CHAPITRE XIV
À Pourchassez charité, soyez convoiteux des dons spirituels : mais encore
plus que vous prophétiziez.
2. Car celuy qui parle langage incognu, ne parle point aux hommes, mais à Dieu. Car nul ne l'oit, et il prononce mystères en esprit.
3 Mais celuy qui prophétize, parle aux hommes à édification, et exhorta-
tion, et consolation.
4 Celuy qui parle langage incognu,
prophétize, édifie l'Eglise.
il s'édifie soy-mesme : mais celuy qui
5 Je veux bien que vous tous parliez divers langages : mais encore plus que vous prophétiziez. Car celuy qui prophétize, est plus grand que celuy qui parle divers langages, hors mis s'il n'interprète, afin que l'Eglise en prene
édification.
6 Maintenant frères, si je vien à vous parlant langages incognus, que vous proufiieray-je, si je ne vous parle par révélation, ow par science, ou par pro-
phétie, ou par doctrine?
Comme ci-dessus il avoit commandé de suyvre les dons plus excellens: ainsi maintenant il commande de suyvre charité : car c’estoit ceste voye et vertu excellente , laquelle il avoit promis de *monstrer. Quand donc charité règnera entr'eux , il dit que lors ils useront par bonne mesure des dons spirituels. Car il reprend tacitement le défaut de charité, en ce que jusques yci ils avoyent abusé des dons: et recueillant des choses cidessus dites, que quand ils n’ont point le principal soin de charité , aussi ils ne
tienent pas le droit chemin pour parvenir à 13 vraye excellence, il leur donne à entendre combien leur ambition est folle, veu qu’elle les rend frustrez de leur espérance et désirs.
1 Soyez convoiteux des dons spirituels. Afin que les Corinthiens ne missent en avant, qu’on feroit tort à Dieu, si on mesprisoit ses dons, l’Apostre prévient et proteste que ce n’est point son intention de les destourner des dons, mesme de ceux desquels ils avoyent abusé. Mais plustost il louë l’estude et
CHar. XIV.
exercice d'iceux, et veut qu'ils ayent lieu | Lommes. La prophétie, dit-il, est utile et en PEglise. Et certes d'autant qu’ils es- | proufitable à tous, en lieu que la Langue
toyent conférez à l'utilité de l'Eglise, l’abus des hommes ne devoir point estre causé qu'ils fussent rejettez comme superflus. ou dommageables. Mais cependant il prise la prophétie sur tous autres, comme à la vérité c’estoit la plus proufitable de tous. Il tient donc un bon moyen, ne. réprouvant rien de ce qui peub. proufiter , et toutesfois exhortant que par un zèle mal réglé ils ne préfèrent pas Îles choses moindres à ce qui est le plus grand.
Or il donne le premier lieu à la prophétie.
Désirez done, dit-il, d’ensuyvre les dons spirituels : c’est-à-dire, Ne rejettez ou mesprisez aucun don. Car je veux que vous-vous applicquiez à tous, moyennant que la prophétie tiene le premier lieu.
2 Car celuy qui parle langage incognu. Maintenant il démonstre par leffet pourquoy il a préféré la prophétie aux autres dons: et la Compare avec le don des Langues: auquel il est vraysemblable que les Corinthiens s’appliguoyent plus qu’au reste, pourtant qu’il duisoit mieux à ostentation. Car. quand on oit parler un homme quelque Langue estrange, on ha volontiers cela en admiration. Il démonstre donc par les principes qu'il a pris, combien ceste façon de faire est mauvaise, veu que cela n’édifie point.
Au commencement il dit, Celuy qui parle langage estrange, ne parle point aux homines, mais à Dieu: c’est-à-dire, commèé on dit en proverbe, I presche à soy-mesme et aux murailles. La raison pourquoy il ne parle point aux hommes, c’est d'autant que nul ne Poit: asçavoir comme parlant Gistinctement. Car vray est que tous oyent bien le son, mais ils n'éntendent pas ce qui est dit. {parie d'Esprit, C'est-à-dire par un don spirituel (Car je l’expose. ainsi avec Chrysosième) Les mystères et choses cachées, et pourtant choses de nulle utilité. Chrysostôme prend yci le mot de Mystères, en bonne part, pour excellentes révélations de Dieu : mais je le pren en mauvaise part, pour sentences obscures etembrouillées : comme s’il disoit , 1i parle ee que nul ne peut entendre.
3 Celuy qui prophétize, parle aux
estrange est un thrésor caché sous terre.
Quelle folie donc sera-ce, de ne faire qué
perdre temps en une chose inutile } ét
laisser là ce qu’on cognoist apeèrtement estre très-proufitable ? Parler & édifica-
tion, c’est dire chose qui contient doc-
trine propre pour édifier. Car je pren ce mot pour la doctrine, par laquelle nous sommes instruits à pieté, fov, Service et crainte de Dieu, et à toutes œuvres de saincteté et justice. Or pource que lé plus
souvent nous avons besoin d’aiguillons ,
et qu'il y en a d’autres accablez W’afflictions, ou imbécilles, il adjousté, £Exhorlation et consolation. Il appért, tant par ce passages que par le précédent, que
prophétie n’est point le don de prédire
les choses advenir : mais pource que je l’ay desjà dit, je ne le répète point.
4 Celuy qui parle langage incognu.
En lieu qu’il avoit dit auparavant, Parler à Dieu: il dit maintenant, Parler à soy.
Or tout ce qui se fait en FEglise doit prouliter en commun. Chassons donc loin ioute ceste ambition perverse, qui ést cause que l'utilité de tout le peuple ést empeschée. D’avantage il: faut entendre que sainct Paul parle yei par une manière de concession. Car quand ambition fait que les gens jettent aïnsi de grandes bouffées et se bravent en leur parler ; il p’y à dedans le cœur aucun désir: de proufiter. C’est done autant comme si S. Paul disoit, qu’on chasse de PEglise ces gens addonnez à oStentatien, qüi ne regardent qu’eux-mesmes.
5 Je veux bien que vous tous parliez.
divers langages. I proteste derechef qu'il ne préfère pas tellement la prophétie aux autres dons, qu’il ne laisse encore quelque lieu aux langues. Ce qu'il nous faut diligemment noter. Car Dieun’a rien conféré en vain à son Eglise, et les Jangues aidoyent lors aucunement à l’avancement des Eglises. Combien donc que
les Corinthiens par un désir pervers de:
se monstrer, eussent rendu lPusageé des Langues en partie superflu, en partie aussi nuisible : toutesfois S. Paul corrigeant cest abus , ne laisse pas pourtant de louer les Langues , tant s’en faut qu’il
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