‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 37 sur 99 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

À Et moy, frères, quand je suis venu à vous, je n'y suis point venu avec excellence d'éloquence, ou de sapience, en vous annonçant le tesmoignage de

Dieu.

2 Car je n'ay point eu en estime! de scavoir aucune chose entre vous, sinon

Jésus-Christ, et iceluy crucifié.

1) Ou, rien délibéré de savoir entre vous.

À Et moy. Sainct Paul ayant commencé à traitter de sa manière d'enseigner, estoit incontinent descendu à la nature générale de la prédication de l'Evangile :

maintenant il retourne derechef à sa personne, afin de monstrer que rien n’est condamné en luy, qui ne soit de la propre nature de l'Evangile, et comme adhérant à icelle. Ainsi donc il accorde qu'il n’a point eu les aides de faconde, ou sapience humaine : desquelles estant garni, il ait avancé en quelque sorte : mais

confessant avoir esté destitué de ces ai- |

des, de cela il infère que la puissance de Dieu qui n’a eu que faire de telles aides, s'est tant mieux manifestée en son ministère. Mais quant à ce dernier poinct, il l'adjoustera un peu après. Pour le présent, ce poinct seulement concédé, qu'il n’a point eu de sagesse humaine : cependant il se réserve qu'il a annoncé le tesmoignage de Dieu. Or combien qu’aucuns expositeurs prenent ce mot Le tesmoignage de Dieu, en signification passive : toutesfois je ne doute poiut que l’autre sens ne soit plus convenable à l'intention de l’Apostre, Que le tesmoignage de Dieu soit celuy qui est procédé de Dieu : asçavoir, la doctrine de l’'Evangile, duquel il est autheur et tesmoin. Il distingue maintenant la Paroie d'avec la sagesse : dont est confermé cela de quoy j'ay paravant adverti, qu'il n’a pas parlé jusques à ceste heure d’une vaine jaserie seulement, mais qu'il a comprins tout l’ornement des doctrines humaines.

2 Car je n ay point eu. Attendu que le mot Grec dont use yci sainct Paul, lequel on traduit communément Juger, signifie souventesfois Elire, comme une chose précieuse : il n’y a personne de sain jugement, comme j'estime, qui nie

que la translation que j’ay mise ne soit probable, pourveu que la construction des mots Grecs n’y répugne point. Et toutesfois quand nous traduirons, Je n’ay fait cas d'aucune partie de science, il n’y aura rien de contraint. Et si on veut suppléer quelque chose, le sens ne coulera point mal en ceste sorte, Je n’ay fait cas de rien en mon Sçavoir, ou pour science :

combien que je ne rejette pas du tout l'autre exposition, qui est que sainct Paul afferme qu’il n’a rien tenu pour science, ou estimé digne d’estre nommé science, que Christ seul. Et ainsi il faudroit suppléer une particule, qui signifie Pour :

comme on a souvent accoustumé de le faire. Mais soit qu’on ne réprouve point le premier sens, soit qu’on trouve meilleur ce dernier-ci, la substance du propos revient à cela, Si les ornemens de langue m'ont défailli, et aussi si je n’ay point eu une subtilité fort élégante à traitter les choses par artifice, comme je le confesse : cela s’est fait d'autant que je n'ay point affecté, mais plustost ay eu en mespris telles choses. Car il n’y avoit que cela seul que j’eusse en estime, c’est d'annoncer simplement Jésus-Christ. Ce qu’il adjouste Crucifié, il n'entend pas qu’il ne presche rien en Christ sinon la croix : mais qu'avec l’humilité dela croix, il presche néantmoins Christ : comme s'il disoit, L’ignominie de la eroix ne fera point que je n’aye en révérence et admiration cestuy-là duquel vient le salut, ou que j’aye honte d’enclorre en luy toute ma sagesse : celuy, di-je, lequel à cause de l’ignominie de la croix, les hommes présomptueux desdaignent et rejettent.

Et pourtant, il faut ainsi résoudre ceste sentence : Il n’y a science que j'aye tant estimée, que pour cela je désirasse de

302 COMMENTAIRES Cnar. If.

cognoistre autre chose que Christ, voire | sagesse. Voyci un beau passage par lecrucifié. Ceste particule sert pour aug- | quel nous entendons, et que c’est que

mentation : afin de despiter plus ces arrogans maistres, qui ne tenoyent quasi conte de Christ, pource qu’ils cherchoyent un applaudissement par avoir réputation de quelque haute et excellente

doyvent enseigner les fidèles Ministres, et qu’il nous faut apprendre toute nostre vie, et au pris de quoy il nous faut tenir toutes choses pour fiente.

3 El ay esté avec vous en infirmité! el crainte, et grand tremblement :

4 Et ma parole et prédication n'a point esté en paroles attrayantes de sa-

pience humaine : mais en évidence d'Esprit et de puissance ?. | 5 Afin que vostre foy ne soit point en sapience des hommes, mais en puis-

sance de Dieu.

1) Ou, foiblesse. 2) 1 Cor., I, 18.

3 Et ay esté avec vous. Il expose maintenant plus au long ce qu’il avoit desjà auparavant touché : qu’il n’a rien eu de lustre ou excellent devant les hommes pour estre grandement prisé, mais concède tellement à ses adversaires ce qu'ils demandoyent, que quant et quant ce dont ils se pensoyent servir pour diminuer lhonneur de son ministère, il le ramène à la trèsgrande louange d’iceluy.

Il sembloit qu’il deust estre moins prisé de ce qu’il estoit si bas et abject selon la chair : il monstre qu’en cela la vertu de Dieu en a mieux reluy, et a esté plus évidente, d'autant qu’il à tant peu faire sans avoir aucune aide humaine. Or en cela il ne regarde pas seulement ces glorieux -là, qui pour acquérir bruit, s’estudioyent seulement à ostentation : mais les Corinthiens, qui avoyent en admiration les vaines pompes et parades de tels glorieux, et y estoyent comme tout ravis. De faict, ce récit que sainet Paul fait yci, devoit avoir grande efficace envers eux. Ils sçavoyent que sainct Paul n’avoit rien apporté selon la chair qui le peust avancer, ou par quoy il peust s’insinuer en la grâce des hommes : toutesfois ils avoyent veu l'issue merveilleuse que le Seigneur avoit donnée à sa prédication, et le grand fruit qui en estoit sorti : et mesmes ils avoyent comme Contemplé de leurs propres yeux l'Esprit de Dieu présent en sa doctrine. Comme ainsi soit donc que mesprisans Sa simplicité, ils estoyent chatouillez d’un désir de je ne sçay quelle sagesse plus enflée

et polie, et estoyent plus ravis à aimer une couleur et beauté, extérieure, ou pour mieux dire, un fard emprunté d’ailleurs, que la vive et nayfve vertu de l'Esprit de Dieu, ne monstroyent-ils pas assez leur ambition? C’est donc à bon droict que sainct Paul leur réduit en mémoire sa première entrée, afin qu’ils nabandonnent ceste vertu de Dieu laquelle ils ont une fois expérimentée. Par le nom D'infirmité, il comprend généralement tant vci que quelquefois après, tout ce que selon lopinion des hommes peut oster à quelqu'un faveur et gràce, ou apparence. Crainte et tremblement, sont les effects de ceste infirmité. Combien que nous pouvons exposer ces deux noms en deux sortes : ou qu'ayant bien poisé la grandeur de la charge qu’il soustenoit, il s’y est porté en crainte, et en grande solicitude : ou qu’estant environné de beaucoup de dangers, il ait esté en perpétuelle crainte, et continuelle anxiété. Tous les deux ne conyienent pas mal au texte : mais le second à mon jugement est plus simple. Vray est qw'il convient bien que les serviteurs du Seigneur ayent ceste modestie, que cognoissans leur propre imbécillité, et de l’autre costé considérans avec admiration, tant la difficulté que l’excellence d’une si grande charge, ils s’employent en icelle avec crainte et révérence. Car ceux qui d’un esprit hautain $e confians en eux-mesmes, s’ingèrent, Ou qui ayec asseurance, comme pouvans bien satisfaire à la charge, exercent le ministère

ne È M En

Cuar. Il.

de la Parole, ne cognoissent ni eux ne la chose qu’ils ont entre mains. Mais veu que Paul adjouste yei à Infirmité, Crainte : et qu'infirmité signifie tout ce qui l’a peu rendre contemptible, il s’ensuit bien de là, que Crainte est un mot correspondant aux périls et difficultez.

Néantmoins il est bien certain que ceste crainte a esté telle, qu’elle n’a point empesché S. Paul d'exécuter Pœuvre ‘du Seigneur, comme la chose le démonstre.

Les serviteurs du Seigneur ne sont pas si stupides, qu’ils ne voyent les périls éminens, et ne sont pas de fer pour n’en estre point esmeus. Qui plus est, il est nécessaire pour deux causes principalement, qu’ils soyent touchez de crainte à bon escient : Asçavoir afin qu’estans abbatus en eux-mesmes, ils apprenent de se remettre du tout et reposer en Dieu seul : én après, afin que par ce moyen ils soyent duits à renoncer véritablement à eux-mesmes. Ainsi donc, $S. Paul n’a point esté vuyde du sentiment de crainte, mais il a tellement dominé sur icelle, que néantmoins il a vaillamment passé outre par le milieu des dangers, et receu avec constance et force invincible, tous les assauts de Satan et du monde, et en combatant venoit tousjours à bout de tout ce qui le pouvoit retarder.

4 Et ma prédication, etc. Il appelle Paroles attrayantes de sapience humaine , un parler propre et exquis, qui s'aide plustost et combat par artifice que par vérité, ensemble une apparence de . subtilité, qui attrait les esprits des hom- . mes. Et c’est à bon droict qu’il attribue à la sapience humaine une façon d’attraire par persuasion. Car la parole du Seigneur par sa majesté, comme d’une violence nous contraint à luy obéir : mais la sapience humaine ha ses alléchemens par lesquels elle s’insinue secrètement et doucement, et ha comme ses ruses de maquerellage, pour attirer les cœurs des auditeurs. 11 oppose à icelle, L’évidence de l'Esprit, et de puissance: laquelle plusieurs restraignent aux miracles : mais je l’esten plus loin, prenant ce mot pour la main de Dieu, laquelle se monstroit puissamment en toutes sortes par lPApostre. Il semble qu’il y ait mis Esprit et

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

puissance, pour Puissance spirituelle , suyvant la figure nommée Hypallage: ou bien afin d'exposer par signes et effets, comment là présence de l'Esprit s’estoit monstrée en Son ministère. Et il a bien proprement usé du mot D'évidence. Car nous sommes si hébétez à considérer les œuvres de Dieu, que quand il y applique des instrumens inférieurs , sa vertu est cachée comme de quelques voiles, en sorte qu’elle ne nous apparoist point clairement. Mais d'autant que pour avancer le ministère de S. Paul, nulle aide de la chair, ou du monde, n’y avoit ouvré : la main de Dieu s’y estoit monstrée comme toute nue, pour le moins, tant y à que sa vertu y apparoissoit plus évidemment.

5 Afin que vostre foy, etc. Estre, se prend yci pour Consister. Il signifie donc aux Corinthiens que de ce qu’il leur a presché Christ sans avoir aide de sagesse humaine, mais seulement de la seule vertu de PEsprit, ils en ont ce bien que leur foy ne soit point fondée és hommes, mais en Dieu. Si la prédication de l’Apostre eust esté appuyée sur la seule force d'éloquence, elle eust peu estre renversée par autre éloquence plus grande. Et puis personne ne dira que ce soit la vérité solide quand elle est fondée sur le beau parler. Vray est qu’elle peut bien recevoir de là quelque aide , mais elle n’y doit pas estre appuyée. Or il faut qu’elle soit bien puissante, quand destituée de toutes aides, elle consiste de soy-mesme. Et pourtant ceste louange de la prédication de S. Paul est excellente, que la vertu céleste y a tellement reluy, qu’elle luy a fait surmonter tous empeschemens, sans avoir aucune aide du monde. IF reste donc, qu’ils ne se laissent destourner de sa doctrine, laquelle ils cognoissent estre appuyée et fondée sur l’authorité de Dieu.

Au reste, S. Paul parle yei tellement de la foy des Corinthiens, que cependant ceste sentence est universelle. Scachons donc que c’est le propre de la foy de se reposer en Dieu seul, et non pas dépendre des hommes. Car il faut qu'il y ait une si grande certitude, que quand elle seroit assaillie de toutes les puissances d’enfer, elle ne tombe point, mais dure, et soustiene constamment tous assaux, Cela ne

30% se peut faire, si nous ne sommes persuadez que pour certain Dieu a parlé à nous, et que ce que nous avons creu, n’est point invention des hommes. Or combien que proprement la foy doyve estre fondée en Ja seule parole de Dieu, toutesfois il n’est

Cuar. IL.

point absurde que ceci soit adjousté pour un second appuy, asçavoir que les fidèles par l'effet de la vertu de la parole qu’ils

oyent, recognoissent qu’elle est procédée de Dieu.

6 Or nous annonçons sapience envers les parfaits : sapience, di-je, non point de ce monde, ne des Princes de ce monde qui vienent à néant.

7 Mais nous anoncons la sapience de Dieu qui est en mystère c’est-à-dire cachée : que Dieu avoit desjà devant tous temps déterminée à nostre gloire.

8 Laquelle nul des princes de ce monde n'a cognue. Car s'ils l’eussent cognue, jamais n’eussent crucifié le Seigneur de gloire.

9 Mais c'est comme il est escrit, les choses qu'œil n'a point veues ni oreilles ouyes, et qui ne sont point montées en cœur d'homme, sont celles que Dieu a

préparées à ceux qui l'aiment".

4) Is, LXIV,

6 Nous annonçons sapience. Afin qu'il ne semble pas qu'il desprise la sapience, comme les ignorans et idiots mesprisent les letres d’une façon de faire sauvage et barbare, il, adjouste que la vraye sapience ne luy défaut point, mais telle qu’elle ne peut estre estimée, sinon par juges capables. Il appelle Parfaits :

non pas gens qui soyent parvenus à une sapience parfaite et accomplie, mais qui sont de sain jugement et non COrrompu.

Car le mot Grec yei mis, se rapporte à un mot Hébrieu, qui signifie Entier. Or il taxe en passant ceux qui ne prenoyent point de goust à sa prédication : et donne à entendre que cela advient par leur faute. Comme s’il disoit, S'il y en a aucuns ausquels ma doctrine ne plaise point, ils monstrent desjà assez par cest indice, qu’ils ont le sens dépravé et corrompu. Car entre gens de sain entendement, et droit jugement, elle sera tousjours recognue pour une souveraine sagesse. Au reste, combien que la prédication de sainct Paul ait esté patente à toutes gens, si est-ce toutesfois qu’elle n’a pas tousjours esté estimée ce qu'elle méritoit. Et c’est la raison pourquoy il ne s’en rapporte pas à un chacun, mais requiert des juges entiers et de sain entendement, qui sçachent prononcer que ceste doctrine, qui semble au monde estre fade, est la vraye sagesse. Cependant par ce mot Vous annoncons, il donne à

entendre qu’il propose un tesmoignage tout évident de sagesse admirable : afin que quelqu'un n’objectast qu’il se vantoit d’une chose incognue, Sapience di-je non point de ce monde: Par une anticipation il répète derechef ce qu'il avoit desjà concédé, Que l'Evangile n’est point une sapience humaine : afin que personne n’objectast qu’il y en à peu qui favorisent à ceste doctrine , mais plustost qu’elle est mesprisée de tous bons et excellens esprits. IL confesse donc de son bon gré, ce qu’on luy pouvoit objecter :

mais en sorte que cela ne diminue rien de sa cause. Des princes de ce monde.

Il appelle Princes de ce monde, ceux qui ont quelque excellence au monde, de quelque grâce que ce soit. Car il y en a aucunesfois, qui n’ayans point grande subtilité d'esprit, sont toutesfois en admiration pour la dignité de Poffice ou

estat qu'ils exercent. Mais afin que nous M

ne soyons point espovantez de ces masques, PApostre adjouste, Qu'ils vienent à néant. Car il n’est point convenable qu'une chose éternelle dépende de ceux qui sont caduüques et s’esvanouyssent, et ne se peuvent point donner perpétuité. « Comme sil disoit, Quand le Royaume « de Dieu est révélé, que la sagesse du monde s’en aille, et que la chose caduque face place à l’éternelle. Car les Princes de ce monde ont leur excellence : « mais têlle qu’en un moment elle vient à «

Cuar. IL.

pris du Royaume céleste et incorruptible de Dieu?

7 La sapience de Dieu qui est en mystère. I rend la raison pourquoy la doctrine de l'Evangile n’est pas beaucoup prisée des Princes de ce monde : asçavoir pource qu’elle est enveloppée de mystères, et par ce moyen cachée. Car l'Evangile surmonte si fort la vivacité de l'esprit humain, que quoy que ceux qu’on estime les plus ingénieux par-dessus les autres , lèvent les yeux en haut, toutesfois, ils ne peuvent jamais parvenir à sa bautesse : cependant néantmoins ils mesprisent la petitesse d’iceluy comme sil trainoit à leurs pieds. Par ainsi it advient que d'autant plus qu'ils le mesprisent orgueilleusement, tant plus sont-ils eslongnez de la cognoissance d’iceluy : et * mesme qui plus est, estans bien loin reculez, ils sont forclos de la veuëé mesme d’iceluy, Que Dieu avoit desja devant tous temps. Pource que sainct Paul avoit dit que l'Evangile est une chose cachée, il y avoit danger que les fidèles ayans ouy cela, ne fussent espovantez de la difficulté, et ne se retirassent, et perdissent courage. Il prévient donc ce danger, et prononce qu’il nous est néantmoins destiné, afin que nous en jouissions. Afin, di-je, que personne ne pense que ceste sagesse cachée ne luy attouche en rien:

ou bien estime ne luy estre licite de dresser les yeux à icelle, d'autant qu’elle n’est point exposée à la capacité humaine : il enseigne qu’elle nous a esté communiquée par le conseil éternel de Dieu. Combien qu’il à aussi regardé encore plus avant : Car il fait tacitement une compa- . raison par laqueile il amplifie la grâce laquelle estant révélée à l'advénement de Christ, nous rend plus exceilens que les Pères qui ont veseu sous la Loy. De laquelle matière nous avons traitté plus amplement en la fin du dernier chapitre aux Romains. Or premièrement il prend

son argument sur ordonnance de Dieu.

… Car si Dieu n’a rien ordonné en vain, il s'ensuit que nous ne perdrons pas nostre peine à ouyr l'Evangile, que Dieu nous a … destiné. Car quand il parle à nous, il » s'accommode à nostre capacité. Et ce que

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

estre esteinte. Et qu'est-ce tout cela au |

dit Isaie s'accorde à ceci: Je n’ai point dit en vain à la semence de Jacob, Cherchez-moy, chap. XLV, v. 19. Après, afin de rendre l'Evangile aimable, et pour nous attirer à un désir de l’apprendre, il prend son argument de la fin d’iceluy, que Dieu nous Pa donné pour nostre gloire.

Par lequel mot il semble aussi qu’il fait comparaison de nous avec les Pères, ausquels le Père céleste n’a point communiqué cest honneur, qu’il a différé jusques à l'advénement de son Fils.

8 Nul des princes de ce monde. Si on supplée, Par leur propre sens : il ne diroit rien d'avantage d’eux que du commun populaire, et des plus petis qui soyent. Car depuis le plus grand jusques au plus petit, que pouvons-nous tous en cela? Si d'aventure nous ne disons que les Princes sont plustost condamnez d’aveuglement et d’'ignorance que les autres :

pource qu'ils semblent estre seuls au monde bien avisez et prudens. Combien que j'aime mieux le prendre plus simplement , selon l’usage commun de l’Escriture : laquelle à accoustumé d’user de termes universels, quand elle parle des choses qui advienent communéement : et nier aussi universellement les choses qui advienent bien peu souvent. En ce sens veste sentence n’emportoit point d’absurdité, encore qu’il se trouvast quelque petit nombre de grans personnages et éminens en dignité entre les autres qui fussent aussi illuminez de la pure cognoissance de Dieu. Car s'ils l’eussent cognue. La sapience de Dieu reluisoit clairement en Christ : et toutesfois les Princes ne Pont point comprinse là. Car d’un costé les principaux entre les Juifs, gens qu’on estimoit les plus saincts et prudens, ont esté les chefs à le crucifier : de l’autre costé Pilate, et l'Empire Romain.

Et en cela on voit un tesmoignage bien clair, de l’aveuglement extrême de tous ceux qui ne sont sages que selon la chair.

Toutesfois il pourroit aucunement sembler que largumentdel'Apostre est débile.

Car pourquoy ? N’en voyons-nous pas tous les jours qui combatent d’une malice délibérée contre la vérité, qui ne leur est pas incognue? Et encore qu’une rébellion si manifeste ne fust apperceue des

veux, toutesfois qu'est-ce autre chose du péché contre le sainct Esprit, qu’une obstination volontaire à l’encontre de Dieu? Quand l’homme à son escient et d’un propos délibéré non-seulement persécute la Parole, mais aussi combat contre icelle? Et mesme pourquoy est-ce que Christ testifie qu’il a esté cognu des Pharisiens, et semblables (Jehan, VIT, v. 28) quand il leur oste tout prétexte d’ignorance, et les accuse de cruauté meschante, de ce qu’ils le persécutoyent sans cause, luy qui estoit fidèle Ministre de Son Père, sinon d’autant qu’ils hayssoyent la vérité ? Je respon à cela, qu’il y a double ignorance. L’une est qui prouvient d’un zèle inconsidéré et ne rejette pas simplement le bien, mais d'autant qu’elle l'estime estre mal. Or combien que personne ne pèche par telle ignorance, qu’il ne soit aussi cependant coulpable de mauvaise conscience devant Dieu, (car hypocrisie ou orgueil, ou mespris y est tousjours meslé) néan{moins quelquesfois le jugement et toute intelligence sont tellement esteints en la pensée de l’homme, qu’il n’y apparoist rien, non-seulement aux autres, mais à luymesme, qu'une ignorance nue. Tel a esté Paul, devant qu’il fust illuminé : car il hayssoit Christ, el estoit ennemi de sa doctrine, à cause que. sans y penser il estoit transporté d’un zèle de la Loy désordonné et mal réglé: et toutesfois il n’estoit point vuyde d’hypocrisie, ne purgé d’orgueil, pour estre excusable devant Dieu: mais ces vices-là estoyent tout couvers d’ignorance et d'aveuglement , tellement que luy-mesme ne les appercevoit et ne les sentoit point. L'autre espèce d’ignorance ressemble plus à une rage ou avertin qu’à ignorance. Car ceux qui s’eslèvent de leur propre gré à l’encontre de Dieu, sont comme phrénétiques, lesquels en voyant ne voyent goutte.

Et de faict, c’est une chose toute certaine, que l'intidélité est tousjours aveugle.

Mais voyci la différence, que l’aveuglement couvre aucunesfois la malice, tellement que l’homme estant comme stupide, est privé de tout sentiment de son mal :

ce qui ha lieu en ceux qui se déçoyvent eux-mesmes à la bonne intention (comme

Car. Il.

on dit) c’est-à-dire par une folle imagina tion : aucunesfois la malice surmonte lignorance, tellement que l’homme contre sa conscience se précipite furieusement en telle meschanceté. Parquoy ce n’est point de merveille que sainct Paul nie que les Princes de ce monde eussent crucifié Christ, s’ils eussent cognu la sa-

pience de Dieu. Car les Pharisiens et.

Scribes ne cognoissoyent point tellement la doctrine de Christ estre vraye, que cependant ils ne s’esgarassent en leurs ténèbres, comme gens hors du sens.

9 Comme il est escrit. Tous s’accordent en cela, que ce passage est pris du LXIVe chapitre d’Isaïe, v. 4. Et pource que de prime face le sens est clair et facile, les expositeurs ne travaillent pas beaucoup à l'expliquer : mais quand j'y regarde de plus près, deux grandes difficultez se présentent. La première est, que les paroles qui sont yci récitées par sainct Paul, ne convienent pas avec celles du Prophète. L'autre, qu'il semble que sainct Paul ait abusé du tesmoignage du Prophète, contre le sens d’iceluy. Par-

ons donc premièrement des mots. Et

pource qu’ils sont ambigus, les expositeurs aussi les tournent en diverses sortes. Aucuns translatent ainsi, Dés le

temps jadis ils n’ont point ouy, ni en-

tendu des oreilles, œil n’a point veu

Dieu, fors que toy, qui face ainsi à celuy

qui l’atiend. Les autres exposent que le

propos est addressé à Dieu, en ceste ma-

nière, OEil n’a point veu, ni oreille ouy,

à Dieu, fors que toy, les choses que tu fais à ceux qui t’attendent. Mais le Prophète ha ainsi de mot à mot, On n’a point ouy dés le temps jadis, ni entendu des”

oreilles, œil n’a point veu Dieu (ou Ô Dieu)

fors que toy, fera (ou, préparera) à celuy qui l’attend. Si nous prenons en l’accu-« satif le mot que nous traduisons Dieu, ou Seigneur, il faudra suppléer un relatif, Qui. Et de prime face il semble que ceste« exposition Conviene mieux au texte du Prophète, à cause de la tierce personne &

du verbe qui s’ensuit, asçavoir Fera, ou

Préparera : mais elle est uh peu eslon= gnée du sens de sainct Paul, auquel il se faut plustost fier, qu'à toutes raisons Car qui sera plus certain ou plus fidèle

Mg Lade

ba

Cuar. I.

expositeur de cest oracle, que PEsprit de Dieu mesme , lequel l’a dicté luymesme à Isaïe : comme il l’a exposé par la bouche de sainct Paul? Toutesfois,

pour venir au-devant des calomnies des malins : je di que la propriété du langage

Hébraïque souffre que ce soit yei le vray

sens du Prophète, O Dieu, œil n’a veu, ni oreille ouy: mais toy seul as cognu les choses que tu as accoustumé de faire à ceux qui L’aftendent. Et à cela ne contrevient le changement soudain de la personne, lequel nous sçavons estre si familier aux Prophètes, que nous ne devons pas nous arrester pour cela. Si le premier sens agrée plus à quelqu'un, il n’aura point toutesfois de quoy -accuser , ou fous, ou l’Apostre, comme si nous sortions hors de la simplicité des paroles.

Car nous suppléons moins qu'eux : d’autant qu’ils sont contraints d’adjouster au mot Fera, une particule qu’on appelle de similitude, asçavoir Ainsi. Ce qui s’ensuit, De monter au cœur de l’homme :

combien qu’il ne soit point au Prophète, toutesfois ne dénote rien qui ne soit accordant à ceste particule, Fors que toy.

Car en attribuant ceste cognoissance à Dieu seul, non-seulement il exclud les sens Corporels des hommes , mais aussi toute la faculté de leur entendement.

Combien donc que le Prophète exprime seulement la veue et l’ouye , néantmoins il y comprend tacitement toutes les puissances de l’âme. Et de faict, ce sont les deux instrumens par lesquels nous concevons la cognoissance des choses qui parvienent après à l'intelligence. Quant à ce mot, Ceux qui l’'aiment : il a suyvi les Grecs, lesquels estans déceus par la similitude d’une letre avec une autre, ont

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS. 307

servoit de rien au propos, il n’a point voulu changer le commun usage, comme nous voyons par tout combien il supporte la lecture qui est receue. Maintenant je vien à la substance de la sentence. Le Prophète ayant là fait mention comment Dieu a tousjours bien secouru son peuple en nécessité, S’escrie que ses bénéfices envers les fidèles, surmontentla capacité du sens humain. Comment (dira quelqu’un) cela convient-il à propos de la doctrine spirituelle, et des promesses de la vie éternelle, desquelles sainct Paul dispute en ce lieu ? On peut soudre ceste question en trois manières. Car il ny aura point d’absurdité quand nousdirons que le Prophète , ayant fait mention des bénéfices terriens, ha sur cela prins occasion de s’esléver à une sentence générale, et mesme de magnifier la béatitude spirituelle, qui est réservée au ciel pour les fidèles. Toutesfois j'aime mieux entendre simplement les grâces de Dieu, lesquelles sont tous les jours conférées aux fidèles.

En icelles il nous faut tousiours regarder à la cause, et non pas ficher nos yeux sur icelles, pour les regarder simplement. Or la cause , est la bonté gratuite de Dieu, par laquelle il nous a adoptez au nombre de ses enfans. Celuy donc qui les voudra droitement estimer, ne les considérera point au nud, mais les vestira de l’amour paternelle de Dieu, comme d’une robbe : et puis par les dons temporels, sera adressé à la vie éternelle.

On pourroit aussi dire, que l’argument est fait de ce qui est moindre au plus grand. Car si Pentendement de l’homme ne peut atteindre à la mesure des grâces terriennes de Dieu , combien moins parviendra-il à la hautesse du ciel? Mais j'ay

ainsi translaté. Mais pource que cela ne | desjà monstré le sens qui me plaist le plus.

10 Mais Dieu les nous a révélées par son Esprit. Car l'Esprit sonde toutes choses, voire mesmes les choses profondes de Dieu.

114 Car qui est-ce des hommes qui scache les choses de l'homme, sinon l'esprit de l'homme, qui est en luy? Pareillement aussi nul n'a cognu les choses

de Dieu, sinon l'Espr it de Dieu.

19 Or avons-nous receu non point l'esprit de ce monde, mais l'Esprit qui est de Dieu: afin que nous cognoissions les choses qui nous sont données de

Dieu : :

Cnar. If.

13 Lesquelles aussi nous annoncons non point en paroles doctes de sapience humaine, mais doctes selon le S. Esprit?, appropriant les choses spirituelles

aux spirituelles *.

1) Ou, qu’enseigne la sapience.

10 Dieu les nous a révélées. Après qu’il a enclos universellement tous hommes sous aveuglement, et a osté cela au sens humain , de pouvoir de sa propre vertu monter à Dieu, il monstre maintenant comment les fidèles sont exemptez de cest aveuglement: asçavoir pource que le Seigneur leur fait ce bien de les illuminer particulièrement par son sainct Esprit. Et ainsi, d'autant plus que lPentendement humain est hébété à entendre les mystères de Dieu, et que l'incertitude d’iceluy est grande, d'autant plus certaine est nostre foy, laquelle est appuyée et fondée sur la révélation de l'Esprit de Dieu. Et en cela nous recognoissons la bonté infinie de Dieu, qui tourne nostre vie en bien pour nous. Car l'Esprit sonde. Ceci est adjousté pour la consolation des fidèles : afin qu’ils se reposent plus asseurément en la révélation qu’ils ont de l'Esprit de Dieu : comme s’il disoit, Qu'il nous suflise d’avoir l'Esprit de Dieu pour tesmoin : car il n’y a rien si profond en Dieu, où il ne pénètre. Et aussi le mot d’'Enquérir où sonder, signifie yci cela. Par les choses profondes, entendons non pas ses jugemens secrets, desquels il nous est défendu d’enquérir :

mais toute la doctrine de salut , laquelle en vain nous eust esté enregistrée és Escritures, si Dieu par son Esprit n’eslevoit nos entendemens à icelle.

A1 Car qui est-ce des hommes. I] veut yei enseigner deux choses ensemble : asçavoir, Que la doctrine de l’Evangile ne peut autrement estre comprise que par le tesmoignage du sainct Esprit :

d'autre part, que la certitude de ceux qui ont un tel tesmoignage du sainct Esprit, n’est pas moins ferme et solide, que s'ils vouchoyent des mains ce qu’ils croyent.

Car l'Esprit en est bon et certain tesmoin. Il prouve cela par la similitude de nostre esprit. Un chacun sçait ses propres pensées: mais un autre ne sçait point ce qui est caché au cœur d’un chaeun, Ainsi, tous les hommes ne scavent

2) Ou, qu’enseigne le S, Esprit.

3) 1 Cor., I, 17. 2 Pierre, I, 16.

quel est le conseil de Dieu , ne quelle est la volonté d’iceluy. Car qui a esté son conseillier ? C’est donc un secret inaccessible aux hommes. Mais si l'Esprit mesme de Dieu nous y introduit, c’est-à-dire qu’il nous rende certains des choses qui sont autrement cachées à nostre sens, il n’y aura plus d'occasion de douter: car PEsprit de Dieu n’ignore point ce qui est en luy. Au reste, il semble que ceste similitudé ne conviene pas guères bien. Car comme ainsi soit que la langue est comme le pourtrait du cœur, les hommes communiquent entre eux leurs affections, tellement qu'ils cognoissent les pensées les uns des autres. Pourquoy donc ne comprendrons-nous pas par la parole de Dieu, quelle est la volonté d’iceluy ? Car ce que les hommes par simulations et mensonges couvrent plus souventesfois leurs pensées qu’ils ne les descouvrent, cela ne peut tomber en Dieu, duquel la parole est certaine vérité, et la droite et vive image d’iceluy. Mais il faut considérer jusques où saint Paul a voulu estendre ceste similitude. La pensée intérieure de l’homme, laquelle les autres ignorent, est coguue de luy seul: s’il la manifeste après aux autres, Cela ne fait pas que le seul esprit d’iceluy ne sçache et cognoïsse ce qui est en luy: Car il se pourra faire qu'il ne le persuadera point : il se pourra aussi faire qu’il n’exprimera pas bien sa pensée. Et encore qu’il obtiene tous les deux , cela toutesfois ne contrevient point à ceste autre sentence: asçavoir, Que son esprit ne soit celuy seul qui le cognoisse à la vérité. Mais il y a cela de différence entre les pensées de Dieu et de l’homme : que les hommes s'entendent mutuellement l’un l’autre : mais la Parole de Dieu est une sagesse secrète , à la bautesse de laquelle l’imbécillité du sens humain ne peut atteindre. Ainsi la lumière luit és ténèbres jusques à ce que l'Esprit ouvre les yeux des aveugles, Jehan, [, v. 5. L'esprit de l'homme: No= tons qu’yci l'esprit de l’homme est pris

Car. If.

pour l’âme en laquelle réside Ia vérité intellectuelle, comme on la nomme. Car sainct Paul eust parlé improprement, s’il eust dit que l’entendement de l’homme cognoist, c’est-à-dire, ceste faculté-là, et non pes l'âme, qui ba ceste vertu d’entendre.

12 Or avons-nous non point l'esprit.

Il amplifie la certitude de laquelle il avoit fait mention, par comparaison des choses contraires. L'Esprit, dit-il, de révélation, que nous avons receu, n’est pas de ce monde, pour ramper seulement sur la terre, pour estre sujet à vanité, pour douter, pour varier, ou changer de propos, pour nous laisser en suspens ou perplex : mais il est de Dieu, et par ainsi, il est par-dessus tous les cieux , il est d’une ferme et constante vérité, et exempte de tout hazard de doute. C’est un passage plus qu’évident pour réfuter la doctrine diabolique des Sophistes, qui mettent une doute perpétuelle és fidèles.

Car ils veulent que tous fidèles doutent s'ils sont en la grâce de Dieu, ou non, et n’admettent point d’antre asseurance de salut, que celle qui dépend d’une conjecture morale ou probable. Combien qu'ils renversent yci doublement la foy.

Car ils veulent que nous doutions si nous sommes en estat de grâce : et puis nous mettent en une autre doute de la persévérance finale. Mais yei lApostre prononce

en général, qu'aux éleus est donné un

Esprit : par le tesmoignage duquel ils Sçachent certainement qu’il sont adoptez à l'espérance du salut éternel. Certes s’ils veulent que leur doctrine demeure, il est nécessaire qu’ils privent les éleus de ’'Esprit de Dieu, ou qu'ils assujettissent aussi . l'Esprit mesme à incertitude. Tous les deux contrevienent manifestement à la doctrine de S. Paul. Parquoy sçachons que la vraye nature de la foy est, que la conscience ait par le S. Esprit certain tesmoignage de la bénévolence de Dieu, sur lequel estant appuyée, elle ne doute point . d’invoquer Dieu, comme Père. Ainsi sainct Paul eslève nostre foy par-dessus le monde, afin que d’enhaut elle puisse mespriser toute la hautesse de la chair.

Car autrement elle sera tousjours tremblante et variable : d'autant que nous

SUR LA le ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

voyons comment la subtilité des hommes s’eslève audacieusement : de Jaquelle il faut nécessairement que les enfans de Dieu foullent aux pieds la fierté par une fierté contraire, fondée en une magnanimité héroïque. Afin que nous scachions.

Le mot de Scavoir est yci mis pour mieux exprimer la fermeté et certitude de Ja fiance. Toutesfois notons qu’elle n’est pas conceue par moyen naturel, ni appréhendée par nostre sens : mais qu’elle dépend toute de la révélation de l'Esprit. Les choses qu'il dit estre données de Christ, sont les bénéfices que nous recevons de sa mort et résurrection : asçavoir, qu’estans réconciliez à Dieu, et ayans impétré la rémission des péchez, nous sçavons que nous sommes adopiez en l’espérance de la vie éternelle : qu’estans sanctitiez par l'Esprit de régénération , nous sommes faits nouvelles créatures, afin de vivre à Dieu. Au chapitre Ir des Ephésiens, v. 48, il dit pour une mesme chose, Afin que vous sçachiez quelle est l’espérance de vostre vocation. |

13 Non point en paroles doctes. Il parle de sa personne. Car il insiste encore sur la louange de son ministère. Or c’est une excellente louange de sa prédication, quand il dit qu’elle contient révélation secrète de choses trèsgrandes :

asçavoir la doctrine du sainct Esprit, la somme de nostre salut, les thrésors inestimables de Christ : afin que les Corinthiens sçachent combien elle doit estre prisée. Cependant il revient à ceste concession qu’il avoit faite ci-devant : que sa prédication n’est point ornée d'aucun fard de paroles : qu’elle n’ha aucune élégance pour luy donner lustre : mais qu’elle est contente de la seule doctrine du sainct Esprit. Il appelle Paroles doctes de sapience humaine, celles qui sentent l’érudition humaine, et sont polies à la règle des Rhétoriciens : ou sont plenes de sentences exquises, et gros mots des Philosophes, tellement qu’elles ravissent en admiration les auditeurs.

Mais les paroles doctes, selon le sainct Esprit : ce sont celles qui sont plustost compassées à un style qui monstre une rondeur et simplicité, et qui est digne de la majesté de l'Esprit, qu’à une vaine

ostentation. Car encore que nous ayons à main quelque éloquence, si nous faut-il tousjours garder que la sapience de Dieu ne soit polluée par un lustre emprunté et profane. Or sainct Paul a eu une telle façon d’enseigner, que la seule et simple vertu de lPEsprit, y reluisoit, sans aucune aide prinse d’ailleurs. Æppropriant les choses spirituelles. Je n’ay point fait de difficulté de translater Appropriant, pource qu'il convient beaucoup mieux au texte de saïnct Paul, que Comparer, ou Conférer, comme des autres ont translaté. Et anssi la signification du mot Grec se trouve telle és bons au-

theurs, comme Budée le monstre d’Aristote. Il dit donc, qu’il approprie les choses spirituelles aux spirituelles, quand il accommode les paroles à la chose : c’està-dire, quand à l'endroit de ceste sapience céleste de l'Esprit, il use d’un style simple, et qui monstre une efficace nayfve de l'Esprit. Cependant il touche les autres qui cherchoyent l’applaudissement des hommes par une élégance af-

fectée de paroles, et par ostentation de

subtilité : et les taxe comme gens n’ayans point la vérité solide, ou corrompans la

doctrine spirituelle par un fard mal séant.

44 Or l’homme naturel ne comprend point les choses qui sont de l'Esprit de Dieu : car elles luy sont folie, et ne les peut entendre, d'autant qu se se

discernent spirituellement.

15 Mais le spirituel discerne tout, et il n'est jugé de personne *. V 46 Car qui a cognu l'intention du Seigneur, qui le puisse instruire?? Mais

nous avons l'intention de Christ.

1) Ou, par rien.

14 Or l'homme naturel. À le traduire du Grec mot à mot, il y auroit, L'homme animal. Or lApostre n’entend pas l’homme animal comme on le prend communéement, pour celuy qui est addonné à concupiscences lourdes, ou (comme on dit) à la sensualité : mais tout homme qui n’ha que les facultez et grâces de nature. Ce qui appert par le mot qu’il met à l’opposite. Car il compare cest homme animal ou naturel avec le spirituel. Veu donc que par le spirituel est entendu celuy duquel le sens est gouverné par l’illumination de lEsprit de Dieu, il n’y à point de doute que lautre, asçavoir Animal ou Naturel, ne signifie l'homme délaissé en son pur naturel, comme on dit. Car l’âme est une chose propre: et appartenante à nature : mais l'Esprit vient d’un don supernaturel. Or il revient à ce qu’il avoit paravant touché. Car il veut oster le scandale qui pouvoit -empescher les infirmes, asçavoir qu’il y en avoit tant qui mesprisoyent l'Evangile. Il monstre qu’il ne faut point se soucier de tel mespris qui procède d’ignorancé : et que pourtant il ne nous doit point empescher que nous ne pour-

2) Sap., IX, 23. IS., XL, 13. Rom, XI, 34.

suyvions en la course de la foy si d’aventure nous ne voulons fermer les yeux à la clarté du Soleil, pource que les aveugles n’y voyent rien. Or ce seroit une grande ingratitude, quand Dieu fait à quelqu'un un bénéfice spécial, si cestuylà le rejettoit, pource qu'il n’est pas commun à tous : en lieu qu’au contraire,

d'autant qu’il est fait à peu de gens, d'au M tant en doit-il estre trouvé plus excel-

lent. Car elles luy sont folie. La doc-

trine de l'Evangile, dit-il, semble à tous

ceux qui sont seulement sages selon l’homme, estre fade, et n’avoir point de goust. Mais d’où vient cela ? De leur pro-

pre aveuglement. En quoy dOnC est-Ce que cela “diminue l’authorité de l'Evan- | 6) gile? En somme, comme ainsi Soit Que ce que les ignorans abbaissent V'Evan- 2

gile, vient d'autant qu’ils mesurent le pris dicéluy par l'estime que les hommes en ont : saint Paul prend de là son argu

ment, pour tant plus exalter la dignité d'iceluy. Car il enseigne qu’il est Mmes

prisé, à cause qu’il est incognu : et qu'il est incognu, d'autant qu'il y à une science si profonde et plene de majesté,

qu’elle ne peut estre appréhendée par À

Cas He 0

an, | *

Cuar. I.

le sens humain. O quelle sagesse, qui surmonte de si grand avantage toute l'intelligence des hommes, qu'ils n’en peuvent pas mesme en avoir un petit goust ! Au reste, combien que sainct Paul accuse yci tacitement l’arrogance de la chair, de ce que les hommes osent condamner ce qu'ils ne peuvent comprendre, toutesfois il monstre quant et quant combien est grande l’imbécilité, ou plustost la bestise de l’entendement humain, en disant qu’il n’est pas capable d'intelligence spirituelle. Car il enseigne que ce que l’homme ne peut atteindre aux choses de lEsprit, n’advient pas seulement par la rébellion de sa volonté, mais aussi par l'impuissance de son entendement. Quand il eust dit que les hommes ne veulent point cognoistre ceste sagesse spirituelle, cela desjà estoit bien vray : Mais encore il adjouste que mesme ils ne peuvent. Dont nous recueillons qu'il n’est point en la puissance de l’homme d’avoir la foy, mais que c’est Dieu qui la donne. D'autant qu'elles se discernent spirituellement. C'est-àdire, L'Esprit de Dieu, duquel procède la doctrine de l'Evangile, est le seul vray expositeur d'icelle, pour nous Ja manifester. Parquoy il est nécessaire qu’à juger d’icelle lentendement de tous hommes demeure aveugle jusqu’à ce qu’ils soyent illuminez par le sainct Esprit. Et dyci recueillons que tous hommes tant qu’il y en à, naturellement sont destituez de l'Esprit de Dieu : autrement cest argument de sainet Paul ne vaudroit rien.

Vray est que ce peu de lumière de raison que nous avons tous, est de l'Esprit de Dieu : mais maintenant nous parlons de la révélation particulière de la sapience céleste, laquelle Dieu par sa grâce communique à ses enfans seulement. Et d’autant moins est supportable la bestise de ceux qui imaginent que l'Evangile est tellement présenté aux hommes en commun, qu’il est en la liberté de chaeun indifféremment d’embrasser par foy le salut,

15 Mais le spirituel discerne tout.

Après qu’il a osté l’authorité au jugement charnel de l’homme, il enseigne maintenant qu'il n’y a que les spirituels qui soyent juges capables de ceste cause,

SUR LA Le ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

pource que le seul Esprit de Dieu se recognoist SOy-mesme : et C’est son propre office de discerner ce qui est sien d'avec ce qui est d’autruy : d'approuver ce qui est sien, et mettre à néant toutes autres choses. Le sens donc est tel :

Qu’on ne face point vci cas de toute la subtilité de la chair. Il n’y a que l’homme spirituel qui ait la cognoissance si ferme et solide des mystères de Dieu, que de pouvoir certainement discerner la vérité d'avec le mensonge, la doctrine de Dieu d'avec les inventions des hommes, et ne s'abuser point en cest endroit. Or il n’est jugé de personne, d'autant que la certitude de la foy n’est point sujete aux hommes, pour estre ou n’estre point selon qu’il leur plaira, attendu mesme qu’elle est par-dessus les Anges. Cependant notons que ceste prérogative n’est point attribuée à la personne de l’homme, mais à la parole de Dieu, laquelle les spirituels suyvent en jugeant, et qui leur est, sans doute, dictée de Dieu avec vraye intelligence :laquelle y estant, la persuasion et foy de l’homme n’est plus sujete à la censure du jugement humain .D’avantage, notons le mot de Juger, par lequel lApostre signifie que nous ne sommes pas seulement illuminez du Seigneur, pour cognoistre ce qui est vray, mais aussi que nous recevons de luy l'Esprit de discrétion, afin que nous ne demeurions point en suspens entre la vérité et mensonge : mais que nous puissions résoudre que c’est qu'il faut fuir, et que c’est qu’il faut suyvre. Mais on pourroit yci demander qui est ce spirituel-là : et où c’est qu'on en pourroit trouver qui soit doué de telle lumière, qu’il puisse juger de tout? veu que nous nous sentons environnez de beaucoup d’ignorance, et sujets à danger d’errer : et veu mesme que les plus parfaits tombent, et s'aheurtent par fois. La solution est bien facile, Que sainet Paul n’estend point ceste faculté à toutes choses, comme s’il exemptoit de tout erreur tous ceux qui sont renais de lVEsprit de Dieu. Mais il veut simplement enseigner que la prudence de la chair ne peut rien à juger de la doctrine de piété, et que ceste censure et authorité appar-

tient au seul Esprit de Dieu. Autant donc qu'un chacun est régénéré, et selon la mesure de la grâce qui luy est conférée, il juge droftement et certainement, et non plus. Et il n'est jugé de personne. Fay desjà déclaré pourquoy il dit que l’homme spirituel n’est sujet au jugement de nul homme : Asçavoir, pourée que la vérité de la foy, laquelle dépend de Dieu seul, et est fondée en sa Parole, n’est point sujete au plaisir des hommes, pour estre ou m’estre point, selon qu'ils voudront. Et ce qu’il dira après, Que lesprit d’un Prophète est sujet aux autres Prophètes : ne contrevient en rien à ceste sentence. Car comment s'entend ceste .sujétion-là, sinon qu’un chacun des Prophètes escoute les autres, et ne mesprise point ou rejette leurs révélations, afin que ce qui sera cognu estre la pure vérité du Seigneur, en fin demeure ferme, et soit receu de tous? Mais yei il establit et conferme la science de foy, laquelle les éleus reçoyvent de Dieu, voire l’exalte par-dessus la hauteur du ciel et de Ja terre, et ce afin qu’elle ne soit point estimée par le jugement des hommes. Combien que le mot Grec, lequel nous traduisons, De nulle personne :

pourroit aussi estre traduit, De rien, ou De nulle chose : à le prendre de la chose, et non pas de Phomme. Ainsi l’antithèse sera encore plus ample et expresse, Que le spirituel, entant qu'il est doué de Esprit de Dieu, juge toutes choses, et

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