‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 49 sur 99 · TU · texte numérisé non relu

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Car, X. SUR LA lre ÉPISTRE

çon et mesure que nous ne faisons pas.

Et c’est ce que j'ay dit ci-dessus : asçavoir que rist aujourd’huy nous est offert et donné plus plenement selon la RS j'icsuree de. Ja révélation. Car la mandu-

cation én : est aujourd’huy substancielle, ce qui he pouvoit estre pour lors : c’està-dire Christ nous repaist de sa chair, qui à esté immolée pour nous, et laquelle nous est ordonnée pour viande, et d’icellé nous tirons vie.

5 Mais Dieu n'a point prins plaisir.

Nous voyons maintenant à quelle fin sainet Paul a fait ceste préface : asçavoir, afin que nous ne hous attribuyons aucune dignité ni excellence par-dessus eux, mais que nous cheminions en humilité et crainte. Car parce moyen adviendra que nous n’aurons point en vain receu la lumière de vérité et une si grande abondance de grâces. Dieu (dit-il) les avoit tous éleus pour: son LS mais pere sont dé-

tans . par tele N Lines re à: ne faut pas pensér que nous demeurions impunis, si nous commettons les choses lesquelles Dieu à punies si estroittement en eux: On fait encore yci une autre question : Si ainsi est que les hypocrites

et meschans, pour lors ayent mangé la {

6 Or ces choses ont esté exemples pour nous :

AUX CORINTHIENS. h11

viande spirituelle, asçavoir-mon si les infidèles vérité mesme de la chose és Sacremens.

Aucuns craignans qu'il re semble que l’infidélité des hommes diminue quelque chose de la vérité de Dieu, disent que les meschans reçcoyvent là chose signifiée

avec le signe. Mais ceste crainte est vaine.

Car combien que Dieu offre également ce”.°/ qu’il figure, aux dignes et aux indignes :

toutesfois tous ne sont pas capables de le recevoir.

Cependant, le Sacrement ne change point de nature, et n’est rien diminué de son efficace et vertu. Parquoy Ja manne au regard de Dieu, estoit mes-

me aux infidèles viande spirituelle : mais pource que la bouche des infidèles n’es- © °°°"

toit que charnelle, ils ne mangeoyent point ce qui leur estoit donné. Toutesfois, je diffère à trailter de ceste question plus amplement au chapitre XI. Car ils ont esté accablez. N prouve par signe qu’ils n’ont point esté agréables à Dieu, pource qu’il a fait une horrible vengence sur eux, et a puni leur ingratitude. Aucuns entendent ceci de tout le peuple qui mourut au désert, exceptez deux, Caleb et Josué, Nombres, XIV, 20. Mais mon opinion est,

qu'il ne comprend que ceux desquels il

récite incontinent après les espèces.

afin que ne soyons point con-

voiteux des choses mauvaises, comme aussi ils ont convoilé ‘.

7 Et que ne sogez point idolâtres,

comme aucuns d'eux, ainsi qu'il est

escrit, Le peuple s'est assis pour manger et pour boire, et se sont levez pour

jouer ?.

8 Et que ne paillardions point, comme aucuns d'eux ont paillardé et sont

morts en un jour vingt et trois mille*.

9 Bt que ne tentions point Christ, comme aucuns d'eux Pont tenté, et ont

esté destruils par les serpens"*.

A0 Et que ne murmuriez point, comme aucuns d'eux ont murmuré, eb sont

péris par le destructeur.

11 Or toutes ces choses leur advenoyent en exemples : et sont escriles pour nous admonester, ausquetls les fins des temps sont parvenues. 12 Parquoy, celuy qui s'estime estre droit, regarde qu'il ne tombe.

1) Nomb., XI, 3, 33, 34. Ps. CVI, 14.

5) Nomb., XIV, 87.

9) Exode, XXXII, 6.

3) Nomb., XXV,9 4) Nomb., XXI 6.

6 Or ces Dhoses ont esté exemples. HN | dressent aussi à nous, afin qu'elles nous nous advertit encore plus expressément | soyent en exemple, de ne provoquer l’ire

que les peines qu’ils ont endurées s’a-

de Diéu, conime ils ont fait. Dieu, dit-il,

aujourd’huy ne reçoyvent pas la

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k12 nous a représenté comme en un tableau sa sévérité, en les punissant : afin que par leur exemple, nous apprenions à craindre.

Quant au mot Grec Typos, yci mis, lequel nous traduisons Exemples, j’en toucheray tantost, sinon que cependant je veux bien advertir les lecteurs que ce n’est pas sans cause que j'ay autrement translaté que n’a fait, tant Erasme que l’ancien Translateur Latin. Car ils obscurcissent l’intention de sainct Paul : à tout Île moins ils n’expriment point assez clairement que Dieu nous a là fait un pourtrait pour nous enseigner. {fin que ne soyons point convoileux. Il récite maintenant quelques espèces, ou certains exemples, pour avoir meilleure occasion de reprendre quelques vices, desquels il estoit besoin d’advertir les Corinthiens.

Je pense qu’il touche yei Phistoire qui est récitée au chapitre XI, v. 4, des Nombres : combien que les autres le rapportent à ce qui est escrit au chapitre XX VI, v. 64. Le peuple après avoir esté repeu quelque temps de manne, finalement estant fasché d’icelle, commencea à appéter et regreter d’autres viandes, desquelles il avoit accoustumé d’estre nourri en Egypte. Or il péchoit doublement : premièrement, pource qu'il mesprisoit le don singulier de Dieu : d'avantage, pource qu’il appétoit diversité de viandes et délices, outre la volonté de Dieu. Le Seigneur offensé de ceste incontinence, punit griefvement le peuple : dont le lieu fut appelé, Les sépulchres de concupiscence : pource qu'ils ensevelirent là ceux qui avoyent esté accablez par le Seigneur. Dieu a monstré par cest exemple combien il hait les convoilises qui procèdent du mespris de ses grâces, et par nostre incontinence. Car à bon droiët tout ce qui passe le moyen et la mesure prescrite de Dieu, est tenu pour mauvais et illicite.

7 Et que ne soyez point. Yci est touchée l’histoire qui est récitée au chapitre XXXII, v. 7, d'Exode. Car quand Moyse demeuroit en la montagne plus que l’inconstance du peuple ne pouvoit porter, Aaron fut contraint de forger un veau, et le proposer au peuple pour l’adorer.

Non pas que le peuple voulust changer

Car. X.

de Dieu, mais seulement avoir quelque signe visible de la présence de Dieu, selon son sens charnel. Or Dieu en punissant lors avec grande sévérité ceste idolâtrielà, a déclaré par tel exemple, combien il ba en grande abomination lidolâtrie.

Ainsi qu'il est escrit, Le peuple, etc.

Peu de gens exposent ce passage ainsi qu’il appartient. Car ils entendent que Pintempérance du peuple a esté cause de dissolution et esgayement desbordé :

comme on dit en commun proverbe, Après Ja panse vient la danse. Mais Moyse parle du banquet sacré et solennel : c’est asçavoir de celuy qu’ils faisoyent en honneur de lidole. Le banquet done et le jeu estoyent deux dépendances de Pidolâtrie. Car ç’a esté chose usitée tant au peuple de Dieu, qu’entre les idolâtres et superstitieux, d’adijouster au sacrifice le banquet, comme estant partie du service de Dieu, auquel banquet ne se fussent osé trouver ceux qui estoyent profanes et immondes. Les Gentils outre cela, dressoyent aussi et ordonnoyent en l’honneur de leurs idoles, des jeux sacrez. Et ne faut point douter que les Israélites n’ayent pour lors adoré leur veau avec telle cérémonie et observation que les Gentils faisoyent leurs idoles. Car voylà l’'arrogance de l'esprit humain, que tout ce qu’il trouve beau, il Papplique à Dieu.

Parquoy les Gentils sont tombez jusques à ceste folie enragée, qu’ils ont pensé que leurs dieux prenoyent plaisir à leurs spectacles infâmes, danses impudiques, paroles vileines, et toutes sortes de dissolutions desbordées. Et pourtant, le peuple d'Israël à leur imitation, estant sorti de table, s’est levé pour célébrer les jeux, afin qu'ilne défaillist rien de tout ce qui pouvoit servir à faire honneur à lidole. Voylà le vray sens et le plus simple. Mais on fait yci une question, Pourquoy il a plustost fait mention du banquet et des jeux, que de ladoration : car l'adoration estoit le principal de l’idolâtrie, et les deux autres n’estoyent qu’accessoires. Certes il a choisi ce qui convenoit le mieux aux Corinthiens. Car il n’est pas vray-semblable qu'ils ayent fréquenté la compagnie des infidèles, pour se prosterner devant les idoles : mais ils se

Cuar. X,

trouvoyent en leurs banquets instituez à l’honneur des idoles, et ne s’abstenoyent point des cérémonies superstitieuses, qui estoyent signes d’idolâtrie. Ce n’est donc point sans cause que S. Paul proteste que ce en quoy ils péchoyent estoit expresséement condamné de Dieu. En somme, il signifie qu’on ne peut attoucher aucune partie d’idolâtrie, tant petite soitelle, qu’on n’en soit pollué : et que celuy qui se sera souillé aux signes externes d’idolâtrie, n’eschappera point qu’il n’en soit puni de Dieu.

8 Et que ne paillardions point. Il parle maintenant de paillardise, à laquelle les Corinthiens estoyent addonnez outre mesure, comme il appert par les histoires. Et on peut recueillir par les choses précédentes, que ceux qui avoyent fait profession de se ranger à Christ, n’estoyent point encore du tout corrigez de ce vice. La vengence de ce péché nous doit aussi estonner, et nous faire souvenir en quel horreur Dieu ha les paillardises. Carenun jour moururentvingtettrois mille pour cela, ou vingt et quatre mille, comme dit Moyse aux Nombres, chapitre XXV. Or combien qu'ils soyent diffé-

rens quant au nombre, il est bien facile

toutesfois de les accorder : car ce n’est pas chose nouvelle, que là où on n’ha point ce but de faire un dénombrement entier des personnes par testes, comme on dit, on y met le nombre qui vient environ cela : comme à Rome, les juges qui estoyent députez pour cognoistre des matières civiles, estoyent nommez jes cent, et toutesfois il y en avoit deux pardessus. Comme ainsi soit donc qu’il y eust environ vingt et quatre mille hommes accablez au désert par la main du Seigneur, asçavoir plus de vingt et trois, Moyse a mis le nombre qui estoit audessus, et sainct Paul celuy qui estoit au-dessous : ainsi il n’y a point de répugnance quant au faict. L'histoire est escrite au chapitre XX V, v. 9, des Nombres. Toutesfois il y a encore yci une difficulté : Pourquoy c’est que sainct Paul impute ceste punition à la paillardise, veu que Moyse dit que Dieu estoit courroucé contr’eux, pource que le peuple avoit sacrifié à Baalphéor. Mais pource qu’ils

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

commencèrent à se révolter par la paillardise, et qu’ils estoyent tombez en ceste impiété, non pas tant pour affection qu’ils eussent à la fausse religion, que pour l’'alléchement des paillardes : tout le mal qui s’en est ensuyvi depuis, a deu estre imputé à la paillardise. Car Balaam avoit donné ce conseil, que les Madianites prostituassent leurs filles aux enfans d'Israël, alin que par ce moyen ils les destournassent du vray service de Dieu. Et d’avantage, cest horrible aveuglement, qu’ils se sont laissez induire à une impiété si vileine par les alléchemens des paillardes, a esté une punition de la paillardise. Parquoy, apprenons que la paillardise n’est pas un petit péché, veu que Dieu en feit lors une punition si rigoureuse, et en beaucoup de sortes.

9 Et que ne tentions point Christ. Ce membre se rapporte à l’histoire qui est contenue au chapitre XXI des Nombres, v. 6: Que le peuple se faschant de ce qu'ildemeuroit silong temps en un mesme estat, commença à se plaindre de sa condition, et à contester contre Dieu: Pourquoy est-ce que Dieu nous a trompez ? ete.

Sainct Paul appelle ce murmure du peuple, Tentation, et non sans cause: car la tentation est contraire à patience. Or qui fut cause pour lors que le peuple s’esleva à l’encontre de Dieu, sinon qu’estant poussé d’un désir importun et désordonné, il ne pouvoit attendre patiemment le temps que Dieu avoit déterminé? Notons donc, que la source du mal duque le sainct Apostre nous destourne yci, c’est impatience, quand nous voulons prévenir la volonté de Dieu, et ne nous soumettons pas à son gouvernement: mais plustost le voulons assujetir à nostre plaisir et fantasie. Dieu à puni ce mal-là griefvement au peuple d'Israël. Or il demeure tousjours juste juge, semblable à soymesme. Parquoy, ne le tentons point, si nous ne voulons endurer semblables peines. Voyci un beau passage pour prouver l’Eternité de Christ. Car la cavillation d'Erasme n’est point recevable, quand il dit, Ne tentons point Christ, comme aucuns d’eux ont tenté Dieu: car ce seroit chose trop contrainte de vouloir suppléer ce mot Dieu. Et ce n’est

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point merveille que Christ soil appelé conducteur du peuple d'Israël. Car tout ainsi que Dieu n’a jamais esté propice aux siens, sinon par ce Médiateur : aussi il n’a point conféré de grâce sinon par la main d’iceluy. D’avantage, l’Ange qui apparut premièrement à Moyse, et qui a assisté tousjours au peuple par le chemin, est appelé souvent Jéhovah, c’est-àdire l'Eternel. Arrestons-nous donc à cela, que cest Ange estoit le Fils de Dieu, et que dèslors mesme il estoit gouverneur de l'Eglise, de laquelle il estoit Chef. Quant à ce mot Christ. pource qu’il ha une signifiance qui se rapporte à la nature humaine , il ne luy convenoit pas encore alors : mais il luy est attribué par communication des propriétez: comme nous lisons ailleurs, qu’il est dit, que le Fils de l’homme est descendu du cielf.

10 Et que ne murmuriez point. Les autres entendent ce murmure qui se leva quand les douze qui avoyent esté envoyez pour espier la terre, estans de retour, descouragèrent le peuple : mais pource que ce murmure-là n’a point esté subitement puni par aucune vengence particulière de Dieu, ains seulement ceste peine leur fut envoyée, que tous furent privez de la possession de la terre, il faut nécessairement que nous exposions ce passage en autre sens. Vray est que la peine fut bien fascheuse de n’entrer point en la jouissance de la terre promise: mais les paroles de S. Paul expriment une autre forme de chastiement, quand il dit qu’ils sont péris par le destructeur. Je rapporte done ceci à l’histoire qui est contenue au chapitre XVI des Nombres. Car après que Dieu eut puni Porgueil de Coré et Abiron, le peuple commença à murmurer contre Moyse et Aaron, comme s'ils eussent ésté cause de la punition envoyée de Dieu. Dieu vengea ceste esmotion fu- ‘ rieuse du peuple par le feu qu’il envoya du ciel, par lequel plusieurs furent enoloutis : asçavoir plus de quatorze mille.

C’est done yei un exemple mémorable de lire de Dieu contre les rebelles et séditieux, qui se despitent à l’encontre de luy. Vray est que ceux-là murmuroyent contre Moyse, mais d'autant qu'ils n’a- 1) Jean, NA, 48.

Cuar. X.

voyent nulle cause de s’eslever, et qu’ils ne s’aigrissoyent contre luy pour autre occasion, sinon pouree qu’il avoit fidèlement exécuté la charge que Dieu luy avoit donnée, Dieu luy-mesme estoit assailli par ce murmure. Parquoy, qu’il nous souviene que nous avons affaire à Dieu, et non point aux hommes, quand nous-nous eslevons à l’encontre des fidèles ministres de Dieu : et sçachons que ceste témérité outrecuidée ne demeurera point im= punie. Par le destructeur, il faut entendre lAnge qui exécuta le jugement de Dieu. Or Dieu use quelquesfois du ministère des mauvais anges, quelquesfois des bons, pour punir les hommes, comme il appert par divers passages de lEscriture. Pource que sainct Paul yei ne spécifie rien, nous prendrons lesquels nou voudrons. | A4 Or toutes ces choses leur advenoyent. 11] répète derechef, que toutes ces choses sont advenues aux enfans d’Israël, afin qu’elles nous soyent comme des pourtraits, c’est-à-dire exemples, par lesquels Dieu nous met ses jugemens devant les veux. Je sçay bien que les autres philosophent plus subtilement sur ces paroles. Mais il me semble que j'ay comprins l’intention de sainct Paul, quand je di que ces exemples sont comme de beaux tableaux par lesquels nous sommes enseignez quel jugement de Dieu doyvent attendre les idolâtres, paillars, et autres contempteurs de Dieu, car ce sont images vives lesquelles nous représentent Dieu

courroucé contre nous à cause de tels

péchez. Geste exposition, outre ce qu’elle

est simple et vraye, ha ceste utilité d'a

vantage qu’elle ferme la bouche à un tas d'enragez qui destournent ce passage pour prouver qu’il n’a esté rien fait entre le peuple ancien , sinon qu’en ombre. Et pour le commencement , ils présupposent pour une maxime, que ce peuple est figure de l'Eglise: et de là ils concluent que tout ce que Dieu leur a promis ou en— voyé , tous les bénéfices , toutes les puni tions qui leur sont advenues, n’estoyent seulement que figures de ce qui devoit es-

tre accompli à la vérité, après l’advéne=

ment de Christ. Voylà une resverie très-

bye nent nd ete.

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Cnar. X.

dangereuse , laquelle fait une grande injure aux saincts Pères, et encore plus grand outrage à Dieu. Car ce peuple a esté tellement figure de l'Eglise Chrestienne, qu'il a esté aussi une vraye Eglise.

Leur condition a tellement figuré la nostre, que toutesfois lors mesmes il y avoit un estat d'Eglise dressé proprement. Les promesses qui leur estoyent faites, ont tellement représenté l'Evangile, qu’il estoit enclos en icelles. Leurs Sacremens servoyent tellement pour figurer les nostres, que toutesfois pour ce temps-là mesme ils leur ont esté vrais Sacremens, ayans efficace présente. Brief, ceux qui ont lors usé de la doctrine et des signes deuëment, ont eu le mesme Esprit de foy que nous. Ces paroles donc de sainct Paul n’aident de rien à ces esprits enragez. Car elles ne signifient pas que les choses qui ont esté faites en ce temps-là, ayent esté tellement figures, comme s’il n’y eust eu aucune vérité d’icelles pour lors, mais seulement une vaine représentation , comme quand on jouë sur un eschaffaut :

ains plustost, comme nous avons dit, elles démonstrent simplement, que là, comme en un tableau , sont dépeintes des choses qui nous doyvent servir d’enseignement. Æt sont escrites. Ce second membre est la déclaration du premier.

Car quant aux Israélites qui vivoyent lors, il n’estoit point requis que ces Choses fussent enregistrées et mises par esrit, mais seulement pour nous. Il ne s'ensuit pas toutesfois que ces peines ne fussent vrayes punitions de Dieu, propres pour les corriger lors. Mais tout ainsi que Dieu exercea lors ses jugemens, aussi a-il voulu qu’il en fust perpétuelle mémoire, pour nous advertir. Car qu’en proufiteroit l’histoire aux morts ? Et aux vivans, comment proufiteroit-elle, sinon qu’estans advertis par les exemples des autres, ils s’amendassent? Or il prend pour tout résolu, un principe duquel tous les fidèles doyvent estre d'accord, Qu'il ny a rien révélé par l’Escriture, qui ne Soit digne d’estre cognu. Ausquels les fins des temps Le mot Grec que nous traduisons Les fins, signifie aucunesfois Mystères, ou secrets, et ceste signification ne seroit point paraventure mal pro-

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

pre à ce passage: toutesfois j’ensuy la lecture commune, pource qu’elle est plus simple. Il dit donc, que Les fins de tous temps sont venues sur nous: pource que la plénitude de toutes choses convient à cest aage, d'autant que nous sommes aux derniers temps. Car le Royaume de Christ est le principal but de la Loy et de toutes les Prophéties. Au reste, ceste sentence de sainct Paul est bien contre une opipion commune , Que Dieu qui avoit esté plus rigoureux sous le vieil Testament, et tousjours prompt et armé à punir les péchez, maintenant a commencé à estre ‘doux , et beaucoup plus facile à pardonner, Et voylà comment ils exposent que nous sommes sous la Loy de Grâce :

pource que Dieu nous est plus doux qu’il r’estoit aux anciens. Maïs que dit sainct Paul P Si Dieu s’est vengé d’eux, il ne nous espargnera non plus. Laissons là donc cest erreur , que Dieu n’est pas maintenant si aspre à punir les péchez. Je confesse bien que par l’advénement de Christ, Dieu à espandu sa bonté sur les hommes plus apertement et en plus grande abondance : mais de quoy sert cela pour prouver que les meschans , et ceux qui abusent de la grâce de Dieu demeureront impunis? Il y à seulement un poinct à noter, c’est que la façon de punir est aujourd'huy autre et diverse. Car tout ainsi que Dieu jadis faisoit mieux sentir ses bénédictions externes aux fidèles pour leur testifier son amour paternelle: aussi il démonstroit plus ouveriement son courroux par peines corporelles. Mais maintenant en ceste plene révélation que nous avons, il n’envoye pas si souvent des punitions visibles, et n’exerce pas si souvent ses vengences sur les corps, mesme à l'endroit des meschans. Jay traitté de ceci plus amplement en mon Institution.

12 Parquoy celuy qui, etc. Le saïnct Apostre conclud des choses précédentes, que nous ne nous devons pas tellement glorifier de nos commencemens ou avancemens , que nous-nous endormions comme gens asseurez et sans grand soin.

Car les Corinthiens se glorifioyent de leur condition, en sorte qu’ayans mis en oubli leur infirmité, ils tomboyent en beaucoup de meschancetez. Cela estoit

416 COMMENTAIRES Car. X..

une mauvaise confiance, et telle que les se soucient de rien : mais se contentent Prophètes taxent bien souvent au peuple | sans demander accroissement de grâces : d'Israël. Mais pource que les Papistes |et de cela advient qu’ils sont exposez à abusent de ce passage pour établir leur toutes les heurtes de Satan. C’est ceste meschante doctrine, par laquelle ils disent asseurance de laquelle sainet Paul veut qu’il nous faut tousjours douter de la foy, | destourner les Corinthiens, pource qu’il entendons qu’il y a deux asseurances : la | voyoit qu’ils avoyent une folle opinion première est, quand nous-nous reposons | d’eux-mesmes , et qu’ils se plaisoyent : sur les promesses de Dieu, entant que la |toutesfois il ne commande pas qu’ils conscience s’arreste sur cela, que Dieu ne | soyent incertains de la volonté de Dieu, luy défaudra jamais. Et ayant ceste per- ou qu’ils soyent tousjours en crainte, suasion invincible, ne fait point de diffi- | doutans de leur salut, comme imaginent culté de desfier hardiment Satan et le [les Papistes. En somme, qu’il nous soupéché: toutesfois ne laissant point d’a- | viene que sainct Paul parle yci à des homvoir mémoire de son infirmité, se remet |mes qui estoyent enflez d’une perverse du tout sur Dieu avec crainte et humilité, | confiance de la chair: et qu’il réprime et se recommande à luy songneusement. | une asseurance qui estoit fondée sur les Une telle asseurance est saincte , et ne | hommes, et non point en Dieu. Car espeut estre séparée de la foy, comme il |érivant aux Colossiens, chap. IF, v. 5, appert par plusieurs passages de l’Escri- après avoir loué en euxla fermeté et ture, et singulièrement par le chap. VIII | constance de la foy, il les admoneste de aux Romains , v. 33. L'autre procède de demeurer fermes estans enracinez en nonchalance, quand les hommes estans Christ, et d'estre édifiez et confermez en orgueilleux des dons qu’ils ont receus, | la foy.

comme S'ils estoyent hors de danger, ne

13 Tentation ne vous a point saisis !, sinon humaine. Et Dieu est fidèle, lequel ne permettra point que soyez tentez outre ce que vous pouvez: ains il donnera l'issue avec la tentation, afin que la puissiez soustenir.

14 Pour laquelle chose mes bien-aimez, fuyez arrière de l'idolâtrie.

15 Je parle comme à ceux qui sont entendus. Vous-mesmes jugez de ce que je di.

16 La coupe de bénédiction laquelle nous bénissons, n'est-elle pas la communion du sang de Christ? Et le pain que nous rompons, n'est-il pas la communion du corps de Christ?

17 Car nous qui sommes plusieurs, nous sommes un pain et un corps, d'autant que nous sommes tous participans d'un mesme pain.

48 Voyez Israël qui est selon la chair : ceux qui mangent les sacrifices, ne sont-ils pas participans de l'autel?

4) Ou, surprins.

13 Tentation ne vous a point, etc. | point que vous vous estonniez et perdiez Que les autres l'interprètent ainsi qu’ils | courage : car mon intention n’a pas esté voudront: quant à moy, je pense que | de vous donner matière de désespoir. Eë ceci est mis pour leur consolation, de | certes il ne vous est rien advenu qui n’ait peur qu'après avoir ouy les exemples de |accoustumé d’advenir aux hommes. Les lire de Dieu tant horrible, lesquels il a | autres pensent que plustost il reprend récitez ci-dessus, ils ne perdissent cou- | leur lascheté, de ce qu’ils perdoyent courage, estans du tout confus de frayeur. | rage pour si petites et légères tentations. Parquoy, afin que son exbortation fust | Il est bien vray que ce mot Humain, est utile, il adjouste qu'il y a encore lieu de | prins quelque fois pour Modéré et moyen. repentance. Comme s’il disoit, Il ne faut ! Le sens donc seroit tel selon eux, Faloit-

Cap. X.

il ainsi défaillir sous une légère tentation ? Mais pource que le propos s’entretient mieux, Si nous disons que c’est une consolation, à ceste cause j’eneline plustost de ce costé. Et Dieu est fidèle. Comme pour les resveiller à repentance, il les a exhortez à ne désespérer point quant au temps passé: aussi il les console pour l’advenir d’une espérance certaine, disant que Dieu ne permettra point qu'ils soyent tentez outre leurs forces. Or il veut qu'ils regardent au Seigneur. Car la tentation, tant petite et légère soit-elle, nous aura incontinent opprimez, et ce sera fait de nous, si nous-nous appuyons sur nos propres forces. Il appelle Dieu fidèle, non-seulement pource qu'il est véritable en ses promesses : mais comme s’il disoit, Le Seigneur est protecteur asseuré des siens, sous la sauvegarde duquel vous estes en seureté : car il ne délaisse jamais les siens despourveus de son assistance. Quand donc il vous aura receus en sa protection, il ne faut point que vous craigniez, moyennant que vous vous attendiez du tout à luy. Car certes ce seroit une manière de frustrer et abuser, S’il retiroit son aide en la nécessité, Où que nous voyant infirmes et défaillir sous le fardeau, il prolongeast encore et feist durer la tentation. Or Dieu nous aide en deux sortes, que ne soyons accablez par la tentation. Car il nous ‘garnit de forces, aussi il modère et compasse la tentation. Sainct Paul parle yei de la seconde principalement (n’excluant point toutesfois la première) asçavoir que Dieu allége les tentations, afin qu’elles ne nous oppriment par leur pesanteur. Car il cognoist la mesure de nostre puissance, qu’il nous à donnée, selon laquelle it modère les tentations. Je pren ycile nom de Tentation, généralement pour toutes choses qui nous pressent.

14 Pour laquelle chose, etc. L’Apostre retourne maintenant au propos particulier lequel il avoit un peu laissé, faisant une digression. Car afin que la simple doctrine n’eust moins d’efficace envers eux, il a entremeslé des exhortations générales que nous avons veuës : mais maintenant il poursuit la matière qu’il

avoit commencée, ascavoir qu'il n’esf|

Hit

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

point licite à l’homme Chrestien de s’adjoindre aux superstitions des infidèles.

Fuyez arrière de l'idolätrie, dit. I faut veoir premièrement en quelle façon il a prins ce mot /dolätrie. Certes iln’estimoit pas les Corinthiens tant despourveus de sens et cognoissance de Dieu, que de penser qu'ils adorassent de cœur les idoles : mais pource qu'ils ne faisoyent point de conscience de fréquenter les assemblées des idolâtres, et assister avec eux à quelques cérémonies qui estoyent instituées à l’honneur des idoles, il condamne ceste licence qu’ils usurpoyent pource qu’elle estoit de mauvais exemple.

Il est donc certain quand il nomme yci l’Idoltrie, qu’il parle de l’extérieure, ou pour mieux dire de la profession et démonstrance &@idolätrie. Car comme nous disons que nous adorons Dieu en nous agenouillant, et luy faisant autres signes de révérence, combien que Île principal honneur qui luy est deu, soit l'intérieur, aussi en disons-nous autant des idoles :

car il y a une mesme raison és choses contraires. C’est donc’ en vain que plusieurs aujourd’huy taschent à excuser les actes ou gestes externes d’idolâtrie, sous ce prétexte que le cœur n’y est pas, veu que sainct Paul condamne tels gestes : et à bon droict certes. Car puis qu’ainsi est que nous devons à Dieu non-seulement l'affection intérieure du cœur, mais aussi l'adoration externe, celuy qui présente à l’idole quelque apparence d’adoration, diminue autant de l’honneur qu’il devoit à Dieu. Qu'il s'excuse tant qu'il voudra que son cœur est ailleurs, toutesfois l'œuvre est apparente par laquelle il transfère à l’idole, lhonneur qui estoit deu à Dieu.

15 Je parle comme à ceux, etc. Pource qu’il devoit prendre son argument sur le mystère de la Cène, il les resveille par ceste petiie préface à considérer plus attentivement l’excellence de ce mystère :

comme s’il disoit, Je ne parle point comme à des apprentis, vous entendez quelle est la vertu de la saincte Cène : là nous sommes insérez au corps du Seigneur.

Quelle honte donc est-ce de vous accompagner avec les itolâtres, pour estre assemblez en un mesme corps P Cependant

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il reproche tacitement leur lourderie, quayans esté droitement enseignez en l’eschole de Christ, ils se laschent la bride à un vice si grossier, duquel it n'estoit pas difficile de juger.

16 La coupe de bénédiction, etc. Comme ainsi soit qu'en la saincte Cène de Christ, il y ait deux signes, le pain et le vin: il commence par le second. H l'ap- | < pelle la coupe de bénédiction, pource qu’elle est destinée à la consécration.

mystique. Car je n’accorde pas avec ceux qui prenent la bénédiction, pour action de grâces, et exposent Bénir, pour rendre grâces. Je confesse bien que quelque fois ce mot est mis en ce sens: mais ce n’est jamais en telle suyte de paroles que

sainet Paul les met yci. Car ce qu'Erasme

veut qu’on supplée Pour, cela est {trop contraint. Or le sens que j’ensuy est facile, et n’ha rien d’embrouillé. Bénir donc la coupe, signifie la consacrer à cest usage, que ce nous Soit un signe ! du sang

‘du Seigneur. Cela se fait par la Parole

de la promesse, quand les fidèles s’assemblent selon l'ordonnance de Christ, pour célébrer la mémoire de sa mort en ce Sacrement. Or la consécration que font les Papistes, est une sorcellerie prinse des Gentils, laquelle n’ha rien de commun avec la pure cérémonie des Chrestiens. Il est bien vray que mesme toutes choses desquelles nous sommes nourris sont sanctifiées par la parole de Dieu, comme sainct Paul tesmoigne ‘ailleurs, 4 Tim., IV, 5. Mais ceste bénédiétion-là ha une autre fin, asçavoir que l’usage des dons de Dieu nous soit pur, et qu il tourne à la gloire d’iceluy qui en est l’autheur, et à nostre proufit. Mais la fin de la bénédiction mystique en la Cène, € est que le vin ne soit plus un bruvage vulgaire,

mais dédié à la nourriture spirituelle de l’âme, entant qu’il est fait signe du sang de Christ. Sainct Paul dit que la coupe bénite en ceste sorte, est la communion du sang du Seigneur. On demande en quel sens. Laissons là les débats et contentions, et il n’y aura rien obscur. Cela est vray que les fidèles sont assemblez et unis par le sang de Christ, pour estre faits un mesme corps. Cela est vray aussi que ceste façon d'union, est appelée pro-

CN

Cuar, X:

prement Communion. j'en di autant: du pain, D’avantage, j'enten bien ce que sainct Paul adjouste incontinent après, comme par forme d'exposition, Que nous sommes faits Lous un mesme Corps, d’autant que nous sommes {tous participans d'un mesme pain. Mais je vous Ps d'où

chair, et oS de ses 05? | Ephés., KMS ha

Car it nous faut premièrement estre (par

manière de dire) incorporez avec Christ, Re A si nous voulons estre unis entre-nous., - =

ape

Joinet que sainct Pau] né parle point yo 7"

de la communication mutuelle que les hommes ont entreux: mais de l'union spirituelle qui est éntre Christ etes fidèles, afin d’inférer de là, que c’estoit un sacrilége insupportable, quand ils se polluoyent ainsi par la Communion des

idoles. On peut donc juger.par a, cir-

constance du passage, que cesi e çommunion du sang est une conjonction que

C4 don

nous avons avec le sang de Christ, quand

il nous unit ous en son D COTpS ensende

qi Or maintenant ‘quand la rt est, LÉ appelée Communication, je confesse que 4

c'est une locution ligurée, moyennant que la vérité de la figure ne soit point 0stée: c’est-à-dire pourvéu qu’on entende

que la vérité est là présente, et.que l’âmel à

} erh

në receoit point moins là communion. du cfa

sang, que nous prenons le vin par là bouche. Les Papistes ne pourroyent pas dire ceci, Que la coupe de bénédiction leur est la communication du sang ‘de Christ. Car la Cène qu'ils ont, est “deschirée et imparfaite, si toutesfois il faut appeler Cène, ceste cérémonie estrange laquelle estant rapetassée de diverses inventions de plusieurs hommes, à grand’peine ha de reste une bien petite trace de l'institution du Seigneur. Mais encore quand toutes autres choses requises k seroyent, toutesfois ceci répugne au droit usage de la Cène :

le peuple de s'abstenir du xin, qui est là

moitié du Sacrement. Le pain que nous

rompons. Il'appert par ceci, que la coustume de l'Eglise ancienne éstoit de rompre un pain, et d’iceluy en distribuer à

de commander à tout

Cuap. X.

un chacun quelque morceau, afin de mieux représenter devant les yeux à tous fidèles, comment ils estoyent unis en un mesme Corps d rps de { Christ. Et il appert par le tesmoignage de ceux qui ont esté'en estime en l'Eglise trois cens ans après les Apostres, que ceste coustume a esté Jong

temps entretenue en l'Eglise. Depuis, la:

superstition a gaigné que nul n’osast

toucher le pain avec la main, et que le prestre le meist en la bouche à chacun.

17 Car nous qui sommes.

de nous exhorter à charité : mais il dit

ceci comme en passant, afin que les Co-

rinthiens entendent qu’il faut entretenir, | e mesme par, profession externe, ceste

union que nous ayons ayec Christ, puis :

que nous-nous assemblons tous pour recevoir le signe de ceste union sacréé. En ce second membre, il récite seulement l’une deSparties du Sacrement : et l’Escriture a accoustumé de signifier toute la Cène par Ja fraction du pain : et ce suyvant la figure nommée Synecdoche. De quoy il a esté besoin d’admonester les lecteurs en passant, de peur que quelqu'un mal exercité és Escritures, ne prene pied à la sotte cayillation que mettent en avant je ne sçay quels brouillons, comme si sainct Paul en nommant le pain seul, ayoit prétendu de frustrer le peuple de la moitié du Sacrement.

18 Foyez Israël qui est selon la chair.

C’est un autre exemple, par lequel il con-

ferme que la nature de toutes sainctes cérémonies est de nous lier en une conjonction et comme société avec Dieu. Car par la Loy de Moyse nul n’estoit. receu au banquet du sacrifice, sinon ceux qui s’es-

toyent deuëment préparez. Je ne parle

SUR LA re ÉPISTRÉ

ay desjà admonesté ci-dessus, que l'intention de :

sainet Paul yei n’estoit pas proprement

point seulement des Sacrificateurs, mais de ceux d’entre le peuple qui mangeoyent ce qui restoit du sacrifice. Il s’ensuit de cela que tous ceux qui mangent de la chair de la beste sacrifiée, sont participans de l’autel : £’est-à- dire, de Ja sanctification, de laquelle Dieu a sanctifié son temple, et le service qui y est fait. Ceste particule, Selon la chair : peut sembler esire adjoustée afin que les Corinthiens faisans comparaison de l’un à l’autre, eussent en plus grande estime l'efficace de nostre Cène. Comme s’il eust dit : Si les figures anciennes ont eu si grande vertu, ef mesme en ces petis commencez mens de pédagogie, combien plus grande estimerons-nous celle qui est en nos mystères et sacremens d’aujourd’huy, esquels Dieu se manifeste plus plenement à nous? Combien qu’il sera plus simple à mon jugement de dire que l’Apostre a voulu seulement par ceste marque discerner les Juifs qui estoyent encore sous la Loy, d'avec les autres Juifs qui estoyent convertis à Cbrist. Maintenant il reste à faire l’antithèse : asçayoir, que si les sainctes cérémonies ordonnées de D sanctifient ceux qui les observent,

s'ensuit au contraire, qu'on attire polnr des sacrifices et autres cérémonies des idoles : car il n’y a que Dieu seul qui sanctilie, Tous les dieux estranges done rendent profanes ceux qui les servent.

D’avantage, si les sacremens conjoingnent et unissent les fidèles avec Dieu, il s’en:

suit que les infidèles par leurs cérémoe:

nies superstitieuses entrent sembläblement en une conjonction et union avec leurs idoles. Mais avant que sainct Paul descende jusques-là, il prévient une objection, laquelle on pouvoit mettre en avant.

A9 Que di-je donc? que l'idole soit quelque chose? ou que ce qui est sacrifié

à l’idole, soit quelque chose? non.

20 Mais je di, que les choses que les Gentils sacrifient, ils les sacrifient aux diables, et non point à Dieu. Et je ne vueil point que soyez participans des

diables.

21 Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur,

el la coupe des diables : vous

ne pouvez estre participans de la table du Seigneur, et de la table des diables. 22 Foulons-nous provoquer à ire le Seigneur? sommes-nous plus forts

que luy?

Car. X.

23 Tout m'est loisible, mais tout n'est pas exrpédient : tout m'est loisible,

mais toutes choses n'édifient pas.

24 Que personne ne cherche son propre, ains que chacun cherche ce qui est

pour autruy.

19 Que di-je donc? 1 pouvoit sembler que $S. Paul argumentast mal, ou bien qu’il attribuast quelque essence ou vertu aux idoles. On luy pouvoit répliquer surle-champ, Quelle comparaison y a-il entre le Dieu vivant, et les idoles? Dieu nous conjoint avec soy par ses Sacremens.

Soit : mais d’où viendroit une si grande vertu aux idoles, qui ne sont rien, de faire le semblable? Penses-tu que les idoles soyent quelque chose? ou qu'ils ayent quelque puissance? Il respond qu'il - p’ha point esgard aux idoles simplement, et en soy, mais que plustost il regarde l'intention de ceux qui sacrifient aux 1d0les : et que de [à provient ceste pollution qu'il avoit tacitement démonsirée. Il confesse donc que Pidole n’est rien, et que les cérémonies des dédicaces et consécrations solennelles desquelles les Gentils usent, ne sont que vent, et n'emportent rien, d'autant que tels badinages ne peuvent point polluer les viandes qui sont créatures de Dieu : mais toutesfois pource que leur fin est superstitieuse et condamnée, et que l’œuvre est meschante, il conclud que tous ceux qui s’adjoingnent pour compagnons avec eux, Sont enveloppez de pollution.

20 Mais je di que les choses, etc. | faut yei suppléer une négation, afin que la response soit plene, en ceste sorte : Je ne di pas que l’ilole soit quelque chose, et je n’imagine point qu’elle ait quelque vertu : mais je di que les Gentils sacrifient au diable, et non pas aux dieux, ce qu'ils sacrifient. Et pourtant, je juge de l'œuvre selon leur perverse et meschante superstition : car il faut tousjours considérer de quelle intention toutes choses sont faites. Celuy donc qui s’adjoint aux Gentils, il proteste qu’il est compagnon d’une mesme impiété. Ainsi donc l’Apostre poursuit comme il avoit commencé, Que si seulement on avoit affaire avec Dieu, ces choses ne seroyent rien : mais au regard des hommes, elles sont faites vicieuses : car nul ne s’assied au banquet

de lidole, que par cela il ne proteste qu’il ha dévotion et affection à l’idole. Au reste, il y en a aucuns qui par ce mot Grec Dæmonia, lequel nous traduisons Diables, entendent yci les dieux que les Gentils avoyent forgez, pource que de faict ils les nommayent ainsi en leur manière commune de parler. Car quandils usoyent de ce mot Dæmones ou Dæmonia, ils entendoyent ceux qui estans hommes de grand remom, avoyent esté faits dieux :

et ainsi le mot estoit pris en bonne part. Et mesme Plato bien souvent les prend pour les esprits ou Anges. Mais ce sens seroit du tout eslongné de l'intention de sainct Paul. Car il veut monstrer que ce n’est pas un petit péché, de se mesier aux actes qui ont quelque apparence d’adorer l'idole. Il estoit donc requis pour son propos, non pas d’amoindrir mais plustost d’amplifier limpiété qui est là cachée. Ainsi, n’eust-il pas fait bien sottement de choisir un nom honneste, pour signifier une meschanceté exécrable P Le Prophète monstre apertement que ce qu’on sacrifie aux idoles, on le sacrifie aux diables, Deutéronome, XXXII, 47, Pseaume, XCV, 6. Bar. IV, 7 Envla translation Grecque qui estoit vulgaire pour lors, il y avoit en ce passage du Prophète, le mot Dæmonia : et tel est le commun usage de l'Escriture. Combien donc est-il plus vray-semblable que S.

Paul ait emprunté du Prophète ce qu’il dit, pour signifier la grandeur du mal, que de dire que parlant à la façon des Payens, il ait amoindri ce qu’il vouloit mettre en grande exécration? Mais il semble avis qu’à ceci répugne aucunement ce que j’ay dit n’aguères : asçavoir que S.

Paul regardoit à l'intention des idolâtres.

Car ce n’est pas leur intention d’adorer les diables, mais les dieux qu’ils ont forgez et inventez. Je respon que tous deux convienent bien : car quand les hommes s’esvanouissent tellement en leurs cogitations, que plustost ils adorent les créatures, qu’un seul Dieu, aussitost la pu-

Car. X.

nition leur en est envoyée : c’est qu’ils servent à Satan. Car ils ne peuvent pas trouver ce moyen qu’ils cherchent entre Dieu et Satan : mais Satan se présente à eux directement pour se faire adorer, aussi tost qu'ils se sont destournez du vray Dieu. E{ je ne vueil point que soyez participans. Sile nom Dæmon estoit indifférent, combien seroîit froide ceste sentence de S. Paul, laquelle toutesfois est de grande importance et sévérité contre les idolâtres ? II adjouste puis après la raison, Pource que nul ne peut participer avec Dieu et les idoles ensembléement.

Or toutes cérémonies de religion emportent protestation de communication. Sçachons donc que lors Christ nous reçoit à la saincte table de son corps et de son sang quand avant que nous y présenter, nous avons renoncé à tous sacriléges, c’est-à-dire à toute impiété et idolâtrie.

Car quiconque voudra jouir de lun, il faut nécessairement qu’il quitte l’autre.

0 plus que misérablela condition de ceux, lesquels de peur de desplaire aux hommes, ne font nulle difficulté de se prostituer à superstitions illicites ! Car certes, en faisant ainsi, ils se départent de la communication de Christ de leur propre gré, et se ferment l'entrée de sa saincte table ordonnne pour leur salut.

22 Voulons-nous provoquer à ire.

Après avoir proposé la doctrine, il s’eslève en plus grande véhémence, par ce qu’il voyoit qu’on laissoit passer, ou qu’on réputoit pour une légère faute, ce qui toutesfois estoit grande offense et outrage contre Dieu. Les Corinthiens vouloyent faire trouver digne d’excuse la licence qu’ils prenoyent en cest endroit : comme nous sçavons que personne n’est volontiers content qu’on le blasme mais nous cherchons des subterfuges d’un et d’autre costé pour nous couvrir. OrS. Paul dit qu’en ceste sorte nous faisons la guerre à Dieu : et à bon droict il parle ainsi :

car Dieu ne requiert rien plus de nous, que nous-nous arrestions du tout à ce qu’il nous a prononcé par sa Parole. Ceux donc qui ne veulent point venir au poinct, afin qu’il leur soit permis de transgresser le commandement de Dieu sans répréhension, ne font-ils pas la guerre ou-

SUR LA Jre ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

verte à Dieu? De là vient la malédiction que le Prophète dénonce à tous ceux qui disent le mal estre bien, et les ténèbres lumière. Sommes-nous plus forts. I] démonstre Combien il est dangereux de provoquer Dieu à ire : car nul ne le peut faire que ce ne soit à sa ruine et condamnation. L’issue du combat entre les hommes, est incertaine : mais s’armer contre Dieu, qu'est-ce autre chose sinon que de son propre gré se précipiter en ruine trèscertaine? Parquoy, si nous craignons avoir Dieu pour ennemi, avons horreur d’excuser les péchez manifestes, c'est-à-dire tous ceux qui répugnent à sa Parole : ayons aussi horreur de révoquer en doute les choses desquelles Dieu a prononcé : ce qui n’est autre chose que s’eslever contre le ciel, comme les géans.

23 Tout m'est loisible. 1] retourne:

derechef au droict de la liberté Chrestienne, par lequel se défendoyent les Corinthiens : et repousse leur objection par la mesme solution qu’il avoit donnée dessus. Manger des choses sacrifiées, et assister au banquet, c’estoit chose externe, et par conséquent licite en soy. Sainct Paul proteste qu’il ne débat point pour cela, mais il respond aussi qu’il faut avoir esgard à l'édification. Toutes choses me sont licites, dit-il : mais elles ne proufitent pas toutes, asçavoir aux prochains. Car nul ne doit chercher sa propre utilité, comme il adjouste incontinent : Et s’il y a quelque chose qui ne soit utile aux frères, il se faut abstenir.

Puis après il exprime quelle est ceste utilité: asçavoir quand une chose édifie :

car il ne faut pas avoir yci seulement esgard à l’utilité charnelle. Quoy donc?

dira quelqu'un. La chose laquelle autrement est permise de Dieu, laisse-elle pourtant d'estre licite, si elle ne proufite point au prochain? Car par ce moyen la liberté seroit sujete aux hommes. Considérons les paroles de sainct Paul, et nous cognoistrons que la liberté ne laisse point de demeurer en son entier quand nous nous accommodors à nos prochains : mais que seulement l’usage en est restraint. Car il confesse bien que la chose nous est licite, mais que nous n’en devons point user, sinon qu'elle édibe,

24 Que personne ne cherche, etc. I |

traitte un semblable poinct au chap. XIV |

des Romains. Que nul ne se plaïse, maïs qu’il tasche à plaire aux frères en édification. C’est un commandement bien nécessaire : car nostre nature est tellement corrompüe, qu'un chacun est addonné à son propre proufit, sans avoir esgard aux frères. Or comme la loy de charité veut

Car. X.

nous-mesmes, aussi elle nous commande d'avoir soin de leur salut. Au rèste, l'Apostre ne défend point préciséement qu'un chacun ne pense en particulier à son proufit: maïs il veut que nous ne SOYOnS point tellement addonnez à noûs, que nous he quittions une partie de noôstre droict, toutes fois et quantés qué lé salut des

ère le requerra ainsi.

que nous aimions nos prochains comme

25 Mangez de tout ce qui se vend en la boucherie, sans en enquérir rien pour

la conscience :.

26 Car la terre est au Seigneur, et le contenu d'icelle. 27 Si aucun des infidèles vous convie, et vous y voulez aller : mangez de tout ce qui vous est mis devant vous, sans en enquérir rien pour la conscience.

28 Mais si quelqu'un vous dit, Cela

est sacrifié aux idoles: n'en mangez

point à cause de celuy-là qui vous en a advertis, el à cause de la conscience. 29 Mais je di la conscience, non point la tiene, mais celle de l'autre. Car pourquoy est jugée ma liberté par la conscience d'autruy ? | 30 Et si par grâce j'en suis participant, pourquoy suis-je blasmé en ce de

quoy je rend grâces?

31 Soit donc que vous mangiez, soit

que vous beuviez, où que vous faciez

quelque autre chose, faites tout à la aloire de Dieu*. 32 Soyez tels que ne bailliez aucun scandale ni aux Juifs, ni aux Grêcs, ni

à l'Eglise de Dieu :

33 Comme aussi je complay à tous en toutes choses, ne cherchant point mon proufit propre, mais celuy de plusieurs, afin qu'ils soyent sauvez.

1) Ou, par conscience. 2) Col, IL, 17.

25 Tout ce qui se vend en la boucherie. I} a parlé ci-dessus de Ia simulation d'idolêtrie, où pour le moins des actes que les Corinthiens ne pouvoyent faire sans se rendre compaignons des infidèles en leurs superstitions. Maintenant, nortseulement il requiert d'eux qu'ils s’abs tienent de toute profession didolàtrie :

mais aussi qu’ils Se gardent diligemment dé tous séandaies qui peuvent procéder d’un usage indiscret des choses indifférentes. Car combien que les Corinthiens feissent en cela plusieurs fautes qui estoyent toutes Comprinses sou$S une généralité, toutesfois il y avoit divers degrez.

Maintenant, quant à Manger des viandes, il met du commencement une Sentence générale : Asçavoir qu'on peut en bonne conscience mahger de toutes sortes de viandes, pouree que le Seigneur le permet. Secondement, il modère ceste liberté quant à l’usage : asçavoir qu’on avise

que les consciénces infirmes ne soyent

blessées, Ainsi ceste conclusion est divi-

sée en deux membres. Le premier est de la puissance et liberté des choses inditférentes : l’autre est, de Ia modération de ceste liberté : asçavoir que l'usage d’icelle soft compassé selon la règle de Charité.

Sans en enquérir rien. Le mot duquel S. Paul use yet, signifie Débatre én son entendement pour et contre, Comme on dit: en sorte que l'esprit de homme soit en bransle, maintenant énclhinañt d'un costé, mäintenant de l’autre. Ainsi donc, quant au chois des viandes, il délivre nos consciences de tout scrupule et doute:

pource que quand nous sommes certains.

par la Parole de Dieu, qu’il approuve cé que nous faisons, il faut que nous soyions asseurez et paisibles én nos consciénces.

Pour la conscience, c'est-à-dire devant le siège judicial de Dieu : comime #il disoit, Entant que tu as affaire # Dieu, il

Car. X.

ne faut point que tu disputes en t0y-mesme, asçavoir si cela L’est licite où non :

car jeté permets de manger librement de toutés sortes de viandes : pource que lenSéignéur te permet d'user de toutes choses sans exception quelconque.

96-Laterre est au Seigneur. I conférmiée la liberté dé laquelle il avoit parlé, par lé tesmoignage de David, Ps. XXIV, Ÿ. 4, et L, 12: Maïs dira quelqu'un, Que fait à propos la sentence qu'il allègue P?

Je responh, Que si la piénitude de la terre, c’est-à-dire le contenu d’icelle est au Seigneur, il n’y à rien au monde qui ne Soil sainet et pur. Il faut tousjours considérer de quel poinct PApostre traitte. On pouvoit douter asçavoir si les créatures de Dieu sont polluées par les sacrifices des infidèlés. Sainct Paul dit que non, pource que la Seigneurie et possession de toute la terre: demeure tousjours par devers Dieu. Or les choses, que le Seigneur ha entre ses mains, il les contregarde par sd vertu, et par conséquent les sanctifie.

L'usage donc de toutes choses est pur aux énfans de Dieu, veu qu'ils ne le re- Coyvent point d’ailleurs que de la main d'icéluy. Lé Prophète appelle, La plénitude de là terre (léquel mot nous avons traduit, Le contenu de la terre) l’abondance des Diéns, desquels Jà terre est garnie et ornée de Dieu. Car si la terre estoit dessarnié d'arbres, d'herbes, d’aninaux, et autres choses, elle seroit COMmé üne maison despourveue de meubles ét de toute sorte de mesnage : et mesme, elle Séroit imparfaite et déneies Si quelqu'un réplique, que Ja terre est maudite À canse du péché : on peut facilement respondre : Asçavoir que S. Paul regarde Yi la nature pure et entière, pource quil parle des fidèles, ausquels toutes choses Sont sanctifiées par Christ.

27 Si aucun des infidèles vous convié. C'ést vei l’excéption : Asçavoir que si lé fidèlé est adverti que ce qui est mis dévant Iuy, à esté Sacrifié à Pidole, et qu'il voye qu’il y ait danger de scandale, il pèche contre les frères, s’il ne s’en abstient. En Somme donc, il démonstre qu'il faut garder de blesser les conscien- “cès infirmes. Quant il dit, £t vous y voulez &ller : il déclare tacitement qu'il

-dions à nos frères infirmes :

SUR LA re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS. 42:

p’approuve pas du tout cela, et que ce seroit le meilleur de n’y aller point : mais pource que C’est une chose indifférente, il ne le veut pas défendre absoluément.

Et de faict, ce seroit tousjours le meilleur de fuir bien loin tels Tags : non pas qu’il falle condamner absoluëément ceux qui-s’accommodent aux hommes, seule ment autant que faire se peut sans offenser Dieu: mais pource qu’il est besoin de cheminer avec grand avis et prudence és choses où nous voyons qu’il est aisé de se mesprendre.

29 Mais je di la conscience, non point la tiene. I se garde bien sur tout de diminuer la liberté, et de donner occasion aux autres de penser qu'il y vueille déroguer en quelque sorte. Tu dois, dit-il, tellement supporter la conscience infirme de ton frère, que tu n’abuses point de ton droict en le scandalizant. Cependant toutesfois, ta conscience demeure libre néantmoins, pource qu’elle est exempte de ceste sujétion. Parquoy je ne veux point que la bride que je te mets, quant à l’usage externe, te soit un laqs pour estreindre ta conscience. Il faut noter que ce mot de conscience est pris yci en une signification plus estroite : car il se prend plus au large au chAD: XII des Romains, v. 5, et 4. Tim., [, 5. Nous devons (dit à sainct Paul) obéir aux Princes, non-seulement à cause de Pire, mais pour la conscience : c’est-à-dire, nonseulement pour crainte de la punition,

aais pource que le Seigneur le commande ainsi, et c’est aussi nostre devoir.

N’est-il pas raisonnable aussi que pour la mesme raison nous-nous accommoc’est-à-dire, pource que nous leur sommes redevables devant Dieu? Item, La fin du commandement est charité, de cœur pur et bonne conscience, 4 Tim., [, 5. L’affection de charité n’est-elle pas requise en la bonne conscience ? Par quoy, comme j'ay dit, la signification de Conscience, est vei plus esiroite : asçavoir entant que Pesprit de l’homme fidèle regarde seulement au jugement de Dieu, et n’ha point esgard aux hommes, et se repose sur le bénétice de la iiberté qui luy est acquise par Christ, v’éstant point attaché aux personnes, n:

à circonstances aucunes de lieux ou de temps. Il y a d’autres exemplaires où ceste sentence est yci répétée, La terre est au Seigneur : mais il est vray-semblable que quelque lecteur l’avoit quottée en la marge de son livre, et que par succession de temps on l’a adjoustée au texte. Combien que cela ne soit pas de grande conséquence. Pourquoy est jugée ma liberté. 1] est incertain si S. Paul parle ainsi de soy-mesme, ou s’il met ceci en avant en la personne des Corinthiens.

Si nous le prenons comme dict en sa personne, ce Sera une confirmation de Ja sentence précédente, comme s’il eust dit:

Ce que tu te restreins pour la conscience d’autruy, ce n’est pas à dire pourtant que ta liberté luy soit sujete. Si nous le prenons en la personne des Corinthiens, le sens sera, Tu nous imposes une loy inique, en ce que tu veux que nostre liberté soit ferme ou chancelle à l'appétit des autres. Or quant à moy, je pense que sainct Paul parle de soy-mesme, et l’expose autrement : Car ce que j’ay dit jusques yci, c’est l'opinion des autres. J’expose donc ce mot, Æstre jugé, pour Estre condamné : selon le commun usage de lPEscriture . Sainct Paul nous admoneste quel danger il adviendroit si nous usions indifféremment de nostre liberté avec le scandale de nos prochains : asçavoir, qu’ils la condamneront. Et ainsi il adviendra par nostre faute et importunité, que ce singulier bénéfice de Dieu sera condamné. Si nous ne prévenons ce danger, nous corrompons nostre liberté par nostre abus. Ceste raison doneques sert beaucoup pour conferriier l’exhortation de sainct Paul. |

30 Æt si par grâce. C’est une semblable raison avec la précédente, ou presque la mesme. Comme ainsi soit que c’est un bénéfice et grâce de Dieu, que toutes choses me sont licites, pourquoy feroy-je que cela me fust imputé à vice?

Vray est que nous ne pouvons pas empescher que les infidèles ne mesdisent de nous, et mesme que les infirmes ne soyent quelquesfois mal-Contens contre nous : mais sainct Paul reprend yci l’importunité de ceux qui de leur propre gré donnent matière de scandale, et offensent

Car. X.

les consciences infirmes, sans qu'ilueu soit besoin où nécessité, Il veut donc que nous usions bien de nos biens, c’est- :

à-dire de nostre liberté, afin que les infirmes ne prenent de nostre licence inconsidérée occasion de mesdire. |

31 Soit donc que vous mangiez. Afin qu’ils ne pensassent qu’en une chose si petite il ne faloit point regarder de si près à éviter blasme et. répréhension, il démonstre qu’il n’y a rien en toute nostre vie, tant petit soit-1l, qui ne doyve estre rapporté à la gloire de Dieu : et que nous devons tascher qu’en mangeant mesme et beuvant, nous regardions à Pavancer. Ceste sentence dépend de ce qui a esté dit ci-dessus. Car si nous avons Ja gloire de Dieu en recommandation, comme il appartient, nous ne souffrirons jamais, entant qu’en nous est, que ses bénéfices soyent exposez à biasme et vitupère. Ça esté jadis un propos fort renommé en proverbe commün, et bien dit, Qu'il ne nous faut pas vivre pour manger, mais manger pour vivre : pourveu que quant et quant on regarde à la droite fin de vivre : ainsi adviendra que nostre repas sera comme consacré à Dieu, d'autant qu'il sera destiné au service de Dieu.

32 Soyez tels que ne bailliez aucun scandale. C’est ci le second but auquel il nous faut regarder : asçavoir la règle de charité. Ainsi doncques nous devons en premier lieu désirer la gloire de Dieu, et en second lieu avoir esgard à nos prochains. Il nomme les Juifs, et les Gentils, non-seulement pource que lEglise de Dieu consistoit de ces deux manières de gens, mais afin aussi de monstrer que nous sommes redevables à tous, mesme aux estrangers, afin que nous les gaignions, s’il est possible.

33 Comme aussi je complay à tous.

Pource qu’il parle généralement, et sans exception, aucuns s’abusans lestendent aux choses qui sont illicites, et répugnantes à Ja parole de Dieu : comme s’il estoit- licite pour complaire à nos prochains, de plus attenter que Dieu ne nous à permis. Mais il est plus que cer tain que sainct Paul ne s’est accommodé aux hommes, sinon és chosesindifférentes

CHar. XI. SUR LA Ir ÉPISTRE AUX CORINTHIENS. 425

et licites en soy. D’avantage, il faut noter | S’'accommoder à eux en cela : mais il la fin : asçavoir afin qu'ils soyent sau- | faut user de bonne prudence, et icelle vez. Ce qui est doncques contraire à leur | spirituelle,

salut, il ne leur faut pas accorder, et

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