CHAPITRE VII
4 Or quant aux choses desquelles vous m'avez escrit, il est bon à l’homme
de ne toucher à femme :
2 Toutesfois pour éviter paillardise, un chacun ait sa femme, et chacune ail
son mari.
Pource qu’il avoit parlé de la paillardise, il vient maintenant bien à propos à parler du mariage, d'autant que c’est le remède pour éviter paillardise. Or il appert que combien que l'Eglise de Corinthe fust pour lors grandement dissipée, toutesfois ils avoyent sainct Paul ex quelque révérence, veu qu'ils lui demandoyent conseil des choses douteuses. Nous ne Sçavons pas quelles ont esté leurs questious,-sinon d'autant que nous en pouvons avoir conjecture par sa response.
Mais c’est une chose assez notoire, que desjà dès le premier commencement de l'Eglise, Satan par sa finesse avoit introduit cette superstition, que la plus grand?
part, par une sotte affection de magnifier le célibat (c’est-à-dire l’abstinence du Mariage) ne tenoyent pas grand conte du sainct mariage : et qui plus est, plusieurs Pavoyent en horreur comme une chose profane. Les Corinthiens mesmes estoyent paraventure entachez de ceste opinion pernicieuse, pour le moins il y avoit un tas d’esprits oisifs, lesquels louans trop grandement le célibat, taschoyent de destourner les fidèles de se marier. Combien que l’Apostre en traittant de plusieurs autres points, déclare qu’il a esté interrogué de beaucoup de choses. Le principal est, que nous escoutions sa doctrine sur cha-
cune d’icelles.
A ÆAest bon à l'homme de ne toucher & femine. La response est comprise en . deux membres. Par le premier, il démonstre que ce seroit une bonne chose que tous s’absteinssent de femme, pour-
veu qu’on s’en peust passer. Au second, il met une correction: Pource que plusieurs ne le peuvent faire à cause de l’infirmité de leur chair, que telles gens ne doyvent mespriser le remède qui leur est ordonné de Dieu. Oril faut noter que c’est qu’il entend par ce mot Bon, quand il dit qu’il est bon de ne se marier point : afin que nous ne venions à conclure au contraire, Que donc le lien de mariage est une mauvaise chose: ce qui est advenu à sainct Hiérôme, non pas tant par ignorance, comme je pense, que par désir de débatre. Car combien que ce grand personnage eust beaucoup de vertus excellentes, toutesfois aussi il a eu ce vice notable, qu’en disputant il s’est laissé transporter de l’impétuosité de ses affections, tellement qu’il n’a pas tousjours regardé à la vérité. Il fait donc ainsi son argument : Il est bon de ne toucher à femme, il est done mauvais de la toucher. Mais sainct Paulne prend pas vei ce mot Bon, en telle signification, comme estant opposé au mal, où à une chose vicieuse, ains seulement il démonstre ce qu'it seroit bien expédient à cause de tant de fascheries, ennuis, et sollicitudes qui peuvent advenir aux gens mariez. D’avantage, il faut avoir esgard à la restriction qu'il met puis après. Nous ne pouvons donc pas recueillir autre chose des paroles de sainct Paul, sinon qu’il est bien vray qu'il est expédient et proutitable à l’homme, de ne s'attacher point à une femme, pourveu qu’il s'en puisse passer.
Déclarons ceci par similitude. Si quel-
qu'un disoit, Il est bon à l’homme de ne boire, ne manger, et ne dormir: il ne vitupère pas pour cela ne le boire, ne le manger, ne le dormir, comme choses vicieuses : mais pource que le temps qu’on employe à ces choses, c’est autant de perdu quant aux choses spirituelles : il entend que nous serions plus heureux, -si estans délivrez de ces distractions, nous pouvions nous employer entièrement et incessamment à méditer les choses célestes. Pource donc qu'il y à tant d’empestres en mariage, lesquelles tienent l’homme enveloppé, il seroit bon selon ceste raison de n’estre point attaché à une femme. Mais yei se présente une autre question: car les paroles de sainct Paul semblent avoir quelque répugnance avec les paroles du Seigneur : où il dit, Qu'il n’est pas bon que l’homme soit sans femme, Genèse, chap. IF, v. 48.
Ce que le Seigneur appelle là Mauvais, sainct Paul yei le dit estre Bon. Je respon: Que ce que la femme est une aide à l’homme pour rendre sa vie plus aisée et heureuse, cela est de l’ordonnance de Dieu. Car Dieu avoit ainsi ordonné dés le commencement, que lhomme sans femme ne seroit quasi que demi-homme, et qu’il se sentiroit destitué d’une aide singulière et nécessaire, et que la femme serGit comme l’accomplissement de l’homme. Depuis est survenu le péché qui a corrompu ceste institution de Dieu: car en lieu d’une si grande bénédiction, a succédé une griefve punition : asçavoir, que le mariage soit cause et matière de beaucoup de misères. Et pourtant, tout ce qui est de mal et de fascherie en mariage, procède de ce que Finstitution de Dieu à esté corrompue. Or combien qwencore demeurent quelques reliques de la première bénédiction, en sorte que souvent la vie est beaucoup plus misérable hors mariage, qu’en mariage, néantmoins pource que les gens mariez sont empestrez de plusieurs incommoditez, à bon droict sainct Paul admoneste qu'il seroit bon à Fhomme de s’en Géporter.
Par ce moven il ne dissimule point les fascheries qui survienent en mariage, Cependant aussi il ne donne point de lieu aux mocqueries hi aussi aux brocars pro-
Car. VIE
fanes qui ont cours communéèement pour descrier le mariage : comme est cestuyci, Que la femme est un mal nécessaire:
et, Que la femme est un des plus grans maux. Car tels propos sont sortis de la boutique de Satan, et ne tendent à autre chose sinon à diffamer la saincte ordonnance de Dieu, et à faire que les hommes ayent le mariage en horreur comme une peste mortelle. La somme donc est; qu’il nous faut souvenir de distinguer entre la pureté de l’ordonnance de Dieu, et les peines de péché, qui sont survenues puis après. Selon ceste distinction au commencement il a esté bon à l’homme sans exception d’estre conjoint avee la femme :
maintenant aussi il esten telle sorte bon, que cependant il y a de Pamertume meslée avec la douceur, à cause de la malédiction de Dieu. A ceux toutesfois qui n’ont point le don de continence, ceci leur est un remède nécessaire et salutaire comme il s'ensuit.
2 Toutesfois pour éviter paillardise, un chacun ait sa femme, et chacune ait son mari. Maintenant il commande que ceux qui sont sujets au vice d'incontinence, ayent leur recours au remède.
Car combien qu’il semble que ce soit une sentence universelle, néantmoins on la doit restraindre à ceux qui se sentent pressez de ceste nécessité. De laquelle chose un chacun peut estre tesmoin à soy-mesme. Quelque difficulté donc que nous appercevions en mariage, que tous ceux qui ne peuvent résister aux aiguillons de leur chair, sçachent que ce commaudement leur est imposé de Dieu:
Mais on pourroit demander, Asçavoir si la seule cause de se marier, est afin.de remédier à incontinence. Je respon, que ce n’est point ce que S. Paul à voulu dire.
Car à ceux ausquels il est donhé de se pouvoir passer de femme, il laisse la liberté de se marier ou ne sermarier point: mais aux auires, il leur. commande remédier à leur intirmité par mariage.
Le sommaire est, qu'il n’est point-yci traitté pour quelles causes le mariage a esté institué : mais à quelles personnes il est nécessaire. Car si nous regardons à la première ordonnance, il me pouxoit estre le remède de la maladie quivn’es-
Cuar. VIH. SUR LA Jre ÉPISTRE
toit point encore, ains il avoit esté establi pour avoir lignée : mais après la transgression, est survenu ce second usa- . ge. Ce passage aussi fait contre cest abus d’avoir plus d’une femme en mariage. Car lApostre veut qu'une chacune
femme ait son mari, disant que l’obligation est mutuelle. Celuy donc qui a donné la foy à une femme, ne se doit séparer d'elle: ce qu’il feroit, s’il s’attachoit à un second lien.
3 Le mari rende la bénévolence deue à sa femme: semblablement aussi la
femme au mari.
4 La femme n ha point la puissance de son corps, mais le mari : semblablement aussi le mari n'ha point la puissance de son corps, mais la femme.
5 Ne fraudez point l'un l’autre, si ce n'est par consentement mutuel pour un temps : afin que vous vacquiez à jusne et oraison : et derechef retournez en-
semble, afin que Satan ne vous tente à 1) 1 Pierre, III, T.
3 Le mari rende. I traitte maintenant de la règle et condition qui est à observer en vivant en mariage: ou bien quel est le devoir du mari, et de la femme. Et premièrement il met une doctrine générale de bénévolence mutuelle : asçavoir que le mari aime sa femme, et la femme son mari. Car ce que les autres entendent par le mot de Bénévolence mutuelle, le devoir de mariage: je ne sçay si cela convient bien. La raison qui les a meus, est, pource qu’il s'ensuit tout incontinent, Que le mari n’ha point la puissance de Son corps, etc. Mais il conviendra mieux de dire que c’est une conséquence tirée dela première sentence. Le mari donc et la femme sont obligez à mutuelle bénévolence : il s'ensuit de cela, que l’un ne l’autre n’ha puissance de son corps. Mais on pourroit demander, Pourquoy c’est que sainct Paul les fait vei égaux, et qu’il ne requiert point de la femme obéissance et sujétion. Je respon, qu’il n’avoit pas délibéré de traitter de tous les points qui concernent leur devoir, mais seulement de l'obligation mutuelle, qui appartient à la conjonction du lict. Es autres choses done, et le devoir et l’authorité du mari est autre que de la femme : mais en cest endroit la condition de tous deux est éga- « 6’: asçavoir que tous deux doyvent garder foy et loyauté de mariage l’un à lautre. Par ceste raison aussi la coustume d’avoir plusieurs femmes est condamnée derechef. Car si c’est une perpétuelle condition de mariage, que le mari re-
cause de vostre incontinence.
nonce à la puissance de son corps, et qu’il Ja livre à sa femme, comment se pourra-il adjoindre à une autre comme libre ?
5 Ne fraudez point l'un l'autre. Les hommes profanes jugeroyent que sainct Paul n’est pas guères modeste, de parler ainsi de la cohabitation du mari avec la femme : pour le moins, que cela ne sied pas bien à la gravité d’un Apostre : mais si nous considérons les causes qui Pont contraint, nous trouverons qu'il luy estoit nécessaire de parler de ces choses.
Premièrement il sçavoit bien combien de puissance ha la fausse apparence de saincteté, à décevoir les consciences fidèles : ce que nous expérimentons aussi.
Car Satan nous esblouit les veux sous ombre de bien et saincteté : en sorte que nous pensons estre contaminez et profanez par la compagnie de nos femmes : et en délaissant ceste vocation, délibérons de suyvre une autre manière et condition de vie. D’avantage il sçavoit bien comme un chacun est enclin à s’aimer soy-mesme, et addonné à son plaisir partieulier.
De cela advient que l'homme ayant fait son plaisir de sa femme, non-seulement n’en tient conte, mais aussi la desdaigne.
Et il y en a bien peu à qui il n’adviene quelque fois de se fascher ainsi de leurs femmes. Pour ces causes, il parle ainsi songneusement de l'obligation mutuelle du mariage. Comme s’il disoit, S'il vient quelque fois en fantasie à ceux qui sont mariez, de désirer de vivre hors mariage,
comme estimans cela une plus grande saincteté, ou qu’ils soyent tentez de se desbaucher en paillardises : qu’ils se souvienent qu’ils sont obligez par conjonction mutuelle. Le mari west que la moitié de son corps, ne la femme aussi. Parquoy ils n’ont pas liberté de délibérer et choisir :
mais plustost qu’ils se brident, en pensant ainsi en eux-mesmes : Pource que l’un avoit besoin de l’aide de l’autre, le Seigneur nous à conjoints ensemble : afin que nous-nous aidions Pun Pautre. Il faut donc que mutuellement l’un secoure à la nécessité de l'autre, et que l’un ne l’autre ne soit à sOy. Si ce n’est par consentement. L'Apostre requiert premièrement consentement mutuel, pource qu’il n’est pas yci question de la continence d’un seulement, mais de deux: et puis encore il adjouste incontinent après deux autres exceptions. La première, que cela ne se face point sinon pour un temps :
pour autant qu'il n’est pas en leur puissance de se contenir perpétuellement : de peur qu’en attendant témérairement quelque chose par-dessus leur puissance, ils ne soyent surprins par les embusches de Satan. La seconde, qu'ils ne s’abstienent point de la compagnie mutuelle, comme si ceste abstinence estoit de soy une œuvre saincte et bonne, ou que ce fust un sérvice agréable à Dieu: mais qu’ils s'en abstienent, afin qu'ils puissent vacquer à meilleurs exercices. Or combien que sainct Paul eust si diligemment pourveu à ceci, nonobstant Satan a tant fait, que puis après il en a solicité et induit plusieurs à faire des divorces illicites par un désir pervers de vivre en célibat. Le mari délaissant sa femme, s’enfuyoit au désert, afin que en la moinerie il fust plus agréable à Dieu. La femme maugré son mari, prenoit un voile, qui estoit la marque de celles qui vivoyent hors mariage. Et cependant ils n’avisoyent point que chacun d'eux en faussant la foy à sa partie, rompoit l’alliance du Seigneur: et en desfaisant le lien de mariage, rejettoit le joug du Seigneur. Vray est que ce vice fut corrigé en partie par les Canons anclens : car ils défendirent au mari de ne délaisser sous ombre de continence, sa
Cuar. VIL
femme maugré elle: semblablement que la femme ne desniast point l'usage de s0y à son mari. Mais ils ont failli en ce qu’ils ont permis à tous deux de vivre en célibat perpétuel : voire, comme s’il appartenoit aux hommes d’ordonner quelque chose contraire à l'Esprit de Dieu. Sainct Paul commande nomméement que le mari et la femme nie se fraudent point l’un l’autre, sinon pour un temps : les Evesques.
permettent de se départir de mariage à perpétuité. Qui est-ce qui ne voit yci une répugnance manifeste? Qu'on ne s’esbahisse point donc si nous contredisons librement aux anciens en ce poinct. Car on voit bien qu’ils se sont eslongnez de la parole de Dieu qui est tant claire en cest endroit. {fin que vous vacquiez à jeusne. 11 faut noter que le sainct Apostre ne parle pas yci de toute sorte de jeusne, ne d’oraison non plus La sobriété et tempérance qui doit estre ordinaire és Chrestiens, est une espèce de jeusne.
L’oraison aussi ne doit point estre seulement quotidienne, ains aussi continuelle.
Mais il parle d’un jeusne, qui est tesmoignage solennel de pénitence, pour prier Dieu de destourner son ire: ou par lequel les fidèles se préparent à prier, quand ils délibèrent d’une affaire d’importance :
semblablement d’une oraison, laquelle requiert l’affection du cœur plus ardente et extraordinaire. Car il advient quelque fois, que toutes autres choses délaissées, il faut vacquer à jeusne et oraison: Comme quand il y a une calamité prochaine, si on apperçoit quelque signe de lire de Dieu : ou quand nous sommes enveloppez eu quelque fascheux affaire, ou quand il pous faut faire quelque chose de grande importance, comme quand on veut élire ou ordonner des pasteurs et Ministres, Or FApostre à bon droict conjoint ces deux choses: pource que le jeusne est une préparation à Ooraison: comme aussi Jésus-Christ les conjoint, quand il dit, Ce genre de diables ne peut estre chassé, sinon par jeusne et oraison, Matth., XVII, 21. Quand donc sainct Paul dit, Afin que vous vacquiez : C'est-à-dire, qu’estans délivrez de tous empeschemens, vous-vous employez seulement à cela.
Maintenant si quelqu'un objectoit que
Cuap. VIL SUR LA re ÉPISTRE
l’usage du lit de mariage est une chose mauvaise, pource qu’il empesche lPoraison : la response est facile, Que pour cela il n’est point pire que le boire et le manger, par lesquels le jeusne est empesché.
Mais le devoir des fidèles est de regarder prudemment quand il est temps de boire et de manger, et quand il est temps de jeusner : ils doyvent aussi user de mesme prudence en cest endroit : c’est d’habiter avec leurs femmes quand il est temps, et de s’en abstenir aussi quand ils sont appelez ailleurs. £t derechef retournez ensemble. H exprime yci la raison, l’ignorance de laquelle a fait faillir les anciens : quand ils ont approuvé à tort et inconsidéréement le vœu de perpétuelle contipence. Car ils argumentoyent ainsi, S'il est bon que le mari et la femme s’imposent quelque fois pour un temps , continence volontaire par consentement mutuel, il sera donc beaucoup meilleur s'ils s’y astreignent perpétuellement. Mais ils
ne considéroyent point combien il y avoit de danger. Car nous donnons occasion à Satan de nous opprimer, quand nous attentons quelque chose par-dessus nos forces, et la mesure de nostre imbécillité.
Mais (dira quelqu'un) il faut résister à Satan. Et si les armes et le bouclier nous défaillent? [1 les faut demander au Seigneur, disent-ils. Mais ce sera en vain que nous prierons Dieu de nous assister en une entreprinse téméraire. Et pourtant il faut observer diligemment ceste particule, Pour vostre incontinence. Car nous sommes sujets aux tentations de Satan, à cause de l’infirmité de nostre chair. Si nous les voulons chasser arrière de nous, il y faut opposer le remède, duquel le Seigneur nous à garnis.
Ceux done qui renoncent à l’usage du lit de mariage, font follement. Comme s'ils avoyent accordé avec Dieu, qu'il leur donnera tousjours la puissance de s’en passer.
6 Mais je di ceci par permission, non point par commandement. 7 Car je voudroye que tous hommes fussent comme moy: mais chacun ha
son propre don de Dieu, l’un en une m
anière, et l'autre en une autre.
8 Or je di à ceux qui ne sont pas mariez et aux vefves, quil leur est bon
s'ils demeurent comme moy.
9 Mais s'ils ne se contienent, qu'ils se marient. Car il vaut mieux se marier,
que brusler.
6 Par permission. De peur que se fondans sur ce commandement qu’il avoit donné, ils ne laschassent trop la bride à leurs affections désordonnées, il adjouste une restriction, Qu'il à escrit ceci à cause de leur infirmité : asçavoir, afin qu’ils entendent que mariage est un remède pour éviter paillardise, de peur qu’ils n’abusent du bien d'iceluy, pour satisfaire à leur appétit sans regarder comment :
voire mesme sans mesure et vergongne.
Afin aussi qu’il obviast aux cavillations des meschans , et que nul ne luy peust mettre ceci en avant, Quoy? As-tu peur que les maris et les femmes soyent trop peu d’eux-mesmes enclins à leur volupté charnelle, que tu les sollicites ainsi? Car aussi entre les Papistes, les hypocrites qui veulent estre estimez de petis saincts, sont offensez de ceste doctrine, et plai-
deroyent volontiers avec S. Paul, de ce qu'il retient les gens mariez en cohabitation mutuelle, et qu’il ne leur permet point de vivre en célibat. Il rend donc raison de sa doctrine, et proteste qu’il na point loué la compagnie du lit de mariage, afin que ceux qui sont mariez, soyent par cela alléchez à volupté : ou pource qu'il prene plaisir à commander telle chose :
mais qu'il a eu esgard à linfirmité de ceux ausquels il parle. Les sots et indisicrets zélateurs du célibat, abusent de tous les deux membres de ceste sentence.
Car quand S. Paul dit, Qu'il dit cela par permission: ils concluent de cela, qu’il y à donc vice en Ja cohabitation mutuelle de mariage, pource que où permission et pardon ha lieu, là il faut dire qu’il y à péché. Et de ce qu’il dit, Non point par commandement: ils infèrent que c’est
donc une chose plus saincte de quitter l'usage de mariage, et retourner au célibat. Je respon au premier, Que comme ainsi soit que je confesse qu’en toutes les affections humaines il ÿ a un excès désordonné, je ne nie pas qu’il n’y ait aussi en cestendroit un appétit desmesuré, lequel je concède estre vicieux: et qui plus est, je concède que ceste affection est desbordée par-dessus toutes les autres, et presque brutale. Mais aussi je maintien au contraire, que tout ce qui y est de vice ou turpitude, est tellement couvert par l’honnesteté de mariage, que ce n’est plus vice : ou pour le moins il n’est plus imputé de Dieu. Comme sainct Augustin en traitte très bien au livre du bien de mariage , et souvent ailleurs. Pour résolution donc de ce poinct en peu de paroles, disons en ceste sorte : La compagnie du mari et de la femme est une chose pure, honneste et saincte: car C’est une pure ordonnance de Dieu, L’affection désordonnée de laquelle bruslent les hommes, est un vice procédant de la corruption de nature. Mais à l’endroit des fidèles, le mariage est une couverture de laquelle ce vice est couvert, tellement qu’il n’apparoist plus devant Dieu. Je respon au second, Pource que commandemens sont proprement les enseignemens qui concernent les choses appartenantes à justice, saincteté et intégrité, et lesquelles sont d’elles-mesmes agréables à Dieu: à ceste cause S. Paul dit, qu'il ne parle point par commandement. Maïs il a assez démonstré ci-dessus qu'il faut nécessairement user de ce remède, lequel il a enjoint.
7 Car je voudroye, etc. Ceci appartient à l'exposition de la sentence précédente. Car il ne dissimule point que c’est qui est le plus commode : mais il veut qu'un chacun considère à part SOY ce qui
luy est donné de Dieu. Pourquoy done
est-ce que n’aguères il n’a point parlé par commandement? Pource qu’il ne les contraint pas volontiers à se marier, mais plustost il désireroit qu’ils fussent exempts de ceste nécessité : mais pource que cela n’est pas libre à tous, il ha esoard à linfirmité. Or si ce passage eust esté diligemment considéré, ceste superstition perverse d’appéter le célibat, la-
Car. VI.
quelle a esté la racine et cause de grans maux , n’eust jamais régné au monde.
S. Paul dit yci apertement, que le chois n’est pas libre à un chacun en cest endroit : d'autant que virginité est un don particulier, lequel n’est point donné à tous indifféremment. Et il n’enseigne point autre chose sinon ce que Christ luy-mesme enseigne, quand il dit, Que tous ne comprenent pas eeste parole, Mat., XIX , v. 41. Sainct Paul doncest yci expositeur des paroles du Seigneur, quand il dit que ceste puissance n’est pas ottroyée à tous, de se pouvoir abstenir de mariage. Qw’est-il advenu cependant? Un chacun sans avoir esgard à sa puissance, a voué continence perpétuelle à son appétit. Et il n’y a pas eu seulement les ignorans qui ayent failli en cest endroit. Car les principaux docteurs aussi, cependant qu'ils s'amusent du tout à magnifier Ja virginité, ayans oublié linfirmité humaine , n’ont point pensé à ceste admonition de S. Paul, mais plustost de Christ.
Et S. Hiérôme aveuglé de je ne sçay quel zèle, non-seulement tombe en de fausses Opinions, mais s’y précipite par impétuosité. Je confesse que virginité est un don excellent : mais aussi retenons que c’est un don. Avec ce entendons de la bouche de Christ et de S. Paul, que ce don n’est pas commun à tous , mais donné à bien peu de gens. Parquoy gardons-nous de vouer inconsidéréement ce qui n’est point en nostre puissance, et ce que nous n'impétrerons pas, si ayans oublié nostre vocation, nous aspirons outre nos limites et bornes. Combien aussi que les anciens ont failli en la louange de virginité : car ils l’exaltent tellement, comme si c’estoit la plus exceilente vertu de toutes : et veulent qu’elle soit estimée comme un service agréable à Dieu. Desjà en cela il y a un erreur dangereux: et de eestuylà s’en est ensuyvi un autre, que depuis que le célibat a commencé d’estre en si grande estime, plusieurs à l’envi l’un de l’autre ont voué inconsidéréement perpétuelle continence, combien qu’à grand’peine la centième partie en eust le don et la puissance. Depuis est survenu le troisième erreur, Que le mariage a esté défendu aux ministres de l'Eglise, comme
Cnar. VIL SUR LA fre ÉPISTRE
un estat indigne et non convenable à la saincteté de l’ordre. En ceux qui mesprisans le mariage, vouoyent à la volée continence perpétuelle, Dieu a puni lParrogance premièrement par flammes secrètes de passions et cupiditez désordonnées :
puis après par actes de turpitudes horri-
bles. Et quant à ce qu’il estoit prohihé aux ministres de l'Eglise de se marier, il est advenu par ceste tyrannie, que lV’Eglise a esté despouillée de plusieurs bons et fidèles Ministres. Car les gens de bien el sages ne se vouloyent pas jetter follement au laqs. Par succession de temps les affections impudiques , qui avoyent esté couvées et tenues supprimées au paravant, ont finalement espandu leur puanteur. (’a esté peu de chose, que ceux ausquels c’estoit un erime capital d'avoir femme ;, entretenoyent sans répréhension des concubines, c’est-à-dire des putains :
mais il n’y avoit maison qui se peust sauver des paillardises des prestres. Et mesme ceci a esté peu de chose. Car on a perpétré des meschancetez prodigieuses, lesquelles il vaut mieux mettre en oubli perpétuel, que de les réciter pour exemple.
8 Or je di à ceux qui ne sont, etc.
Ceci dépend des choses précédentes, et est une conséquence qu’il en tire. Il avoit dit, que les dons de Dieu estoyent distribuez en diverses sortes, que là continence n’estoit pas ottroyée à tous, et que ceux qui ne l’oni point, devoyeni recourir au remède. Maintenant il addresse son propos aux vierges, et à tous ceux qui ne sont pas mariez, et aux véfves : et leur accorde bien que c’est une chose qu'ils doyvent bien «désirer que de vivre en célibat, s’ils le peuvent faire : toutesfois qu'il faut qu’un chacun avise quelle puissance luy est donnée, La somme est, Qu'il y à beaucoup de “commoditez au célibat, lesquelles ne sont point à mespriser, pourveu qu'un chacun se mesure à son auine (comme on dit) c'est-à-dire selon sa faculté. Et pourtant, - qu'on exalte la virginité jusques au troisième ciel, si on veut, toutesfois ceci de- Meure tousjours véritable, Qu'elle n’est pas propre à tous, mais seulement à
AUX CORINTHIENS. 367 Car quant à ce que les Papisies mettent en avant, Que nous promettons à Dieu aussi bien au Baptesnie pureté de vie, ce qui n’est pas en nostre puissance : la S0lution est facile à cela : Asçavoir que nous ne promettons rien au Baptesme, sinon ce que, Dieu requiert de tous les siens, mais que la continence est un don spécial, lequel Dieu a refusé à plusieurs.
Ceux donc qui Vouent continence, font autant comme Si un idiot et ignorant se vantoit d’estre Prophète où Docteur, ou expositeur des Langues. Il faut aussi noter cé qu'il dit, S’és demeurent comme moy. Car il Se peut bien faire que quelqu'un vivra chastement hors mariage pour un temps, mais en ceci il ne faut rien déterminer et asseurer du lendemain. Isaac a veseu sans femme jusques à Paage de trente ans, et à vescu tout ce temps-là chastement, auquel les ardeurs de paillardise sont plus bouillantes : toutesfois il est puis après appelé à mariage.
Nous avons encore en Jacob un exemple plus évident. Et pourtant sainct Paul désireroit que ceux qui vivent maintenant chastement, persévérassent en cela jusques à la fin : mais pource qu'ils ne sont pas asseurez que le don leur soil donné à perpétuité, il commande que tous considèrent quel don ils ont receu.
Au reste, ce passage démonstre que S.
Paul n’avoit point encore de femme pour lors. Car quant à ce qu'Erasme dit qu’il estoit marié, poufce qu'il fait mention de soy entre les gens mariez : cela est trop frivole et léger. Car par mesme raison on pourroit mférer qu'il estoit sans femme, d'autant qu’il parle de Sy entre ceux qui n’estoyent point mariez. Or les paroles démonsitrent que pour lors il w’estoit point marié. Car je n’approuve point ceste conjecture, de dire qu’il ait baillé sa femme en garde quelque part, et que de son gré il ait renoncé à l’usage du lit de mariage. Car comment $e fustil donc acquitté de ce qu’il commande yei aux gens mariez? Retournez incontinent ensemble, 4 Cor., VIE, 5. Certes ce seroit une mocquerie, de dire qu’il n'ait point obéi à ses commandemens : et gardé la loy quil donnoit aux autres.
ceux qui ont de Dieu ce don particulier. | Or c’est un exemple de grande motes-
tie, de ce que luy ayant le don de continence, n’exige point des autres, de vivre selon sa règle, mais leur ottroye le remède d’infirmité, duquel il se passe.
Faisons donc à son exemple : et si nous avons quelque don particulier, ne requérons point rigoureusement le mesme des autres qui ne sont pas encore parvenus jusques à ce degré.
9 Mais s'ils ne se contienent. Quand il conseille de s'abstenir de mariage, il parle tousjours sous condition, Si on le peut faire, ou sion ha la commodité :
mais quaud linfirmité de la chair empesche la liberté, il commande simplement du mariage, et en parle comme d’une chose qui n’est plus en doute. Car ceci est dit par forme de commandement, afin que nul ne pense que ce soit un conseil : et non-seulement il réprime les paillars, mais aussi ceux lesquels un appétit intérieur souille devant Dieu. Et de faict, celuy qui ne se peut contenir, s’il mesprise le remède, il tente Dieu. Ceci n’ha point besoin de conseil, mais de défense estroite. Car il vaut mieux se marier, etc. C’est une comparaison impropre, veu que le mariage légitime est honorable en tous! : et brusler,-une chose trèsmauvaise. Toutesfois l’Apostre a parlé selon la coustume, combien qu’il ait parlé improprement. Comme nous disons coustumièrement, Il vaut mieux renoncer à ce monde, afin que nous jouissions de l'héritage du Royaume céleste avec Christ : que périr misérablement és délices de la chair: Je di ceci, pource que sainet Hiérôme forge de ce lieu un sophisme plus que puérile, Que le mariage est bon, d’autant qu’il n’est pas si mauvais que brusler. Je diroye-moy qu’il se joue, si ceci estoit matière de rire : mais en une chose de si grande conséquence, c’est une cavillation meschante, et indigne d’un homme prudent.
Entendons donc que le mariage est un remède bon et salutaire, veu que brusler est une vileine abomination devant Dieu.
Mais il faut avoir la définition de ce mot Brusler : Car il y en a beaucoup qui sont aiguillonnez des concupiscences de leur chair, ausquels néantmoins il n’est pas
1) Héb., XII, 4,
Car. VIE,
tout incontinent nécessaire de recourir au remède de mariage. Or afin que nous retenions la similitude de sainct Paul, il y a grande différence entre Brusler, et Sernitir chaleur. Parquoy l’Apostre appelle vei Brusler, non-seulement estre chatouillé, mais estre embrasé de teile concupiscence, qu’on n’y puisse résister.
Toutesfois, pource qu'aucuns se flattent en vain, pensans estre exempts de toute coulpe, pource qu'ils ne consentent à la concupiscence : il nous faut noter trois degrez de tentations. Car aucunesfois les assaux de concupiscence ont si grande force, que la volonté suecombe. C'est une mauvaise espèce de bruslure, quand le cœur est embrasé de paillardise. Aucunesfois nous sommes tellement points des aiguillons de la chair, que nous y résistons vaillamment, et ne laissons point arracher de nostre cœur la vraye amour de chasteté : mais plustost nous avons en horreur toutes affections vileines et infâmes. Parquoy tous doyvent estre advertis, et principalement les jeunes gens, toutes fois et quantes qu’ils seront molestez de leur chair, qu’ils opposent la crainte de Dieu à l’encontre de ceste tentation, qu’ils coupent la broche à toutes cogitations impudiques, qu’ils demandent force au Seigneur pour résister, et qu'ils s'efforcent de tout leur pouvoir : d’esteindre les flammes de paillardise. S'ils proufitent en ce combat, qu’ils rendent grâces au Seigneur. Car de combien en trouvera-on un, à qui sa chair ne face de la fascherie? Mais si nous réprimons son intempérance, avant qu’elle se puisse renforcer, c’est un grand poinct. Car nous ne bruslons pas, combien que la | chaleur nous soit ennuyeuse : non pas qu’il n’y ait nul vice en ce sentiment de chaleur, mais recognoissans devant le Seigneur nostre imbécillité avec pleurs et humilité, ayons toutesfois cependant bon courage. En somme, tandis que par la grâce de Dieu nous obtiendrons victoire au combat, et que les flesches de Satan ne nous perceront point jusques au dedans, mais que nous les repousserons vaillamment, ne nous lassons point au Combat. 1] y a une autre espèce de
Car. VII.
SUR LA lre ÉPISTRE AUX CORINTHIENS
tentation moyenne entre les deux que ,et trouble Ja tranquillité de la conscience,
j'ay dites: c’est que combien que l’homme ne consente point plenement à la concupiscence : toutesfois il est embrasé d’une impétuosité aveuglée, et est tellement inquiété, qu'il ne peut invoquer Dieu en repos de conscience. Telle tentation‘donc, qui empesche d’invoquer Dieu purement,
est bruslure, laquelle ne peut estre esteinte que par mariage. Nous voyons qu’en ce poinct non-seulement il faut considérer si aucun peut contregarder son corps de pollution : mais aussi il faut avoir esgard à l’esprit, comme nous verrons un peu après.
10 Et aux mariez je leur commande, non point moy, mais le Seigneur, Que
la femme ne se départe point du mari*.
14 ÆL si elle s’en départ, qu'elle demeure sans estre mariée : ou qu'elle se réconcilie à son mari. Aussi que le mari ne délaisse point la femme.
12 Mais aux autres je leur di, non point le Seigneur : Si quelque frère ha une feinme infidèle, et elle consent d'habiter avec luy, qu'il ne la laisse point.
A3 Et si quelque femme ha mari infidèle, et il consent d'habiter avec elle,
qu’elle ne le laisse point.
14 Car le mari infidèle est sanctifié par la femme : et la femme infidèle est
sanctifiée par le mari :
ils sont saincis.
autrement vos enfans seroyent souillez :
or Maintenant
15 Que si l'infidèle se départ, qu'il se départe. Car le frère ou la sœur ne sont asservis? en tel cas : mais Dieu nous a appelez & pair.
16 Car que scais-tu, femme, si tu sauveras ton mari? Ou que scais-tu, mari,
si tu sauveras ta femme ?
417 Sinon un chacun ainsi que Dieu luy a départi
Seigneur l'a appelé, Eglises.
1) Matth.
, V, 32, et XIX,9. Marc, X, 11. Luc, XVI, 18, mine, etc.
4) Ou, Mais chacun chemine.
10 Et aux mariez, je leur commande. I parle maintenant d’une autre condition du mariage : c’est que Île mariage est un lien indissoluble. Parquoy, il condamne tous divorces qui estoyent en usage ordinaire entre les Payens, et aussi n’estoyent point punis entre Îles Juifs par la Loy de Moyse. Que l'homme, dit-il, ne délaisse point sa femme, et que la femme ne se départe point d'avec son
mari. Pourquoy? Pource qu’ils sont con-
joints d’un lien inséparable. Mais c’est merveille qu’il n’excepte pour le moins, la cause d’adultère : car il n’est pas vraysemblable qu’il ait voulu retrancher quelque chose de la doctrine de Christ. Certes mon avis est, qu'il n’a pas voulu toucher ce poinct, pource que parlant de ces choses comme en passant, il a mieux aimé renvoyer les Corinthiens à la permission ou défense de Cbrist, que poursuyvre tous les points par le menu. Car ceux
HI
: chacun di-je comune le
qu'il chemine* ainsi. Et ainsi j ordonne en toutes les
2) Ou, assujettis. 3) Ou, ta femme où non? chacun eche-
qui ont délibéré d'enseigner quelque chose briefvement, se contentent de la doctrine générale : les exceptions sont réservées à quand on veut traitter les matières plus amplement et subtilement. Au reste, quant à ce qu'il adjouste, Non point moy, mais le Seigneur : ii signifie par ceste correction, que ce qu’il leur enseigne yci, est pris de la Loy du Seigneur.
Car les autres choses qu’il enseignoit, il les avoit aussi par révélation du sainet Esprit : mais il dit que Dieu est autheur de ceci : pource qu’il estoit expresséement contenu en la Loy de Dieu. I est vray que nous ne trouverons pas le passage de mot à mot : mais d'autant que Moyse testifie au commencement, que la conjonction du mari et de la femme est si sainete, qu'à cause d’icelle le mari doit délaisser père et mère : on peut aiséement recueillir de cela, combien ceste conjonction est inviolable. Car le fils est 2%
obligé de droict de nature au père et à la mère : et ne Se peut pas despestrer de ce joug. Puis que la conjonction de mariage ést préférée à ce lien, beaucoup moins doit-elle estre desliée.
11 Etsielle s’en départ. I appert par la peine qui s’en ensuyvoit lors, que ceci ne doit point estre entendu de celles qui ont esté répudices pour cause d’adultère.
Car mesme selon les loix Romaines, c’estoit un crime capital, et quasi selon Île droict commun de toutes nations. Mais comme ainsi soit que les maris répudiassentsouventleurs femmes, ou pource que leurs mœurs n’estoyent pas accordantes, ou pource qu’elles restoyent assez belles, ou pour quelque autre despit où desplai- * sir, et aussi que les femmes délaissoyent quelque fois leurs maris pour leur rudesse, ou cruauté, ou autre mauvais traittement : sainet Paul dit que le mariage ne peut estre desfait par tels divorces et dissensions. Car c’est une alliance consacrée au nom de Dieu, laquelle n’est point en Ja puissance des hommes, pour estre establie ou abolie quand nous voudrons.
La somme est, Les autres contrats, d’autant qu’ils dépendent de là pure volonté des hommes, peuvent aussi estre cassez par ceste mesme volonté. Ceux qui sont liez par mariage, ne sont plus en liberté:
en sorte que s'ils se repentent, il leur soit libre de rompre l'alliance, et chercher nouveau parti ailleurs. Car si les droits et liens de nature ne peuvent estre anéantis, beaucoup moins cestuy-ci, lequel nous avons dit devoir estre préféré au principal lien de nature. Or quant à ce qu’il commande que la femme qui s’est départie d'avec son mari, demeure sans se marier, il ne veut pas dire par cela qu’on doyve endurer ceste séparation :
et ne permet point à la femme de demeurer à part sans son mari : mais si elle a esté chassée de la maison, ou rejettée, qu’elle ne pense pas pourtant estre délivrée de la puissance de son mari. Car il n’est pas en la puissance du mari de desfaire le mariage. Il ne permet donc pas yei aux femmes de se départir d'avec leurs maris de leur bon gré, ou de demeurer hors de la maison de leurs maris, comme en estat de vefvage : mais il] dit
Cuar. VIE
que celles mesmés lesquelles les maris ne veulent pas recevoir, demeurent liées, en sorte qu’elles ne se peuvent mariér ailleurs. Or que sera-cé si la femme est sujette à son plaisir, ou autreiient ne se pouvant contenir ? N'est-ce pas inhumanité de lui refuser le remède, veu qu’elle brusle de perpétuelle ardeur ? 3e respon, que quand l'infirmité de nostre chair nous presse, il faut chercher le remède : ayans fait cela, si puis après mesmes les choses ne se trouvent selon nostre déSir, c’est au Seigneur de brider et arréster nos affections par son sainct Esprit. Car quand la femme seroit tombée en une longue maladie, ce ne sera point toutesfois assez suffisante cause au mari pour én aller chercher une autre. Semblablement, si le mari après le mariage, devient malade, il ne sera point loisible toutesfois à la femme, d'aller chercher un autre parti.
Voyei le sommaire de tout ceci : Puis que Dieu nous a ordonné le mariage légitime pour remédier à nostre incontinence, usons-en, de peur qu’en le tentant, nous ne Soyons punis de nostre témérité.
Ayans ainsi fait nostre devoir, espérons qu’il nous assistera, si nous n’y trouvons ce que nous pensions.
12 Mais aux autres je leur di. I appelle les autres, ceux esquels exception ba lieu, à ce qu’ils ne soyent point sujets à la 10y commune des autres. Car les mariages qui ne sont point égaux, ont bien une autre considération: asçavoir, quand le mari et la femme sont différens en religion. Or il despesche ceste question en deux membres. Le premier est, que la partie fidèle ne se doit point départir de la partie infidèle, ne demander divorce si elle n’est répudiée. Le second est, que si la partie infidèle répudie l’autre à cause de la religion, le frère, ou la Sœur par telle répudiation sont délivrez du lien de mariage, Mais pourquoy est-ce que sainét Paul se dit autheur de ces choses, veu qu'il semble avis qu’elles soyent aucunement répugnantes avec celles qu'il avoit dit n’aguères estre du Seigneur? Il n’entend pas qu’elles soyent tellement de s6y, qu'il ne les ait receues de l'Esprit de Dieu : mais pource qu’en toute Ja Low, ni aux Prophètes, n'y avoit résolution :
Car. VII.
expresse de ceci, il prévient par ce moyen les calomnies des meschans, quand il s’attribue ce qu’il vouloit dire. Toutesfois afin que tout cela ne soit vilipendé, comme une chose controuvée au cerveau d’un homme, il dira puis après qu’il n’a point inventé de son propre sens rien de tout ce qu'il a dit. Or il n’y a point de répugnance avec les choses précédentes :
car puis que la révérence et saincteté de la foy de mariage, dépendent de Dieu, quelle alliance peut plus avoir la femme fidèle avec son mari infidèle, puis qu’elle a esté deschassée par despit de Dieu?
1% Le mari infidèle est. I obvie au scrupule qui pouvoit tormenter les fidèles. C’est une alliance singulière que de mariage, de dire que la femme soit la moitié du mari, que deux'soyent une chair, que le mari soit chef de la femme, et qu’elle soit compagne à son mari en toutes choses. Il semble donc estre impossible que le mari fidèle habite avec sa femme infidèle, ou au contraire, qu’une si estroite société ne les pollue. Mais sainct Paul prononce yci que le mariage ne laisse point pourtant d’estre sainct et pur, et qu’on ne doit point craindre la contagion, comme si la femme contaminoit le mari. Or ayons mémoire que sainct Paul parle yci, non pas des mariages qui sont à faire, mais d'entretenir ceux qui sont desjà faits. Car quand on est en ceste délibération, asçavoir si on doit espouser une femme infidèle, ou si on doit avoir pour espoux un homme infidèle, lors ceste exhortation ha lieu, Ne prenez point alliance avec les intidèles : car Christ n’a nulle accointance avec Bélial, 2 Cor., VI, 44. Mais celuy qui est desjà lié, n’ha plus la liberté de choisir, parquoy le conseil est divers. Or jà soit que les autres prenent cette sanctification en diverses sortes, toutesfois je la rapporte simplement au mariage, en ce sens. Il sembleroit avis par apparence, que la femme fidèle tirast quelque contagion du mari infidèle, en sorte que la société en {ust illicite : mais il en est autrement :
car la piété de l’un ha plus de vertu à sanctifier le mariage, que l’'impiété de autre n’ha à le polluer. Le fidèle donc peut habiter avec sa partie infidèle en
SUR LA re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
bonne conscience. Car l’infidèle est sanetifié quant à l’usage et communion du lit, et de toute la vie, pour ne souiller point par son immondicité la partie fidèle. Cependant ceste sanctfication ne proufite de rien à la partie in:1dèle : elle vaut seulement à cela, que là partie fidèle n’est point souillée par sa cohabitation, et le mariage n’en est point profané. Au reste, il sort de ceci une question : Si la foy du mari ou de la femme Chbrestienne sanctifie le mariage : il s'ensuit que tous les mariages des infidèle sont immondes, et ne sont en rien différens de la paillardise.
Je respon, que toutes choses sont immondes aux infidèles, pource que par leur immondicité ils polluent mesme les meilleures et les plus exquises créatures de Dieu, Tit., 1, 45. De là advient qu’ils polluent mesme Ie mariage, pource qu’ils ne cognoissent point que Dieu en est l’autheur : et pourtant is ne sont point capables de la vraye sanctification, et abusent du mariage en mauvaise conscience.
Toutesfois c’est mal cntendu de conclure de là que le mariage des infidèles ne diffère en rien de la paillardise, Car combien qu’il leur soit immonde, néantmoins il est monde et pur de s0y, entant qu’il est ordonué de Dieu, et sert à conserver honnesteté entre les hommes, et réprime les affections désordonnées : et mesmes pour ces causes il est approuvé de Dieu, comme les autres parties de l’ordre politique. Il faut donc tousjours distinguer entre la nature de la chose, et l'abus d’icelle. Autrement vos enfans. C’est un argument prins de leffet, Si vostre mariage estoit immonde, les enfants qui en sortent, seroyent imnondes aussi: or ils sont saincts, le mariage donc est Sainct.
Tout ainsi donc que limpiété et infidé lité de lPune des parties n’empesche point que les enfants qui descendront d'eux ne soyent sainets : aussi elle n’empesche pas que le mariage ne soit pur. Aucuns exposent ce passage grammaticalement de la saincteté civile, asçavoir que les enfans sont réputez légitimes : mais en cela la condition des infidèles n’est de rien pire, Ceste exposition donc ne peut subsister.
D'avantage, il est certain que sainet Paul a voulu vyei délivrer les consciences de
scrupule : afin que nul ne pensast pour
CHar, VIL 45 Que si l’infidèle, etc. C’est le se-
cela attirer aucune souilleure, comme j’ay | cond membre, auquel il met en liberté
dit. C’est donc yci un passage notable, et tiré du profond de Ja théologie. Car il enseigne que les enfans des fidèles sont séparez des autres par une manière de prérogative : en sorte qu'ils sont réputez sainets en l’Eglise. Mais comment conviendra ceste sentence avec ce qu'il dit ailleurs, Que nous sommes de nature tous enfans d’ire, Ephés., IF, 3 : et aussi avec la sentence de David, Voyci, j'ay esté conceu en péché, Pseaume LI, 7. Je resyon, que péché et damnation on£ leur cstendue universellement sur toute la semence d'Adam : et par ainsi, qu'il n’y en à pas un qui ne soit enclos sous ceste malédiction, soit qu’il descende des fidèles, soit qu’il descende des infidèles. Car ce n’est pas en tant qu’ils sont régénérez par l'Esprit, que les fidèles engendrent des enfans selon la chair. La condition naturelle est donc égale en tous, asçavoir que tous soyent sujets tant à péché, que à la mort éternelle. Et quant à ce que PApostre attribue yei un privilége spécial aux enfans des fidèles, cela procède du bénéfice de l'alliance, lequel survenant, Ja malédiction de nature est effacée : tellement que ceux qui estoyent profanes de nature, sont consacrez à Dieu par grâce.
Et de cela sainct Paul conclud aux Ro-
mains, XI, 46, Que toute la race d’Abraham est saincte, pource que Dieu avoit contracté l'alliance de vie avec luy.
Si la racine, dit-il, est saincte, les rameaux aussi sont saincts. Et Dieu appelle ses enfans, {ous ceux qui sont descendus d'Israël. Maintenant, puis que la paroy est rompue, Ceste mesme alliance de salut qui avoit esté faite avec Abraham, et avec la semence, nous est communiquée: Or si
les enfans des fidèles sont exemptez de la |
condition commune du genre humain, pour estre Consacrez au Seigneur, pourquoy leur desnierons-nous Île signe? Si le Seigneur les reçoit en son Eglise par sa Parole, pourquoy leur refuserons-nous le signe? Au reste, comment cela se fait, que la lignée des fidèles soit saincte, et toutesfois il y en a beaucoup qui s’abbastardissent, on le voit aux chap. X et XI aux Romains : et là nous l’avons traitté.
le mari fidèle, qui estant prest de demeurer avec sa femme infidèle, toutesfois est deschassé d’icelle : et semblablement la femme fidèle, laquelle est répudiée de son mari infidèle à tort et sans cause. Car lors lintidèle fait divorce plustost avec Dieu, qu'avec sa partie mariée. Il y a donc en ce cas une raison particulière. Car le premier et le principal lien est non-seulement deslié, mais du tout rompu. Combien qu’aueuns pensent que nous avons aujourd’huy semblable cause de nous Gépartir d’avec les Papistes : toutesfois il est bon besoin que nous considérions avec prudence quelle différence il y peut avoir, afin que nous n’attentiors rien témérairement.
Dieu nous a appelez à paix. Les expositeurs sont yci aussi de diverse opinion:
car les uns l’entendent ainsi, Nous sommes appelez en paix : fuyons donc la matière et occasion des troubles. Je l’enten plus simplement. Entant que faire se pourra, entretenons paix avec tous, à laquelle nous sommes appelez. Il ne faut donc pas se départir à la volée d’avec les infidèles, sinon que premièrement ils facent le divorce. Dieu donc nous a appelez en paix, à celle fin que nous entretenions paix avec tous, en faisant plaisir à un chacun. Ceci donc dépend du premier membre : asçavoir que nous devons demeurer avec les infidèles s'ils s’y accordent, pource que .de chercher occasion de divorce, c’est une chose Gi gnante à nostr e profession.
16 Car que scais-tu, femme. Ceux qui disent que ceste sentence est une confirmation du second membre, l’exposent ainsi : L'espoir incertain ne te doit point retenir, ete. Mais selon mon opinion, c’est une exhortation prinse de Putilité. Car ce seroit un grand et excellent bien, si la femme gaignoit son mari.
Or il est ainsi que les infidèles ne sont pas si désespérez, qu’ils ne puissent estre amenez à Ja foy. Vray est qu'ils sont morts : mais Dieu peut aussi ressusciter les morts. Puis done qu’il y a quelque espérance de proufiter, et que la femme fidèle ne sçait pas si elle pourra par sa
Cap. VII.
saincte conversation réduire s0on mari au bon chemin, elle doit essayer tous moyens, avant que le laisser. Car tandis que le salut d’un homme sera en doute, nous devons plustust estre enclins à bien espérer pour l’advenir, Au reste, quand il dit que le mari peut estre sauvé par la femme : t’est une manière de parler impropre, pource qu’il attribue à l’homme ce qui est propre à Dieu : toutesfois elle ne contient point d’absurdité. Car puis qu'ainsi est que Dieu besongne avec efficace par ses instrumens, desquels il se sert, il leur communique aucunement sa vertu, ou pour le moins il la conjoint tellement à leur ministère, que ce qæl fait, il le dit estre fait par eux. Voylà pourquoy il leur attribue quelque fois l’honpeur qui est deu à luy seul. Toutesfois souvenons-nous qu'il n’y à rien en nous, sinon autant que nous sommes dressez el conduits par luy, comme ses instrumens.
17 Sinon un chacun comme Dieu luy a départi. Il y à ainsi à le traduire mot à mot, Le sens est, Que faut-il donc faire, sinon qu’un chacun chemine selon Ja grâce qui luy est donnée, et selon sa vocation ? Parquoy que chacun tasehe à ceci et y employe sa puissance : asçavoir à aider ses prochains : et singulièrement
SUR LA Ie ÉPISTRE AUX CORINTHHIENS,
quand le devoir particulier de sa vocation le doit esmouvoir à cela. Il met deux choses : la vocation, et la mesure de grâce : lesquelles il veut que nous considérions en ceste consultation, pource que c’est une chose qui ne nous doit pas servir dun petit aiguillon, asçavoir quand Dieu nous fait cest bonneur de nous Consiituer ministres de sa grâce pour le salut de nos frères : et la vocation nous doit servir de bride pour nous arrester sous le joug de Dien, encore que nous ne trouvions pas plaisante chacun nostre vocation. ££ ainsi j'ordonne en toutes les Eglises. Je pense qu'il a adjousté ceci afin d’obvier aux calomnies daucuns, qui tenoyent leurs propos par tout qu’il entreprenoit plus d’authorité sur les Corinthiens, qu’il n’osoit prendre sur les autres. Toutestois il a bien peu aussi regarder à une autre fin : asçavoir que ceste doctrine eust plus de majesté, quand les Corinthiens entendroyent qu’elle auroit, esté desjà publiée par toutes les Eglises. Car nous recevons plus facilement ce que nous entendons estre commun à tous fidèles. Au contraire c’eust esté une chose odieuse aux Corinthiens, qu’on leur eust mis un lien plus estroit qu'aux autres.
18 Quelqu'un est-il appelé en Circoncision? qu'il ne ramène point Le Prépuce? Quelqu'un est-il appelé uw Prépuce? qu'il ne soit point circoncis. 19 La Circoncision n’est rien, et Prépuce n’est rien : mais l'observation des
commandemens de Dieu.
20 Que chacun demeure en la vocation en laquelle il est appelé. 21 Es-tu appelé serf? ne t'en chaille : mais si tu peux aussi estre mis en
liberté, uses-en plustost.
22 Car le serf, qui esi appelé en nostre Seigneur, est l'affranchi de nostre Seigneur. Semblablement aussi celuy qui est appelé en liberté, est serf de
Christ.
23 Fous estes achetez par pris : ne soyez point serfs des homines". 24 Frères, que chacun demeure envers Dieu en ce en quoy il est appelé.
1) 1 Cor., VI, 20. 1 Pierre, I, 18.
A8 Quelqu un est-il appelé en Circoncision ? Pour autant qu’il avoit fait mention de la vocation, prenant occasion par une espèce, il fait une petite digression contenant une exlortation générale:
ce qu’il a accoustumé de faire en plu-
sieurs lieux : et quant et quant conferme par divers exemples, ce qu’il avoit dit du mariage. Le sommaire est, Qu’és choses externes, il ne faut pas légèrement délaisser sa vocation en laquelle on est une fois entré par la volonté de Dieu. Or
il commence par la Circoncision, de laquelle lors plusieurs débatoyent. I dit qu’il n’y a point de différence envers Dieu, si nous sommes Gentils, ou Juifs.
Parquoy il veut qu'un chacun se contente de sa condition. Cependant il faut tousjours entendre qu'il n’est yei parlé que des manières de vivre légitimes, desquelles Dieu est autbeur, et qu'il approuve.
19 La Circoncision n'est rien. Combien que ceste similitude fust convenable à la présente matière, toutesfois il semble qu'il en a usé de propos délibéré :
afin de toucher en passant la superstition et l’orgueil des Juifs. Car d’autant que les Juifs se glorifioyent de leur Circoncision, il se pouvoit faire que plusieurs se despleussent en leur Prépuce, comme si leur condition pour cela en eust esté pire.
Sainct Paul donc les fait tous deux égaux, de peur qu'en hayssant lun, on n’appète follement l’autre. Au reste, il faut entendre ceci pour le temps que la Circoncision estoit desjà abolie. Car s’il eust eu esgard à lalliance et au commandement de Dieu, il en eust fait plus grande estime, et n’en faut point douter.
Vray est, qu'aussi bien aïlleurs il amoindrit l’estime de la Ci concision, quand il l'appelle Circoncision de la letre, et dit qu’elle ne sert de rien devant Dieu, Rom.
Il, 27. Mais yei, d'autant qu’il oppose simplement la Circencision au Prépuce, et qu'il les fait tous deux égaux, il est certain qu'il en a parlé comme d’une chose indifférente et de nulle importance.
Car l’abrogation d'icelle fait que le mystère qui y estoit Comprins auparavant, ne luy appartient pius : et qui plus est, qu’elle ne soit plus signe, mais une chose sans aucun usage. Car le Baptesme est venu au lieu de ce signe de la Loy, à ceste condition qu'il suffit que nous sovons circoncis par l'Esprit de Christ, entant que nostre vieil homme est enseveli avec Christ. Mais l'observation des commandemens. Veu que cela estoit un des commandemens cependant que PEglise a esté sujete aux cérémonies de la Loy, nous voyons qu'il présuppose pour tout certain, que la Circoncision a esté abolie par la venue de'Christ : tellement
Car. VIL
que l'usage d’icelle estoit libre entre les ignorans et infirmes, mais l’utilité en estoit nulle. Car sainct Paul en parle ainsi que d’une chose de nulle importance :
comme s'il disoit : Puis que ces choses sont externes, ne l’arreste point à icelles, mais emplove-t0y plustost à la crainte de Dieu, et aux choses lesquelles il requiert de toy, et lesquelles seules sont en estime devant luy. Or quant à ce que les Papistes allèguent ce passage pour abolir la justification de la foy, c’est une chose puérile. Car S. Paul ne dispute point yei de la cause de la justice, ne comment nous l’obtenons : mais seulement à quoy les fidèles se doyvent employer. Comme s’il disoit : Ne vous occupez point en vain és choses inutiles, mais exercez-vous plustost en ce qui est agréable à Dieu.
20 Que chacun demeure en la vocation. Ceci est la source de laquelle dépend tout le reste : asçavoir qu’un chacun soit content de sa vocation, qu’il la suyve, et qu’il n’appète point d’en aller chercher une autre. Focation en l’'Escriture, signifie un estat et façon de vivre légitime. Car d’autant que ce nom vient d’un mot qui signifie Appeler, il ha une correspondance mutuelle à Dieu, qui nous appelle à ceci ou à cela. Ce que je di, afin que nul n’abuse de ceste sentence pour establir les manières de vivre qui sont apertement meschantes ou vicieuses.
Mais on peut yci demander, Asçavoir si sainct Paul veut establir une obligation et nécessité. Car il semble avis que les paroles dénotent cela, Que chacun est obligé à sa vocation, tellement qu’il ne la peut délaisser. Or ce seroit une chose trop rigoureuse, qu’à un cordonnier il ne fust point loisible d'apprendre un autre mestier : et au marchand de s’addonner au labourage. Je respon que ce n’est pas l'intention de l’Apostre. Car il veut seulement corriger l'affection inconsidérée de laquelle aucuns sont sollicitez à changer d’estat sans quelque juste cause, soit qu’ils le facent par superstition, ou
ñ quelque autre mouvement. D'avantage,
il ramène un chacun à ceste règle, asçavoir qu'ils se souvienent de ce qui est propre et convenable à leur vocation. I wimpose donc point de nécessité à per-
Car. VII.
vivre, laquelle il aura une fois entreprise : mais plustost il condamne ceste inquiétude qui empesche que chacun ne demeure en sa vocation paisiblement et en repos de conscience, et veut qu’un chacun s'applique à faire valoir ce à quoy il est appelé.
21 Es-tu appelé serf ? Nous voyons yei que tout le but à quoy tend sainct Paul, c’est d’appaiser les consciences.
Car il veut que les serfs ne perdent point courage, et qu’ils ne se faschent point de leur condition servile, comme si la servitude les empeschoit de servir à Dieu.
Ne te chaille donc : c’est-à-dire, ne te soucie point comment tu seras délivré de ce joug, comme si c’estoit une condition fhdigne d’un Chrestien : mais contente-toy en ton esprit. Et de ceci nous recueillons que non-seulement la dislinction des degrez et estats vient de la providence de Dieu, mais aussi que l’observation d’iceux nous est enjointe et commandée par sa Parole. Mais si tu peux aussi estre en liberté. Ce mot Aussin'emporte non plus que s'il eust dit, Si en lieu de servitude tu peux mesme parvenir à liberté, il te sera plus commode. Néantmoins je ne sçay s’il suit Son propos parlant aux serfs, ou s’il s’'addresse à ceux qui sont en liberté.
Les deux sens ne convienent pas mal, et tombent tous deux à une mesme fin. Il veut démonstrer que la liberté est nonseulement bonne, mais aussi plus commode que la servitude. S'il parle aux serfs, le sens sera tel, Quand je di que vous ne perdiez point courage, je ne vous défen pas que n’usiez aussi de liberté, sielle vous advient. S'il s’addresse à ceux qui sont en liberté, ce sera une manière de concession : comme s'il disoit, Je veux que les serfs ne se faschent point, combien que Pestat de ceux qui sont en liberté soit beaucoup meilleur et plus à
- désirer, si on ha à choisir.
22 Le serf qui est, elc. Estre appelé serf en nostre Seigneur, c’est d’entre ceux qui sont serfs esire éleu et fait participant de la grâce de Christ. Or ceste sentence est mise pour la consolation des
serfs, et quant et quant pour rabbaisser |
SUR LA lre ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
sonne, de s’arrester à Ja manière de:
l’orgueil de ceux qui sont de franche condition. Pource que les serfs se faschent de leur condition, d'autant qu'ils sont abjects et contemptibles devant le monde, ils ont besoin que l’aigreur de servitude leur soit addoucie par quelque consolation. Au contraire, ceux qui sont en liberté, afin qu'ils ne se plaisent par trop à cause de leur condition un peu plus honorable, et qu’ils ne s’eslèvent en orgueil, ont besoin de bride. L’Apostre fait tous les deux. Car comme ainsi soit que la liberté de l'esprit doyve estre préférée de beaucoup à la liberté de la chair, il admoneste les serfs que l’aspreté de leur servitude leur doit estre tolérable, quand ils considèreront le don incstimable qu'ils ont receu: et ceux qui sont en liberté, qu'ils ne se doyvent enorgueillir, veu qu'en ce quiest le principal, ils n’ont point d'avantage par-dessus les serfs.
Toutesfois il ne faut pas recueillir de ceci, qu’il faille moins estimer ceux qui sont en liberté, que les serfs, ou troubler l'ordre politique. Le S. Apostre voyoit bien ce qui estoit propre à tous deux. Il faloit arrester, comme il a esté dit, ceux qui estoyent en liberté, de peur qu’ils ne s’eslevassent en se mocquant des serfs, Et quant aux serfs, il leur faloit donner quelque consolation, de peur qu'ils ne perdissent courage. Or ces choses tendent plustost à la confirmation de l’ordre politique, quand il remonstre que lincommodité qui est selon la chair, est récompensée par un bien spirituel.
23 Vous estes achetez par pris. Nous avons veu semblables paroles au chapitre précédent, mais à autre fin. Quant à ce mot de Pris, j'en ay dit là ce qu'il m'en sembloit. Voyci la somme : Il défend que les serfs ne se faschent point de leur estat, et veut que plustost ils avisent bien de ne s’assujetir point aux meschantes et perverses affections de, leurs maistres.
Nous sommes saincts au Seigneur, pource qu’il nous à rachetez : ne nous profanons point donc pour acquérir la grâce des hommes : ce que nous faisons, quand
nous obéissons à leurs désirs pervers.
Ceste admonition estoit fort nécessaire en ce temps-là, auquel les maistres par menaces el coups, et mesme crainte de
mort, contraignoyent les serfs à faire tout ce qu’il leur plaisoit commander, sans esgard où exception aucune: tellement qu'entre les choses concernantes l'office des serfs, ils mettoyent aussi bien les macquerelages et semblables meschancetez, que quelque besongne honneste. À bon droict donc S. Paul met ceste exception, qu’ils ne s’assujetissent point à complaire en choses meschantes et déshonnestes. A la miene volonté que ceci fust bien imprimé en l’esprit de tous!
il n’y en auroit pas tant qui fussent si malheureux de s’abandonner et comme vendre au plaisir des hommes. Or quant à nous, SOUveEnONSs-NOUS que nous sommes à celuy qui nous a rachetez.
Car. VII
2, Demeure envers Dieu. Desjà au.
paravant j’ay adverti que ceci ne tend point à astraindre les hommes à une nécessité perpétuelle, tellement qu'il ne leur soit jamais licite de changer d’estat,
| quand il y a quelque juste raison qui le
requiert, mais seulement que c’est pour
| réprimer les affections inconsidérées, par
lesquelles plusieurs sont démenez d’un costé et d’autre, tellement qu’ils sont troublez d’une inquiétude continuelle. Ainsi donc, sainct Paul dit que c’est tout un devant Dieu, quel estat chacun exerce
| en ceste vie, d'autant qu’une telle diver-
sité ne rompt point le consentement en la religion et crainte de Dieu.
25 Or quant aux vierges, je n'ay point de commandement du Seigneur : mais j'en donne conseil, comme ayant obtenu miséricorde du Seigneur, pour
estre fidèle ?.
26 J'estime donc que cela est bon pour la nécessité présente, entant qu'il est
bon à l’homme d’estre ainsi.
27 Es-tu lié à femme? ne cherche point séparation. Es-tu délivré de femme?
ne cherche point de femme.
28 Que si aussi tu te maries, Lu n'as point péché: et si la vierge se marie, elle n’a point péché : toutesfois tels auront tribulation en la chair. Et je vous
esparqne.
1) Ou, avis. 2) Ou, loyal.
25 Quant aux vierges, je n ay point de commandement du Seigneur, etc.
Maintenant il retourne à traitter du mariage, duquel il avoit commencé à parler au commencement du chapitre. Or ce qu'il veut maintenant dire, il l’avoit desjà touché, mais briefvement et un peu obscurément. Il déclare donc plus apertement quelle est son opinion touchant la virginité : mais pource que c’est une matière plene de difficultez et où il est aisé de se mesprendre, il en parle tousjours sous Condition, comme nous verrons. Je pren vei ce mot de J’ierges, pour la virginité mesme. I dit qu’il n'en a point de commandement du Seigneur : pource qu’il n’est fait nulle mention és Escritures, que Dieu détermine qui sont ceux qui doyvent tousjours demeurer en virginité : mais plustost, puis que l’'Escriture dit, Que le masle et la femelle ont esté créez ensemble (Genèse, IT, 21) il semble
avis qu’elle appelle mdifféremment et sans exception tous hommes et femmes à se marier: pour le moins, il ny à passage par lequel il soit enjoint ou commandé à aucun de vivre sans se marier. Il dit qu’il en donne conseil : non pas qu'il soit seulement pour mettre la chose en délibération, n'ayant rien de fermeté ou bien peu: mais qui est certain, et doit estre observé sans doute quelconque.
Aussi le mot Grec qui est yci mis, signifie non-seulement Conseil, mais aussi avis et résolution, Au reste, les Papistes concluent faussement de ceci, qu’il est licite de passer outre les limites de PEscriture : veu que S. Paul n’a rien moins pensé que d’adjouster à la parole de Dieu.
Car, qui voudra yci regarder de près, il trouvera que lApostre n’a rien yei voulu dire, sinon ce que Jésus-Christ mesme a comprins par ses paroles en sainct Matthieu, chap. V, 32, et XIX, 5. Mais par
Car. VIL une manière de prévenir l’objection qu’on luy eust voulu faire, il confesse qu'il n’a point de certain commandement du Seigneur en la Loy, lequel détermine qui sont ceux qui se doyvent marier ou non.
Ayant obtenu miséricorde du Seigneur, pour estre fidèle. I donne authorité à sa sentence, afin que nul ne pense qu’il soit loisible de la rejetter à son appétit.
Car il dit qu'il parle non pas comme homme, mais comme un fidèle Docteur de PEglise, et Apostre de Christ. il attribue cela à la miséricorde de Dieu, comme il a bien accoustumé, pource que ce n'est point un petit honneur, mais plus grand que toute l’excellence des hommes.
Dont appert que toutes les choses qui ont esté introduites en PEglise, du cerveau des hommes, n’ont rien de commun avec ce conseil de sainct Paul. Au reste, Fidele, signifie yci Véritable, qui nonseulement fait d’un bon zèle ce qu’il fait, mais aussi est doué de science, pour enseigner purement et fidèlement. Car il ne suffit pas en un Docteur ou Ministre, qu’il ait bonne conscience, si quant et quant il n’y a prudence el cognoissance de vérité.
26 J’estime donc que cela est bon pour La nécessité présente, entant qu’il est bon, etc. Combien que j'aye tourné ce passage autrement qu'Erasme, ou que Pancien translateur Latin, toutesfois je ne diffère en rien avec eux quant au sens.
Hs divisent tellement les paroles de - sainet Paul, qu'une mesme chose est deux fois répétée: mais moy j'en fay seulement une proposition: et ce non pas de mon authorité: car j’ensuy des exemplaires anciens et bien approuvez, * qui distinguent ainsi. Voyci done le sens:
Je pense qu'il estexpédient pour la nécessité, de laquelle les Saincts sont tousjours pressez en ceste vie, que tous jouissent de la liberté et commodité du célibat, pource que cela leur seroit utile. Or il y en a aucuns qui réfèrent ceste nécessité au temps de sainct Paul, qui a esté . plein de troubles à l’endroïit des fidèles. Mais il me semble avis que plustost il a voulu toucher lPinquiétude, Ge laquelle les Saincts sont perpéluellement agitez en cesle vie présente, et non pas pour ce temps-là seulement. Parquoy je l’esten
SUR LA Ire EPISTRE AUX CORINTHIENS.
à tous aages: et le pren ainsi, Asçavoir que les Saincts sont le plus souvent pourmenez Çà et là en ce monde, et sont sujets à diverses afflictions et orages, en sorte que leur condition ne semble pas estre propre au mariage. Ceste particule, D’estre ainsi, signifie demeurer sans se marier, ou s'abstenir de mariage.
27 Es-tu lié à femme? ne cherche point de séparation. Es-lu délivré de Jemme, etc. Après avoir proposé ce qui nous seroit très-utile, il adjouste toutesfois que nous ne devons pas estre tant esmeus des commoditez du célibat, que celuy qui est lié par mariage, se desface de son mariage pourtant. C’est donc une restriction de la sentence précédente : afin qu'aucun estant à ce induit par les louanges du célibat, ne tourne bride en là, et ayant oublié sa nécessité ou vocation, mesprise le mariage. Au reste, par ces paroles il ne défend pas seulement de desfaire et rompre le lien de mariage, mais quant et quant il réprime les malcontentemens qui font que souvent on se fasche d’estre en mariage : afin que chacun vive avec sa femme volontiers et paisiblement. Es-tu délivré de femme? 11 appert par tout le propos du texte, que ce second membre doit estre prins sous condition. Il ne permet done pas à tous, Île chois de vivre perpétuellement sans femme : mais seulement à ceux qui en ont le don. Celuy done qui n’est contraint d’aucune necessité, qu’il ne se jette point dedans ce laqs témérairement. Car il ne faut pas quitter légèrement sa liberté sans y bien penser.
28 Que si aussi Lu te maries, lu n'as point péché: et si la vierge se marie, etc.
Pource qu’il y avoit danger qu'aucun par la sentence précédente ne pensast tenter Dieu en se mariant de son gré et sans contrainte de nécessité (d'autant que cela seroit renoncer à sa liberté) il oste ce scrupule. Car il permet aux vefves, de se marier : et dit que ceux qui se marient, ne pèchent point. Et ce mot, Aussi: semble avoir quelque poids pour monstrer que les personnes non mariées ont liberté d'entrer en mariage toutes fois et quantes que bon leur semble, combien qu'il n’y ait point préciséement de nécessité qui les
presse. Æt si la vierge se marie. Soit que ceci soit une amplification, ou une simple similitude, premièrement c’est une chose hors de doute, que sainct Paul a voulu estendre la liberté de se marier généralement à tous. Ceux qui pensent que ce soit une amplification, sont meus de ceste raison, que perdre virginité, semble avoir plus d'approche de péché, et est plus sujet à blasme, ou pour le moins ha plus de vergongne que se marier pour le seconde fois. Voyei donc quel seroit l’argument, S'il est permis à la vierge de se marier, il sera beaucoup plustost permis aux vefves. Quant à moy, je pense plustost qu’il fait tous les deux égaux : en ceste sorte, Tout ainsi qu'il est loisible à la vierge de se marier, aussi est-il aux vefves. Car les secondes nopces emportoyent quelque note et reproche entre les anciens : veu qu’ils estimoyent femmes honorables et dignes de la couronne de pudicité, celles qui s’estoyent contentées d’un seul mariage en toute leur vie. Et cest honneur sembloit estre pour reprocher à celles qui avoyent eu plusieurs maris. Et il est notoire que Valère, autheur ancien, a dit, Que c’estoit un signe d’intempérance légitime, c’est-à-dire, colorée et réglée par les loix, quand on appète les secondes nopces. Sainct Paul donc fait les vierges et
CHar. VII.
Toutes fois tels auront tribulation. 1 répète souvent la cause, pourquoy en ces exhortations il encline plus du costé du célibat : afin qu’il ne semble qu’il vueille simplement et en soy préférer lune des conditions à l’autre, et non plustost pour la conséquence. I dit qu'il y a beaucoup de fascheries en mariage: et que pourtant il désireroit que tous ceux qui le veulent exempter de fascheries, ne se mariassent point. Quand il dit, Qu'ils auront tribulation en la chair, il signifie que les solicitudes et destresses, desquelles les gens mariez sont enveloppez, procèdent des affaires de ce monde. La chair donc est yci prise pour l’homme extérieur. Et quand il dit, Je vous espargne: il entend qu’il désireroit qu’ils fus:
sent soulagez et exempts des tribulations qui sont conjointes en mariage. Comme s’il disoit, Je désire de pourvoir à vostre infirmité, à ce que n’ayez point de torment. Or le mariage attire à soy beaucoup de tribulations. Voylà la raison pourquoy je désireroye que n’eussiez nul besoin de vous marier : afin que soyez à délivre de tous ces maux. Toutesfois il ne faut pas conclure de ceci, que sainct Paul répute pour cela le mariage estre un mal nécessaire. Car ces tribulations desquelles il parle, ne procèdent pas tant de la nature du mariage, que de la corruption : çar
les vefves égales en la liberté de mariage. | ce sont fruits du péché originel.
29 Or je vous di, mes frères, pource que le temps’ est court:
il reste? que
ceux qui ont femmes, soyent comme n'en ayans point : 30 Et ceux qui pleurent, comme ne pleurans point : et ceux qui s'esjouisz sent, comme n'estans point joyeux: et ceux qui achètent, comme ne possédans
point.
34 Et ceux qui usent de ce monde, comme n'en usans point. Car la Jigure
de ce monde passe.
32 Or je voudroye que vous fussiez sans sollicitude. Celuy qui n'est point marié, ha souci des choses qui sont du Seigneur, comment il plaira au Sei-
gneur :
33 Mais qui est marié, ha souci des choses de ce monde, commentil Plaira
à sa femme, et est divisés.
34 La femme qui n'est point mariée, et la vierge ha soin des choses "qui
sont du Seigneur, à ce qu'elle soit saincte de corps et d'esprit :
mais celle
qui est mariée, ha soin des choses qui sont du monde, comment me plaira
au mari.
1) Ov, Mais Je vous di ceci mes frères, que le temps, a différence entre la femme mariée et la vierge,
2) Ou, restreint quant à ce qui reste, que ceux. %) Ou, Celle qui n’est point mariée ha soin des choses, ele,
3) Ou,il y
Cnar. VII SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
35 Or je di ceci pour vostre commodité : non point pour vous enlacer : mais tendant à ce qui est bien séant, et propre à vous joindre au Seigneur sans au-
cun destourbier.
29 Pource que le temps est court. I] retourne à parler du sainct usage de mariage, afin de réprimer le desbordement de ceux qui estans mariez, ne pensent à autre chose, sinon aux voluptez charnelles, et ne leur souvient de Dieu en sorte que ce soit. Il admoneste donc les fidèles qu’ils ne tombent point en telle dissolution desbordée, que le mariage les plonge dedans le monde. Le mariage est un remède pour obvier à incontinence. Cela est vray, moyennant qu'on en use modérément. Il veut donc que ceux qui sont mariez, vivent chastement ensemble en la crainte du Seigneur. Cela se fera, quand ils useront du mariage comme des autres moyens de ceste vie présente, ayans tousjours les cœurs dressez en haut à la méditation de la vie céleste. Or il tire son argument de la briefveté de la vie humaine. Geste vie, dit-il, de laquelle nous vivons maintenant, est caduque et de courte durée : qu’elle ne nous retiene donc point enveloppez. Parquoy ceux qui ont femmes, soyent comme n’en ayans point. Vray est qu’un chacun ha bien ceste philosophie en la bouche, mais il y en à bien peu qui l’ayent à hon escient engravée au cœur. En ma première translation j’avoye suyvi un exemplaire, auquel (comme j'ay veu depuis) d’entre beaucoup d’autres il n’y en à point d’accordant. Et pourtant, il m’a semblé bon d’entrelacer ce mot, Pource que : afin que le sens fust plus clair, comme aussi on le trouve en aucuns exemplaires anciens. Car pource que quand il est ques-
tion de délibérer de quelque chose, nous
regardons plus au temps à-venir qu'au passé, il nous admoneste de la briefveté du temps à-venir. Comme n'en ayans point. Toutes les choses qui appartienent à l'usage de la vie présente, sont saincts dons de Dieu : mais nous les polluons quand nous en abusons. Si on demande la raison, nous trouverons que c’est d'autant que nous songeons tousjours uxe perpétuité en ce monde. Car il advient de cela que ce qui nous devoit ai-
der pour passer, au contraire nous tient empestrez. L'’Apostre donc pour nous arracher ceste stupidité, nous renvoye à bon droict à considérer la briefveté de ceste vie : et conclud de cela que nous devons tellement user de toutes les choses de ce monde, comme si nous n’en usions point. Car celuy qui se réputera estre pèlerin en ce monde, usera des choses de ce monde, comme de choses d’autruy : c’est-à-dire, comme de celles qui nous sont prestées pour un jour. Il veut dire en somme, Que l'esprit de l’homme Chrestien ne doit estre occupé és choses terriennes, ne se reposer en icelles. Car il nous faut tellement vivre, comme si à chacune minute d’heureil nous faloit partir de ce monde. Par Pleur et joye, il signifie prospérité et adversité. Car c’est une chose usitée, que les causes soyent désignées par les effets : or de prospérité s’ensuit joye, comme d’adversité pleurs.
Au reste, sainct Paul ne commande point yei aux Chrestiens de laisser leurs possessions, mais seulement il requiert que leurs esprits ne soyent point enterrez en icelles.
34 Ceux qui usent de ce monde. Au premier membre il y a un mot qui signifie Usans : au second il y a le mesme mot composé avec une particule qui se prend volontiers en mauvaise part, ou emporte augmentation, tellement que le mot signifie yci, Abusans, ou Usans trop.
Ainsi donc sainct Paul nous exhorte à user des choses en sobriété et frugalité, tellement que cela n’empesche point ou retarde nostre course, que tousjours nous ne nous avancions pour parvenir au but. Car la figure de ce monde. L’Apostre a élégamment exprimé la vanite de ce monde par ce peu de paroles. Il n’y a rien, dit-il, ferme ou solide en ce monde. Car c’est seulement une vaine et fausse apparence. Au reste, il semble qu'il ait voulu faire une allusion aux théâtres où on joue des jeux. Car à il ne faut que tirer le rideau, et voylà tout changé, tellement que ce que les specta-
teurs regardoyent avec grande admiration, leur est en un moment osté de devant leurs yeux. Je ne sçay pourquoy Erasme en sa translation n’a pas usé du mot de Figure. Certes selon mon jugement il à obscurci la doctrine de sainet Paul. Car ce mot Figure est tacitement opposé à Substance : comme sil disoit que ce monde n’ha point un estre, mais seulement une monstre et vaine apparence.
32 Or je voudroye que vous fussiez, etc. I retourne à ce conseil, lequel il n’avoit pas encore déclaré entièrement :
et pour le commencement, comme il a accoustumé, il met la louange du célibat :
puis après il permet à un chacun la liberté d’élire ce qu’il cognoistra luy estre convenable. Or ce n’est point sans cause qu'il retourne tant de fois à réciter les commoditez du célibat. Car il sçavoit bien combien estoyent difficiles à porter les charges de mariage. Celuy qui s’en peut exempter, ne doit pas refuser un tel bien.
Et est besoin que ceux qui délibèrent de se marier, soyent devant advertis de ces incommoditez, de peur qwaprès en estans surpris à despourveu, ils ne perdent courage : Ce que nous voyons advenir à plusieurs. Car s’estans fait à croire qu'ils n’y trouveroyent que toute douceur, quand puis après ils se voyent frustrez de leur espérance, ils sont facilement accablez par le plus petit beurt qu'ils puissent rencontrer. Qu'ils sçachent donc de bonne heure que c’est qu’ils doyvent attendre, afin qu’ils soyent préparez à endurer patiemment toutes choses. Voyei le sens : Le mariage atlire avec soy beaucoup de retardement, desquels je voudroye que fussiez Gélivrez. Mais pource que ci-dessus il a mis Tribulation, et que maintenant il dit, Soin ou solicitude : on pourroit douter si ces choses sont diverses où non. Quant à moy, je pense que tribulation procède des choses tristes, comme de perte de femme ou d’enfans, de débats, et autres petis différens qui sourdent entre le mari et la femme, de plusieurs ennuis, des fautes que commettent les enfans, de Ja difficulté entretenir Ja famille et autres semblables choses. Et quant aux solici-
Car. VII.
tudes, je pense qu’elles peuvent aussi procéder de choses joyeuses : comme des sotises des nopces, des passe-temps frivoles, et autres choses esquelles les gens mariez s'occupent. Celuy qui n'est point marie. Voylà à quoy tend la délivrance des solicitudes, laquelle il souhaite aux Chrestiens, afin qu’ils rapportent toutes leurs pensées et affections au Seigneur Dieu. Il dit qu’on est vuide de toutes ces Solicitudes, quand on n’est point marié :
et pour tant il désire à tous ceste liberté.
Toutesfois il n’entend pas que ceux qui ne sont point mariez, soyent tousjours addonnez au Seigneur. Car l’expérience démonstre tout le contraire és prestres, moines et nonnains : d'autant qu'il ny a rien plus loin de Dieu que leur célibat.
Nous voyons aussi le semblable en tant de vileins paillars, qui s’abstienent de mariage, afin qu'ils paillardent mieux à leur aise, et en plus grande licence. Et encore que le vice ne soit point apparent, où il y à bruslure, là il n’y peut avoir d'amour de Dieu. Mais le sens de sainct Paul est, que celuy qui est sans femme, est en liberté : et n’est point empesché de penser aux choses qui sont de Dieu.
Les fidèles usent de ceste liberté, les autres tournent toutes choses à leur perdition. |
33 Qui est marié, ha souci des choses de ce monde. H faut entendre par les choses de ce monde, ce qui appartient à la vie présente. Car le Monde est yci prins pour l’estat de la vie terrienne. Mais quelqu’un pourroit recueillir de ceci, que tous ceux donc qui sont mariez, sont forclos du royaume de Dieu , veu qu’ils ne pensent qu'aux choses de la terre. À quoy je respon que le sainct Apostre parle seulement d’une pariie des pensées : comme s’il disoit, que d’un œil ils sont tellement ententifs au Seigneur, qu'ils ont l’autre à leur femme. Car le mariage est comme un fardeau, qui rend l'esprit de l’homme fidèle tellement appesanti, qu’il ne peut aller si alaigrement à Dieu. Or souvenonsnous tousiours que le mariage de soy n’est point cause de ces maux: mais qu'ils procèdent des vices des hommes.
Par ce moyen tombent bas les calomnies de sainct Hiérôme , qui amasse toutes ces
Car. VIE.
sentences, pour diffamer le mariage. Car | estre imputée à erreur ou inadvertance :
si quelqu'un vouloit condamner le labourage, le fait Ge marchandise, et les autres estats et mestiers, pource qu'entre tant de corruptions de ce monde il n’y en a pas un d’iceux qui soit exempt de tous maux : qui est-ce qui ne se mocqueroit de sa bestise ? Avisons donc, que tout le mal qui est en mariage, provient d’ailleurs.
Car aujourd’huy le mari ne seroit point destourné du Seigneur par le lien de mariage, s’il fust denieuré en l’estat d’'innocence, et s’il n’eust point violé la saincte ordonnance de Dieu: mais la femme Iuy aideroit à bien faire en toutes choses, comme elle a esté créée à ceste fin. Mais quelqu'un dira , S'il y a tousjours des solicitudes vicieuses et damnables conjointes avec le mariage, comment se peut-il faire que ceux qui sont mariez invoquent Dieu, et le servent en bonne conscience ?
Je respon, qu’ii y a trois sortes de solicitudes. Car il y en a qui d’elles-mesmes sont mauvaises et meschantes, pource qu’elles provienent de desfiance. Christ parle d’icelles au chapitre VI de sainct Matthieu, v. 25. Les autres sont nécessaires, et ne sont point desplaisantes à Dieu : comme il est bien raisonnable que le père de famille soit songneux pour sa femme et pour ses enfans : et Dieu ne veut point que nous SOYONS COMME SOUches, mais qu’un chacun ait soin pour Soy. La troisième est de celles qui sont meslées des deux autres : asçavoir quand nous nous soucions des choses desquelles selon nostre office nous devons estre songneux : toutesfois nous y sommes trop ardens à cause de l’intempérance qui nous est naturelle. Celles-ci donc ne sont point mauvaises d’elles-mesmes : mais à cause de lPexcès immodéré, elles sont faites mauvaises. Or sainct Paul n’a pas voulu vei seulement taxer les vices qui nous rendent coulpables devant Dieu, mais il souhaite en général, qu’estans délivrez de tous retardemens, nous vacquions totalement au service de Dieu. Æt est di- . visé. C’est merveilles comment est venue si grande diversité sur ce passage: car la lecture commune des Grecs n’ha tellement rien de semblable avec l’ancienne translation Latine, que la diversité puisse
comme bien souvent on faut en une letre où en un mot. Or voyei comment il y a au texte Grec de mot à mot, L'homme marié a souci des choses de ce monde, comment il plaira à sa femme. La femme et la vierge est divisée. Celle qui n’est point mariée , se soucie es choses qui sont du Seigneur, etc. On interprète ce mot Divisée, pour Différente : comme s’il estoit dit, Il ya grande différence entre la femme mariée et la vierge : car Pune s'applique seulement aux choses qui sont de Dieu, Pautre est occupée en diverses choses. Mais d'autant que ceste interprétation est aucunement mal convenante à la simple propriété du mot, elle ne me plaist point : et mesmement d’autant que le sens de l'autre lecture, qui est aussi en aucuns exemplaires Grecs, est plus convenable et moins contraint. Nous lexposerons donc ainsi: Que l’homme marié est divisé : pource qu'il s’addonne en partie à Dieu, en partie à sa femme, et n’est point du tout à Dieu. |
34 La femme , etc. Ce qu'il avoit dit des hommes, il le dit aussi des femmes :
asçavoir que les vierges et les vefves ne sont point destournées par les choses terriennes, qu’elles ne puissent mettre tout leur soin et toutes leurs affections en Dieu. Non pas que toutes le facent ainsi : mais pource que le pouvoir y est bien, moyennant que le cœur et l’affection y soit. Quand il dit, 4 ce qu’elle soit saincte de corps et d'esprit : il démonstre quelle est la vraye chasteté agréable à Dieu : asçavoir quand on garde à Dieu sa conscience impollue. Et pleust à Dieu qu'on eust mieux avisé à ceci qu'on n'a fait! Quant au corps, nous voyons en quelle sorte se sanctifient au Seigneur les moines, les nonnains, et toute cesie ordure de prestrailles , ‘et clergé du Pape. Car peut-on trouver une chose plus infâme et puante que leur célibat? Mais pour maintenant laissons là la pudicité du corps. Combien y en a-il entre ceux-là qui sont en admiration au peuple, pour l'opinion qu'il a conceu de leur continence, qui ne soyent embrasez au dedans de concupiscences vileines ? Or est-il qu’on peut recueillir de ceste sen-
tence de sainet Paul, qu’il n’y à chasteté qui soit agréable à Dieu, que celle qui est aussi bien de lesprit que du corps. À la miene volonté que ceux qui gazouillent ainsi orgueilleusement de la continence, entendissent bien qu’ils ont affaire avec Dieu: ils ne seroyent point si outrecuidez et hardis à débatre contre-nous. Combien qu'aujourd’huy il n’y en à point qui en disputent plus magnifiquement que ceux qui publiquement paillardent sans honte aucune. Mais encore qu’ils se gouvernent tant honnestement qu’ils voudront devant les yeux des hommes, toutesfois tout cela n’est rien, s’ils ne contregardent aussi leurs esprits entiers et purs de toute ordure.
35 Or je di ceci pour vostre commodité, etc. Nous voyons yei la prudence et modération de l'Apostre. Combien qu’il cognust les fascheries de mariage, les difficultez et ennuis qui sont en iceluy : et d'autre part les ecommoditez du célibat :
toutesfois il n’en ose rien commander préciséement. Au contraire, pource qu’il avoit loué le célibat, craignant que les lecteurs ne fussent surprins par telles louanges , et qu’ils ne dissent en eux-mesmes ce que les Apostres respondoyent à Christ, Il est bon d’estre ainsi, Matt., chap. XIX, v. 10: et cependant qu’ils n’examinassent pas bien leur puissance, il proteste vyci expresséement qu’il est bien vray qu’il dé-
Car. VII
monstre ce qui est le plus utile, néantmoins qu’il ne veut point imposer de né-
cessité à aucun. Or nous avons yei deux choses dignes d’estre observées. La première est, à quelle fin on doit appéter le célibat : asçavoir non pas à cause d’iceluy, ne pour ce que ce soit un estat plus parfait : mais afin qu’il n’y aît rien qui nous empesche d’adhérer à Dieu : qui est la seule chose que doit regarder l’homme Chrestien en toute sa vie. La seconde est, qu’il ne faut jetter un laqs sur les consciences, en sorte qu'on défende à quelqu’un de se marier : mais faut laisser à un chacun sa liberté. Il est notoire combien on à grandement failli en toutes deux. Certainement quant à la seconde, ceux-là ont esté beaucoup plus hardis que S. Paul, qui n’ont point craint de défendre le mariage aux clercs: et ceux aussi qui ont fait des vœus de perpétuelle continence, qui sont des laqs par lesquels tant de millions d’âmes ont esté tirées en perdition éternelle. Parquoy si ainsi est que le S. Esprit ait parlé par la bouche du sainct Apostre, les Papistes ne se peuvent excuser qu'ils ne répugnent au sainet Esprit, quand ils lient les consciences en ce qu'il a voulu qu’elles demeurassent libres : si d'aventure le sainct Esprit depuis ce temps-là n’a prins nouvel avis, asçavoir d’astraindre à un laqs lequel il avoit réprouvé.
36 Mais si quelqu'un cuide que ce soit déshonneur & sa vierge qu'elle passe la fleur d'aage, et J'aille qu'ainsi soit fait : face ce qu'il veut, il ne pèche Er
qu'elles soyent mariées.
37 Mais celuy qui demeure ferme en son cœur, et n ha point nécessité, mais ha puissance sur sa propre volonté, et a délibéré cela en son cœur de garder
sa vierge, Ù fait bien.
38 Parquoy, celuy qui marie sa vierge, fait bien :
marie point, fait mieux.
36 Mais si quelqu'un cuide que ce soit déshonneur à sa vierge, etc. Maintenant il addresse son propos aux pères et aux mères qui ont des enfans sous leur puissance. Car après avoir ouy parler des louanges du célibat, et des incommoditez du mariage , ils pouvoyent douter si ce ne seroit point une chose inhumaine d’envelopper leurs enfans en tant
mais celuy qui ne la
de misères, et craindre qu’il ne semblast qu’ils fussent cause des fascheries qui viendroyent puis après aux enfans. Car tant plus qu’ils aiment tendrement leurs enfans, tant plus ils craignent qu’il re leur adviene quelque inconvénient, et tant plus sont-ils diligens à se donner garde pour eux. Sainct Paul donc pour les résoudre de ceste difficulté, il leur monstre
Car. VIL SUR LA re ÉPISTRE
que leur devoir est de pourvoir à la commodité de leurs enfans, comme un chacun doit pourvoir pour soy-mesme, quand il n’est plus sous la puissance d’autruy. Or il use encore de ceste distinction, de laquelle il avoit usé jusques vci:
asçcavoir qu’il louë tellement le célibat, que cependant il laisse le mariage en liberté, et non pas simplement en liberté, mais comme un remède nécessaire pour obvier à incontinence , lequel il ne faut refuser à personne. Au premier membre il parle de marier les filles: où il dit, qu’on ne pèche point en mariant sa fille, quand on pense que le célibat ne luy est point convenable. Le mot de Déshonneur se rapporte à l’honnesteté particulière, qui dépend de la nature d’un chacun.
Car il y a une honnesteté universelle, laquelle les Philosophes disent estre une partie d’attrempance : et elle appartient également à tous. Il y en à une autre particulière : car quelque chose sera convenable à l’un, qui ne sera point séante à Vautre. Un chacuñ donc doit aviser, comme dit Cicéron, la condition et propriété que nature luy a donnée. Le célibat sera propre à l’un: et cestuy-là ne doit mesurer tous les autres à son pied, comme on dit, et les autres ne doyvent non plus s’esforcer de l’ensuyvre , délaissans là l’esgard qu'ils doyvent avoir à leur puissance. Car ce seroit une imitation de singes, laquelle est répugnante à nature. Le père donc ayant considéré le naturel de sa fille, s’il juge qu’elle ne soit propre à se contenir, qu'il luy donne un mari. 11 appelle La fleur d'aage, quand il ést temps de marier une fille. Les Légistes limitent cest aage depuis douze ans jusques à vingt ans. Sainct Paul mor- Stre yci en passant quelle équité, soin et humanité doyvent avoir les pères et mères à remédier à ceste aage glissante et tendre, quand la force de la maladie le requiert. Æé falle qu'ainsi soit fait. J’enten que par ceste particule il veut noter Vinfirmité de la fille: asçavoir, quand elle nha point le don de continence : car lors la nécessité la contraint à se marier. Au reste, quant à Ce que sainet Hiérôme sur ce mot, Z/ ne pêche point, prend occasion de calomnier pour mesdire du ma-
riage, come si ce n’estoit point une œuvre louable de marier sa fille, c’est une cavillation puérile. Car il suffisoit à sainct Paul de délivrer les pères de coulpe, afin qu'ils ne pensassent point qué ce fust chose inhumaine d’envelopper leurs filles és fascheries de mariage.
37 Mais celuy qui demeure ferme.
C’est le second membre où il parle des filles qui ont le don de continence. 1] louë donc les pères qui pourvoyent à la tranquillité d’icelles. Mais il faut veoir ce qu’il requiert en cest endroit. Premièrement, il met une ferme volonté, disant, Si quelqu'un ha ce propos ferme en son cœur. Toutesfois il ne faut pas yci entendre qu’il parle d’un propos et délibération semblable à celle des moines, c’està-dire une volontaire astriction à perpétuelle servitude : car le vœu qu’ils font est tel. Mais il fait mention expresse de ceste fermeté, pource que bien souvent les hommes entreprenent des choses, desquelles ils se repentent le lendemain.
Or pource qu’il est yci question d'une chose de conséquence, il requiert une délibération bien digérée. Secondement, il oste la nécessité. Car il y en a beaucoup, lesquels. quand ils veulent délibérer de quelque chose, apporteront plustost une obstination que raison. Et mesme quand il est question du propos dont il est yei fait mention, ils ne regardent point quelle est leur puissance, quand ils renoncent au mariage : mais ce leur est assez de dire, Je le veux ainsi.
S. Paul requiert que la puissance y soit, afin qu'ils ne délibèrent rien à la volée, mais selon la mesure de la grâce qui leur est donnée. Il déclare bien proprement cesteliberté etexemption de nécessité, par ce qui S’ensuit, quand il veut qu’ils ayent puissance sur leur propre volonté. Car c’est autant comme s’il disoit, Je ne veux point qu’ils facent aucune délibération, que premièrement ils ne sçachent que puissance d’exécuter leur Soit donnée. Car c’est une arrogance pernicieuse que de combatre contre l’ordonnancé de Dieu.
Mais selon ceste raison (dira quelqu'un) les vœus né doyvent point estre condamnez, pourveu que ces conditions y fussent adjoustées. Je respon, que quant au
incertains de la volonté de Dieu pour l’advenir, nous n’en devons rien déterminer pour toute nostre vie. Usons du don autant de temps qu’il nous est octroyé : cependant recommandons-nous à Dieu, estans prests à suyvre Où il nous appellera.
Et a délibéré cela en son cœur. I semble que sainct Paul ait adjousté ceci, pour mieux exprimer que les pères doyvent regarder diligemment de tous costez, avant qu’ils ostent leur fantasie et solicitude de marier leurs filles. Car bien souvent elles refusent d’estre mariées, ou de honte, ou pource qu’elles ne se cognoissent pas encore : cependant toutesfois elles ne sont de rien moins sujetes à affections désordonnées, ou à estre séduites et abusées. Les pères doyvent yci bien aviser ce qui est proufitable à leurs filles, afin que par leur prudence ils corrigent l’ignorance ou le désir mal réglé dicelles. Au reste, ce passage sert pour confermer et establir la puissance des pères, laquelle d'autant qu’elle procède au droiet commun de nature, on doit aussi avoir en révérence. Que si aux autres actes de plus petite conséquence, il west rien permis aux enfans sans l’authorité de leurs pères, il est beaucoup moins raisonnable qu’il leur soit permis de se marier sans le congé d’iceux. Et ceci a esté ordonné estroittement par le droict civil, mais singulièrement par la Loy de Dieu. Parquoy la meschanceté du Pape est d’autant plus détestable, lequel mesprisant tout droict Divin et humain, a eSié si hardi d’exempter les enfans de la sujetion de leurs pères. Mais c’est un plaisir de noter la raison qu’il allègue :
C'est, dit-il, à cause de la dignité du Sacrement. Je laisse à parler de l'ignorance, quand du mariage il en fait un Sacrement. Mais je vous prie, quel honneur est-ce ci, où quelle dignité, quand contre l’'honnesteté publique de toutes nations, contre l'ordonnance éternelle de Dieu, on lasche la bride à l’appétit désordonné des jeunes gens, afin que sous couleur du sacrement, ils s’esgayent et desbauchent sans aucune honte ? Sçachons donc que quand il est question de pourvoir de ma-
don de continence, veu que nous sommes.
Cuar. VIS.
riage aux enfans, l’authorité des pères et mères est sur tout requise, pourveu qu'ils n'abusent point d'icelle par une façon tyrannique : comme aussi à ceste fin les loix civiles restraignent l’authorité d’iceux. Et l’Apostre en requérant vci que les enfans sentent en eux ceste liberté et exemption de la nécessité de mariage, monstroit assez qu'il faut que les pères et mères facent en ceci leurs délibérations selon ce qui est proufitable à leurs enfans. Souvenons-nous donc que ceste modération est la droite règle :
Asçavoir que les enfans souffrent d’estre gouvernez de leurs pères : et quant aux pères, qu’ils n’attirent point leurs enfans par force, où ils ne voudront pas :
et que leur puissance ne tende à autre but, sinon au proufit de leurs enfans.
38 Parquoy celuy qui marie sa vierge, etc. C'est la conclusion de tous les deux membres, en laquelle il dit en peu de paroles que les pères et mères ne sont point répréhensibles quand ils marient leurs filles : déclarant toutesfois qu'ils font mieux, quand ils retienent leurs filles en leurs maisons sans les marier.
Nonobstant il ne faut pas entendre que le célibat soit yci préféré au mariage : sinon sous l’exception qui an’aguèresesté exprimée. Car quand la puissance défaudra à la fille de s'abstenir de mariage, le père qui s’efforcera de la destourner de se marier, fera trèsmal : et ne sera plus père, mais cruel tyran. Or la somme de toute ceste disputation revient à ceci. Que le célibat est meilleur que le mariage, pource que au célibat il y a plus de liberté, à ce que les hommes puissent plus aiséement servir à Dieu, et que toutesfois il ne faut imposer aucune nécessité, en sorte qu’il ne soit loisible à un chacun de se marier quand bon luy semblera :
et au reste, que le mariage est un remède ordonné de Dieu pour subvenir à nostre infirmité, duquel il faut qu’un chacun use, qui n’aura point le don de continence.
Tous ceux qui seront de bon jugement recognoistront et confesseront avec moy que toute la doctrine de sainet Paul sur ceste matière, est comprinse en ces trois articles.
Cuar. VII.
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
39 La femme est liée à la Loy! tout le temps que son mari vit : mais si son mari meurt”, elle est en liberté de se marier à qui elle veut* : moyennant que
ce soit en nostre Seigneur.
40 Toutesfois elle est plus heureuse si elle demeure ainsi, selon mon avis. Or j'estime que ÿ ay aussi l'Esprit de Dieu.
1) Ou,parla Loy, 2) { y a mot à mot, Dort. 3) Rom.,
39 La femme est liée à la Loy. N avoit parlé ci-dessus indifféremment des hommes et des femmes : mais pource que les femmes à cause de Ja honte du sexe, pouvoyent sembler n'avoir pas telle liberté, il a pensé estre nécessaire de toucher aussi d'icelles quelque chose particulièrement. Maintenant donc il démonstre qu’il n’est pas moins licite aux femmes qu'aux hommes de se remarier pour la seconde fois, après avoir perdu leurs premiers maris. Nous avons desjà dit ci-dessus, que celles qui appétoyent les secondes nopces, estoyent estimées aucunement intempérantes, et que quasi à leur honte et diffame on avoit accoustumé de donner la couronne de chasteté à celles qui s’estoyent contentées d’un mari toute leur vie. Et qui plus est, ceste opinion première a jadis esté receuë entre les Chrestiens : car on ne bénissoit point les secondes nopces, et par aucuns Conciles fut défendu aux clercs de s’y trouver. S. Paul condamne yci une telle tyrannie, et ne veut point qu’on empesche aucunement les vefves de se remarier, s’il leur semble bon. C’est tout un quant au sens, si nous disons, À la Loy, ou par la Loy : car c’est la Loy qui prononce que la société du mari et de la femme est inséparable. Toutesfois si nous lisons À la Loy, ce mot signifiera authorité ou puissance et sujétion. Or il argumente par les contraires. Car si la femme est liée tout le temps que le mari vit, ceste obligation est donc effacée par la mort d’iceluy : après qu’elle est en liberté, qu’elle se marie à qui elle voudra. Quant à ce mot Dormir, quand il signifie Mou- rir, comme en ce passage, il se rapporte au corps, et non à l’àme : comme il appert par l'usage commun de toute l’Es-
Hi
Vi, 2.
criture. C’est donc bien une grande ignorance et bestise à aucuns esprits fantastiques, quand ils taschent de prouver de ce petit mot seul, que les âmes après qu’elles sont séparées de leurs corps sont sans intelligence et sentiment, c’est-à-dire despouillées de leur vie. Moyennant que ce soit, etc. Il y en a aucuns qui pensent que ceci soit adjousté pour admonester comme en passant de ne contracter point mariage avec les infidèles, et n’appéter leur familiarité et alliance. Mais encore que je confesse que ce soit le sens de ces mots, toutesfois j'estime qu’ils s’estendent plus loin : asçavoir à ce qu’elles le facent avec révérence, sagement et en la crainte du Seigneur. Car c’est ainsi que les mariages sont contractez deuëment.
40 Elle est plus heureuse. Pourquoy ?
Est-ce pource que la viduité soit une vertu de s0y? Non : mais pource qu’en icelle elle aura moins de destourbier, et sera plus à délivre de sollicitudes terriennes. Quant à ce qu’il adjouste Selon mon avis : il n'entend pas par ce mot, que ce qu’il amène soit une opinion douteuse : mais c’est autant comme s’il disoit, que tel est son jugement sur ceste question. Car il adjouste tout incontinent, qu'il ha l'Esprit du Seigneur :
ce qui suffit pour avoir plene et ferme authorité. Toutesfois il semble que ceci n’est point sans ironie, quand il dit, Je pense. Car pour autant que les fauxapostres se vantoyent à plene bouche d’avoir l'Esprit de Dieu, pour se donner authorité, et cependant taschoyent de diminuer celle de sainct Paul, il dit qu’il luy semble bien avis qu'il n’ha pas moins le S. Esprit qu'eux.
Cuar. VIII.