‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 51 sur 99 · PR · texte numérisé non relu

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unité en l'Eglise, mais plustost quelques signes de dissipation, d'autant que les volontez ne sont point bien accordantes :

que mesme nous devons demeurer fermes et constans, quand les sectes manifestes s’eslèveroyent de tous costez. Car par ce moyen les hypocrites sont descouverts :

et à l’opposite la preud’hommie et syncérité des fidèles est esprouvée. Car comme par céste occasion l’inconstance de ceux qui n’ont point prins racine en la parole de Dieu, est manifestée, et la meschanceté de ceux qui par apparence extérieure sembloyent estre gens de bien, est descouverte : ainsi les bons donnent un signe certain et tesmoignage évident - de leur constance et syncérité. Or notons que sainct Paul dit, Z! faut. Car il signifie par ce mot, que ces choses advienent non point par Cas fortuit, ains par une certaine providence de Dieu, qui veut examiner les siens, comme on esprouve l'or en la fournaise. Que S’il plaist à Dieu, il est donc expédient. Toutesfois si ne faut-il pas pourtant entrer en des questions entortillées, ou plustost en des labyrinthes touchant là nécessité fatale.

Nous sçavons que jamais le temps ne sera qu'il n’y ait beaucoup de réprouvez :

nous Scayons qu’ils Sont gouvernez par l'esprit de Satan, et qu’il les pousse à mal avec eflicace : nous sçavons. que le diable fait sans cesse tous ses efforts pour rompre l’unité de l'Eglise : et de là vient ceste nécessité de laquelle S. Paul fait mention, et non pas de Ce Fatum * que les Stoïques ont imaginé, que l’on nomme communéement Destinée. Nous sçavons aussi que Dieu par sa sapience admirable

convertit au proufit et salut des fidèles les machinations de Satan horribles et pernicieuses. De là vient ceste fin qu’il à touchée, Que les bons soyent plus apparens. Car il ne faut pas imputer ce bien aux sectes, lesquelles, comme elles sont mauvaises, aussi ne peuvent. engendrer

que mal : mais à Dieu, qui par sa bonté infinie transforme la nature de toutes choses, afin de rendre salutaire aux éleus ce que Satan avoit dressé pour les ruiner.

Quant à ce que Chrysostôme débat que ceste particule Afin, dénote non pas la

1) Voyez l’Institution, Liv, I, chap, XVI, sect. 8,

Car. XI.

cause, mais l’événement : cela n’est pas de si grande importance. Car à parler proprement la cause de ceci dépend du secret conseil de Dieu, par lequel les choses mauvaises sont tellement conduites qu’elles tournent à bonne fin. Nous. sçavons finalement que les meschans sont tellement poussez par Satan, que ce qu'ils font, et ce que Satan leur fait faire, ils le font volontairement et non point par force. Parquoy toute excuse leur est ostée.

20 Cela n'est point pour manger la Cène. Maintenant il reprend l’abus qui estoit survenu entre les Corinthiens en la Cène du Seigneur: asçavoir, qu’ils mesloyerit avec les viandes sainctes et spirituelles leurs banquets profanes et communs, et ce avec mespris des povres.

Sainct Paul dit que cela n’est point manger la Cène du Seigneur. Non pas qu'un seul abus anéantist du tout la saincte institution de Christ, mais pource qu'ils polluoyent le Sacrement, en le célébrant autrement qu'il nappartenoit. Car nous avons accoustumé de parler ainsi, Que nous n’estimons point cela estre fait, qui n’est fait ainsi qu’il appartient. Or cest abus yci n’estoit pas petit, comme nous verrons puis après. Si nous Prenons cé mot Cela n'est point, pour On ne peut pas : le propos reviendra à un mesme sens : asçavoir, que les Corinthiens ne sont pas bien disposez à -manger ] Ja Cène du “Seigneur, quand is sont ainsi divisez, HE ES ce que Pay n'aguères dit est plus simple, asçavoir qu il condamne ce méslinge profane qui navoit rien de commun avec la Cène de Christ.

21 Car chacun s’'avance de prendre son soupper. C’est Certes une chose admirable et quasi incroyable, que Satan ait eu si grand pouvoir en si peu de temps.

Or nous sommes admonestez par cest exemple, que vaut l'antiquité Sans raison :

c’est-à-dire, quelle authorité doit avoir une coustume ancienne, nullement fondée sur la parole de Dieu. Pource que celà estoit desjà en usage, on le réputoit estre légitime. Sainct Paul se trouva lors pour Sy opposer. Que pensons-nous qui est advenu après la mort des Apostres, et

Car. XI.

en quelle licence Satan a joué ses tours ?

et toutesfois voylà le meilleur fondement qu'ayent les Papistes : La chose est ancienne ; On Je faisoit ainsi jadis: Il faut donc tenir cela comme si c’estoit une révélation du ciel. Au reste, il est incertain dont commencea cest abus, ne par quel-

“ivT6 occasion il surveinst si tost. Chrysos-

tôme pense que ceci soit procédé d’une Sorte de banquets qui se faisoyent par Charité : et qu’en lieu que premièrement les riches avoyent accoustumé d’apporter des viandes de leurs maisons pour banqueter en commun avec les povres, puis après ils commencèrent à rejetter les povres, et se souler seuls de leurs viandes délicates. Et de faict, il appert par ce que récite Tertullian, que ceste coustume estoit bien ancienne. Or ils appeloyent ces souppers communs qu’ils faisoyent entr'eux, d’un mot Grec 4gapas, c’està-dire Charitez: d'autant que c’estoyent signes de fraternelle dilection, et qu’ils estoyent faits d’aumônes. Et je ne doute point que les Cérémonies des sacrifices qu’avoyent accoustumé de garder tant les Juifs que les Gentils, avant que d’estre convertis à Christ, n’eussent donné occasion à ceste manière de faire. Car je vOoy que les Chrestiens avoyent volontiers tellement corrigé les vices des cérémohies, qu’ils en retenoyent encore tousjours quelque similitude. Il est donc vray-semblable que voyans que tant les Juifs que les Gentils adjoustoyent un banquet au Sacrifice comme une dépendance, mais que tous les deux péchoyent par ambition, dissolution, et excès, qu’ils Ont par succession de temps institué une forme de banquet, qui seroit plustost pour s'exercer en sobriété et espargne, qu'autrement : et quant et quant, qui seroit convenable à la Cène spirituelle, à cause de la communication mutuelle. Car les povres estoyent là nourris aux despens des riches : et la table estoit commune à tous. Soit donc que du commer:cement cest abus fust entré en l'Eglise de Corinthe, soit qu’une manière de faire (laquelle sans cela n’estoit point du fout mauvaise) ait esté ainsi corrompue par succession de temps: sainct Paul ne veut en façon quelconque que ce banquet

SUR LA [re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

Spirituel soit meslé avec les viandes com” munes. Vray est que ceci ha une couverture honneste, d'apporter viandes, et que d'icelles les povres et les riches banquètent ensemble : et que les riches communiquent de leur abondance aux povres.

Mais il n’y à considération aucune qui nous doyve tant esmouvoir, que pour cela nous venions à profaner ce sainct mystère. Et l’un ha faim. Voyci un poinct du mal qui estoit en leur façon de faire, qu’il sembloit aucunement que les riches se (raittans opulemment, reprochoyent aux povres leur povreté. Il désigne l’inégalité par une façon de parler hyperbolique, quand il dit, Que les uns sont yvres, et les autres sont affamez. Car les uns avoyent pour bien farcir leurs ventres, les autres vivotoyent petitement.

Ainsi les povres estoyent exposez à Ja mocquerie des riches, ou pour le moins ils avoyent honte. C’estoit donc un spectacle difforme et indigne de la saincte Cène du Seigneur.

22 N'avez-vous point de maisons pour manger el pour boire? mesprisez-vous, etc. Nous voyons par ceci que ceste façon de s’assembler pour banqueter ainsi, desplaisoit totalement au sainct Apostre, encore que l’abus précédent n’y eust point esté. Car combien qu’il semble estre assez tolérable, que toute l'Eglise banquète en une table commune, toutesfois c’est desjà une chose mauvaise de convertir la saincte assemblée en autres usages estranges. Nous sçavons pour

quoy faire se doit assembler l'Eglise : { «f

asçavoir pour ouir la doctrine, pour prier Dieu, pour chanter hymnes et louanges à Dieu, pour recevoir et admi nistrer les Sacremens, pour faire confession de la foy, pour user des cérémonies Chrestiennes, et autres exercices de piété. Sion y fait quelque autre chose, cela n’est point là convenable. Un chacun ba Sa maison pour boire et manger: ce n’est point donc une chose bien séante en la Saincte assemblée. Que vous diray- Je? Après avoir récité le faict tel qu’il estoit, il leur propose maintenant à penser S'ils sont dignes de louange : car ils ne pouvoyent pas maintenir un si manifeste abus. Or il les presse de plus près, en

usant (interrogation: comme s’il disoit,

Que feroye-je ‘autre chose? Voulez-vous dire que je vous redargue à tort? Au reste, aucuns exemplaires conjoingnent ceste

particule, En ceci, avec ce qui s'ensuit :

23 Car j ay receu du Seigneur ce qu'aussi je vous ay baillé.

Car. XI.

en ceste sorte, Vous loueray-je? En cela je ne vous loue point. Mais les Grecs le mettent quasi tous autrement, et il convient mieux.

C'est que le

Seigneur Jésus, en la nuit en laquelle il fut trahi, print du pain :

24 Et ayant rendu grâces, le rompit, et dit, Prenez, mangez :

ceci est mon

corps, qui est rompu pour vous. faites ceci en mémoire de moy.

25 Semblablement aussi il print la coupe, après qu'il eut souppé, disant, Ceste coupe est le nouveau Testament! en mon sang. Failes ceci toutes les Jois que vous en boirez, en mémoire de moy ?.

26 Car toutes les fois que vous mangerez ce pain, et boirez ceste coupe, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il viene.

27 Parquoy, quiconque mangera ce pain ou boira la coupe du Seigneur indi- gnement, sera coulpable du corps et du sang du Seigneur. 28 Que chacun donc s'esprouve soy-mesme : et ainsi para, de ce pain, et

boive de ceste coupe.

29 Car qui en mange et boit indignement, il mange et boit son jugement, ne

discernant point le corps du Seigneur.

1) Ou, la nouvelle alliance.

Jusques yei il leur a remonstré l’abus qu’ils commettoyent en la Cène: maintenant il leur propose la vraye façon de le corriger. Car l'institution de Christ est une règle certaine de laquelle si tost que nous-nous destournons ne tant ne quant, nous ne tenons plus le droit chemin. Comme ainsi soit donc que les Corinthiens se fussent fourvoyez de ce chemin, il les y ramène maintenant. C’est un passage digne d’estre diligemment observé, Qu'il n’y à point d'autre remède pour corriger et réformer les abus, que de retourner à Ja pure ordonnance de Dieu. Ainsi Jésus-Christ luy-mesme, quand on l’interroguoit du mariage, et les Scribes luy alléguoynt la coustume, et mesme la permission de Moyse, il ne leur met autre chose en avant que l'ordonnance de son Père, d'autant que c'est une Loy inviolable, Matth., XIX, 3.

Quand nous en pensons faire autant aujourd’huy, les Papistes crient incontinent à l'encontre de nous, que nous gastons tout, et ne laissons rien en son entier.

Nous démonstrons apertement qu'ils se sont fourvoyez de la première institution du Seigneur, non-seulement enun article, mais qu’ils l'ont corrompue en mille sor-

2) Matth. XXVI, 26. Marc, XIV,22. Luc, XXII, 19.

tes. Il n’y a rien plus clair, que leur Messe est directement contraire à la saincte Cène de nostre Seigneur. Je di d’avantage: nous monstrons au doigt qu’elle est plene de meschantes abominations. Il y a donc là besoin de réformation. Nous n’en demandons point d'autre que celle de laquelle sainct Paul a usé : asçavoir, que l'institution du Seigneur nous soit pour règle certaine de Taquelle nous usions fant d’un costé que d’autre. Ils s’ ÿ Opposent de tout leur pouvoir. Voylà quel est nostre différent aujourd’huy touchant la Cène du Seigneur.

23 Jay receu du Seigneur. 1 démonstre apertement par ceci, qu'il n'ya authorité qui vaille rien en l'Eglise, que celle du Seigneur. Car c’est autant comme s’il disoit, Quand je suis venu vers vous, je ne vous ai point donné chose que j’eusse forgée. Je n’avoye point controuvé une nouvelle Cène à mon appétit:

mais Jay Christ pour mon autheur, du-

quel j’ay receu ce que je vous ay donné 1

de main en main. Retournez donc à ce commencement. Ainsil’authorité de Christ seul, toutes loix humaines renvoyées au loin, sera ferme et stable. Æn la nuit en laquelle, elc. Ceste circonstance du

Car. XI. SUR LA re ÉPISTRE

temps nous démonstre à quelle fin a esté institué ce sacrement : asçavoir, afin que le bénéfice de la mort de Christ soit confermé en nous. Car le Seigneur pouvoit bien quelque temps devant ordonner à ses Apostres l’observation de ce Sacrement : mais il à attendu le temps de son, immolation, afin qu’ils veissent à la véri-| té accomplir en son corps bien {ost après, | ce qu'il leur avoit figuré par le pain et (6) vin. Si quelqu'un veu inférer de cela,!

qu’il faut donc célébrer la Cène de nuit.

et après le repas corporel: Je respon,

qu'en ce que le Seigneur a fait, il nous faut considérer que c’est qu'il a voulu que nous ensuyvissions. Il est certain qu il ne nous a pas voulu ordonner une cérémonie qui ne se peust faire que de puit, comme les Payens avoyent la feste de Cérès: semblablement qu’il n’a pas voulu non plus semondre les siens à ce sainct banquet, ayans le ventre rempli de viandes. Tels faits de Christ, qui ne sont point proposez afin qu'on les ensuyve, ne doyvent point estre tenus pour partie, ou de la substance de son institution. En ceste sorte la subtilité des Papistes est aiséement réfutée, par laquelle ils se mocquent de ce que j'ay dit, qu’il faloit garder et tenir simplement l’ordonnance de Christ. Nous ne receverons done point (disent-ils) la Cène du Seioneur, sinon de nuit: et non point à jeun, mais après disner. Tout cela, di-je, est frivole, pource qu’on peut facilement discerner que c’est que le Seigneur a fait pour estre imité: ou plustost que c’est qu'il a fait pour nous commander aussi de le faire.

24 Ayant rendu grâces. Sainct Paul dit en un autre passage, Que tous les biens que nous recevons de la main de Dieu, nous sont sanctifiez par la Parole et oraison, À Tim., IV, 5. Et suyvant cela, nous ne lisons pas que le Seigneur ait mangé du pain, qu'il ne soit fait mention qu'il a rendu grâces. Par lequel exemple il nous à enseignez de fâire le semblable. Mais ceste action de grâces, de laquelle il est yci parlé, regarde plus haut. Car Christ rend grâces à son Père de sa miséricorde infinie envers le genre humain, et du bénéfice ines-

timable de Ja rédemption : et nous admoneste par Son exemple, que toutes fois et quantes que nous approcherons de la saincte table, nous eslevions nos esprits à recognoistre l'amour singulière que Dieu ha envers nous, et n’en soyons envers Juy ingrats, mais soyons emflambez à une vraye recognoissance. Prenez, mangez: ceci est mon corps. Comme ainsi soit que sainct Paul nous ait voulu | yei enseigner en peu de paroles quel est le vray usage de ce Sacrement, c’est à nous maintenant de nous rendre attentifs, et bien poiser ce qu’il nous propose, sans rien passer légèrement, veu qu'il ne dit rien qui ne soit grandement nécessaire d’estre cognu, et digne d’estre considéré de bien près. En premier lieu il faut noter que Christ distribue yci du pain à ses Apostres, afin qu’ils en mangent tous en commun, et qu’un chacun en prene tellement Sa portion, qu’il y ait une commu-

nication égale entre tous. Là donc où il, v’y à point une table commune, appareil- ”

lée pour tous les fidèles: là où on n’est point convié à rompre ensembléement le pain : finalement où les fidèles ne communiquent point entr’eux, en vain on allègue là le nom de la Cène du Seigneur.

Mais je vous prie, à quel propos appelleon le peuple à la Messe, sinon afin qu’il s’en retourne vuyde, comme s’il retournoit de veoir une bastellerie inutile et sotte? Elle n’ha donc nulle convenance avec la Cène. De quoy aussi nous pou-

vons recueillir que la promesse ( de Christ

ne convient non plus à la Messe, qu’au banquet de la confrairie des Sacrificateurs de Mars, lesquels les Romains nom-

moyent Salii. /Car quand Christ nous % promet de nous donner son corps, il Com- pr"

mande quant et quant que nous prenions et mangions du pain. Parquoy'si nous n’obéissons à ce commandement, c’est en vain que nous nous elorifierons de sa promesse. Et afin que je déclare la chose plus familièrement en d’autres paroles :

La promesse est annexée au commande- ?

© ; is so > + ts, ts © LA :

ment comme par condition : parquoy, elle n’ha point son effet, si la condition aussi n’est accomplie. Comme pour exemple, il est escrit, Invoque-moy, je t’exauceray, Pseaume L, 45. C’est à nous d’o-

4 OaAn af

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{ * J PE de PART H

béir au commandement de Dieu, afin

qu’il nous donne ce qu’il nous promet :

autrement nous rejettons l'effet, et luy fermons la porte. Que font les Papistes P Laissans-là la communication, ils consacrent le pain à un usage totalement divers: et cependant ils se vantent qu’ils ont le corps du Seigneur. Mais comme ainsi soit qu’ils font un divorce meschant, séparans ce que Christ avoit conjoint, il appert que leur vanterie est vaine. Toutes fois et quantes donc qu’ils mettront en avant ceste particule, Ce est mon corps: il leur faut opposer celle qui précède, Prenez et mangez: car le sens des paroles est tel: En communiquant à la fraction du pain, selon l’ordre et l’obser-

-vation que j'ay commandée, vous serez

aussi participans de mon corps. Quand done il y en a un seul qui mange le pain à part, là cesse ceste promesse. D’avantage, nous sommes enseignez par ces paroles, que c’est que le Seigneur veut que nous facions. Prenez, dit-il. Parquoy, ceux qui font oblation à Dieu, ont un autre autheur que Christ : car par ces paroles il ne nous a pas enseignez de faire un sacrifice. Mais qu'est-ce que les Papistes disent de leur Messe ? Du commencement ils ont esté si impudens, qu'ils maintenoyent que c’estoit vrayement el proprement un sac rifice : mainte-

! nant ils accordent que © est un sacrifice mémorial: mais en telle sorte, quele béné-

fice de rédemption soit appliqué pour les vifs et les morts par leur belle oblation qu’ils font tous les jours. Quoy qu’il en soit, tant y a qu'ils monstrent une apparence et représentation de sacrifice. Premièrement, c'est desjà trop hardiment fait, veu qu'ils n’en ont aucun commandement de fésus-Christ. Mais ils pèchent encore plus lourdement en ceci, qu’en lieu que Jésus-Christ a ordonné la Cène, à celle fin que nous prenions et mangions, ils la tournent au rebours, et à un usage tout contraire. Ceci est mon corps. Je ne veux point raconter yei les fascheux débats qui ont troublé l'Eglise de nostre temps, touchant l'intelligence de ces paroles. À la miene volonté que plustost la mémoire en fust du tout ensevelie! Je diray premièrement, rondement et sans

Crar. XI.

farder, puis après librement (comme j’ay accoustumé) ce qu'il m'en semble. Christ appelle le pain son corps. Car je rejette là ceste sotte subtilité, sans m’amuser à la réfuter : Que le Seigneur ne monstroit pas le pain à ses Apostres: mais son corps, lequel ils voyoyent devant leurs yeux. Car il s’ensuit tout incontinent, Ceste coupe est le nouveau Testament en mon sang. Tenons donc pour tout certain que Christ parle vci du pain.

Maintenant la question est, En quel sens?

Afin que nous en ayons le vray sens, il faut entendre que c’est une manière de

parler figurée. Car de le nier, ce seroït

une impudénce et opiniastreté trop grande. Pourquoy donc le nom de Corps, est-il attribué au pain ? Je pense que tous m’accorderont bien ceci, que c’est la mesme raison que Jehan Baptiste appelle je , sainct Esprit, Colombe, Jehan, 1, 32:

Jusques vyéi nous sommes d'accord. Or voyei quelle raison il y avoit d'appeler le sainct Esprit Colombe : asçavoir pource qu’il estoit apparu en espèce de colombe. Le nom donc de l'Esprit, est transféré au Signe visible. Pourquoy ne dironsnous qu'il y a yci une semblable Méto- nymie, et que le nom du corps est attribué au pain, pource que le pain est le signe ou la figure d’iceluy ? S'il y en à aucuns qui ne s'accordent point à ceci, ils me pardonneront s’il leur plaist: mais il me semble que c’est à faire à gens contentieux d’en débatre, et s’opiniastrer. J’arreste donc, que c’est ci une manière de parler sacramental c’est-à-dire qui est ordinaire en matfere des Sacremeris, quand le Seigneur attribue au signe le nom de la chose signifiée. Poursuyvons maintenant plus outre, et cherchons Ja raison de ceste Métonymie. Je di que le nom de la chose figurée n’est pas imposé au signe, Seulement pource qu'il en est AH EUTe. mais aussi pource qu'il est un gage et tesmoignage externe, sous lequel la vérité nous est offerte. Car je ne reçoy point les similitudes, lesquelles sur ce propos aucuns empruntent des choses profanes ou terriennes, pource qu'il ya autres considérations aux Sacremens du Seigneur. La statue d’Ilercules, est ap= pelée Hercules : mais qu’y a-il en icelle,

3 son

Cuar. XI.

42—h*+ sinon une figure nue et vaine? Mais Ja Colombe est appelée l'Esprit : pource que c’est un signe certain de Ja présence in-

visible du Sainct Esprit. Le pain donc est Fe corps de Christ, pource qu’il nous tes- Fi je asseuréement, que ce corps, lequel “il figure, nous est offert : ou, pource que le Seigneur en nous donnant ce signe vii Me nous donne quant et quant son ce corps. Car Christ n’est point trompeur, pour penser qu’il nous repaisse d’ombres et vaines figures. Parquoy, je tien pour tout certain, que la vérité est yci Conjointe avec son signe : c’est-à-dire, qu'aussi véritablement nous Meta su

ee pa

ER Ge su cor corps de Christ, quant à la vertu spi R FMaintenant à il nous faut regarder de la } manière. Les Papistes nous mettent en » avant leur transsubstanciation. Ils disent, … qu'après qu'ils ont fait la consécration, D Ja Substance du pain n'y est plus, mais | qui n’y demeure plus que les accidens.

Je À l'encontre de ceste resverie nous Oppo- FH non-seulement les paroles manifes-

| " tes de l’Escriture, mais la nature mesme | dess Sacremens. Car quelle sera la signi-

\ on de la Cène, s’il ny à nulle cor- \ espondance entre le signe visible et la soit une fausse apparence de pain. Oue

sera donc la chose signifiée, sinon une

pure imagination? Parquoy, s'il faut qu’il y ait convenance entre le signe et sa vé-

… rité, il faut aussi nécessairement que ce Soit vray pain, et non pas par imagina-

tion, lequel soit figure du corps de Christ.

{ D'avantage, le corps de Christ ne nous est pas yci simplement donné, mais il nous est donné en viande. Or la couleur du pain ne nourrit pas, mais la substance. Finalement, si nous voulons que la vérité consiste en Ja chose, il ne faut point aussi qu'il y ait de tromperie au si igne. Rejettans donc la resverie des Pa- Pisles, voyons comme le corps de Christ nous est donné. Aucuns exposent qu’il nous est donné, quand nous sommes faits participans de tous les biens que Christ nous à acquis en son corps : quand, di-je, nous recevons par f foy Christ crucifié et ressuscité pour nous : et que par ce . [MÔYen nous communiquons en tous ses

Zw

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

ituelle, comme nous mangeons du pain ?

biens avec efficace. Ceux qui sont de ceste Opinion : bien, qu'ils la suyvent :

mais quant à moy, je recognoy que lors nous participons aux biens de Christ, ‘ quand nous le possédons luy-mesme. Or.

je di que nous le possédons, non-seulement quand nous croyons qu’il a esté

exposé en sacrifice pour nous, mais quand, A quand il est un avec”

il habite en nous, nous, quand nous sommes ses membres, fr de sa chair : Ephésiens, quand nous sommes (par manière de dire) incorporez avec luy en une mesme | "4 vieet substance. D’avantage je considère »

et poise ce que signifient les paroles. Car Jésus-Christ ne nous offre pas seulement

le bénéfice de sa mort et résurrection,

mais aussi son propre Corps, auquel il à

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souffert et est ressuscité. Je conclu que le corps de Christ nous est donné en la

re er mien mere dun ir Siret acmaamn

Cène réalement (comme on dit) c’est-àdire vrayement. pour estre en viande salutaire à nos âmes. Je parle selon la façon commune : mais j’enten que nos

âmes sont repues 0 de Ja substance de son #

corps, afin qu’à la vérité nous soyons faits © uns avec luy : ou, qui vaut autant, que la vertu vivifiante descoule en nous de Ja © chair de Christ par le S. Esprit, combien ‘ qu'il y ait longue distance entr’elle et

nous, et qu elle ne se mesle point avec

nous. Maintenant il ne reste plus qu’à

résoudre une difficulté : Comment il se peut faire que son corps, qui est au ciel,

nous soit yci donné en terre. Aucuns °°"

imaginent que le corps de Christ est infini, et qu’il he peut estre contenu en lieu quelconque : mais qu’il remplit le

ciel et la terre aussi bien que son essence Divine. Ceste imagination est si sotte, qu’elle n’ha point besoin d’estre réfutée.

Les Scholastiques disputent plus subtile-|

ment du corps glorieux de Christ, tou- * tesfois toute ne doctrine revient à cela,

qu’il faut chercher Jésus-Christ au pain,

comme s’il estoit là enclos. De là advient que les esprits des hommes sont esbiouis à regarder le pain, et qu’ils adorent en lieu de Jésus-Christ. Si on leur demande, Asçavoir s'ils adorent le pain, ou l’apparence du pain : ils diront fort et ferme que non : cependant toutesfois pour adorer Christ, ils s’addressent au pain : ils

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Car. XI.

s’y addressént, di-je, non-seulement des | esprit et ton cœur jusques-là, afin que

yeux et de tout le corps, mais aussi de pensée et entendement. Or qu'est cela autre chose que pure idolâtrie? Mais ceste communication du corps de Christ, laquelle je di nous estre offerte en la Cène, pe requiert point une présence 10cale, ne la descente de Christ, ni une es-° tendue de son corps infinie, ou quelque autre chose semblable. Car comme ainsi soit que la Cène soit une œuvre céleste,

cela n’est point inconvénient de dire que

a! Inous recevons Christ demeurant au ciel.

+ ce qu’il se communique à nous, cela se fait par une vertu secrète du $. Esprit, laquelle peut non-seulement assembler, mais conjoindre et unir ensemble “cles choses séparées par distance de lieux, et bien eslongnées. Mais afin que nous soyons capables de ceste communication,

Lust, > il nous faut eslever nos esprits là-haut

au ciel. Ayons donc yei recours à la foy, puis que tous les sens de la chair défaillent. Quand je di la Foy, je n’enten pas une opinion telle quelle, appuyée et fon-

dée sur les imaginations des hommes, | bre de la promesse, lequel il ne faut pa

comme plusieurs se vantans à tous propos de la foy, s’abusent tout au long en cest endroit. Quoy donc? Tu vois du pain, et rien plus : mais tu entens qu'il t'est dit que ce pain est un signe et tesmoignage du corps de Christ. Ne doute point que le Seigneur n’accomplisse ce qu’il a signifié par ses paroles : Asçavoir que le corps, lequel tu ne vois point, t'est donné en viande spirituelle. La chose te semble incroyable, que nous soyons nourris de la chair de Christ, laquelle est si loin de nous. Qu'il te souviene que c’est une œuvre du sainct Esprit, secrète et admirable, laquelle si tu la veux mesurer selon la capacité de ton entendement, ce sera une sotte outrecuidance. Cependant toutesfois rejette toutes lourdes imaginations, lesquelles seroyent pour t’arrester au pain: laisse à Jésus-Christ la vraye nature de sa chair:

et n’esten point son corps par le ciel et la terre par une fausse opinion: ne le divise point en diverses parties par tes imaginations : et ne l’adore point ne ci ne là selon ton sens charnel: laisse-le là demeurer en sa gloire céleste, et eslève ton

luy aussi se communique de là à toy. Les

gens modestes et de sain entendement se contenteront de ce que nous en avons yei dit en peu de paroles. Quant aux curieux, je leur conseille qu’ils aillent chercher ailleurs pour rassasier leur appétit insatiable. Qui est rompu pour vous.

Aucuns exposent ceci de la distribution du pain, pource qu’il faloit que le corps de Christ demeurast entier, comme il avoit esté prédit, Vous ne romprez point os de luy, Exode, XIT, 46. Quant à moy, comme je confesse que sainct Paul à fait allusion à la fraction du pain: aussi j’expose yci, Estre rompu, pour Est Estre sac sacripriété, mais sans absurdité toutesfois.

Car combien que nul de ses os n’ait esté brisé, néantmoins son corps ayant esié exposé premièrement à tant de peines et tormens, puis après à une mort très cruelle, ne peut estre dit entier et sans blessure. Sainct Paul a appelé cela, Estre

rompu. Au reste, c’est-ci le second mem-1‘s.

passer légèrement. Car le Seigneur ne nous offre point son corps simplement et sans autre considération, mais entant

qu'il a esté exposé à la mort, et sacrifié

pour nous. Le premier membre re donc signifie que le corps de Christ nous est offert : ce second nous exprime quel fruit nous revient de cela : C’est asçavoir que nous sommes faits participans de la ré-

demption, et que le bénéfice du sacrifice nous est appliqué. Parquoy la Cène nous

S Ava 4x

ct 437,

est un miroir qui nous représente ( Christ

crucifié, en sorte que nul ne peut recevoir la Cène avec fruitet utilité, s’il n’embrasse Christ crucitié. Faites ceci en”?

mémoire de moy. La Cène donc est un mémorial ordonné pour soulager nostre infirmité. Car si sans cela nous-nous pouvions assez souvenir de la mort de nostre Peut. 10e ceste aide seroit

cremens: Car Ce sont soulagemens pre nostre infirmité. Au surplus, nous ver-

rons tantost après quelle mémoire à VOu- |

lu Christ que nous feissions de luy en sa Cène. Cependant, quant à ce qu'aucuns concluent de ceci, que Christ n’est donc

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en mt +

si nous estre présent, il ne chang so

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Car. XI.

point en la Cène, pource qu’on ne peut avoir mémoire, sinon de celuy qui est absent: la response est facile, Que selon le regard que la Cène est une commémora-

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

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en PEpistre aux Hébrieux, si nostre Seigneur nous en donne le loisir. Au reste,

il est tout notoire que les Sacremens sont

ainsi rommez, pource qu ils nous sont

tion de Christ, Christ n’est point en la | tesmoignages de la volonté de Dieu, pour

Cène: car il n’y est point présent visiblement, et ne le peut-on veoir des yeux comme les signes, lesquels resveillent nostre mémoire en le figurant. Brief,

# point de lieu, mais du ciel il fait descou-

ler Sur nous la vertu de sa chair présen-}

tement et vrayement.

25 Semblablement aussi, il print {a coupe, après qu’il eut soupé, disant, etc. Il semble que PApostre vueille démonstrer qu’il y eut quelque espace de temps entre la distribution du pain, et celle du vin : et de faict, il ne nous appert point par les Evangélistes si tout l'acte fut continuel et sans intervalle. Mais cela ne sert pas de beaucoup. Car il se peut bien faire que le Seigneur ait tenu quelque propos à ses Apostres après leur avoir donné du pain, et avant que leur présenter la coupe. Toutesfois, pource qu il ne faisoit ni ne disoit rien qui ne fust bien consonant au Sacrement, nous ne dirons point qu’il y ait eu interruption en l’administration. Ceste coupe est lenouveau Testament, etc. Ce qui est dit de la coupe, appartient aussi au pain : et mesme aussi par ceste forme de parler, est exprimé ce qu'il avoit dit paravant plus briefvement :

asçavoir que le pain est le corps. Car il nous est le Corps, afin qu’il soit testament au Corps, C’est-à-dire une alliance,

Loomncti Mrs dns + qui à une fois esté ratifiée par Timmola-

tion du corps : et est encore aujourd’huy ratifiée en mangeant : asçavoir

ssÿ"quand les fidèles sont nourris de ce sa-

crifice. À ceste cause, en lieu que sainct Paul et sainct Luc disent, Nouveau Testament au sang : sainct Matthieu et sainct Marc disent, Le sang du Testament : ce qui revient tout à un. Car le sang a esté eSpandu pour nous réconcilier à Dieu et maintenant nous le beuvons spirituellement, afin que nous soyons faits parue ipans de ceste réconciliation. Parquoy nous avons en la Cène, et l'alliance et le gage, qui est en confirmation de l'alliance.

De ce mot Testament, nous en parlerons

la confermer et seeller en nos cœurs. Car y

tout ainsi que les hommes voulans faire alliance les uns avec les autres, usent de quelques cérémonies et facons de faire solennelles : aussi Dieu besongne avec nous de mesme. Et c’est une facon de parler qui n’est point impropre. Car à cause que la parole et le signe sont conjoints, l'alliance du Seigneur est vrayement énclose : aux Siemens et le nom d’Alliance, se réfère ou regarde à DOUS.

Ceci servira de beaucoup à entendre quelle est la nature des Sacremens. Car

Si ce sont alliances, ils contienent done des

sciences sont incitées et avoir fiance de

leur salut. De quoy il s'ensuit, que ce f

sont non-Seulement signes de protesta-

tion devant les hommes, mais aussi ap- y} puis de la foy au dedans. Faites ceci -

loutes les fois que vous en bevrez, en mémoire de moy. Jésus-Christ donc à ordonné deux signes en la Cène. Or ce que Dieu a ébniom que l’homme ne le sépare point. Distribuer donc le pain sans le vin, c’est retrancher de l’institution du Fils de Dieu : car nous oyons quelles sont ses paroles. Tout ainsi qu’il commande de manger du pain, aussi commande-il de boire de la coupe. Obéir en la moitié, et délaisser la moitié, qu'est-ce autre chose que se mocquer de son commandement? Etde refuser la coupe au peuple, de laquelle Christ présente à boire à tous, comme de faict on la refuse sous la tyrannie du Pape, qui osera nier que ce ne soit une audace diabolique ?

Quant à la cavillation qu’ils amènent, disans que Christ parloit seulement à ses Apostres, et non pas au peuple, cela est trop puérile, et on le peut facilement réfuter par ce passage. Car sainct Paul parle yei aux hommes et aux femmes indifféremment, et à tout le corps de PEglise. I} proteste qu’il leur a donné ceci suyvant l'ordonnance du Seigneur. Ceux qui ont osé contrevenir à ceste ordonnance, de quel esprit prétendront-ils

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promesses, par lesquelles les con-*

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