit plustost que Satan y eust la domination que Dieu. Il est bien certain qu'il n’a point voulu applaudir aux Corinthiens : car il parle par l'Esprit de Dieu, qui n’a point accoustumé de flatter. Mais (dira quelqu'un) entre tant de souillures, quelle forme d’Eglise y pouvoit-il plus apparoistre ? Je respon, que pource qu’il luy avoit esté dit de par le Seigneur, Ne crains point, j’ay yci beaucoup de peuple : (Actes, XVIII, v. 9) ayant mémoire de ceste promesse, il a porté cest honpeur à si peu de bons qu’il y avoit, de recognoistre qu’il y avoit Eglise, encore qu'il y eust grand nombre de malins. En après combien que plusieurs vices y fussent survenus et diverses corruptions, tant en la doctrine qu'aux mœurs, toutesfois il y avoit encore quelques signes de vraye Eglise. Et c’est un passage qui est

bien digne d’estre noté, afin que nous ne

cherchions point une Eglise n'ayant aucune ride ou macule : ou rejettions in-

continent, et despouillions de ce titre toute compagnie, en laquelle toutes cho-

ses ne seront point à nostre souhait. Car cest une dangereuse tentation de penser qu'il n’y ait nulle Eglise, sinon qu'il y apparoisse une parfaite pureté : veu que quiconque en sera préoccupé, en fin il ne se pourra faire que se retirant de la communion de tous autres, il ne luy semble avis qu’il est seul sainct en ce monde: ou qu'il ne face quelque secte à part, avec quelques autres hypocrites. Quelle cause donc à eu Paul de recognoistre là en Corinthe une Eglise de Jésus-Christ? Certes pource qu’il voyoit entr’eux la doctrine de PEvangile , le Baptesme , la Cène de nostre Seigneur, par lesquels signes on doit jugers’il y a Eglise. Car combien qu’aucuns eussent commencé à douter de la résur-

AUX CORINTHIENS, 279 rection , toutesfois pource que cesie erreur n’estoit point parvenu à tout le corps, pour cela le nom et la vérité d'Eglise ne sont point là abolis. Combien que quelque vice fust survenu en l'administration de la Cène , la discipline et honnesteté fussent fort abbastardies et décheues : et en mesprisant la simplicité de l'Evangile, ils se fussent addonnez à pompe et ostentation, et que pour l’ambition des Ministres ils fussent divisez par diverses factions, toutesfois pource qu’ils retenoyent la doctrine fondamentale , qu’un Dieu estoit adoré entr’eux tous, et invoqué au-nom de Christ, et qu'ils mettovent en Christ fSance de salut, qu'ils avoyent aussi le ministère qui n’estoit point du tout corrompu : pour ces raisons il y avoit encore Eglise enir'eux. Parquoy, en quelque lieu que Dieu sera purement servi, et que ceste doctrine fondamentale dont j’ay parlé, demeurera en son entier, faisons résolution sans dificulté, que là il y a Eglise. Sanctifiez en Jésus-Christ, appelez Saincis.il récite les bénéfices desquels Dieu les avoit douez- et ornez: ce qu’il fait comme par manière de reproche, sinon que de leur costé ils avisent pour le moins à ne se monsirer point ingrats. Car ne seroit-ce pas une grande vilenie à eux, de reietter l’Apostre par le moyen et ministère duquel ils avoyent esté mis à part pour estre un héritage péculier au Seigneur? Cependant par ces.

deux épithètes, il déclare quelles gens doyvent estre tenus pour vrais membres de l'Eglise, et appartienent proprement à la communion d’icelle. Car si tu ne te monstres estre Chrestien par saincteté de vie, tu te pourras bien entretenir en l’'Eglise tellement quellement, estant meslé parmi les autres : mais tu ne seras point de l'Eglise pourtant. Il faut donc que tous ceux-là qui veulent estre réputez du peuple de Dieu, soyent sanctifiez en Christ.

Or le motde Sanctification, signifie chois et séparation, laquelle se fait en nous, quand nous sommes régénérez par le sainct Esprit en nouveauté de vie, pour servir à Dieu, et non au monde. Car es- {ans profanes de nature, nous sommes consacrez à Dieu par le S. Esprit. Mais d'autant que cela se fait quand nous som-

mes entez au Corps de Christ, hors lequel il n°y à que pollution : d'autant aussi que le S. Esprit ne nous est point conféré d’ailleurs que de Christ, à bon droict il dit que nous sommes sanctifiez par Jésus-Christ: veu que par luy nous sommes conjoints à Dieu, et en luy sommes faits nouvelles créatures. Ce qui s’ensuit incontinent, appelez Saincts: je le résous ainsi, Comme vous estes appelez à saincteté. Or il se peut prendre en deux sortes, ou que sainct Paul dise que Ja cause de la sanctification est la vocation de Dieu, d'autant que Dieu les a éleus :

comme s’il eust dit, que cela dépend de sa grâce, non pas de la vertu des hommes : ou bien pour signifier qu’il est convenable à nostre profession que nous soyons Saincts, pource que ceste est la fin de la doctrine de l'Evangile. Mais combien que le premier sens semble mieux convenir au texte, toutesfois il n’y a pas crande différence auquel on le prene. Car ce sont deux points qui vont l’un quant et l’autre : asçavoir que nostre saincteté procède et découle de la source de l’élection de Dieu, et qu’icelle-mesme est le but de nostre vocation. Ainsi done, il nous faut arrester là, que ce n’est point par nostre propre industrie, mais par la vocation de Dieu que nous sommes .Saincts, d'autant que luy seul sanctifie les hommes, qui de leur nature estoyent immondes et souillez. Et de faict, il me semble qu'il y a apparence de dire, que sainct Payl après avoir touché comme au doigt la source de saincteté toute patente, monte en un degré plus haut, asçavoir au bon plaisir de Dieu, duquel Christ aussi nous est procédé. Au reste, comme par l'Evangile nous sommes appelez à innocence de vie: aussi il faut que cela soit accompli en nous par effet, afin que nostre vocation ait son eflicace. Quelqu'un pourroit dire, qu’il n’y en avoit pas beaucoup de tels entre les Corinthiens.

Je respon, que les infirmes ne sont point exclus de ce nombre, d'autant que Dieu commence vei seulement son œuvre en nous, et le parfait petit à petit, comme par degrez et accroissemens. Après, je respon que Paul expresséement regarde plus la grâce de Dieu en eux, que leurs

Car. |.

propres vices, afin de leur faire honte de leur nonchalance, s’ils n’avisent à s’acquitter de leur devoir. Avec tous ceux, etc. C’est aussi yci un épithète commun à tous fidèles. Car veu que c’est le principal exercice de la foy, que d’invoquer le nom de Dieu, par iceluy aussi principalement on voit qui sont les vrais fidèles.

Notez aussi qu’il dit que Christ est invoqué des fidèles. Par cela est prouvée sa Divinité, d'autant que l'invocation est l'un des premiers tesmoignages du service de Dieu. Et ainsi l’invocation, par une manière de parler appelée Synecdoche, signifie yci toute la profession de la foy en Christ : comme aussi en plusieurs passages de l’Escriture, elle est prinse généralement pour tout le service de Dieu. Quant à ce qu’aucuns lexposent d’une profession seulement, et apparence externe, cela me semble maigre et eslongné de l’usage de l’Escriture. Or quant à ces particules, Le leur et le nostre, que les autres exposent du lieu, je le rapporte à Christ. Et en cela j’ay suyvi Chrysostôme. Vray est que paraventure cela pourra sembler dur, pour ce que ce mot En tout lieu, est entrelacé entre deux :

mais le texte Grec de sainct Paul ne laisse point pourtant de couler doucement. Cependant la raison pourquoy je préfère ceste interprétation à la vulgaire, est que si vous l’exposez du lieu, ce sera une adjonction non-seulement superflue , mais inepte. Car quel lieu sainct Paul appelleroit-il sien? Ils l’entendent de Judée :

mais pour quelle raison? D'’avantage, quel lieu diroit-il des autres ? Toutes les autres parties du monde (disent-ils ):

mais cela encores n’est guères convenable. Mais le sens que j’ay mis convient trèshien : car après qu’il a nommé tous ceux qui invoquent le nom de nostre Seigneur Jésus-Christ en tout lieu, il adjouste, {ant le leur que le nostre :

asçavoir afin de monstrer que Christ est indifféremment et en commun Seigneur de tous ceux qui linvoquent, soyent Juifs, soyent Gentils. En tout lieu. Paul adjouste ceci outre sa coustume. Car aux autres Epistres il exprime tant seulement ceux-là ausquels il les addresse : mais yei, il semble qu'il ait voulu prévenir les

Car. À, SUR LA Ire ÉPISTRE

calomnies des malins, afin qu’ils ne disent point qu’il s’eslevoit arrogamment entre les Corinthiens, et usurpoit l’authorité qu'il n’eust osé entreprendre és autres Eglises. Car on verra tantost qu’il a aussi esté chargé (combien que ce fust à tort) de ce blasme, comme si se bastissant des nids et cachetes, il eust fuy la clarté, et se fust secrètement desrobbé de devant

les autres Apostres. Ainsi doneques, il semble qu’expresséement pour réfuter ceste menterie, il se met comme sur un haut eschaffaut duquel il se face ouir de loin.

3 Grâce vous soit. Prenez l'exposition de ceste prière, des Commentaires sur l'Epistre aux Romains : car je ne charge pas volontiers de redites les lecteurs.

4 Je rend tousjours grâces à mon Dieu à cause de vous, de la grâce de Dieu

qui vous est donnée par Jésus-Christ.

5 Qu'en toutes choses vous estes enrichis en luy, en toute parole", et en toute

cognoissance.

6 (Selon que le tesmoignage de Jésus-Christ a esté confermé en vous.)

7 Tellement qu'il ne vous défaut aucun don, cependant qu'attendez la mani- Jestation de nostre Seigneur Jésus-Christ.

8 Lequel aussi vous confermera jusqu’à la fin, pour estre irrépréhensibles en la journée de nostre Seigneur Jésus-Christ ?:

9 Dieu est fidèle, par lequel vous estes appelez à la communion de son Fils

Jésus-Christ nostre Seigneur.

1) Ou, éloquence. 2) 1 Thess., III, 13. V, 23.

3) 1 Thess., V, 24,

4 Je rend tousjours grâces. Après | bien que tous ne fussent point dignes de qu’en la salutation il s’est acquis autho- telles louanges, et qu’ils corrompissent

rité en alléguant ja charge qu’il a receue, maintenant il acquiert grâce à sa doctrihe, en exposant l’amour qu’il leur porte.

Et en ceste manière il leur amollit les cœurs, et les prépare à ouyr patiemment les objurgations. De son amour, il en fait foy par les signes subséquens, en ce qu’il monstre qu’il se resjouit autant des biens que Dieu leurs a faits, comme s'ils luy estoyent faits à luy-mesme : et en ce qu'il afferme qu'il ha bonne opinion d'eux, et bonne espérance pour l’advenir.

Cependant il tempère de telle sorte ceste congratulation, qu'il ne leur donne aueune occasion &e s’eslever. Car il monstre que tous ces biens-là sont procédez de Dieu, afin que la louange luy en reviene entièrement, d'autant que ce sont ses gràces. Comme s’il disoit, Vray est que je m’esjouy pour les grâces que vous avez : mais en telle sorte que j'en attribue la louange à Dieu. En ce qu’il appelle Dieu Son Dieu : j'ay dit en l’Epistre aux Romains que vaut cela. Au reste, tout ainsi que sainct Paul n’a point voulu flattèr les Corinthiens, aussi ne les a-il point louez faussement et en mentant. Car com-

et profanassent plusieurs dons excellens de Dieu par ambition, toutesfois pource que ces dons méritoyent d’eux-mesmes d’estre louez, il ne les a point deu mespriser. D’avantage, d'autant que les gràces du sainct Esprit que chacun ha en son endroit, luy Sont conférées pour l’édification commune de tous, à bon droict il les récite comme grâces communes de toute lEglise. Mais voyons que c’est qu’il loue et magnifie és Corinthiens. De la grâce de Dieu. Ce terme est général : car il comprend toutes sortes de biens qu’ils ont obtenus par lEvangile. Car le mot de Grâce, ne signifie pas vei la faveur de Dieu, mais les dons qu’il fait aux hommes gratuitement par sa largesse : et ce par une figure qu’on appelle Métonymie. Incontinent après, il descend aux espèces, quand il dit qu’ils ont esté enrichis en toutes choses : et exprime quelles sont les choses : asçavoir la doctrine et la parole de Dieu. Car ce sont là les richesses esquelles il faut que les Chrestiens abondent, lesquelles aussi dautant plus que communéement on les mesprise, tant plus les devans-

nous priser et avoir en estime. J’ay mieux aimé laisser ceste particule, £n luy, que de tourner, Par lui : pource qu’à mon jugement elle ba plus de poids ainsi, Car nous sommes enrichis en Christ, par ce que nous sommes membres de son corps, et communiquons avec luy, et entant que nous sommes incorporez et comme entez en luy : voire mesme, pour mieux dire, estans faits un avec luy, il nous appelle à communiquer avec luy à toutes les choses qu’il a receues du Père.

6 Selon que le tesmoignage. Erasme le tourne autrement : Asçavoir que par ces choses, le tesmoignage de Christ à ‘esté confermé en eux, c’est asçavoir par ‘la cognoissance, et la Parole. Mais les mots sonnent autrement, desquels, pourveu qu’ils ne soyent point forcez, le sens est bien facile : c’est asçavoir que Dieu a seellé la vérité de son Evangile entre les Corinthiens, afin qu’elle fust plus certaine. Or cela s’est peu faire en deux manières, ou par les miracles, ou par le tesmoignage intérieur du S. Esprit. Il semble que Chrysostôme l’entende des miracles, mais je l’esten plus loin. Il est certain que l'Evangile se conferme proprement envers nous par la foy. Car quand il est receu de nous par foy, c'est lors proprement que nous ratifions que Dieu est véritable. Et combien que je confesse que les miracles doyvent valoir pour confirmation d’iceluy, toutesfois il faut aller chercher le commencement de cela plus haut, asçavoir que l'Esprit de Dieu en est le seau et les arres. Quant à moy done, j’expose ainsi ces mots, Que les Corinthiens abondoyent en science, comme dès le commencement Dieu avoit donné eflicace à son Evangile entr’eux :

et ce non point en une sorte seulement, mais tant par la vertu intérieure du S.

Esprit, que par l'excellence et diversité des dons, par miracles, et par tous autres moyens. À] appelle l'Evangile Le tesmoignage de Christ, ou touchant Christ :

pource que toute la somme d’iceluy tend à nous manifester Christ, auquel sont cachez tous les thrésors de science. Si quelqu'un aime mieux le prendre en signification active, pource que Christ est le premier et principal autheur de l'E-

Cuar. I.

vangile, tellement que les Apostres ne soyent autre chose que tesmoins seconds et subalternes, je n’en débatray pas fort :

toutesfois je trouve meilleure l'autre première exposition. Combien qu’un peu audessous, au chap. II, v. 4, sans difficulté ce mot Tesmoignage de Dieu: doit estre prins en signification active, pource que le sens passif ne conviendroit pas.

Mais yci, c’est autre-chose : et mesme qui plus est, ce passage-là conferme Popinion que je tien yci. Car: incontinent est adjoustée la déclaration quel est ce tesmoignage : C’est ne sçavoir rien que Christ.

7 Tellement qu'il ne vous défaut aucun don. Le mot Grec yei mis, signifie estre despourveu d’une chose de laquelle autrement on ha besoin. Il entend donc que les Corinthiens abondent tellement de tous dons de Dieu, qu'ils n’en ont faute d'aucun. Comme s’il disoit, Non:

seulement le Seigneur vous à fait l’honneur de vous envoyer la lumière de l'Evangile, mais il vous a excellemment garnis @e toutes grâces qui peuvent servir aux saincts, pour les avancer en la voye de salut. Car par le mot duquel il use, lequel nous avons traduit don, il entend les grâces spirituelles qui sont aux saincts comme instrumens de salut. Mais on objectera à l’encontre, que les saincts n’en abondent jamais tant, qu’ils ne sentent encore quelque indigence de grâces :

tellement qu'ils sont tousjours contraints de sentir faim et soif d’icelles. Car qui est-ce qui n’est encore bien loin de perfection? Je respon, Que d'autant qu'ils sont suffisamment douez de grâces nécessaires, et que jamais ils ne sont tellement despourveus, que de Seigneur ne subviene en temps à leur povreté : à ceste cause sainct Paul leur attribue telle richesse. Et pourtant il adjouste, attendans la manifestation de Christ. Par

cela signifiant qu’il ne leur attribue point

une abondance telle, qu’il n’y défaille rien : mais seulement telle qu’elle suffit, jusqu’à ce qu’on parviene à la perfection.

Ce mot, “ltendans, je le résous ainsi, Cependant que vous attendez. Ainsi le sens sera tel, De sorte que n’estes indigens d'aucune grâce, cependant qu’at-

an. ECM

Cuar. Î, SUR LA re ÉPISTRE

tendez le jour de la parfaite révélation, auquel Christ nostre sagesse, sera plenement manifesté.

8 Lequel aussi vous confermera.

Ceci ne se rapporte pas à Christ, mais à Dieu : combien que le mot de Dieu, soit le plus loin. Car lApostre poursuit sa congratulation. Et comme il a ci-dessus déclaré quelle estime il avoit d’eux pour lors, aussi maintenant il démonstre quel espoir il en ha pour l’advenir : et ce tant pour les rendre tousjours plus certains de son affection envers eux, comme aussi pour les exhorter de concevoir à son exemple, une mesme espérance, comme s’il disoit, Combien que lattente du salut à-venir vous tiene encore en suspens, toutesfois il vous faut estre certains que le Seigneur ne vous délaissera jamais, mais plustost augmentera ce qu’il a Commencé en Vous : afin que quand ce jourlà sera venu, auquel nous comparoistrons tous devant le siége judicial de Christ, nous Soyons là trouvez sans crime. Pour estre irrépréhensibles. Es épistres aux Ephésiens, [, 4, et Colossiens, f, 292, il enseigne que ceste est la fin de nostre vocation, que nous comparoissions purs et irrépréhensibles devant Christ. Mais il faut noter que ceste pureté si grande ne s’accomplit pds en nous du premier jour :

au contraire c’est beaucoup avancé quand nous proufitons tous les jours en repentance, quand aussi nous sommes fous les jours purgez des péchez qui nous rendent coulpables devant Dieu, jusqu’à ce que nous despouillions avec ce corps mortel toutes ordures de péché. Touchant ce mot, La journée du Seigneur, - nous en parlerons au 4° chapitre.

9 Dieu est fidèle. Quand l'Escriture appelle Dieu fidèle, par ce nom elle signifie souventesfois qu’en Dieu il y a constance et teneur perpétuelle, de poursuyvyre jusqu’en la fin ce qu’il a commencé : ainsi que sainct Paul mesme dit autre part, Que la vocation de Dieu est sans repentance, Rom. XI, 29, Ainsi à mon jugement, le sens de ce passage est, que Dieu est stable et ferme en ce qu'il a proposé. Puis qu’ainsi est, la vocation donc qu'il fait d’un chacun des siens, n’est point un jeu, et en les appelant il

ne se mocque point, ains il entretiendra.

el poursuyvra son œuvre perpétuellement. Nous devons tousjours, par la considération des biens-faits de Dieu précédens, bien espérer pour ladvenir. Mais S. Paul regarde plus haut : car il fait un argument, Que les Corinthiens ne peuvent estre rejettez, pource qu'ils ont esté une fois appelez du Seigneur en la communion de Christ. Mais afin que nous sçachions que vaut cest argument, notons en premier lieu, que la vocation d’un chacun luy doit estre pour un tesmoignage de son élection. Après, combien qu’on ne puisse point si Certainement juger de l'élection l’un de Pautre, toutesfois il faut résoudre par jugement de charité, que tous ceux qui sont appelez, sont appelez à salut : j’enten ceux qui sont appelez avec fruit et efficace. Aussi sainct Paul addressoit ce propos à ceux esquels la parole de Dieu avoit prins racine, et esquels apparoissoit quelque fruit d’icelle. Si quelqu'un objecte qu’il y en a beaucoup, lesquels après avoir une fois receu la parole de Dieu, puis après en déchéent : je respon, que le seul Esprit de Dieu est à chacun certain et féable tesmoin de son élection, dont dépend Ja persévérance : et que toutesfois, cela n’a point empesché que sainct Paul par un jugement de charité ne teinst pour certain que la vocation des Corinthiens seroit ferme sans pouvoir estre renversée : pource qu’il voyoit en eux des signes de la bénévolence paternelle de Dieu. Or ces choses ne tendent point à engendrer une asseurance charnelle

pour laquelle arracher de nous, l’Escriture nous admoneste souvent de nostre propre imbécillité : mais seulement à establir la fianee que nous devons avoir au Seigneur. Et il estoit bien besoin que S.

Paul usast de ce moyen à l’endroit des Corinthiens, afin qu'ils ne perdissent courage, en recognoissant tant de fautes, lesquelles il leur mettra puis après devant les veux. En somme donc, retenons d'yci que la débonnaireté Chrestienne veut qu’on espère bien de tous ceux, lesquels estans entrez en la droite voye de salut, sont encore en la course, combien qu’ils soyent encore environnez de beau-

coup de vices. Et qu’un chacun de nous, depuis qu’il a esté illuminé de lEsprit de Dieu, en la cognoissance de Christ, doit de là conclure certainement qu’il est adopté du Seigneur à l’héritage de la vie éternelle. Car la vocation ayant efficace, doit estre aux fidèles tesmoignage de élection Divine : cependant toutesfois, il faut que tous cheminent en crainte et solicitude. Et de tela, j’en toucheray encore quelque chose au chapitre X. 4 la communion. Erasme a tourné yci, Compagnie : l’ancienne translation, Société.

De moy, j'ay mieux aimé mettre Communion, pource que cela exprime mieux la force du mot Grec. Car ceste est la fin de - PJ'Evangile, asçavoir que Christ soit fait nostre, et que nous soyons entez en son corps. Or quand le Père nous le donne à posséder, il se communique aussi luymesme à nous en iceluy, et de là vient la

Cuar. |, participation de tous biens. L’argument donc de S. Paul est tel: Puis que vous avez esté appelez à la communion de Christ par l'Evangile que vous avez receu par foy, il ne vous faut avoir crainte du péril de la mort et perdition : estans faits participans de celuy qui a obtenu victoire contre la mort. Le sommaire est, Quand le Chrestien se regarde, il n’Ha que matière de trembler, ou plustost de se désespérer : mais pource qu'il est appelé en la communion de Christ, il ne doit point avoir autre pensée de soy, quand il est question de lasseurance de salut, que comme d’un membre de Jésus-Christ :

tellement qu’il doit tenir tous les biens d'iceluy comme siens. Ainsi il concevera, hors de toute doute, une espérance certaine de la persévérance finale, comme on dit, quand il se tiendra pour membre de celuy qui est hors de péril de tomber.

10 Or je vous prie, frères, par le nom de nostre Seigneur Jésus-Christ, que vous disiez tous une mesme chose, et qu'il n'y ail point de partialitez entre: vous ! : ains que soyez bien unis en mesme sens, et en une mesme volonté?.

11 Car mes frères, i m'a esté signifié de vous, par ceux qui sont de chez

Chloé, qu’il y a des noises entre vous.

A2 El je di ceci, pource qu'un chacun ° de vous dit, Je suis de Paul, et moy d'Apotlo, et moy de Céphas, et moy de Christ. 13 Christ est-il divisé? Paul a-il esté crucifié pour vous? ou avez-vous eslé

baptizez au nom de Paul?

1) Rom., XV, 5. Philip, WI, 16.

10 Or je vous prie. Jusqu’yci il a traitté doucement les Corinthiens, d’autant qu’il les cognoissoit par trop délicats et tendres. Maintenant, après avoir préparé leurs cœurs à recevoir la correction, (faisant comme un bon et expert chirurgien, qui manie doucement la playe, quand il veut appliquer quelque médicament aspre) il commence à les traitter avec quelque sévérité. Combien que mesme en cest endroit il use de grande modération, comme encore nous verrons.

Or la substance est : J'espère bien que le Seigneur ne vous a point conféré en vain tant de dons, qu’il ne vous vueille mener à salut : mais vous devez aussi mettre peine que ces grâces si excellentes ne soyent souillées par vos vices. Avisez donc d’estre daccord les uns avec les

2) Ou, et mesme avis.

3) Ou, Or ce que je di c’est qu’un chacun.

autres. Et ce n’est point sans cause que je requier tel accord entre-vous. Car il m'a esté rapporté que vous estes en différens, qui vienent jusqu’à inimitié : que vous bouillez de factions et partialitez entre-vous, dont la vraye union de foy est rompue. Mais pource que paraventure ils n’eussent point esté assez esmeus d’une simple exhortation, il y adjouste une prière affectueuse. Car il les adjure par le nom de Christ, que d'autant qu’ils

l'aiment, ils s’estudient à avoir et entre-

tenir concorde les uns avec les autres.

Que vous disiez tous une mesme chose.

Il les exhorte à concorde par trois façons de parler. Premièrement, il requiert entr’eux un tel consentement qu'ils soyent tous d’un propos. Après, il oste le mal par lequel FPunion est rompue et dissipée.

mé ni ii HE

Cuar. L.

Pour le troisième, il exprime le moyen d’une vraye concorde, c’est qu'ils accor dent ensemble, et de pensée et de volonté. Ce qu’il a mis en second lieu, est premier en ordre : asçavoir que nous évitions les discords. Car de là s’ensuyvra l’autre, Que nous serons d'accord :

et après cela finalement s’ensuyvra le troisième, qui est yci nommé le premier :

Asçavoir, que nous parlions tous comme

d’une bouche. Ce qui est bien fort à dé-'

sirer, comme estant le fruit de la concorde des Chrestiens. Notons donc qu'il n'y a chose si mal convenable aux Chrestiens, que d’estre en discord les uns avec les autres. Car c’est le principal poinct de nostre religion, que nous soyons d’un bon accord ensemble : et aussi en ce consentement gist et consiste la conservation de l'Eglise. Mais voyons que c’est qu’il requiert en l’union Chrestienne. Si quelqu'un désire que nous distinguions plus subtilement chacun poinct, l’Apostre veut premièrement qu’ils soyent conjoints en une mesme pensée : après en une mesme opinion : tiercement, il veut que de parole ils facent déclaration d’un tel consentement. Mais pource que ma translation est quelque peu différente de celle d'Erasme, je veux, comme en passant, admonester les lecteurs que sainct Paul use yei d’un mot qui signifie choses bien et proprement jointes, et assemblées Pune à l'autre. Car il vient d’un verbe qui signifie estre uni et assemblé, tout ainsi que les membres du corps humain sont conjoints ensemble par une trèsbonne proportion et convenance. Le mot qu’on a translaté en Latin, Sentence, je le pren yci pour volonté : afin que se soit une entière partition de l’âme, et que le premier membre soit rapporté à Ja foy, le second à charité. Alors donc sera en son estre l’union Chrestienne entre nous quand nous serons d'accord, nonseulement en la doctrine, mais aussi.en affections et volontez : et que parce moyen nous serons en tout et par tout d’un mesme courage. Comme sainct Luc rend tesmoignage aux fidèles de l'Eglise primitive, que ce n’estoit qu’un cœur et une âme d'eux tous, Act.,IV,32. Et cela certainement sera trouvé par tout où

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

règnera l'Esprit de Christ. Or quand il requiert qu’ils disent une mesme chose, il exprime encore mieux par leffet, combien doit estre accompli ce consentement : asçavoir tellement qu’il n’apparoisse aucune diversité, non pas mesme en parole. Cela est bien difficile à faire, toutesfois il est nécessaire entre les Cbrestiens : desquels il n’est pas seulement requis qu’ils ayent une mesnie foy, mais aussi une mesme confession.

A1 m'a esté signifié. Vource que les exhortations générales ont moins d'efficace, il déclare que ce qu'il avoit dit, s’addresse à eux spécialement. L’application donc tend à ce que les Corinthiens cognoissent que sainet Paul n’a point fait pour néant mention de concorde. Car il monstre qu'ils ne sont point seulement quelque peu eslongrez de la saincte union qui doit estre entre les Chrestiens, mais qu'ils sont venus jusqu’à contentions, qui sont bien plus dangereuses que dissensions. Et afin de n’estre argué de croire trop facilement comme s'il avoit légèrement presté laureille à faux blasmes, il allègue ses autheurs, lesquels il faut dire que c’estoyent gens qui cstoyent en fort bonne réputation, veu qu’il n’a point fait de doute de les alléguer comme sufflisans tesmoins à l’encontre de toute l'Eglise. Au reste, combien qu’il n’est pas certain si Chloé est le nom de quelque lieu, ou d’une femme, toutesfois il m'est plus vray-semblable que c’est le nom dune femme. J’estime donc que c’estoit une famille bien instituée, qui feit sçavoir à sainct Paul la maladie de l'Eglise de Corinthe, désirant que par luy y fust donné remède. Quant à ce que plusieurs ont estimé après Chrysostôme, qu’il s’est déporté de les nommer, de peur de les mettre en haine, cela me semble mal convenable. Car il pe dit point qu'aucuns de ceste famille-là luy eussent ce rapporté, mais plustost i dénote que ç’ont esté tous ceux de la famille : et ils n’y a point de doute qu’ils n’ayent volontiers souffert qu’on les ait nommez. Au reste, afin qu'il ne poignist leurs cœurs trop asprement, il a addouci la répréhension par un amiable parler, les nommant Frères. Ce qu'il fait, nov

point pour amoindrir la maladie, mais pour les rendre plus dociles à recognoistre combien elle estoit griefve.

19 El je di ceci. Aucuns exposent ces paroles comme si sainet Paul récitoit leurs propos en les contrefaisant. Or combien que les exemplaires soyent quelque peu différens en ce mot lequel j’ay traduit, Pourtant que : à cause qu’en adjoustant un poinct, il signifie simplement Que, comme s'il y avoit, Je parle de ce qu’un chacun de vous dit, etc. Toutesfois j'aime mieux le prendre en l’autre sorte, tellement que se soit une simple exposition de la sentence précédente, en ce sens : La cause pour laquelle je di qu’il y a des contentions entre-vous, c’est pource qu'un chacun de vous se glorifie au nom d’un homme. Mais quelqu'un pourroit dire qu’en ces paroles il n’y apparoist point encore de contention. Je respon, que là où règnent discors en la religion, il ne se peut faire que bien tost après les cœurs ne s’eschauffent, jusqu’à venir au combat. Car tout ainsi qu’il n’y a rien qui ait plus grande efficace à nous unir, ne qui associe mieux les cœurs, et les retiene en paix, que quand on est d’un bon consentement en la religion :

aussi s’il y vient quelque discord, il est nécessaire que tout incontinent les cœurs soyent esmeus à combats. Et n’y a en chose quelconque débats si grans ne tant à craindre que sont ceux-là. Parquoy à bon droict S. Paul pour une suffisante preuve de contentions entre les Corinthiens, allègue qu’il y avoit entr’eux sectes, factions, et partialitez. Je suis de Paul. 1 nomme yci des fidèles serviteurs de Christ, asçavoir Apollo, qui avoit esté son successeur en Corinthe, et Pierre mesme, et s’adjoint aussi avec eux, afin qu'il ne semble point qu'il mène tant sa propre cause que celle de Christ. Autrement, veu que ces trois estoyent d’un sainct accord ensemble en leur ministère, il n’est point vray-semblable qu’il y eust aucunes partialitez entre les Corinthiens pour se glorifier en lun plustost qu’en l’autre. Mais ainsi que puis après il adjoustera, ce qui compétoit à d’autres, il l’a mis sur sa personne, et sur Apollo :

et ce afin que les Corinthiens estans des-

Caar. L

tournez du regard des hommes, considérassent mieux la-chose en soy. Mais quelqu'un pourroit répliquer qu’il en récite aussi yci aucuns qui faisoyent profession d’estre de Christ. Et cela estoit-il à reprendre ? Je respon qu’en ceste sorte est mieux exprimé quelle vilenie s'ensuit de ces affections dépravées, quand nous sommes addonnez aux hommes. Car alors il est nécessaire que Christ ne soit

plus qu’en partie : et il ne reste autre

chose aux fidèles, sinon qu'ils se séparent des autres, s’ils ne veulent renier Christ. Or d'autant qu’on tire en divers sens ce passage, il faut esplucher de plus près que c’est que prétend yeiS. Paul. Il

veut tellement maintenir à Christ seul, la

maistrise en lEglise, que nous dépendions tous de Iny : qu’entre-nous luy seul soit recognu Seigneur et Maistre, et qu’il n’y ait nom d’homme qui soit opposé au contraire. Ceux donc qui tirent après eux des disciples pour diviser l'Eglise en sectes, il les condamne, comme itrèsperuicieux ennemis de nostre foy.

Et ainsi, il ne permet point que les hom-

mes ayent telle prééminence en l'Eglise,

qu'ils usurpent la seigneurie de Christ :

il ne permet point qu’ils soyent en tel honneur, que par cela on dérogue en la moindre chose que ce soit à la dignité de Christ. Vray est qu’il faut bien porter aux Ministres de Christ honneur selon leur regard : vray est aussi qu’ils sont maistres, selon que leur mesure le porte :

mais il faut tousjours retenir ceste exception, que ce qui appartient à Christ, luy demeure entier, c'est asçavoir que néantmoins il soit seul Maistre, et tenu pour tel. Parquoy, le but des bons Ministres est, qu'ils servent tous en commun à Christ, de maintenir à luy seul empire, authorité, gloire de guerroyer sous son enseigne, obéir à luy seul, d’amener et ranger les autres sous son Empire. Si quelqu'un est mené d’ambition,

il ne recueille point des disciples à

Christ, mais à soy-mesme. Voyci donc la fontaine de tous maux, voyci la peste la plus nuisible de toutes, voyci le poison mortel de toutes Eglises, quand les Ministres sont plustost addonnez à eux qu'à Christ. En somme, sçachons que

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