CHAPITRE XII
1 Quant aux choses spirituelles’, frères, je ne vueil point qu'en soyez igno-
Trans.
2 Vous sçavez que quand vous estiez Gentils, vous alliez comme vous estiez
menez, après les idoles mueites?.
3 Pource je vous fay scavoir, que nul parlant par l'Esprit de Dieu, ne dit Jésus estre malédiction : et nul ne peut dire Jésus estre Seigneur, sinon par le
sainct Esprit.
4 Or il y a différence de dons : maïs il y & un mesme Esprit. 5 1 y a aussi différence d'administrations : mais il y a un mesme Seigneur : 6 {ly a pareillement différence d'opérations, mais il y a un mesme Dieu,
qui fait le tout en tous.
7 Mais la manifestation de l'Esprit est donnée à chacun pour proufiter.
1) Ou, dons spirituels.
menez. 3) Marc, IX, 39.
1 Quant aux choses spirituelles. I vient maintenant à corriger un autre vice.
Pource que les Corinthiens abusovyent des dons de Dieu à ostentation et monsire, et ne se soucioyent pas beaucoup
d’ensuyvre charité envers leurs prochains,
il leur remonstre à quelle fin Dieu orne les fidèles de dons spirituels, asçavoir alin qu’ils en usent à l’édification de leurs frères. Or il divise ceste proposition en deux membres : premièrement il dit que Dieu en est l’autheur : seconde-
ment, ayant arresté cela, il traitte de la
fin. Il prouve par leur propre expérience, que les vertus desquelles ils s’enorgueillissoyent, sont données aux hommes par la grâce de Dieu, Car il leur réduit en
2) Ou, que vous estiez Gentils, et couraus après les idoles muettes, selon que vous estiez
mémoire combien ils estoyent ignorans, stupides, et destituez de toute lumière spirituelle, avant qu’ils fussent appelez de Dieu. Îl appert donc qu’ils n’en ont pas esté douez de nature, mais par la bénignité gratuite de Dieu. Quant aux paroles :
quand il dit, Je ne vueil point qu'en soyez ignorans : il faut suppléer, Que c’est qui est bon et utile, Quel est vostre office :
ou quelque autre chose semblable : et par les choses spirituelles, il entend les grâces spirituelles, desquelles il sera parlé ci-après. En ce qui s'ensuit il y a double lecture. Car aucuns livres ont seulement Que : les autres adjoustent, Quant, et c’est la lecture la plus convenable. Au reste, outre ceste diversité, la
suyte des mots est quelque peu confuse, mais toutesfois le sens est clair. Il y a ainsi de mot à mot, Vous sçavez que quand vous estiez Gentils, après les idoles muettes, ainsi que vous estiez conduits Suyvans : mais il me semble que j'ay exprimé l'intention de S. Paul fidèlement. [1 à mis /doles mueltes, pour N'ayans ne sens ne mouvement. Apprenons de ce lieu-ci, combien est grand l’aveuglement de l’entendement humain, quand il est destitué de la clarté du sainct Esprit, veu qu'il demeure là abbruti après les idoles, et ne peut monter plus haut en cherchant Dieu : mais se laisse mener à Satan comme une beste. Quand il les appelle Gentils, c’est en mesme sens qu'il appelle aussi les Ephésiens :
Vous estiez, dit-il, autresfois Gentils, sans Dieu, n’ayans point d'espérance de salut, etc. Ephés., If, 42. Paraventure aussi qu’il fait un argument prins des choses opposites, Que ce sera une vilenie à eux, s'ils se rendent maintenant moins dociles à Dieu, après qu’il les a pris à soy pour les gouverner par sa parole et son Esprit, qu’ils n’ont esté jadis obéissans et prompts à suyvre les suggestions de Satan.
3 Pource je vous fay scavoir. Après les avoir advertis par leur propre expérience, il leur propose une doctrine générale, laquelle il tire de là. Car ce que les Corinthiens avoyent expérimenté en eux-mesmes, est commun à tous les hommes du monde, asçavoir d’estre errans et abusez en diverses sortes, avant que Dieu par sa bonté les ramène au chemin de vérité. Il faut donc de deux choses l’une, ou que nous soyons gouvernez par l'Esprit de Dieu, ou que nous errions perpétuellement. Il s'ensuit aussi de ceci que tout ce qui appartient à la vraye Cognoissance de Dieu, ce sont dons du sainct Esprit : et quant et quant il fait une conséquence des causes contraires aux effects contraires : Nul ne peut mesdire de Christ, parlant par l'Esprit de Dieu : aussi au contraire, Nul ne peut dire bien de Christ, sinon par l’Esprit de Dieu. Dire Jésus-Christ estre malédiction : c’est proférer blasphème contre luy. Dire Christ estre Seigneur:
Caar. XIT.
c’est parler de Iuy honorablement et en révérence, et louer sa majesté. On fait yei une question : Comme ainsi soit que les meschans parlent quelquesfois tant bien et tant excellemment de Christ, si c’est à dire pourtant qu'ils ayent l'Esprit de Dieu? Je respon, qu'il ne faut nullement douter qu’ils ne l’ayent, entant que touche cest effet : maïs il y a grande dif-
férence entre le don de régénération, et
le don d'intelligence nue, de laquelle Judas mesme à esté doué quand il preschoit l'Evangile. Nous voyons aussi de ceci, combien est grande nostre imbécillité, veu que nous ne pouvons pas seulement remuer la langue pour raconter les louanges de Dieu, si elle n'est gouvernée par son sainet Esprit. Ce que lEscriture aussi remonstre souvent : et par tout les Saincts confessent que si le Seigneur ne leur ouvre la bouche, ils sont du tout incapables de dire ses louanges. Entre les autres, Isaïie, chapitre VE, v. 5, dit, Fay les lèvres 8 pollues, etc.
4 Or il y a différence de Fr La proportion et ordre bien compassé qui est en l'Eglise, cofisiste en une unité faite de plusieurs parties assemblées, asçavoir quand la variété des dons tend à un mesme but : comme en la musique il y a divers chants, mais ils sont modérez et compassez l’un à l’autre d’une si bonne proportion, que tous font un accord. I faut donc et qu’il y ait distinction de dons et offices, et toutesfois que le tout soit réduit en un. Parquoy $. Paul au chapitre XII des Romains, loué ceste variété, afin que nul ne confonde la distinction que Dieu a mise, en s’ingérant follement en l'office d’autruy. Il veut donc qu'un chacun se contentant du don qu’il a receu, s’employe à le faire valoir, et s'acquitter de son devoir : et défend que nul par folle affection ne passe outre ses limites. Brief, il admoneste qu'un chacun pense combien il luy a esté donné, quelle mesure il a obtenu, età quoy il est appelé. Mais il commande qu’un chacun apporte au .monceau tout ce qu'il ha : que nul ne supprime les dons de Dieu pour en jouir à part, sans en Communiquer à ses frères : mais que tous se r’allient ensemble à l'édification
Cnar. XII.
commune. Il amène la similitude Corps humain en tous les deux lieux :
mais à diverses considérations, comme on le peut veoir. La somme revient à ceci, que les grâces ne sont pas distribuées diversement aux fidèles, à ceste fin qu’elles soyent séparées : mais qu’en la distinction il y a une unité, pour autant qu’un mesme Esprit est la source de tous dons : un mesme Dieu est Seigneur de toutes administrations, et autheur de toutes puissances. Or Dieu qui en est le commencement, en doit estre aussi la fin. Un mesme Esprit. Ce lieu-ci est digne d’estre diligemment noté, contre un {as d’esprits enragez, qui pensent que ce nom D’esprit, ne signifie rien d’essenciel : mais seulement les dons ou Opérations de la puissance Divine. Mais S. Paul démonstre yci apertement, qu’il ÿ à une puissance essencielle de Dieu de laquelle procèdent toutes ses œuvres. Il est bien vray que le nom d’Æsprit est aucunesfois transféré aux dons par la figure Métonymie : et suyvant cela, nous lisons ces façons de parler, Esprit d’intelligence, de jugement, de force, de discrétion. Mais l’Apostre testifie vyci apertement, que l'intelligence, le jugement, la mansuétude, et ‘tous autres dons provienent d’un mesme commencement. Car c’est l’oftice du S. Esprit, de desployer et exercer la puissance de Dieu, en conférant et distribuant ces dons aux hommes.
5 Un mesme Seigneur. Les anciens Docteurs ont usé de ce tesmoignage contre les Arriens pour maintenir la Trinité des personnes. Car S. Paul premièrement nomme yci PEsprit, puis après, le Seigneur, et finalement Dieu : et à tous trois est attribuée une mesme et commune opération. Ainsi sous le nom de Seigneur, ils entendoyent Christ. Mais quant à moy, combien que je soye bien content qu'on l’entende ainsi, je consi-
. dère toutesfois que l’argument est trop foïble pour clorre la bouche aux Arriens.
Car il y a relation entre ces deux mots,
SUR LA [re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
du |
Administrations et Seigneur. Les administrations, dit S, Paul, sont diverses :
Mais il n’y a qu'un Dieu à qui il nous faut servir, quelque administration que
nous ayons. Ceste antithèse donc démonstre quel est le simple sens, tellement que de le restraindre à Christ, cela seroit contraint. |
6 l'y a un mesme Dieu, etc. I veut dire que combien que les fidèles soyent douëz de diverses vertus, toutesfois elles procèdent toutes d’une mesme vertu de Dieu. Parquoy quand il est yei dit, qu’il œuvre toutes choses en tous, cela ne s’estend point à la providence universelle de Dieu : mais à sa libéralité, de laquelle il use envers nous, quand il donne quelque grâce à un chacun. La somme de ce propos est, qu’il n’y à nul bien, ne chose qui soit digne de louange és hommes, qui ne viene de Dieu. Parquoy ce n’est point à propos, d’esmouvoir yci la question, comment c’est que Dieu œuvre en Satan et és réprouvez.
1 Mais la manifestation de L'Esprit.
Maintenant ii démonstre à quelle fin Dieu à destiné ses dons. Car il ne nous les donne pas en vain, et si ne veut pas qu’ils servent à ostentation et pompe. Il faut donc sçavoir quel en est le vray usage. Pour proufiter, dit sainct Paul, c’est-à-dire, afin que l'Eglise en recoyve fruit. Ce mot Manifestation de l'Esprit, peut esire pris tant en signification passive, qu'active. Passive : car là où il y a prophétie, Ou science, ou quelque autre don, là PEsprit de Dieu est manifesté.
Active : pour autant que quand l'Esprit de Dieu nous enrichit de quelque don, il desploye ses thrésors, pour nous manifester et donner à cognoistre les choses qui autrement nous seroyent cachées et closes. Ceste seconde exposition convient mieux. Ce que dit Chrysostôme, est un peu dur et contraint : asçavoir que ceci est appelé Manifestation, pource que les infidèles ne recognoissent point Dieu, sinon par miracles visibles.
8 Car à l’un est donnée la parole de sapience par l'Esprit : et à l'autre, la parole de science selon le mesme Esprit.
Car. XI.
9 À l'autre, foy en ce mesme Esprit : à l'autre, dons de quarisons en mesme
Esprit.
10 4 l’autre efficaces de puissances"
: à l'autre, prophétie : à l'autre, dis-
crélions des esprits : à l'autre, diversitez de langues : à l'autre, interpréta-
tions des langues.
11 Mais ce seul et mesme Esprit, fait toutes ces choses, distribuant particu-
lièrement à un chacun selon qu'il veut?.
12 Car comme le corps est un, et ha plusieurs membres : mais tous les membres de ce corps qui est un, jà soit qu'ils soyent plusieurs sont un corps: en
telle manière aussi est Christ.
13 Car nous sommes tous baptizez en un Esprit, pour estre un corps : soyent Juifs, soyent Grecs, soyent serfs, soyent francs : el sommes tous abbruvez d'un
mesme Espri*.
1) Ou, opérations de vertus.
8 Car à l'un, etc. 1 récite maintenant les espèces, non pas toutes, mais seule- ‘ment celles qui servent au propos qu'il traicte. Les fidèles, dit-il, sont douez de divers dons : mais qu'un chacun recognoisse avoir du S. Esprit ce qu’il ha :
car il espand ses dons, comme le soleil envoye ses rayons de {ous costez. Quant à la différence de ces dons, ces mots Science, ou cognoissance, et Sapience sont pris en diverses sortes en lEscriture : mais yci je les pren comme la chose moindre et la chose plus grande, comme au chapitre Il des Colossiens, v. 3, où aussi elles sont conjointes ensemble, quand sainct Paul dit, que tous les thrésors de sapience et de science sont cachez en Christ. La Science donc (selon mon opinion) signifie l’intelligence des choses HR QE la Se Signifie la perfection d’icelle, Prudence est quelquesfois mise entre-deux : et lors elle signifie le sçavoir et la dextérité de bien applicquer l’intelligence à quelque usage. Vray est que c’est quasi tout un des trois, toutesfois on voit la ditiérence, quand ils sont mis ensemble.
Prenons donc Science pour une COgnoissance moyenne : et Sapience, pour des révélations plus secrètes et hautes. Ce mot de Foy, est vci pris pour la Foy particulière, comme nous verrons puis après par la déduction du texte. La foy particulière est, quand on n’appréhende pas Christ entier pour rédemption, pour justice et sanctification : mais seulement entant que miracles sont faits en son nom.
Judas à eu une telle foy, et par icelle il
2) Rom., XII, 3, Eph., IV, T.
3) Ou, d’un bruvage pour estre un mesme esprit,
a fait mesme des miracles. Chrysostôme la distingue un peu autrement, l'appelant la foy des signes, et non pas de doctrines : ce qui n’est pas toutesfois fort loin du premier sens. Quant au Don de guarison chacun sçait que c’est. Il y a plus de doute que c'est qu’il entend par les efficaces des puissances, ou les opérations des vertus, comme aucuns l'ont traduit. Toutesfois je suis de ceste opinion, que c’est une puissance qui se desployoit contre les diables, et contre les hypocrites. Quand donc Jésus-Christ et ses Apostres ont arresté ou chassé les diables à leur seule parole, c’estoit ceste opération de laquelle il est yci parlé.
Aussi quand ? Paul aveugla le Magicien, Actes, XIII, 14 : et quand S. Pierre de sa seule parole es Ananias et Sapphira, c’estoit par ce don de puissance, Actes, V, 5 et 9. Les dons donc Ge guarison et de faire miracles, servent à monstrer là douceur et bonté de Dieu : mais ce dernier, sert à sa sévérité pour accabler Satan. Par le mot de Prophélie, j'enten un don singulier et excellent d'expliquer la volonté secrète de Dieu, en sorte que le mot de Prophète, signifie comme un messager entre Dieu el es hommes, apportant la volonté de Dieu aux hommes.
Je rendray puis après raison plus amplement de ce que telle est mon opinion quant à ceci. La discrétion des esprits, c’estoit la vertu et grâce de sçavoir bien discerner entre les hommes, et cognoistre ceux qui présument de leurs personnes.
Je ne parle point d’une prudence naturelle que nous suyyons en jugeant :
Car. XI.
mais @’estoit une illumination particulièrement donnée à aucuns par un don
singulier de Dieu. F’usage de ce don es- |
toit, afin qu’on ne fust trompé par la monstre et belle apparence que les gens ont aucunesfois : mais que par ce jugement spirituel on peust discerner les vrais ministres de Christ, d'avec ceux qui sont feints. Il y avoit différence entre la cognoissance des Langues et l’interprétation des langues : pource que ceux qui avoyent le premier de ces deux dons, . bien souvent ne sçavoyent pas parler la langue de la nation avec laquelle ils avoyent affaire. Et en tel cas ceux qui avoyent le don d'interprétation des langues, exposoyent en Langue vulgaire les langues estranges. Ils n’acquéroyent point lors ces dons par labeur ou estude, mais ils les avoyent par révélation admirable du sainct Esprit.
14 Ce seul et mesme Esprit fait
toutes ces choses, distribuant particu=
lièrement à un, etc. Dont S’ensuit que ceux abusent des grâces, qui par faute d’estre soingneux de communiquer , troublent et rompent ceste saincte harmonie, qui lors est accomplie de toutes ses parties, et proprement compassée, quand par la conduite de ce mesme Esprit, tous tendent en une mesme fin. Il ramène derechef les Corinthiens à unité, quand il dit que tous ont puisé d’une mesme fontaine tout ce qu’ils ont. Mais quant et quant il démonstre que pas un n’en ha tant, qu'il en ait assez pour sOY, et qu’il n’ait besoin de l’aide des autres.
Car c’est ce qu’il entend par ces paroles, Distribuant particulièrement à un chacun selon qu’il veut. L'Esprit de Dieu nous distribue done en particulier, afin que nous rapportions en commun. Îl n’y a pas un à quiil donne tout, afin que nul ne se retire de la communion des autres, et vive seulement pour soy, comme s’il en avoit assez. À cela mesme tend ce mot, Particulièrement : pource qu’il nous est très-nécessaire de bien entendre la diversité par laquelle Dieu nous conjoint et oblige mutuellement les uns aux autres. Au reste, quand nous voyons qw'yci est attribuée volonté à l’esprit, voire volonté conjointe avec puissance et
SUR LA fre ÉPISTRE AUX CORINTHIENS. k51
authoriié, il est aisé à recueillir que l'Esprit est vrayement et proprement Dieu.
412 Car comme le corps'est un. Maintenant il amène la similitude du corps humain, de laquelle aussi il use en l’Epistre aux Romains, XIT, v. 4: mais c’est à une auire fin, comme j’ay dit ci-dessus.
En PEpistre aux Romains il veut qu’un chacun soit content de son estat et vocation, sans entrer sur les limites d’autruy :
comme ambition, ou curiosité, ou quelque autre convoitise pousse beaucoup de gens à embrasser et attenter beaucoup plus qw’il ne seroit expédient. Mais yci il exhorte les fidèles qu'ils s’entretienent les uns avec les autres, en distribuant de leurs dons l’un à l’autre: d'autant que Dieu ne leur a point conféré telles grâces, afin qu’un chacun jouisse de la siene à part, mais afin que l’un en aide à l’autre.
Au reste, c’est une façon de parler assez
| commune, Que toutes sociétez d'hommes,
ou congrégations, sont appelées, Corps:
comme une cité fait un corps, un Sénat fait un corps, et un peuple aussi. Et Menenius Agrippa voulant faire appointement entre le commun peuple de la ville de Rome et les Sénateurs, proposa une fable approchant quasi de ceste doctrine de sainct Paul en remonstrant que les membres du corps ayans conspiré contre le ventre, et se voulans séparer d'avec luy, s’en trouvèrent mal les premiers.
Mais c’est bien encore autre chose entre les Chrestiens. Car ils ne sont pas seulement un corps politique, mais ils sont le corps mystique et spirituel de Christ, comme aussi sainct Paul adjouste puis après. Le sens donc est, Combien que les membres d’un corps soyent divers, et différens en offices, toutesfois ils sont si bien conjoints ensemble, qu’ils prenent nourriture et accroissement l’un avec l’autre. Nous donc qui sommes membres de Christ, jà soit que nous soyons douez de diverses vertus, toutesfois nous devons regarder et tendre à ceste conjonction que nous avons en Christ. En telle manière aussi, eic. Le nom de Christ est yei mis pour l'Eglise. Car il faloit applicquer la similitude, non pas au Fils unique de Dieu, mais à nous. Voyci un passage plein de grande consolation ,
quand il appelle l'Eglise, Christ. Car ce bon Seigneur Jésus nous fait cest honneur qu'il ne veut pas estre considéré et recognu en SOY seulement, mais aussi en ses membres. Et pourtant sainet Paul dit ailleurs, que lPEglise est l’accomplissement d’iceluy, comme si estant séparé de ses membres, il estoit aucunement mutilé et imparfait, Ephés., I, v. 23. Et certes (comme sainct Augustin en traitte élégamment en quelque lieu) veu que nous sommes vigne fertile en Christ, hors de luy que sommes-nous sinon sarmens secs et inutiles ? Jehan, XV, v. 4.
Or nostre consolation gist en ceci, que tout ainsi que luy et le Père sont un, aussi nous sommes un avec luy : et de là vient ceste communication de son Nom.
13 Car nous sommes tous baptizez.
Il prouve ce qu’il veut dire par Peffet du Baptesme. Nous sommes entez, dit-il, par le Baptesme au corps de Christ : afin que par un lien mutuel nous soyons liez ensemble , comme membres, et vivions une mesme vie. Parquoy quiconque voudra demeurer en l'Eglise de Christ, il faut nécessairement qu'il s’entretiene en ceste société. Or il parle du Baptesme des fidèles , lequel la grâce du sainct Esprit ne permet point estre sans efficace.
Car plusieurs ne le reçoyvent que selon la letre, et il leur est un signe sans effet : mais les fidèles reçoyvent la vérité avec le Sacrement. Et certes au regard de Dieu, ceci demeure tousjours véritable, Que par le Baptesme nous sommes entez au corps de Christ. Car Dieu n’y figure rien qu’il ne soit prest d'accomplir, moyennant que de nostre Costé nous en soyons capables. Or lApostre garde yci un bon moyen, quand il dit que la nature du Baptesme est de nous conjoindre au corps de Christ. Mais afin que nul n’imaginast que le signe externe fust cause de ceci, il adjouste que c’est une œuvre du sainct Esprit. Soyent Juifs,
Caar,. XII.
soyent Grecs. Il a exprimé ces espèces, pour signifier que la diversité des conditions ou estats, n’empesche point ceste saincte unité, laquelleil recommande tant.
Et c’est bien à propos et fort proprement qu’il à adjousté ces mots: pource que lors l’émulation pouvoit procéder de ces deux sources: asçavoir que les Juifs n’estoyent point contens et ne pouvoyent endurer que les Gentils fussent égaux à eux:
et que selon que chacun avoit quelque excellence par-dessus les autres, en voulant tenir son rang, il se séparoîït loin des frères. £t sommes tous abbruvez.
On ne peut pas bien dire s’il parle yci du Baptesme, ou de la Cène : toutesfois j’estime plustost qu’il parle de la Cène, pource qu’il fait mention de bruvage. Car je ne doute point qu’il n’ait voulu faire allusion à la similitude du signe. Or il n’y a nulle convenance entre bruvage et le Baptesme. Au reste, combien que lacoupe ne soit que la moitié de la Cène, toutesfois il n’y à nul inconvénient en cela. Car l’Escriture use souvent de ceste façon de parler, quand il est question des Sacremens: Comme ci-dessus, chap. X, v. 47, laissant la coupe, il a seulement nommé le pain. Le sens done sera, Que la participation de la coupe tend à cela, que nous soyons tous abbruvez d’un mesme bruvage spirituel. Car là nous beuvons le sang vivifiant de Christ, afin que nous ayons une vie Commune avec luy : ce que nous avons , quand il vit en nous par son sainct Esprit. Ainsi donc il enseigne les fidèles , que si tost qu'ils sont amenez à Christ, par le Baptesme desjà leur est donné un goust de laffection qu’ils doyvent avoir d'entretenir entr’eux unité et conjonction mutuelle : puis après que quand ils reçoyvent la saincte Cène, derechef ils sont duits ét amenez à ceste mesme unité, entant que là ils sont tous abbruvez d’un mesme bruvage.
44 Car aussi le corps n’est point un membre, mais plusieurs. 15 Si le pied dit, Je ne suis point la main, je ne suis point donc du corps :
n'est-il paie du corps pourtant?
16 Ætsi l'aureille dit, Je ne suis point l'œil, je ne suis point donc du corps:
n'est-elle point du corps pourtant?
Cuar. XII.
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
A7 Si tout le corps est l œil, où sera l'ouye? Si tout est l'ouye, où sera le sen-
timent ?
18 Mais maintenant Dieu a posé un chacun membre au corps, ainsi qu'il a
voulu.
19 Car si tous estoyent un membre, où seroit le corps ?
20 Mais maintenant il y a plusieurs membres :
corps.
loutesfois n'y a qu'un
91 Et l'œil re peut dire à la main, Je n'ay que faire de toy : ni aussi la teste aux pieds, Je n'ay que faire de vous.
22 Et qui plus est, les membres du corps qui biens estre les plus infir-
mes 1, sont beaucoup pl us nécessaires.
23 Et ceux que nous cuidons estre les plus déshonnestes du corps, nous leur baillons plus grand honneur? : et les parties qui sont en nous les plus laides,
ont plus de parement.
24 Et les parties qui sont belles en nous, n'en ont point mestier. Mais Dieu & tempéré le corps ensemble, donnant plus d'honneur à celuy qui en avoit
faute :
25 Afin qu'il n'y ait point de division au corps, ains que les membres ayent une mesme solicitude les uns pour les autres.
26 Et soit qu'un membre endure quelque chose, tous les membres endurent avec luy : ou soit qu'un membre soit honoré, tous les membres ensemble s'en
esjouissent.
21 Or estes-vous le corps de Christ, et membres en partie.
1) Ou, débiles.
15 Si le pied dit. C’est une exposition de la sentence précédente avec quelque amplification , qui esclarcit ce qui a esté dit ci-dessus en brief. Au reste, tout ceci s'accorde avec la fable de Menenius Agrippa, dont j'ay parlé ci-dessus: de ce qui adveint quand tous les membres du Corps Conspirèrent de ne nourrir point le ventre. S'il survient une telle dissension au corps, que les pieds refusent leur devoir à tout le reste du corps, que le ventre aussi, les yeux, les mains en facent autant : que sera-ce à la fin? Ne faudra-il pas que tout le corps périsse? Comhien que sainct Paul yci insiste proprement sur une chose, asçavoir qu’un chacun membre se doit contenter de son lieu et degré, et ne porter point d'envie aux autres. Car il compare les plus excellens membres avec ceux qui ont moins de dignité. L’œil ha un lieu plus honorable au Corps que n’ha pas la main, et la main plus que le pied. Mais si les mains esmeues d'envie, refusent de faire leur devoir, nature endurera-elle cela ? Croira-on là main qui voudra se séparer du reste du Corps ? N’estre point du corps, signifie yci n'avoir point de communication avec
2) Ou, sont ac coustrez par nous plus honorablement.
3) On, d’iceluy chacun en son endroit:
les autres membres, mais vivre pour soy, et ne chercher que son proufit particulier. Sera-il donc licite à la main, dit sainet Paul, de desnier son office aux autres membres, pourtant qu’elle sera esmeue d'envie contre les yeux ? Tout ceci est dit du corps naturel, mais il doit estre applicqué aux membres de l'Eglise : afin qu'ambition ou quelque émulation perverse et envie ne nous face restraindre et espargner les uns envers les autres, tellement que celuy qui est inférieur, refuse son aide aux plus grans.
AT Si tout le corps est l'œil. I] reprend ceste sotte jalousie d’estre égal: et la réfute, monstrant que c’est une chose impossible. Si tous les membres, dit-il, appêtent l’honneur de l'œil, il adviendra que tout le corps périra. Car il est impossible que le corps demeure sain et sauf, s’il n’y a diversité de puissance és membres, et communication mutuelle d’une part et d'autre. L'égalité donc répugne la conservation de l’estat du corps: car elle engendre confusion, qui est cause de ruine soudaine. Quelle folie donc sera-ce, quand un membre conspirera plustost à sa ruine et à celle du corps, que de s’ac-
koh
commoder et soumettre à l’un des autres membres ?
18 Mais maintenant Dieu «a posé. C’est un autre argument, qu’il prend de Pordonnance de Dieu. Il a pleu ainsi à Dieu que le corps soit composé de plusieurs membres, et que les membres avent divers offices et dons. Si donc un membre ne se contente de sa situation et propriété, il fait guerre à Dieu, comme les Poëtes ont dit anciennement des géans. Assujetissons-nous donc à l’ordre que Dieu a institué luy-mesme, de peur de perdre temps, et nous gasier en résistant à sa volonté.
A9 55 tous estoyent un membre. 1] si-
gnifie que ce n’est point sans cause et à l'aventure, que Dieu à attribué divers dons aux membres : mais pource qw’il estoit ainsi nécessaire pour la conservation du corps : d'autant qu’il n’y auroit plus que confusion et dissipation, si on oste une telle proportion. Et pourtant, nons-nous devons d'autant plus assujetir à la providence de Dieu, laquelle à disposé toutes choses tant bien à propos pour nostre proufit et utilité commune.
Ce mot Membre, se prend pour une masse qui seroit toute d’une forme, et où il n’y auroit aucune variété. Car si Dieu composoit ainsi nostre Corps en une telle masse, ce seroit un amas de chair inutile.
20 /ly a plusieurs membres, etc. Il répète ceci souvent : pour autant que le nœud de tout le propos consiste en cela, ascavoir que l’unité du corps est de telle sorte, qu’elle ne se peut entretenir, qu’il n’y ait diversité de membres : et que les membres sont tellement différens entr’eux d’offices et facultez, qu’ils ont une liaison mutuelle entr’eux pour conserver le corps, qui est un. Ainsi donc il monstre qu'il n'y à corps qui puisse se conserver et maintenir, s’il n°v à un accord de divers membres : afin que nous sçachions procurer le bien publiq et particulier, en faisant le devoir de nostre vocation chacun en son endroit.
24 Æt l'œil ne peut dire à la main.
Il a remonstré jusques yci quel est l’office des membres les moins honorables :
asçavoir aider le corps de leur puis-
Châr. XI.
sance : et ne porter poibt d'envie aux membres les plus excellens. Maintenant au contraire, il donne un commandement pour les membres les plus honorables :
asçavoir qu’ils ne mesprisent point les autres qui sont moindres, desquels ils ne se peuvent passer. L’œil est plus excellent que la main : toutesfois il ne la peut avoir en mespris, OU se mocquer d'elle, comme si elle estoit inutile. Or il remonstre par lutilité, qu’il en faut ainsi faire. Les membres, dit-il, qui Sont les moins eStimez, sont les plus nécessaires.
Afin donc que le corps demeure en son entier, il ne faut point qu’ils soyent mesprisez. Il a mis ce mot, Les plus infirmes, pour Contemptibles : comme quand il dit ailleurs, qu'il se glorifie en ses infirmitez, 2 Cor. XII, 9, il signifie par cela les choses qui le rendoyent abject ét contemptible.
23 Ceux que nous cuidons estre les plus déshonnestes. C'est le second argument : asçavoir que le déshonneur d’un membre redonde au déshonneur commun de tout le corps : cè qui appert par la solicitude que nous avons de cacher les parties les moins honnestés. Ceux qui sont honnestes, dit-il, n’ont que faire d'emprunter ornemens d’ailleurs : mais des parties honteuses, ou les moins honnestes, nous en prenons plus grand soin.
Pourquoy cela? sinon que leur honte tourneroit au déshonneur dé tout le corps? Bailler honneur, c’est le couvrir pour agencement, afin que les membres que nous ne pourrions descouvrir qu'avec turpitude, nous tienent en honneur estans eachez.
24 Mais Dieu &a tempéré. I répète derechef ce qu’il avoit desjà dit une fois, mais c’est plus clairement : asçavoir que Dieu a ordonné ceste proportion et ce au proufit de tout le corps, pource que sans cela le corps ne peut demeurer en son estre. Car d’où vient cela que tous les membres sont si songneux naturellement de l’honnesteté du membre qw’il ne feroit pas beau veoir, et sont d’un mesme accord pour couvrir sa turpitude? Geste inclination leur est donnée de Dieu :
pource que sans ceste modération et compassement, il surviendroit inconti-
Cab. XIL nent dissension au corps. Dont appert que non-seulement le corps est endommagé, et l’ordre de nature renversé, mais aussi Pauthorité de Dieu manifestement enfreinte, Si tost que quelqu'un usurpe plus qu'il ne luy est donné, et que ne porte sa vocation:
26 Et soit qu'un membre endure. On voit, dit-il, une telle compassion au corps humain, que tous les autres membres auront pitié de celuy qui Sentira quelque inconvénient, et S’esjouiront aussi de son bien. Il n’est donc point yci question d'envie ne de contemnement. Estre honoré, Se prend yci au large, pour se porter bien et eStre à son aise. Or il n'y a rien plus convenable pour entretenir bonne concorde, queceste communion, quand chacun voyant bien advenir aux autres s’en sent enrichi de son costé : et au contraire, Se sent appovri, quand les autres ont défaut de quelque chose.
27 Or estes-vous le corps de Christ.
Ce donc qui à esté dit de la nature et condition du corps humain, doit estre applicqué à nous. Car nous nesommes pas seulement une communauté Civile, mais estans insérez au corps de Christ, nous sommes vrayement membres les uns des autres. Tout cela donc qu’un chacun de nous ha, qu’il sçache qu’il luy est donné à l’édification commune des frères : et pourtant qu’il le rapporte en commun, et qu’il ne le supprime point le tenant comme caché et enseveli par devers soy, ou en jouisse comme de son propre. Celuÿ qui est doué de plus grandes grâces, quil ne mesprise point les autres, se levant en orgueil, mais qu’il pense qu’il n’y
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
L55 a Si petit qui ne serve : comme, à la vérité, le plus petit mesme de tous les fidèles fructifie selon sa petite capacité, eh sorte qu'il n’y a Membre inutile en l'Eglise. Ceux qui ne sont point en si grand honneur que les autres, qu’ils ne portent point d'envie aux autres, et qu'ils ne leur desnient point leur devoir, mais qu’ils se contentent de la place et du degré auquel ils Sont colloquez : qu'il y ait üune amitié mutuelle, compassion mutuelle, solicitude mutuelle. Ayons en recommandation le bien commun, afin que nous ne destruisions l’Église par nostre mälignité, ou envie, où orgueil, ou quelque dissension : mais plustost qu'un chacun s’employe de tout son pouvoir à là conservation d’icelle. Voyci une belle matière riche et abondante : mais il me suffit d’avoir touché comment il faut applicquer ceste similitude à lEglise.
Membres en partie. Chrysostôme pense que ceste particule a esté adjoustée, pource que les Corinthiens n’estoyent pas l'Eglise universelle : lequel sens me semble estre bien contraint. J’ay pensé autresfois que c’estoit une marque d’impropriété, comme nous disons en Langue vulgaire, Aucunement. Mais quand je poise le tout de plus près, je la réfère plustost à ceste division des membres, de laquelle il avoit fait mention. {ls sont done membres en partie, selon qu’à chacun est attribuée sa portion, et son office limité. Le fil Hesme du texte nous amène à ce Sens-là : ainsi, En partie, et Entièrement, ou Pour le tout, Seront termes opposites l’un à Pautre.
28 Et Dieu en a mis aucuns en l'Eglise : premièrement Apostres : seconde-
ment Prophètes : tiercement Docteurs!
: et puis les Vertus : conséquemment les
Dons de guarisons, Secours, Gouvernemens, diversilez de Langues. 29 Tous sont-ils Apostres? tous sont-ils Prophètes? tous $ont-ils Docteurs?
tous sont-ils ayans vertus?
30 Tous ont-ils dons de guarisons? tous parlent-ils diverses Langues? tous
interprètent-ils?
31 Mais ensuivez les plus excellens dons ??
4) Eph., IV, 11.
2) Ou, soyez convoiteux des plus excellens dons. Ou, estes-vous envieux des plus excellens dons ?
Au commencement du Chapitre il a chacun. Maintenant il commence à traitparlé des facultez et dons distribuez à un ter des offices : lequel ordre il nous faut
noter diligemment. Car le Seigneur n’ordonne point des Ministres, que premièrement il ne les garnisse de dons nécessaires, et rende idoines pour exécuter leur charge. De quoy il nous faut recueillir que ceux qui se fourrent en lEglise de Dieu, n’ayans le don et la grâce, sont des fantastiques, et poussez de mauvais esprit : comme plusieurs se vantent estre poussez du S. Esprit, et se glorifient, se disans estre secrètement appelez de Dieu : et cependant sont sans sçavoir, et dutout ignorans. Au contraire certes, c’est un ordre naturel, que les dons précèdent le ministère, Comme donc il a.remonstré ci-dessus, que tout ce qu'un - chacun a receu de dons de Dieu, il le doit rapporter en commun, aussi il déclare maintenant que les offices sont tellement distribuez, que néantmoins tous ensemble d’un accord, édifient l'Eglise : et chacun selon sa portion et mesure.
28 Premièrement Apostres. I ne récite pas toutes les espèces, et aussi il n’estoit pas besoin : car il a voulu seulement proposer quelques exemples. Au chapitre IV, v. 11 des Ephésiens, il récite un plus grand nombre des offices qui sont requis pour. le gouvernement perpétuel de l'Eglise. Je donneray là la raison, si le Seigneur permel que nous parvenions jusques-là : combien qu’en ce lieu-là mesme, il ne les raconte pas tous.
Quant au présent passage, il faut noter qu'entre les offices que sainct Paul nomme vyci, il y en a aucuns perpétuels, et les autres n’ont esté que pour un temps.
Les perpétuels sont ceux qui sont nécessaires pour le gouvernement de l'Eglise.
Les temporels sont ceux qui estoyent ordonnez du commencement pour fonder l'Eglise, et pour dresser le Royaume de Jésus-Christ, et peu de temps après on£ cessé. L'office de Docteur, est de la première espèce : l'office d’{postre, est de la seconde. Car le Seigneur a créé les Apostres, afin qu'ils preschassent PEvangile par tout le monde : et n’a pas assigné à chacun d’eux certains limites ou paroisses. Mais en quelque part qu'ils arrivassent, il a voulu qu'ils feissent leur ambassade à toutes langues et nations.
Et en cela ils sont différens des Pasteurs,
Cuar. XII.
qui sont aucunement attachez à leurs Eglises. Car un Pasteur n’ha point mandement de prescher l'Evangile par toutle monde : mais d’avoir soin de son Eglise, qui luy est donnée en charge. En l’Epistre aux Ephésiens il adjouste les Evangélistes après les Apostres, yei il n’en dit mot.
Car du premier degré, il vient incontinent aux Prophètes : par lesquels il entend, à mon avis, non pas ceux qui avoyent le don de prédire les choses àvenir, mais ceux qui avoyent une grâce particulière non-seulement d'exposer l’'Escriture, mais aussi de l’accommoder prudemment, et l’appliquer en usage selon les personnes et le temps. La cause qui me meut de l’entendre ainsi, c’est qu’il préfère la prophétie à tous autres dons : pource qu’elle apporte plus d’édificaition. Laquelle louange ne conviendroit pas au don de prédire les choses à-venir.
D’avantage, quand il veut deserire loffice d’un Prophète, ou pour. le moins traitter que c'est qu’il ha principalement à faire, il dit qu’il doit s’appliquer à consoler, exhorter et enseigner. Toutes ces choses sont distinctes d'avec les prophéties et advertissemens des choses à-venir. Entendons donc que les Prophètes en ce lieu-ci, Ce sont premièrement excellens expositeurs de lEseriture, et avec ce gens douez d’une prudence et dextérité singulière, pour sçavoir bien considérer la nécessité qui sera présentement en l’Eglise, afin d’accommoder leur propos selon cela : et par ce moyen ils sont comme ambassadeurs pour donner à cognoistre la volonté de Dieu aux hommes.
Entr’eux et les Docteurs, on peutmettre ceste différence, que la charge des Docteurs gist en ce que saines doctrines soyent contregardées et publiées, afin que la pureté de la religion. demeure tousjours en l'Eglise. Combien que ce nom aussi est pris en diverses sortes :
et yci paraventure qu'il signifie plustost Pasteur, si nous ne l’aimons mieux prendre généralement pour tous ceux qui ont le don d'enseigner : comme ilest pris au chapitre XIII, v. 4, des Actes : auquel lieu aussi sainct Luc les conjoint avec les Prophètes. Or quant à ce que je n’en- Suy pas l’avis des autres qui comprenent
Cuar. XII.
toute la charge du Prophète en linterprétation de l’Escriture : la raison est, pource que S. Paul limite à deux ou trois le nombre de ceux qui doyvent parler, et ce par ordre ! : ce qui ne conviendroit pas à une nue et simple interprétation de l’Escriture. Brief, mon opinion est, que les Prophètes sont ceux qui déclarent la volonté de Dieu, en applicquant proprement et avec dextérité les prophéties, menaces, promesses, et toute Ja doctrine de l’Escriture selon que requiert la nécessité présente de l'Eglise. S'il y a quelqu'un qui en cela ne s'accorde point avec moy, je n’en veux pas débatre. Car il est bien difficile de juger des dons et grâces, desquelles l'Eglise a esté si long temps privée, sinon qu’on en voit aujourd’huy seulement quelques traces ou ombres. Quant aux Z’ertus et dons de guarisons, il en a esté desjà parlé au chapitre XIT il faut seulemerit noter, qu'il n’est yei fait mention tant des dons mesmes, que de l’administration d’iceux.
Or pource que l’Apostre raconte yci les offices, je n’approuve pas ce que dit Chrysostôme : asçavoir que ce que nous traduisons yei Les secours, consiste à supporter les infirmes. Que sera-ce donc?
Certes ou ça esté jadis tant un office qu'un don, lequel nous est incognu aujourd’huy : ou bien il appartient à l'office de Diacre : c’est-à-dire à avoir soin des povres. Et je n’arreste plus à ce second avis. Or il met deux espèces d’office de Diacre au chapitre XII, v. 7, aux Romains desquelles j'ay traitté là. Par les Gouvernemens, j'enten les anciens qui estoyent commis pour la discipline Ecelésiastique. Car la primitive Eglise avoit comme son Sénat ou Consistoire, pour entretenir le peuple en mœurs honnestes: ce que S. Paul monstre ailleurs, quand il met deux ordres de Prestres :
c’est-à-dire d’Anciens, 4 Tim., V, 47. Le Gouvernement donc consistoit des anciens, qui estoyent douez de plus gfande gravité, expérience, et authorité que les autres. Sous les diversitez de Langues,
1) En ceste épistre, chap. XIV, v, 29,
SUR LA Jre ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
il comprend tant la cognoissance d’icelles, que la grâce de les interpréter. Or c'estoyent deux dons distincts. Car quelque fois il y avoit tel qui parloit divers langages, qui toutesfois n’eptendoit pas le langage de l'Eglise à laquelle il avoit affaire. Lors ceux qui avoyent le don d'interprétation des Langues, suppléoyent ce défaut.
29 Tous sont-ils Apostres ? I] se peut bien faire que quelqu'un sera doué de plusieurs dons, et pourra fournir à deux des charges qu’il a récitées : et en cela iln’y a point d’inconvénient. Mais S.
Paul veut dire que nul n’est si parfait en toutes choses, qu’il en ait assez pour Soy, et qu’il n’ait affaire des autres : d’avantage, que tant les charges que les dons sont tellement distribuez, qu’il n’y a pas un membre qui soit tout le corps :
mais que quand chacun membre rapporte en commun sa portion, alors tous ensemble font un corps entier et parfait. Car S. Paul veut yci oster toute occasion d’orgueil, toute envie, arrogance et contemnement des frères: toute ambition, malignité, et toutes autres choses semblables.
31 Ensuyvez les plus excellens dons, eic. On pourroit aussi le tourner ainsi, Ayez en grande estime: et ne conviendroit pas mal à ce passage, combien qu’il n'y ait pas grande différence quant au sens. Car le sainct Apostre exhorte jes Corinthiens de principalement désirer où avoir en estime les dons qui servent le plus à édification. Car ce vice régnoit entr’eux, qu'ils s’estudioyent plus à se monstrer, qu'à proufiter aux autres. À ceste raison on ne tenoit conte du don de prophétie : mais les diversitez de Langues retentissoyent avec grande pompe et peu de proufit. Cependant il ne parle pas à un chacun, comme sil vouloit qu'un chacun aspirast à la Prophétie, ou à lestat de Docteur, mais seulement il leur recommande le soin d’édification commune, afin au’és choses qui sont plus proufitables, ils s'y employent aussi plus diligemment.
Cie. XIE.