‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 57 sur 99 · TA · texte numérisé non relu

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passé mesme aux Gentils, et les Grecs n’en ont pas moins usé, que si C’eust esté un mot propre dé leur langue. Ç’a esté donc un terme commun à toutes nations. Maintenant le sainct Apostre dit, Si en priant et faisant oraison publiquement devant tout le peuple, tu uses d’un langage qui ne sera point entendu du commun peuple auquel tu par-

| les, il n’y aura point de communication :

et desjà ton oraison ou bénédiction ne sera plus publique. Pourquoy? Nul ne pourra adjouster, dit-il, son Amen à ta prière, ou Pseaume, s’il ne l'entend. Or toutesfois les Papistes tienent pour une facon de faire sainète et légitime, ce que S. Paul rejette si fort. En quoy ils monstrent bien une merveilleuse impudence :

ou plustost ceci est un évident argument, par lequel nous voyons. comment Satan a tenu ses rangs, et dominé en la Papauté furieusement, et d’une licence merveilleusement desbordée. Car y a:il chose plus claire que ces paroles de $.

Paul, Asçavoir qué le simple populaire ne peut participer à l’oraison publique, s’il n'entend ce qui y est dit? Y a-il défense plus manifeste que ceste-ci, Asçavoir que les oraisons où bénédictions ne soyent prononcées en public, sinon en Langue vulgaire ? Puis qu’ils font tous les jours ce que sainet Paul dit qu’il ne peut ni ne doit estre fait, ne le réputentils pas un idiot ? Puis qu’ils gardent en grande dévotion ce que le sainet Apostre défend, ne se mocquent-ils pas de Dieu de propos délibéré? Nous voyons donc comme Satan se jouë d’eux à son plaisir.

Mais encore ils démonstrent une obstination diabolique en ce que, jà soit qu'ils ayent esté advertis tant de fois, néantmoins tant s’en faut qu’ils sé repentent, qu'ils maintienent cest abus si lourd, par feux et par glaives.

18 Je ren grâces à mon Dieu, que je parle plus de langages que vous tous : 19 Mais j aime mieux parler en l'Eglise cinq paroles en mon intelligence, afin que j'instruise les autres, que dix mille paroles en langage incognu. 20 Frères, ne soyez point enfans de sens, mais soyez petis enfans en malice, et quant au sens, hommes desjà tout grans.

24 Il est escrit en la Loy!, Pourtant parleray-je à ce peuple yei par autres 1) Js., XXVIIT, 11,12.

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Cuar. XIV.

langages!, et par lévres estranges : et encores ainsi ne mourront-ils point dit

le Seigneur.

22 Parquoy les langues estranges sont pour signe, non point aux croyans, mais aux infidèles : au contraire, la Prophétie, non point aux infidèles, mais

aux croyans.

23 Si donc toute l'Eglise s’assemble en un, et tous parlent langages estranges, el le commun peuple ou les infidèles y entrent : ne diront-ils point que

vous estes hors du sens?

24 Mais si tous prophétizent, et il y entre quelque infidèle, ou quelqu'un du commun, il est argué de tous, et est jugé de tous :

25 Et ainsi les secrets de son cœur sont manifestez : et par ainsi il cherra sur sa face, et adorera Dieu, déclarant plenement que vrayement Dieu est

en vous.

1) Ou, par gens d’autre langue.

18 Je ren grâces, etc. Pource que plusieurs détractent des vertus d’autruy, desquelles ils ne peuvent approcher, afin qu’il ne semblast que S. Paul voulust amoindrir le don des Langues par malice ou envie, il prévient tel souspecon, monstrant qu’en cela il est plus excellent. que tous les autres. Avisez, dit-il, combien il s’en faut que mon propos vous doyve estre suspect, comme si je desprisoye ce qui défaut en moy. Car s’il est question de la diversité des Langues, il n’y a nul d’entre vous qui soit digne d’estre comparé à moy. Combien donc que je me pourroye glorifier en cest endroit, toutesfois j'estime plus l’édification. La doctrine de sainct Paul ha beaucoup plus grande authorité en ce qu’il n’ha point esgard à soy. Au demeurant, afin qu'il ne semble estre orgueilleux, d'autant qu'il se préfère à tous autres, il confesse qu’il a receu de Dieu tout ce qu'il ha. Ainsi par ceste modestie il addoucit la façon de se glorifier.

19 Mais j'aime mieux parler cinq paroles en mon, etc. Ceci est dit par hyperbole, si non que nous prenions cinq paroles pour cinq sentences. Or puis que sainct Paul se déporte de son bon gré de la louange qw’il pouvoit acquérir en faisant monstre du don des Langues qu’il avoit de Dieu : et sans aucune ostentation ne pourchasse autre chose que l'édification : par ceci est convaincue la vaine ambition de ceux qui avoyent si grande affection de se monstrer en faisant résonner leurs paroles par braveté : aussi l’authorité de l’A-

postre qui se propose pour exemple, est bien de grand poids pour les tirer de telle vanité.

20 Frères, ne soyez point enfans, etc. Il passe encore plus avant. Car il démonstre que les Corinthiens radotent en telle sorte, qu'eux-mesmes attirent sur leurs testes, et désirent pour un grand bien ce que Dieu dénonce qu’il envoyera quand il voudra affliger son peuple d’une griefve punition. Quellefolie enragée est-ce, de procurer de toute son affection ce qui est réputé pour malédiction devant Dieu? Mais afin que nous entendions mieux quelle est lintention de S. Paul, il nous faut noter que ceste sentence dépend du tesmoignage d’Esaie, XX VII, 44, qu'il met incontinent après.

Et d'autant que les expositeurs se sont abusez par ce qu’ils ne prenoyent pas garde à ceste continuation de propos, afin que personne ne s’y abuse, nous déclarerons en premier lieu le passage d’Isaïe : puis après nous viendrons à exposer les paroles de S. Paul. En ce chapitre, Le Prophète se courrouce aigrement contre les dix lignées, qui s’estoyent abandonnées à toutes sortes d’iniquité.

Toute la consolation est, que Dieu avoit de reste un peuple non corrompu en la lignée de Juda. Mais tout incontinent après il se plaind aussi de la corruption de ceste lignée: et d’autant plus aigrement, pource qu'il n’y avoit nul espoir d’amendement. Car il parle ainsi en la personne de Dieu : A qui apprendray-je la science ? sera-ce à Ceux quisont sevrez de leurs mères, à ceux qui sont retirez des

Car. XIV. mamelles? En quoy il signifie qu’ils ne sont non plus capables de doctrine que petis enfans, qui n’aguères allaictoyent leurs mères. Il s'ensuit, Commandement sur commandement, instruction sur instruction, charge sur charge, adresse sur adresse. Un peu yci, un peu là. Il exprime par ces paroles, la tardifveté et nonchalance qui les détenoit : comme s’il disoit, Je perds mon temps en les enseignant : Car il n'y à point d'avancement, pource qu'ils sont merveilleusement grossiers et ignorans, et désapprenent en une heure tout ce qu’on leur a monstré en long Lemps et avec grand labeur. Il s’ensuit encore après, Celuy qui parle à ce peuple, est comme celuy qui ha les lèvres bègues, et comme celuy qui parle en langage estrange. Et voyci en ces mots le passage que S. Paul allègue. Or le Prophète signifie que ce peuple a esté irappé de telle forcènerie et aveuglement, qu’il n’entend non plus Dieu, quand il parle à luy, que quelque barbare, ou estranger, jargonnant un langage inco- Su: qui est une malédiction horrible.

L’Apostre n’a pas récité les paroles du Prophète de mot à mot. Car ce luy estoit assez de monstrer le passage au doigt, afin que les Corinthiens le regardassent de plus près en estans advertis.

Quant à ce qu’il dit cela estre escrit en la Loy, c’est suyvant le commun usage.

Car les Prophètes n’ont point eu un ministère séparé de la Loy, mais ont esté expositeurs d’icelle, et toute leur doctriné à esté comme une dépendance de la Loy. Et pourtant tout le corps de PEscriture, jusqu'à l’advénement de Christ, est appelé la Loy. Maintenant S. Paul conclud de cela ainsi, Frères, il se faut donner garde de ceste enfance que le Prophète reprend si asprement : asçavoir

que la parole de Dieu résonne en vos

oreilles sans fruit. Or comme ainsi soit que vous rejettez la prophétie qui vous est offerte entre les mains, et aimez mieux

estre là ravis en admiration de quelque

son inutile de langage incognu, n’est-ce point cela encourir de nous-mesmes et comme chercher la malédiction de Dieu ?

Au reste, afin que les Corinthiens ne répliquassent qu'il louoit ailleurs l'enfance

SUR LA re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

spirituelle, le S. Apostre les prévient, et les exhorte d’estre enfans en malice et non point enfans de sens. De quoy nous recueillons combien sont impudens ceux qui constituent la simplicité des Chrestiens en ignorance. S. Paul veut que tous fidèles soyent parfaits de sens, autant que faire se pourra: le Pape, pource qu'il luy est plus aisé de gouverper des asnes que des hommes veut, sous ombre de simplicité, que tous les siens demeurent en ignorance et bestise.Maintenant faisons vei comparaison quel est le gouvernement de la Papauté, et combien il s’en faut qu’il s’accorde à l’institution de Christ.

22 Parquoy les divers langages. Ce passage peut estre exposé en deux s6rtes : Asçavoir que ce mot, Parquoy, responde seulement à la sentence prochainement précédente : ou qu’elle regarde généralement à toute la disputation ci-des sus récitée. Si c'est une conclusion particulière, voyci le sens : Frères, vous voyez que ce que vous désirez tant ardemment, n’est point un bénéfice de Dieu envers les fidèles, mais une peine, de laquelle il punit les incrédules. En ceste sorte le sainct Apostre ne comprendroit pas l’usage perpétuel des Langues, mais il ne feroit seulement que toucher ce qui estoit une fois advenu. Nonobstant, si quelqu'un veut estendre ceci à toute la disputation, je n’y contredi point : combien que la première interprétation me semble bonne. En Île prenant généralement, le sens sera: Les langages, entant qu’ils sont donnez pour signe, c’est-à-dire; miracle, ne sont point proprement destinez aux fidèles, mais aux incrédules. Le don des Langues servoit en diverses sortes. [Il servoit à la nécessité, afin que les Apostres ne fussent point empeschez par la diversité @e Langues qui est par les pays, de semer l'Evangile par tout le monde. Il n’y avoit done nation avec laquelle ils ne peussent communiquer. Il servoit aussi à esmouvoir ou espovanter les infidèles par le regard d’un tel miracle. Car la fin de ee miracle, aussi bien que les autres, estoit de préparer à lobéissance de Christ, ceux qui estoyent encore estranges de sa

cognoissance, Les fidèles qui estoyent jà :

Eu

KT rangez à sa doctrine, navoyent pas si grand besoin de telle préparation. Les Corinthiens donc s’abusoyent de mettre ainsi ce don en avant sans propos, cependant ne tenans conte de la prophétie, qui est proprement et spécialement dédiée aux fidèles, et pourtant leur doit estre familière. Car ils ne considéroyent autre chose és langages, que le miracle.

23 Si donc toute l'Eglise s'assemble.

Pource qu’estans préoccupez d’une affection sotte et perverse ils ne voyoyent point leur vice, il les advertit qu’ils seront exposez à la mocquerie des infidèles ou des simples qui entreront en leur assemblée, lesquels les orront jettans quelque voix, non pas parlans. Car qui est l'idiot qui ne jugeast ceux-là estre insensez, qui en lieu d’une parole intelligible ne feront autre chose que jetter un son inutile, ou qui se repaistront d’une telle vanité, en lieu qu’ils estoyent assemblez pour escouter la doctrine de Dieu ? Ceste sentence est bien pour les picquer : Vousvous plaisez en vous-mesnies : mais les infidèles et les idiots se mocquent de vos sottises. Vous ne voyez donc point ce que les infidèles et idiots apperçoyvent bien. Chrysostôme fait yci une question :

Puis qu’il est ainsi que es langages sont donnez aux incrédules pour signe : pourquoy c’est que l’Apostre dit maintenant qu’ils s’en mocqueront. Il respond, qu’ils leur sont pour signe, qui les estonne, et non pas que par iceluy ils apprenent quelque chose, et soyent réduits à bien: et toutesfois il adjouste que c’est leur malice qui est cause qu'ils tiendront ce signe

pour une forcènerie. Mais c’est une solu-

tion quine me contente pas. Car quoy que l'infidèle ou lidiot soit esmeu de ce miracle, et ait le don de Dieu en révérence, toutesfois il ne lairra point pour cela de se mocquer, et condamner Je sot abus de ce don, quand on le met en avant sans raison et considération: et penser

Cuar. XIV.

bon droict enragez par les infidèles et idiots.

24 Mais si tous prophétizent. Comme il avoit démonstré paravant combien Ja prophétie est beaucoup. plus proufitable aux domestiques de la foy, que le don des Langues: aussi il enseigne maintenant qu’elle sera utile, semblablement aux estrangers : qui est une raison trèssuffisante pour rédarguer les Corinthiens.

Car quelle perversité est-ce de. mespriser un don qui est trèsproufitable et: dedans et dehors, et s’arrester totalement à un autre, qui est inutile aux domestiques, et avec cela donne scandaleaux estrangers ?

Il parle de ce fruit de prophétie, quand elle adjourne les consciences devant le siége judicial de Dieu, et les touche si au vif d’un sentiment du jugement de Dieu,

que celuy qui auparavant, sans -SOuci

quelconque, avoit en mespris la saine docirine, est contraint de donner gloire à Dieu. Au reste, il sera: beautoup plus facile d'entendre ce passage, quand on le conférera avec un autre. qui est. au chapitre IV des Hébrieux, v. 42, La parole de Dieu est vive et d’eflicace, et plus pénétrante que tout glaive à deux tranchans, et atteint jusques à la division

de l’âme et de l'esprit, et aussi desjoin-, tures et des moelles, et est juge des pen-

sées et intentions du cœur. Car. il est parlé en tous les deux passages d’uné semblable efficace de la parole de Dieu :

mais là plus apertement et amplement.

Quant au présent passage, il n’est pas

difficile maintenant d'entendre que signi- «

fient ces mots, Estre rédargué, et jugé.

Tandis que les consciences des hommes «

sont enveloppées de ténèbres d’ignorance, elles sont comme endormies et stupides, et ne sont aucunement. touchées de desplaisance de leur mal: brief infidélité est comme une léthargie, qui oste le

ARE. dt et

sentiment. Mais la parole de Dieu pénètre «

jusques aux profondes cachetes du cœur,

ainsi à part soy, Qu'est-ce que veulent ces gens-ci, de se tormenter ainsi et eux et les autres sans propos? P&urquoy parlent-ils, s’ils ne veulent dire quelque chose? Parquoy sainet Paul signifie que les Corinthiens, quoy qu'ils se plaisent en ceste façon de faire, seront réputez à

et comme apportant la lumière, oste tou-« te couverture de ténèbres, et chasse Ce sommeil mortel. Voylà doncques en quel sens il est dict, que les infidèles sont ré-

darguez : asçavoir, pource que quand On leur dit que c’est à Dieu à qui ils ont af" faire, ils sont touchez à bon escient et

Car. XIV.

estonnez. Item qu'ils sont jugez, pource qu’en lieu qu’estans auparavant cachez en ténèbres, ils ne pouvoyent veoir leur misère et turpitude : maintenant estans comme amenez au jour, ils sont contraints de porter tesmoignage contr’eux-mesmes. Quant à ce qu’il dit qu’ils sont jugez el arguez de tous : il faut entendre de tous ceux qui prophétizent. Car un peu devant il avoit dit, Si tous prophétizent. [l a usé notamment d’un mot de généralité, afin de monstrer qu’il ne se faut point lasser de la prophétie. L’infidèle, di-je, est rédargué: non pas que le Prophète en prononce jugement, ou par opinion secrète, ou de bouche publiquement:

mais pour autant que la conscience de celuy qui oit, conçoit son jugement par la doctrine. Il est jugé, pource qu’il descend en soy-mesme, et s’estant bien examiné, il se cognoist, en lieu qu'auparavant il s’estoit oublié soy-mesme. À ce sens aussi se rapporte ce propos de Christ :

L'Esprit, quand il viendra, reprendra le monde de péché, Jeh., XVI, 8. Et c’est ce que l’Apostre adjouste incontinent après, Que les secrets de son cœur sont manifestez. Car selon mon opinion, il ne signifie pas qu'il apparoisse aux autres quel il est: mais plustost que la conscience est resveillée, afin qu’il cognoisse ses vices, qui auparavant estoyent cCachez. Chrysostôme fait encore yci une autre question : Comment se fait cela, que la prophétie ait si grande vertu à esmouvoir les infidèles, laquelle il a dit n’a-

SUR LA Ie ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

guères ne s'adresser point à eux? Il respond qu’elle ne s'adresse point à eux comme un signe inutile : mais pour les instruire. Quant à moy, je pense qu'il sera plus simple, et par conséquent plus convenable, si nous disons qu’elle a esté donnée aux incrédules qui périssent, ausquels Satan à aveuglé les cœurs, afin qu’ils ne puissent veoir la lumière qui reluit là, 2 Cor., IV, 3. Et il conviendra mieux de Conjoindre ceste sentence-là avec la prophétie d’Isaïe : Isaïe, XXVIIE, 44: car le Prophète parle là des incrédules, entre lesquels la prophétie n’ha nul usage, et n’y apporte aucun proufit.

25 11 cherra sur sa face, et adorera Dieu. Car il n’y a rien qui puisse abbatre l’orgueil de la chair, que la cognoissance de Dieu. La prophétie nous y amène.

C’est done sa propre vertu et nature d’abbatre les hommes de leur hautesse, afin qu’estans humiliez jusques au bout, ils adorent Dieu. Au reste, à plusieurs aussi la prophétie est inutile: et qui plus est, ils devienent pires en Poyant. Mais aussi il ne faut pas entendre que S. Paul ait voulu attribuer ceste vertu à la prophétie, comme si elle la monstroit tousjours :

mais seulement il a voulu démonstrer quel proufit il en revient, et quel est son office. C’est donc une louange excellente de Ja prophétie, qu’elle contraint les intidèles à faire ceste confession : asçavoir que Dieu est présent entre les siens, et que sa majesté reluit au milieu de leur assemblée.

26 Que sera-ce donc, frères? Toutes les fois que vous-vous assemblez, selon qu'un chacun de vous ha Pseaume, ou doctrine, ou langage, ou révélation, ow interprétation, le tout se face à édification.

27 Soit que quelqu un parle langage incognu, que cela se face par deux, ou au plus par trois, et ce par tour, et qu'un interprète.

28 Que S'il n'y a point d'interpréteur, qu'il se taise en l'Eglise, et qu'il

parle à soy-mesme et à Dieu.

29 Et que deux ou trois Prophètes parlent, et que les autres en jugent. 30 Et si quelque chose est révélée à un autre qui est assis, que le premier

se laise.

31 Car vous pouvez tous prophétizer l'un après l'autre : afin que tous appre-

nent, et que tous soyent consolez!.

32 Æt les esprits des Prophètles sont sujets aux prophètes.

1) Ou, exbortez.

Car. XIV:

33 Car Dieu n'est point Dieu de confusion, mais de paix, comme en toutes!

les Eglises des Saincts.

1) Ou, comme on voit en toutes.

26 Que sera-ce donc, frères? I démonstre yci maintenant comment ils remédieront à ces maux : premiérement que lieu soit donné à chacun don, mais par ordre et mesure : en après, qu’on n’amuse point l'Eglise en exercices inutiles, mais que tout ce qui y est fait, édifie. 11 parle toutesfois en premier lieu de l'édification : en ceste sorte, Qu'un chacun sélon qu’il sera doué de quelque don, tasche à l’employer au proufit et utilité de tous. Car il faut ainsi résoudre ceste particule, Un chacun : afin qu’on ne pense pas qu’elle doyve estre prinse universellément, comme si tous jusqu'à un avoyent une telle grâce.

27 Soit que quelqu'un parle langage.

Il descrit maintenant l’ordre, et limite la mesure. S'il semble bon de parler langages estranges, que deux parlent seulement, au plus qu’il n’y en ait que trois :

et quant et quant qu’il y ait un expositeur : car sans expositeur, il n’y aura nul proufit à parler langagesestranges, et pourtant qu’on s’en déporte en ce cas-là.

Or il faut noter qu’il ne commande pas, mais que seulement il permet : car l’Eglise se peut bien passer des langages estranges Sans aucun inconvénient, sinon entant que ce sont aides pour entretenir la prophétie, comme est la Langue Hébraïque et Grecque aujourd’huy. Mais S. Paul permet les langages, afin qu’il ne semble qu’il vueille chasser de la compagnie des fidèles aucune grâce du sainet Esprit. Combien qu’encores on pourroit penser qu’il n’y à pas grande raison, veu qu’il a dit ci-dessus que les Langues estranges convienent aux infidèles, entant qu’elles sont pour signe, de cela je respon, que quoy que le miracle soit fait spécialement à cause des infidèles, il ne s'ensuit pas pourtant qu’il n’appartiene aussi aux fidèles en quelque sorte. Si nous entendons que la Langue incognuë soit pour signe aux incrédules, au sens que portent les paroles d’'Isaie, le moyen de procéder que donne yei sainct Paul, est divers. Car il admet tellement les

Langues estranges, que linterprétation y soit conjointe, laquelle n’y laisse plus rien d’obscur. Il corrige donc le vice des Corinthiens par une bonne modération, en ne rejettant point le don de Dieu, tant petit soit-il, afin que tous ses bénéfices reluisent entre les fidèles. Mais il y met uné mesure, asçavoir, qu’en lieu dé Ja gloire de Dieu, il n’y ait ambition : aussi que le don qui est de moindre importance, n’empesche point les autres plus proufitables. Et quant et quant il adjouste la sausse, asçavoir l'interprétation, afin que ce ne soit une pure ostentation sans fruit quelconque.

28 Et qu'il parle à soy-mesme, et à Dieu. Qu'il jouisse, dit-il, de son don en sa conscience, et qu’il en rende grâces à Dieu. Car j'interprète ainsi, Parler à soymesme et à Dieu : pour Recognoistre à part soy avec action de grâce le bénéfice

et don de Dieu, et en jouir pour son par-

ticulier, quand il n’est pas temps de le mettre en avant. Car il fait une antithèse de ce parler secret à la façon de parler publiquement en Eglise, laquelle il défend en ce cas.

29 Et que deux ou trois Prophètes.

Il prescrit aussi mesure en la prophétie.

Car la multitude, comme on dit, engendre confusion. Ce qui est vray : car nous l’expérimentons tous les jours. Toutesfois il ne restraint pas si préciséement le nombre, comme quand il parloit des langages estranges : Car il y à moins de danger quand ils vacqueront plus longuement à prophéties, et mesme la continuation y seroit trèsbonne. Mais sainct Paul a consiäéré ce que pourroit porter l’imbécillité des hommes. Il y a encore toutesfois une question à résoudre, Pourquoy c’est qu’il assigne un nombre pareil aux Prophéties et aux Langues estranges, sinon qu'aux Langues il adjouste nomméement, Au plus : car si les langa-

ges sont le moins proufitables, on en doit «

certes moins user. Je respon, qu'aussi sous les Langues, ainsi qu’il les reçoit, la prophétie y est comprise. Car les Lan-

RO Len |

Car. XIV.

gues estranges estoyent appliquées, ou pour traitter de quelques matières de la religion, ou pour prier. Quant au premier, l’expositeur servoit de Prophète.

Tel en estoit l'exercice principal, et plus

accoustumé. Seulement il détermine la mesure qu'on y doit tenir, de peur que si on s’en lasse et desgouste, cela face que la chose viene en mespris, et de peur que ceux qui ne sont pas si sçavans, n’ostent aux autres plus sçavans le temps et la commodité de parler. Car ceux ausquels il assigne la charge de parler, certes il veut que ce soyent des plus exquis.

et gens ordonnez par l'approbation commune de lEglise. Or il n’y en à point qui soyent plus prompts à s’ingérer, que ceux qui ont seulement quelque sçavoir léger, en sorte que le proverbe est véritable, L’ignorance est hardie. Sainct Paul donc a voulu obvier à ce mal, en assignant la charge de parler à deux ou à trois. £t que les autres en jugent. Atin qu’il ne donnast aucune occasion aux autres de se plaindre, comme s’il eust voulu

que le don de Dieu qu'ils ont receu fust

demeuré en eux supprimé et enseveli, il démonstre en quelle sorte ils en pourront user au proufit de Eglise, mesme en se taisant, asçavoir s'ils avisent à juger de ce que disent les autres. Car ce n’est pas une petite utilité, qu'il y ait gens qui ayent dextérité et sçavoir pour juger de telles choses, lesquels ne permettent point que la saine doctrine soit pervertie par les ruses de Satan, ou autrement corrompue par quelques sottes baveries. S.

Paul donc monstre que les autres Prophètes seront utiles à l'Eglise, mesme en Se taisant. Mais il semble que c’est chose absurde, qu’il soit permis aux hommes de juger de la doctrine de Dieu, laquelle doit estre hors de toute controverse et doute. Je respon que ce n’est point pour

assujetir la doctrine de Dieu à la censure

des hommes : mais que seulement il leur est permis de poiser par PEsprit de Dieu, Si ce qui est proposé, est sa Parole ou mon, et si on ne propose point des inventions humaines sous la couverture et litre de la parole de Dieu, comme nous dirons derechef tantost après.

80 £Zt si quelque chose est révélée à

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

un, etc. C’est une autre utilité, asçavoir que toutes fois et quantes qu’il sera besoin, eux aussi auront lieu de parler.

Parquoy il ne faut plus qu’ils se plaignent que l'Esprit soit attaché, ou que la bouche luy soit close. Car tous ont lieu et liberté de parler, quand la chose le requiert, pourveu qu'on ne se viene là fourrer sans propos et hors temps, plustost en se plaisant, que servant à la nécessité. Or il requiert ceste modestie de tous, qu’un chacun en son endroit défère à celuy qui apportera quelque chose de meilleur. Car la vraye liberté de l'Esprit gist, non pas en ce qu'il soit loisible à un chacun de parler à la volée tout ce que bon luy semblera, mais que tous depuis le plus grand jusques au plus petit, se laissent ranger de leur bon gré : et qu'on escoute le seul Esprit par la bouche de qui qu’il parle. Touchant la certitude de la révélation, nous en verrons tantost après.

31 Car vous pouvez tous prophétizer l’un après l'autre. Premièrement, quand il dit, Tous il ne comprend pas universellement tous les fidèles, mais seulement ceux qui avoyent la grâce de ce faire.

D’avantage, il ne signifie pas que tous doyvent avoir également leur tour de parler, mais selon qu’il sera expédient pour le peuple, qu’un chacun se présente pour parler, ou plus souvent ou moins, ainsi qu'il sera avisé pour le mieux.

Comme s'il disoit, Il n’y aura personne d’entreux qui demeure tousjours sans rien faire : mais l’opportunité de parler se présentera tantost aux uns, tantosi aux autres. Il adjouste puis après, Afin que tous apprenent : lequel mot, combien qu’il appartiene à tout le peuple, yei toutesfois se raporte aux Prophètes, et sainct Paul lPentend d'eux spécialement. Car jamais homme ne sera bon Docteur, s’il ne se monstre docile, et s’il n’esé tousjours prest pour apprendre. Et à la vérité, il ne s’en trouvera jamais un, qui tellement abonde en perfection de doctrine, qu’il ne puisse proufiter en oyant les autres. Que tous donc exercent tellement Poftice d'enseigner, que cependant ils ne refusent et ne prenent point à desplaisir d’estre disciples les uns des

autres, quand quelqu'un aura de quoy édifier l'Eglise. A dit en second lieu, Afin que tous soyent consolez : de quoy nous avons à recueillir, que tant s’en faut que les Ministres de Christ doyvent estre envieux, que mesme ils doyvent estre bien aises qu’ils ne sont pas seuls excellens, mais qu’ils ont des compagnons d’une semblable grâce. Moyse (comme il est récité en l’Escriture, Nomb. XI, 28.) a eu une telle affection. Car quand son serviteur esmeu d’une sotte jalousie, estoit marri que les autres avoyent une semblable grâce de prophétizer que son maistre, il le reprint, disant, Mais pleust à Dieu que tout le peuple de Dieu fust participant de ceste grâce excellente avec moy. Et certes c’est une grande consolation pour les Ministres fidèles, de veoir l'Esprit de Dieu, duquel ils sont organes, besongnant aussi és autres : et ce leur est une confirmation qui n’est pas petite.

La consolation aussi est en ce, que tant plus que la parole de Dieu aura de Ministres et tesmoins, tant plus elle sera estendue et publiée. Au reste, pource que le mot Grec qui est yci mis, ha double signification : on le pourroit aussi tourner, Afin qu'ils prenent exhortation. Ce qui ne conviendroit point mal : car cela nous proufite quelque fois, d’ouir les autres, afin que nous soyons plus vivement incitez à faire nostre devoir.

32 Et les esprits des Prophètes. Ceci aussi est une des raisons pourquoy il est nécessaire que quand un à parlé, quelque autre prene la parole encore après. Car il adviendra quelque fois que les autres Prophètes auront quelque chose à reprendre en la doctrine de l’un. 1} n’est pas raisonnable, dit-il, qu'aucun soit exempt de censure. Ainsi il adviendra quelque fois qu'il faudra que quelqu'un qui estoit là assis sans dire mot, prene la parole. Ce passage à esté mal entendu d’aucuns : comme si sainet Paul disoit, Que les Prophètes de Dieu ne sont point semblables à des transportez, lesquels depuis que leur folie les prenoit, laquelle ils appeloyent un mouvement Divin, n’estoyent plus maistres d’eux-mesmes. Or je confesse bien que cela est vray, que les Prophètes de Dieu n'ont point esté

Car. XIV.

gens transportez de leur esprit : mais ce n’est point à propos de ce passage de sainet Paul. Car il signifie, comme j'ay dit, que nul n’est exempt de la censure des autres : mais que tous doyvent estre ouys, à ceste condition que leur doctrine soit puis après néantmoins examinée. En-

core toutesfois y a-il de la difficulté en

ceci. Car l’Apostre prononce apertement que les esprits des Prophètes sont sujets.

Jà soit qu'il est vray qu’il parle des dons,

toutesfois comment peuvent les hommes

juger la prophétie donnée par le sainct

Esprit, que quant et quant ils ne jugent le S. Esprit mesme ? Par ce moyen, la parole de Dieu aussi mesme, qui est révélée par l'Esprit, sera assujetie à l'examen.

Ce qui est tant et plus absurde : et n’est point besoin de m’arrester à le monstrer :

car chacun le voit. Or quant à moy, je di que telle censure ne tend point à contreroller le S. Esprit, ne la parole de Dieu. Le S. Esprit ne laisse point d’avoir sa majesté entière, qui est de juger toutes choses, et n’estre jugé de personne. Aussi on n’oste point en ce faisant à la parole de Dieu la révérence qui luy est deuë :

c'est asçavoir que sans contredit elle soit

receuë aussi tost qu’elle est prononcée.

Pourquoy done, dira quelqu'un, la ramène-on à examen ? Je respon, que si quelqu'un avoit plene révélation, celuy-là certes avec son don seroit par-dessus toute censure. Il n’y à point, di-je de su jétion, où il y a plénitude de révélation.

Mais pource que Dieu distribue tellement son Esprit à un chacun par certaine mesure, que mesme là où il y a grande abondance, encore y défaut-il tousjours quelque chose : il ne se faut pas esbahir si nul n’est mis si haut qu’il regarde tous les autres en bas, et ne soit censuré par aucun. Nous voyons maintenant comment sans rien déroguer au sainct Esprit, ses dons peuvent estre examinez. Et qui plus est, là où après avoir bien tout espluché, on ne trouvera rien digne de répréhension, encore y a-il tousjours quelque chose qui ha besoin d’estre “polie. La somme donc de ceci est, que le don est tellement sujet à examen, que les Prophètes doyvent aviser si ce qui est proposé, procède de l'Esprit de Dieu. Car s’il appert que le S.

Car. XIV.

Esprit en soit autheur, il n’en faut plus douter. On fait toutesfois encore une question, Quelle est la règle pour faire cest examen. On peut respondre à ceste question en partie par la bouche du sainct Apostre, lequel au chapitre XIE, v. 6 aux Romains, requiert que la prophétie soit conformée à l’analogie et similitude de foy. Mais quant à la censure, il ne faut point douter qu’on n’y doyve procéder par la parole et l'Esprit de Dieu : en sorte que rien ne soit approuvé, sinon ce qui sera trouvé estre de Dieu : et d'autre

part, que rien ne soit réprouvé, sinon par

sa Parole : brief, que Dieu seul préside en ce jugement, et que les hommes soyent seulement ses instrumens pour le prononcer. On peut conjecturer par ce passage du sainet Apostre, combien estoit ceste Eglise-là florissante en diversité et abondance excellente de biens spirituels.

Il y avoit des colléges de Prophètes, en sorte qu'on avoit peine pour ordonner à chacun son tour de parler : il y avoit une si grande. diversité de dons, qu’il y en avoit d’abondant. Nous voyons maintenant comment nous sommes petitement fournis, mais plustost bien povres. Et certes en cela nous voyons une juste punition de Dieu sur nostre ingratitude. Car les richesses de Dieu ne sont pas espuisées, ne sa bénignité diminuée aucunement : mais Ce Sommes-nous, qui ne sommes pas dignes qu’il nous en eslargisse, ne capables de sa libéralité. Combien qu'encore il y à assez de lumière et de doctrine, pourveu qu’il n’y eust point faute de crainte de Dieu, et des fruits qui en provienent.

33 Car Dieu n'est point Dieu de confusion, etc. Voyci une sentence grande- - ment utile, par laquelle nous sommes . admonnestez que si nous n’aimons la paix

et la pourchassons , nous ne servons point à Dieu. Où donc il y a convoitise de rioter , il est certain que Dieu n’y règne

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

point. Et c’est un propos bien facile à dire , et que quasi tous auront communément en la bouche: cependant toutesfois plusieurs tempestent pour un rien :

où bien cherchans par quelque moyen que ce soit d’apparoistre. et estre estimez quelque chose, ïls troublent l'Eglise.

Souvenons-nous donc que pour discerhèr qui sont les vrais serviteurs de Christ, 1 faut observer ceste marque, asçavoirmon s'ils sont amateurs de paix et concorde, et en se gouvernant paisiblement, fuyent les contentions entant qu’ils peuvent: moyennant toutesfois que nous entendions une paix de laquelle la vérité de Dieu soit le lien. Car quand il est question de combatre à l’encontre des meschantes doctrines, quand le ciel et la terre se deveroyent mesler ensemble , si faut-il Héantmoins persévérer au combat.

Vray est qu’en premier lieu il faut tascher paisiblement et sans contention que la vérité de Dieu ait lieu: mais sj les meschans résistent, il faut tenir bon à l’encontre , et ne craindre point que ja coulpe des tumultes nous soit imputée.

Car maudite est la paix, de laquelle le lien est un révoltement de Dieu : et bienheureuses les guerres, par lesquelles il est nécessaire de maintenir le royaume de Christ. Comme en toutes les Eglises.

Ce mot Comme, ne se rapporte pas au prochain propos seulement, mais aussi à toute la description précédente : comme s’il disoit, Je ne vous ay rien commandé jusques yci, qui ne soit gardé en toutes les autres Eglises, lesquelles par ce moyen sont entretenues en paix. Servezvous donc de ce que les autres Eglises ont expérimenté estre salutaire et trèsutile pour conserver la paix. Ce qu’il exprime nomméement, Des Saincts, emporte grand poids: comme s’il vouloit dire qu'il n’y auroit point de propos d’avoir quelque souspeçon sur les Eglises bien réformées.

34 Que vos femmes se taisent és Eglises : car il ne leur est point permis de

parler! :

mais doyvent estre sujetes, comme aussi la Loy le dit*?.

35 Que si elles veulent apprendre quelque chose, qu'elles interroguent leurs maris en La maison : car Ù est déshonneste aux femmes de parler en l'Eglise.

1) 1 Tim, II, 12. 2) Gen., II, 16,

Car. XIV.

36 La parole de Dieu, est-elle procédée de vous? ou est-elle parvenue tant

seulement à vous ? |

37 Si aucun cuide estre Prophète ou spirituel, qu'il recognoisse que les choses que je vous escri, sont commandemens du Seigneur.

38 Æt si aucun est ignorant, qu'il soit ignorant.

39 Pourtant, frères, soyez convoiteux de prophétizer, et n'empeschez point

de parler langages.

40 Tout se face honnestement, et par ordre.

Il appert que l'Eglise des Corinthiens a esié entachée de ce vice aussi: asçavoir que le caquet des femmes avoit lieu ou plustost une licence desbordée en Ja saincte assemblée. Il défend donc qu’elles parlent en public pour prophétizer ou endoctriner. Or il faut entendre ceci de la charge ordinaire: ou bien quand il y à un estat certain ordonné en l'Eglise. Car il pourra advenir une telle nécessité, qu'il sera requis qu’une femme parle en public : mais S. Paul regarde seulement ce qui est bien séant en une congrégation bien ordonnée.

34 Doyvent estre sujetes. Il semble bien que ce ne soit point à propos d’alléguer la sujétion, à laquelle la Loy range les femmes. Car (dira quelqu'un) quel inconvénient y a-il qu’elles soyent sujetes, et néantmoins enseignent? Je respon, que la charge d’enseigner ou de prescher est une prééminence en PEglise, et pourtant elle est contraire à sujétion. Car combien seroit-il mal séant, que ceile qui est sujete à un membre, eust prééminence et authorité sur tout le corps ? C’est donc un argument pris des choses répugnantes : Si la femme est sujete, elle ne peut donc avoir autborité publique de prescher ou enseigner. Et à la vérité, entre toutes les nations et peuples, où lhonnesteté naturelle a eu lieu , les femmes ont esté excluses de tout temps de toute administration publique : et le sens commun mesme nous enseigne que c'est-une chose vicieuse et déshonneste que les femmes dominent. Mesmes à Rome, du temps qu’on les soutfroit proposer devant Îles juges, et plaider publiquement, Caia Affrania feit tant par son babil affeté, que cela aussi leur fut défendu. Mais Parqument de S. Paul est simple: asçavoir que la puissance de prescher ou enseigner ne convient point à une femme,

pource qu’en ce faisant elle préside là sur tous les honimes qui y sont : et toutesfois il faut qu’elle soit sujete.

35 Que si elles veulent, etc. Afin qu’il ne semble que par ce moyen il vueille fermer aux femmes le chemin d’apprendre , il veut, si elles doutent de quelque chose, qu'elles le demandent en privé, et

-qu’elles n’esmeuvent point la difficulté en

public. Quand il dit, Leurs maris: il ne leur défend point d’aller mesmes aux Prophètes pour en avoir leur avis. Car tous maris ne Sont pas suffisans pour respondre: mais pource qu’il parle yci de la police externe, ce luy est assez de démonstrer ce qui n’est pas honneste , afin que les Corinthiens s’en gardent. Cependant c’est aux lecteurs de considérer prudemment que les choses desquelles il'est traitté yei, sont indifférentes : esquelles il n’y a rien illicite, sinon ce qui répugne à honnesteté et édification.

36 La parole de Dieu est-elle, etc.

C’est une répréhension un peu aspre : mais il estoit besoin de rabbatre ainsi la fierté et orgueil des Corinthiens. Ils se plaisoyent outre mesure, ils ne pouvoyent endurer en sorte quelconque qu’on les reprinst, ni eux, ni ce qui estoit d'eux.

Il demande donc s’il n’y a point d’autres Chrestiens au monde qu'eux, et mesmes s'ils sont les premiers, ou s'ils seront les derniers. La parole de Dieu, dit-il, estelle procédée de vous? c’est-à-dire, A-elle pris sa source de vous? Æ£st-elle parvenue tant seulement à vous? c’est-à-dire, Ne s’estendra-elle point plus avant ? L’admonition tend là, Qu'ils ne se plaisent point en leurs inventions ou coustumes , n’ayans nul esgard aux autres. Et c’est une doctrine générale. Car nulle Eglise ne doit estre addonnée à soy particulièrement, en mesprisant les autres : mais plustost elles se doyvent toutes tendre Ja

Cuap. XIV. SUR LA Ire ÉPISTRE

main l’une à l’autre pour s’entretenir en unité : et autant qu’il est requis pour nourrir paix et concorde , s’accommoder les unes aux autres. Mais on fait vei une question, Si chacune Eglise selon qu’elle précède les autres en ordre et est plus ancienne, peut aussi les obliger à ses ordonnances et manières de.faire. Car il semble par les paroles de $S. Paul qw’il veut dire cela. Exemple : L'Eglise de Jérusalem estoit la mère de toutes les autres : car la parole de Dieu en estoit issue. Asçavoir si pourtant elle a peu s’attribuer ce privilége d’astreindre toutes les autres à l’ensuyvre? Je respon que sainct Paul n’use pas yci d’un argument qui ait tousjours lieu, mais lequel convenoit spécialement aux Corinthiens, comme il advient souvent. Il a donc plustost regardé aux personnes, qu’à la chose en soy. Parquoy ce n’est pas yci une conséquence nécessaire, que les Eglises qui viendront puis après , doyvent estre en tout et par tout obligées aux ordonnances des premières:

veu que S. Paul mesme ne s’est pas astreint à cela, de faire recevoir préciséement aux autres Eglises les manières de faire qui estoyent en usage en celle de Jérusalem, Qu'il n’y ait nulle ambition, ni obstination , ni orgueil, ne mespris des autres Eglises : au contraire, qu’il y ait soin d’édifier, qu’il .y ait modération et prudence : et lors en la diversité des cérémonies il n’y aura rien digne de répréhension. Notons donc que l’arrogance des Corinthiens a esté yei taxée, lesquels ne regardans qu’à eux-mesmes, et se plaisans en leurs façons de faire, ne portoyent point d'honneur aux principales Eglises , desquelles ils avoyent receu l’Evangile, et n’avisoyent point à s’accommoder aux autres, ausquelles la parole de Dieu estoit parvenue puis après. Que pleust à Dieu que de nostre temps il ne se trouvast aucune Corinthe tant en ce vice qu’és autres. Mais nous voyons comment des gens barbares, lesquels , à bien parler, n’ont jamais gousté l'Evangile, troublent les Eglises fidèles , en voulant d’une façon tyrannique contraindre tout le monde à recevoir leurs loix.

37 Si aucun cuide estre Prophète.

Vovyei un exemple du jugement, lequel il |

HT

AUX CORINTHIENS. k81

avoit auparavant recommandé aux Prophètes : asçavoir que ce qu’ils cognoistront estre de Dieu, ils le reçoyvent. Or quant à ce qu'il touche, ce n’est pas qu'il leur propose afin qu’ils y avisent comme en une chose douteuse : mais afin qu'ils le reçoyvent pour certaine parole de Dieu : pource qu’ils cognoistront que c’est la parole de Dieu, s'ils jugent droitement. Au reste, c’est suyvant son authorité d’Apostre qu’il prend la bardiesse de leur prescrire le jugement qu'ils doyvent faire en cest endroit. Et mesme ce qu'il adjouste incontinent après, £Ë si aucun est ignorant, qu'il soil ignorant : est encore une parole de plus grande asseurance. Et certes sainct Paul le pouvoit bien dire ainsi, d'autant qu’il estoit certain de la révélation que Dieu luy avoit faite : et mesme les Corinthiens le devoyent bien cognoistre, et n'avoir point autre opinion de luy que d’un Apostre de Jésus-Christ. Mais il n'appartient pas à un chacun d’en dire autant de soy : et s’il le dit, on se pourra mocquer de luy à bon droict avec sa vanterie. Car lors ceste asseurance doit avoir lieu, quand par effet on démonstre ce qu’on s’attribue de bouche. C’estoit à la vérité que le sainct Apostre affermoit ses commandemens estre du Seigneur :

plusieurs en pourront prétendre autant à fausses enseignes. Le tout gist en cela, qu'on voye apertement que celuy qui ne peut souffrir estre dédit, parle par le S. Esprit, et non point de son propre cerveau. Celuy done qui n’est autre chose qu’un pur organe du sainct Esprit, osera hardiment prononcer avec sainct Paul, que ceux qui rejetteront sa doctrine, ne seront ne Prophètes ne spirituels : et le fera d’un droict qui luy appartient, selon ce que nous avons veu au commencement de l’Epistre : Le spirituel juge toutes choses : ci-dessus chap. IT, v. 45. Mais on peut yci demander, comment c’est que S. Paul afferme estre commandemens du Seigneur, ce de quoy il n’y a nul tesmoignage en l’Escriture :

et puis là-dessus survient encore une autre difficulté, Que si ces commandemens sont du Seigneur, il les faut garder nécessairement, et ils lient la conscience.

Et toutesfois ce ne sont que cérémonies politiques, desquelles l'observation n’est point de telle nécessité. Mais sainct Paul ne veut dire autre chose, sinon qu'il ne commande rien, qui ne soit conforme à la volonté de Dieu. Or Dieu luy donnoit prudence et conseil, à recommander cest ordre és choses externes, tant en Corinthe qu’és autres lieux : non pas afin que ce fust une Loy inviolable, comme sont celles qui contienent le service spirituel de Dieu : mais afin que ce fust une forme utile à tous enfans de Dieu, et non à mespriser.

38 Si aucun est ignorant qu’il soil ignorant. La vieille translation avoit, Celuy qui ignore, sera ignoré : et mal.

. Car sainct Paul à voulu yei oster toute occasion aux contentieux, qui ne cessent jamais de disputer, et ce sous ombre de s’enquérir comme de choses qui ne sont pas encore bien esclarcies. Ou bien certes il déclare qu’en général, il ne se soucie nullement de tous ceux qui révoqueront en doute ce qu’il a dit : comme s'il disoit, Si quelqu'un ignore, je ne m'arreste point à ce qu’il peut douter :

car il ne deschet rien pour cela de la certitude de ma doctrine. Que cestuy-là done s’en aille, qui qu’il soit: quant à vous, ne laissez point pourtant de croire à Christ qui parle par moy. En somme, il signifie que les sophistes qui ne font jamais que disputer, sans rien résoudre ou accorder, ne les contentieux et subtils jaseurs, ne pourront par leurs belles questions rien diminuer de Pauthorité de la saine doctrine, ne de la vérité, de laquelle les fidèles doyvent estre certains et résolus : et quant et quant il admoneste que leur doute ne nous doit empescher ni arrester aucunement. Mais il faut noter, que ceste hautesse de courage, laquelle mesprise tous jugemens humains, doit estre fondée sur la vérité cognue. Tout ainsi donc que ce seroit une témérité perverse de maintenir obstinéement à l'encontre de tous une opinion une fois conceuë, ou de persévérer en son propos trop audacieusement quand les autres en douteront : aussi depuis qu'il nous appert que Dieu parle, passons hardiment par-dessus tous empes-

Cuar. XIV.

chemens humains, et par-dessus toutes difficultez, sans nous en soucier aucunement.

39 Pourtant frères, soyez convoiteux de prophétizer. C’est la conclusion de la question principale : Asçavoir que la prophétie doit estre préférée à tous au-

tres dons, pource que c’est le don le plus :

utile de tous les autres : et que toutesfois les autres ne sont point à mespriser. Mais il faut noter la manière de parler.

Car il signifie que la prophétie mérite bien, que tous y aspirent ardemment, et comme à l’envi. Cependant il exhorte qu’ils ne portent point d'envie aux autres qui ont le don des Langues, qui est un don plus rare, lequel toutesfois n’est pas tant à désirer : ains qu'ils leur laissent la louange qu’ils méritent, sans en estre envieux.

40 Tout se face. C’est une conclusion plus générale, qui ne comprend pas seulement le principal poinct, mais aussi toutes les parties : ou plustost c’est la règle à laquelle il faut rapporter tout ce qui appartient à la police externe. Pource qu’il avoit traitté par-ci par-là des céré-

monies, ila voulu recueillir yei le tout

en briefve somme : Asçavoir qu’il faut que l’honnesteté soit gardée, et qu’on évite confusion : laquelle sentence monstre qu'il n’a point voulu astreindre les consciences aux commandemens qu’il a baillez ci-dessus, comme s'ils estoyent nécessaires d’eux-mesmes, mais entant qu'ils pourront servir à entretenir paix et honnesteté. De ceci (comme j’ay desjà dit) nous avons à recueillir une doctrine perpétuelle, pour sçavoir à quelle fin il faut rapporter la police de l'Eglise. Dieu nous a voulu laisser les cérémonies externes en nostre liberté, afin que nous ne pensissions que son service fust là enclos : cependant il ne nous a pas permis une licence esgarée ne desbordée:

ains il a mis, par manière de dire, des barres tout à l’entour : ou bien il a tellement modéré la liberté qu’il donnoit, que toutesfois on peut juger par la Parole ce qui est bon de faire. Quand donc ce passage sera bien poisé, on verra facile= ment quelle différence il y a entre les édits tyranniques du Pape, lesquels op-

Car. XV.

priment les consciences de servitude intolérable, et les loix sainctes de l'Eglise, par lesquelles la discipline et l’ordre sont entretenus. Et d'avantage, on peut recueillir de ceci, qu'il ne faut réputer

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

telles sainctes loix pour traditions humaines, autant qu'elles sont fondées sur ce général mandement, et ont claire approbation comme de la bouche de Christ mesme.

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