CHAPITRE IV
4 Que l'homme estime de nous comme de ministres de Christ, et dispensa-
teurs des secrets de Dieu.
a Mais au reste, il est requis entre les dispensateurs que chacun soit trouvé
fidèle.
. 3 Quant à moy, il me chaut bien peu d'estre jugé de vous; ou de jour hu-
nain ! :
mesme aussi je ne me juge point moy-mesme.
4 Certes je ne me sens en rien coulpable : mais par cela je ne suis pas jus: tifié: ains celuy qui me juge, c’est le Seigneur.
5 Parquoy ne jugez rien devant le temps, jusqu’à ce que le Sélinéur viene : lequel esclaircira les choses cachées des ténèbres, et manifestera les conseils des cœurs : et alors un chacun aura louange de Dieu,
1) C'est-à-dire de juÿément d'homme.
À Que l’homme estime de nous, etc.
choses par ordre. Premièrement Ssainct
Pource que c’estoit une chose de grande Paul déclare quel est l'office d’un pasteur conséquence, de veoir ainsi l'Eglise di- | de PEglise. Secondement, il démonstre visée par factions, à cause de l'affection | que ce n’est poitit assez si quelqu'un aloù de la haine qu’on portoit à quelques | Jègue le titre, voire mesme ha la charge : personnes, il entre encore en une plus! mais qu’il est requis aussi que l'adminis= longue disputation du ministère de la | tration de l'office soit fidèle. Pour le troi-
Parole, Or il faut yti considérer trois’ sième, pource que les Corinthièns ju-
Car. 1V.
geoyent de luy d’une mauvaise sorte, et bien inconsidéréement, il les rappelle et eux ef soy-mesme, au siége judicial de Jésus-Christ. Il enseigne donc premièrement en quelle estime nous devons avoir chacun de ceux qui ont charge d’enseigner en l'Eglise. Et en cest endroit il modère si bien son propos, qu’il n’abbaisse point l’honneur du ministère : et d’autre part, il n’attribue point plus aux hommes qu’il n’est expédient. Car tous les deux sont fort dangereux, d'autant qu’en mesprisant les ministres, facilement on viendra à mespriser la parole de Dieu : et s’ils sont aussi eslevez outre mesure, ils abusent d’une trop grande licence, et s’enorgueillissent à l'encontre de Dieu.
Or voyci le moyen que tient sainct Pan Il les appelle Ministres de Christ :
quoy il signifie qu’ils ne doyvent pa faire leur propre besongne, mais celle du Seigneur qui les à loez à travailler pour luy : et qu’ils ne sont point ordonnez pour régir l'Eglise avec domination, mais
qu’ils sont eux-mesmes comme les autres.
sous la domination de Christ : brief qu’ils sont serviteurs, et non pas seigneurs.
Quant à ce qu’il adjouste, Dispensateur s des secrets de Dieu, par cela il exprime quel est ce ministère : en quoy il signifie que leur oflice ne s’estend point plus loin que de dispenser les secrets de Dieu : c’est-à-dire, que les choses que le Seigneur leur a données en charge, ils les baillent aux hommes de main en main, comme on dit : et non pas qu’ils enseignent ce qui leur semblera bon. Comme S'il disoit, Dieu les a éleus pour estre ministres de son Fils, afin que par eux il communiquast sa sapience céleste aux hommes : et pourtant ils ne doyvent point passer plus outre. Or il semble qu’il baïlle obliquement une attache aux Corinthiens, lesquels laissans en arrière les mystères célestes, avoyent commencé à préndre par trop plaisir à des inventions * estranges : et pourtant n’avoyent en estime leurs Docteurs, qu'à cause d’un sçavoir profane. Au reste, c’est un beau titre quil donne à l'Evangile, quand il appelle les choses qui sont là contenues, Les secrets de Dieu. Cependant, comme ainsi
SUR LA Jre ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
soit que les Sacremens sont choses conjointes avec ces mystères et secrets, comme dépendances d’iceux, il s’ensuit bien que ceux qui ont la charge d’administrer la Parole, sont aussi légitimes dispensateurs des Sacremens.
2 Mais au reste il est requis entre les, etc, Comme s’il disoit, Ce n’est point assez d'estre dispensateur, si la dispen-
sation n’en est droite. Or la règle de droite dispensation, est de se gouverner fidèlement en icelle. Ce lieu-ci est digne d’estre diligemment noté: car nous
voyons que les Papistes maintienent fière-
ment et d'une façon magistrale, que tout ce qu’ils font et enseignent doit estre receu pour bon, seulement sous couleur de ce qu’ils sont nommez pasteurs. Mais tant s’en faut que sainct Paul se contente du titre, que mesme ce ne luy est point assez qu’on soit légitimement appelé, si celuy qui est appelé, ne se gouverne fidèlement en son office. Toutes fois et quantes donc que les Papistes nous mettront en avant un masque de quelque nom, pour maintenir la tyrannie de leur idole, respondons-leur que sainct Paul requiert bien d'avantage és ministres de Christ.
Combien que non-seulement la fidélité en l'exercice d'office défaut au Pape et à toute sa bande, mais le ministère mesme, si on considère toutes choses deuëment.
Au reste, ce passage ne fait pas seulement contre les meschans docteurs, mais aussi contre tous ceux qui tendent à un autre but, qu’à la gloire de Christ, et à l'édification de l'Eglise. Car il ne faut-pas penser que tous ceux qui énseignent la vérité, soyent pourtant fidèles ministres, mais seulement ceux qui taschent de servir au Seigneur, et avancer le royaume de Christ sans feintise. Aussi ce n’est pas Sans cause que sainct Augustin parlant des mercenaires, leur assigne un dégré moyen entre les loups et les bons Docteurs. Au surplus, quant à ce que Christ requiert én un bon dispensateur qu’il y ait aussi prudence, il parle certes plus clairement que sainct Paul: nonobstant C’est un mesme sens.
Car Christ entend par Fidélité une rondeur de conscience, laquelle doit estre 4) Luce, XIL 42,
accompagnée de bon et sage conseil :
. Sainet Paul par le fidèle ministre, entend celuy qui avec science et bonne discrétion, et d’un cœur droit, fait ofiice d’un bon et vray ministre.
3 Quant à moy, ilme chaut bien peu.
Il restoit qu’il produisist en avant $a fidé- ‘lité, afin que par cela les Corinthiens jugeassent de luy. Mais pource que leur jugement estoit corrompu, il en appelle au siége judicial de Christ, ne se souciant point de leur jugement. Les Corinthiens failloyent en cela, qu’ils estoyent ravis en admiration de ces masques externes, comme gens tout transportez, el ne regardoyent point à discerner vrayement he proprement. Il déclare donc d’une grande hardiesse, qu’il ne luy chaut de leur jugement pervers et aveuglé. En quoy d’un costé il rembarre fort bien la vanité des faux-apostres, qui ne pourchassoyent autre chose que la faveur des hommes, et se pensoyent estre bien-heureux d’estre en admiration au peuple : et d'autre part il reprend aigrement larrogance et orgueil des Corinthiens, qui estoit cause qu'ils estoyent si aveugles en jugeant. Mais on pourroit demander comment et à quel titre il a esté licite à sainct Paul, non-seulement de rejetter la cen- .sure d’une Eglise, mais aussi s’exempter du jugement des hommes. Car ceste condition est commune à tous Pasteurs, d’estre jugez de l’Eglise. Je respon, que le devoir d’un bon Pasteur est de souffrir que l'Eglise examine sa doctrine et sa vie : et que cela est un signe de bonne conscience, de ne fuir point la lumière de l’examen. Comme sans doute sainct Paul estoit prest de se soumettre au jugement de l'Eglise de Corinthe: et estant appelé, de rendre raison tant de sa vie que de sa doctrine, si entr'eux il y eust eu une légitime et droite façon de juger:
comme bien souvent il leur attribue ceste puissance, et de son bon gré il les prie instamment qu'ils vueillent droitement juger. Mais quand le fidèle Pasteur se voit opprimer par affections iniques et perverses, et que vérité et équité n’ont point de lieu, il doit appeler Dieu pour Juge, et recourir à son siége judicial, ne se sSouciant point des opinions des hom
Cuar. IV.
mes: ét singulièrement, quand il ne pourra obtenir qu’il en soit vrayement et deuëment cognu. Que donc les serviteurs du Seigneur ayent souvenance qu’il leur en faut faire ainsi, qu’ils souffrent que leur doctrine et leur vie soit examinée, et mesme qu’ils sy présentent volontairement. Si on leur objecte quelque chose, qu’ils ne facent point difficulté de respondre. Mais quand ils se verront estre condamnez sans avoir esté ouys en leurs défenses, et qu’on jugera sans cognoissance de cause, qu’en tel cas ils ayent ce bon cœur, et se conferment en ceste magnanimité d’attendre en toute constance et asseurance Dieu pour juge, sans se soucier cependant des jugemens des hommes. Ainsi jadis il a falu que les Prophètes, d'autant qu'ils avoyent affaire à des gens opiniastres, et pleins de rébellion, et qui ne faisoyent point de difficulté de mespriser la parole de Dieu en la personne d’iceux, s’eslevassent haut, et prinssent courage pour fouller aux pieds ceste obstination diabolique, laquelle évidemment renversoit tant la domination de Dieu, que la lumière de vérité. Mais si quelqu'un pour chercher subterfuge, en appelle devant Dieu, combien qu’il luy soit loisible de se défendre, ou pour le moins qu’il ait besoin de se purger : en cela il ne testificra point son innocence, mais plustost se démonstrera estre merveilleusement impudent. Ov de jour humain, Combien que les autres lexposen autrement, toutesfois le sens le plus simple, selon mon opinion, est que le jour est yci prins par similitude pour Jugement, d'autant qu’il y à jours ordonnez pour juger et faire droict, et aussi que la coustume est és procès, d’adjourner le défendeur à certain jour. Il appelle Jour humain, quand on n’y juge point selon la vérité et la parole de Dieu, mais selon les sottes affections ou les mouvemens té-
méraires des hommes : et pour dire brief-= .
vement, quand Dieu ne préside point.
Que les hommes, dit-il, se mettent en siége pour juger tant qu’ils voudront, ce m'est assez que Dieu mettra à néant tout ce qu’ils auront prononcé. Aussi je ne me juge point moy-mesme. Le sens est tel, Je ne m’ose pas juger moy-mesme,
Cuar. IV.
jà soit que je me cognoisse bien : comment donc me jugerez-vous, vous qui ne me cognoissez pas si bien? Or il prouve qu’il ne s’ose juger, parce que combien qu’il ne se sentist en rien coulpable, nonobstant il n’estoit point pour cela justifié devant Dieu. Il conclud donc, que 6e que les Corinthiens usurpent à eux, appartenoil seulement à Dieu. Après, dit-il, que je me suis bien fondé moy-mesme, j’appercoy bien que je n’ay pas les yeux tant aigus, que je puisse entièrement cognoistre quel je suis : et pourtant je laisse cela au jugement de Dieu, qui seul peut juger, et à qui ce droict appartient proprement. Et vous, par quelle raison usurpez-vous d'avantage ? Or pource que ce seroit une chose fort absurde de rejetter toutes sortes de jugement, tant le jugement qu’un chacun doit faire à part de soy-mesme, que celuy qu'un chacun peut faire de son prochain, ou que tous ensemble peuvent faire de leur pasteur : il faut entendre que sainct Paul ne parle pas vei des faits des hommes, qui peuvent estre jugez bons ou mauvais par la parole de Dieu :
mais de Pexcellence d’un chacun, laquelle ne doit point estre estimée au plaisir des hommes. C’est à Dieu seul de déterminer combien un chacun est grand, et de quel honneur il est digne. Or les Corinthiens ne tenans conte de S. Paul, magnifioyent trop les autres, comme si ceste cognoissance eust esté soumise à leur jugement, laquelle appartenoit à Dieu seulement.
C’est ci le jour humain duquel il a parlé ci-devant, quand les hommes montent en siége pour juger : et comme s'ils estoyent dieux, prévienent le jour de Christ, lequel seul est ordonné Juge par le Père :
ils assignent à chacun son degré d’honneur : mettent les uns au haut lieu, et renvoyent les autres aux bas siéges.
Mais quelle règle ont-ils pour discerner ?
Ils ont seulement esgard à ce qui apparoist par dehors : tellement que ce qu’ils estiment haut et honorable, est bien souvent une abomination devant Dien. Si on vouloit encore objecter, que les Ministres l'de la Parole peuvent estre discernez en ce monde par leurs œuvres, comme les arbres par leurs fruits: je confesse que Cela est bien vray: mais il faut considé-
SUR LA Jre ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
rer à qui S. Paul a ‘eu affaire, asçavoir à ceux qui en jugeant ne regardoyent autre chose qu’à la pompe et ostentation, et qui s'attribuoyent une puissance de laquelle s'est déporté Jésus-Christ en ce monde :
d’assigner place à un chacun au royaume de Dieu. Il ne défend donc point que nous n’ayons bonne opinion de ceux lesquels nous avons trouvé estre fidèles, et que nous ne les renommions tels. Il ne défend point aussi que nous ne jugions les mauvais ouvriers par la parole de Dieu : mais il condamne ceste témérité, quand sans cognoissance de cause (comme on dit) les uns sont préférez aux autres par ambition, et non point selon qu’ils en sont dignes.
4 Je ne me sens en rien coulpable.
Notons que S. Paul ne parle pas yci de toute sa vie, mais seulement de sa charge d’Apostre. Car la complainte qu'il fait, Rom., VII, 45, déplorant de ce qu’il fait le mal qu'il ne veut pas, et que péché Vempeschoit de s’addonner du tout à Dieu, ne seroit pas vraye, s’ilne se sentoit en rien coulpable. Il sentoit donc bien que péché habitoit en luy, et le confessoit: mais en son office d’Apostre (dont il parle yci) il s’estoit porté si rondement et fidèlement, que sa conscience ne le redarguoit en chose quelconque.
Il fait yci une protestation qui n’est pas petite, et qui déclare apertement combien sa conscience estoit pure et nette :
toutesfois il dit qu’il n’est point justifié pourtant : c'est-à-dire, pur et exempt de tout péché devant Dieu. Pourquoy ? Certes pource que Dieu ha la veuë plus aiguë que nous: et pourtant ce qui nous semble bien pur et net, est ord et sale devant ses yeux. C’est une belle et bien utile admonition, que nous ne mesurions point la sévérité du jugement de Dieu selon nostre opinion. Car nous avons les yeux offusquez, et Dieu ha un œil qui est plus que clair voyant. Nous-nous flattons par trop en nous jugeant, et Dieu est juge très sévère. Parquoy ce que dit Salomon, est vray, Qu'il semble avis à un chacun qu’il va droit, mais le Seigneur poise les cœurs, Prov., XXI, 2. Les Papistes abusent de ce passage pour esbranler Ja certitude de la foy, Et vrayement
je confesse, que si ce qu’ils enseignent estoit receu, nous ne pourrions faire autre chose en toute nostre vie que malheureusement trembler. Car quelle tranquillité pourront avoir les consciences, s’il faut conclure par les œuvres, asçavoir si nous sommes agréables à Dieu ?
Je confesse donc que du principal fondement des Papistes il ne s'ensuit autre chose qu’un trouble perpétuel aux povres consciences. Et pourtant nous enseignons qu’il faut recourir à la promesse gratuite de la miséricorde de Dieu, laquelle nous est offerte- en Christ: afin que nous sçachions certainement que Dieu nous répute justes.
.. 5 Parquoy ne jugez rien devant le temps. 11 appert par ceste conclusion, que S. Paul n’a pas voulu reprendre indifféremment toutes sortes de jugemens:
mais seulement celuy qui est fait à la volée, et sans cognoissance de cause. Car les Corinthiens ne regardoyent pas d’un œil pur et droit quel estoit un chacun :
mais estans aveuglez d’ambition, eslevoyent l’un, et abbaïissoyent Pautre sans cause; et s’ingéroyent de prononcer de la dignité d’un chacun plus qu’il n’estoit licite aux hommes: Sçachons donc qué c’est qui nous est permis, que c’est qui est maintenant en nostre cognoissance, et aussi ce qui est différé jusques au jour de Jésus-Christ, et n’entreprenons point de passer plus outre. Car il y a des choses lesquelles nous apparoissent à l’œil
Caié IN
dés maintenant: les autres demeurent ensevelies jusques au jour de Christ. Lequel esclaircira. Si ceci est dit vrayement et proprement du jour de Christ, il
s'ensuit que les choses ne sont jamais si -
bien ordonnées en ce monde, qu’il n’y eñ ait beaucoup enveloppées de ténèbres:
qu’il n’y a jamais tant de lumière, que beaucoup de choses ne demeurent en obscurité. Je parle de la vie des hommes, et de leurs faits. FI explique au second membre qui est la cause de l’obseurité et confusion, que toutes choses ne soyent maintenant ouvertes : asçavoir pource qu'il y a de merveilleux destours, et trèsprofondes cachetes és cœurs des hommes. Parquoy il y aura tousjours des ténèbres, jusques à ce que les pensées des cœurs soyent révélées, Et alors un chacun aura louange de Dieu. Comme s’il disoit, Maintenant vous Corinthiens, coufonnez les uns, et renvoyez les autres avec ignominie, comme si vous estiez les juges du combat. Mais ce droict ét office appartient seulement à Christ: Vous-vous entremettez devant le temps, avant qu'on Cognoisse qui est celuy qui est digne d’estre couronné : mais le Seigneur à limité le jour auquel il Je révélera. Geste parole procède d’une asseuranee de bonne conscience, laquelle aussi nous apporte ce-bien, que remettans nostre louange entre les mains de Dieu, nous n’estimons rien la vaine faveur des hommes.
6 Or mes frères, j'ay tourné cela par une facon de parler sur moy et sur
Apollos, à cause de vous: afin qu'appreniez en nous, que personne ne pré-
sume outre ce qui est escrit : à celle fin que l'un pour l'autre ne s'enfle contre
autruy. à 1 Car qui est-ce qui te met en réputation? Et qu'est-ce que tu as; que tu n'ayes receu? Et si tu l'as receu, pourquoy t'en glorifies-tu, coinme situ ne
l’'avois point receu?
8 fous esles desjà soulez: vous estes desjà enrichis : vous estes faits rois
sans nous: el à la miene volonté que vous régnissiez : afin que nous aussi ré-
gnions avec vous,
6 J'ay tourné cela par üne, etc. On peut recueillir de ceci, que ceux qui aimoyent S. Paul, n’avoyent point eslé cause de ces divisions et partialitez: comme à la vérité ils n’avoyent point esté ainsi ensei-
gnez, ains ceux qui paf ambition s’es= toyent asservis à ces docteurs pleins d’ostentation. Maïs pource qu’il pouvoit plus librement et avec moins d'envie mettre en avant son nom et celuy de ses
JS br 1
Caap. IV.
frères, il a mieux aimé monstrer en sa personne le vice qui estoit aux autres: et quant et quant il taxe en termes assez fascheux ceux qui estoyent les autheurs de sectes, et monstre au doigt la source de laquelle procédoit ce divorce mortel.
Car il remonstre que s'ils se contentent, de bons et fidèles Docteurs, ils seront hors de danger d’un tel mal, 4fin qu'appreniez en nous. Aucuns exemplaires ont, En vous. Tous les deux convienent bien, et le sens n’en est nullement changé. Car voylà que sainct Paul entend: Par manière d'exemple j'ay transféré ces choses en moy etApollos : afin que transfériez à VOUS aussi cest exemple. Apprenez donc en nous, c’est-à-dire, en cest exemple léquel je vous ay proposé en nostre personne, comme en un miroir. Ou, Apprenez en vous: c’est-à-dire, accommodez cest exemple à vous-mesmes. Mais que veut-il qu’ils apprenent ? Que nul ne s’es-
lève en orgueil contre un autre pour son
Docteur : c’est-à-dire, qu’ils ne s’enorgueillissent point de leurs Docteurs, et qu’ils n’abusent point des noms d'iceux à faire des partialitez, et diviser l'Eglise par discords et débats. Il faut yei noter qüe lorgueil et fierté de courage, est cause et source de toutes contentions :
asçavoir quand chacun s’attribuant plus que de raison, veut assujettir les autres à soy. Ceste particule, Outre ce qui est escril, peut éstré exposée en deux sortes : où qu’elle soit rapportée aux escrits de Sainct Paul, üu aux tesmoignages de l'Escriture, qu'il a alléguez. Mais pource que ceci n’est pas de grande importance, les lecteurs éliront librement lequel des deux ils voudront.
7 Car qui est-ce qui te met en répu-
. tation? Le sens est, Viené en avant ces-
tuy-là, quel qu'il Soit, qui veut apparoistre, et qui trouble l'Eglise par son ambition, je luy demanderay qui c’est qui le
préfère aux autres: c’est-à-dire, qui c’est
qui luÿ à baillé ce privilége, qu’il soit
exempt du rang des autres, et qu’il soit
nÉ:
plus haut eslevé que les autres. Or toute ceste raison dépend de l’ordre que le Seigneur à institué en son Eg'ise, que les membres du corps de Christ soyent unis ensemble, et que chacun d’iceux soit con-
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
tent de son lieu, de son ordre, dé s0n office, et honneur. Si quelque mettibré se vouloit oster de sa place, pour passér en la place d’un autré, et prendre par force l’office d’iceluy, que deviendroit tout le corps? Sçachons donc que le Seigneur nous à ainsi ordonnez en l'Eglise, et ainsi donné à Chacun sa place et son office, afin qu’éstans sous un chef, nousnous entre-aidions les uns les autrés.
Sçachons aussi que nous avons ainsi esté douez de diverses grâces, afin qu’avéé modestie et humilité nous servions au Seigneur, et procurions la gloire dé celuÿ qui nous a donné tout ce qüe nous avons.
Ceci donc à esté un trèsbon remède pour corriger l'ambition de ceux qui se vouloyent faire valoir : asçavoir de les ramener à Dieu : afin qu'ils cognussent qu’il pe gist pas au plaisir d’un chacun destre fait grand ou petit: mais que cela appartient seulement à Dieu. D’avantage, que Dieu ne donne tant de grâces à aucun, que cestuy-là soit exalté et eslevé jusques au degré du Chef : mais qu’il distribue tellement ses biens, que luy seul est glorifié en toutes choses. Au reste, le mot Grec yci mis signifie proprement, Discerner: et yci il se prend pour Rendre excellent ou Mettre en réputation. Cependant S. Augustin ne fait point improprement, quand en plusieurs endroits il maintient par ce passage à l’encontre des Pélagiens, que tout ce qu’il ÿ a d’excellence en l’homme, né luy vient point naturéllement, en sorte qu'on le puisse attribuer où à nature, où au lignage: aussi qu’il ne lacquiert point par le libéral arbitre, en sorte qu'il mérite dévant Dieu, mais procède de sa pure et gratuite miséricorde.
Car il n’y à point de doute que S. Paul
yci n’oppose la grâce de Dieu au mérite ou à la dignité des hommes, comme es- {ans choses contraires. Et qu'est-ce que tu as, etc. C’est une confirmation de la sentence précédente : car celuy qui n’ha rien plus excellent que les autres, ne Se peut à bon droict eslever. Car quelle plus orande vanité y a-il, que de se glorifier sans qu'il y ait matière? Or il n'y a homme, quel qu’il soit, qui ait quelque excellencé de soy-mesme. Celuy donc qui s’exalte, est fol et Sot. C’est ci le vray
fondement de la modestie Chrestienne, de ne nous plaire point en nous-mesmes, d'autant que nous-nous cognoissons estre vuides de tous biens: que si Dieu a mis en nous quelque chose de bon de considérer que tant plus sommes-nous redevables à sa grâce : brief qu’il ne faut point que nous nous glorifions en chose que ce soit (comme dit sainet Cyprien) d'autant qu'il n’y à rien qui soit nostre. Pourquoy l'en glorifies-lu, comme si tu ne l'avois point receu? Considérons qu’il ne nous reste rien pour nous glorifier, quand ce que nous sommes, nous le sommes par la grâce de Dieu. Et c’est ce que nous avons veu au premier chapitre, que Christ nous est la source de tous biens, afin que nous apprenions de nous glorifier au Seigneur: ce que nous ferons, quand nous renoncerons à nostre propre gloire.
Car Dieu n’a jamais son droict, sinon que nous soyons du tout anéantis : tellement qu’on apperçoyve que tout ce qui est en nous digne de louange, vient d’ailleurs.
8 P’ous estes desjà soulez. Après avoir réprimé leur arrogance apertement et sans figure: maintenant il la taxe encore, usant d’ironie, c’est-à-dire d’une façon de parler qui sonne en mocquerie, pour autant qu’ils se plaisoyent si fort, comme s'ils eussent esté les plus heureux du monde. Or il procède par degrez à exprimer leur arrogance : premièrement il dit qu’ils sont soulez : et cela se réfère au temps passé : puis après il dit qu’ils sont enrichis : et cela Se rapporte au temps à-venir : finalement il dit qu’ils sont faits rois : et ceci est beaucoup plus que les deux autres. Comme s’il disoit, Que serace de vous, veu que non-seulement il vous semble avis que vous estes soulez pour le présent, mais aussi que vous estes riches pour l’advenir P et qui plus est,
CHap. IV.
que vous estes Rois ? Et quant et quant il leur reproche tacitement leur ingratitude, de ce qu’ils estoyent si outrecuidez de le mespriser, ou plustost ceux par lesquels ils avoyent receu tout le bien qu'ils avoyent Sans nous, dit-il. Car Apollos et moy ne sommes nullement estimez envers vous, et toutesfois par nostre moyen Dieu vous a conféré toutes choses. Quelle inhumanité est-ce là de se complaire és dons de Dieu : et cependant avoir en mespris ceux par lesquels on à receu ces dons? Æt à la miene volonté, etc. I proteste yei qu'il n’est point envieux de leur félicité, s’ils en ont aucune , et que dés le commencement il n’a point cherché de régner entr’eux, mais seulement de les amener au royaume de Dieu. Toutesfois au contraire, il démonstre que ce royaume duquel ils se vantoyent , n’estoit qu'une imagination , et que leur gloire estoit fausse et dangereuse. Car il n’y a point d'autre vraye gloire, sinon celle de laquelle jouissent en commun tous les enfans de Dieu sous leur Chef Jésus-Christ, et un chacun d’iceux selon la mesure de la grâce qu’il a receue. Car voyei qu’il signifie par ces paroles, Afin que nous régnions avec vous. Vous estes si grans et braves selon vostre opinion, que vous ne faites point de difficulté de me mespriser, et mes semblables : mais avisez que c’est bien en vain que vous vous enorgueillissez. Car vous ne pouvez avoir aucune gloire devant Dieu, que nous n’en soyons participans. Car si cela vous tourne à gloire d’avoir l'Evangile de Dieu, et que sera-Cce à nous, qui vous l'avons apporté par nostre ministère ? Mais certes c’est une folie et bestise commune à tous orgueilleux, qu’en tirant tout à eux, ils se despouillent de tous biens, et mesme renoncent l'espérance de salut éternel.
9 Certes je pense que Dieu nous a mis en monstre, nous, di-je, qui sommes les derniers Apostres, comme gens condamnez à mort : car nous sommes faits un spectacle au monde, et aux Anges, et aux hommes.
10 Nous sommes fols pour l'amour Christ : nous sommes débiles, et vous forts :
de Christ, mais vous estes sages en vous estes nobles el nous vileins.
AA Jusques à cesle heure nous avons et faim et soif, et sommes nuds, et som-
mes buffetez, et sommes vagabons,
Car. IV.
SUR LA re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS. 333
12 Et travaillons ouvrans de nos propres mains. On dit mal de nous, et nous bénissons : nous sommes persécutez, et nous l'endurons :
13 Nous sommes blasmez, et nous prions : nous sommes faits comme les abominations de ce monde, et comme l'ordure? de tous jusques à maintenant.
14 Je n'escri point ces choses pour vous faire honte : mais je vous admo-
nesle comme mes chers enfans.
45 Car quand vous auriez dix mille pédagogues en Christ, néantmoins vous n'avez point plusieurs pères : car c'est moy qui vous ay engendrez en Jésus-
Christ par l'Evangile.
1) Ou, balieures de ce monde. 2) Ou, la raclure.
9 Certes je pense. Il est incertain s’il parle seulement de soi-mesme, ou sil comprend aussi Apollos et Sylvain : car quelques fois il appelle telles gens Apostres : toutesfois j'aime mieux lentendre de luy seul : que si quelqu'un le veut estendre davantage, je l’endureray facilement, pourveu qu'il ne le prene pas comme Chrysostôme, Que tous les Apostres ont esté comme par ignominie et déshonneur renvoyez au dernier lieu, et bien peu estimez. Car il n’y a point de doute qu’il appelle Derniers ceux qui avoyent esté receus à l’estat d'Apostre depuis la résurrection de Christ. Or il concède qu’il est semblable à ceux qu’on monstre publiquement au peuple, pour les mener puis après à la mort. Car le verbe Grec que nous avons traduit Hettre en monstre, Signitie cela: comme quand on faisoit un triomphe, on pourmenoit par toute la ville les povres prisonniers , lesquels puis après on menoit droit en prison pour les estrangler. Il exprime ceci plus clairement, quand il adjouste qu'il « esté fait un. spectacle à tous. Voyci quelle est ma condition, dit-il, qu’on face un spectacle de mes mi-
sères au monde (comme ceux qui sont
condamnez à servir de passetemps en
- combatant contre des bestes , ou contre
d’autres au jeu de l'escrime , ou à autre espèce de supplice, sont amenez devant tout le peuple) et ce non point devant
peu de gens, mais devant tout le monde.
… Considérons yei la constance admirable
de sainct Paul, lequel se voyant estre
ainsi traitté de Dieu, toutesfois ne per-
doit point courage. Car il n’impute pas à la malice des meschans, ce qu'il estoit
ainsi comme mené en théâtre pour estre - fait spectacle à tous, et mis en mocque-
rie : mais il attribue tout cela à la providence de Dieu. Le second membre, 4w monde et aux Anges: je le pren par forme d'exposition, en ce sens, Je suis proposé pour spectacle, non-seulement en terre, mais aussi au ciel. On a exposé communéement ce passage des diables , pource qu’il sembloit absurde de le rapporter aux bons Anges : mais sainct Paul n'entend pas que tous ceux qui sont tesmoins de sa calamité, prenent plaisir pourtant en ce spectacle : seulement il veut dire, qu'il est tellement gouverné par le Seigneur, qu’il semble estre ordonné à servir de mocquerie et de passetemps à tout le monde.
10 Nous sommes fols pour l'amour de Christ. Ceste antithèse est toute ironique et plene aiguillons : pource certes que c’estoit une chose absurde et déshoneste que les Corinthiens fussent en toutes sortes bien-heureux et pleins d'honneur selon la chair, et que cependant ils veissent leur précepteur et père estre afiligé de toutes sortes de calamitez, et. d’extréme ignominie. Car ceux qui pensent que sainct Paul s’abbaisse si bas , afin d'attribuer à bon escient aux Corinthiens ce qu’il confesse luy défaillir, peuvent estre aiséement réfutez par ce qui est adjousté puis après. Ce qu’il appelle donc les Corinthiens sages en Christ, forts et nobles: c’est une concession ironique , c’est-à-dire , qu’il leur accorde ce dont ils se vantoyent , mais c’est par mocquerie : comme s’il disoit , En faisant profession de l'Evangile, vous voulez avec cela estre estimez prudens, en lieu que je ne vous ay peu annoncer Christ autrement, sinon qu’en me rendant fol selon le monde. Maintenant, puis qu'ainsi est que j’ay enduré volon-
tiers d'estre fol, ou d’estre estimé tel pour l’amour de vous, avisez s’il est raisonnable que vous vueilliez estre estimez prudens. Comment ceci convient mal à moy, qui ay esté vostre précepteur, que je soye fol pour Christ, et que vous demeuriez sages ! Et par ce moyen ce mot Sagesse en Christ, n’est pas yei pris en bonne part : car il se mocque des Corinthiens, de ce qu’ils vouloyent mesler Christ et la prudence de la chair ensemble, d'autant que cela estoit vouloir conjoindre deux choses totalement contraires. [l en faut tout autant dire des membres subséquens, Fous estes forts, dit-il, et nobles: c’est-à-dire, Vous vous glorifiez és forces et richesses de ce monde, et ne pouvez pas porter l’ignominie de la croix. Et cependant, est-ce raison que pour l'amour de vous je soye vilein, contemptible, et exposé à beaucoup dinfirmitez ? Or ceste complainte est d'autant plus picquante et aigre, pource qu’envers eux aussi il estoit estimé infirme et contemptible. Brief, il se mocque de leur vanité, et de ce qu’en renversant l’ordre, eux qui estoyeut enfans et disciples , vouloyent estre estimez honorables et nobles, cependant que leur père estoit en vile réputation, et exposé à tous les opprobres du monde.
A4 Jusques à ceste heure nous avons el faim et soif, et sommes nuds, sommes buffetez, et sommes vagabons.
L’Apostre descrit vei sa condition comme en un tableau, afin que les Corinthiens apprenent par son exemple à abbaisser ces.grans cœurs, et embrasser la croix de Christ d’un cœur débonnaire. Or il use d’un grand artifice, entant qu'en récitant les choses lesquelles Pavoyent rendu contemptible, il démonstre par effet sa fidélité singulière , et un merveilleux et continuel soin d'avancer l'Evangile : et d'autre part il taxe ses envieux tacitement, lesquels combien qu’ils n’eussent encore monstré aucune telle espreuve, vouloyent toutesfois estre réputez les plus grans. Quant aux mots, il n’y à point d'obscurité, sinon qu’il faut noter la différence extre deux termes desquels nous avons traduit le premier, On dit mal de nous : le second, Nous sommes
nos propres MANS : POUF MIEUX EXPri-
| chanique. Comme s'il disoit, Non-seule- .
‘ment je gaigne ma vie de mon propre la-
Car: IN.
blasmez. Or le premiér signifie non-seu- À lement se gaudir d’un homme, mais aussi toucher son honneur comme en le blasonnant, et le navrer en termes picquans: M ce que nous disons communéement ,
Mordre en riant. Le second signifie quand on détracte apertement de quelqu'un sans user de couverture de paroles. Quand il M dit qu’il est persécuté, et qu’il l’endure : « qu’il prie pour ses mesdisans : il signifie M que non-seulement il est affigé et bumilié de Dieu par la croix : mais aussi qu” 1 s’humilie volontairement. En quoy par- L aventure il taxe les faux-apostres, qui M estoyent si délicats et efféminez qu'ils ne M pouvoyent souffrir qu'on les touchast , « non. pas du petit doigt tant seulement.
Parlant de son travail, il adjouste D
mer que c'estoit un mestier vile et mé-
beur, mais dun labeur sordide , travail | | ant de mes mains.
13 Comme les abominations de ce“ monde, et comme lordure de tous FA 4 ques à maintenant. }] use de deux die tions, desquelles la première signifie un.
homme qui par exécrations publiques est voué pour la purgation de toute la ville :" comme c’estoit une chose qui se. faisoii M anciennement entre les Payens. Hs me-m noyent telle manière de gens qui es toyent ainsi maudits, par tous les carrefours de la ville, afin qu ils emportassent à avec eux tout ce qui estoit de malédietion en tous les coins, et que la ville er fust plus purifiée. Au reste, pource que PApostre a dit, Abominations au nombre plurier, il semble qu’il ne parle pas € 4 soy seulement, mais des autres aussi qui estoyent ses COMpagNOns, et qui n'es.
toyent pas moins mesprisez des Cori thiens que luy : toutesfois il n’y a point de raison qui nous contraigne d'estendre à plusieurs ce qu’il dit. La seconde dic= tion signitie des scieures ou limeures, elle signifie aussi les ballieures d'u maison. Or quant à l'intelligence dec présent passage, sainct Paul pour expiié mer l’abjection extrême de sa personne, dit qu’il est en horreur et omis tout le monde, comme un homme €
Cuar, IV.
tiné à porter toutes les exécrations et maudissons du monde, et qu’il put à tous comme les ordures ou ballieures d’une maison. Il ne veut pas toutesfois dire par la première similitude, qu’il soit la victime offerte pour la purgation des péchez : mais seulement que quant à opprobres et outrages, ne diffère en rien de celuy sur lequel tous jettent ensemble des exécrations et maudissons.
44 Je wescri point ces choses pour vous. Pource que les ironies précédentes estoyent picquantes, et pouvoyent aigrir les cœurs des Corinthiens, il prévient le mal-contentement qu’ils en pouvoyent prendre, en protestant que ce qu'il a dit, il ne l’a point dit pour leur faire honte, mais plustost pour les admonester d’une affection paternelle. Il est bien vray que la nature et vertu d’un chastiment procédant d’un"père, est de faire honte à son fils : çar le commencement d'amendement est en la honte, laquelle le fils conçoit quand son père luy reproche son péché. Le père donc en chastiant son fils par paroles, prétend là : asçavoir, d’amener son fils à une desplaisance de soy-mesme. Et nous voyons que ce que le sainct Apostre a dit jusques yci, tend à cela que les Corinthiens ayent honte d’eux-mesmes. Et mesme il protestera un peu ci-après, qu’il leur raconte leurs vices, afin qu’ils commencent à en avoir * honte. Mais il veut yci dire seulement, que son but n’est point de les diffamer, ou de mettre en avant leurs péchez, comme prenant plaisir à user de reproches envers eux. Car celuy qui admoneste en affection d'ami, tasche sur toutes choses que toute la honte demeure entre luy et celuy lequel il admoneste, et que par ce moyen elle soit ensevelie : mais -celuy qui reproche par mauvaise affection, il fait telle honte à celuy lequel il . redargue de son péché, qu’il lexpose en opprobre à tous. Sainct Paul donc nie
Simplement avoir dit par reproche les choses qu'il avoit dites, ne pour blesser leur bonne réputation : mais que plustost
il les avoit admonestez d’une affection |
paternelle de ce qu’il requéroit en eux.
Mais à quoy tend ceste admonition ? Afin
enflez de vaines persuasions seulement, apprinssent avec Iuy à se glorifier en Phumilité de la croix, et ne l’eussent plus en mespris pour les causes pour lesquelles il estoit à bou droict honorable devant Dieu et les Anges. Brief, afin que despouillans leur arrogance accoustumée, ils estimassent plus les marques et flétrissures de Christ en luy, qu’une ostentation vaine et fardée és faux-apostres.
Or il faut que les docteurs et Ministres recueillent de ceci, qu’il faut tousjours user de telles modérations és corrections, qu’ils n’aigrissent point par trop grande rudesse les cœurs de ceux qu’ils veulent corriger : et comme on dit en proverbe vulgaire, qu'il faut tousjours mesler du miel ou de lhuile avec le vinaigre : et sur toutes choses qu'il se faut garder que ceux lesquels ils corrigent, ne pensent qu'ils se mocquent d'eux, où qu’ils prenent plaisir à leur confusion : mais que plustost il faut qu'ils taschent de donner à cognoistre qu’ils ne cherchent autre chose sinon de procurer leur salut. Car que proufitera le Ministre en criant, s’il n’assaisonne l’aigreur de son objurgation par telle modération que j'ay dite? Parquoy si nous voulons proufiter en corrigeant les vices des autres, il leur faut donner à cognoistre que nos corrections partent d’une affection d’ami.
15 Car quand vous auriez dix mille maistres. 1 s’estoit nommé leur père : et maintenant il démonsire que ce titre luy est propre et particulier envers eux :
d'autant que luy seul les a engendrez en Christ. Or en ceste comparaison il regarde aux faux-apostres, ausquels les Corinthiens déféroyent tant, que sainct Paul n’estoit presque rien estimé envers eux. Il les admoneste donc de penser quel honneur est deu à un père, et quel à un pédagogue. Comme s’il disoit, Vous avez en révérence ces nouveaux docteurs.
Je le vueil bien, moyennant qu’il vous souviene que je suis vostre père, et eux seulement vos pédagogues. Or en s’attribuant authorité, il démonstre qu’il ha bien une.autre affection que n’avoyent ceux lesquels ils estimoyent tant. Comme
certes que les Corinthiens, qui estoyent | s’il disoit, Ils travaillent à vous ensei-
gner. Ainsi soit: mais l’amour, la sollicitude et la volonté d’un père, sont bien autres que celles d’un pédagogue. Au reste, quel mal y auroit-il, quand nous dirions qu'il fait aussi une allusion à ceste petitesse et enfance en la foy, laquelle il leur a ci-dessus objectée ? Car combien qu’en fierté les Corinthiens fussent des géans, ils estoyent néantmoins enfans en la foy : et pourtant à bon droict ils sont renvoyez à des pédagogues. Aussi par ces mots est taxée la mauvaise procédure et façon d'enseigner des docteurs, d'autant qu'ils amusoyent leurs disciples aux premiers rudimens et petis commencemens , et les tenoyent
tousjours là, afin de les avoir tousjours |
sous leur maistrise. Car c'est moy qui vous ay enseignez en Christ. C’est la raison pourquoy il doit estre seul estimé père de l'Eglise des Corinthiens : asçavoir, pour autant qu'il Va engendrée. Et certes il descrit vei par paroles trèspropres la génération spirituelle : quand il dit qu'il a engendré en Christ, qui seul est la vie de l’âme : et pour la cause formelle (qu’on appelle) il met l'Evangile.
Notons donc que lors nous sommes vrayement engendrez devant Dieu, quand nous sommes insérez en Jésus-Christ, hors lequel nous ne trouverons que toute mort : et que cela se fait par l'Evangile :
d'autant que comme ainsi soit que de nature nous ne soyions que chair et foin, la parole de Dieu (comme S. Pierre en sa are épistre, chap. E, v. 24, enseigne par Isaïe, chap. XL, v. 6) est la semence incorruptible par laquelle nous sommes renouvelez en vie éternelle. Que PEvangile soit osté, et nous demeurerons tous maudits et morts devant Dieu. Ceste mesme parole par laquelle nous sommes engendrez, nous sert puis après de laict pour nous nourrir. Elle nous est aussi semblablement viande solide, pour nous entretenir en vie perpétuelle. Or si quelqu'un met en avant, Puis que tous les jours nouveaux enfans sont engendrez à Dieu en son Egiise, pourquoy c’est que S. Paul dit que ceux qui luy avoyent succédé, n’estoyent point pères ? La solution est facile à donner : asçavoir qu’il parle.
yci du commencement de l’Eglise, Car
Cuar. IV.
combien que plusieurs eussent esté engendrez par le ministère des autres, toutesfois cest honneur demeuroit entier à saînet Paul, que luy seul avoit fondé l'Eglise de Corinthe. Si on demande derechef, Asçavoir si tous les ministres et Pasteurs ne doyvent point estre réputez pour pères : et si ainsi est, pourquoy , c’est que S. Paul oste ce titre à tous les autres pour le s’attribuer à luy seul. Je respon qu’il parle yci par comparaison.
À ceste cause, combien que le titre de Pères apparteinst aux autres, nonobstant au regard de S. Paul, ils n’éstoyent que pédagogues. D’avantage, il nous fau avoir mémoire de ce que j'ay n’aguères touché, qu’il re parle pas de tous (car il eust aiséement enduré que ses semblables, comme Apollos, Sylvain et Timothée, qui ne s’estudioyent à autre chose sinon à avancer le royaume tle Christ, eussent esté ainsi nommez, et qu’on leur eust attribué un honneur souverain) mais qu’il reprend ceux qui par ambition perverse transféroyent à eux la gloire d’autruy : comme estoyent ceux qui ravissoyent aus saint Apostre l’honneur qui luy appartenoit, pour se braver de ses despouilles. Certes àäujourd'huy la condition de l'Eglise universelle est bien telle comme estoit celle de Corinthe. Car !
il y en a bien peu qui aiment les Eglises d’une affection vrayement paternelle :
c'est-à-dire gratuite, et qui s’employent de bon cœur pour le salut d’icelles. Cependant, il y a beaucoup de pédagogues qui se loent, comme ouvriers à la journée, pour exercer l'office à leur proufit, ainsi qu'on feroit une charge qu’on aura prise pour un temps certain, et cepen-" dant tenir le peuple en obéissance, et acquérir bruit ou estre en admiration envers iceluy. Combien que mesme CE soit plaisir encore, quand il y a beau coup de pédagogues qui proufitent par leur doctrine, pour le moins tellement quellement, et qui ne.corrompent point l'Eglise par fausses doctrines. Or quand je me plains de la multitude des péda= gogues, je n’enten pas parler des pres tres Papistiques (car je ne leur voudroyen pas faire cest honneur de les mettre en ce rang) mais de ceux lesquels combien«
Cuar. IV. SUR LA Jre ÉPISTRE
qu’ils s'accordent avec nous en doctrine, toutesfois s’empeschent plus en leurs propres affaires, qu'en celles de Christ.
Nous voulons bien tous estre réputez pour pères, et requérons des autres une obéissance filiale: mais combien y en a-il qui facent office de père, et qui démonstrent par effet ce qu'ils veulent estre appelez? Il reste encore une question plus difficile. Puis que Jésus-Christ nous défend de nommer aucun père en terre, (Matt., chap. XXIIE, v. 9,) pource que nous avons un seul Père au ciel :
comment c’est que sainct Paul ose s’attribuer le nom de père? Je respon qu’à parler proprement, il n’y a qu'un Père, qui est nostre Dieu, non-seulement père . de nos âmes, ains aussi de nos COrps :
mais pource qu’il communique l’honneur de son nom paternel, entant que touche le corps à ceux ausqueis il donne des enfans, et quant aux âmes, il se réserve le droict et titre de Père : je confesse que par ceste raison il est appelé parti-
culièrement Père des esprits, et discerné d'avec les pères terriens, comme il est dit en lEpistre aux Héb., XII, 9. Mais pource que {out ainsi que par sa propre vertu, luy seul et engendre et régénère et vivilie les âmes, aussi il use à ce faire du ministère de ses serviteurs : il n’est point inconvénient que pour le regard de ce ministère ils soyent appelez pères. Car en ceci il n’est rien diminué de l'honneur de Dieu. La Parole, comme nous avons dit, est la semence spirituelle : Dieu seul par icelle régénère nos àmes par sa vertu, cependant toutesfois il n’exclud point le labeur des Ministres. Si donc nous considérons deuement que C’est que Dieu fait par soymesme, et que C’est qu’il veut estre fait par ses Ministres, nous entendrons facilement en quel sens luy seul est digne du ütre et honneur de Père, et en quelle sorte aussi ce titre compète à ses Ministres, sans rien diminuer de son droict.
16 Je vous prie donc soyez mes imitaifeurs.
A7 Pour ce vous ay-je envoyé Timothée, qui est mon cher fils, et fidèle en nostre Seigneur : lequel vous ramentevera mes voyes en Christ: comme j'en
seigne par tout en toute l'Eglise.
18 Aucuns se sont enfiez, comme si je ne devoye point venir vers vous.
19 Mais je viendray bien tost vers vous, si le Seigneur le veut! : et cognoistray non pas la parole de ceux-ci qui se sont enjiez, mais la vertu.
20 Car le Royaume de Dieu ne gist point en parole, mais en vertu.
21 Que voulez-vous? Viendray-je à vous avec la verge, ou en charité et
esprit de douceur?
4) Act, XIX, 21. Jacq., IV, 15. :
16 Je vous prie. Maintenant il exprime mesme en propres termes que c’est qu’il requiert d'eux par son admonition paternelle : asçavoir, Puis qu’ils sont ses ‘enfans, qu'ils ne forlignent point de leur père. Car y a-il chose plus raisonnable que ceste-ci, asçavoir que les enfans taschent à suyvre les bonnes mœurs de leurs pères ? Et toutesfois il quitte quel- - que chose de son droict, quand il les exhorte à cela, plustost en les priant qu’en leur commandant. Au reste, il démonstre ailleurs! jusques à quoy il veut qu’ils soyent ses imitateurs, quand il ad-
1) En ceste mesme Epistre, chap. XI, v. 1.
jouste, Comme ïil estoit imitateur de Christ. Il faut tousjours tenir ce moyen, de ne suyvre personne, sinon entant qu’il nous mènera à Christ. Nous sçavons de quoy il traitte yci. Les Corinthiens non-seulement fuyoyent l'humilité de la croix, mais aussi pour ceste mesme cause avoyent en mespris leur père, asçavoir dautant qu'ayant mis sous les pieds toute la gloire de ce monde, il se glorifioit plustost és opprobres et ignominies de Christ et estimoyent bien-heureux tant eux que les autres qui n'avoyent rien de contemptible selon la
chair. I] les admoneste donc qu'à son exemple ils s’'addonnent du tout au service de Christ; et se préparent à endurer jusques au bout.
A7 Pource vous ay-je envoyé Timothée. Le sens est, Atin que vous sçachiez quelie est ma vie, et si je suis digne d’estre imité, oyez-parler Timothée, qui pourra estre fidèle tesmoin de toutes ces choses. Or, comme ainsi soit qu’il y ait deux points qui font adjouster foy au tesmoignage d’un homme, asçavoir la cognoissance des choses qu’il rapporte, et sa fidélité : il démonstre que l’un et l'autre est en Timothée. Car quand il l'appelle son cher Fils, il démonstre que Timothée avoit grande familiarité avec luy, et qu’il cognoissoit bien toutes ses affaires : après cela il appelle Fidèle au Seigneur. Au surplus, il donne deux choses en charge à Timothée : asçavoir qu’il ramentoyve aux Corinthiens ce de quoy ils devoyent avoir souvenance d’eux-mesmes. En quoy il les rédargue tacitement. Le second est, qu’il leur rende tesmoïgrage combien sa façon d'enseigner est tousjours semblable, et continue d’un mesme train. Or il est vraysemblable que les faux-apostres lavoyent calomnié comme s’il se fust usurpé plus de droict sur les Corinthiens, que sur les autres : ou comme s’il se fust gouverné tout autrement és autres lieux.
Car ce n’est pas sans cause qu'il veut que ceci leur soit démonstré. Ainsi donc un bon Ministre et prudent doit ainsi conduire son faict, et tenir ceste forme d'enseigner, afin qu'on ne luy puisse mettre en avant quelque telle reproche, qu’il n’ait tout incontinent sa défense promptie par la chose mesme, comme à eu sainct Paul.
18 Comme si je ne devoye point.
C'est la coustume des faux-apostres , d’espier l’absence des bons, afin que rien ne les empesche de se vanter et orgueïllir. Sainct Paul donc pour rédarguer là mauvaise conscience, et réprimer la fierté de telles gens, donne yci à entendre qu’ils ne peuvent porter sa présence. Vray est qu’il advient bien quelque fois que des malins trouvans l’occasion de s’escarmoucher, s’eslèveront
Car. 1V.
avec un front de fer tout apertément contre les serviteurs de Christ, néantmoins si est-ce que jamais ils ne vienent à combatre franchement , et s'ils ne voyent leur avantage : mais plustost en usant de ruses et circuits obliques, ils monstrent leur desfiance, et comment ils sont mal asseurez.
19 Mais je viendray bien tost à vous.
Is s’abusent, dit-il, de dresser ainsi les cornes en. mon absence, comme si cela devoit durer long témps : car ils cognoistront en brief combien aura esté vaine leur arrogance. Or ceci n'est pas tant pour estonner les Corinthiens, comme s’il les devoit du tout foudroyer
en son advénement, que pour les presser.
et picquer en leurs consciences, d'autant que quelque mine qu’ils feissent, ils SÇavoyent bien toutesfois qu’il estoit garni de la vertu de Dieu. Ceste particule, 52 Dieu le veut : Aémonstre que nous ne devons rien promettre aux autres pour Padvenir, ne délibérer en nous-mesmes, que nous n’adjoustions quant et quant
ceste exception, Si le Seigneur le permet...
Et pourtant sainct Jaques, IV, 15, se mocque à bon droict de ceste témérité qui est aux hommes, de délibérer de ce qu’ils feront d’yci à dix ans, veu qu’ils ne sont pas asseurez de vivre seulement une heure. Or combien que nous ne soyons pas tousjours nécessairément contraints d’user de ces manières de parler, néantmoins le meilleur est de s’y accoustumer souvent. : afin de nous bien exercer en ceste Cogitation, Qu'il nous faut assujetir toutes nos entreprises au bon plaisir de Dieu. Æt cognoistray non pas la parole. Par la parole il entend le babil auquel se plaisoyent les faux-apostres. Car ils avoyent quelque dextérité et grâce de bien parler : mais ils n’avoyent point zèle ni efficace dé l'Esprit.
Par le mot de 7’ertu, il signifie leflicace spirituelle, laquelle Ont ceux qui administrent la parole du Seigneur d’un bon zèle et pure affection. Le sens donc est tel, Je verray s’ils ont si grande occasion de s’enfler : mais pour en faire jugement, je ne u’arresteray pas au babil extérieur, en quoy ils mettent toute l’asseus
rance de leur gloire, et Sir léquel se”
Cuar. IV.
confians, ils s’estiment tant. S'ils veulent que je les âye en quelque réputation, il faut qu'ils apportent ceste vertu, qui discerhe les vrais serviteurs de Christ de ceux qui sont fardez : autrement je ne tiendray conte, ne &’eux, ne de toute leur ostentation. C’est donc en vain qu’ils se fient en leur éloquence : car je ne l’estimeray non plus que fumée.
20 Car le. Royaume de Dieu, etc.
Pource que le Seigneur gouverne son Eglise par sa Parole, comme d’un scep-
tre : le ministère de l’Evangile est sou-
vent appelé Royaume de Dieu. Entendons donc yci par le Royaume de Dieu, tout ce qui tend et est destiné à ceste fin, que Dieu règne entre-nous. Il dit que ce Royaume ne consiste pas en parole.’ Car combien® sera-ce peu de’ chose, quand quelqu'un sçaura bien babiller et parler éloquemment, et cependant il n’aura rien qu'un Son retentissant en l'air? Sçachons donc que la grâce et dextérité externe d'enseigner, est comme un corps bien composé, et ayant belle couleur :
æt la vertu de laquelle parle yci l’Apostre, est comme l’âme. Nous avons desjà veu ci-dessus, que la prédication de l’Evangile est de telle nature, qu’elle est au dedatis plene d’une majesté solide. Ceste majesté se démonstre, quand le Ministre besongne plus par vertu que par parole :
c’est-à-dire, quand il ne s’appuye point sur son esprit ou éloquence, mais'estant garni d’armures spiritueiles, asçavoir d’un zèle de maintenir la gloire de Dieu, d’une affection ardente d’ériger le Royaume de Christ, d'un désir d'édifier,
. de la crainte du Seigneur, de ferme con-
Stance, de conscience pure, et autres choses nécessaires à un vray Ministre, il s'employe fidèlement en l’œuvre du Seigneur. Autrement, la prédication est une
chose morte, et n’ha nulle vigueur,
quelque belle couleur qu’elle puisse avoir. Et pourtant, en l’autre Epistre
aux Corinthiens, chapitre V, v. 47, il dit, … Qu'il n’y a rien qui vaille en Jésus-Christ,
que la nouvelle créature. Lequel propos tend à une mesme fin. Car il veut que nous ne nous arrestions point à aucunes
lnasques externes, mais seulement à Ja
Vertu intérieure du sainct Esprit. Or
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
33) combien que par ces paroles il reprene l'ambition des faux-apostres, toutesfois il rédargue quant et quant les Corinthiens de leur pervers jugement d'autant qu'ils mesuroyent les serviteurs et Ministres de Jésus-Christ par cela qui estoit le plus petit en toutes leurs vertus.
Voyci une belle sentence, et laquelle n'appartient pas moins à nous, qu'à eux. Nostre Evangile, duquel nousnous vantons et glorifions tant, où est-il en la plus grand’ part, sinon en la langue ?
où est la nouveauté de vie ? où est l’effcace spirituelle? Et ce n’est point au peu ple seulement qu'est ce défaut :. mais combien y en a-il, lesquels pourchassans louange et faveur par l'Evangile, comme si c’estoit une science profane, ne taschent à autre chose sinon à parler élégamment et subtilement? Cependant je ne suis point de lavis de ceux qui restraignent le mot de ’eriu aux miracles.
Car il est aisé de recueillir par lPopposite, qu'il s’estend plus loin.
21 Que voulez-vous? Celuy qui a divisé les Epistres en chapitres, devoit plustost commencer yei le cinquième.
Car après avoir reprins jusques yci la sotte arrogance des Corinthiens, leur vaine confiance, et leur jugement pervers et corrompu d’ambition, maintenant il récite les vices, desquels ils estoyent entachez , pour lesquels ils devoyent avoir honte. Comme s’il disoit, Vous estes enflez d’orgueil, comme. si toutes choses estoyent en bon orûre entre-vous :
mais il vaudroit mieux que vous recognussiez avec honte et gémissement la povreté de vostre estat. Car si vous persévérez ; je seray contraint d'oublier toute douceur, et vous démonstrer une sévérité paternelle. Mais ceste menace, par laquelle il leur donne liberté de choisir, ba plus d’eflicace. Car il proteste qu’il ne tient point à luy, qu’il ne se démonstre paisible et débonnaire envers eux : mais que par leur faute il est. contraint d’user de sévérité. C’est à vous, dit-il, d’élire quel vous voulez que je SOye envers vous. Quant à moy, je suis prest de me monstrer gracieux : mais si vous persévérez cCoMme Vous avez COMmencé, il me sera nécessaire de prendre
Ja verge. Voylà comment il s’eslève après s’estre attribué authorité de père sur eux.
Car c’eust esté une mocquerie de commencer par ceste menace, s’il ne se fust fait ouverture par sa parole, et s’il ne les eust préparez à crainte. Il appelle la verge, une sévérité de laquelle le Pasteur - doit corriger les péchez de son peuple. Il
oppose à ceste sévérité, charité et esprit de douceur : non pas que le père haysse ses enfans, quand il les chastie (car la correction procède plustost d’amour) mais pource qu’il se démonstre tel par une tristesse de face et aspreté de paroles, comme s’il se courrouçoit à son ils. Et afin que: je parie plus clairement en un mot, le père, quelque visage qu’il - monstre, ne laisse pas de tousjours aimer son fils : mais il déclare ceste amour, en Juy remonstrant doucement et amiablement. Et quand il le chastie de paroles un peu rudes, ou mesme de verges, estant offensé de ses péchez, lors il prend la face d’un homme courroucé.
D'autant donc que FPamour demeure comme cachée, quand la rigueur de correction vient en avant : sainct Paul à bon droict conjoint la charité avec l’esprit de douceur. Îl y en à aucuns qui prenent yéi la Verge, pour Excommuni- "cation : mais quant à mOy, combien que
Car. V.
je leur accorde que l’excommunication
soit une partie de ceste sévérité, de la-
quelle sainci Paul menaceles Corinthiens :
toutesfois je l’esten plus loin : asçavoir, en sorte que ce mot comprene toutes rudes répréhensions. Or notons yci lordre que doit tenir le bon Ministre. Caril doit estre enclin de soy-mesme à douceur, afin que plustost il amène paisiblement les gens à Christ, que non pas qw'illes y tire par force. Il doit garder ceste douceur tant qu'il pourra, et ne
descendre jamais à user d’amertume s'il
n’est bien contraint. Au reste, quand il en sera besoin, il ne doit point espargner la verge. Car tout ainsi que les dociles et paisibles doyvent estre doucement traittez, aussi à l’endroit des obstinez et endurcis il faut user nécessairement de rigueur et aspreté. Et nous voyons que la parole de Dieu ne contient pas une simple doctrine, mais aussi est par endroits entre Jaeée de répréhensions amères, comme pour mettre la verge és mains des Ministres. Car il advient sOuvent que l'obstination du peuple est cause que les Pasteurs les plus doux dé nature qu'on pourra trouver, sont Contraints de prendre (par manière de dire) un autre visage, et procéder par rigueur et rudesse. ;