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voulust proufiter à son peuple selon la vie présente, toutesfois le principal à quoy il regardoit estoit de leur testifier
et monstrer par effet qu'il estoit leur
Dieu : et sous cela le le salut éternel est comprins. La nuée est st appelée par toute VEscriture, Le signe de sa présence.
Puis donc qu'il testifioit par icelle qu il leur assistoit comme à son peuple pécu- He et éleu, il ne faut point douter qu’ils
’ayent eu aussi en icelle un certain tesie de la vie spirituelle, outre
— l'utilité terrienne. Ainsi il y a eu double
usage de la nuée, comme aussi du passage de la mer. Car le chemin leur fut ouvert par le milieu de la mer, afin qu'ils eschappassent la cruauté de Pharaon.
Mais d’où veint cela, sinon pource que le Seigneur les ayant prins en sa sauvegarde et protection, avoit déterminé de les maintenir en toutes sortes ? De cela donc ils recueilloyent que Dieu avoit soin d'eux, et qu'il avoit leur salut en recom- : mandation. Parquoy Ja Pasque aussi, - qui estoit instituée pour célébrer la mémoire de leur délivrance, quant et quant ‘toutesfois estoit un Sacrement de Christ.
Comment cela ? Pource que sous un bénéfice temporel, Dieu s’estoit monstré et déclaré estre leur Sauveur. Quand on considérera bien ceci, On ne trouvera point d'absurdité és paroles de sainct -{ Paul : mais plustost on appercevera une ‘’trèsbonne convenance entre le Baptesme “des Juifs et le nostre, tant en la substance spirituelle qu’en la figure visible.
Toutesfois on pourroit encore objecter qu’on ne trouve point és Escritures un seul mot de tout ceci. Je le confesse.
. Mais aussi il ne faut point douter que * Dieu n'ait suppléé le défaut de la prédication externe par Son sainct Esprit :
d’airin. Que ce Serpent ait esté un Sacrement spirituel, Christ en rend tesmoignage luy-mesme, Jehan, HI, 14. Et toutesfois nous n’en avons maintenant pas un seul mot en REUte l'Escriture : : na Le 1S- à par tél à moyen qu il luy a pleu h ce secret qui autrement estoit caché.
3 Une mesme viande spirituelle. I] fait maintenant mention de l’autre Sacre-
-Spirituellement.
Car. X.
ment, Gui est correspondant à la ne Cène du Sei, gneur. La manne, dit-il, €
l’eau, laquelle sortoit du rocher, A seulement servoyent à la nourriture du COrps, mais aussi à repaistre les âmes Il est bien yray que toutes deux ont esté moyens pour Ja nourriture du corps : toutesfois cela n’à point empesché qu’elles n’ayent regardé plus avant. Ainsi donc Dieu assistant à son peuple par la nourriture corporelle.
quant et quant pourvoyoit à l'utilité lé perpétuelle des âmes. Ces deux choses s’accorderoyent facilement, si les paroles de Jésus-Christ n’apportoyent quelque diff-
culté (Jehan, VI, 34) où il fait la manne.)
une viande corruptible du ventre, laquelle il oppose à la vraye viande de l'âme. Il semble que ceste sentence de Jésus- Christ ne s'accorde point avec ceste-ci de sainct Paul. Or il est bien aisé de donner solation à ceste difficulté. C’est la coustume de l’Escriture, que quand elle parle des Sacremens, ou quelques autres matières, elle en parle quelquesfois selon |’ appréhension des auditeurs :
et en ceste sorte elle ne regarde point la nature de Ja chose, mais l'erreur et fausse Opinion des auditeurs. Suyvant cela, S.
Paul ne parle pas tousjours de la Circoncision en une mesme sorte. Car : quand il considère l'institution de Dieu en icelle, il dit qu’elle à esté comme un seau, pour seeller la justice de la foy, Rom., IV, 44 :
mais quand il dispute contre ceux qui se glorifioyent au signe externe et nud, et metioyent là une fiance perverse de salut, il dit que c’est le signe de malédiction, pource que les hommes s’obligeoyent par icelle à garder toute la Loy, Galat., V, 2, 3, 4. Car il prend seulement l'opinion que n avoyent les fauxapostres : pource qu’il ne débat point contre la saincte ordonnance de Dieu,
mais contre leur erreur. Ainsi, pource que le peuple qui estoit charnel, préféroit Moyse au Fils de Dieu, d'autant que Moyse avoit repeu le peuple au désert l’espace de quarante ans : et ne considéroit en la manne autre € chose que la pasture du ventre, comme aussi il ne cherchoit autre chose, Christ ne déclare point par sa response, quelle significa-
CHar. X.
tion avoit la manne: mais délaissant là toutes autres choses, il accommode son propos à l'imagination de ceux ausquels il parle. Comme s'il disoit, Vous faites grande estime de Moyse, tellement que vous l’avez en admiration, comme le Prophète le plus excellent de tous les autres, pource qu'il a rempli les ventres de vos pères au désert: car C’est Ja chose seule que vous me reprochez. Vous ne faites conte de moy, pource que je n’engraisse pas vos ventres : mais si Vous “estimez tant une viande corruptible, que deveriez-vous au pris estimer le pain de vie, duquel les âmes sont nourries en vie éternelle ? Nous voyons donc que Christ ne parle point là selon la nature de la chose, ains selon la conception qu’en avoyent les auditeurs. Mais sainct Paul ne regarde point yci à labus des infidèles, ains à l'ordonnance de Dieu. Au reste, quand il dit que les Pères ont tous mangé d’une mesme viande spirituelle :
premièrement il démonstre quelle est la vertu et efficace des Sacremens : secondement il déclare que les anciens Sacremens de la Loy avoyent une semblable vertu que les nostres ont aujourd’ huy.
!, ,Car si la manne estoit une viande spiri- * tuelle, il s’ensuit bien que les Sacremens ne nous représentent point des figures nues tant seulement, mais que la chose Se ver. nous est quant et quant donnée à
ru
ét ne nous a point voulu repaistre de choses qui ayent apparence sans effet.
: aa est vray que le signe est signe, et Ÿ retient sa substance. Mais tout ainsi que les Papistes sont dignes de mocquerie, lesquels songent je ne sçay quelles trans-
\ substanciations, aussi il ne nous appar- :® tient point ( de séparer la vérité d'avec la figure, puis que Dieu les a conjointes. Les apistes confondent la vérité et le signe.
il y à d’autres hommes profanes qui sé- Parent les signes d’avee la vérité, comme venckfeldius , et autres semblables.
want à nous, Suyvons le moyen entre ces deux extrémitez : Cest-à à-dire, retenons la conjonction qui y à eslé mise par le Seigneur : mais distincte, de peur | que ce qui est propre à l’un, nous ne le transférions point faussement à l'autre.
Sutm ekpuf els Lara !
= 1x Le TS PAL
SUR LA fre ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
Il reste maintenant à parler du second :
asçavoir de la similitude qui est entre les
signes anciens et les nostres. La doctrine.
des Scholastiques est notoire :
Sacremens de la vieille Loy ont figuré Ja <=
grâce, et les nostres la confèrent. Mais !« a
voyci un passage fort propre à réfuter cest erreur. Car il démonstre que la vé-5.
rité du Sacrement n’a point esté moins offerte au peuple d’ Israël, qu’à nous. Les Sorbonistes donc font meschamment, de controuver que les saincts Pères qui estoyent sous la Loy, n’ont point eu la vé-
rité des signes. Je confesse bien que?
l'efficace des signes nous est plus claire
et. plus ‘abondante depuis Christ manifesté en chair, qu’elle n’a esté aux Pères.
Ainsi il n’y a point de différence entr’eux ;
et nous, sinon en degré, et comme on dit, selon le plus et le moins : pource que nous recevons plus plenement les choses mesmes qu’ils ont receuës en plus petite mesure : et non pas qu’ils ayent eu les figures toutes nues et vuides, et que nous ayons la vérité. Aucuns exposent que les Israélites ont mangé d’une mesme viande ensembléement entr’eux, et ne veulent point qu’on entende qu’yci nous sommes conférez avec eux. Mais tels n’avisent pas quelle est l'intention de sainet Paul. Car que veut-il dire yci, sinon que le peuple ancien a esté orné de semblables bénéfices que nous, et fait
participant de mesmes Sacremens ? Afin
que nous ne pensions pas avoir quelque privilége et prérogative qui nous rende
exempts des punitions qu’ils ont endu-
rées. Combien que je ne voudroye point !
débatre de ceci avec aucun : je démonstre seulement ce qui m'en semble. Cependant toutesfois je sçay bien quelle couleur amènent ceux qui suyvent l’autre Opinion contraire : asçavoir que ceci convient trèsbien avec la similitude cidessus alléguée, en ce sens, Que tous les Israélites ont eu à courir à un mesme but qui leur estoit proposé, qu'ils ont tous prins leur course et commencé d'un mesme lieu, qu’ils sont tous entrez en un mesme chemin, qu’ils ont tous esté compagnons d’une mesme espérance :
mais que plusieurs d’entr'eux ont esté forclos du loyer. Toutesfois quand j'ay
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«quel propos feroit-il cela,
bien considéré le tout de plus près, leurs raisons ne me peuvent faire changer dopinion : car ce n'est point en ‘vain que l’Apostre récite seulement deux Sacremens, et nomméement le Baptesme. À si ce n’estoit pour opposer les Pères anciens à nous, qui sommes du temps du règne de Christ ?
Car si seulement il eust comprins le corps de ce peuple en sa comparaison, il eust plustost mis en avant la Circoncision, et les autres Sacremens plus cognus et renommez : mais il a mieux aimé en choisir de plus obscurs, pour autant qu'ils servoyent mieux à l'antithèse qui est entr’eux et nous. Et l’application qw’il adjouste puis après ne conviendroit pas bien autrement : asçavoir que tout ce qui leur est advenu, nous est en figure :
pource qu’en cela nous contemplons les jugemens de Dieu, lesquels nous ne pouvons éviter, si nous-nous embrouillons en mesmes vices qu'eux.
4 Or la pierre estoit Christ, etc. Aucuns ignorans pervertissent lourdement ces mots de sainct Paul, comme s’il disoit que Christ à esté la pierre spirituelle, et ne parloiït pas plustost de ce roc qui à esté un signe visible : car nous voyons qu'expresséement il traitte des signes externes. Quant à ce qu’ils ob-
jectent que ceste pierre-là est appelée
spirituelle, c’est une objection frivole, veu que cest épithète ne tend à autre chose, sinon afin que nous sçachions qu’elle estoit signe et tesmoignage d’un mystère spirituel. Cependant il n’y a point de doute qu’il ne compare nos Sacremens avec ceux desanciens. Ce qu’ils objectent en second lieu est encore plus sot et plus puérile : Comment est-ce, disent-ils, que le roc, qui est demeuré ferme en son iieu sans bouger, eust suyvi les Israélites? Voire, Comme si ce n’estoit pas un
poinet tout notoire, que sous le mot de
Pierre, est entendu le cours d’eau qui
H'a jamais délaissé le peuple. Car sainct
‘’aul célèbre et magnifie la grâce de Dieu, de ee qu'ayant fait sortir eau du roc, il
Pa fait couler par tout où le peuple alloit, |
comme si le roc mesme les eust suyvis.
D’avantage, si le sens de sainct Paul estoit, que Cbrist est le fondement spirituel
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Car, X.
de l'Eglise, à quel propos useroit-il d’un temps passé, Æstoit? Certes il est tout clair, qu’yci est exprimée quelque chose
qui ait esté particulière aux Pères an
ciens. Laissons donc là ceste sotte resverie de gens opiniastres, qui aiment mieux monstrer leur impudence, que d'accorder que ce sont manières de parler sacramentales : c’est-à-dire, , lesquelles il ne faut prendre cruëment, ét à Ia
letre, comme on dit. Au reste, nous avons
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desjà dit que la vérité des choses signi-.
fiées estoit M ét offerte avec les
Christ Y. “estoit conjoint, à non pas Jocalement, ne par union naturelle où substancielle, ains sacramentalement. À ceste cause l’Apostre dit que Za pierre estoit Christ. Car à n’y à rieñ plus Commun que la figure nommée Non quand on parle des Sacremens. Lenom donc de.
la chose est yci attribué au signe : non pas qu’il y conviene proprement, mais par figure, à Cause de ceste conjonction, de laquellé j'ay parlé. Mais nous n’en toucherons point d'avantage pour le présent : car il en sera traitté plus amplement au chapitre XI. Il y à encore une question : Veu que maintenant nous mangeons le corps de Christ en la Cène, et que nous y buvons son sang, comment se peut faire que les Juifs ayent esté parti-
cipans d’une mesme viande spirituelle, cha
et d’un mesme bruvage, veu que la chairf
de Christ n’estoit pas encore, laquelle ils”
peussent manger? Je respon, combien, que la chair de Christ ne fust point en--
core, que toutesfois elle ne Jaissoit L point / de leur estre en viande. Et ce n’est point yci une subtilité vaine et sophistiqué :
la mort et résurrection de Christ : et par
car leur salut dépendoit du bénéfice dl
conséquent, de sa chair et de son n sang. ?
Il leur a donc falu recevoir la chair ét le!
sang de Christ, pour participer au bénéice ‘de la rédemption: “Ceste façon de le recevoir estoit une œuvre secrète du sainel Esprit, qui besongnoit en eux en telle sorte, que combien que la chair de Christ' né fust point encore créée, toutesfois ils
en sentoyent l’eflicace. Entendons néant-
moins qu’ils Pont mangé d’üné autre fa-