CHAPITRE XIII
À Et je vous vay monstrer encor une voye plus excellente. Si je parle les langages des hommes et des Anges, el je n'ay point charité, je suis comme l gra qui résonne, ou la cymbale qui tinte.
2 El si j'ay don ‘de prophétie, et cognoy tous secrets et toute science : et si J'ay toute la foy, tellement que je transporte les montagnes?, et n'ay point cha-
rité : je ne suis rien.
3 ÆEl si je distribue tous mes biens à la nourriture des povres, et si je livre mon corps pour estre bruslé, et je n'ay point charité, il ne me proufile en rien.
1) Ou, je vous en monstreray encores le chemin en plus grande excellence.
D'autant que la division du chapitre estoit si sottement faite, je n’aipeu me tenir de la changer, et mesme d’autant que je ne le pouvoye autrement interpréter commodéement. Car qw’estoit-il besoin de conjoindre ceste sentence imparfaite avec les précédentes, laquelle s’entretient tant proprement avec les subséquentes : et qui plus est, est rendue parfaite quand elle est conjointeavecicelles ? Il est certes facile à croire que cela est advenu par la faute de ceux qui copioyent les livres anciennement.
{Juoy qu’il en soit, après que saïnct Paul a commandé que principalement on eust esgard à l’édification, maintenant il proteste qu’il démonstrera encore quelque chose de plus grand, asçavoir que toutes choses doyvent estre rapportées à la règle de charité. Voylà donc la voye la plus excellente, quand nous modérerons toutes nos opérations selon charité. Et d’entrée il prend ce fondement, que toutes vertus quelles qu’elles soyent ne sont rien sans charité: pource qu’il n’y à rien tant singulier ou excellent soit-il, qui ne soit trouvé vicieux devant Dieu, si la charité défaut. Et il n’enseigne rien yci que ce qu’il dit ailleurs, quand il déclare que charité est la fin de la Loy, et le lien de perfection: 4 Tim., 1, 5, et aussi quand il constitue toute la sanctification des fidèles en icelle; Coloss., IIT, 44. Car que requiert nostre Dieu autre chose de nous en toute la seconde Table de sa Loy? Il ne se faut donc point esbahir si toutes nos œuvres sont estimées par là, asçavoir quand il appert qu’elles procèdent de charité. Il ne se faut point aussi esbahir, si des dons autrement excellens,
2) Matth., XVII, 20,
commencent lors seulement à avoir feur pris, quand ils sont rapportéz à charité:
1 Si je parle les langages des hommes. Il commence par la grâce de bien parler, qui est un don certes excellent de soy : mais estant séparé de charité, il ne met point l’homme en estime devant Dieu. Quand il dit, Le langage des Anges, c’est une hyperbole; pour un langage singulier et excellent. Combien que je expose plustost de la diversité des Lanques, de laquelle les Corinthiens faisoyent grande estime, mesurans toutes choses plus par ambition, que par le fruit qui s’en pouvoit ensuyvre. Que tu sçaches, dit-il, parler tous les langages non-seulement des hommes, mais aussi des Anges, toutesfois ne pense point que pour cela tu sois plus estimé devant Dieu qu’une cymbale, si tu was charité
à Et si j ay le don de prophétie. Il réduit à néant la dignité mesme de la prophétie, laquelle toutesfois il avoit n’aguères préférée à tous autres dons, si elle ne sert à conserver charité. Ce qui s'ensuit, Avoir cognoissance de tous secrets: pourroit sembler estre adjousté à la prophétie par manière de déclaration :
mais pource qu'incontinent après s’ensuit science, laquelle il a nommée à part ci-dessus, que ies Lecteurs avisent si Cognoissance des secrets n’est point yci mise pour Sapience. Quant à moy, comme je ne l’ose affermer, aussi je m’y accorde aiséement. Ceste foy de laquelle il parle, est particulière : ce que nous pouvons recueillir de ce qu’il adjouste puis après : En sorte que je transporte les montagnes. Parquoy les Sophistes ne
Cuar. XIIL.
proufitent de rien, quand ils abusent de ce passage pour amoindrir la vertu de la foy. Puis donc que le mot de Foy, peut eéstre prins en diverses significations, il faut que le Lecteur soit prudent à bien regarder en quelle signification il est prins. Or quant à ce passage, sainct Paul, comme j'ay desjà dit, s'expose soymesme, en restraignant la fov aux miracles. C’est celle que Chrysostôme appelle La foy des signes, et nous la foy particulière, pource qu’elle n’appréhende pas Christ tout entier, mais seulement la puissance de faire miracles : et pourtant ceste foy peut estre quelque fois en l’homme sans l'Esprit de sanctification, comme elle a esté en Judas.
3 Et sije distribue, etc. Ceci vraye-
ment est digne de grande louange, si on,
l’estime de par soy: mais pource que bien souvent ceste largesse procède d’ambition, et non point de vraye libéralité, ou bien mesme celuy qui sera libéral, est
vuyde de toutes les autres parties de cha- “ rité (car la libéralité mesme intérieure, n’est qu’une partie de charité) il se pourra faire que l’œuvre au demeurant tant louable, ait certes belle apparence, et soit grandement prisée devant les bommes, toutesfois devant Dieu ne soit rien estimée. Et si je livre mon corps. Il ne faut point douter qu'il ne parle du mar-
tyre, qui est un faict le plus beau et le!
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
plus excellent de tous. Car y a-il chose plus admirable, que ceste constance invincible de courage, qu’un homme ne face point de difficulté d'abandonner sa vie pour le tesmoignage de l'Evangile? et toutesfois, Dieu n’estime rien cela, quand la charité défaut. Le genre de mort duquel il parle, n’estoit pas lors si fort en usage contre les Chrestiens. Car (comme nous lisons) les tyrans faisoyent plustost trancher la teste aux Chrestiens, et usoyent plustost du glaive que du feu pour destruire l'Eglise, sinon que Néron en a fait aussi brusler plusieurs. Mais il semble que le sainet Esprit ait yci prédit par la bouche de saïnet Paul, les persécutions qui devoyent advenir. Mais ceci est outre le propos principal. Le poinct du passage est, Que pource que charité est la règle seule de toutes nos œuvres, et qu’elle seule modère le droit usage des dons de Dieu, il n'y a rien, tant belle apparence puisse-il avoir, devant les yeux des hommes, qui soit agréable à Dieu, quand elle défaut, d'autant que la beauté de toutes vertus sans charité, n’est que fard, n’est qu'un son inutile, et chose de péant : brief c’est une chose puante et desplaisante. Or quant à ce que les Papistes infèrent d’yci, que charité donc ha plus de vertu pour nous justifier que la foy, nous le réfuterons ci-après : maintenant poursuyvons nostre texte.
4 Charité est patiente!, elle est bénigne : charité n'ha point d'émulation* : charité n ha point d’insolence*, elle ne s'enfle point :
5 Elle ne se porte point déshonnestement* : elle ne cherche point ses prou- Jits, elle ne s’esmeut point à courroux*, elle ne pense point mal.
6 Ælle ne s’esjouit point de l'injustice : mais elle s'esjouit de la vérité.
7 Elle endure tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout.
8 Charité jamais ne déchet, encore que les prophéties soyent abolies, et que les Langues cessent, et que science soit abolies.
1) Ou, ne se courrouce pas aiséement.
rien, 5) Ou, n’est point despiteuse, ment sera aboli.
k Charité est patiente. Maintenant il loue charité par ses effets ou fruits :
combien que ces titres ne tendent pas seulement à louer charité, mais afin que les Corinthiens entendent en quoy elle consiste, et quelle elle est. Le principal but toutesfois du propos est, de mons-
2) Ou, n’est point envieuse.
6) Ou, mais les prophéties seront abolies et les Langues cesseront, et l’enseigne-
3) Ou, n’est pointfardée. 4) Ou, ne desdaigne
trer combien elle est nécessaire pour conserver l’unité de l’Eglise. Et je ne doute point qu’il n’ait voulu taxer obliquement les Corinthiens, en leur proposant une antithèse en laquelle à l’opposite ils recognoissent leurs vices. La première louange de charité, c'est qu’elle
nourrit paix et concorde en l’Eglise, endurant beaucoup de choses patiemment.
A cela accorde fort bien la seconde vertu, qui est douceur, et débonnaireté : car le mot Grec signifie cela. La troisième est, qu’elle corrige émulation, qui est la semence de toutes noises et débats. Sous Emulation, il comprend envie, qui est un vice approchant fort de l’autre : ou plustost il entend une émulation qui est conjointe avec envie, et en procède le plus souvent. Ainsi donc, là où règne envie, et où un chacun veut estre Ou apparoistre le premier, là il n’y a point de charité. Là où j'ay traduit, Elle n'ha point d’'insolence : Erasme a mis un mot, qui signifie comme, Elle n’est point affetée. Or il est certain que le mot Grec ha diverses significations : mais comme ainsi soit qu'il se prend quelques fois pour (Estre farouche, et se desborder par une présomption, ce sens m’a semblé plus convenable pour ce lieu-ci. Sainet Paul donc attribue modestie à charité, et dit qu’elle est une bride pour retenir les hommes, afin qu'ils ne s’esgayent outre mesure : mais qu’ils vivent ensemble paisiblement et par bon ordre. Il dit conséquemment, que charité ne s’enfle point.
Celuy donc qui est gouverné par charité, n’est point enflé d’orgueil pour se plaire en soy-mesme en mesprisant les autres.
5 Elle ne se porte point déshonnestement. Erasme a tourné en lieu de ceci, Elle n’est point desdaigneuse : mais d’autant qu’il n’allègue aucun authéur qui prene ce mot Grec en ceste signification, j'ay mieux aimé retenir celle qui est en usage et naturelle. Or je l’expose ainsi, Que charité ne S’esgaye point par une sotte ostentation, ou qu’elle n’est point bruyante : mais garde moyen et honnesteté. Et par cela derechef, il taxe obliquement les Corinthiens, qu’ils perdoyent povrement toute grâce et contenance par une fierté mal séante. Elle ne cherche point ses proufits. On peut recueillir de ceci, combien il s’en faut que nous soyons naturellement charitables. Car nous sommes tous enclins de nature à une amour et soin de nous-mesmes, et à procurer nostre proufit particulier : ou pour dire mieux, nous sommes transpor-
Cuar, XIII.
tez là, et nous-nous y jettons sans modération aucune. Le remède unique contre ceste inclination tant perverse, C’est charité, qui fait que nous oublians nousmesmes, nous aimons nos prochains, et sommes songneux de leur proufit. Au demeurant, Chercher les choses sienes (car il y a ainsi à le traduire mot à mot) c’est estre addonné à soy-mesme, et totalement occupé à son propre proufit.
Et ceste définition estant entendue, nous baille Ja solution d’une question qu’on pourroit faire, Asçavoir s’il n’est point licite à l’homme Chrestien de se soucier de son proufit. Car sainct Paul ne reprend pas yci toute solicitude que nous avons de nous : mais seulement l’excès qui procède d’une amour désordonnée, et aveuglée, duquel nous-nous aimons nous-mesmes. Or l'excès est en ceci, quand ne pensans sinon à nous, nous ne tenons conte des autres, ou quand le désir de nostre proufit particulier nous destourne de la solicitude que Dieu veut que nous ayons de nos prochains. Il adjouste puis après, Que charité aussi est une bride pour réprimer les noises et contentions : et ceci s’ensuit des deux premiers. Car là où il v a débonnaireté et patience, là les hommes ne se courrouceront point soudainement, et ne seront pas aiséement eemeus à débats et riotes.
7 Elle endure tout. I signifie par ces titres qui s’ensuyvent, que charité n’est point impatiente, ne maligne. Car endurer et soustenir toutes choses, c’est patience : Croire et espérer toutes choses, c’est syncérité et humanité. Pource que de nature nous sommes trop addonnez à nous-mesmes, ce vice nous rend cChagrins et mal-aisez à contenter. Ainsi, il advient qu'un chacun veut que les autres le portent sur les espaules, et cependant de son costé refuse de soulager les autres. Le remède contre ceste maladie, c’est charité, qui nous assujetit à nos frères, et nous enseigne de tendre les espaules pour leur aider à porter le fardeau, D’avantage , d’autant que nons sommes malins naturellement, nous sommes aussi souspeçonneux, et interprétons presque toutes choses en mau-
Caar. XIIL
vaise part : mais charité nous ramène à ceste humanité, de ne penser que bien de nos prochains, et les avoir en bonne estime. Quant il dit Tout, entendons des choses qui sont supportables, et en telle sorte qu’il appartient. Car nous ne devons pas supporter les vices, en sorte que nous les approuvions en flattant, ou les nourrissions par nostre nonchalance, en faisant sembiant de ne les veoir pas :
davantage, ceste patience n’exclud pas les corrections et justes punitions. Autant en est-il de lhumanité, quant à juger des choses. Charité croit tout :
non pas afin que le Chrestien se laisse tromper à son sceu et volontairement :
non pas afin qu’il se despouille de toute prudence et jugement, pour estre plus facilement déceu : non pas afin qu’il désapprene de discerner le blanc d’avec le noir. Quoy donc? il requiert yci une simplicité et humanité en jugeant, comme j'ay desjà dit : et afferme que ces deux vertus tienent perpétuellement compagnie à charité. Ainsi il adviendra que l’homme Chrestien aimera beaucoup mieux estre trompé par sa bénignité et facilité, que de grever son frère de quelque mauvais Souspeçon.
8 Charilé jamais ne déchet. Cest yci une autre excellence de charité, asçavoir qu’elle dure perpétuellement. Une vertu qui ne prendra jamais fin, est à bon droict désirable, Charité donc doit estre préférée aux dons temporels et non perdurables. Les prophéties périssent, les Langues s’abolissent, la science cesse.
Pour ce regard donc charité est plus excellente que tous ces dons, d'autant qu'elle demeure, les autres prenans fin.
Les Papistes abusent de ce passage pour maintenir leur fausse doctrine, qu’ils ont forgée sans aucune authorité de l’Escriture : asçavoir que les âmes des trespassez prient Dieu pour nous. Car voyci comment ils argumentent : L’oraison est un oflice perpétuel de charité : la charité demeure és âmes des Saincts qui sont morts : ils prient donc pour nous. Quant à moy, combien que je ne me voudroye pas mettre trop avant à débatre de ceste question, toutesfois afin qu’ils ne pensent pas avoir beaucoup gaigné : quand
SUR LA Ir ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
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on leur auroit concédé cela : je respondray en peu de paroles à leur objection.
Premièrement, jà soit que charité dure perpétuellement, il ne s’ensuit pas pourtant qu’elle soit en acte continuel, comme ils disent. Car quel inconvénient y a-il de dire que les Saincts estans maintenant en repos, n’exercent point charité en secourant et aidant présentement à ceux qui sont en ce monde ? Quelle absurdité, je vous prie, trouveront là les Papistes ?
Secondement, si je vueil nier que prier pour les frères soit un perpétuel devoir de charité, comment prouveront-ils le contraire ? Avant qu’on puisse intercéäer pour autruy, il est requis qu’on cognoisse sa nécessité. S'il nous est permis de deviner de la condition des trespassez, la conjecture est plus vray-semblable que les Saincts trespassez ne sçavent rien de ce qui se fait yci, que non pas qu’ils soyent informez de nostre nécessité.
Vray est que les Papistes imaginent qu'en la réverbération de la lumière qu’ils ont en contemplant Dieu, ils voyent tout le monde. Mais c’est une invention profane et du tout Payenne, qui sent plus la théologie des Egvyptiens, qu’elle ne convient à la philosophie Chrestienne, Que sera-ce donc, si je nie que les Saincts ayent soin de nous, veu qu'ils ignorent quelle est nostre condition ?
De quel argument me pourront presser les Papistes pour arracher cela de moy ?
Et si je di qu’ils sont tellement arrestez en la contemplation de Dieu, et comme engloutis d’icelle, qu’ils ne pensent à autre chose quelconque : comment prouveront-ils que cela ne soit bien accordant à raison ? Et si je réplique que ceste perpétuité de charité de laquelle parle yci PApostre, sera après le dernier jour, et qu'elle n’appartient au temps qui est entre-deux : que diront-ils ? D’avantage,. si je di que l'office de mutuelle intercession n’est commandé sinon aux vivans et à ceux qui conversent en ce monde : et pourtant qu'il ne s’esterd nullement aux trespassez : que respondront-ils ? Mais c’est assez. Car cela mesme de quoy débatent les Papistes, je le laisse incertain sans en rien déterminer, afin qu'il ne semble que je vueille
k62 COMMENTAIRES . Cnar. XIE
esmouvoir contention pour une cs rc nt Ho plus que de raison à s’enquérir superflue. Toutesfois il a esté besoin de | de ces choses. Qu'ils cherchent plustost toucher en passant comment ce passage [le chemin, par lequel on parvient au ne fait nullement pour eux, auquel tou- | Royaume de Dieu, que de s’enquérir tesfois ils pensent avoir trouvé un grand | trop curieusement quelle y doit estre appuy de leur cause. Contentons-nous | nostre condition. Car aussi le Seigneur que ce qu'ils afferment n’est nullement | nous a voulu retirer de ceste curiosité fondé sur aucun tesmoignage de l’Escri- | en se taisant de cela. Maintenant je resture : et que pourtant c’est follie et pré- | pon à la question : Que selon que je somption grande à eux de l’affermer. | puis conjecturer, et mesme recueillir de Et que science soit abolie. Nous avons | ce passage : puis que la doctrine, la comaintenant l'intelligence des paroles : | gnoissance des Langues, et autres gràmais de ceci vient une question, qui n’est | ces semblables servent à la nécessité de pas petite: Ascavoir si ceux qui ontesté en | ceste vie présente, il ne me semble point ce monde excellens ou en doctrine, ou en | avis qu'elles doyvent encore estre lors : quelques autres dons, seront au Royaume | mais toutesfois les sçavans ne perdront de Dieu semblables aux idiots et igno-|r;en en l’abolissement d'icelles : car ils rans ? En premier lieu, j’admoneste et | receveront le fruit d’icelles, qui est plus prie tous fidèles Lecteurs de ne se tor- l'excellent sans comparaison.
9 Car nous cognoissons en partie : et prophétizons en partie :
10 Mais quand la perfection sera venue, lors ce qui est en partie, sera aboli.
A1 Quand j'estoye enfant, je parloye comme enfant, je jugeoye comme en- Jfant, je pensoye comme enfant: mais quand je suis devenu homme, ce qui estoit d'enfance s'en est allé.
19 Car nous voyons maintenant par un miroir obscurément : mais alors nous verrons face à Jace. Je cognoy maintenant en partie : mais adonc je cognoistray selon qu'aussi j ay esté cognu.
13 Or maintenant ces trois choses demeurent, foy, espérance, charité : mais la plus grande d'icelles est charité.
Il prouve maintenant que la prophétie | fie autant que s’il disoit, Par ce que nous et autres semblables dons seront un jour | ne sommes pas encore parfaits. Ainsi abolis, par ce qu’ils nous sont conférez | donc et la cognoissance et prophétie ont pour aider à nostre infirmité. Or est-il | lieu envers nous si long temps que l’imque notre imperfection prendra fin quel- | perfection y est, à laquelle elles aident. que jour: il s’ensuit donc que l'usage | Cela est bien vray qu'il nous faut proufiaussi d’iceux dons cessera quant et quant. | ter tout le temps de nostre vie : et que Pource que ce seroit une absurdité qu’ils | ce que nous avons, n’est seulement qu’un demeurassent et fussent superflus, ils pé- | commencement. Mais il faut regarder riront donc. Il poursuit ceste matière | que c’est que S. Paul veut prouver: Asjusques à la fin du chapitre. çavoir que les dons desquels il est ques-
9 Nous cognoissons en partie. Plu- | tion, ne sont que temporels, Or il prouve sieurs exposent mal ce passage: Asçavoir | cela, pource que leur utilité n’est que que nous n'avons pas encore parfaite | pour un temps : asçavoir cependant qu’en science, ne prophétie aussi: mais que | proufitant tous les jours, nous tendons au nous proufitons tous les jours en icelles. | but.
Mais ce n’est pas l'intention de l’Apostre. | 10 Quand la perfection sera venue. Car il veut dire que ce que nous avons | C’est autant comme s’il disoit, Quand on maintenaut les dons de science et pro-|sera venn jusques au but, lors cesseront phétie, c’est à cause de nostre imperfec- | les aides de la course. Mais il retient la tion. Parquoy ce mot, En partie, signi- ‘forme de parler, de laquelle il avoit desjà
Caar. XIII.
usé, quand il oppose la perfection à ce qui est en partie, Quand la perfection viendra, dit-il, elle réduira à néant tout ce qui sert à l’imperfection. Mais quand viendra ceste perfection ? Vray est qu’elle commence dés lors que nous mourons:
car adonc avec le corps nous laissons beaucoup d'infirmitez. Mais elle ne se démonstrera point plenement avant le jour du jugement, comme nous verrons tantost. Dont nous recueillons que c’est bien mal entendu à ceux qui tirent toute la déduction de ce propos au temps qui est entre-deux.
A1 Quand j estoye enfant. I déclare par similitude ce qu’il avoit dit. Car il y a beaucoup de choses qui sont propres aux enfans, lesquelles s’esvanouissent puis après avec l’aage. Exemple : La conduite du pédagogue est nécessaire aux enfans : elle ne convient point à ceux qui sont en aage de discrétion. Tandis que nous vivons en çe monde, nous avons besoin comme d’une conduite de pédagogue : car il s’en faut beaucoup que nous soyons parvenus jusques à la perfection de sapience. La perfection donc qui sera comme une maturité de Paage spirituelle, mettra fin à la conduite de pédagogue, et à ses dépendances. Il admoneste en l'Epistre aux Ephésiens, IV, 44, que nous ne soyons plus enfans : mais il regarde là une autre considération, de laquelle nous parlerons alors.
12 Nous voyons maintenant par un miroir. C’est l'application de la similitude. La mesure de la science que nous avons maintenant, convient à l’estat d’imperfec- tion et comme d’enfance : pource que nous ne voyons pasencore clairementles mystères du royaume céleste, et ne jouyssons pas de la claire contemplation d’iceluy.
Pour exprimer cela, il use d’une autre similitude : asçavoir que nous ne voyons maintenant sinon que Comme par un miroir, et pourtant en obscurité. Premièrement il ne faut point doute qu'il ne compare à un miroir le ministère de la Parole, et les moyens qui sont requis pour l'exercer. Car le Seigneur Dieu autrement invisible, a ordonné ces moyens, pour se manifester à nous. Combien que ceci se peut aussi estendre à tout ce bas-
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
timent du monde, auquel la gloire de Dieu nous reluit : comme il a esté veu au chap. I des Romains, v. 20. Et l’Apostre, en la 2e aux Cor., chap. IE, v. 48, nomme les créatures, Miroirs, esquels apparoist la majesté invisible de Dieu.
Mais pource qu’il traitte yci particulière ment des dons spirituels, qui servent au ministère de l'Eglise, et sont dépendances d’iceluy, nous ne sortirons point hors de ce propos. Le ministère de la Parole, di-je, est semblable à un miroir. Car les :
Anges n’ont point besoin de la prédication, ne d’autres aides inférieures, ne de Sacremens. Car ils ont une autre jouyssance de la présence de Dieu: et ce n’est point seulement comme par un miroir que Dieu leur représente sa face, mais il se manifeste à eux ouvertement.
Nous qui ne sommes pas montez encore Si haut, contemplons l’image de Dieu telle qu’elle nous est offerte en sa Parole, en ses Sacremens, finalement en tout le ministère de l'Eglise. Sainct Paul appelle ceci une façon de veoir accompagnée d’obscurité : non pas qu’elle soit douteuse, Ou qu’elle abuse : mais pource qu’elle n'est point si claire que celle qui apparoistra au dernier jour. Il enseigne le semblable en lEpistre suyvante: mais c’est en d’autres paroles, disant, Tandis que nous habitons en ce corps, nous sommes absens du Seigneur : pource que nous cheminons par foy, et non par veuë, 2 Cor., V, 7. Nostre foy donc regarde Dieu maintenant comme absent.
Comment? Pource qu’elle ne voit point sa face : mais se repose en l’image du miroir. Mais après que nous serons sortis hors de ce monde, et parvenus jusques à luy, elle le verra comme estant prochain et devant ses yeux. Parquoy il faut ainsi entendre: que la cognoissance de Dieu que nous avons maintenant par sa Parole, est bien certaine et véritable: qu’il n’y a rien confus, où perplex, ou obscur en icelle : mais qu’elle est appelée Obscure, par Comparaison : à cause qu’elle est encore bien loin de ceste claire manifes- {ation que nous attendons: pource que lors nous le verrons face à face. Ainsi ce passage n’est point répugnant aux autres, où il est parlé de la clarté mainte-
nant de la Loy, maintenant de toute V’'Escriture, et principalement de l'Evangile.
Car nous avons révélation nue et manifeste en la Parole, autant qu’il nous est expédient : et n’y a rien d’embrouillé en icelle, pour nous tenir el SUSpens, COMME imaginent les mocqueurs et gens profanes.
kiais combien s’en faut-il que ceste vision approche de celle à laquelle nous prétendons ? Parquoy c’est seulement en comparaison d’icelle qu’elle est nommée obscure. Ce mot 4donc dénote plustost le dernier jour que le temps prochain incontinent après la mort. Cependant combien que la plene vision sera différée jusques au jour de Christ, toutesfois nous commencerons à veoir de plus près nostre Dieu incontinent après la mort, quand les âmes séparées du corps, n'auront plus besoin du ministère externe, ne des autres aides inférieurs. Mais S. Paul, comme j'ay remonstré ci-dessus, ne s'amuse pas à traitter exactement de l’estat des morts, pource que &’est une chose dont la coguoissance n’est pas fort requise à la crainte de Dieu. Je cognoy maintenant en partie. Cest-à-dire, La mesure de la cognoissance présente est imparfaite :
comme $S. Jehan en sa première Epistre, chap. IE, v. 2, dit que nous sçavons bien que nous sommes enfans de Dieu, mais qu’encore n’est pas apparu ce que nous serons, jusqu’à ce que nous voyons Dieu ainsi qu’il est. Lors nous verrons Dieu, non pas en son image, mais en S0y-Mesme: en sorte que le regard sera aucunement mutuel.
413 Maintenant ces trois choses demeurent. C'est la conclusion de ce qui à esté dit ci-dessus: Asçavoir que charité est plus excellente que les autres dons.
Mais en lieu du dénombrement des dons qu'il avoit mis, il met maintenant avec charité, foy et espérance : comme aussi tous iceux dons se rapportent à ce sommaire. Car à quoy tend tout le ministère, sinon à Ce que nous soyons instruits en ces trois choses? Le nom de Foy donc est yci prins plus amplement qu’il n’estoit auparavant. Car c’est autant comme s’il disoit, Il est vray qu'il y a beaucoup de dons et divers, mais tous tendent et regardent à ce but, Demeurer donc si-
Car, XD gnifie que voyci comme la somme qu reste, tout conté et rabbatu: ainsi (par manière de dire) comme quand on conte par jets. Car après la mort la foy ne demeure plus, veu que l’Apostre l’oppose en un autre passage au regard, et dit que seulement elle dure pour le temps que nous sommes yci comme estrangers et absens de Dieu, 2 Cor., V, 6. Maintenant nous entendons que signifie en ce passage la Foy : asçavoir une cognoissance de Dieu et de sa saincte volonté, laquelle nous obtenons par le ministère de l’Eglise. ou si nous aimons mieux, c’est la foy universelle et prinse en sa propre signification. Espérance n’est autre chose que persévérance en la foy. Car puis que nous avons une fois creu à la parole de Dieu, il ne reste plus sinon que nous persévérions jusques à l’accomplissement de ces choses. Par ce moyen, comme la foy est mère d'espérance, aussi elle est soustenue d'elle, afin qu’elle ne succombe. Mais la plus grande d'icelles, est charité.
Voire, si nous mesurons l'excellence par les effets, lesquels il à ci-dessus racontez : et avec ce, si nous considérons la perpétuité d’icelle. Car à un chacun proufite sa foy et son espérance, mais charité s’estend jusques aux autres. Foy et espérance sont pour le temps de l’imperfection, mais charité demeurera mesme en l’estat de perfection. Car si d’autrepart nous espluchons tous les effets de la foy, et les comparons avec charité, nous trouverons que la foy emporte le pris en beaucoup de choses. Et qui plus est, charité, selon le tesmoignage mesme de sainct Paul, est un effet de la foy, 4 Thessal., I, 3. Or il ne faut point douter que l'effet ne soit moindre que sa cause. D’avantage une grande louange est attribuée à: la foy, qui ne convient nullement à charité, quand S. Jehan dit que c’est nostre vietoire, laquelle a vaincu le monde, 4 Jehan, V, 4. Brief, par la foy nous sommes régénérez, nous sommes faits enfans de Dieu, nous obtenons la vie éternelle, et Christ habite en nous. Je laisse là plusieurs autres louanges : mais ce peu que j'aÿy amené suffit pour prouver ce que je veux dire: asçavoir, que foy est plus excellente que charité en beaucoup d'effets.
Caarp. XIV.
Parquoy il appert que charité est yci appelée plus grande, non pas en tout et par tout : mais entant qu’elle sera perpétuelle, et que maintenant elle ha le premier lieu en la conservation de l'Eglise. Mais c'est merveille combien les Papistes se plaisent, quand ils profèrent ces paroles à plene bouche. Si la foy justifie, disentils, par plus forte raison charité justifiera, d'autant qu’elle est nommée la plus grande. Desjà nous avons la solution de ceste objection par ce que j'ay dit. Mais encore, accordons-leur que charité est plus excellente en touies choses : nonobstant quelle sera ceste façon d’argumenter? Elle ha plus de vertu à justifier les hommes, pource qu’elle est la plus grande. Il s’ensuyvra donc qu’un roy labourera mieux la terre que le laboureur, il fera mieux un soulier que le cordonnier :
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
pource qu’il est plus noble que tous les deux. L'homme donc courra plus viste que le cheval, il portera plus pesant fardeau que léléphant : pource qu’il est plus excellent. Les Anges donc illumineront mieux la terre que le Soleil et la Lune:
pource qu’ils sont plus excellens. Si la vertu de justifier dépendoit de la dignité ou mérite de la foy, paraventure les deveroit-on escouter. Mais nous n’enseignons pas que la foy justifie, pource qu’elle soit plus digne ou en plus haut degré d'honneur : ains pource qu’elle reçoit la justice gratuitement offerte en l'Evangile, La dignité ou grandeur ne sert yci de rien. Parquoy ce passage ne fait non plus pour les Papistes, que si S. Paul eust préféré la foy à toutes les autres.