CHAPITRE HI
“comme de la bouche du Seigneur :
Car. IL.
n’est jugé par aucune chose : d'autant qu’il n’est sujet à sagesse ou raison aucune de l’homme. Et par ainsi sainct Paul exem PAPAS les. consciences ces fidèles de toutes déterminations, loix, eL censures e hommes.
16 Car qui a cognu. Il est vray-semblable que sainct Paul à regardé à ce qui est escrit en Isaïe au quarantième chapitre. Car comme le Prophète demande là, Qui à esté le conseillier de Dieu, qui ait poisé son Esprit, ou qui lait aidé, tant en la création du monde, qu'aux autres œuvres : et finalement, qui entende la raison de ses œuvres ? Ainsi par ceste interrogation sainct Paul veut enseigner que le conseil secret de Dieu, lequel est contenu en l'Evangile, est bien eslongné des pensées des hommes. C’est done une confirmation de la sentence mise ci-dessus. Mais nous avons l'intention de Christ. 1 est incertain s’il parle en général ces fidèles, ou des Ministres seulement. Car tous les deux sens ne conviendront point mal au texte. Combien que jaime mieux le référer spécialement à luy, et aux autres fidèles Ministres. 1 dit donc que les serviteurs du Seigneur sont enseiguez par la maistrise de PEsprit, de ce qui est fort eslongné du sens charnel, afin qu’ils parlent asseuréement iequul don puis après de degré en degré s’estend à toute l'Eglise.
À Et moy, frères, je n'ay peu parler & vous comme à spirituels, mais comme
d le ral c’est-à- dire, comme à enfans en Christ. 2 Je vous ay donné du laict à boire, et non point de la viande : car vous ne le pouviez encore porter, 72esmes maintenant ne le pouvez-vous ENCOTE, DOUCE
que vous estes encore charnels.
3 Car comme ainsi soit qu'il y ait entre-vous envie et noises, el partialilez, n'estes-vous pas charnels ? el ne cheminez-vous pas selon l’homme ?
4 Car quand l'un dit, Je suis de Paul : et l'autre, Je suis d’Apollos, n’estes=
vous pas charnels?
A Et moy, frères. commence à appliquer aux Corinthiens ce qu'il avoit dit des charnels : afin qu'ils enten@ent que ce que jà docirine de la croix ne leur
vient point à gré, procède de leur vice.
Il est vray-semblable qu'en ces esprits de marchans il y avoit encore beaucoup de présomption et arrogance, tellement
ans es PT
Cuap. NI. SUR LA re EPISTRE
qu’ils ne pouvoyent s’addonner à la simplicité de l'Evangile qu’à peine et grande difficulté. Et cela avoit esté cause, que délaissans le sainct Apostre, et ayans en mespris l’efficace de sa prédication Divine, ils s’estoyent mis à prester l’aureille à ces docteurs subtils, et pleins d’ostentation, combien qu’il n’y eust en eux aucune efficace de l'Esprit. Afin donc qu’il rabbate mieux leur orgueil et insolence, il leur dit qu’ils ont esté une partie de ceux qui estans assopis du sens de la chair, n’ont point esté capables de Ja sagesse spirituelle de Dieu. Il est vray qu'il addoucit l’aigreur de la reproche qu’il leur fait, quand il les appelle Fréres : mais toutestois il leur reproche simplement que leurs esprits sont si estouffez des ténèbres de la chair, que cela a donné empeschement à sa prédication entr’eux. Quel sain jugement donc y aura-il, quand on n’est pas seulement encore bien disposé à ouyr? Au reste, il r’entend pas qu'ils fussent tellement charnels, qu’il n’y eust en eux aucune estincelle de l'Esprit : ains il entend que le sens de Ja chair abondoiït encore par trop en eux, en sorte que la chair surmontoit l’esprit, et quasi suffoquoit la lumière d’iceluy. Combien donc qu'ils ne . fussent pas du tout destituez de la grâce de Dieu, néantmoins, pource qu’il y avoit plus de la chair en eux, que de lesprit, ils sont appelez charnels. Ce qui appert assez par ce qu'il adjouste puis après, les disant estre enfans en Christ. Car ils n’eussent pas esté enfans, s'ils n’eussent esté engendrez. Or ceste génération est de l'Esprit de Dieu. Ænfans de Christ. Ce nom se prend quelque fois en bonne part : comme quand $S. Pierre ous commande d’estre semblables à enfans n'aguères nais : 4 Pierre, Il, 2: et en ceste sentence de Christ, Si vous n’estes semblables à ces enfans, vous n'entrerez point au Royaume de Dieu, Euc, XVI, 47. Mais yei il est pris en mauvaise part : veu qu'il se rapporte à Pentendement. Car il faut que nous Soyons enfans de malice, et non point de sens : comme il dira au chap. XIV, v.
20, auquel passage est correspondant celuy de l’Epistre aux Ephésiens, chap.
AUX CORINTHIENS. 313 IV, v. #4, AËfn que ne soyons plus enfans flottans, et estans démenez çà et là, à tous vents de doctrine, par la fallace des hommes : mais croissions de jour en jour, etc.
2 Je vous ay donné du laict à boire.
On fait yei une question : Asçavoir si J’Apostre a transtiguré Christ selon la diversité des auditeurs. Je respon que ceci se rapporte plustost à la forme et manière d'enseigner, qu'à la substance de la doctrine. Car un mesme Christ est laict aux enfans, et viande ferme à ceux qui sont avancez en Sa Cognoissance :
une mesme vérité de l'Evangile est administrée aux ups et aux autres, mais selon leur capacité. Le devoir done d’un bon docteur et prudent, sera de s’accommoder à la capacité de ceux, lesquels il prend charge d’enseigner : c’est qu'ayant affaire à gens ignorans et infirmes, il commence par les rudimens et principes, et ne monte point plus baut qu'ils ne pourront suyvre : brief, qu’il leur propose la doctrine petit à petit, et par manière de dire, la face distiller en eux, de peur qu’en la versant trop abondamment, elle ne regorge par-dessus. Mais néantmoins ces rudimens et principes contiendront aussi bien ce qui est nécessaire de cognoistre, comme fait la doctrine solide qui est donnée aux plus fermes. On pourra veoir sur ceci la 98° Homilie de S. Augustin sur S. Jehan. Par ce moyen est réfutée l’excusation fardée d’aucuns, lesquels ne parlans de l'Evangile que quel-+ ques mots bien obscurement, et comme entre les dents, pour la crainte qu'ils ont de tomber en quelque danger de leurs personnes, se couvrent de cest exemple de sainct Paul. Cependant, ils moustrent Christ de si loin, et mesmes enveloppé de plusieurs desguisemens, qu’ils détienent perpétuellement leurs disciples en une ignorance pernicieuse.
Je laisse à dire, qu’ils meslent beaucoup de corruptions : qu’ils monstrent un Jésus-Christ non-seulement demi, mais aussi deschiré par pièces et morceaux :
que non-seulement ils dissimulent et Jaissent passer une si lourde idolâtrie, mais aussi la conferment par leur exemple :
que s'ils ont dit quelque bonne chose,
tout incontinent ils la souillent de plusieurs mensonges. Or il est assez évident qu'ils n’ont rien de semblable à sainct Paul. Car le laict est nourriture, et non pas poison : nourriture, di-je, qui est propre et utile pour nourrir les enfans, jusques à ce qu’ils croissent. Car vous ne le pouviez encore porter. Afin qu’ils ne se flattent point par trop en leur subtilité , il leur déclare premièrement ce qu’il a trouvé en eux au commencement :
puis après il adjouste qu’ils sont encore addonnez à mesmes vices, qui est un mot encore plus dur. Car pour le moins en vestant Jésus-Christ, ils devoyent despouiller la chair. Et ainsi nous voyons - que $. Paul se complaind que l’avancement que devoit avoir sa doctrine a esté empescné. Car si l’auditeur n’y donne empeschement par sa tardiveté, loffice d’un bon Docteur est d'avancer tousjours ses escholiers, et monter plus haut, jusques à ce qu’on soit venu à la perfection. Pource que vous estes, etc. Tandis que la chair, c’est-à-dire la corruption naturelle domine en l’homme, elle occupe tellement son esprit, que la sagesse de Dieu n’y peut entrer. Parquoy, si nous voulons proufiter en l’eschole du Seigneur, il faut avant toutes choses, que ous renoncions à nostre propre sens et volonté. Or combien qu’és Corinthiens se démonstrast quelque estincelle de piété, lestouffement tontesfois venant de leurs affections perverses, surmontoit.
* 3 Car comme ainsi soit qu'il y ait entre-vous. C’est une probation par les effets. Car comme ainsi soit qu’envie, noises, et partialitez, soyent fruits de la chair, en quelque lieu qu’on les apperçoyve, il est certain que là aussi la racine y est vivante. Ces maux régnoyent entre les Corinthiens, et pourtant par cela il prouve qu’ils sont charnels. Il use aussi d’un argument semblable aux Galatiens, V, 25, Si vous vivez d’Esprit, cheminez aussi d'Esprit. Car d'autant qu’ils vouloyent estre estimez spirituels, il les ramène à la considération de leurs œuvres, par lesquelles ils nioyent ce dont ils se
Cuar. II.
vantoyent de bouche. Or il faut observer ce bel ordre que sainct Paul poursuit yci. Car d’envie procèdent noises : et quand une fois elles sont embrasées, elles causent des partialitez et divisions mortelles : mais la mère de tous ces maux, C’est ambition. Ne cheminez-vous pas selon l'homme? Il appert mesme par ce passage, que ce mot de Chair, ne se restraint pas seulement aux concupiscences inférieures, comme imaginent les Sophistes, le siége de laquelle ils appellent Sensualité : mais doit estre entendu de toute la nature de l’homme. Car ceux qui suyvent la conduite de leur nature, et qui ne sont pas gouvernez par l'Esprit de Dieu, sont charnels, selon la définition de l’Apostre : tellement que la chair, et le naturel de l’homme, signifient une mesme chose. Et pourtant, ce n’est pas sans cause qu'il requiert en un autre passage que nous soyons nouvelles créatures en Christ, 2 Cor., V, A7. Car quand l'un dit, etc. Maintenant il déclare l'espèce des noises qui estoyent entre eux : et ce, parlant comme en la personne des Corinthiens, afin que sa description ait plus d’efficace et de vertu :
Asçavoir qu'un chacun se vantoit de son maistre et docteur particulier : comme si Jésus-Christ m’estoit point le Maistre unique de tous. Or là où telle ambition règne encore, L’Evangile n’ha point fait de proufit, ou s’il en a fait, c’est bien peu. Toutesfois, il ne faut pas entendre qu’ils ayent monstré cela en propres termes, et par paroles expresses : mais l'A= postre taxe les affections perverses ausquelles ils estoyent addonnez. Combien qu'il y à apparence (comme volontiers ceste façon de jetter son cœur sur un
homme par ambition, est accompagnée
dun sot babil) qu’ils ne se sont pas tenus de donner aucunement à cognoistre par leurs paroles ceste affection désordonnée de leur cœur, quand ils faisoyent si grand triomphe de leurs Docteurs, et les eslevoyent magnifiquement avec un mespris de sainct Paul et ses semblables.
5 Qui est donc Paul, et qui est Apollos? sinon serviteurs, par lesquels vous avez creu: et comme le Seigneur a donné à un chacun?
Cuar. TE.
SUR LA Jr ÉPISTRE* AUX CORINTHIENS.
6 Jay planté, Apollos a arrousé : mais Dieu a donné le croistre. 7 Parquoy, celuy qui plante n’est rien, ne celuy qui arrouse: mais Dieu
qui donne le croistre. :
8 Æt celuy qui plante, et celuy qui arrouse, sont un!. Et chacun recevera
son propre salaire selon son labeur ”*.
9 Car nous sommes ouvriers avec Dieu. Fous estes le labourage de Dieu,
l'édifice de Dieu.
1) Ou, une chose. 2) Ps., LXII, 12. Gal., VI, 5.
5 Qui est donc Paul? IX commence yei à traitter quelle opinion on doit avoir des Ministres, et à quel usage ils sont ordonnez par le Seigneur. Or il se nomme et 4pollos, plustost que les autres, afin que le propos soit moins odieux, et qu’on ne dise qu’il porte envie aux autres. Qu'est-ce qu'ont tous les Ministres, dit-il, sinon que c’est leur office de vous attirer à la foy par leur prédication? De ceci S. Paul conclud, qu’il ne se faut point glorifier en homme quelconque.
Car la foy ne permet point qu’on se glorilie en autre qu’en Christ. Et pourtant, ceux qui louent les hommes excessivement, ils les despouillent de la vraye dignité et excellence. Car le plus grand honneur qu'ils ayent, est qu'ils soyent Ministres de la foy : c’est-à-dire, qu'ils acquièrent des disciples à Christ, et non pas à eux-mesmes. Et combien qu’il semble que le sainct Apostre vueille par ce moyen amoindrir la dignité des Ministres, néantmoins il ne la démet point plus bas qu’il ne faut. Car c’est beaucoup ce qu’il dit, que nous recevons la foy par leur ministère. Mesme au contraire, ce passage contient une louange excellente de l'efficace de la doctrine externe, quand \elle est nommée instrument du S. Esprit.
Aussi les Pasteurs sont yci ornez d’un titre qui n'est pas petit, quand il est dit que Dieu se sert d’eux, comme de Ministrés et serviteurs, à dispenser le thrésor inestimable de la foy. Comme le Seigneur, etc. Au texte Grec il y à mot à mot, À un chacun comme le Seigneur a donné : mais l’ordre est renversé. Parquoy, afin que le sens fust plus clair, j'ay mieux aimé dire, Comme à un chacun : que, À un chacun commé, etc. Au reste, en aucuns exemplaires Grecs, le mot Æt, défaut : et on y lit tout d’une suyte, Ministres, par lesquels vous avez
3) Ou, nous ensemble sommes ouvriers de Dieu.
creu, comme le Seigneur a donné, etc.
Si nous lisons ainsi, ces derniers mots seront adjoustez pour l’explication des précédens, tellement que S. Paul déclare ce qu’il a voulu signifier par ce mot Ministre : comme s’il disoit, Ce sont Ministres, du moyen desquels Dieu use : non pas qu’ils puissent quelque chose par leur propre vertu, mais d'autant qu'ils sont conduits par sa main, comme instrumens. Toutesfois la lecture que j’ay mise, est la plus vraye à mon jugement :
et si nous la suyvons, la sentence sera plus ample. Car elle contiendra deux membres, en ceste sorte : Premièrement, ce sont Ministres qui se sont loez à Christ, pour s’employer et travailler à ce que creussiez en luy. En après, ils n’ont rien de propre à eux, de quoy ils se puissent enorgueillir, veu que d’eux-mesmes ils ne font rien, et n’ont nulle puissance ou faculté, que par le don de Dieu : et un chacun ha certaine mesure, qui monstre que tout ce que chacun ha, provient d’ailleurs : puis après aussi il les lie tous les uns aux autres d’une conjonction mutuelle, d'autant qu’ils ont besoin de l’aide les uns des autres.
6 J'ay planté, etc. Il explique plus clairement quel a esté ce ministère, par une similitude qui contient une fort belle description de la nature de Ja Parole, et de l’usage de la prédication. Avant que la terre puisse apporter fruit, il est besoin de la labourer, semer, et luy donner toutes autres façons : mais après que le laboureur aura bien fait toutes choses, encore son travail ne proufitera de rien, sinon que le Seigneur par la réverbération du soleil, et encore beaucoup plus par sa vertu secrète et admirable, donne accroissement d'en haut. Parquoy, encore que la diligence du laboureur ne soit point vaine, ne la semence qu’il jette
inutile, toutesfois tout cela ne peut prospérer que par la seule bénédiction de Dieu. Car quelle chose est plus digne d’admiration, que de veoir germer la semence pourrie ? Ainsi la parole du Seigneur est une semence fertile de sa nature : les Ministres sont comme laboureurs, qui labourent et sèment. Puis après il y à aussi d’autres aides, comme quand on fait venir les ruisseaux par le milieu des champs. Les Ministres aussi font le semblable en leur charge, quand après avoir jetté la semence en terre, ils aident à la terre autant qu’ils peuvent jusques à ce qu'elle produise ce qu’elle a conceu : mais de faire que leur labeur fructifie, - cela certes est un miracle de la grâce de Dieu, et non point œuvre d'industrie humaine. Or il faut yei observer combien est nécessaire la prédication de la Parole : combien aussi il est nécessaire qu’elle continue et soit tousiours entretenue.
Certes il ne seroit point plus difficile à Dieu de bénir la terre sans aucune diligence des hommes, afin qu’elle apportast du fruit de soy-mesme, que de faire sortir, ou plustost tirer tous les ans le revenu d’icelle par une grande diligence que les hommes y mettent, voire en grande sueur et fascherie. Mais pour autant que le Seigneur l’a ainsi ordonné, que l’homme laboure, et que la terre rende le fruit de son costé : faisons-le ainsi.
Semblablement rien ne peut empescher Dieu, qu’il ne puisse sans le moyen des hommes, quand il voudra, inspirer la foy aux personnes en dormant : mais il en a ordonné autrement, asçavoir que la foy fust engendrée par l’ouye. Quiconque donc pense parvenir à la foy, délaissant ce mOyen, il fait tout ainsi que si les laboureurs baaïlloyent, attendans leur pasture du ciel, sans vouloir prendre la charrue, sans avoir soin de semer, et faire toutes autres façons du labourage.
Et quant à la continuation, nous voyons ce que dit yei sainct Paul, asçavoir que les semailles ne suffisent pas, si on n’y donne accroissement peu à peu par nouvelles aides. Celuy donc qui a desjà receu la semence, ha besoin encore d’estre arrousé, et ne faut point cesser, jusqu’à ce qu’on soit venu à la maturité : c’est-
Car. HI.
à-dire, jusqu’à la fin de la vie. Apollos donc, qui a succédé à S. Paul au ministère de Ja Parole en Corinthe, est dit avoir arrousé ce que S. Paul avoit semé.
7 Celuy qui plante, etc. Toutesfois au contraire, il appert par ce qui à desjà esté dit, que leur labeur est de quelque importance. Il nous faut donc veoir pourquoy S. Paul l’amoindrit ainsi. Et premièrement, il faut noter qu'il a accoustumé de parler en deux sortes des Ministres, comme aussi des Sacremens. Car aucunesfois il considère le Ministre, en-— tant qu'il est ordonné de Dieu, premièrement pour régénérer les âmes, et puis après pour les paistre à la vie éternelle, pour pardonner les péchez, pour renouveler les esprits des hommes, pour dresser le royaume de Christ, et destruire celuy de Satan. Et alors non-seulement il luy assigne l'office de planter et arrouser, mais l’orne aussi de la vertu du sainct Esprit, à ce que son labeur ne soit inutile. Suyvant ceste considération en un autre passage, il s’appelle Ministre de PEsprit, et non pas de la letre, 2 Cor..
IE, 6, d'autant qu’il engrave la parole de Dieu és cœurs. Mais aucunesfois il considère le Ministre comme estant serviteur, et non pas maistre : comme organe ou instrument, et non pas la main :
brief, comme estant homme, et non pas Dieu : et alors il ne luy laisse rien que son travail, et iceluy encore mort, inutile, et destitué de vertu, si le Seigneur ne luy donne efficace par son Esprit. La raison est, pource que quand on parle simplement du ministère, nous ne devons pas regarder seulement l’homme, mais aussi Dieu besongnant en iceluy par la grâce de son Esprit. Non pas que la gràce du sainct Esprit soit perpétuellement liée avec la parole de l’homme : mais pour autant que Christ démonstre tellement sa puissance au ministère institué par luy, qu’on apperçoit bien qu’il n’a pas esté in-
stitué en vain. Par ce moyen il ne s’oste.
ou diminue rien de son droict pour le
transférer à l’homme. Car en ces façons .
de parler Christ n’est point séparé du”
Ministre, mais plustost il est dit qu'il monstre son efficace par le Ministre. Maïs pource que (selon que nous avons le ju-
POSE, 7 "ait se $
Cuar. IE.
gement corrompu) nous abusons quelques fois de ceste occasion, à élever trop les hommes, il est besoin de discerner pour corriger ce vice : et faut mettre Dieu dun costé à part, et de l’autre costé le Ministre. Lors on voit bien apertement combien l’homme est indigent en soy-mesme, et destitué de toute efficace.
Parquoy sçachons qu'en ce lieu-ci les Ministres sont comparez avec le Seigneur, et que la cause de ceste comparaison est, que les hommes, estimateurs malins de Ja grâce de Dieu, sont trop prodigues à louer et eslever les Ministres : tellement qu’ils ravissent à Dieu pour transporter à iceux. Combien qu'il garde tousjours un bon moyen. Car quand il dit que Dieu donne accroissement : par cela il signifie que le labeur mesme des hommes n’est point sans fruit.
Nous verrons ailleurs qu'il en est de mesme aux Sacremens. Combien donc que le Père céleste ne rejette pas nostre travail, lequel nous employons à cultiver son champ, et ne permet point qu'il soit infructueux, toutesfois il veut que la bonne issue d’iceluy dépende de sa seule bénédiction, afin que la louange en demeure à luy seul. Pourtant, si nous voulons proufiter en travaillant, en nous efforceant et sollicitant, sçachons que nous n’avancerons rien si nostre Dieu ne fait prospérer nostre labeur, nos efforts, et nostre continuation, afin que nous recommandions à sa grâce, et nous, et tout ce que nous faisons.
8 Et celuy qui plante, et celuy qui arrouse, sont un. Par une autre raison il démonstre aussi aux Corinthiens qu’ils faisoyent trèsmal, quand pour dresser leurs sectes et partialitez, ils abusovyent des noms de ceux qui enseignoyent és Eglises : veu qu'employans leurs forces tout d’un accord, ils tendent à un mesme but, et ne peuvent estre nullement séparez ne distraits d'ensemble, que quant et quant ils ne laissent le devoir de leur charge. Z{s sont un, dit-il : c’est-à-dire, qu'ils sont si bien conjoints, que leur conjonction ne peut souffrir séparation aucune. Car ils doyvent tendre tous à une mesme fin, et ils servent à un mesme Seigneur, et travaillent en une mesme
SUR LA Je ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
besongne. Parquoy, s'ils s’employent fidèlement à cultiver le champ du Seigneur, ils mettront peine d'entretenir bonne union, et par mutuelle communication l’un aidera à l’autre : tant s’en faut que leurs noms doyvent servir d’enseignes desployées pour susciter des noises et débats. Voyci un beau passage pour exhorter les Ministres à concorde. Cepen- :
dant toutesfois il {axe et reprend obliquement ces docteurs ambitieux, lesquels servans d'occasion de débats et bandes, déclaroyent assez par cela qu’ils n’estoyent point serviteurs de Jésus-Christ, ains esclaves dune vaine gloire : qu’ils ne taschoyent pas à planter nj à arrouser, ains à arracher et brusler. Un chacun recevera son propre salaire, etc. 1] démonstre yci à quelle fin doyvent regarder tous Ministres : asçavoir, non pas à pourchasser la bonne grâce du peuple, mais à complaire à Dieu. Et fait ceci afin de ramener au siége judicial de Dieu ces docteurs ambitieux, lesquels estans enyvrez de la gloire de ce monde, ne pensoyent à autre Chose : afin aussi d’admonester les Corinthiens que ceste vaine faveur qui est acquise par élégance de paroles, et une ostentation. frivole, est une chose de néant. Et quant et quant il démonstre assez par ces paroles, qu'il est asseuré et résolu en sa conscience, entant qu’il ne craint point d'attendre le jugement de Dieu. Car quand les gens ambitieux se vantent ainsi et se font valoir envers le monde, c’est pource qu’ils n’ont point apprins de se présenter et assujettir à Dieu, et qu’ils ne se proposent point devant les yeux le royaume céleste de Christ. Au contraire done, si tost que Dieu vient en avant, il faut que ceste folle convoitise d’avoir la faveur des hommes s’esvanouisse.
9 Car nous sommes ouvriers avec Dieu. Voyci une bonne raison. Ce que nous faisons, c’est la besongne du Seigneur, et c’est à luy à qui nous avons loë nostre labeur et industrie. Parquoy il ne nous frustrera point de nostreloyer :
car il est fidèle et équitable. Celuy donc qui regarde aux hommes, et qui ne s’attend qu’à leur récompense, se trompe.
Voyci une louange excellente du minis-
tère : asçavoir, que combien que Dieu puisse faire le tout de soy-mesme, toutesfois il nous appelle comme pour coadjuteurs, nous qui ne sommes que povres vers de terre, et use de nous comme d’instrumens. Quant à ce que les Papistes abusent de ce passage pour establir leur franc arbitre, cela est trop frivole. Car sainct Paul n’enseigne pas yci quelle puissance naturelle ont les hommes, mais il démonstre que c’est que le Seigneur par sa grâce fait par eux. Quant à ce qu’aucuns entendent par ces mots, que sainct Paul, qui estoit ouvrier de Dieu, a esté compagnon d'œuvre ayecles autres Docteurs : ceste exposition me semble rude et contrainte ; et aussi, de faict, il n’y à raison aucune qui nous contraigne d’avoir recours à ceste subtilité. Car l’autre sens convient fort bien à l’intention de l’Apostre : Asçavoir, comme ainsi soit que c’est le propre office de Dieu d’édifier son temple, ou cultiver sa vigne, qu'il appelle les Ministres à participer à ce labeur, par lesquels luy seul besongne tellement, que de leur costé toutesfois ils travaillent aussi en commun avec luy. Quant au loyer des œuvres, il faut lire ce qui en est traitté en mon Institution. ous estes le labourage. On peut exposer ces deux mots en deux sortes. Premièrement en signification active, en ce sens, Vous avez tellement esté plantez par le labeur des hommes au
ne. :
cp
Car. IL.
champ du Seigneur, que le Père céleste luy-mesme est le vray laboureur et autheur de ceste plante : vous avez tellement esté bastis par les hommes, que Dieu en est le vraÿ maistre masson et conducteur de l’œuvre. Et en sens passif il se peut entendre ainsi : Ce que nous avons travaillé pour vous cultiver, et pour semer et arrouser la parole de Dieu entre vous, nous ne l'avons point fait pour nostre proufit, ni en espérance que le fruit nous en reveinst : mais nous avons servi au Seigneur. Ce que nous avons tasché à vous édifier, ce n’a point esté le regard de nostre propre commodité qui nous y a induits, mais afin que fussiez le labourage et édifice de Dieu.
Selon mon jugement, ceste dernière interprétation est la meilleure. Car il me semble avis que le sainct Apostre a voulu dire que les vrais Ministres ne travaillent point pour eux-mêmes, mais pour le Seigneur. Et de cela il s'ensuit que les Corinthiens faisovent mal de se rendre sujets aux hommes, et attacher là leurs affections, veu que de droict ils appartenoyent seulement à Dieu. Or premièrement il les appelle Le labourage, persévérant en la similitude jà commencée :
puis après, pour se faire passage à plu-
sieurs autres choses, il prend une si- !
militude de ia massonnerie, ou charpenterie.
10 Selon la grâce de Dieu, qui ma esté donnée, j'ay mis le fondement, comme un maistre masson expert, et un autre édifie dessus. Mais qu'un cha-
cun voye comment il édifie dessus.
11 Car nul ne peut mettre autre fondement que celuy qui est mis, lequel est
Jésus-Christ.
412 Et si aucun bastist sur ce fondement, or, argent, pierres précieuses, bois,
Join, chaume,
13 L'œuvre d'un chacun sera manifestée. car le jour la déclarera, d'autant qu’elle sera manifestée par le feu, et le feu esprouvera quelle sera l'œuvre
d'un chacun.
44 Si l'œuvre d'aucun qu'il a édifiée dessus, demeure, il en recevera salaire.
415 Si l'œuvre d'aucun brusle, il fera perte :
ainsi comme par feu.
1) Ou, parmi le feu,
mais il sera sauvé, toutesfois
10 Comme un maistre masson ex- | pre : et pourtant elle est trouvée souvent pert, elc, Ceste similitude est bien pro-|és Escritures, comme nous verrons Ci
Car. HE.
après. Or le sainct Apostre proteste en ce passage de sa fidélité en grande asseurance et hardiesse : comme aussi il estoit besoin de la maintenir non-seulement contre les calomnies des meschans, mais aussi contre l’arrogance des Corinthiens qui commençoyent desjà à mespriser sa doctrine. Tant plus donc qu’ils l’abbaissoyent, tant plus haut il s’eslève: et comme estant en chaire, et en lieu éminent, il leur fait asçavoir, et déclare fort et ferme qu’il a esté le premier maistre masson de Dieu entr’eux, à mettre les fondemens : qu’il a sagement fait son office en cest endroit, et qu’il ne reste plus sinon que les autres qui viendront après lui, persévèrent de mesme, et avancent l’édifice en le compassant tousjours à la règle du fondement. Considérons que sainct Paul dit ceci premièrement à la louange de sa doctrine, laquelle il voyoit estre mesprisée par les Corinthiens. Secondement, pour réprimer l’insolence des autres, qui se voulans faire valoir, appétoyent une nouvelle forme d’enseigner.
Il admoneste donc telles gens, qu'ils n’entreprenent rien légèrement et inconsidéréement en lédifice de Dieu. Et il leur défend deux choses: asçavoir, qu’ils ne soyent si hardis de faire un autre fondement que le sien, et qu’ils ne bastissent point un édifice qui ne soit convenable au fondement. Selon la grâce. K se donne bien garde tousjours de transférer à sy, non pas mesme la plus petite portion de la gloire de Dieu. Car il rapporte toutes choses à Dieu, et ne se réserve rien, sinon qu'il a esté instrument. Or en s’abbaissant ainsi en grande modestie devant Dieu, il taxe obliquement l’arrogance de ceux qui ne faisoyent point de conscience d’amoindrir ou offusquer la grâce de Dieu, pourveu que de leur costé ils fussent en estime. Aussi il donne tacitement à entendre, qu'en ceste grande parade et vaine apparence, qui les mettoit en estime, il n’y avoit aucune grâce de lEsprit: et à l’opposite, monstrant quant à luy qu'il a esté poussé et conduit de Dieu, il se défend et maintient contre tout mespris.
A4 Nul ne peut mettre autre fondement, Geste sentence ha deux membres :
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
asçavoir, Que Christ est le fondement unique de l'Eglise: et, Que les Corinthiens ont esté deuëment fondez en Christ par la prédication de sainct Paul.
Car il estoit besoin de les ramener à Christ seul, d'autant qu'ils avoyent les oreilles chatouilleuses d’ouir choses nouvelles. Et aussi il estoit bien requis qu'ils recognussent S. Paul, le principal, et (par manière de dire) fondamental masson: de la doctrine duquel ils ne pouvoyent se reculer, qu’ils ne laissassent aussi Christ mesme. La somme est, qu’il ne faut point que l'Eglise soit fondée que sur Jésus-Christ seul : que S. Paul a en cest endroit si fidèlement fait son office envers les Corinthiens, qu'il n’y avoit rien à redire en son ministère: et que pourtant tous ceux qui viendront après luy, ne peuvent autrement servir au Seigneur en bonne conscience, et ne doyvent estre escoutez pour Ministres de Christ, s’ils ne s’estudient de conformer leur doctrine à la siene, et ne retienent le fondement qu’il a mis. De ceci nous concluons, que ceux qui succèdent aux fidèles Ministres, s’ils ne mettent peine de s’accommoder à leur doctrine, et poursuyvre ce qui est bien commencé: en sorte qu'on puisse veoir à lœil qu’ils n’attentent rien de nouveau, ne sont point ouvriers fidèles, pour édifier lEglise : mais plustost dissipateurs et destructeurs d’icelle. Car y a-il chose plus pernicieuse que de troubler par une nouvelle façon d’enseigner les fidèles bien instituez en pure doctrine : tellement qu’estans esbranlez du vray fondement, ils ne sçachent où ils en sont ? Or la doctrine fondamentale, laquelle il n’est aucunement licite de corrompre, est que nous apprenions Christ. Car Christ est le fondement unique de l’Eglise. Mais il y en à plusieurs, lesquels, combien qu’ils se couvrent du nom de Christ, toutesfois arrachent et renversent entièrement toute la vérité de Dieu. Parquoi il faut veoir comment l'Eglise sera deuëment édifiée sur Jésus-Christ : asçavoir, quand on l'establit luy seul pour justice, rédemption, sanctification, sapience, satisfaction, purgation : brief, pour vie et gloire. Ou si nous voulons dire plus briefvement,
quand on l'annonce tellement que sa vertu et son office soyent entendus, comme nous avons veu en la fin du premier chapitre. Que si Christ est tellement qüellement cognu et appelé Rédempteur seulement de nom, et que cependant on cherche ailleurs justice, sanctification et salut, cela est le jeiter hors du fondement, et mettre en sa place d’autres pierres bastardes et non convenantes. Comme font les Papistes, qui le despouillent presque de tous ses ornemens, ne luy laissans quasi rien de reste que le nom. Il s’en faut donc beaucoup que tels soyent fondez en Christ. Car comme ainsi soit que Christ soit le fondement de l'Eglise, pource qu'il est la seule cause de salut, et vie éternelle, pource que nous Cognoissons Dieu le Père en luy, pource que nous avons en luy la source de tous biens, il ne faut plus penser qu’il soit le fondement, s’il n’est recognu pour tel. Mais on pourroit demander, Si Jésus-Christ est seulement une partie, ou le commencement de la doctrine salutaire, comme le fondement n’est qu'une partie de l’édifice. Car si ainsi estoit, les fidèles auroyent seulement leur commencement en Christ, et leur perfection se feroit sans luy. Et il semble avis que S. Paul vueille dire cela, Je respon que ce n’est point le sens des paroles, autrement il seroit répugnant à sOy-mesme : veu qu’il dit ailleurs, que tous les thrésors de sagesse et science sont cachez en luy, Coloss., IE, 3.
Celuy donc qui a apprins Christ, il est parfait en toute la doctrine céleste. Mais d'autant que le ministère de S. Paul avoit seulement tendu à fonder les Corinthiens, plustost qu’à eslever le bastiment jusques au fest : à ceste cause il touche yci seulement ce qu'il à fait, asçavoir, qu’il a presché Christ purement. Aïnsi donc S. Paul au regard de soy l'appelle le fondement: toutesfois il ne l’exclud point pourtant du reste de l’édifice. Brief, il n’oppose point à la cognoissance de Christ aucune autre espèce de doctrine:
mais plustost c’est une comparaison qu’il fait de luy aux autres ministres.
12 Si aucun bastist sur ce fondement.
Il poursuit la similitude. Ce ne seroit pas assez d’avoir fait le fondement, sile sur-
Caar. HE
plus du bastiment n’estoit Correspondant.
Car tout ainsi qu'il ne conviendroit pas de bastir de vieille matière sur un fondement d’or, aussi ce seroit une chose mal séante que Christ fust suffoqué en mettant et meslant avec luy quelques doctrines estranges. }] appelle donc Or, argent, pierres précieuses, une doctrine digne de Christ, et un dessus de bastiment correspondant à un tel fondement.
Au reste, n’imaginons point que ceste doctrine soit hors de Christ: mais plustost entendons qu’il ne faut cesser d’enseigner Christ, jusques à ce que le bastiment soit parachevé. Seulement il faut garder un ordre, c’est que nous commencions par laoctrine générale, et par les articles les”plus nécessaires, comme par les fondemens : puis après, que nous usions d’admonitions, exhortations, et de tout ce qui est requis à persévérance, confirmation et avancement. Puis que jusques yci on est d'accord du sens de sainct Paul sans contredit, il s'ensuit bien au contraire, que par le bois, Le foin, et chaume, ïl signifie la doctrine qui n’est pas conforme au fondement, comme est celle laquelle ayant esté forgée és cerveaux des hommes, on veut à force
faire recevoir pour oracles et révélations «
procédées de Dieu. Car Dieu veut que son Eglise soit instruite par la simple et pure prédication de sa Parole, et non point par inventions humaines. Comme est aussi celle qui ne Sert nullement à édification : comme sont les questions curieuses, lesquelles communéement servent plus à ostentation, ou à quelque folle cupidité, qu’au salut des hommes.
Il déclare qu’une fois sera manifestée l’œuvre d'un chacun, combien qu’elle soit cachée pour un temps. Comme s'il disoit : Il se peut bien faire que les mauvais ouvriers trompent pour quelque temps, en sorte que le monde ne pourra pas discerner comment un chacun aura besongné fidèlement, ou en mauvaise conscience : mais il faut que ce qui est maintenant comme enseveli en ténèbres, soit à la fin descouvert et mis en évidence, et que ce qui est maintenant en gloire devant les hommes, tombe bas, et ne Soil rien estimé devant la face de Dieu.
Cuar. IL.
13 Car le jour la déclarera. I y a en l’ancienne translation Latine, Le jour du Seigneur : mais il est croyable que ce mot y a esté adjousté par quelqu'un par
forme d'explication. Et certes le sens ne laisse point d’estre entier sans ceste addition. Car ce temps-là auquel toute obscurité de ténèbres estant deschassée, la vérité est mise en lumière, est bien proprement appelé Le jour. Le sainct Apostre donc dénonce que c’est une chose qui ne peut pas tousjours demeurer incognue : asçavoir, qui sont Ceux qui auront besongné à l’œuvre du Seigneur en mauvaise conscience, Ou qui SOnt ceux qui s’y seront portez fidèlement. Comme s’il disoit, Les ténèbres ne dureront pas tousjours : la lumière se lèvera quelque jour, laquelle manifestera toutes choses.
Je confesse bien que ce jour est de Dieu, et non des hommes: mais la similitude ha plus de grâce, si nous disons simplement, Le jour. Car sainct Paul démonstre tacitement par ceste manière de parler, que les vrais serviteurs du Seigneur ne peuvent pas estre tousjours bien discernez d'avec les mauvais ouvriers : pour autant que les vices et les vertus ne peuvent estre apperceuës en l'obscurité de la nuit : mais que ceste nuit ne sera point perpétuelle. Car l’ambition est aveugle, la faveur des hommes est aveugle : Papplaudissement du monde est aveugle : mais Dieu deschasse puis après ces ténèbres, quand il est temps. Or considérons yci comment l’Apostre démonsire une asseurance de bonne conscience: et comment d’une magnanimité invincible il desfie les jugemens pervers : premièrement, afin de destourner les Corinthiens de ceste faveur ambitieuse, et les amener à une droite forme de bien juger : secondement, afin de confermer l’authorité de son ministère. D'autant qu'elle sera manifestée. Pource que sainct Paul avoit parlé de la doctrine par similitude : maintenant aussi par similitude il appelle l'examen mesme de la doctrine, Feu, etc. afin que les membres de la comparaison s’entretienent, et qu’il y ait une correspondance de l’un à l’autre. Le feu donc signifie yei l'Esprit du Seigneur, lequel esprouve par son examen qui est la doctrine semblable
UE
SUR LA re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
à l’or, et qui est celle qui est semblable à l’esteule. Tant plus que la doctrine de Dieu sera approchée près de ce feu, tant plus elle reluira: au contraire, celle qui aura esté forgée au cerveau des hommes, s’esvanouira tout incontinent, et s’en ira en fumée, comme l’esteule ou la paille est tout incontinent consumée par le feu. El semble aussi que ce soit yci une allusion au jour duquel il à fait mention : comme s’il disoit, que non-seulement les choses lesquelles vaine ambition, comme une nuit obscure , tenoit couvertes entre les Corinthiens , seront lors mises en évidence par la clarté du soleil: mais qu’il y aura quant et quart une force de chaleur, non-seulement pour consumer et purger les ordures, mais aussi pour brusler comme au feu tous vices. Car quoy que les hommes pensent estre bien aigus à juger, si est-ce toutesfois que la subtilité de leur jugement ne passe point plus outre que l’apparence extérieure, laquelle le plus souvent n’ha rien de fermeté. Il n’y à que ce jour-là seulement auquel PApostre appelle , qui examine toutes €hoses au vif, non-seulement par sa clarté, mais aussi par son feu flamboyant.
14 Si l’œuvre d'aucun demeure. I veut dire que ceux-là sont bien povres d’entendement, qui s’appuvent sur l’estimation des hommes, et se contentent d’estre louez d’iceux: car lors l’œuvre aura vrayement et los et lover, quand elle pourra soustenir le jour du Seigneur. Il veut donc que les vrais ministres regardent à ce jour-là. Car par le mot de Demeurer, il donne à entendre que les doctrines volent en l'air, et mesme ont grand monstre pour un peu de temps, jusques à ce que l’examen en soit fait au vray et à bon escient. De cela s’ensuit, qu’il ne faut rien estimer tous les applaudissemens du monde, desquels la vanité et sottise sera en brief redarguée par le jugement céleste. |
15 Sil œuvre d'aucun brusle. Comme s’il disoit, Que nul ne se flatte de ce que par l'opinion des hommes il est estimé entre les plus excellens maistres massons ; Car si tost que le jour Juira, il faut nécessairement que fout son ouvrage s’en aille en fumée, si le Seigneur ne l’a
approuvé. C’est donc yei la règle, à laquelle il faut que le ministère d’un chacun soit rapporté et compassé. Aucuns exposent ceci de la doctrine, tellement que le mot Grec suyvant, qui signifie souffrir perte ou dommage, n’emporte yci autre chose, sinon que ceste doctrine périra : et ceux-là rapportent ce qui s’ensuit puis après, au fondement dont il a esté parlé. Mais telles gens ne regardent point bien à toute la suite du propos. Car ce n’est pas sa doctrine, mais celle des ‘autres que sainct Paul dit qui viendra à l'examen. Ainsi cela ne viendroit pas à propos de faire maintenant mention du fondement. Il vient de dire que le feu esprouvera l’œuvre d’un chacun : après cela il est venu à faire une partition ou division, qui ne se doit point estendre outre le propos général. Et il est certain que sainct Paul ne parloit là sinon du bastiment qu’on a fait après le fondement.
Or desjà au premier membre il à promis rémunération aux bons maistres massons et fidèles ouvriers, desquels le labeur aura esté approuvé. Ainsi l’antithèse du second membre convient fort bien en ce sens, Que ceux qui auront meslé chaume ou bois ou paille, seront frustrez de la louange qu'ils ont espérée. Mais il sera sauvé, etc. I est certain que sainct Paul parle de ceux qui en retenant tousjours le fondement, meslent du foin avec l'or, de l’esteule avec l’argent, et du bois avec les pierres précieuses : c’est asçavoir ceux qui édifient en Christ : mais à cause de l’imbécillité de la chair, à leur advient quelque chose de l’homme, ou par ignorance ils se destournent aucunement de la vraye pureté de la parole de Dieu.
Comme mesme il y en a eu plusieurs entre les saincts docteurs, asçavoir Cyprien, Ambroise, Augustin, etautres semblables:
ausquels on peut aussi adjouster qui voudra , d’entre ceux qui ont esté plus près de nostre temps, Grégoire et Bernard, et
Car. I.
rance, et les purger de toutes ordures. Et c’est-ci le sens de ceste particule, Comme
par feu. 1 veut donc dire qu’il ne leur
oste point l'espérance de salut, moyennant qu’ils se soumettent à faire perte de leur labeur, et soyent purgez par la miséricorde de Dieu , tout ainsi que l'or est cuict en la fournaise. Au reste, jà soit que Dieu purge quelque fois les siens par afilictions, toutesfois j’enten yci par ce mot de Feu, l'examen du sainct Esprit par lequel le Seigneur corrige ét abolit.
l'ignorance des siens, en laquelle ils sont détenus pour quelque temps. Je scay bien que, plusieurs rapportent ceci à la croix et affliction , toutesfois je m’asseure que mon interprétation sera agréable à toutes gens de bon jugement. Il reste qu’en passant nous respondions aux Papistes, qui taschent par ce passage de confermer et appuyer leur Purgatoire.
Les pécheurs (disent-ils) ausquels Dieu pardonne, passent par le feu : afin qu’ils soyent sauvez. Il s'ensuit donc que par ce moyen ils souffrent punition devant Dieu, en sorte qu’ils satisfont à son jugement.
Je laisse là tant de brouilleries et resveries qu’ils ont controuvées de la mesure des peines, et du moyen de les racheter.
Mais je demande qui sont ceux qui passent par le feu. Certes sainct Paul parle yci seulement des Ministres. Mais il y a
une mesme raison en tous autres, disent- M
ils. Je respon, que ce n’est pas à nous, mais à Dieu seul de juger de cela. Mais encore que nous leur accordions, combien sottement s’abusent-ils en ce mot Æew ?
Car à quel propos est-il yci parlé du feu, sinon pour consumer le foin et la paille® et pour esprouver l'or et l’argent ? Veulent-ils dire que le feu de leur purgatoire serve pour discerner les doctrines ? Mais qui est-ce qui jamais a apprins par cela quelle différence 11 y a entre la vérité et le mensonge ? Aussi quand sera ce jour
qui esclairera pour manifester l’œuvre
autres de mesme estoffe : lesquels combien qu’ils eussent ce but d’édifier en Christ, toutesfois se sont destournez bien souvent de la droite règle de bien
mencement du monde ? et durera-il sans, M intervalle jusques à la finP Or s’il y a figure en ces mots d’Esteule, Foin, Bois,
édifier. Sainct Paul dit que tels pourront estre sauvez: mais sous ceste condition, si le Seigneur vient à effacer leur igno-
Or, Argent (comme nécessairement il faut qu’ils le confessent) quelle correspon-" dance y aura-il en ces divers membres;
Cuar. I.
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s'il n’y à point de figure en ce mot de | mière entrée, combien elles sont absur- Feu ? Laissons donc là ces sottes resve- | des. Car je pense que le vraÿ sens de PAries, qui démonstrent bien dés la pre- !postre est assez évident maintenant.
16 Ne scavez-vous pas que vous estes le temple de Dieu, et que l'Esprit de
Dieu habite en vous ?
AT Sè aucun viole! le temple de Dieu, Dieu le destruira : car le temple de
Dieu est sainct, lequel vous estes?.
18 Que nul ne s'abuse. Si aucun entre vous cuide estre sage*, qu'il soit fait
Jol en ce monde, afin qu'il soit sage.
19 Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. car il est escrit, Il sur-
prend les sages en leur ruse*.
20 Æt derechef, Le Seigneur cognoist que les pensées des sages sont vaines*.
21 Parquoy, que nul ne se glorifie és hommes. car toutes choses sont à vous,
22 Soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit vie, soit mort, soit les choses présentes, ou les choses advenir. Tout (di-je) est à vous :
23 Et vous à Christ, et Christ à Dieu.
1) Ou, destruit, 4) Job, V, 43.
à) 4 Cor., VI, 19, 2 Cor., VI, 16.
5) Ps. XCIV, 11.
16 Ne seavez-vous pas. Après avoir admonesté ceux qui ont charge denseigner, maintenant il s’addresse aux disciples, afin qu'ils avisent aussi à eux. Il avoit dit à ceux qui ont charge d’enseigner, Vous estes les maistres massons de la maison de Dieu : il dit maintenant au peuple, ous estes les temples de Dieu. C’est donc à vous de donner ordre que ne soyez contaminez en sorte quelconque. Or la fin de cest advertissement est, qu’ils ne se prostituent point aux hommes. Vray est qu'il leur fait grand honneur en parlant ainsi : mais c’est afin qu’ils sovent plus répréhensibles. Car puis que Dieu les a consacrez pour luy estre temples, il les a quant et quant commis et ordonnez gardiens de son temple. C’est donc sacrilége quand is s’addonnent et assujetissent aux hommes. Il les appelle tous ensemble un temple de Dieu : car un chacun des fidè- les est une pierre vive pour bastir et eslever l'édifice de Dieu. Combien que quelque fois un chacun à part est appelé Teniple. Il répétera ceste mesme sentence un peu après, mais à autre fin. Car là il parera de chasteté, maïs yei il les exhorte de prendre garde que leur foy persévère en l’obéissance de Christ seul. La facon de parler par interrogation ha plus de véhémence quautrement. Car il donne
vous estes temples de Dieu,
3) Ou, sage en ce monde, qu’il soit fait fol afin, etc.
tacitement à cognoistre qu'il parle à eux d’une chose qui leur estoit cognuë, quand il les appelle en tesmoins. ÆË que PEsprit de Dieu. C’est la raison pourquoy ils sont temples de Dieu : et pourtant il faut résoudre ce mot Æt, en, Pource que. Pour ceste cause, dit-il, d'autant qw'il habite en vous par son Esprit. Car un lieu immonde ne peut estre domicile de Dieu. Nous avons yei un tesmoignage évident pour maintenir la Divinité du S.
Esprit. Car s’il estoit seulement créature, ou seulement un don, il ne pourroit faire que nous fussions temples de Dieu, en habitant en nous. Et quant et quant nous entendons comme Dieu se commu nique à nous, et de quel lien nous sommes conjoints avec Iuy, asçavoir quand il fait déscouler sur nous la vertu de son
Esprit.
17 Si aucun viole le temple de Dieu.
H adjouste yci une horrible menace, asçavoir que celuy qui violera le temple de Dieu, ne demeurera point impuni, d’autant qu’il faut le tenir sainct et sans aucune pollution. Or il parle maintenant de ceste espèce de profanation, quand les hommes s’ingèrent de dominer en PEglise au lieu de Dieu. Car comme la foy arrestée à la pure doctrine ae Christ, est ailleurs appelée Chasteté spirituelle,
ainsi aussi elle sanctifie nos âmes au pur et droit service de Dieu. Car si tost que nous venons à estre abbruvez des inventions des hommes, le temple de Dieu est comme pollué d’immondicitez, d'autant que le sacrifice de la foy, lequel il se réserve à luy seul, est lors offert aux créatures.
18 Que nul ne S'abuse. Il touche yci du doigt la playe : car de là procédoit tout le mal qu'ils estoyent trop sages en eux-mesmes. Il les admoneste donc qu’ils ne se trompent point par une fausse persuasion, en s’attribuant quelque sagesse : en quoy il signifie que tous Ceux qui s’appuyent sur leur propre sens, se trompent. Or selon mon jugement, il parle aussi bien aux auditeurs qu’à ceux qui enseignoyent. Car les auditeurs favo- risoyent trop à ces hommes ambitieux, et leur prestoyent l’aureille trop facilement : d'autant qu’ils avoyent le palais trop délicat, en sorte qu’ils estoyent desgoustez de la simplicité de l'Evangile, et la trouvoyent fade. Et ceux qui enseignoyent n’avoyent autre Chose en recommandation que l’ostentation, afin d’estre en quelque estime envers le peuple. Il admoneste donc les uns et les autres, que nul ne se plaise en sa prudence :
mais que celuy qui pense estre sage, soit fait fol en ce monde : ou, Que celuy qui est en réputation de sagesse au monde, soit fait fol en soy de son bon gré, S’abbaissant et s’anéantissant soymesme. Au surplus, l’'Apostre ne requiert pas par ces paroles, que nous renoncions totalement à la prudence qui nous est donnée de nature, ou acquise par long usage : mais seulement que nous l’assujetissions au service de Dieu : afin que nous ne soyons point sages sinon par sa Parole. Car cela est estre fait fol en ce monde, ou en nous-mesmes, quand nous aimons mieux ployer devant Dieu, et recevoir avec crainte et révérence tout ce qu’il nous enseigne, que suyvre ce qui nous semble estre bon et raisonnable. Ceste particule, £n ce monde, vaut autant comme s’il eust dit, Selon la raison ou opinion du monde. Car c’est-ci la sapience du monde, quand nous-nous contentons de nous pour prendre conseil
Cuar. JE.
en tous affaires, pour nous gouverner,
et pour dresser tout ce que nous fai- SONS : d’ailleurs que de nous-mesmes : quand nous pensons n'avoir point besoin de la conduite dautruy, ains nous semble que nous sommes assez suflisans de nous conduire, et gouverner nous-mesmes. À lopposite donc, celuy est fol au monde, qui renonceant à sa propre raison, se laisse gouverner à Dieu, comme ayant les yeux fermez, qui se desfiant de soymesme, se repose du tout en Dieu: qui met en luy toute sa sagesse, qui se rend docile et obéissant à Dieu. Il faut que
toute nostre prudence s’esvanouisse en
ceste sorte, afin que la volonté de Dieu règne sur nous, et que nôus soyons du tout vuides de nostre propre raison, afin d’estre remplis de la sagesse de Dieu, Au reste, combien que ce mot En ce monde, puisse estre conjoint avec le premier des deux membres, ou bien estre remis au dernier, toutesfois d'autant que le sens n’en est guères divers pour cela, je laisse en la liberté d’un chacun de le prendre en laquelle des deux sortes qu’il voudra.
19 Car la sagesse. C’est un argument prins de choses contraires. En mettant un contraire, l’autre se perd. Puis donc qu’ainsi est, que la sapience de ce monde est une folie devant Dieu, il s'ensuit bien que nous ne pouvons pas estre autrement sages devant luy, sinon estans faits fols selon le monde. Nous avons
desjà exposé que c’est qu'il signifie par
la sagesse du monde. Car la prudence naturelle est un don de Dieu : les'arts libéraux, et toutes les sciences par lesquelles on acquiert quelque prudence, sont dons de Dieu : mais elles ont leurs limites : car elles ne peuvent pas pénétrer jusques au royaume céleste de Dieu.
Parquoy il faut qu’elles soyent chambrières, et non pas maistresses : et qui plus est, il les faut estimer vaines et. de nulle valeur, jusques à ce qu’elles soyent du tout assujeties à la parole et à l'Esprit de Dieu. Que si elles s'opposent à Christ, il faut entendre que ce sont pestes dangereuses : et si elles veulent à toute force s’attribuer quelque chose d’elles-
quand nous ne dépendons point
Car. III.
mesmes, que ce sont de grans empeschemens, et bien à craindre. Parquoy, la sapience du monde, selon que sainct Paul prend yei ce mot, c’est celle qui usurpe la domination, et ne se laisse point gouverner ou ranger par la parole de Dieu, pour 5’assujetir du tout à luy. Parquoy, Vhomme sera tousjours sage selon le monde, et fol devant Dieu, jusques à ce qu'il soit venu jusques-là, qu’il se cognoisse ne sçavoir rien, sinon ce qu’il a apprins de Dieu : et qu’en renonceant à sa propre raison, il se résigne du tout à la seule addresse et conduite de Christ.
Car il est escrit, Il surprend, etc.
Il conferme cela par deux tesmoignages de lEscriture : le premier est du chapitre V de Job, v. 43, où pour monstrer la grandeur de la sapience de Dieu, il est dit qu’il n’y à sapience au monde qui puisse subsister devant luy. Or il est certain que le Prophète parle là des fins et malicieux : mais pource que la sagesse de l’homme est tousjours telle, quand la sagesse de Dieu n’y est point, à bon droict PApostre Papplique à ce sens, Que toute la sagesse des hommes en eux-mesmes n’est rien estimée devant Dieu. Le second tesmoignage est du Pseaume XCIV, 411, où David après avoir attribué à Dieu seul l’office et puissance d'enseigner tous les hommes, il adjouste aussi que Dieu cognoist les pensées de tous estre vaines. Quelque chose donc que nous les estimions selon le jugement de Dieu, elles sont vaines. C’est un beau passage pour humilier la persuasion orgueilleuse de la chair, veu que Dieu prononce de là-haut de son thrône, que tout ce que lPesprit de l’homme conceoit et pense, n’est que pure vanité.
21 Parquoy, que nul ne se glorifie, etc. Comme ainsi soit qu’il n’y ait rien plus vain que l’homme, combien peu de seureté y a-il de s'appuyer sur une ombre esvanouissante? Il conelud donc bien à propos par la sentence précédente, qu’il ne se faut point glorifier és hommes, veu que le Seigneur despouille généralement tous les hommes, de toute matière de se glorifier. Combien que ceste illation dépend de toute la doctrine précédente, ainsi qu'il apperra tantost.
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
Car pource que nous appartenons à Christ seul, à bon droict l’Apostre enseigne que toute primauté de l’homme, laquelle diminue de la gloire de Christ, emporte sacrilége.
22 Car toutes choses sont à vous. I adjouste en quel degré doyvent estre mis éeux qui ont charge d'enseigner, c’est-à-dire quelle estime on en doit avoir, asçavoir telle qu'ils ne diminuent rien de la maistrise du Maistre unique, qui est Christ. Pourtant donc que Christ est seul le Maistre de l'Eglise, et que sans exception il est seul digne d’estre ouy;, il est besoin de discerner les autres. Comme aussi Christ à tesmoigné de soy-mesme, Matthieu, XXIIE, 8, et pul autre ne nous a esté donné du Père authorizé de ce titre et commandement, Escoutez-le, Matthieu, X VIT, 5. D'autant donc qu'il a seul esté doué dauthorité pour nous gouverner par sa Parole, le sainct Apostre dit que les autres sont & nous, qu’ils nous sont destinez de Dieu, à celle fin que nous usions d'eux, et non pas qu’ils exercent domination sur nos consciences. Par ce moyen, il démonstre qu’ils ne sont point inutiles : et ne laisse pas néantmoins de les ranger dedans leurs limites, afin qu’ils ne s’eslèvent point contre Christ. Ce qu’il adjouste de læ mort, de la vie, et autres choses, ce sont hyperboles quant au présent passage. Toutesfois il à voulu argumenter comme du plus grand au moindre, en ceste sorte, Puis que Jésus-Christ nous a assujeti la vie, la mort, et toutes autres choses, faut-il douter qu’il ne nous ait aussi assujeti les hommes, afin qu’ils nous aident par leur ministère, et non pas qu’ils nous oppriment par domination ? Ou si quelqu'un veut inférer de cela, que les escrits tant de sainct Paul que de sainct Pierre sont sujets à nostre censure, pource qu’ils ont esté hommes, et qu’ils ne se sont point exemptez de la commune condition des autres, nous respondrons, que sainct Paul en n’espargnant ne s0y ne sainct Pierre aussi, admoneste les Corinthiens de distinguer entre la personne de l’homme, et la dignité ou qualité de loffice. Comme s'il disoit, Quant à moy, entant que je suis homme,
je ne veux point qu’on en face autre jugement que d’un homme : afin que Christ soit seul éminent en nostre ministère.
Cependant en général, il faut tenir pour une maxime, que tous ceux qui font office de Ministres, sont nostres, depuis le plus grand jusques au plus petit : en sorte qu’il nous est libre de ne recevoir point leur doctrine jusques à ce qu'ils nous ayent monstré qu’elle procède de Christ, Car il nous les faut esprouver tous : et quand ils auront monstré comment ils sont fidèles serviteurs de Christ, alors nous leur devons obéir. Mais quant à sainct Pierre et à sainct Paul, pour autant que c’est un poinct hors de doute, et que le Seigneur luy-mesme a rendu tesmoignage tant et plus suffisant, que
leur doctrine estoit procédée de luy,
quand nous recevons comme un oracle venant du ciel, et avons en révérence ce qu’ils nous ont laissé par escrit, ce n’est pas tant les ouir, que Christ parlant en eux.
23 Et Christ à Dieu. Ceste sujétion se rapporte à l'humanité de Christ. Car en vestant nostre chair, il a prins la forme et condition d’un serviteur, afin
Car. IV,
qu’il rendist parfaite obéissance à son Père, Philippiens, chapitre IF, v. 7 Et de faict, afin que par luy nous adhérions à Dieu, il est nécessaire que Dieu luy soit Chef. Mais il faut noter à quelle intention c’est que sainct Paul a adjousté ceci: Car il nous donne à entendre et remonstre que le comble et la perfection de nostre félicité consiste là, asçcavoir que nous soyons unis avec Dieu, qui est le souÿerain bien : et que cela se fait, quand nous sommes recueillis sous le Chef, le=.
quel le Père céleste à constitué sur nous, En ce mesme sens Christ disoit à ses disciples, Vous avez matière dé vous resjouir de ce que je vay à mon Père : car mon Père est plus grand que moy, Jehan, XIV, 28. Car là il se proposoit comme celuy qui est entre deux, et le moyen par lequel les fidèles parvienent à ceste première source de tous biéns, Or il est certain que tous ceux qui ne retienent ce seul Chef, sont frustrez de ce grand bien. Et pourtant cest ürdre convient bien à la circonstance du passage, que Ceux qui désirent demeurer soûs la domination de Dieu, s’assujettissent à Christ seul,