SES
Cuar. V.
je toucheray un peu les mots. Le vieil levain est appelé par une mesme raison, que le vieil homme. Car la corruption de nature précède en nous, avant que nous soyons régénérez en Christ. Ce donc que nous apportons du ventre de la mère, est appelé Vieil, et doit estre anéanti quand nous sommes renouvelez par la gràce du saint Esprit. Le verbe que nous avons traduit 4 esté sacrifié : est au texte Grec entre le nom de Christ, et le nom du Sacrilice, asçavoir Pasque : et pourtant il se peut référer à tous les deux. Quant à moy, je l’ay rapporté au sacrifice, combien que cela n’est pas de grande importance : car le sens n’en change point pourtant. Le verbe que nous avonstourné, Mangeons-en : Erasme la traduit, Célébrons la feste : mais pource qu’il signifie aussi Participer au sainct banquet solennel, qui se faisoit après l’immolation du sacrifice, ceste signification semble convenir mieux au présent passage. Et partant, j’ay suyvi l’ancien translateur Latin plustost qu'Erasme, pource que le sens est beaucoup plus convenable au mystère que sainct Paul traitte yci. Maintenant venons à la matière : Sainct Paul voulant exhorter les Corinthiens à vivre sainctement, remonstre que ce qui a esté jadis figuré en la Pasque, doit estre aujourd’huy accompli en nous, et déclare la convenance qui est entre la figure et la vérité. Premièrement, pource qu’en la Pasque il y avoit deux parties, asçavoir le sacrifice, et le sainctbanquet, il les met toutes deux.
Car combien qu’aucuns n’estiment pas que l’Agneau Paschal fust un sacrifice, toutesfois la raison nous contraint de dire que C’estoit proprement un sacrifice. Car en ceste cérémonie le peuple estoit réconcilié à Dieu par l’arrousement du sang.
Or il n’y à point de réconciliation sans sacrifice. Et d'avantage, le sainet Apostre le conferme maintenant apertement. Car il use du mot qui signifie Sacrifier et Im-
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
moler : et aussi autrement ji] ne poursuyvroit pas bien le fil de son texte. L’agneau @onc estoit immolé tous les ans, et puis après suyvoit le festin, la solennité duquel duroit sept jours sans intervalle.
Jésus-Christ (dit l’Aposire) est nostre Pasque : iceluy a esté une fois sacrifié, et à ceste condition, que la vertu de ce sacrifice unique soit éternelle. HN ne reste plus sinon que nous en soyons nourris, non pas une fois tous les ans, mais Continuellement. Or il nous faut bien garder de manger du levain en la solennité de ce sainct banquet, comme Dieu avoit commandé aux Pères qu’ils s’en absteinssent. Mais de quel levain nous faut-il garder? Ainsi que la Pasque extérieure leur a esté figure de la vraye Pasque, aussi les dépendances d’icelle estoyent figures de ceste vérité que nous avons aujourd’huy. Si donc nous voulons estre nourris de la chair et du sang de Christ, apportons à ce festin syncérité et vérité.
Que ces choses soyent nos pains sans levain : que toute mauvaistie et malice soit déchassée : car ce seroït chose illicite de meslerile levain avec la Pasque.
Brief, il testifie que nous serons lors membres de Cbrist, quand nous renoncerons à toute malice et déception. Cependant, il nous faut bien noter ce passage, par lequel il appert que la Pasque des anciens n’a point esté seulement un mémorial du bénéfice passé, mais aussi un Sacrement de Christ à-venir : duquel nous avons ce bien, que nous passons de mort à vie. Autrement, ceste sentence ne seroit pas vraye, Que le corps des ombres de la Loy est en Christ, Col., IF, 17. Ce passage sera bon aussi pour réfuter le sacrilége de la Messe du Pape. Car S. Paul n’enseigne pas auw’on offre Christ tous les jours : mais que le sacrifice ayant une fois esté fait, il reste que nous solennizions le banquet spirituel toute nostre vie.
9 Je vous ay escrit par letres, que vous ne vous mesliez point avec les
paillars!.
10 Æt non pas du tout avec les paillars de ce monde, ou avaricieux, ou ravisseurs, ou idolätres : ou autrement certes il vous faudroit sortir du monde?,
1) Matth, XVIII, 17. 2 Thess,, III, 14,
' 2) Ou, car certes vous devez estre sortis du monde,
346 COMMENTAIRES CHar. V.
11 Or maintenant je vous escri que vous ne vous Y entremesliez point. C’est, que si quelqu'un qui se noinme frère, est paillard, ou avaricieux, ou idolätre, ou mesdisant, où yvrongne, ou ravisseur, vous ne Mmangiez pas mesmes avec
celuy qui est te.
12 Car qu'ay-je affaire de juger aussi de ceux qui sont de dehors? Ne jugez-
vous pas de ceux qui sont de dedans?
13 Mais Dieu juge ceux qui sont dehors. Ostez donc d'entre vous-mesmes le
meschant.
9 Je vous ay escrit par letres. Nous [ honte de n’avoir point soin des domesti-
n’avons point aujourd’huy ceste Epistre de laquelle il te yci: ét ne faut point douter qu’il n’y en ait beaucoup d’autres perdues : mais nous-nous evons contenter d’avoir celles que le Seigneur a cognu nous suffire. Au reste, ce passage yei a cause de son obscurité, est tiré à plusieurs sens, à la réfutation desquels il n’est point nécessaire que je m'arreste : mais il suffira que je mette en avant celuy qui me semble estre le vray et naturel. Il reduit en mémoire aux Corinthiens ce qu’il leur avoit jà commandé, asçavoir qu'ils évitassent la compagnie des meschans : car ce mot de Se mesler :
est autant comme fréquénter avec aucun, et estre accointé de Sa familiarité. Or ceste façon de leur réduire en mémoire, tend à leur reprocher leur paresse, d’autant qu'ayans esté advertis, ils n’en avoyent rien fait. Il adjouste une exception, afin qu’ils entendent fieux que ceci s'entend proprement des domestiques de l'Eglise, veu que ce seroit une chose superflue de les admonester de fuir le monde. En somme donc, il défend aux Corinthiens la compagnie de ceux qui se disans estre fidèles, toutesfois vivent meschamment , et déshonorent Dieu. Or c’est autant comme s’il disoit, Tous ceux qui voudront estre réputez frères, il faut qu'ils vivent, Sainctement et honestement, ou qu’ils soyent bannis de la compagnie des fidèles, et que tous ceux qui craignent Dieu, se gardent de fréquenter avec eux. Ce seroit chose RU de vous parler des infidèles, d'autant que vous les devez éviter de tie bon gré, sans que je vous en advertisse. Au reste, céste exception augmente {a faute qu’ils font par leur nonchalance, asçavoir de laisser et entretenir au milieu de l'Eglise, un méschant, Car c’est bien plus grand’-
ques que des estrangers.
10 Autrement certes il vous faudroit, etc. Les expositeurs ne s’accordent pas bien, principalement en ce membre. Aucuns disent, Îl vous faut plustost sortir de la Grèce. Sainct Ambroise dit, H vous faut plustôst mourir. Erasme le résout en l'optatif, comme si sainet Paul disoit, À la miene volonté qu’il vous fust
loisible de sortir du monde entièrement!
mais pource que vous ne le pouvez, pour
le moins sortez hors de la Compagnie de
ceux qui faussement S’appellent Chrestiens , et cependant donnent mauvais exemple en leur vie L'exposition de Chrysostôme approche un peu plus près de la vérisimilitude, selon lequel le sens est, Quand je vous Commande de fuir la compagnie des paillars, je n’enten pas de parler de tous, chercher un autre monde: car il nous faut vivre entre les espines, tandis que nous sommes en cé pèlerinage terrien :
mais seulement je requier de vous, que ne vous entremesliez point avec les paillars, qui veulent estre estimez frères:
de peur qu’il ne semble avis par vostre souffrance, que vueilliez approuver leur malice, Ainsi, il faudra prendre yei ce mot de Monde , pour la vié présente ,
comme au XVIIe chap, de S. Jehan, Père, je ne prie pas que tu les ostes du monde,
mais que tu Jes préserves du mal. On
pourroit faire une question contre ceste exposition, Puis que sainct Paul à dif cela pour le temps auquel les Chrestiens eSe tovent encore meslez avec les infidèles, et espars entr’eux, que c’est qu'il est de
faire maintenant que tous font profes-
sion de Christ? car il faudrait aussi bien aujourd’huy partir de ce monde, si nous
voulions éviter la compagnie des mauvais. R.
EU puis il n’y a nul estrange là où {ous
autrement il faudroit |
Crar. V.
portent le nom de Christ, et par le Baptesmié luy sont consacrez. Si quelqu'un veut suyvre l’opinion de Chrysostôme, la response luy sera facile à faire, asçavoir que S. Paul a présupposé ce qui estoit véritable : que là où il y a puissance d’excommunier , il est facile de donner remède que les mauvais soyent séparez des bons, si les Eglises font leur office et devoir: mais envers les estrangers, les Chrestiens n’avoyent nulle jurisdiction en Corinthe, et ne pouvoyent nullement reéprimer leurs dissolutions. Il leur eust donc falu délaisser le monde, s'ils eussent voulu fuyr les mauvais , aux vices desquels ïils.ne pouvoyent remédier.
Quant à moy, d'autant que je n'accepte pas volontiers les interprétations qui ne peuvent estre autrement accommodées aux paroles, sinon qu'on force les paroles, pour les accommoder à icelles :
j'aime mieux en prendre une autre qui est diverse de toutes celles-là : asçavoir, que Sortir soit prins pour Estre séparé :
et le Monde, pour Les souillures du monde, Comme s’il disoit, Quel besoin avez-vous qu’on vous commande quelque chose touchant les enfans de ce siècle, d'autant que comme vous avez une fois renoncé au monde, aussi vous faut-il absténir de leur compagnie? Car tout le monde est mis à mal. Que si quelqu'un ne veut point ceste-ci, en voyci encore une autre qui est probable. Je ne vous escri point généralement que vous fuyez la compagnie des paillars de ce monde, jà Soit que le deviez faire volontairement, sans que je vous en advertisse. Toutesfois j’approuve mieux l’autre précédente.
Je né Jay point inventée le premier :
mais la trouvant alléguée par quelques autres, je l’ay mieux appropriée au fil du texte de S. Paul, comme je pense. Il y a donc en céste sentence une espèce de Prétermission, quand il dit qu'il ne fait point mention des estrangers: d’autant que les Corinthiens doyvent estre desjà Séparez d’eux : afin qu'ils sçachent que Mmesme en la maison, c’est-à-dire entr’eux ils doyvent garder ceste discipline, de fuir les mauvais.
AA Si quelqu'un qui se nomme frère.
Au texte Grec il y a de mot à mot, Si au-
SUR LA re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
cun frère nommé, etc. Et aucuns rapportans ce mot Nommé aux choses subséquentes , amènent yCi un sens contraint, et qui ne convient point à l'intention de S. Paul. Je confesse bien que la sentence qu’ils en tirent est vraye, et digne d’estre notée : Que nul ne peut estre corrigé par le jugemerit de l'Eglise, sinon celuy de qui le péché est notoire : maïs ces paroles de $S. Paul ne peuvent estre tirées à ce sens-là. Il entend donc : Si quelqu'un est réputé frère entre vous, et toutesfois mène une vie meschante, et indigne d’un Chrestien, déportez-vous de Sa compagnie. En somme, ce Æstre nommé , Signifie une profession qui n’ha point leffet et la vérité correspondante. Au reste, il ne s’amuse pas à réciter yci tous forfaits, mais seulement il en met cinq ou six, par forme d'exemple: et puis en adjoustant, Avec celuy qui est tel, il comprend le reste : et n’en nomme point d’autres, sinon ceux qui peuvent estre cognus aux hommes : car l'impiété intérieure, et tout-ce qui est caché, n’est point jugé par l'Eglise. Au reste, il est
incertain que c’est qu'il entend par /do-
lätre. Car comment peut estre addonné à idolâtrie, celuy qui fait profession de Christ? Aucuns pensent que pour lors il y en avoit entre les Corinthiens, qui recevoyent Christ seulement à demi, et cependant estoyent enveloppez en superstitions perverses, comme jadis les [sraélites : puis après les Samaritains avoyent quelque service de Dieu, lequel toutesfois ils contaminoyent de meschantes superstitions. Quant à moy, je l’enten plustost de ceux, qui combien qu’ils eussent en mespris les idoles, toutesfois afin qu'ils n’acquissent point la mauvaise grâce des infidèles, feignoyent d’adorér les idoles. Sainct Paul dit que tels ne doyvent estre soufferts en la compagnie des Chrestiens : et à bon droict, d'autant qu'ils faisoyent si peu de difficulté de prostituer la gloire de Dieu. Or il faut noter les circonstances, qu’ayans là une Eglise en laquelle ils pouvoyent adorer Dieu purement, et légitimement user des Sacremens , ils ne venoyent tellement à l'Eglise, qu'ils ne renonçoyent point à la profane communion des infidèles. Je di
ceci afin que nul ne pense qu’il falle user d’une si rigoureuse sévérité envers Ceux, qui estans aujourd’huy espars sous la tyrannie du Pape, se polluent en beaucoup de cérémonies mauvaises et perverses. Je di bien qu’ils pèchent lourdement en cest endroit, et confesse bien qu’il les faut rédarguer avec sévérité, et les soliciter continuellement par admonitions, qu’ils apprenent une fois à se consacrer du tout à Christ: mais je n’ose pas passer outre, pour dire que je soye d’avis qu’on Îles excommunie. Car leur condition n’est pas telle comme estoit celle des Corinthiens. fous ne mangiez pas mesmes avec celuy qui est tel. Premièrement il faut sçavoir s’il parle à toute l'Eglise, ou à chacun à part. Je respon qu’il parle à un chacun particulièrement, toutesfois que ceci dépend de Ja discipline commune. Car la puissance d’excommunier n’est point donnée particulièrement à un chacun membre, ains à tout le corps ensemble. Mais celuy que l'Eglise a excommunié, nul des fidèles ne doit converser familièrement avec luy : autrement l’authorité de l'Eglise viendroit à esire en mespris, s’il estoit loisible à un chacun de recevoir à sa table ceux qui sont exclus de la table du Seigneur. Par la communication de viandes, est entendue, ou demeurance commune, ou fréquentation domestique à boire et à manger. Car il n'ya rien qui me puisse empescher, qu’estant entré en une hostellerie, si je voy là un homme excommunié assis à table, je ne mange avec luy : car je n’ay pas la puissance de le chasser. Mais sainet Paul entend que nous évitions entant qu’en nous est, la compagnie de ceux que lEglise a retranchez. de sa communion.
L’Antecbrist Romain non content de ceste sévérité, est venu furieusement jusques aux défenses et menaces, Que nul ne fust si hardi de donner à boire ou à manger, ou du feu à celny qui seroit excommunié, ou de luy aider aucunement des choses nécessaires à la vie présente.
Or ceste façon de procéder, ne doit pas estre nommée rigueur de discipline, mais upe inhumanité barbare ettyrannique, qui est du tout contraire à Pintention dusainct
oo
Car. V.
non point pour ennemi, ains pour frère, celuy lequel nous rendons publiquement ignominieux, afin qu'ayant honte, il se reduise, 2 Thess., III, 44. Et ces bourreaux encore exercent ceste cruauté extrême, mesme contre les innocens. Or combien que je concède qu'il y en a aucunesfois qui sont bien dignes de ceste .
peine, je dis toutesfois que telle façon d'excommunier ne convient nullement à la jurisdiction Ecclésiastique.
A2 Car quay-je affaire de juger aussi de ceux qui sont de dehors, etc.
Il n’y à rien qui nous puisse empescher que nous ne jugions telles gens aussi : et qui plus est, les ,diables mêsmes ne sont point exempts du jugement de la Parole qui nous est commis. Mais sainet Paul parle vei de la jurisdiction qui appartient proprement à l'Eglise. Comme s’il disoit, Le Seigneur nous a garnis de ceste puissance, afin que nous l’exercions envers ceux qui sont de sa famille. Car ceste correction est une partie de la discipline qui est contenue dedans les limites de PEglise : et laquelle ne parvient point jusques aux estrangers. Nous ne leur prononçons donc point leur condamnation :
car le Seigneur ne les a point assujetis à nostre cognoissance et jurisdiction, entant qu’il appartient à ceste correction et censure : ei pourtant, nous sommes COntraints de les laisser au jugement de Dieu.
Et c’est en ce sens que sainct Paul ait yci que Dieu sera leur juge : asçavoir pource qu'il les laisse esgarer, et courir à travers champs sans aucune bride, comme bestes sauvages, pource qu'il n’y a personne qui réprime leur desbaucheent. |
13 Ostez donc d'entrevous-mesmes le meschant. On expose communéement ceci du paillard de sa belle-mère. Car quant à ceux qui exposent, Ostez le mal ou la malice : ils sont assez réfutez par les mots Grecs de sainct Paul, lesquels ne peuvent porter une telle exposition.
Mais il me semble qu’il ne seroit point mal propre de le rapporter plustost au diable, qui certes est entretenu pour establir son siége entre nous, quand on supporte un homme meschant et mal-vi-
Apostre. Car il veut que nous réputions | vant. Car Île mot Grec duquel PApostre
Cuar. VI.
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
use, estant mis simplement et sans au- , quant à ce que Chrysostôme sur ce pasire addition, signifie plustost le prince et | sage, compare la rigueur de la Loy avec
le chef de toute meschanceté, que non pas un homme meschant. Si on trouve bon ce sens, sainct Paul remonstre combien il est utile et nécessaire de n’endurer point les meschans : Car par ce moyen Satan est exterminé de son règne, lequel il dresse entre nous, quand il y à une licence de mal faire, et les meschans sont soufferts. Foutesfois si on aime mieux entendre que S. Paul parle vei d’un homme meschant, je n’y contredi point. Au reste,
| la douceur de l'Evangile,
d'autant que sainct Paul s’est contenté de punir par excommunication un forfait que la Loy puniroit de peine de mort: en cela ilny a point de raison. Car sainct Paul ne parle point yci à des juges qui sont armez du glaive, mais à une multitude desnuée de puissance externe, et qui ne pouvoit user que de correction fraternelle seulement.