CHAPITRE IX
4 Ne suis-je point Apostre? ne suis-je point en liberté? n'ay-je pas veu uostre Seigneur Jésus-Christ? n'estes-vous pas mon œuvre en nostre Seigneur ?
2 Sije ne suis Apostre aux autres, au moins le suis-je à vous: car vous estes le seau de mon apostolat en nostre Seigneur.
Telle est ma défense envers ceux qui me recherchent \.
x N'avons-nous pas puissance de manger et boire? |
5 N’'avons-nous pas puissance de mener par tout une femme sœur, ainsi que les autres Apostres, et les frères du Seigneur, et que Céphas? À
6 Ou, moy seul et Barnabas, n'avons point puissance de ne travailler point?
7 Qui est-ce qui ha jamais querroyé à ses despens? qui plante la vigne, et n'en mange point de fruit? qui paist le troupeau, et ne mange point du lœict
du troupeau?
8 Di-je ces choses selon l'homme *? la Loy ne dit-elle point aussi le mesme?
9 Car il est escrit en la Loy de Moyse”, %, Tu ne lieras point la queule du bœuf qui Joulle le grain. Dieu ha-il soin des bœufs?
10 Ne dit-il point totalement ces choses pour nous? Certes elles sont éscrites pour nous. Car celuy qui laboure, doit labourer sous espérance : et qui bat le blé, sous espérance d'en estre participant”.
A1 Si nous vous avons semé les choses spirituelles, est-ce si grand PRES que nous recueillions les vostres charnelles ÿ?
12 Si les autres participent à ceste puissance entre-vous: Pourquoy 707 plustost nous ? Mais nous n'avons point usé de ceste puissance : ains endurons tout, afin que ne donnions aucun empeschement à l'Evangile de Christ.
4) Ou, examinent, ou, contrerollent.
2) Ou, en l’homme.
3) Deut., XXV, b. 1 Tim., V,18. 4) Autrement, Pource
que celuy qui laboure doit sous espérance labourer : et qui bat le blé sous espérance, doit estre participant de son espé-
rance. 5) Rom., XV, 217.
A Ne suis-je point Apostre? 11 leur conferme par effect ce qu’il leur avoit dit auparavant : asçavoir qu’il ne mangeroit point de chair tout le temps de sa vie, plustost que d’offenser un des frères “et quant et quant il démonstre qu’il ne requiert non plus d'eux, que luy-mesme avoit fait. Et certes, l’équité naturelle requiert cela, que la loy que nous imposons aux autres, HOUS-nous y assujetissions aussi. Et singulièrement le Docteur ou Ministre Chrestien se doit imposer ceste nécessité à soy-mesme, afin qu'il ait de quoy à toutes heures pour confermer sa doctrine par exemple de bonne vie. Nous expérimentons cela nous estre bien fascheux, que sainct Paul requéroit | 9 des Corinthiens : asçavoir que pour le regard des frères ils se déportassent
d’user de la puissance et liberté qui leur estoit donnée. À grand’peine eust-il impétré cela, si premièrement il ne leur eust. monstré le chemin. Et certes il avoit promis de le faire : mais pource qu'en promettant pour ladvenir, il n’eust pas esté creu de tous, | ce qu'il a desjà fait. Or il amène une exemple mémorable : asçayvoir que seulement afin qu'il ne donnast occasion de mesdire aux faux-apostres, il s’est abstenu de la liberté de laquelle autrement il pouvoit user : et c'est quand il a mieux aimé vivre du travail de ses mains, qu'estre nourri aux despens des Corinthiens, ausquels il administroit l'Evan-
oile. Or il déduit au iong ce droict appartenant aux Aposires, de recevoir leur nourriture et vestement : en partie pour
il allègue maintenant
Caar. IX.
enflamber d'avantage les Corinthiens à quitter beaucoup de choses pour l'amour de leurs frères à son exemple, pource qu'ils regardoyent par trop à entretenir l'usage de leur liberté : en partie afin d'exprimer plus clairement l’impudence des calomniateurs, qui prenoyent ma-
tière de détracter sur une chose où il n’y
avoit rien digne de répréhension. Et il parle par interrogation, afin de les presser de plus près. Ce qu'il dit, Ne suis-je point en liberté? est général. Quand il adjouste, Ne suis-je pas Apostre? il touche une espèce de sa liberté :
comme s’il disoit, Si je suis Apostre de Christ, pourquoy ma condition sera-elle pire que des autres? Il prouve donc sa liberté, pource qu’il est Apostre. N’ay-je pas veu nostre Seigneur? Il a adjousté ceci expresséement, afin qu’il ne fust en sorte quelconque estimé moindre que les autres Apostres. Car les gens malins et ses envieux n’avoyent que cela à dire, et criovent à tous propos, qu'il avoit receu par les mains des hommes tout ce qu’il avoit de l'Evangile, veu qu'il n’avoit jamais veu Jésus-Christ. Et de faict yray est qu’il n’avoit pas conversé en ce monde avec Christ, mais Christ luy estoit apparu après sa résurrection. Or ce n'est pas moindre chose d’avoir veu Jésus-Christ en sa gloire immortelle, que de lavoir. veu en l'humilité de sa chair mortelle. I fait encore mention de ceste vision. par ci-après, au chapitre XV, Y. 8, et. aussi il enest parlé deux fois aux Actes, chapitre IX, v. 3, et XXIE, 6.
Ce:membre donc tend à prouver sa vocation : pource que combien qu’il n’eust pas esté ordonné un des douze, Pauthorité toutesfois de l’arrest par lequel il avoit esté ordonné Apostre, n’estoit point . moindre, veu que Christ l’a prononcé et publié du ciel. Mestes-vous pas mon œuvre. I} prouve son Apostolat en second lieu par l'effet, d'autant qu’il avoit gaigné les Corinthiens au Seigneur par l'E- Yangile. Or c’est une grande chose que sainet. Paul s’attribue, quand il appelle leur conversion son œuvre. Car c’est comme une nouvelle création de l’âme.
Mais comment conviendra ceci avec ce que nous avons veu ci-dessus : asçayoir
SUR LA Ir ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
que celuy qui plante n’est rien, et celuy qui arrouse n’est rien, chap. HE, v. 7. de respon, comme ainsi soit que Dieu est la cause efficiente, et l’homme avec sa prédication n’est que linstrument, lequel ne peut rien de soy, qu’il faut tousjours tellement parler de l’efficace du ministère, que toute la louange de l’œuvre demeure entièrement vers Dieu seul. Mais quelque fois l’homme est conféré avec Dieu, quand il est parlé du ministère : alors cela ha lieu, Qui plante n’est rien, et qui arrouse n'est rien. Car que peut avoir l’homme de reste, s’il entre en partage avec Dieu ? Et pourtant lEscriture anéantit du tout les Ministres au regard de Dieu. Mais quand sans faire comparaison de Dieu, il est parlé simplement du ministère, alors l’éfficace d’iceluy est ornée de beaux titres, comme yei. Car lors il n’est pas question que c’est que l’homme peut de soy sans Dieu, mais plustost Dieu, qui en est autheur, est conjoint avec Pinstrument, et la vertu de son Esprit avec le labeur de homme : c’està-dire, on ne parle pas de ce que l’homme
+ | fait par sa propre vertu, mais que Dieu
fait par la main d’iceluy.
2 Si je ne suis Apostre aux autres.
La somme de ce qu’il dit, tend à confermer son authorité entre les Corinthiens, tellement qu’elle y soit receuë sans contredit. S'il y en a aucuns, dit-il, qui doutent de mon Apostolat, toutesfois vous n'en devez point douter. Car comme ainsi soit que j’aye planté vostre Eglise par mon ministère, ou vous n’estes point fidèles, ou il faut nécessairement que me recognoissiez pour vostre Apostre. Et afin qu'il ne semble avis qu’il s’arreste aux paroles, il dif que la vérité et leffet le démonstre. pource que Dieu avoit seellé son Apostolat par la foy des Corinthiens. Or si quelqu'un met en avant que cela convient aussi bien aux fauxapostres qui S’assemblent des disciples :
je respon, que sur toutes choses il est requis d’avoir pure doctrine, avant qu’aucun ait confirmation de son ministère devant Dieu par leffet. Les abuseurs donc vont rien yei qui face pour eux, quand ils auront déceu par leurs mensonges quelque simple peupie, voire de
grandes nations et royaumes. Et combien que quelque fois on trouvera des gens qui avancent le règne de Jésus-Christ par occasion, lesquels toutesfois ne preschent pas l'Evangile avec pure affection (ainsi qu’il est dit Philip., chap. F, v. 45) si n'est-ce pas sans cause que sainct Paul conclud par le fruit qu’il a fait, qu’il estoit envoyé de Dieu. Car l'Eglise qui avoit esté dressée et édifiée en Corinthe, estoit telle, que la bénédiction de Dieu y reluisoit si apertement, que cela devoit bien servir de seau et confirmation de la charge de sainct Paul.
3 Telle est ma défense. Outre la matière principale de laquelle il parle maintenant, il semble qu’il ait aussi voulu comme en passant repousser les calomnies de ceux qui murmuroyent et détraetoyent de sa vocation, comme s’il eust esté quelque ministre du rang commun des autres. Jay accoustumé, dit-il, de vous produire en avant pour ma défense et bouclier, quand quelqu'un détracte de l'honneur de mon Apostolat. De cela s’ensuit que les Corinthiens se font grand tort et injure à eux-mesmes, s'ils ne le recognoissent pour tel. Car si leur foy estoit une protestation solennelle de l'Apostolat de sainct Paul, et la défense d'iceluy à lencontre de ses calomniateurs, PApostolat de sainct Paul ne pouvoit perdre son authorité, que la foy des Corinthiens ne fust quant et quant esteinte. En lieu que les autres lisent, Ceux qui m'interroguent : j’ay tourné, Ceux qui me recherchent : car il entend ceux qui vouloyent mettre en débat son Apostolat, et le contreroller, comme on dit.
à N'avons-nous pas puissance. .I] conclud de ce qu’il a desjà dit, qu’il avoit droict de prendre sa nourriture et son vestement d’eux, combien qu’il n’en ait
pas usé. Car de faict sainct Paul beuvoit et mangeoil, mais ce n’estoit pas aux des-.
pens de l'Eglise. Voyci donc une de ses libertez, de laquelle il se déportoit. L’autre, qu'il n’avoit point de femme, laquelle aussi devoit estre nourrie à leurs despens. Combien qu’'Eusèbe recueille par ces paroles que sainct Paul a esté marié, et qu’il avoit laissé sa femme en certain
Cuar. IX.
lieu, afin qu’elle ne fust en charge aux Eglises. Mais il s’abuse : car mesme n’estant point marié, il pouvoit néantmoins alléguer ceci. Quant à ce qu’il fait cest honneur à la femme mariée Chrestienne, de l'appeler Sœur : il déclare premièrement par cela combien doit estre ferme et de grand’amour la conjonction entre le mari et la femme Chrestiens, veu qu’il y à en icelle double lien. D’avantage, il démonstre quelle modestie et honnesteté doit esire entr'eux. On peut aussi recueillir de ceci, combien il s'en faut que le mariage soit mal convenant aux Ministres de l'Eglise. Je laisse à dire que les Apostres en ont usé, de l'exemple desquels nous parlerons tantost : mais sainct Paul enseigne yci en général ce qui est licite à tous.
5 Ainsi que les autres Apostres.:
Ayant touché la permission du Seigneur en cest endroit, il adjouste l'usage commun des autres. Et afin qu'il amplifie d'avantage ce qu’il se déportoit ainsi de son droict, il procède par degrez.
Premièrement, il produit les Apostres, après il adjouste, Les frères mesmes du Seigneur en usent sans aucune difficulté :
et qui plus est, Pierre, à qui le premier lieu est donné par le consentement de tous, use aussi de ceste liberté. Par Les frères du Seigneur, il entend Jaques et Jehan, qui estoyent estimez les colomnes, comme il dit aux Galatiens, IF, 9. Et il les appelle frères du Seigneur selon la coustume de lEscriture, entant qu'ils luy estoyent prochains parens. Or si quelqu'un veut establir la Papauté par ceci, il se monstrera vray fol. Nous confessons bien que Pierre a -esté recognu pour le principal entre les Apostres :
comme il est nécessaire qu’en toutes compagnies il y ait tousjours quelqu'un qui précède et addresse les autres : et aussi les autres estoyent bien contens de déférer l’honneur à Pierre, pour les grâces
excellentes qui estoyent en luy. Comme |
il est raisonnable que tous ceux qui ont quelques dons de Dieu plus excellens que les autres, soyent estimez et honorez.
Mais ceste primauté n’a point esté une seigneurie, et qui plus est, elle n’a rien eu de semblable à domination. Car tout
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Car. IX.
ainsi qu’il apparoissoit par-dessus les autres ses compagnons, aussi estoit-il sujet à eux. D’avantage, il y a différence entre tenir la primauté en une Eglise, et usurper un royaume et principauté sur tout lemonde. Et encore que nous accordions qu'il soit ainsi en tout et par tout de sainct Pierre : qu'’appartient tout cela au Pape? Car tout ainsi que Mathias a succédé à Judas, aussi quelque Judas, a peu succéder à Pierre, Act. I, 26. Et mesme, nous voyons qu’il y a plus de neuf ceéns ans que tous ses successeurs (pour le moins de ceux qui se vantent estre tels) il n’y en a pas un qui ait esté en rien meilleur que Judas. Mais ce n’est pas yci le lieu de traitter de ces choses :
qu’on lise nostre Institution. Au surplus, li! faut yci noter une chose, que les Apostres n’ont point eu en horreur le mariage, lequel toute la prestraille du Pape ha en si grande exécration, comme une chose indigne de la saincteté de leur ordre.
Mais ceste belle sagesse est depuis venue au monde, asçavoir que les prestres du Seigneur seroyent pollus, s’ils avoyent compagnie avec leurs femmes légitimes.
Et à la parfin, la chose est venue jusqueslà, que le Pape Syricius n’a point eu de honte d’appeler le mariage Immondicité de la chair, en laquelle nul ne peut plaire à Dieu. Que deviendront donc les povres Apostres, qui ont persévéré en ceste souilleure jusques à la mort? Mais ils ont yci Controuvé une belle subtilité pour eschapper. Car ils disent que les Apostres ont renoncé au lit de mariage, mais qu’ils ont mené leurs femmes avec eux, pour recueillir les fruits de l'Evangile, c'est-à-dire leur nourriture aux despens communs. Voire, comme si elles n’eussent peu estre nourries des Eglises, sans trotter çà et là : comme aussi s’il estoit croyable que sans aucune nécessité elles avent couru çà et là de leur bon gré, pour vivre en oisiveté, au despens du publiq. Car quant à ce que S. Ambroise expose ce passage des femmes d'autruy, lesquelles suyvoyent les Apostres d’un grand désir qu’elles avoyent d’ouir la doctrine, cela est trop contraint.
7 Qui est-ce qui a jamais querroyé.
Au texte Grec, le mot est du temps pré-
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
sent, Guerroye, pour, A accoustumé de guerroyer : mais pour addoucir la façon de parler, je l’ay mis au temps passé, 4 guerroyé. Maintenant par trois similitudes prises mesme de la vie commune des hommes, il conferme qu’il eust peu, sil eust voulu, vivre aux despens communs de lPEglise : afin qu’il démonstre qu’il ne s’usurpe rien, sinon ce que lhumanité mesme et nature nous enseigne estre raisonnable. La première est prinse du droict de la guerre. Car on a accoustumé de fournir vivres aux gendarmes de Pargent publicq. La seconde est prinse des vignerons : car le vigneron ou laboureur plante sa vigne, non pas à l'intention de perdre sa peine, mais afin qu’il en recueille le fruit. La troisième est prise des gardeurs de bestial : car le berger n’employe pas sa peine pour néant : mais il vit du laict du troupeau, c’est-à-dire, il est nourri du revenu qui en prouvient. Puis que l’équité naturelle enseigne cela estre trèsraisonnable, qui est-ce qui sera tant inique, qui vueille refuser la vie aux Pasteurs de l'Eglise? Or quant à ce qu’il peut bien advenir qu’aucuns guerroyent à leurs propres despens, comme les Romains Ont fait autresfois, quand on ne contribuoit encore pour entretenir Ja gendarmerie, et n’y avoit revenu des péages, cela ne répugne point aux paroles de sainet Paul. Car il prend seulement son argument de la coustume receue /par tout, et de la façon commune.
8 Di-je ces choses selon l'homme?
Afin que nul ne calomniast que c’est bien autre chose quant aux affaires de Dieu, et pourtant que c’est en vain qu’il a amené tant de similitudes : maintenant il adjouste que cela mesme est commandé de Dieu. Parler selon l’homme, signifie aucunesfois parler selon le sens pervers de la chair, comme au chapitre IE, v. 5 des Romains : mais ycei, il signifie alléguer seulement ce qui est usité entre les hommes, et seulement recevable entr’eux par une façon de faire. Or que Dieu mesme aussi ait voulu que le labeur des hommes fust rémunéré, il le monstre par ce que le Seigneur défend de lier la gueule au bœuf qui foulle le grain. Et pour accommoder le passage à la matière pré-
sente, il dit que Dieu n'a point eu soin des bœufs : mais que plustost il a eu esgard aux hommes. Premièrement on peut demander, Pourquoy il à choisi principalement ceste probation, veu qu'il avoit des passages beaucoup plus clairs en la Loy : comme au chapitre XXIV, v. 44, du Deutéronome, Le loyer du mercepaive ne dormira point chez toy. Mais si on regarde de près, on trouvera qu’il y a plus de vertu en ce tesmoignage, auquel le Seigneur recommande les bestes.
Car de là on peut recueillir du plus petit au plus grand, quelle humanité il requiert entre les hommes, veu qu’il veut qu’elle soit gardée envers les bestes brutes. Or quant à ce qu’il dit, qüe Dieu n'a point soin des bœufs : il ne le faut pas ainsi entendre, comme s’il vouloit exclure de la providence de Dieu les bœufs, veu qu’il ha soin, voire des petis passereaux.
Matth. VI, 26, ni aussi comme s’il vouloit exposer ce commandement par allégorie : comme un tas desprits estourdis prenent occasion d’yci, de transférer tout à allégories. Ainsi, des chiens ils en font des hommes : des arbres, des Anges : et corrompent toute l'Eseriture en se jouant en ceste sorte. Or le sens de sainct Paul est simple, Que quand le Seigneur commande humanité envers les bœufs, il ne le fait pas pour l’amour des bœufs, mais plustost ayant esgard aux hommes, pour lesquels les bœufs mesmes ont esté créez. Ceste clémence donc envers les bœufs, nous doit estre un exercice pour nous resveiller à user d’humanité entre-nous : comme dit Salomon aux Proverbes, XIE, 10, L'homme juste ha soin de sa beste : et les entrailles des meschans sont plenes de cruauté. Il faut donc entendre que Dieu n'ha pas telle-
ment soin des bœufs, qu’en donnant la
Loy, il ait eu seulement esgard auk bœufs : car il a regardé aux hommes, et les à voulu duire à suyvre équité, afin qu’ils ne défraudassent de leur salaire ceux qu'ils auroyent mis en besongne.
Car jà soit que le bœuf laboure. ou foulle le grain, toutesfois ce n’est pas luy qui fait le principal, mais l’homme, par lindustrié duquel le bœuf est appliqué à l'œuvre. Ce donc qu'il adjouste inconti-
Car. IX,
nent après, Celuy qui labotre, doit labourer sous espérance, etc.; est une déclaration du commandement, comme s’il disoit qu’il s’estend généralement à tout loyer et récompense de labeur:
10 Car celuy qui laboure. Ceci sé lit en deux sortes, mesme és exemplaires Grecs : mais l’une est plus receue, Qui bat le blé sous espérance de participer à son espérance : combien que celle qui ne répète point au second membre deux fois le mot d'Espérance, semble estre plus simple et plus naturelle. Parquoy, si j'avoye la liberté de choisir, ÿaimeroye mieux lire ainsi, Celuy qui laboufe, doit labourer sous espérance, et celuy qui bat le blé, sous espérance d’en estre participant. Toutesfois pource que quasi tous les livres Grecs s'accordent à la première, et que le sens demeure tousjours un, je n’ay pas osé la changer. Or'il expose le commandement précédent : et pourtant il dit que c’est une chose inique, que le laboureur perde sa peine après avoir 1abouré et batu le blé : mais que la fin du labeur, c’est espérance d’en recueillir fruit et proufit. Puis qu’ainsi est; on peut inférer que cela appartient aussi aux bœufs : mais l’intention de sainct Paul a esté de l’estendre plus avant : et Paccommoder principalement aux hommes. Or le laboureur est dit Estre participant deSon espérance, quand il se sert du revenu qu’il à recueilli en moissonnant, et espéré en labourant.
AA Sinous vous avons semé, etc. I y avoit encore une cavillation de resté:
Car on pouvoit mettre en avant, qu'il est certain que les labeurs appartenans ‘à ceste vie, doyvent avoir pour récompense la vie et le vestement : et que le labourage et la foullure du gain apportent du proufit, duquel participent ‘ceux qui Y ont pris de la peine : mais que quant à l'Evangile, c’est autre chose, dautant que le fruit qui en revient, est spirituel :
et que pourtant, si le ministre de la Pa= role veut recevoir du fruit correspondant à son labeur, il ne doit rien attendre ne demander, qui soit charnel:: Afin ‘done que nul h’eust occasion de caviller ainsi, .
il fait un argument du plus grand au moindre : comme s’il disoit, Combien que
Cnar. IX.
semblable qualité que le labeur du vray Ministre : quel tort toutesfois vous faiton, quand vous récompensez une chose inestimable d’une autre tant vile, et de si petite conséquence? Car d'autant que Vâme.est plus excellente que le corps, autant est la parole de Dieu plus excellente que la vie et le vestement, veu que c’est la nourriture de l'âme.
19 Si les autres participent à ceste puissance. Il conferme derechef son droict par Lexemple des autres. Car quelle raison y avoit-il de luy refuser à luy seul ce que les autres prenoyent comme une chose qui leur estoit deue? Car d'autant qu'il n’y en avoit pas un qui eust plus travaillé entre les Corinthiens que luy, aussi il n’y en avoit point qui fust plus digne de salaire. Au reste, il ne récite
SUR LA Jre ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
le vivre et le vestement ne soyent pas de |
pas que c’est qu’il a fait, ains ce qu'il eust peu faire selon son droict, sinon qu'il s’en fust déporté volontairement. Mais nous n'avons point, etc. Maintenant il retourne au poinct de la matière, asçavoir qu’il a renoncé de son bon gré à la puissance, laquelle nul ne luy pouvoit desnier, et qu’il a mieux aimé endurer toutes choses, que par sa licence donner occasion d’empescher le cours de PEvangile. Il veut donc qu’à son exemple les:
Corinthiens se proposent ce but : de ne donner aucun empeschement ou recullement à l'Evangile. Car ce qu’il testifie de soy, leur devoir estoit d’ensuyvre et de faire le semblable selon leur vocation.
Ainsi il conferme vci ce qu’il a dit au paravant, qu'il faut aviser ce qui est expédient.
13 Ne scavez-vous pas que ceux qui font les sacrifices, mangent des choses qui sont sacrifiées? et que ceux qui s’employent à l'autel, parlissent avec
l'autel?
14 Pareillement aussi nostre Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent
l'Evangile, de vivre de l'Evangile.
15 Toutesfois je n'ay usé de pas une de ces choses. Or je n'ay point escrit
ceci, afin qu'ainsi me soil fai :
aucun anéantissoit ma gloire.
car dl m'est bon de plustost mourir, que si
46 Car encores que j évangélize, je n ay de quoy me glorifier, pourtant que nécessité m'est imposée, et mal-heur est sur moy, si je n'évangélize.