‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 47 sur 99 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

1 Or frères, je vueil bien que vous scachiez que nos pères ont tous esté sous

la nuée, et ont tous passé par la mer’,

2 Et ont tous esté baptizez en Moyse? en la nuée, el en la mer. 3 Et ont tous mangé une mesme viande spirituelle? : k Et ont lous beu d'un mesme bruvage spirituel: car ils beuvoyent de la

Pierre spirituelle qui Les suyvoil :

or la Pierre estoit Christ”.

5 Mais Dieu n'a point prins plaisir en plusieurs d'eux : car ils ont ésté acca-

blez au désert.

1} Exode, XI, 24, Nomb.,;1X, 18; XXXHIE, 8.

3) Exode, XVI, 15.

4) Exode, XVII, 6, Nomb., XX, 10.

2) Ou, par Moysé, e’est-à-dire soûts la conduite de Moyse.

5) Nomb., XXVI, 65.

Car. X.

Il conférme maintenant par exemples ce qu’il avoit desjà déclaré par deux Similitudes. Les Corinthiens S’esgayoyent et se glorifioyent, comme feroyent des gendarmes qui ont desjà fidèlement servi si long temps, que pour leur faire honneur on les envoye se reposer le reste de leur vie : ou pour le moins comme s'ils eusseñt desjà achevé leur course, combien qu’à grand’peine ils fussent encores en train et au commencement. Il réprime ceste vaine confiance et orgueil

- en ceste sorte : Puis que je voy que vousvous endormez desjà au commencement, je veux bien que soyez advertis de ce qui est advenu au peuple d'Israël pour une cause semblable, afin que leur exemple vous resveille. Mais pource que la différence qui $e trouve parfois és exemples, anéantit la force de la comparaison, S. Paul ayant que passer plus ouire, dit qu’il n’y à rien différent entre les Israélites et nous, qui nous puisse séparer de leur coïdition. Voulant done dénoncer aux Corinthiens une telle vengence qu’elle estoit advenue aux enfans d’ Israël, il dit premièrement, Ne vous glorifiez point de quelque privilége que vous ayez comme si vous éstiez en plus grande estime devant Dieu qu'ils n’ont esté. Car ils ont receu les mesmes bénéfices desquels nous jouyssons aujourd’huy. il 7

nmreeare Va-errditer

“AVOIL avoit Eglise : de Dieu entr’eux comme ‘en- |

| tre nous aüjourd'huy. ils avoyent les un MesMes Säcrémens, qui leur estoyent tesmoignages de la grâce de Dieu aussi

bien qu’à nous. Mais aussi tost qu'ils ont

abusé des grâces qui leur avoyent esté faites, ils ont senti le jugement de Dieu, et ne l'ont peu éviter. Craignez donc :

car il vous en pend autant. Sainct Jude use d’un semblable argument en son Epistre.

À Ont tous esté sous la nuée. L’intention de S. Paul est, de démonstrer que les ir pont point esté moins peuple de Dieu que nous, afin que nous sçachions que nous n’eschapperons point la main de Dieu, laquelle les à punis si rigoureusement, eux qui estoyent son peuple. Car il veut dire en somme, Si Dieu ne les à point espargnez, il ne nous espargnera non plus : €ar la condition

SUR LA Ie EPISTRE

AUX CORINTEHIENS. h07 est semblable. Il prouve ceste équalité,

par cé que Dieu les avoit ornez de semblables grâces. Car les Sacremens sont les Hat LUS

par lesquell es l'Eglise de

du Baptesme : et démonstre que la nuée

qui gardoit les Israélites de la chaleur du Soleil au désert, et les conduisoit, et aussi le passage par la mer Rouge leur

ont esté comme un Baptesme. Il dit aussi qu'il y avoit Sacrement en la manne, et en l’eau qui descouloit de la roche, le-

quel Sacrement estoil correspondant à à la

‘saincte Cène. Zls ont esté baptizez, dit-

il, en Moyse : c’est-à-dire sous le miuistère et conduite de Moyse. Car certes nous sommes baptizez au nom de Christ, et non point d'homme quelconque, comme il à dit au chapitre I, v. 43 : et ce pour deux raisons. La première est, que par le Baptesme nous-nous assujetissons et fai-

sons serment à la doctrine de Christ" °"*

seul. La seconde est, qu’on n’invoque point d’autre nom que de Christ : pource que le Baptesme n’est fondé qu’en la seule vertu d’iceluy. Ïls ont donc esté baptizez en Moyse, c’est-à-dire sous sa conduite et son ministère, comme il a esté dit. Comment? En la nuée, et en la mer. Ils ont donc esté baptizez deux fois, dira quelqu'un. de respon, qu'yci sont nommez deux signes qui ne font, qu'un Baptesme Correspondant: au nostre..

Mais encore yei se présente une autre question plus difficile. Car il est certain que le fruit de ces dons que sainct Paul récite, a esté temporel et terrien. La nuée les gardoit de l’ardeur du Soleil, et leur monstroit le chemin. Tout cela ne sont que commoditez externes pour la vie présente. Semblablement le passage de la mer servoit à ce qu’ils peussent éviter la tyrannie de Pharaon, et eschapper du danger éminent de la mort. Mais Putilité de nostre Baptesme est spirituelle.

Pourquoy donc est-ce que S. Paul de bénéfices terriens en fait des Sacremens 2:

êt cherche en iceux quelque mystère et

secret spirituel? Je respon, que ce n’est

point sans cause que l’Apostre à cherché

quelque chose plus g grande en tels mira-

cles, que n’estoit l'utilité externe de la” Chair. Car combien que Dieu en cela

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