Que si je Le fay volontiers, j'en ay loyer
mais si.je le fay à contre cœur,
toutesfois la dispensation m'en est commise. / 18 Quel loyer donc en ay-je? C’est qu en preschant l'Evangile, je presche l'Evangile de Christ sans rien prendre, à ce que je n'abuse point de ma puis-
sance en l'Evangile.
19 Car combien que je soye en liberté à l'endroit de tous, je me suis asservi
à tous, afin de gaigner plus de gens.
20 Et je me suis fait aux Juifs comme Juif, afin de gaigner les Juifs :
à CCUX
qui sont sous la Loy, comme si j'estoye sous la Loy, afin de gaigner ceux qui
sont sous la Loy.
91 À ceux qui sont sans Loy, comme si j'estoye sans Loy (combien que je ne soye point sans Loy quant à Dieu, mais suis en la Loy de Christ) afin de gai-
gner ceux qui sont sans Loy.
29 Je me suis fait comme foible aux foibles, afin de gaigner les foibles. Je me suis fait toutes choses à tous, afin que totalement j'en sauve quelques-uns.
1) Deut., XVIII, 8.
43 Nescavez-vous pas. Outre le poinct | aux Corinthiensleur malignité, de ce qu’ils
principal qu'il traitte, il appert qu’il s
est | endnroyent qu’on mesdist des ministres
arresté, longuement sur le récit de ceste | de Christ en une chose tant raisonnable. matière, afin de reprocher obliquement | Car si S. Paul ne se fust déporté de sa li-
k00 berté de son bon gré, il y avoit danger que le passage ne fust clos à l'Evangile. Or les faux-apostres jamais n’eussent gaigné ce poinet, si l’ingratitude à laquelle les Corinthiens estoyent desjà enclins, n’eust donné entrée aux calomnies des faux-apostres. Car ils les devoyent repousser vivement : mais ils croyoyent trop de léger, en sorte qu'ils estoyent prests de quitter là l'Evangile, si le sainct Apostre eust usé de sa puissance. Un tel mespris de l'Evangile, et une telle inhumanité contre leur Apostre, méritoit bien d’estre reprise plus aigrement : mais S. Paul ayant rencontré une autre OCCasion, la touche tacitement et légèrement selon sa modestie accoustumée, afin de les admonester sans aucune diffamation.
Il use derechef d’une nouvelle similitude, pour prouver qu'il na point usé de la puissance que Dieu luy avoit donnée. Et il n’emprunte plus exemples d’ailleurs :
mais il démonstre que ceci a esté ordonné de Dieu, Que les Eglises fournissent de vivre aux Ministres. Il y en a qui pensent qu’il y à yci deux comparaisons: et rapportent la première aux Sacrificateurs du Seigneur, et l’autre aux prestres des dieux des Gentils : mais je pense plustost que S. Paul ait voulu signifier une mesme chose par diverses paroles, comme il a accoustumé. Et à la vérité, l'argument eust esté bien foible, estant ainsi pris de la coustume des Gentils, entre lesquels les revenus pour les prestres estoyent députez non pas simplement pour la vie et vestement, mais pour appareils magnifiques, et pour une pompe royale, et dissolution desbordée. C’eussent donc esté choses trop différentes. Je ne contredi pas toutesfois qu’il n’ait yci touché diverses espèces de ministères: car il y avoit les sacrificateurs les plus honorables et du premier rang‘ puis après les Lévites qui estoyent au-dessous, comme il est notoire. mais ceci ne fait pas beaucoup à la matière. Voici la somme. Les sacrificateurs Lévitiques estoyent ministres de lEglise d'Israël. Le Seigneur avoit ordonné qu’ils vesquissent de leur ministère: il faut donc observer aujourd’huy une semblable équité envers les ministres de l'Eglise Chrestienne. Or les
CHar. IX.
ministres de l'Eglise Chrestienne, sont ceux qui preschent l'Evangile. Les Canonistes allèguent ce passage, quand ils veulent prouver qu’on doit farcir et engraisser ces ventres paresseux, afin qu'ils chantent leurs messes et autres brimborions. Mais les enfans mesmes peuvent juger, combien cela est sottement appliqué. Tout ce qui est contenu en l’Escriture de la nourriture deue aux Ministres, et de l’honneur qui leur appartient, ces gentils Canonistes le prenent incontinent, et le tournent à leur proufit. Or quant à moy, seulement j’admoneste les Lecteurs qu’ils considèrent attentivement les paroles de sainct Paul. Il conclud que les Pasteurs qui travaillent en la prédication de l'Evangile, doyvent estre nourris : pource que jadis le Seigneur Dieu avoit assigné la vie aux sacrificateurs, entant qu’ils servoyent à l'Eglise. Il faut doncques mettre différence entre la sacrificature ancienne et celle d’aujourd’huy. Les sacrificateurs estoyent créez en la Loy, pour faire et conduire les sacrifices, pour servir à l’autel, et pour avoir soin du tabernacle et du temple. Ceux qui sont créez aujourd’huy, c’est pour annoncer la Parole, et administrer les Sacremens.
Le Seigneur n'a point ordonné des sacrifices, ausquels se deussent occuper aujourd’huy les Ministres: il n’y a plus d’autels pour immoler, ausquels ils doyvent s’employer. Il appert bien donc combien sont dignes de mocquerie ceux qui tirent ceste similitude des sacrifices, ailleurs qu’à la prédication de l'Evangile.
Mais au contraire on peut aiséement recueillir de ce passage, que les prestres Papistes sont.tous sacriléges, depuis leur chef souverain jusques au plus petit membre, lesquels ravissent et dévorent les revenus destinez aux vrais et fidèles ministres, veu qu'ils ne font l'office en sorte quelconque. Car, qui sont les ministres que $S. Paul commande qu’on nourrisse? Ce sont ceux qui vacquent à prescher l’Evangile. De quel droict s’usurpent ces ventres paresseux le revenu des bénéfices, qu’ils appellent? Pource qu'ils gringotent des messes et anniversaires. Mais quoy? Dieu ne leur a rien commandé de cela, Qui ne cognoist donc
Car. IX.
maintenant qu'ils ravissent le loyer deu à d’autres? Au reste, quand il dit que les sacrificateurs Lévitiques ont esté participans de l’autel, et qu’ils ont mangé de la chose saincte : il entend les oblations qui estoyent présentées à Dieu. Car ils prenoyent pour eux les victimes sainctes toutes entières : et des plus petites bestes ils prenoyent l’espaule dextre, les rongnons et la queue: et avec ce les dismes, les oblations, et les premiers fruits.
15 Or je n'ay point escrit ceci. Pource qu’il eust peu sembler qu’il taschast à prattiquer pour l’advenir quelque salaire des Corinthiens, il oste ce souspeçon, et proteste que tant s’en faut qu’il ait ceste volonté, qu’il aime mieux mourir que faire que ceste gloire luy fust anéantie :
asçavoir qu'il travailloit gratuitement et sans récompense pour les Corinthiens.
Et ne se faut point esbahir s’il a tant estimé ceste gloire, de laquelle il voyoit que lPauthorité de son Evangile dépendoit aucunement. Car quand ceste gloire luy eust esté anéantie, il eust en cela donné occasion aux faux-apostres de se mocquer de luy : dont il y avoit danger que les Corinthiens le rejettans ne s’addonnassent aux autres. Et certes il estimoit tant la puissance d'avancer l'Evangile, qu’il la préféroit à sa propre vie.
16 Car encores que j évangélize. Afin qu’il démonstre de quelle importance luy estoit de ne rien perdre de ceste gloire, il déclare que c’est qui fust advenu, si seulement il se fust acquitté de son ministère : asçavoir que par ce moyen il n’eust fait autre chose que ce que le Seigneur luy avoit enjoint de faire préciséement. En faisant ainsi, il dit qu’il n’eust point eu matière de se gloritier, veu qu’il y estoit contraint, et ne pouvoit éviter telle nécessité. Or il faut sçavoir de quelle gloire il parle yei: car il se glorifie ailleurs, qu’il à exercé en pure conscience son office d'enseigner. Je respon
qu'il parle de la gloire qu’il pouvoit op-|
poser aux faux-apostres, quand ils cherchoyent occasion de mesdire : comme mieux il apperra par ce que nous verrons ci-après. Au reste, voyci une belle sentence, en laquelle nous apprenons en premier lieu, quel et combien estroit est
SUR LA Jre ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
le Len de la vocation des Ministres: puis après, qu'emporte et comprend l'office de Pasteur. Celuy donc qui est une fois appelé, qu’il ne pense pas qu’il soit en telle liberté, qu’il luy soit loisible de retourner en arrière, quand il sera fasché des incommoditez, ou ennuyé des traverses qui se présenteront à luy. Car il est asservi au Seigneur, et à son Eglise, et attaché d'un lien sainct, lequel il ne sçauroit rompre sans grande meschanceté.
Quant au second poinct, il dit que la malédiction luy est prochaine, s'il n'évangélize. Pourquoy? Pource qu'il est appelé à cela: et pourtant il y est contraint par nécessite. Celuy donc qui succèdera en cest office de sainct Paul, comment évitera-il ceste nécessité ? Quelle succession donc des Apostres y a-il au Pape, et aux Evesques cornus, qui ne pensent rien plus indigne de leur personne, que la charge d'enseigner ?
17 Que si je le fay volontiers ? I] appelle yei Loyer, ce que nous appelons Chef-d’œuvre, et qu’il a par ci-devant nommé Gloire: combien que les autres linterprètent autrement : asçavoir que lover est proposé à tous ceux qui exécutent leur charge fidèlement et de bon cœur. Or quant à moy, j’enten par celuy qui fait volontiers, celuy qui se conduit tant alaigrement, que n’ayant autre but que d’édifier, il ne refuse rien à faire de ce qu’il cognoist estre proufitable’et utile à l’Eglise : comme au contraire, il appelle Faisans contre cœur: Ceux qui ne laissent pas de s’employer à ce qui est de nécessité, mais s’y portent froidement, pource qu’ils ne le font pas franchement et de bon vouloir. Car il en advient tousjours ainsi, que celuy qui entreprend quelque affaire avec affection, se soumet aussi volontairement à toutes choses qui pourroyent empescher l'effet de la besongne, si elles estoyent omises. Ainsi, d’autant que S. Paul faisoit volontairement ce qu’il faisoit, il n’enseignoit pas seulement comme par manière d’acquit : mais il n’0meltoit rien de ce qu’il cognoissoit estre propre pour avancer et aider la doctrine.
Parquoy c’estoit son chef-d'œuvre et sa gloire, que d’une prompte volonté il renonçoit à son droict, d'autant que d’un
bon zèle et volontiers il vacquoit à son office. Mais si je le fay à contre cœur.
En quelque sorte que les autres lexposent, toutesfois le vray sens, selon mon jugement, est que Dieu n’approuve point le service de celuy qui sert à regret, et contre son cœur. Quand donc Dieu nous enjoint quelque chose, nous-nous trompons, si nous pensons avoir bien fait nostre devoir, quand nous faisons froidement ce qui nous est enjoint. Car Dieu demande des ministres prompts, qui soyent bien aises de luy obéir, et qui déclarent la gayeté de leur cœur en faisant promptement ce qu’ils font. En somme, sainet Paul entend, qu’alors il satisfera à sa vocation, quand il exécutera sa charge promptement et d’un bon cœur.
18 Quel loyer donc enay-je? H conclud par les choses précédentes, qu’il ha gloire en ce qu’il sert pour néant aux Corinthiens. Car ilappert par cela, qu’il enseignoit d’une bonne volonté, par ce qu’il obvioit diligemment à tous les empeschemens qui pouvoyent retarder l'Evangile:
et que non content d'avoir enseigné, il s’efforcoit en toutes sortes d'avancer la doctrine. Voyci donc ce qu’il veut dire en somme : Il faut nécessairement que je presche l'Evangile : que si je ne le fay, mal-heur sur moy: car je résiste à Ja vocation de Dieu. Mais ce n’est point assez de prescher, si je ne le fay volontiers.
Car celuy qui exécute à regret la charge et commission qu’il a receue de Dieu, ne fait pas son office comme il appartient.
Que si j’obéy volontairement à Dieu, lors je me pourray glorifier. Parquoy il m'a falu prescher l'Evangile pour néant, afin que je me puisse glorifier à bon droict.
Les Papistes taschent par ce passage d’establir ce qu’ils ont controuvé des œuvres de superérogation: c’est-à-dire, d’abondant. Sainct Pau], disent-ils, eust satisfait à son office, en preschant l’'Evangile. Or il adiouste quelque chose pardessus : parquoy il fait quelque chose d’abondant, qu’il n’estoit pas tenu de faire. Car il fait distinction entre ce qui se fait volontairement, et ce qui se fait par nécessité. de respon qu’il est vray que sainct Paul a plus fait que ne requéroit la vocation ordinaire des Pasteurs : pour-
ce qu'il a presché sans salaire, lequel le Seigneur leur permet de prendre. Mais, comme ainsi soit que ce fust de son ofli-
ce, d'obvier à tous les scandales qu'il.
prévoyoit: et il voyoit que le cours de l'Evangile seroit empesché, s’il usoit de ce qui luy estoit permis: combien que cela fust extraordinaire, toutesfois je di qu’il n’a point rendu à Dieu plus qu’il luy devoit. Car je demande : asçavoir si ce n'est pas l'office d’un bon Ministre, d’oster les scandales autant qu’il luy sera possible. Et sur cela je demande aussi qu'a fait sainct Paul autre chose. Il ne faut pas donc que nous imaginions en n08 cerveaux qu’il ait rendu quelque chose à Dieu, qu’il ne luy deust : veu qu'il wa fait autre chose, sinon ce que requéroit la nécessité de son office, jà soit que ce fust une nécessité extraordinaire. Laissons là donc ceste perverse et mal-heureuse imagination, de dire, Que nous récompensons nos fautes devant Dieu par les œuvres de superérogation, e’est-àdire lesquelles nous faisons de superabondant. Qui plus est, rejettons le mot mesme, qui est rempli d’une arrogance diabolique, Tant y a que c’est faussement destourner ce passage, de lappliquer à tel sens. Or en général il faut ainsi réfuter cest erreur des Papistes: Toutes les œuvres qui sont comprises sous la Loy, sont faussement appelées œuvres de superérogation : comme il appert par les paroles de Christ, Quand vous aurez fait, dit-il, toutes les choses qui vous sont commandées, dites, Nous sommes serviteurs inutiles : ce que nous devions faire, nous l'avons fait, Luc, XV, 40.
Or nous disons qu’il #y a nulle bonne œuvre, ni agréable à Dieu, qui ne soit comprise en la Loy de Dieu. Je prouve ceste seconde sentence en ceste sorte, Il y a deux ordres de bonnes œuvres : car elles sont toutes rapportées ou au service de Dieu, ou à charité. Il n’y en a pas une qui appartiene au service de Dieu, qui ne soit contenue sous cest article:
Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta puissance. Il n’y a point aussi.chose concer= nante le devoir de charité, qui ne soit requise par ce commandement, Tu aimeras
Cuar. IX:
Car. IX. SUR LA Ire ÉPISTRE
ton prochain comme toy-mesme. Au reste, quant à ce que les Papistes mettent en avant qu'ilse peut faire que quelqu'un soit agréable à Dieu en donnant la dixième partie de son revenu: et de cela ils infèrent que s’il vient à donner jusques à la cinquième, il fait œuvre de superérogation: il est bien facile de résoudre ceste subtilité. Car ce que les œuvres des fidèles sont approuvées, cela ne vient point de la perfection d’icelles, mais pource que l’imperfection ou le défaut n’est point imputé. Parquoy s’ils en faisoyent cent fois d'avantage, encore n’excéderoyent-ils pas pour cela le devoir de leur office. À ce que je n'abuse point dema puissance. Il appert par ceci, que quand en usant de nostre liberté, nous donnons scandale, c’est un abus et licence mal réglée. Il faut donc garder mesure, de peur que nous ne: donnions occasion de scandale. Et ce passage conferme encore mieux ce que j'ay n’aguères touché, que sainct Paul n’eust rien fait que le devoir de son office ne requist, d'autant qu'il luy faloit prenire garde que la liberté à luy promise de Dieu, ne fust aucunement tirée en abus.
19 Combien que je soye en liberté à lendroit de tous. Le mot Grec se peut entendre de toutes choses, ou de toutes personnes: mais j'aime mieux le second.
Jusques yci il avoit démonstré par un exemple particulier, combien il s’estoit accommodé songneusement aux intirmes:
maintenant il adjouste un article général :
et puis après il raconte plusieurs espèces.
Voyci la généralité: Que combien qu'il ne fust sous la puissance d'aucun, toutesfois il a vescu comme estant sujet à tous, et s’est asservi de son bon gré aux infirmes, ausquels il n’estoit aucunement sujet. Et les espèces sont: Qu’entre les Gentils il s’est fait comme Gentil, entre les Juifs comme Juif: c'est-à-dire, combien qu'entre les Juifs il observast songneusement les cérémonies, 1} se donnoiït bien garde aussi de scandalizer les Gentils en les observant. Il adjouste ceste particule, Comme : afin qu’il démonstre que rien n’a esté diminué de sa liberté pour cela. Car quoy qu'il s’accommodast aux hommes, toutesfois par dedans il de-
méuroit tousjours semblable à soi-mesme devant Dieu. Estre fait toutes choses :
c’est se transformer en toutes manières, ainsi que la chose le requiert : ou se contrefaire en diverses sortes selon la variété des hommes. Quant à ce qu’il dit, qu’il à esté fait Sans Loy et sous la Loy : il le faut entendre seulement de la Loy cérémoniale. Car la Loy morale estoit commune aussi bien aux Gentils, comme aux Juifs: et il n’eust pas esté licite à sainc£ Paul de complaire aux hommes jusques-là : car ceste doctrine a seulement lieu és choses indifférentes, comme il a esté dit ci-dessus.
21 Combien que je ne soye point sans loy, quant à Dieu. I a voulu par ceste parenthèse addoucir la durté du mot duquel il avoit usé. Car de prime face il eust esté dur de dire qu'il eust esté sans Loy.
Parquoy afin que cela ne fust interprété en mauvaise part, il a adjousté par manière de correction, qu’il a tousjours gardé une Loy: asçavoir qu’il a esté sujet à Christ. Par cela aussi il démonstre tacitement que c’est à Lort et sans cause qu’on tasche à le rendre odieux, comme s’il appeloit les hommes à une licence desbordée, quand il enseignoit qu’on estoit exempt de la servitude de la Loy Mosaique. Au reste, il exprime notamment, La loy de Christ: afin de réfuter le faux blasme dont les faux -apostres chargeoyent FEvangile: Car il donne à enténdre qu’en la doctrine de Christ rien n'est omis de ce qui peut servir à nous donner une loy et règle parfaite de bien vivre.
22 Je me suis fait comme foible aux
Jfoibles. I use maintenant derechef d’une
sentence générale, en laqueile il démonstre à quelle manière de gens il s’est accommodé, et à quelle fin. Il judaïzoit avec les Juifs, mais non pas avec tous Juifs. Car il y en avoit plusieurs obstinez, lesquels estans esmeus d’une arrogance ou malice Pharisaïque, eussent voulu que la liberté Chrestienne eust esté du tout esteinte : ausquels il ne se fust pas tant accommodé : car Christ ne veut point que nous tenions conte de telles gens.
Laissez-les 1, dit-il: ils sont aveugles, et conducteurs des aveugles, Matth., XV, v.44. C’est donc aux infirmes qu’il se faut
accommoder, et non pas aux Oobstinez et endurcis. Or le but de ce qu’il faisoit, estoit de les amener à Christ, non pas de procurer son proufit particulier, ou s’entretenir en leur grâce. Pour le troisième, il faut adjouster qu’il ne s’est point conformé aux infirmes , sinon és choses indifférentes , lesquelles sans cela sont en nostre puissance. Si maintenant nous considérons quel personnage c'estoit que S. Paul, et toutesfois il s’est abbaissé jusques-là, ne deverions-nous point avoir honte, nous qui ne sommes presque rien au pris de luy: si estans addonnez à nous-mesmes, nous avons en desdain les infirmes, et ne voulons les supporter en rien? Au reste, tout ainsi qu’il nous faut ‘accommoder aux infirmes selon le commandement de l’Apostre, et ce és choses indifférentes, et à leur édification : aussi ceux-là font bien mal, qui pour leur repos se gardent de scandalizer les hommes, et plustost les meschans que les infirmes.
Mais ceux-là pèchent doublement, qui ne mettent point de distinction entre les choses indifférentes et les illicites: et pourtant ne font point de difficulté de
Cuar. IX.
faire des choses que Dieu à défendues , pour complaire aux hommes. Et le comble du mal est, qu’ils abusent de ceste sentence du sainct Apostre , pour excuser leur simulation perverse : mais quand on retiendra bien ces trois choses que j'ay touchées en brief, on aura dé quoy les réfuter promptement. Il faut bien noter le mot qu’il met pour la conelusion, Afin que totalement j'en sauve quelques-uns. Car il monstre à quelle: fin il a tasché de gaigner tous hommes, asçavoir à leur salut : combien qu’yci finalement il modère et restraint la sentence générale, sinon qu'on aimast mieux SUYvre la lecture de l'ancien translateur Latin, laquelle se trouve encore aujourd’huy en quelques exemplaires Grecs: car il répète encore en cest endroit, {fin que je sauve tous. Mais pource que quelque fois ceste facilité et façon de s’accommoder , de laquelle parle S. Paul, ne vient pas à proufit, ceste restriction convient fort bien yci, Que combien qu'il ne proufitast pas envers tous, néantmoins il n’a point cessé de procurer le proufit et salut pour le moins de quelques-uns.
23 Et fay cela à cause de l'Evangile, afin que j en soye fait participant
avec vOUS.
24 Ne scavez-vous pas que quand on court à la lice, tous courent, mais un seul empoigne le pris? Courez tellement que l'empoigniez.
25 Or quiconque luite, il s’abstient en toutes choses. Et ceux-la le font, pour avoir une couronne corruptible, mais nous autres une incorruplible.
26 Je cour donc, non pas comine en incertain? : je comba, comme ne batant
point l'air.
27 Mais je matte et réduy en servitude mon corps, afin qu'en quelque manière après avoir presché aux autres, moy-mesme ne soye réprouvé ?.
1) Ou, vit entièrement par régime.
23 Afin que j'en soye fait parlicipant. Pource que les Corinthiens pouvoyent penser en eux-mesmes, que Ceci eust esté particulier et spécial en sainet Paul, à cause de son office, par Ja fin à laquelle il ha regardé en ce faisant il conclud que c’est un devoir Commun à tous Chrestiens. Car puis qu’il proteste qu’il a tasché de se porter ainsi, afin d’estre fait participant de l'Evangile , il démonstre tacitement que tous ceux qui ne font le sembiable de Icur costé, sont indignes
2) Ou, sans sçavoir comment.
3) Ou, trouvé non recevable. Voyez 2 Cor., XIII, 6.
de la communion de l'Evangile. Estre fait participant de l'Evangile, c’est recevoir le fruit d’iceluy.
24 Ne scavez-vous pas, etc. I à premièremént donné la doctrine, maintenant afin de Pimprimer aux esprits des Corinthiens, il adjouste l’exhortation. Or il dit en somme, que tout cela qu’ils avoyent fait jusques yci, n’estoit rien, s'ils ne persévèrent constamment : d'autant que ce n’est pas assez d’estre une fois entré en la voye du Seigneur, s’ils ne s’efforcent
Cuar. IX.
de parvenir jusques au but: suyvant ce qui est dit en ceste sentence de Christ, Quiconque aura persévéré jusques à la fin, iceluy sera sauvé , Matth., X, v. 22.
Or il emprunte ceste similitude, de ceux qui courent à la lice pour quelque pris. Car tout ainsi que plusieurs se présentent là pour courir, et toutesfois il n’y en a qu’un qui emporte le pris, asçavoir celuy qui sera le premier venu au bout de la course: aussi il ne faut point que personne se plaise pour estre une fois entré en la lice de l'Evangile, s’il ne persévère jusques à la mort. Toutesfois il y a cela de différence entre leur combat et le nostre, qu’entr’eux il n’y en à qu’un victorieux, et qui emporte le pris, c'est asçavoir celuy qui à mieux couru que les autres, et est le premier venu au but: mais nostre condition est meilleure , pour autant qu'il y en peut avoir plusieurs de nous qui soyent couronnez. Car Dieu ne requiert autre chose de nous, sinon que nous ne perdions point courage, mais que persévérions constamment jusques à Ja fin. Ainsi lun ne nuit point à l’autre : mais qui plus est, ceux qui courent en la lice Chrestienne, s’aident l’un lautre. Il exprime ceste mesme sentence d’une autre sorte en la seconde Epistre à Timothée, chap. IT, v. 5. Si aucun combat, il n’est paint couronné s’il n’a combatu deuëment. Courez tellement. C’est l'application de la similitude, asçavoir qu'il ne suffit pas d’avoir une fois commenté, si nous ne courons toute nostre vie. Car nostre vie est comme un lieu là où on s'exerce à la course. I] ne faut donc point que nous soyons lassez après quelque peu de temps, comme celuy qui s’arresteroit au milieu de la course : mais il ne faut cesser de courir jusques à la mort.
Le mot Grec, 4insi., ou Tellement, se peut prendre en deux manières : Chrysostôme le conjoint avec la sentence précédente, en ceste sorte, Comme ceux qui courent à la lice, ne cessent de courir jus- . ques à ce qu'ils soyent parvenus au but:
ainsi vous aussi persévérez, et ne cessez de courir tant que vous vivrez. Mais il ne sera pas mal convenable de le conjoindre
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
avec les mots suyvans, comme s’il disoit, I ne faut pas tellement courir que vous défailliez au milieu de la course: mais courez en sorte que vous emportiez le pris. Quant à ce mot Siade, lequel nous avons traduit Lice, je n'en toucheray point yci autrement. ne semblablement des diverses manières de courses qui estoyent anciennement en usage , pource qu'on peut apprendre ces choses-là des Grammairiens : et il est tout communéement notoire, qu’il y avoit des courses à cheval, et d’autres à pied : et toutes ces choses-là ne sont guères nécessaires pour entendre l'intention de sainct Paul.
25 Or quiconque luite. Pource qu'il les avoit exhortez à persévérance, il restoit encore à dire comment il faloit persévérer : ce qu’il déclare par une similitude prinse de ceux qui s’exerçcoyent à se combatre à la luite : non pas qu’il vueille appliquer la similitude en tout et par tout, mais seulement entant que la matière présente le requéroit, hors laquelle il ne veut point passer : qui est, Combien on doit supporter de l’infirmité des frères. Or il argumente du moindre au plus grand : Que ce ne seroit pas chose honneste aux Chrestiens, s'ils se faschoyent de quitter de leur droict, veu que les luiteurs se contentans de leur coliphe!, et encore n’en mangeans pas leur saoûl, s’abstienent volontairement de toutes délices, afin qu’ils soyent plus agiles et mieux disposts à luiter : et le font seulement en espérance de recevoir une couronne corruptible. Que s'ils estiment tant une couronne de fueilles, laquelle flestrit tout incontinent, combien devonsnous estimer au pris la couronne d’immortalité? Parquoy, qu'il ne nous soit point grief de quitter quelque chose de nostre droict. Au reste, il est tout notoire, que ces luiteurs se contentoyent d’une manière de vivre bien frugale et sobre, tellement qu’on en a fait un proverbe pour parler de gens qui mangent peu.
26 Je cours donc. Il retourne à parler de soy-mesme, afin que sa doctrine ait plus d’authorité quand il sera proposé
1) C'estoit une sorte de pain propre pour entretenir et augmenter la force, duquel usoyent ordinairement les luiteurs,
et telles gens. les Grecs le nommoyent Coliphium.
pour exemple. Ce qu’il dit yci, aucuns le rapportent à la certitude de l'espérance :
comme s’il eust dit, Je ne cours point en vain, et ne suis point en danger de perdre ma peine : car j'ay la promesse du Seigneur, laquelle ne trompe jamais. Mais il ie semble plustost qu’il veut addresser la course des fidèles droit au but, afin qu’elle ne soit esgarée et incertaine : en ce sens, Le Seigneur nous exerce en ce monde par une manière de course et luite, mais aussi il nous propose un but auquel nous devons tendre, et nous ordonne comment il nous faut gouverner en Ceste luite et course, alin que ne nous lassions point pour néant. Or il comprend toutes ‘les deux similitudes désquelles il avoit usé. Je sçay, dit-il, là où je cours, et comme un bon luiteur je mets peine que mon coup ne se perde point. Ceci doit esmouvoir et confermer le cœur Chrestien, afin qu'il s’emplove plus alaigrement à toutes choses concernantes la piété et crainte de Dieu : car c’est un grañd poinct quand nous SÇavons qué nous ne cheminons point en ignorance pour nous esgarer en des circuits iicertains. |
21 Mais je matte et réduy en servitude, etc. Budée expose ce mot, Je pren garde sur, etc. toutesfois selon mon jugement l’Apostre en a yei usé pour Manier rudement et d’une façon servile. Car il veut dire, qu'il ne lasche point la bride à ses affections, mais les réprime : ce qui ne se peut faire sinon qu'on dompte le corps, et en restraignant ses COncupis-
cencés on le range et accoustume à obéissance, ne plus ne mois qu’on fait | un cheval fier et bruyant. Les moines |
Cuar. X.
anciens voulans obéir à ce commandement, ont inventé beaticoup dé moyens et exercices de discipline. Car ils dormoyent sur des bancs, ils se Contraignoyent à veiller longuement, et fuyoyent toutes délices : mais le principal leur défailloit. Car ils n’entendoyent pas pourquoy l’Apostre commandoit Ceci, pource qu'il ne leur souvenoit d’un autre enséignement, où il dit, Que nous m’ayons point soin de la chair à sa concupiscence,
Rom., XIII, 44, (car ce qu'il dit ailleurs est tousjours véritable : asçavoir, Que l'exercice corporel est peu proufitable, 1 Tim., IV, 8) mais que nous traittions d’une façon servile nos corps, en telle mesure, qu'en S’esgayant ils he nous empeschent de Servir à Dieu : en après, que nôus ne leur laschions point la bride avec dommage où scandale de nos pro chains. Afin qu'en quelque manière.
Aueuns l’exposent ainsi: Afin que quand j'auray enseigné les autres fidèlement, j'encoure jugement dé condamnation devant Dieu en mal vivant. Mais il sera mieux d'entendre que cé mot se rapporte aux hommes, ainsi : Ma vie doit estré comme une règle aux autres. Je tasche donc à me gouverner én telle sorte, que mes mœurs et Mes Œuvres ne répugnent point à ma doctrine, ét qu’à mon grand déshonneuf, et scandale énorme de mes frères, je ne soye trouvé ne tenir conte des choses que je requier des autres. On pourroit aussi conjoindré cé mot avéc le propos qui à esté touché ci-dessus en ceste sorte : Afin qué je ne Soye frustré de l'Evangile, duquél les autres soht faits participans par mon moyen: