ET
PE “at
qu’ils ont esté poussez? Et toutesfois on maintient encore aujourd’huy obstinéement cest abus tant lourd. Mais de quoy nous esbahissons-nous, s’ils taschent impudemment par paroles et escrits, d’excuser ce que mesme ils maintienent tant cruellement par feu et par glaives ?
26 Car toutes les fois que vous mangerez de ce pain et boirez de ceste
coupe, ele, Maintenant il adjouste quelle
commémoration nous en devons faire :
asçavoir, avec action de grâces. Non pas que toute la mémoire consiste en la confession de bouche. Car il est requis principalement que la vertu de la mort de Christ soit seellée en nos consciences.
Mais ceste cognoissance nous doit inciter
à faire confession de louange, en sorte
que nous annoncions devant les hommes
ce que nous sentons au dedans devant
doit durer perpétuellement en l'Eglise
.Husques au dernier adyénement de Christ,
et est ordonné à ceste fin, que. Jésus- , Christ nous: ramentoyve le bénéfice de br et que de nostre part nous le
2, .recognoissions devant les hommes : dont
aussi elle a esté nommée par les Grecs, Eucharistie, c’est-à-dire action de grâces.
Atin donc que tu célèbres la Cène ainsi qu’il appartient, qu'il te souviene qu’il est requis que tu faces confession de ta
{oy. De ceci appert combien impudem-
ment se mocquent de Dieu ceux qui se vantent qu’ils ont en la Messe quelque forme de Cène. Car qu'est-ce que de la Messe ? Is confessent bien (je ne parle pas des Papistes, mais de ceux qui à fausses enseignes se disent imitateurs de Nicodème) qu’elle est plene d’abominations exécrables. Ils font semblant de les approuver par leurs gestes externes.
Quelle façon est-ce ci d'annoncer la
mort de Christ? N’ y renoncent-ils pas plustosi? Jusques à ce qu’il ,viene.
Pource que nous avons tousjours besoin d’une telle aide tandis que nous serons en ce monde, sainct Paul nous signifie que eeste commémoration nous est recommandée, jusques à ce que Christ apparoisse en jugement. Car pource qu'il ne converse pas avec nous d’une façon visible, il nous est nécessaire d’avoir
nas Las nv AUD XI:
quelque signe et tesmoignage < de sa pré-
sence “spirituelle. Quiconque mangera indignement, etc. Sile Seigneur requiert de nous que nous ne soyons point ingrats de ce bien qu’il nous fait en la réception de ce Sacrement : s’il veut que nous recognoissions sa grâce de cœur, et l’annoncions de bouche, celuy-là ne demeurera point impuni, qui laura outragé en lieu de l’honorer. Car le Seigneur ne souffrira point que son Commandement soit mesprisé. Or afin que nous ayons l'intelligence de ceste proposition, il faut sçavoir que c’est que #anger indignement. Aucuns le restraignent aux Corinthiens, et à l’abus qui estoit survenu et receu en usage entr’eux.
Mais je pense que sainct Paul, selon sa coustume, de la spécialité est venu à toucher la généralité. Il y avoit un vice qui régnoit entre les Corinthiens en cest endroit-là. Ayant prins occasion de cela,
il parle maintenant en général de toute
administration ou réception corrompue de Ja Cène. Dieu, dit-il, ne permettra point que ce mystère soit profané, qu'il n’en face punition rigoureuse. Manger donc indignement, c’est en corrompre le vray et droict usage par nosire abus.
Parquoy il y a divers degrez d’indignité :
et aucuns pèchent plus griefvement, les autres moins. Quelque paillard paraventure, ou quelque parjure, ou yvrongne, ou à trompent S’ InpéreE à sans avoir re-
qu un MESpris si “Tôurd est signe dun grand outrage contre Christ, il ne faut point douter que celuy qui recevera la Cène en telle sorte, ne la reçoyve à sa condamnation. Îl en viendra un autre qui ne sera point entaché de vice manifeste ou notable, et toutesfois il ne sera pas disposé en son cœur comme il devoit :
veu que ceste nonchallance ou paresse est un signe de contemnement, elle est digne aussi que Dieu la punisse. Tout ainsi donc qu’il y a divers degrez dé manger indignement, aussi le Seigneur en chastie l’un plus légèrement, et punit l’autre plus asprement. Or ce passage a donné occasion de faire une question, laquelle aucuns depuis ont débatue trop aigrement : Asçavoir si ceux qui ne sont
Cuar. XI. SUR LA Jre ÉPISTRE
Lrbias dignes, mangent de faict et vrayement le corps du Seigneur. Car aucuns en débatant, sont venus jusques-à, qu'ils ont dit que les bons et les mauvais le reçoyvent indifféremment. Et plusieurs aujourd'huy maintienent opiniastrement, et avec grandes crieries, que S. Pierre n'a rien plus receu en la première Cène que Judas, C’est à regret certes, que je déba avec aucun de ceste matière, qui n’est pas des plus nécessaires selon mon jugement : toutesfois, comme les autres se donnent bien ceste permission de prononcer magistralement sans aucune raison tout ce qu’il leur plaist, et de foudroyer, si quelqu'un seulement ose ouvrir la bouche pour parler à l’encontre : aussi
&.! on nous pardonnera si nous maintenons paisiblement par raisons ce que nous jugeons estre vray. Quant à moy, je tien ceci pour une maxime, et n’endureray
A fjamais qu'on me l’arrache : Asçavoir que
| Christ ne peut estre séparé de son Esprit.
Dont je conclu que son corps n’est point
receu sans vie où efficace : aussi que luy-
mesme n’est point receu oiseux, ou sé-
{et paré de la grâce et vertu de son Esprit.
Je ne m'arresteray pas longuement à
prouver ceste sentence. Or maintenant
#9 celuy qui n’ha point de vive foy, ne de
# repentance, veu que par conséquent il\
at n’ha rien de l'Esprit de Christ, comment receveroit-il Christ luy-mesme? Et qui!
plus est, veu qu’il est entièrement pos- Sédé du diable et de péché, comment Sera-il capable de recevoir Christ? Comme donc je confesse bien qu'il y en à au- Cuns qui ne laissent point de recevoir Christ à la vérité en la Cène, jà soit qu'ils le reçoyvent indignement, comme font plusieurs intirmes : aussi je ne puis accorder que ceux qui apportent seule-
ment une foy historique qu’on appelle
De (c'est-à-dire pour consentir simplement à
l'histoire de l'Evangile) sans un sentiment
vif de repentance et de fo: , reçoyvent autre chose que le signe. Car je n'ose
Proposer et imaginer Christ à demi : et
d'autre part je crains ceste absurdité, de
dire qu'il se donne à manger aux meschans, comme un corps sans âme. Et
Sainct Augustin ne l’entend point autre-
ment, quand il dit que les meschans re-
AUX CORINTHIENS. k43
Çoyvent Christ quant au Sacrement seulement : ce qu’il expose ailleurs plus clairement, quand il dit que les autres Apostres ont receu le pain le Seigneur, mais Judas n’a receu que le pain du Seigneur. Mais on fait une objection au
ne dépend point de la dignité des hommes, et qu'il ne déchet rien des pro- messes de Dieu par la malice d’iceux. Le le confesse, et pourtant j'adjouste expresséement que le corps de Christ n’est pas moins offert aux meschans qu'aux bons : Ce qui Suffit pour monstrer a vertu du Sacrement, et la fermeté de la promesse de Dieu. Car Dieu ne figure point là à fausses enseignes le corps de son Fils aux meschans, mais il Je présente de faict : et le pain ne leur est pas un signe inulile, mais une arre trèscertaine. Ce qu’ils le rejettent, cela ne diminue ou change rien de la nature du Sacrement. Il reste maintenant que nous respondions à ce passage de S. Paul, Il dit que les indignes sont coulpables, pource qu’ils ne discernent point le corps du Seigneur. Ils reçoyvent donc le corps. Je nie la conséquence. Car combien qu'ils le rejettent, toutesfois pource qu'ils le profanent et le déshonorent, quand il leur est offert, à bon droict ils sont Coulpables : car ils font autant comme s'ils le jettoyent en terre, et le foulloyent aux pieds. Dirons-nous qu’un tel sacrilége soit petit ? Ainsi je ne voy point de difficulté és paroles de sainct Paul : moyennant que nous considérions que C’est que Dieu offre et donne aux mesthans, et non pas que c’est qu'ils reçoyven£.
28 Que chacun donc s’esprouve soymesme. C’est une exhortation tirée de Ja menace précédente. Si ceux qui mangent indignement, sont coulpables du corps et du sang du Seigneur, que nul donc ne s’en approche, s’il n’est bien et deuëment préparé. Qu’un chacun done se donne bien garde de tomber en tel sacrilége, par Sa paresse et nonchalance. Mais on demande sur cela, Quelle doit estre cesie espreuve que sainct Paul requiert ?
Les Papistes la constituent en la confession auriculaire. Ils commandent à tous
: ‘ “. + contraire : Que l’efficace des Sacremenseffresce Sesrarents
er À
AA OPA. ENS
, CAT 62 pt gum
Ph RE ET
es hn drrhser Das ts RES Le
VS
hhh
ceux qui doyvent recevoir la Cène, d’examiner diligemment et curieusement leur vie, afin qu'ils deschargent tous leurs péchez en l’aureille du prestre. Voylà leur belle préparation. Maïs je di que ce sainct examen, duquel parle yci PAposire, est bien loin de torment. Ces misérables, après qu’ils se sont tormentez à penser quelque peu de temps à leurs péchez, et qu'ils ont débagoulé leur turpitude à monsieur le prestre, les voylà quittes, et pensent avoir bien fait leur devoir. Mais l’espreuve que sainct Paul requiert yei de nous, est bien autre: asçavoir un eXamen qui soit correspondant au droit usage de la saincte Cène. Tu vois une règle bien aisée à entendre. Si tu veux user du bénéfice de Christ ainsi qu’il appartient, apporte une vraye foy, et repentance.
L'examen donc pour venir bien préparé, gist en ces deux choses. Je compren charité sous repentance. Car il n’y à point de doute que celuy qui a bien apprins à renoncer à soy-mesme, pour s’addonner du tout à Christ, et à son service , aura soin aussi d'entretenir l'unité qui a esté recommandée par Christ. Cependant il n’est nas requis que la foy, ou repen- {ance soit parfaite: comme aucuns exigeans trop rigoureusement une perfection qui re peut estre nullement trouvée, forcloent de la Cène à jamais tous hommes universellement. Mais si tu aspires dun bon cœur et à bon escient à la justice de Dieu: et si estant humilié par la cognoissance de ta misère, tu te reposes
Cuar. XI.
et arrestes entièrement en la grâce de Christ, scaches pour certain que tu es digne pour banqueter en ceste saïncte table. J’enten digne, d'autant que le Seigneur ne t’exclud point, voire encore qu'il y ait quelque chose à désirer en toy. Car la foy commencée rend ceux-là dignes, qui en estoyent indignes.
29 Car qui en mange, elc. I à cidessus démonstré de nom l’énormité du péché, en disant que ceux-là sont coulpables du corps et du sang du Seigneur, qui mangent et boyvent indignement.
Maintenant il donne crainte , en dénonceant la punition que Dieu en fera. Car il y en a plusieurs qui ne sont point esmeus du péché , si on ne les estonne et navre du jugement de Dieu. Ce que l’Apostre fait, en disant que ceste viande autrement salutaire, sera en condamnation, et convertie en poison à tous ceux qui en mangeront indignement. Il adjouste la raison. Car, dit-il, ÿs ne discernent
profane. C’est autant comme sil disoit, Is manient le corps précieux de Christ irrévéremment, c’est-à-dire sans nettoyer leur conscience, et comme si c’estoit une
chose de néant, ils ne pensent point à la
ac 4 fus oh SE
je 0
Fute
valeur et pris d’iceluy. Ils seront donc
punis pour une si horrible profanation.
Or retenons bien ce que j’ay naguères dit, que le corps de Christ leur est présenté, combien que leur indignité Îles prive de la participation d’iceluy.
30 Pour ceste cause plusieurs sont foibles et malades entre vous, et plusieurs dorment.
34 Car certes si nous-nous jugions nous-Mmesmes, NOUS ne SEriONS point jugez.
32 Mais quand nous sommes jugez, nous sommes enseignez par le Seigneur, afin que nous ne soyons condamnez avec le monde.
33 Pourtant mes frères, quand vous-vous assemblez pour manger, attendez l’un l'autre.
34 Que si aucun ha faim, qu'il mange en la maison: afin que ne vous as:
sembliez à vostre damnement. J'ordonneray du reste quand je seray venu.
30 Pour ceste cause plusieurs sont
Joibles et malades entre vous, etc.
Après avoir traitté en général de ceux qui mangent indignement le corps du Seigneur, et de quelle peine Dieu menace
ceux qui polluent ce sainct Sacrement , il advertit maintenant les Corinthiens de la correction qu’ils en portoyent, et COm= ment Dieu les en chastioit. On ne sçait s’il y avoit peste entr’eux pour ce temps-=
Cuar. XI.
là, ou s'ils estoyent aflligez de quelques autres maladies. Quoy que ce soit, nous recueillons par les paroles de sainct Paul, que le Seigneur avoit desployé quelque fléau sur eux pour leur chastiement. Or sainct Paul ne devine pas qu’ils soyent punis pour ceste cause, mais l’afferme comme une chose qui lui estoit toute notoire. I dit donc qu’il y en a plusieurs malades entr’eux, plusieurs qui sont détenus dés longtemps en langueur, et plusieurs morts à cause de cest abus qu'ils avoyent Commis en la Cène, pource qu’ils avoyent en ce faisant offensé Dieu. Il signifie par cela, que par les maladies et autres chastiemens de Dieu, nous sommes admonestez de penser à nos péchez. Car ce n’est point sans cause que Dieu nous afflige, veu qu’il'ne prend pas plaisir à nous veoir souffrir. Or c’est un propos qu’on pourroit déduire bien au long, et qui le mérite: mais il sufira yci d’en avoir touché un mot. Que si du temps de sainet Paul un tel abus de la Cène qui n'estoit pas des plus grans, a peu embraser lire de Dieu à encontre des Corinthiens, en sorte qu’il en ait fait une punition tant aspre : que devons-nous penser de l’estat d’aujourd’huy? Nous voyons en toute la Papauté non-seulement des profanations horribles de la Cène, mais aussi une abomination et sacrilége détestable dressé au lieu de la Cène. Premicrement , elle est prostituée à un gain infâme, et à une façon de marchander profane. D’avantage , elle a esté rongnée et mutilée , en ostant l’usage du vin. Tiercement , elle a esté convertie en une forme estrange et du tout autre, quand cela à esté receu en usage, qu’un banqueteroit tout seul à part, sans en distribuer ne communiquer aux autres. Pour le quatrième , il n’y a là aucune forme d'exposition du Sacrement, mais un barbotement plustost convenable à une sorcelerie et enchantement, ou aux sacrifices exécrables des Gentils, qu’à l'institution du Seigneur. Pour le cinquième , il y a
une infinité de cérémonies plenes en par-
tie de sottises, en partie de superstition :
et par conséquent qui sont pollutions
manifestes. Pour le sixième , il y a ceste ymagination diabolique de sacritice, la-
SUR LA Ire ÉPISTRE
AUX CORINTHIENS. h45
quelle contient un blasphème plein d’impiété contre la mort de Christ. Pour le septième, il y a qu’on la fait servir pour enyvrer les povres gens d’une asseurance charnelle : asçavoir quand ils l’opposent à Dieu pour satisfaction, et pensent que ce soit un préservatif contre tous maux :
et ce sans foy ne repentance. Et qui plus est, s’asseurans qu’ils sont par ce moyen bien armez contre le diable et la mort , et munis d’un bon bouclier à l'encontre de Dieu, ils pèchent plus audacieusement, et à bride avallée, et devienent de plus en plus obstinez. Pour le huitième, on adore là une idole au lieu de Christ. Brief, elle est remplie de toutes sortes d’abominations. Et entre nous, qui avons le pur usage de la Cène en son entier, qui nous a esté finalement rendu par la grâce de Dieu, quelle irrévérence y a-il? combien d’hypocrisie en plusieurs ? quel meslinge infâme, quand sans aucun esgard, des gens apertement desbauchez et meschans s’ingèrent impudemment, lesquels un homme de bien, et qui auroit honnesteté en quelque recommandation , ne receveroit jamais à sa table? Et encore nous-nous esbahissons d’où vienent tant de guerres, tant de pestes, tant de stérilitez, tant de desconfitures et calamitez:
comme si la Cause n’estoit pas toute évidente. Et certes il ne faut point espérer de veoir la fin de ces maux, jusqu'à ce qu’en corrigeant nos vices, nous ayons osté la matière.
31 Car certes si nous-nous jugions.
Voyei une autre belle sentence : Asçavoir que Dieu ne se courrouce pas contre nous du premier coup, pour nous punir tout incontinent que nous avons péché : mais que le plus souvent il advient que par nostre nonchalance il est par manière de dire, contraint d’exercer son jugement sur nous, quand il voit que nous ne nous soucions de rien, et que nous-nous endormons en nos péchez, et nous flattons en nos ordures et vilenies. Quand donc les punitions sont desjà comme prestes à nous tomber sur la teste, nous les destournons , ou pour le moins addoucis- Sons, Si nous-nous examinons les premiers , et estans touchez de repentance , prions nostre bon Dieu d’addoucir la ri-
no
446 COMMENTAIRES Cie. TL,
gueur de sa justice, par manière de dire nous punissans nous-mesmes sans attendre qu’il y mette la main. En somme, les fidèles prévienent le jugement de Dieu par pénitence : et n’y à point d'autre remède pour éstre absous devant Dieu, que de se condamner s0y-mesme de son propre gré. Il ne faut pas toutesfois penser (comme font les Papistes) qu’il y ait yci quelque transaction entre Dieu et nous: ascavoir, qu'en nous affligeant nous-mesmes de nostre propre volonté, nous luy satisfacions, et que par manière de dire nous-nous rachetions de sa main.
Nous ne prévenons donc pas le jugement de Dieu, pourtant que nous apportions quelque récompense pour l'appaiser: mais voyci la raison: Pource que Dieu en nous chastiant, veut chasser de nous ceste paresse qui y est, et nous resveiller à repentance. Si nous le faisons de nousmesmes sans contrainte, il ny a plus de cause pourquoy il poursuyve à exercer son jugement sur nous. Que si quelqu'un est encore frappé de la verge de Dieu, combien qu’il ait desjà commencé à avoir desplaisance de son péché, et se repentir, sçachons que sa repentance n’est point encore si ferme, qu’il n’ait besoin de quelque correction qui luy soit comme une aide pour venir au plein effet. Voylà comment repentance prévient le jugement de Dieu comme un remède convenable, non pas toutesfois comme récompense.
32 Mais quand nous sommes jugez, etc. C’est une grande consolation et merveilleusement nécessaire. Car si quelqu'un en son affliction ne pense autre chose sinon que Dieu est courroucé contre luy, plustost il perdra courage qu’il ne sera incité à repentance. S. Paul donc dit, que Dieu se courrouce tellement aux fidèles, que cependant il n’oublie point sa miséricorde : et mesme que la cause proprement qui le meut à Îles punir, éest pour pourvoir à leur salut.
Y a-il plus grande consolation pour le Chrestien que ceste-ci, Qué les peines par lesquelles nos péchez sont corriger, sont tesmoignages, non point de lire de Dieu pour nous perdre, ains plustost de son amour paternelle, et quant et quant qu'elles nous sont aides à salut? Car
Dieu se courrouce à nous comme à ses enfans, lesquels ils ne veut point laisser perdre. Quand il dit, Afin que nous ne soyons condamnez avec le monde : il signiiie deux choses : Que quand les enfans de ce monde sont tout asseurez, et ne se soucians du jugement de Dieu s’endorment en leurs plaisirs et voluptez, ils Sont comme des porceaux qu’on engraisse pour tuer un jour. Car combien que ce bon Dieu convie quelque fois les meschans fesmes, à répentance en desplovant ses fléaux sur eux, toutesfois il advient souvent qu’il les met en oubli comme estrangers, et les laisse là tomber sans les punir, jusques à ce qu'ils soyent venus au comble de leur condamfation extrême. C’est donc une grâce propre aux fidèles seulement, que par afflictions ils sont retirez, de peur qu’ils ne périssent. Le second poinet est, Que les chastiemens sont remèdes nécessaires aux fidèles : car autrement ils tomberoyent aussi bien que les autres en ruine éternelle, s'ils n’estoyent arrestez par peines temporelles. Ces considérations nous doyvent instruire non-seulement à avoir patience, afin que nous portions doucement les ennuis que Dieu nous envoye : mais aussi à recognoistre Sa bonté, afin qu’en rendant grâces à nostre Père céleste, nous-nous offrions volontairement à soustenir tel chastiement qu’il Juy plaira nous envoyer. Elles nous proufitent aussi en plusieurs sortes : car elles sont cause que les afflictions nous sont salutaires, en nous duisant à mortifier nostre chair, et à nous humilier :
elles nous accoustument à lobéissance de Dieu : elles nous redarguent de nostre propre infirmité : elles embrasent en nos cœurs une ardeur de prier : elles exercent noôstre espérance : tellement que S'il y à quelque aigreur en icelles, tout cela est englouti finalement par une joye Spirituelle.
33 Pourtant mes frères. Après avoir traitté de la doctrine générale, il retourne maintenant au propos spécial, par lequel il avoit commencé, et conelud qu’il faut garder égalité en la Cène du Seigneur, afin que la communication soit vraye, comme elle doit estre : et que nul ne
CHap. XII.
célèbre sa Cène à part. D’avantage, que ce Sacrement ne doit point estre meslé avec d’autres viandes communes.
34 J'ordonneray du reste. Il est vray-semblable qu'il y avoit quelques autres choses davantage, lesquelles il estoit bon de réformer en meilleur ordre:
mais pource qu'elles n’estoyent pas de si grande importance, le sainct Apostre diffère la correction d’icelles à son advénement. Combien qu’il se peut bien faire qu’il n’y ait rien eu de tout cela : mais que d'autant qu'on cognoist mieux ce qui est expédient quand on est sur le lieu, Sainct Paul se réserve ceste liberté de disposer quand il sera présent, selon que la nécessité le requerra. Les Papistes
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
AT
s'arment aussi de ce bouclier pour défendre leur Messe. Car ils interprètent que C’est la disposition laquelle sainet Paul promet yci. Mais c’est bien à propos, comme Si ce sainct personnage se fust donné ceste licence de renverser l'ordonnance éternelle de Christ, laquelle luy-mesme approuve yci manifestement.
Car quelle convenance ha Ja Messe avec Pinstitution de Christ? Mais laissons là tels fatras, veu qu'il est certain que sainct Paul ne parle yci que de l’honnesteté externe, laquelle comme elle est mise en la liberté de l'Eglise, aussi doit estre ordonnée selon la condition des temps, des lieux, et des personnes.