PONT NUS OS PNR NON COS CN
Cuar. LE
l'unité de l'Eglise consiste principalement en ce seul poinct, asçavoir que nous dépendions tous de Christ seul, et que les hommes demeurent tellement au-dessous, qu’ils ne déroguent en rien à sa prééminence.
13 Christ est-il divisé? Ce mal intolérable procédoit des factions et partialitez des Corinthiens : car Christ doit seul régner en l'Eglise. Et comme ainsi soit que la fin de l'Evangile est que nous soyons réconciliez à Dieu par luy, il est nécessaire que premièrement nous SOYOns tous unis en luy. Or d’autant qu'entre les Corinthiens seulement quelques-uns en petit nombre, mieux avisez que les autres, retenoyent Christ pour Maistre, combien que tous se vantassent d’estre Chrestiens, par ce moyen Christ y estoit deschiré, Car il faut que nous soyons un corps, si nous voulons demeurer et estre maintenus sous luy, comme sous le Chef. Que si nous sommes divisez en di- Vers COFPS, nous-nous séparons aussi de luy. De se glorifier donc de son nom entre les discors et factions, c’est le mettre en pièces. Ce qui ne se peut faire :
car il ne sera jamais hors d’unité et concorde, d'autant qu’il ne se peut nier s0Ymesme. Sainct Paul en proposant aux Corinthiens ceste absurdité, leur veut faire entendre qu’ils sont aliénez de Christ, pource qu'ils sont divisez. Car alors il règne en nous, quand il nous est un trèssacré lien d'union. Paul a-il esté crucifié pour vous? Il monstre par deux bonnes raisons combien c’est une chose ‘äinsupportable d’oster à Jésus- Christ cest honneur d’estre seul Chef de l'Eglise, seul Docteur, seul Maistre : ou de luy soustraire une seule partie de cest honneur pour le transporter aux hommes.
La première est, que nous avons esté rachetez par Jésus-Christ à ceste condi-
(ion, que nous ne SOYONS point à nous-
— mesmes. De cest argument mesme use
sainct Paul aux Romains, ch. XIV, v. 6, quand il dit, Pour cela Christ est mort et
—… ressuscité, afin que luy seul domine tant
sur les morts que sur les vifs. A luy
… donc vivons et MOUrONS, CAT nous S0M-
mes tousjours siens. Item au chapitre NII, v. 2, de ceste Epistre, Vous avez
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
esté rachetez par pris, ne soyez point faits serfs des hommes. Les Corinthiens donc estans acquis par le sang @e Christ, renonçoyent aucunement au bénéfice de la rédemption, en allant chercher d’autres chefs. Voyci une doctrine excellente, Qu'il n’est pas en nous de nous assujettir aux hommes en servitude, d’autant que nous sommes l’héritage du Seigneur.
Il note donc yei les Corinthiens d’une grande ingratitude, d'autant qu'ils s’aliénoyent du Cbef, par le sang duquel ils avoyent esté rachetez, combien qu’ils le feissent sans y penser. Au reste, ce passage fait bien à l’encontre de la meschante invention des Papistes, par laquelle ils s'efforcent de soustenir leurs pardons et indulgences. Car c’est du sang de Christ et des Martyrs tout ensemble qu’ils amassent ce thrésor de VEglise qu’ils ont songé, lequel ils enseignent estre dispensé par les Pardons.
Ainsi, ils forgent que les Martyrs nous ont mérité quelque chose devant Dieu par leur mort, afin que là nous ayons recours pour obtenir rémission des péchez. Ils nieront bien que pour cela les Martyrs soyent nos rédempteurs : mais il »’y à rien si clair, que l’un s'ensuit de l'autre. Il est question de réconcilier les pécheurs avec Dieu : il est question d’obtenir pardon : il est question d’appaiser lire du Seigneur : il est question de racheter les offenses. Ils mettent en avant que cela se fait par le sang en partie de Christ, et en partie des Martyrs. Ils font
donc les Martyrs compagnons de Christ.
quant à nous recouvrer salut. Or yci Paul nie fort et ferme qu'autre que Christ ait esté crucifié pour nous. Les Martyrs sont bien morts à nosire proufit : mais (comme dit Léon) ç'a esité pour nous donner exemple de constance, et non pas pour nous acquérir le don de justice.
Où avez-vous esté, etc. C’est le second argument, qui est prins de la profession du Baptesme, Car nous-nous enrollons sous l’enseigne de celuy au nom duquel nous sommes baptizez. Il s'ensuit donc que nous sommes obligez par serment à Christ, au nom duquel nostre Baptesme est consacré. Dont s’ensuit derechef que c’est desloyauté aux Corinthiens, et crime
d’apostasie, s'ils s'assujetissent et rendent serfs aux hommes. Notons yci, que la nature du Baptesme est semblable à un contract d'obligation muütuelle. Car comme par ce signe le Seigneur nous recoit en sa famille, ef nous nombre entre son peuple : pareillement aussi nous luy obligeons nostre foy, à ce que nous n’ayons puis après autre Seigneur spirituel que luy. Et pourtant, comme de la part de Dieu c’est une alliance de la grâce qu’il contracte avec nous, par laquelle il promet rémission des péchez et nouvelle vie : aussi de nostre part, c'est un serment de condition de guerroyer spirituelle, par lequel nous luy promettons perpétuelle obéissance. Quant à la première partie, Paul ne la touche point vci, d'autant que le lieu ne le portoit pas : mais quand il est question de traitter du Baptesme, il ne la faut point omettre. Au reste, S. Paul n’accuse pas les Corinthiens d’apostasie, seulement pource qu’en délaissant Christ, ils se sont révoltez du costé des hommes : mais aussi il monstre que s'ils ne s’arrestent à Christ seul, desjà par cela ils rompent et falsifient son alliance. On demande que cest que d’estre baptizé au nom de Christ. Je respon, que ceste manière de parler emporte, non-seulement que le Baptesme est fondé en lauthorité de Christ, mais aussi qu’il est appuyé sur sa vertu, et consiste en icelle : brief, que tout l'effet d’iceluy dépend de ce que le nom de Christ y est invoqué. Mais en-
Caar. IL
core on demande, pourquoy S. Paul dit que les Corinthiens estoyent baptisez au nom de Christ : veu que Christ mesme a commandé aux Apostres de baptizer au nom du Père et du Fils, et du sainet Esprit, Matth., XX VIE, 49. Je respon, qu’il faut en premier lieu considérer au Baptesme, que Dieu le Père par sa bonté gratuite, nous plantant en son Eglise, nous reçoit pour ses enfans par adoption.
Secondement, pource que nous ne pouvons avoir conjonction aucune avec Iuy, sinon par le moyen de la réconciliation,
[nous avons besoin de Christ, qui par
son sang nous remette en Ja gràce du Père. Tiercement, d’autant que par le Baptesme nous sommes consacrez à Dieu, il faut aussi que le sainet Esprit y entreviene, duquel l’office est de nous faire nouvelles créatures. Et mesmes ce que nous sommes lavez par le sang de Christ, c’est l'œuvre propre du sainet Esprit.
Mais d’autant que nous n’obtenons ne la miséricorde du Père, ne la grâce du sainct Esprit, que par Christ seul, à bon droict nous l’appelons le propre but du Baptesme, et intitulons spécialement le Baptesme de ce nom. Combien que cela n’exclud point le nom du Père et du sainct Esprit. Car quand nous voulons comprendre en briefve somme la vertu du Baptesme, nous nommons seulement Christ : et quand nous voulons parler plus distinctement, le nom du Père et du sainct Esprit se doit exprimer.
14 Je ren grâces à Dieu, que je n'ay baptizé nul de vous, sinon Crispe et
Gaie! :
15 Afin qu'aucun ne die que j'ay baptizé en non nom. 16 J'ay aussi baplizé la famille d'Estiene. Au surplus, je ne scay si j'ay
baptizé quelque autre.
17 Car Christ ne m'a point envoyé pour baptizer, mais pour Evangélizer : non point avec sagesse de parole, afin que la croix de Christ ne soit anéantie*.
48 Car la parole de la croix est folie & ceux qui périssent : mais elle est vertu de Dieu, à nous qui obtenons salut”.
19 Car il est escrit, Je destruiray la sapience des sages, et aboliray la pru-
dence des prudens".
20 Où est le sage? où est le Scribe? où est le disputeur de ce siècle? Dieu n'a-il pas affoli la sapience de ce monde ?
1)A4etS XVI) 8 102)r1/Cor.s 11, 4:18) Rom, I, 164
&) Is., XXIX, 4h
Car. I. SUR LA re ÉPISTRE
14 Je rend grâces. Par ces paroles 1l taxe bien asprement la perversité des Corinthiens, par laquelle on estoit contraint de se déporter aucunement de l’administration du Baptesme, chose si saincte et si excellente. Paul eust bien fait, et selon son office d'en baptizer grand nombre :
toutesfois il se resjouit de ce qu’il en est autrement advenu, et recognoist que cela a esté fait par la providence de Dieu, afin qu’ils ne prinssent de là occasion de se glorifier en sa personne: ou bien, afin qu’il n’eust rien de semblable avec ces ambitieux, qui taschoyent par ce moyen d'attirer à eux des disciples. Mais, qu’eustce esté s’il en eust baptizé plusieurs ? En cela certes il n’y eust point eu de mal:
mais, comme j'ai dit, ces mots emportent tacitement un grand reproche à l’encontre des Corinthiens et leurs faux-apostres, de ce qu’il faut qu'un serviteur de Dieu se resjouisse de s’estre abstenu d’une œuvre, laquelle estoit autrement bonne et louable, de peur qu’elle ne leur fust tournée en occasion de mal.
A7 Car Christ. I prévient ce qu’on luy eust peu objecter, Qu'il ne s’estoit donc pas acquitté de sa charge, d'autant que Christ commande aux Apostres de baptizer, aussi bien que d'enseigner. Îl respond donc, que ce n’a pas esté la principale partie de sa charge, pource qu’il luy estoit principalement enjoint de s’employer à loffice d'enseigner. Car quand Jésus-Christ dit aux Apostres, Allez, preschez, et baptizez, Matth., XX VII, 19, et Marc, XVI, 45 : il conjoint le Baptesme à la doctrine, comme un accessoire ou dépendance: tellement que le premier lieu demeure tousjours à la doctrine. Toutesfois, il faut noter yei deux choses. L’une est, que PApostre ne nie pas yci simplement qu’il n’eust mandement de baptizer, (car cela s’addresse à tous Apostres, AIlez, baptizez : et aussi il eust témérairement fait d’en baptizer seulement un, s’il weust esté garni de mandement) mais qu’il a voulu seulement monstrer quel estoit le poinct principal en sa vocation.
La seconde est, qu’il n’a point yci voulu amoindrir la dignité ou le fruit du Sacrement, comme aucuns pensent. Car il n’est pas yei question de la vertu du Baptesme :
JL
et ce n’est point pour icelle diminuer aucunement que Paul a amené ceste comparaison : mais pource qu’il estoit donné à peu de gens d'enseigner, et qu’il s’en trouvoit assez qui pouvoyent baptizer.
D’avantage, d'autant que plusieurs pouvoyent estre enseignez ensemble, et que le Baptesme ne peut estre conféré sinon un à un par ordre, Paul, qui surpassoit les autres quant à la grâce et don d’enseigner, s'employoit en l’œuvre qui luy estoit la plus nécessaire, et laissoit aux autres ce qu'ils pouvoyent plus commodéement faire. Et mesme qui considérera de près toutes les circonstances, on verra que ces mots emportent tacitement une ironie, c’est-à-dire, mocquerie, par laquelle S. Paul touche et picque de bonne grâce ces habiles gens, qui sous couleur d’une cérémonie taschoyent de se faire valoir, et acquérir gloire du labeur d’autruy. Sainct Paul avoit travaillé merveilleusement et prins grand’peine à édifier ceste Eglise-à. Après luy avoyent succédé ces gentils maistres, gens tendres
et délicats, qui avoyent attiré à eux des
disciples, seulement en les arrousant d’eau: c’est-à-dire, baptizant. Sainct Paul donc leur ottroyant et quittant volontiers le titre d'honneur, déclare qu’il est content que toute la charge et la pesanteur du fardeau demeure sur luy.
Non point avec sagesse de parole. C’est une anticipation par laquelle sont réfutées deux objections. Car ces docteurs desguisez pouvoyent répliquer, que c’estoit une mocquerie à sainct Paul, n’ayant nulle faconde, de se vanter que la charge d'enseigner luy estoit enjointe. Et pourtant, par une manière de concession il dit qu’il n’a point esté créé pour estre un Rhétoricien ou harangueur, qui se face valoir par grande parade de paroles:
mais ministre de l'Esprit, afin qu'avec sa façon de parler du tout simple et populaire, il assujetisse et face ranger toute la sagesse du monde. D’autre part aussi, afin que personne ne luy objectast qu’il taschoit de se faire valoir par sa prédication, aussi bien que les autres par le Baptesme, il respond en peu de paroles, Veu que la façon d'enseigner laquelle il tient, est eslongnée de toute parade, et
ne sent rien d’ambition, qu’elle ne peut donner aux gens Occasion de souspeçonner quelque telle chose de luy. Et de ceci on peut bien aiséement aussi recueillir (si je. ne suis trompé) quel a esté le poinct principal du différent que sainct Paul avoit avec les mauvais et desloyaux ministres des Corinthiens : C’est que d'autant qu’ils estoyent remplis d’orgueil et ambition, afin de ravir le peuple en admiration de leurs personnes, ils se magnifioyent par une braveté de paroles, et masque de sagesse humaine. De ce principal mal s’en ensuyvoyent deux autres :
asçavoir, que par telles couvertures la simplicité de l'Evangile estoit desfigurée, et Christ (par manière de dire) estoit desguisé et transformé têllement, que la pure et nayfve cognoissance d’iceluy n’apparoissoit point. D’avantage, que pource que les esprits des hommes s’amusoyent à l’élégance de paroles exquises de telles sens, à leurs spéculations aigues, et à une vaine apparence de doctrine haute et subtile, l’eflicacé et vertu nayfve de l’Esprit s’esvanouyssoit, et ny restoit rien que la letre morte: on n’y appercevoit. point ceste majesté de Dieu laquelle reluit en l'Evangile, mais seulement un fard et pompe inutile. Ainsi donc, sainct Paul afin de condamner ces corruptions de l'Evangile, trouve yci moyen d'entrer à la description de sa manière de prescher, laquelle il afferme estre droite et légitime: combien toutesfois qu’elle fust directement contraire à l’ostentation ambitieuse de ces vaillans docteurs : comme s’il disoit, Je sçay bien comment vos docteurs délicats se plaisent fort en leur brave façon de parler et exquise: mais quant à moy, non-seulement jé confesse qu’en ma façon de prescher j'ay eu un style simple, grossier et mal poli, mais aussi je m'en glorifie mesme : car il le faloit faire ainsi, et Dieu m’avoit prescrit ceste manière de procéder. Il appelle Sagesse de parole, non pas un babil inutile et affec- {é, mais une vraye éloquence, qui consiste en prudente invention de belles matières, en disposition ingénieuse d’icelles, et élégance de paroles. Il proteste qu’il n’a point eu cela: et, qui plus est, que ce m’estoit point chose propre ni utile à sa
Caar. I.
prédication. Afin que la croix. Comme ci-dessus tant de fois il a opposé le nom de Christ à l’orgueilleuse sagesse de la chair : ainsi maintenant il met en ayantla croix de Christ, pour abbatre toute ceste braveté et hautesse de la chair. Car toute la sagesse des fidèles consiste en la croix de Christ. Or, qu’ya-il plus contemptible que la croix ? Qui voudra donc estre véritablement sage selon Dieu, il est nécesaire qu’il descende à ceste humilité et abjection de la croix. Ce qui ne se fera point, que premièrement il n’ait quitté et renoncé son propre sens, et toute la sagesse du monde. Cependant yei S. Paul n’enseigne pas seulement quels doyvent estre les disciples de Christ, et quel moyen d'apprendre ils doyvent tenir :
mais aussi quelle est la manière d’enseigner en l’eschole d’iceluy. La croix (ditil) de Christ eust esté anéantie, si ma prédication eust esté ornée d’éloquence et de beau parler. Il a mis- yci la, éroix de Christ, pour le bénéfice de rédemption, qu’il nous faut chercher en Christ cruecifié. Et la doctrine de l'Evangile. qui nous appelle là doit tenir de la nature de la croix : c’est asçavoir, qu’ellesoit plustost rejettée et mesprisée, que glorieuse devant le monde. Le sens donc est tel, Que si Paul eust usé envers les Corinthiens de subtilitez philosophiques, ou d'artifice de parler, leflicace de la croix de Christ, en laquelle consiste le salut des hommes, eust esté ensevelie, d'autant qu’elle ne peut parvenir par ce moyen à nous.
Yci on demande deux choses: asçavoir, Si Paul en ce passage condamne du tout la sapience de parole, comme contraire à Christ. Après, S'il entend qu’il y ait perpétuel discord entre la doctrine de l'Evangile, et l’éloquence : tellement qu’elles ne puissent convenir ensemble : et que la prédication de l'Evangile est corrompue, quand pour l’orner on y applique quelque couleur d’éloquence et rhétorique. Quant au premier, je respon que ce seroit une chose bien eslongnée de raison, que S. Paul condamnast totalement les arts, lesquels il appert estre dons excellens de Dieu : desquels comme d’instrumens les hommes s’aident à plusieurs bons usages. Les arts donc non superstitieux, mais qui
Cuar. I. SUR LA Ire ÉPISTRE
contienent une bonne érudition et sçavoir solide, et sont fondez sur vrayes raisons, comme ils sont utiles et commodes à la vie commune des hommes, aussi il n’y a point de doute qu’ils ne soyent procédez du sainct Esprit : et l'utilité qu’on en sent et receoit, ne doit point estre recognuë venir d'autre que de Dieu.
Ainsi donc, ce que dit yci S. Paul ne doit pas estre prins comme estant dit pour blasmer et diffamer les arts, comme s'ils estoyent contraires à piété. La seconde question ha un peu plus de difficulté. Car il dit que la croix de Christ est anéantie, si on y mesle quelque sapience de parole. Je respon, qu'il faut considérer à quelles gens parle S. Paul. Les Corinthiens avoyent les oreilles chatouilleuses, et estoyent transportez d’un fol appétit, d'avoir des gens qui eussent un beau parler. Il faloit donc les rappeler plus que les autres à l'humilité de la croix, à ce qu'ils apprinssent de recevoir Christ tel qu'il est, et embrasser l’'Evangile tout simple sans aucun fard. Combien que je confesse que ceste sentence est aucunement perpétuelle, Que la croix de Christ est anéantie, non pas seulement par la sagesse mondaine, mais aussi par le fardement de langage. Car Ja prédication de Christ crucifié est simple et nue, parquoy elle ne doit point estre offusquée de fard de paroles. C’est le propre de l'Evangile d’anéantir tellement la sagesse du monde, qu’estans vuides de nostre propre sens, nous-nous rendions seulement dociles, et que ne pensions, ou mesme appétions Sçavoir autre chose, que ce que le Seigneur enseigne. Il nous faudra tantost traitter plus amplement de Ja sagesse de la chair, comment elle contrevient à Christ. De l’éloquence, j’en tou- Cheray yei en peu de paroles, autant que le lieu en requiert. Nous voyons que Dieu, dés le commencement a ainsi conduit les choses, que l'Evangile fust administré simplement, et sans aucune aide d’élo- quence. Celuy qui duit les langues à faconde, ne pourroit-il pas estre bien parlant et éloquent s’il vouloit? Le pouvant donc estre, il ne l’a point voulu. Pourquoy il ne l’a point voulu, je trouve prin- Cipalement deux raisons. L’une est, afin
qu’en ceste façon de parler simple et mal polie, la majesté de sa vérité fust plus apparente, et que la seule efficace de l’Esprit sans aides extérieures, pénétrast és cœurs des hommes. L'autre est, afin de mieux esprouver nostre docilité et obéissance, ensemble pour nous duire et accoustumer à vraye humilité. Car le Seigneur n’admet à son eschole que les humbles. Parquoy ceux-là seulement sont capables de la sapience céleste, lesquels se contentans de la prédication de la croix, quelque contemptible qu’elle soit en apparence, ne désirent point davoir un Jésus-Christ masqué. Parquoy il a falu que la doctrine de l'Evangile fust composée à ceste règle, afin qu’elle fust propre à retirer les fidèles de toute arrogance et hautesse. Mais que sera-ce, si quelqu'un aujourd’huy en déduisant les propos un peu élégamment et proprement veut esclarcir la doctrine de lPEvangile par éloquence? Sera-il pour cela à rejetter, comme sil souilloit ou obscurcissoit la gloire de Christ? Je respon premièrement, que l’éloquence ne contrevient en rien à la simplicité de l'Evangile: quand non-seulement elle se soumet et abbaïisse volontiers sous icelle, mais aussi luy sert comme la servante à sa maistresse. Car ainsi que dit sainct Augustin, Celuy qui a donné Pierre prescheur, à aussi donné Cyprien Orateur. En quoy il signifie que tous deux sont de Dieu: encore que lun qui est beaucoup plus haut en dignité, soit destitué de toute grâce exquise de parler: et que l’autre qui sied à ses pieds, soit excellent en éloquence. Ceste éloquence donc n’est point à condamner ni à mespriser, laquelle ne tend point à arrester les Chrestiens à un lustre extérieur de paroles, à les enyvrer de vaine délectation, à chatouiller les oreilles en retentissant, ni à offusquer de sa pompe la croix de Christ, comme qui metiroit une nuée au-devant: mais plustost tend à nous ramener à la simplicité nayfve de l'Evangile, à exalter la seule prédication de la croix, en s’abbaissant et anéantissant elle-mesme volontairement : brief, à servir comme de trompette pour faire donner audience à ces pescheurs et simples gens, qui n’ont aucune gràce exquise :
mais seulement l’efficace du sainct Esprit.
Après, je respon d'avantage que l'Esprit de Dieu ha aussi son éloquence : mais laquelle a plustost un lustre naturel propre à elle, ou encore (pour mieux dire) intérieur : qu'ornemens empruntez et pa-
rure prinse d’ailleurs. Telle est l’éloquen-
ce qu'ont les Prophètes, et principalement Isaïe, David et Salomon, et de laquelle aussi on trouve comme des fleurs semées par endroits és livres de Moyse. Mesmes és escrits des Apostres, combien que leur style soit plus simple et grossier, néantmoins on en y apperceoit aucunesfois quelques petites estincelles en passant. Ainsi donc l’éloquence qui con-
vient à l'Esprit de Dieu, c’est celle qui * n’est point enflée d’ostentation: et ne se perd point en l’air par vaines bouffées, mais est solide et plene d’efficace, et ha plus de syncérité que d'élégance.
18 Car la parole de la croix. En ce premier membre il y a une concession.
Car pource qu’il estoit aisé d’objecter, que lEvangile est communéement en mespris, si on le propose ainsi nud, et en termes bas et contemptibles, S. Paul accorde volontiers qu’ainsi est : mais adjoustant que cela se fait par ceux Qui périssent : il signifie qu’il ne s’en faut pas arrester à leur jugement. Car qui estce qui voudroit mespriser l'Evangile à Ja condition de périr ? Il faut donc résoudre ainsi ceste sentence : Combien que la parole de la croix, pource qu’elle n’ha point une belle apparence de sagesse humaine qui luy donne grâce, soit estimée folie par ceux qui périssent, quant à nous toutesfois, nous voyons là clairement reluire la sagesse de Dieu. Or il taxe obliquement le jugement pervers des Corinthiens, qui estoyent facilement attirez par le beau parler de ces Docteurs, ne plus ne moins que la femme mal avisée se laisse séduire par les doux propos d’un macquereau: et cependant, estans ambitieux, mesprisoyent et estoyent desgoustez de lApostre qui estoit garni de la puissance de Dieu à leur salut seulement, à cause qu’il insistoit à prescher Christ. Comment la parole de Ia croix est ja puissance de Dieu en salut : nous l’ayons dit, Romains, [, 46.
Car. |.
19 Car il est escrit. 1] conferme encore mieux par le tesmoignage d’Isaie, combien c’est chose indigne et desraisonnable que de faire préjudice contre l'Evangile, de ce que les sages du monde l'ont non-seulement en mespris, mais aussi en dérision. Car il appert par les paroles du Prophète, comment leur opinion n’est rien envers Dieu. Le passage est prins d’Isaie, chap. XXIX, v. 44, où le Seigneur dénonce qu’il se vengera de l’hypocrisie du peuple, par cette punition, Que la sagesse périra des sages, etc.
L'application à la matière présente, est telle: Ce n’est point chose nouvelle, ou non accoustumée, que les hommes (qui autrement semblent estre excellens en prudence) jugent tout au rebours. Car le Seigneur a accoustumé de punir ainsi l’arrogance de ceux qui se fians à leur propre cerveau, veulent estre conducteurs et d'eux et des autres. Ainsi jadis entre le peuple d'Israël, il destruisit la sagesse de ceux qui estoyent les chefs, et conduisoyent le peuple. Si cela est advenu en ce peuple, duquel les autres nations devoyent avoir la sagesse en admiration, que sera-il fait aux autres? Toutesfois il nous faut maintenant conférer les paroles de S. Paul avec celles du Prophète, et examiner la chose de plus près. Combien que le Prophète use de verbes neutres :
en disant, La sagesse périra, et la prudence s’esvanouira: lesquels S. Paul convertit en verbes actifs, les transférant à la personne de Dieu, toutesfois ils s’accordent fort bien ensemble quant au sens.
Car c’est là ceste chose espovantable que Dieu tesmoigne qu’il fera, tellement que tous en seront estonnez. La sagesse donc périt, mais c’est que le Seigneur Ja destruit : la sagesse s'esvanouit, mais c’est d'autant qu’elle est effacée et abolie par le Seigneur. Quant au second mot duquel sainct Paul à usé, lequel Erasme a tourné, Rejetter, pource qu’il ha signification ambiguë, et aucunesfois se prend pour Desfaire, effacer, oster : j'ay mieux aimé le prendre en ce sens, afin qu'il responde au mot du Prophète, qui signifie Esvanouir, ou estre caché. Combien que j'aye une raison encore plus valable, qui m'a induit à changer ceste translation :
CHar . L
c’est, pource que le mot de Rejetter, ne convenoit point à ce propos, comme il apparoistra maintenant. Voyons donc le sens. Le Prophète ne veut dire autre chose sinon qu’il n’y aura plus de gouverneurs qui sçachent que c’est de bien gouverner, pource que le Seigneur les privera de sain jugement, et d’intelligence. Car comme en un autre lieu il menace tout le peuple d’aveuglement : aussi en ce lieu-là il dit qu'il en fera autant aux gouverneurs : qu'il estne plus ne moins que si d’un corps on arrachoitles yeux.
Quoy qu’il en soit, il survient une grande difiiculté, de ce que le nom de Sagesse et de prudence, est prins en Isaïe à la bonne part: et S. Paul lallègue à une fin toute contraire : comme si C’estoit pour monstrer que la sagesse des hommes est condamnée de Dieu, d'autant qu’elle est perverse: et que leur prudence est réprouvée, pource que ce n’est que pure vanité. Je confesse bien qu’on l’expose ainsi communéement : mais d'autant qu’il est certain que les Apostres n’ont point accoustumé de tirer ainsi en autre sens les oracles du $S. Esprit, j'aime mieux laisser lopinion commune des expositeurs, que d’accuser S. Paul de fausseté.
Et autrement le sens naturel du Prophète ne convient point mal à l'intention de : S. Paul. Car si les plus sages devienent fols, quand le Seigneur leur oste le droit esprit : quelle fiance y aura-il en la sagesse des hommes? Après, puis que c’est là vengence ordinaire de Dieu, de frapper d’aveuglement ceux qui estans addonnez à leur propre sens, sont trop sages en eux-mesmes, ce n’est point de merveilles Si les hommes charnels, quand ils s’eslèvent à l'encontre de Dieu, pour assujetir sa vérité éternelle à leur témérité, devienent fols, et s’esvanouissent en leurs cogitations. Maintenant nous voyons comme Sainct Paul use bien à propos de ce tes- Moignage. Isaie prononce que la vengence de Dieu, sur tous ceux qui l’auront servi par leurs inventions, sera que la sagesse esvanouira de leursages, Sainct Paul, afin de prouver que la sagesse de ce monde est vaine, et de néant, quand elle s’eslève contre Dieu, amène ce tesmoignage d'Isaie.
SUR LA re EPISTRE AUX CORINTHIENS.
20 Où est le sage? où est le Scribe?
Ces interrogations par lesquelles l’Apostre se mocque de la sagesse humaine, et la desfie, ont esté adjoustées pour esclaircir le tesmoignage du Prophète. Au reste, sainct Paul n’a point pris d’Isaïe ceste sentence, Comme on estime Ccommunéement : maIs il parle en sa personne. Car le passage d’Isaïe, chap. XXXIIE, v. 48, qu'on a accoustumé de noter yci, n’ha rien de semblable ni approchant de la matière présente. Car là, promettant aux Juifs délivrance du joug de Sennachérib, afin de mieux amplifier un sigrand bénéfice de Dieu, il récite combien est misérable la condition de ceux qui sont pressez de la tyrannie ces estrangers. II dit qu’ils sont en perpétuelle angoisse et solicitude, en pensant tousjours avoir auprès d’eux, secrétaires et enrolleurs, thrésoriers, receveurs, fourriers. Et mesmeil dit que les Juifs ontesté estreints en telles destresses, afin que par la seule souvenance ils soyent esmeus à recognoistre le grand bien que Dieu leur à fait, et luy en rendre grâces. (a esté donc à tort qu’on a pensé que ceste sentence fust prinse du Prophète. Le mot de Siècle, ne doit pas seulement estre adjousté au dernier nom, mais aussi aux deux autres. Il appelle sages de ce siècle, ceux-là qui sont sages sans estre illuminez de l'Esprit de Dieu par sa parole, et ont seulement une cognoissance mondaine, et s’appuyent sur la fiance d’icelle.
Du nom de Scribes, cela est receu en commun usage, qu'il signifie les Docteurs. Car comme ainsi soit que Saphar signitie selon les Hébrieux Conter et raconter, et le nom Sepher tiré de là leur signifie Livre ou volume, ils appellent les gens letrez et qui s’employent aux livres, Sepherim. Et suyvant ce, on trouve souvent, le Scpher du Roy, pour le Chancelier ou Secrétaire. Or les Grecs, suyvant l’étymologie du mot Hébraïque, ont traduit Scribes. Il nomme bien proprement Inquisiteurs, ou disputeurs, Ceuxlà quienesmouvantdes douteset questions difticiles, veulent monstrer qu’ils ont l'esprit aigu. Ainsi en général il met à néant tout l’esprit de l’homme : à ce qu’on n’y attribue rien quant au royaume
294% de Dieu. Et n’est point de merveille qu’il s’eslève si fort contre la prudence de l’homme. Car on ne sçauroit dire combien il est difficile d’arracher du cœur des hommes, ceste confiance perverse de la chair, afin qu'ils ne s’attribuent plus que de raison. Or c’est desjà trop, quand estans appuyez tant peu que ce soit sur leur prudence, ils osent d’eux-mesmes asseoir jugement. Dieu n'a-il point af- Joli. I entend yeci par la Sagesse, tout ce que l’homme peut comprendre, tant par le pouvoir naturel de son entendement, qu'estant aidé par usage, par les letres et sciences des arts. Car il oppose ‘ Ja sagesse du monde, à la sagesse de PEsprit. Et pourtant toute l'intelligence qui peut estre en l’homme, sans l’illumination du sainct Esprit, est comprinse sous la sagesse du monde. Il dit que Dieu l’a toute affolie : c’est-à-dire, condamnée de folie. Or il nous faut entendre que cela se fait en deux manières.
Car ce n’est que pure vanité tout ce que l’homme sçait et entend, s’il n’est appuyé de la vraye sagesse : et ne peut non plus comprendre en la doctrine spirituelle, que l’œil d’un aveugle discerner les couleurs. Il faut noter diligemment ces deux choses : que la cognoissance de toutes sciences n’est que fumée, quand la science céleste de Christ n’y est point :
et que l’homme avec toute sa subtilité est aussi stupide à entendre de soy-mesme les mystères de Dieu, qu’un asne est mal adroit aux accords de musique. Car en ceste manière est redargué le maudit orgueil de ceux. qui se glorifient tellement en la sagesse du monde, qu'ils ont en desdain Jésus-Christ, et toute la doctrine de salut : s’estimans bien-heureux quand ils demeurent arrestez aux créatures : pareïllement est rabbatue l’arrogance de ceux qui se fians en leur propre entendement, s’essayent de pénétrer jusques au ciel. Semblablement aussi par mesme moyen est résolue ceste question : Comment c’est que sainct Paul abbat ainsi à terre, et foulle quasi aux pieds
21 Car puis qu'en la sapience de Dieu, le monde n’a point cognu Diew par 2 | sapience : il & pleu à Dieu, par la folie de la prédication, sauver les croyans,.«\
té tmiere oo
Car, I,
tout tant qu'il y a de science hors de Christ : veu qu’il appert que c’est un singulier don de Dieu en ce monde: Car y a-il chose plus noble que la raison de l’homme, par laquelle il surpasse tous les autres animaux? Combien d'honneur méritent les arts libéraux, qui polissent
tellement l’homme, qu’elles le rendent,
vrayement humain? D’avantage, combien engendrent-elles de fruits grans et excellens? Et sans parler des autres, qui est-ce qui n’exaltera par grandes louan-
ges la prudence civile, c’est-à-dire la.
science des loix, par laquelle les républiques, principautez, et royaumes se maintienent et subsistent ? La résolution di-je, de ceste question est toute patente, par ce que sainct Paul ne condamne pas simplement, ou intelligence naturelle de l’homme, ou la. prudence acquise par usage et expérience, ou le sens acquis par l’estude des letres : mais il afferme que tout cela n’ha aucune vertu pour aider à comprendre la sagesse spirituelle, Et certes c’est une rage, si quelqu'un se fiant en sa propre subtilité, ou en l’aide des letres, s'efforce de voler jusques au ciel : c’est-à-dire, de juger des mystères secrets du. royaume de Dieu, ou entrer comme par force en la cognoissance d’iceux. Car ce sont choses cachées au sens humain. Notons donc, que ce que sainct Paul enseigne yÿci de la vanité de la sagesse mondaine, il le faut restraindre à la circonstance de la matière présente : Asçavoir que telle sagesse ne passe pas les élémens du monde, et n’attouche point jusques au ciel.
Autrement, cela est vray aussi, que sans Christ les sciences de toutes choses sont vaines : et que l’homme aussi qui ignore Dieu, est vain, encore qu’il soit garni de toutes doctrines. Et mesme on pourra dire véritablement que ces dons de Dieu excellens comme sont dextérité d’esprit, jugement aigu, les arts libéraux, la co-
gnoissance des langues, sontaucunement « profanez, quand ils tombent en l'esprit
de gens infidèles.
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PE PUS ere
Cuar. I.
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
22 Puis que les Juifs demandent signes”, et les Grecs cherchent sapience : 23 Mais quant à nous, nous preschons Christ crucifié, qui est scandale aux
Juifs, et folie aux Grecs.
24 Mais à ceux qui sont appelez, tant Juifs que Grecs, nous leur preschons Christ, puissance de Dieu, et sapience de Dieu. 25 Car la folie de Dieu, est plus sage que les hommes : et là foiblesse de
Dieu, est plus forte que les hommes.
1) Matth., XII, 38.
21 Car puis qu'en la sapience, etc.
C’estoit bien certes l’ordre légitime, que l’homme par la lumière de lentendement qui est en luy mise de nature, contemplant la sagesse de Dieu en ses œuvres, parveinst à cognoissance d’iceluy. Mais pource que cest ordre est rénversé par la mauvaistie de homme, Dieu nous veut premièrement rendre fols en nous-mesmes, avant que de nous instruire à salut.
Après, pour un tesmoignage de sa Ssagesse, il nous offre une chose qui ha comme quelque semblance de folie. Et c’est l’ingratitude des hommes qui à mérité un tel renversement. Il appelle La sapience de Dieu, tout l'ouvrage et bastiment du monde, qui est une excellente monstre et évident tesmoignage de sa sapience. Dieu donc en ses créatures nous propose un beau miroir de sa sapience admirable : tellement que quiconque re- garde le monde, et les autres œuvres de Dieu est contraint (s’il ha une seule estincelle de jugement) d'entrer soudain en admiration d’iceluy. Si par le regard des œuvres de Dieu les hommes estoyent addressez à la vraye cognoissance d’iceluy, ils cognoistroyent Dieu sagement, ou par là vraye et naturelle manière d’estre sage, Mais pource que ce que Dieu avoit monstré sa sapience és créatures, n’a de rien proufité à tout le monde pour instruction, il est après venu par un autre moyen à enseigner les hommes. Aïnsi il faut imputer à nostre imperfection, ce que nous n'obtenons point une cognoissance de Dieu suffisante pour nous sauver, devant que nous soyons vuides de nostre propre sens. C’est par une manière de conces- sion qu'il appelle l'Evangile, Folie de prédication : pource qu’en apparence, elle est estimée telle de ces sages fois, lesquels estans enyvrez d’une fausse confiance et outrecuidance, n’ont point de
honte d’assujetir la saincte vérité de Dieu à leur fade censure. Et de faict, autrement il n'ya rien plus estrange à la raison humaine que d'entendre que Dieu sé soit fait mortel, que la vie ait esté sujete à la mort, la justice couverte de semblance de péché, la bénédiction sujete à malédiction : afin que par ce moyen les hommes soyent rachetez de la mort, et faits participans de limmortalité bienheureuse, afin qu’ils obtienent la vie, et que le péché estant aboli, la justice règne : afin que la mort et malédiction soyent englouties. Néantmoins nous savons cépendant, que l'Evangile est une sapience secrète, laquelle par sa hautesse surmonte les cieux, et de laquelle les Anges mesmes sont estonnez. Or voyci un passage excellent, duquel il appert combien est grand l’aveuglement du sens humain, qui ne voit goutte au milieu de la lumière. Car il est véritable que ce monde est comme un théâtre, auquel le Seigneur nous présente une représentation évidente de sa gloire. Toutesfois
ayans un tel épectacle tout évident de-
vant nos yeux, nous ne laissons pas d’estre aveugles, Non pas que la révélation en soit obscure, mais pource que nous sommes aliénez de sens : et qu’en ceci non-Seulement la volonté, mais aussi le pouvoir nous défaut. Car Combien que Dieu apparoisse clairement devant tous, toutesfois nous ne Île pouvons regarder d'autre œil, que par celuy de foy : sinon que nous concevons un petit goust de sa Divinité, qui est pour nous rendre inexcusables. Quand donc sainct Paul nie yci que les hommes puissent cognoistre Dieu par les créatures, entendons qu’il veut dice qu’on ne peut par là parvenir à la pure cognoissance d’iceluy. Car pour 0ster à tous excuse d’ignorance, les hommes prouftent jusques-là, en l’eschole
universelle de nature, qu’ils sont touchez de quelque sentiment de Divinité : mais ils ignorent quel est Dieu, et mesme s’esvanouissent incontinent en leurs Cogitations. Et voylà comment la lumière luit en ténèbres, Jehan, 1, 5. 1] s'ensuit donc, que les hommes ne faillent pas tellement par pure ignorance, qu'ils ne soyent aussi coulpables, et de mespris, et de négligence, et d’ingratitude : afin que cela soit accompli, Que tous ont cognu Dieu, et toutesfois ne luy ont point donné gloire, Rom. I, 21. D'autre part, que personne par la conduite de nature n’est jamais parvenu jusques-là, qu'il cognust Dieu. Si quelqu'un met en avant les Philosophes : je respon qu’en ceux-là principalement on peut veoir yn beau tesmoignage de nostre imbécillité. Car on p’en trouvera pas un d’iceux, qui de ce commencement de cognoissance que j'ay dit, ne soit incontinent tombé en des spéculations extravagantes et erronées :
et en la plus part ils radotent plus sotement que vieilles. Ce qu'il dit, Sauver les croyans, respond à ceste sentence précédente, Que l'Evangile est la puissance de Dieu en salut. Aussi opposant au monde aveuglé et stupide les croyans, desquels le nombre est petit, il donne à entendre que c’est à tort que nous-nous scandalisons de ce qu’ils sont si peu :
veu que par une providence de Dieu ils ont esté choisis à salut.
22 Puis que les Juifs demandent signes, et les Grecs, etc. C’est une déclaration de la sentence précédente : asçavoir comment Ja prédication de l'Evangile est réputée folie. Combien qu’il ne lexplique pas seulement, mais aussi il l’augmente, en disant, Que les Juifs ne mesprisent pas seulement l'Evangile, mais aussi l'ont en abomination. Les Juifs, dit-il, ‘veulent par miracles avoir devant leurs yeux tesmoignage de la puissance de Dieu : les Grecs aiment ce qui ha quelque louange de subtilité , et pour cela agrée à l’entendement humain: mais nous, nous preschons Christ crucifié : auquel, de prime face n'apparoist rien qu'imbécillité et folie. Il est donc en scandale aux Juifs, quand ils voyent qu’il est comme délaissé de Dieu : etaux Grecs, ce leur
Cuar. 1.
est comme une fable, de ouir une telle façon de rédemption. Par le nom des Grecs selon mon jugement, il ne signifie pas simplement les Gentils, mais il entend ceux-là qui estoyent polis par la cognoissance des arts libéraux, ou avoyent quelque intelligence excellente. Combien que puis après sous ce mot tous les autres y sont aussi comprins , par une figure que l’on appelle Synecdoche., Au reste, il distingue en ceste manière entre les Juifs et les Gentils : Que ceux-là heurtans contre Christ par un zèle désordonné de la Loy, estoyent transportez de plene rage contre l'Evangile (comme ont accoustumé les hypocrites, quand ils combatent pour leurs superstitions) et les Grecs enflez de présomption l’avoyent en mespris, comme chose fade et sans grâce. En ce qu’il attribue à vice aux Juifs d’appéter des signes, ce n’est point que ce soit chose mauvaise de soy de demander signes : mais il note leur importunité et malice, pource qu’en demandant sans cesse des miracles, ils vouloyent aucunement ranger Dieu à leur appétit : pource qu’ils demandoyent de le toucher comme au doigt, et selon leur appréhension charnelle, en miracles évidens : pource que s’arrestans simplement aux miracles et demeurans là attachez, ils s’y abbrutissoyent : et finalement pource que nuls miracles ne leur suffisoyent, mais ils en désiroyent tous les jours , et sans fin de nouveaux. Car Ezéchias n’est point reprins de ce qu’il a volontiers souffert d’estre confermé par signe, 2 Rois, XIX, v. 29, et XX, v. 8: ne Gédéon non plus, de ce qu’il a demandé double signe, Juges, VI, 36-40. Maïs qui plus est, Achaz est condamné de ce qu'il a refusé le signe qui lui estoit offert par le Prophète, Isaie, VIT, v. 12. En quoy donc offensoyent les Juifs, en demandant des signes ? Asçavoir pouree qu’ils ne les demandoyent point à bonne fin, et n'y mettoyent point de mesure, et n’en usoyent droitement. Car en lieu que la foy doit estre aidée par miracles, ils ne cherchoyent autre chose que de demeurer en leur incrédulité. En lieu qu’il n’est pas licite de prescrire loy. à Dieu, ils frétilloyent sans cesse d’un désir importun d'avoir miracles, En lieu que les miracles
CHar. [. SUR LA Ire ÉPISTRE
nous doyvent addresser à la cognoïssance de Christ, et de la grâce spirituelle de Dieu, ils les en empeschôyent. Pour ceste cause aussi Jésus-Christ les tansoit : La génération perverse , dit-il, demande signe, Marc, VIT, v. 42. Car d’un costé il n'y avoit point de mesure en leur curiosité et désir importun : et d’autre part, toutes les fois qu’ils avoyent obtenu des miracles, il n’en sortoit aucun fruit, et on n’en voyoit point qu'ils en feissent leur proufit.
24 Tant Juifs que Grecs. 1] Aémonstre par ceste opposition, que ce que Christ est ainsi mal receu, ne vient pas de sa faute, ne d’un mouvement qu’on voye universellement en tous hommes, mais que la mauvaistie de ceux qui ne sont pas illuminez de Dieu , en est la cause :
veu que les éleus de Dieu, soyent des Juifs, soyent des Gentils, ne sont empeschez par nul scandale , d'approcher de luy, pour trouver en luy salut asseuré. Il oppose le mot de Puissance au scandale qui procédoit de la petitesse: et oppose la sagesse à folie. Voyci donc la somme :
Je sçay que l’obstination des Juifs ne peut estre esbranlée que par signes : semblablement que la présomption des Grecs ne peut estre traittée et contentée que par une vaine apparence de sagesse. Mais nous. ne devons faire conte de tout cela.
Car encore que nostre Christ offense les Juifs par l’humilité de sa croix, et soit mocqué par les Grecs, toutesfois c’est tant la vertu de Dieu en salut à tous éleus , de quelque nation qu’ils soyent, pour surmonter tous scandales, qu’aussi la sapience d’iceluy, pour oster et faire esvanouir ceste vaine apparence et masque de sagesse.
25 Car la folie de Dieu. Quand le Seigneur besongne tellement avec nous, qu'il semble n’y avoir point de propos, d'autant qu'il ne met point en avant sa sapience : toutesfois ce qui semble estre folie, surmonte en sagesse toute la vivacité de lPesprit humain. Et là où il semble que Dieu besongne foiblement, en cachant sa vertu, néantmoins ceste foiblesse, qu'on estime, est plus puissante que toute la vertu des hommes. Or il faut tousjours noter qu’en ces mots il y a une manière de concession, ainsi que j’ay naguères touché. Car il n’y a celuy qui ne voye, combien c’est une grande impropriété d'attribuer à Dieu, ou folie, ou infirmité et foiblesse : mais il estoit nécessaire d’user de telles façons d’ironie et mocquerie pour réfuter l’arrogance enragée de la chair, qui ne fait point de difficulté de despouiller Dieu de toute sa gloire.
26 Car mes frères vous voyez vostre vocation, que vous n’estes point beaucoup de sages selon la chair, ne beaucoup de forts, ne beaucoup de nobles.
27 Mais Dieu a éleu les choses foles de ce monde, pour confondre les sages : el Dieu a éleu les choses foibles de ce monde, pour confondre les fortes.
28 Et Dieu a éleu les choses viles de ce monde, et les mesprisées, et celles qui ne sont point, afin d’abolir celles qui sont :
29 Afin que nulle chair ne se glorifie devant luy. — 230 Or c'est de luy que vous estes en Jésus-Christ, lequel nous a esté fait de
par Dieu, sapience, et justice, et sanctification, et Trédemplion*.
34 Afin (comme il est escrit) que celuy qui se glorifie, se glorifie au Seigneur ?.
1) Ou, rançon. 2) Jér., IX, 24.
26 Car mes frères vous voyez vostre vocation. Pource que le. verbe Grec est ambigu, et que l’indicatif convient aussi bien au texte que l’impératif , je laisse à la discrétion du lecteur , d’élire lequel il voudra : asçavoir, Voyez vostre vocation :
-ou, Vous voyez vostre vocation : toutes-
fois il n’y a qu’un mesme sens en tous les deux. Car en disant, Vous voyez: il les appelleroit à tesmoins, comme d'une chose manifeste, et les amèneroit quasi sur la chose présente: et par l’impératif , comme gens endormis il les resveille à considérer la chose. F'ocation peut estre
yei prinse pour la multitude de ceux que Dieu a appelez: en ce sens, Vous voyez quelles gens Dieu a appelez entre vous.
Toutesfois j’encline plus en ceste partie, de penser qu’il touche la façon d'appeler que Dieu a tenue. Or c’est un bien kon argument: car de là il s'ensuit, que s’ils
mesprisent l’humilité de la croix, ils ren.
dent aucunement sans effet leur vocation, en laquelle Dieu a tenu ce moyen, qu’il a en tout dérogué à la sagesse, puissance, et gloire humaine. Il les accuse donc tacitement d’ingratitude, qu’ayans oublié la grace de Dieu et eux-mesmes, ils ont en mespris l'Evangile de Christ. Combien qu’il faut yci observer deux choses, asçavoir qu’il a voulu confermer par l’exemple des Corinthiens, que ce qu’il avoit dit, est véritable : et outre ce, les admonester qu’il faloit que du tout ils se despouillassent de toute arrogance , quand ils considéreroyent bien l’ordre que le Seigneur avoit tenu en leur vocation. Il dit Confondre les sages et les nobles :
et abolir les choses qui sont : et parle en l’un et l’autre proprement. Car la force et la sagesse s’esvanouissent, quand on les met en honte et confusion: mais ce qui ha essence, c’est là que le terme d’Abolir convient. Par l'élection des povres , des fols et contemptibles, il entend que Dieu les à préférez aux grans, aux sages et aux nobles. Car ce n’estoit point assez pour rabbatre l’arrogance de la ehair, si Dieu les eust tous mis en égal degré: Parquoy il a moins fait de conte de ceux qui sembloyent surpasser les autres, afin de vrayement les ranger et abbaïsser. Au reste, Cestuy-là seroit sot et sans raison, qui conclueroit de là, que Dieu a tellement mis bas la gloire de la chair, que l’espérance de salut est ostée aux grans et aux nobles, et qu’ils en sont forclos. Il y a des sots et des badins, qui sous ce prétexte, non-Seulement se mocquent des grans, comme s'ils estoyent rejettez de Dieu, ains aussi les desdaignent au pris d'eux. Mais souvenons-nous, que ceci est dit aux Corinthiens, lesquels combien qu’ils ne fussent pas fort graus au monde, néantmoins s’enorgueillissoyent mesme sans occasion. Dieu done en confondant les puissans, grans et prudens, n’ha point ce
Car. I.
regard d’eslever en orgueil les foibles, les idiots et gens de basse condition : mais nous veut tous humilier jusques à un:
Parquoy, ceux qui sont contemptibles selon le monde, qu’ils pensent ainsi en euxmesmes : Combien grande modestie est requise de nous, veu qu’à ceux-là mesmes qui sont en honneur devant le monde, Dieu ne permet de présumer d’eux-mesmes? Si la lueur du soleil est effacée, que sera-ce des estoilles ? Si la lumière des estoilles est esteinte, que sera-ce des choses qui sont obscures? Voilà où tendent ces propos : afin que ceux qui n’estans aucunement prisez en ce monde, ont esté appelez du Seigneur, n’abusent des paroles de sainct Paul, pour dresser les crestes, mais que plustost ayant souvenance de ceste exhortation, (Rom., I}, v. 20) Tu demeures ferme par foy, n’eslève point ton couragé par orgueil, mais Crain : ils cheminent en solicitude; erainta et humilité devant Dieu. Au reste, sainct Paul ne dit pas yci, qu’il n’y a nuls nobles ou puissans appelez de Dieu : mais qu'il y en a peu. Il enseigne aussi pour quelle fin : asçavoir, à ce que le Seigneur abbatist la gloire de la chair, en préférant aux grans les contemptibles du monde: Mais c’est Dieu luy-mesme aussi qui par la bouche de David exhorte les Rois à faire hommage à Christ, Pseaume IF, v. 42, et aussi prononce par la bouche de sainct Paul, qu'il veut que tous soyent Sauvez, et que son Christ soit présenté à tous, tant grans que petis, tant aux Rois qu'aux hommes privez, 4 Tim. If, v. 4. Et de cela il en a donné luy-mesme tesmoignage.
Les bergers ont esté appelez à Christ en premier lieu : mais toutesfois les Philosophes suyvent après: les pescheurs, ignorans et mesprisez obtienent le plus haut degré d'honneur : mais puis après sont receus en leur eschole, Rois, et leurs conseilliers, Sénateurs et Rhétoriciens.
28 Celles qui ne sont point. I use de .
semblables paroles aux Romaïñs, chapitre IV, v.17, mais en un autre sens. Car là en descrivant la vocation universelle de tous les fidèles, il dit que nous ne sommes rien devant que nous soyons appelez. Ce qu’il faut entendre quant à la vérité devant Dieu, encore qu’il semble que nous
Car. I.
soyions quelque chose devant les hommes ; mais yei ce N’estre point, dont il parle, doit estre rapporté à l’opinion des hommes. Ce qui apparoist par le membre opposite, là où il dit que cela se fait afin que les choses qui sont, soyent abolies. Car il n’y a rien qui soit sinon en apparence : d'autant qu’à la vérité nous ne sommes tous rien. Expose donc ce mot, Qui sont : c’est-à-dire, qui semblent estre : tellement que ce passage soit correspondant à ces sentences-là, Il redresse le povre de la fiente : il eslève en haut ceux qui sont abbatus, Ps. CXII, 7, Ps. CXLVI, 8 : et autres semblables. Or il appert par ceci comment ceux-là radotent du tout qui pensent qu'il y ait és hommes quelque mérite ou dignité qui précède en ordre l'élection de Dieu.
29 Afin que nulle chair. Combien que par le nom de Chair, yci et en beaucoup de lieux de lEscriture, soyent entendus tous les hommes : toutesfois en ce lieu, il emporte une certaine considérations Car lEsprit parlant ainsi des hommes par mespris, réprime leur arrogance: comme Isaie, chapitre XX XI, v.3, L’Egyptien est chair, et non point esprit. Or voyci une sentence digne de mémoire, Que rien ne nous est F pe de quoy nous nous puissions véritablement glorifier. Et à ceste fin, est adjoustée ceste particule, Devant Dieu : car il y en à beaucoup, qui pour un moment se plaisent en une fausse gloire devant le monde, mais elle s’esvanouit incontinent comme fumée. Combien toutesfois que ce mot aussi tend à fermer la bouche à tous hommes, quand ils sont en la présence de Dieu : comme dit Abacuc, que toute chair se taise devant la face de Dieu, Abac., IE, 20. Toute chose donc qui mérite louange, soit recogneue venir de Dieu.
30 Or c'est de luy que vous estes.
Afin qu’ils ne pensent que rien des choses qui ont esté dites, ne les attouche, maintenant il les applique à eux, disant qu’ils ne sont sinon de par Dieu. Car ce mot Æstes, emporte tacitement quelque poids : comme s’il disoit, Vous avez vostre commencement de Dieu : qui laissant là les choses qui semblent estre, appelle
celles qui ne sont point : et vostre subsistance est en Christ. Ainsi, il n’y a point d'occasion de vous enorgueillir. Or il ne parle pas de la création séulement, mais de lessance spirituelle, en laquelle nous renaissons par la grâce de Dieu, Lequel nous a esté. Pource qu'il Sen trouve beaucoup, lesquels ne déclarans pas ouvertement qu’ils se veulent reculer de Dieu, cherchent toutesfois quelque chose hors de Christ, comme si luy seul ne contenoit pas en soy toute plénitude :
il récite comme en passant, de quels et combien grans thrésors est rempli Jésus- Christ. Ce qu’il fait aussi pour exprimer quelle est la vraye manière de s’arrester en Christ. Car quand il appelle Christ, Nostre justice : il faut suppléer Popposite, Qu’en nous il n’y a autre chose que péché : et ainsi des autres trois épithètes suyvans. Or il donne yci à Christ, quatre
louanges, qui comprenent toute la vertu
d’iceluy, et tous les biens que nous en recevons. Premièrement il dit, Qui nous à esté fait sapience. En quoy il entend que nous obtenons en luy une perfection entière de sagesse, pource que le Père s’est plenement révélé à nous en luy, à ce que nous n'appetions de sçavoir rien que luy. Il y à un semblable passage au chapitre IE aux Colossiens, v. 3, Que tous les thrésors de sapience et de science sont cachez en luy. Et de cela nous en dirons d'avantage au prochain chapitre. Secondement il dit, Qu'il nous & esté fait en justice. En quoy il entend que nous sommes agréables à Dieu par le Nom d’iceluy : pource qw’il à net-
toyé nos péchez par sa mort, ét que son :
obéissance nous est imputée à justice.
Car « comme ainsi soit que Ja LEE de la
et en ce que Dieu nous accepte gratuite ment : nous obtenons tous les deu par Christ. Tiercement, il Pappelle Sanciificalion :
tans autrement de nature | profanes, SOMmes régénérez par son Es sprit en saincteté, afin que nous Servions à Dieu. Dont nous recueillons aussi que nous ne pouvons estre gratuitement justifiez par la seuleo”"”
foy, que nous ne vivions aussi saincte- »
ment. Car ces grâces sont attachées l’une,
en quoy il entend que nous es-
À PIYUYE
à l’autre, Comme par un lien RseDara ble:
Jess séparer, désmrbrèt par manière de dire, Jésus-Christ. Parquoy celuy qui cherche d’estre justifié par Christ (et ce de la bonté gratuite de Dieu) qu’il pense que cela ne se peut faire, qu’ensemble il ne l’appréhende en sanctification, c’est-àdire, que par l'Esprit d’iceluy il renaisse en innocence et pureté de vie. Or maintenant ceux qui nous calomnient, comme si en preschant la justice gratuite de la foy, nous retirions les hommes de faire bonnes œuvres, sont suffisamment réfu-
tez par ce passage, où il est dit, Que la
foy nee point moins en Christ chez. D’ autre part, il faut observer aussi que ces deux offices sont tellement conjoints ensemble, que néantmoïins lun est distingué de l’autre. Ainsi donc il n’est point licite de confondre les choses que S. Paul discerne nomméement. Pour le quatrième, il enseigne qu’il est donné en rédemption. En quoy il entend, que par le bénéfice d’iceluy nous sommes délivrez {ant de toute servitude de péché, que de toute autre misère qui en provient. Ainsi, la rédemption, ©’est le premier don de
. Christ, lequel commence en nous, et finit
‘aussi le dernier. Car le commencement de salut est que nous estans retirez du labyrinthe de péché et de la mort, cependant toutesfois jusqu’au dernier jour de le résurrection, gémissions du désir de la rédemption : comme il est escrit Rom.,
VIII, 26. Si on demande la manière en
laquell e Christ nous est donné en rédemption :
constitué le pris d’icelle. Finalement, de tous les biens qui sont yei nombrez, cherchons-en, non point la moitié, ou quelque portion, mais l’accomplissement en Christ. Car S. Paul ne dit point qu'il nous soit donné en suppléement, ou aide de justice, saincteté, sapience, et rédemption : mais il luy assigne à Juy seul le vray et entier effect de toutes ces choses.
Or pource qu’à grand’ peine se trouverail passage en l’Escriture qui descrive tous
je respon, Pource qu’il s’est
Caar. I.
les offices de Christ plus distinctement, on pourra aussi trèsbien entendre d’icepe quelle est la nature et vertu de la foy. Car, attendu que Christ est le propre :
object de la “Ja foy, quiconque cognoist quels sont les] bénéfices de Christ envers nous, cestuy-là est bien enseigné pour cognoistre que c’est que la foy.
31 Afin que celuy qui. Voyci la fin pour laquelle Dieu nous élargit toutes choses en Christ : asçavoir, afin que nous ne nous attribuyions rien, mais que nous luy déférions tout. Car Dieu ne nous despouille point pour nous laisser tout nuds, mais puis après il nous revest de sa gloire : toutesfois à ceste condition, que quand nous voulons nous glorifier, nous sortions hors de nous-mesmes. En somme, que l’homme estant réduit à néant, et cognoissant qu’il n’y a rien de bien ailleurs qu’en Dieu seul, laissant Paffection de sa propre gloire, aspire et soit du tout poussé à avancer la gloire de Dieu. Et cela appert mieux par le texte du Prophète, duquel S. Paul a emprunté ce tesmoignage. Car là le Seigneur après avoir débouté et forclos tous hommes de gloire, de force, sagesse, ou richesses, commande qu'ils se glorifient en sa seule cognoissance. Or il veut estre cognu en telle sorte, que nous sçachions qu’il fait justice, jugement, et miséricorde. Car ceste cognoïssance engendre en nous fiance et crainte envers luy. Ainsi donc, celuy qui ha son esprit tellement disposé, qu'en ne s’attribuant rien il désire que Dieu soit seul exalté :
celuy qui prend tout son contentement en la grâce d’iceluy, qui met toute sa félicité en son amour paternelle : brief, qui est content de Dieu seul : cestuy-là
se glorifie véritablement en Dieu. Vérita-
blement, di-je : car les hypocrites aussi se glorifient en luy faussement, comme tesmoigne S. Paul au chap. IF des Rom., v. 47, quand estans enflez de ses dons, ou eslevez d'une meschante confiance de la chair, ou abusans de sa Parole, néantmoins ils se couvrent de son nom.