‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 59 sur 99 · III · texte numérisé non relu

III

desquels use sainect Paul, qu'ils estoyent totalement ensorcelez de la resverie des Sadducéens. Comme pour exemple :

quand il dit, Que proufite-il d’estre baptizé pour les morts ? ne vaudroit-il pas beaucoup mieux boire et manger ? Pourquoy sommes-nous en danger à toutes heures? et autres semblables propos : il estoit bien aisé de respondre mesme par l'opinion des Philosophes : Pource que les àmes sont survivantes après Ja mort. À ceste cause donc aucuns estendent à l'immortalité des âmes toute la dispute que S. Paul fait en ce chapitre.

Quant à moy, comme je me déporte de débatre quel estoit l’erreur des Corinthiens, aussi on ne me sçauroit persuader de rapporter les paroles de sainct Paul à autre propos qu’à la résurrection de la chair. Tenons donc ceci pour arresté qu’il ne traitte d’autre chose en ce chapitre. Et peut bien estre que l’impiété de Philète et Hyménée, lesquels disoyent

| que la résurrection estoit desjà faite, et

LS qu'il n’y en auroit plus, s’estoit desjà espandue jusques à Corinthe : ausquels encore aujourd’huy ressemblent aucuns enragez, Ou plustost diables, possédez d’autres diables, lesquels s'appellent Libertins. Quant à moy, la conjecture que je trouve plus vray-semblable, est, qu’ils avoyent esté abusez par quelque opinion fantastique, par laquelle l'espérance de la résurrection à venir leur estoit ostée : comme ceux-ci aujourd’huy imaginans une je ne sçay quelle résurrection allégorique, nous ostent la vraye résurrection qui nous est promise. Quoy que ce soit, c’est un exemple horrible et monstrueux, de dire, qu'eux qui avoyent esté instruits par un maistre tant excellent, ayent.peu estre si soudainement séduits par des erreurs si lourds.

Mais s’en faut-il esbahir, veu qu’en lEglise d'Israël les Sadducéens osoyent bien enseigner publiquement que l’homme ne différoit en rien de la beste brute, entant que touche l’essence de lâme, et qu’il n’avoit nulle félicité, que les bestes n’en eussent bien autant ? Notons toutesfois qu’un tel aveuglement est un juste jugement de Dieu : à ce que ceux qui n’acquiescent point à la vérité de Dieu, soyent agitez çà et là des illusions de Satan. Or on pourroit demander, pourquoy il à diféré à dire jusqu'yci ce qui à bon droict devoit estre préféré à toutes autres choses. Aucuns respondent qu’il Va fait, afin que la chose demeurast mieux imprimée en leur mémoire. Je pense plustost que sainct Paul n’a point voulu faire mention d’une si grande chose, jusques à ce qu’il eust confermé son authorité, qui avoit esté aucunement diminuée entre les Corinthiens, et qu’il les eust rendus dociles en réprimant leur arrogance.

A Or je vous avise, frères. Ce mot, Aviser, n’emporte pas qu’il leur enseignast une chose qui leur eust esté au paravant incognue : mais seulement qu’il leur réduisoit en mémoire ce qu'ils avoyent Ouy au paravant : comme S'il disoit, Recognoissez avec moy cest Evangile, lequel vous aviez appris, avant que fussiez destournez du droit chemin. I] appelle la doctrine de la résurrection,

Car, XV.

Evangile, atin qu'ils ne pensent point qu’il soit loisible à un chacun d’en avoir telle opinion qu’il voudra, comme des autres questions, qui n’attirent avec elles dommage du salut. Quand il adjouste, Lequel il a annoncé : c’est pour amplifier ce qu'il dit. Comme s'il disoit, Si vous me recognoissez pour Apostre, certes je vous ay ainsi enseignez. Il y a une autre amplification en ces mots, Lequel vous avez receu. car S'ils endurent maintenant qu’on leur persuade le contraire, ils sont dignes d’estre arguez d’inconstance. La troisième amplification est, qu’ils estoyent demeurez fermes et constans en ceste foy : qui est quelque chose plus que d’avoir creu pour une fois. Mais le principal de tout, est, qu’il dit que leur salut consiste en cela : car il s'ensuit de cela que la résurrection anéantie, il ne leur reste plus de religion, ni certitude de foy : brief, que toute leur foy sera perdue. Les autres exposent autrement le mot que nous avons traduit, F’ous-vous tenez fermes : et disent, Par lequel vous estes soustenus :

mais l'exposition que j'ay donnée, est la .

plus vraye.

2 Si vous retenez, etc. Ces deux exceptions ont des aiguillons pour poindre.

Par la première il taxe leur stupidité ou légèreté : pource que ceste cheute si soudaine, estoit un Signe que jamais ils n’avoyent comprins ce qui leur avoit esté enseigné : ou bien que la cognoissance qu’ils en avoyent euëê, estoit une cognoissance volante, puis qu’elle estoit si tost esvanouye. Par la seconde exception il les admoneste qu’en vain ils ont fait profession d’adhérer à Cbrist, sinon qu’ils tienent ferme ce principal poinct de la fOY.

3 Car avant toutes choses je vous, etc. 1 conferme maintenant et déclare ce qu'il avoit dit au paravant : Ascavoir que la résurrection avoit esté annoncée par luy, voire comme le principal poinct de l'Evangile. 4vant toutes choses, dit-.

il : asçavoir, comme on a accoustumé de faire avant toutes choses le fondement, quand on veut bastir. Il authorize aussi de plus en plus sa prédication, en disant qu’il n’a rien baillé qu'il n'ait receu.

Cuar. XV.

Car il n’entend pas qu’il leur ait annoncé une chose qu'il avoit seulement apprise des autres, mais que le Seigneur mesme luy avoit enseignée et commandée. Car le mot de Recevoir, doit estre exposé selon la circonstance du passage. Or loflice d’un Apostre est, de ne rien produire en avant, sinon ce qu’il aura receu du Seigneur, afin que de main en main, comme on dit, il administre à l'Eglise la pure parole de Dieu. Que Christ est mort. Voyci où il déclare plus apertement d'où il l’a receu : car il allègue Les Escritures en tesmoignage. Il fait premièrement mention de la mort de Christ, et aussi de sa sépulture, afin que nous recuelllions que tout ainsi qu'il est semblable à nous en ces deux choses, aussi l'est-il en la résurrection. Il est donc mort avec nous, afin que nous ressuscitions avec luy. En la sépulture aussi est mieux exprimée la vérité de Ja mort, en laquelle il a communiqué avec nous. Or il y à plusieurs passages de l’Escriture, qui prédisent tant la mort que la résurrection de Christ : maïs il n’y en a point de plus exprès, et où il en soit traitté plus apertement qu’au chap. LIHI d’Esaïe, au chap. IX de Daniel, v. 26, et au XXII Pseaume. Pour nos péchez. C'est-à-dire, afin que prenant sur soy nostre malédiction, il nous rachetast d’icelle. Car la mort de Christ qu’a-ce esté autre chose qu’un sacrifice pour effacer nos péchez ?

qu'une peine satisfactoire, par laquelle . nous fussions réconciliez avec Dieu ? que la condamnation d’un, pour nous impétrer absolution ? Il parle aussi en ceste sorte au ch. IV des Rom., mais il attribue.là à l’opposite à la résurrection son eflicace, asçavoir que par icelle la justice nous est conférée. Car comme le péché a esté aboli par la mort de Christ: aussi la justice a esté acquise par sa résurrection. Or c’est une division qu’il faut bien observer, afin que nous sçachions que c’est que nous devons chercher en sa mort, et ce que nous devons chercher en sa résurrection. Au reste, quand ailleurs PEscriture fait seulement mention de la mort, sçachons que lors la résurrection est comprise en la mort : mais quand elles sont nommées distinctement,

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

le commencement de nostre salut est en la mort (comme nous voyons) et l’accomplissement en la résurrection.

5 Et qu'il a esté veu de Céphas.

Maintenant il produit des tesmoins de veue (comme S. Luc les appelle) qui ont veu lPaccomplissement de ce que les Escritures avoyent prédit devoir advenir :

toutesfois il ne les allègue pas tous : car il ne parle point des femmes. Parquoy, quand il dit, que premièrement il est apparu à Pierre, il faut entendre qu’il le met devant tous les hommes : et par ce moyen, ce que S. Marc, XVE, 9, récite qu’il a esté veu de Marie, ne répugne point à ceci. Or comment est-ce qu'il dit qu’il a esté veu des Douze, puis qu'après la:

mort de Judas il n’y en avoit plus qu'onze ? Chrysostôme pense que cela fut fait après que Mathias eust esté constitué au lieu de Judas. Les autres ont mieux aimé corriger le mot, comme s’il y eust eu faute. Mais puis que nous sçavons que le nombre de douze a esté consacré par l'institution du Seigneur, il n’y à point d’inconvénient de dire que le nom soit demeuré, encores que l’un ait esté cassé de son estat. Comme on voit qu'anciennement à Rome on nommoit une compagnie de Juges qui estoyent en nombre cent et deux, Centumowiri, c’està-dire les Cent, jà soit qu'il y en eust deux par-dessus les cent. Il faut donc prendre yci simplement le nombre de Douze, pour les Apostres éleus. On ne sçait pas bien quand fut faite ceste apparition à plus de cinq cens, sinon qu’il se peut faire qu’une si grande compagnie ait esté assemblée en Jérusalem, quand il se manifesta à eux. Car S. Luc, XXIV, 33, nomme en général Disciples, tous ceux qui estoyent avec les onze : toutesfois il ne dit point combien il y en avoit.

Chrysostôme le rapporte à l’ascension :

et le mot pour lequel nous avons traduit, De plus : il expose D’enhaut. Quant à ce qu’il dit, qu’il a esté veu de Jaques à part : cela a peu estre fait depuis l’ascension. Quand il dit, Tous les Apostres, j'enten nou-seulement les douze, mais aussi les disciples, ausquels Christ avoit donné la charge de prescher. D'autant plus que le Seigneur a voulu quil y ait

eu de tesmoins de sa résurrection, et d'autant plus qu’il s’est monstré souvent, sçachons aussi que la foy d’icelle nous doit estre d'autant plus certaine. Et par ce que l’Apostre prouve la résurrection de Christ, pource qu’il est apparu à plusieurs, il signifie qu’elle à esté vraye et naturelle, et non point allégorique : car les yeux corporels ne peuvent estre tesmoins de la résurrection spirituelle.

8 El après tous il a esté veu aussi de moy. 11 s’adjoint maintenant aussi avec les autres : car Jésus-Christ en sa vie et gloire immortelle s’estoit manifesté à luy. Or pource que ce m’estoit point une vision fausse, elle estoit suffisante et recevable à confermer la foy de la résurrection : comme aussi aux Actes, XXVI, 8, 9, il use de cest argument.

Mais pource qu’il estoit bien requis et nécessaire que son authorité fust en trèsgrande estime et réputation envers les Corinthiens, commé en passant il entrelace une louange de sa personne, laquelle toutesfois il modère tellement, qu’en s’attribuant beaucoup, il est néantmoins trésmodeste. Afin donc que nul he luy objectast, Qui es-tu, afin que nous t’adjoustions foy? il confesse volontairement son indignité : et premièrement il se compare à wn avorton : ce qu'il fait, comme je pense, ayant esgard à sa soudaine conversion. Car tout ainsi que les enfans ne sortent point du ventre de leurs mères, que premièrement ils ne soyent là formez et fortifiez par légitime succession de temps : aussi le Seigneur a gardé un ordre de temps légitime pour créer, entretenir et former ses Apostres.

Mais sainet Paul, à grand’peine ayant receu lesprit vital, avoit esté jetté hors du ventre. Aucuns prenent ce mot, Avorton, pour Posthume, c’est-à-dire pour celuy qui est nay après la mort de son père : mais il convient mieux de dire Avorton, d'autant que tout à un coup il a esté engendré, nay et en aage d’homme. Or cest avortement fait mieux reluire la grâce de Dieu en S. Paul, que si petit à petit, et de degré en degré il fust creu en Christ.

9 Car je suis le moindre. On ne peut pas bonnement juger si ses haineux ont

Char. XV.

jetté ces propos en avant, pour faire qu'on luy adjoustast moins dé foy : ou bien s’il à fait ceste confession, restant point incité d’ailleurs. Quant à moy, comme je ne doute point que tousjours il n’ait esté enclin de son bon gré à s’abbaisser, afin d’exalter la grâce de Dieu, aussi je pense qu’yci il a voulu obvier aux calomnies, Car qu’il y en ait eu aücuns à Corinthe qui en détractant malicieusement de luy, ayent tasché de diminuer sa dignité, on lé peut cognoistre tant par beaucoup de passages précédens, que par la comparaison qu’il adjoustera tantost après : laquelle certes il n'eust jamais touchée, S'il n’eust esté contraint par la malice d’aucuns. Comme s’il disoit, Mesdi de moy tant que tu voudras, j’endureray qu'on m'abbaisse jusques sous terre, j'endureray eéstre estimé moins que rien, afin que la bonté de Dieu envers moy réluise d’avantage. Que je soye done éstimé comme le moindre des Apostres. Aussi certes je me cognoy estre indigne de ce degré :

car par quels mérites ay-je peu parvenir jusques-là ? Quand je persécutoye l’Eglise de Dieu, que méritoye-je ? Mais il ne faut point que tu m’estimes par mâà petite et basse condition, car le Seigneur n'a pas regardé quel j'estoye, mais à m'a fait tout autre par sa grâce. Le tout revient là, que S. Paul né refuse point d’estre le plus contemptible de tous, et quasi rien, moyennant que ce mespris ne luy face aucun empeschement en son ministère, et ne dérogue en rien à sa doctrine. Il est content quant au regard de soy, d’estre réputé indigne de tout honneur, moyennant que son Apostolat soit prisé au regard de la gràcé qui luy à esté faite. Et à la vérité, Dieu ne avoit point orné de dons tant excellens, afin que sa grâce demeurast là ensevelie et mesprisée, mais avoit voulu par ce moyen magnifier et authoriser son Apostolat.

10 Etsa grâce qui estenvers moy,n& pas, etc. Ceux qui opposent le franc arbitre à la grâce de Dieu, dé peur que tout ce que nous faisons de bien Soit imputé à icelle, destournent ces paroles pour les faire servir à leur sens : comme

Cuar. XV.

si S. Paul se vantoit d’avoir fait par son industrie que la grâce de Dieu ne fust mal employée envers luy. Parquoy, ils concluent que Dieu offre bien la grâce, mais qu’il est en la puissance de l’homme d’en user bien et deuement, et qu’il est en luy de faire que ceste grâce ne demeure point oiseuse. Or je nie que ces paroles de S. Paul servent à maintenir leur erreur.

Car il ne s’attribue rien yci de propre, comme s’il avoit fait quelque chose digne de louange: dé soy-mesme sans Dieu.

Comment done? afin qu'il ne semblast qu’il se glorifiast en vain de paroles seulement et sans aucun effet, il dit qu’il ne met rien en avant qui ne soit apparent à tous. D’avantage, combien que je confesse qu’il est démonstré par ces paroles, que $S. Paul n’a point abusé de la grâce de Dieu, et qu'il ne l’a point rendue inutile par sa négiigence: je nie toutesfois que pour cela nous devions partir entre luy et Dieu la louange, laquelle doit estre entièrement attribuée à Dieu, d'autant que c’est luy qui nous donne non-seulement le pouvoir de bien faire, mais la volonté aussi et l’effet. Plus qu'eux tous.

Aucuns, pource qu'ils n’estiment pas vray-semblable que sainet Paul ait voulu débatre avec les Apostres, réfèrent ceci à un tas de glorieux et pleins de vanterie, lesquels en mesdisant de sainct Paul, se faisoyent bien valoir et leur marchandise.

Mais il faut entendre que quand il se compare aux Apostres, il le fait seulement à cause des meschans, qui avoyent accoustumé de les mettre tousjours en avant pour obscurcir son renom: comme nous voyons en l’Epistre aux Galatiens, Il, 44. Parquoy, il est plus probable qu’il parle des Apostres, quand il préfère ses labeurs aux leurs. Et certes cela est trèsvéritable, qu’il à esté plus excellent que tous les autres, non-seulement pour avoir enduré -beaucoup de molestes et travaux, pour avoir encouru beaucoup de dangers, pour S’estre déporté des choses licites, pour avoir mesprisé constamment

k87 toutes sortes de périls : mais pource que Dieu donnoit plus heureuse issue à sés labeurs, et les faisoit proufiter plus amplement. Car je pren vci Travail pour le fruit du travail lequel apparoissoit. Toutesfois non point moy, mais la grâce de Dieu qui est avec moy. Le translateur ancien en ométtant l’article, a donné occasion de faillir à ceux qui n’éntendent pas la Langue Grecque. Car pourcé qu’il avoit translaté, Non pas moy, mais la gràce de Dieu avec moy: ils ont pensé que la moitié seulement de la louange devoit estre attribuée à la grâce de Dieu, et que l’autre moitié estoit délaissée à Phomme. Ils entendent donc, que sainct Paul ait labouré, non pas seul, d’autant qu’il ne pouvoit rien sans la grâce coopé-

‘rante, mais toutesfois que ça esté du

propre mouvement de son franc arbitre, et de ses propres forces. Mais ses paroles signifient bien autre chose. Car en se corrigeant, il transfère à la grâce de Dieu tout ce qu'il avoit dit estre sien. Je di Tout, et non pas En partie: car tout ce qu’il sembloit avoir fait, il proteste que tout cela a esté œuvre dé la gràèce de Dieu. Voyci certes un beau passage, tant pour renverser l’arrogance de l’homme, que pour magnifier l’opération de la grâce Divine en nous. Car sainct Paul, cornme sil se fust fait improprement autheur de quelque bonne chose, corrige ce qu'il avoit dit, et confesse que tout ce qu'il y.a, a esté fait par la grâce de Dieu. Ne pensons pas que ce soit une vaine feintise d’humilité : il parle ainsi à bon escient, et ce d'autant qu’il cognoist qu'il en va ainsi à Ja vérité. Apprenons donc, que hous n'avons nul bien, sinon celuy que le Seigneur nous à donné gratuitement : ét que nous ne faisons nul bien, Sinon celuy que luy-mesme fait en nous. Non pas que nous ne facions rien, mais pourcé que nous ne faisons rien Sinon estans poussez, asçavoir par la condüite et mouvement du sainct Esprit.

A1 Soit donc moy, ou eux, nous preschons ainsi, el ainsi l'avez creu. 42 Or si on presche que Christ est ressuscité des morts, comment disent aucuns d'entre vous qu'il n’est point de résurrection des morts?

Car. XV.

43 Car s'il n'est point de résurrection des morts, Christ aussi n’est point

ressuscile.

44 Et si Christ n'est point ressuscité, nostre prédication donc est vaine, et

aussi vostre foy vaine :

15 Et mesmement nous sommes trouvez faux-tesmoins de Dieu: car nous avons porté tesmoignage de par Dieu, qu'il a ressuscité Christ, lequel il n’a point ressuscilé, voire si les morts ne ressuscitent point.

46 Car si les morts ne ressuscitent point, Christ aussi n'est point ressuscité.

47 Et si Christ n’est point ressuscité, vostre foy est vaine, vous estes encore

en vos péchez.

48 Ceux donc aussi qui dorment en Christ, sont péris. 49 Si nous avons espérance en Christ en ceste vie seulement, nous sommes

les plus misérables de tous les hommes.

A4 Soit donc moy ou eux. Après s'estre comparé aux autres Apostres, maintenant il s’adjoint avec eux, et eux avec soy, en l'accord de la prédication. Comme s’il disoit, Je ne parle plus de moy:

mais nous vous avons tous ainsi enseignez, comme par une mesme bouche, et persévérons encore en ceste doctrine. Le verbe Grec, dont il use, est mis au temps présent, pour monstrer une continuité et persévérance à enseigner ceste mesme chose. Nostre Apostolat donc est nul, si la chose va autrement: et qui plus est, vous lavez ainsi creu: vostre religion donc aussi est mise bas.

42 Or sion presche que Christ. Maintenant il commence à prouver la résurrection de nous tous par la résurrection de Christ. Car la conséquence est bonne réciproquement d’un costé et d'autre, tant par l’affirmative, que par la négative. De Christ à nous : en ceste sorte, Si Christ est ressuscité, nous ressusciterons donc.

Si Christ n’est point ressuscité, nous ne ressusciterons point aussi. De nous à Christ au contraire : en ceste sorte, Si nous ressuscitons, Christ est donc ressuscité. Si nous ne ressuscitons point, Christ aussi n’est point ressuscité. La raison de largument fait de Christ à nous, est telle en la première conséquence: Christ n’est point mort pour soy, ne ressuscité, mais pour nous. Sa résurrection donc est la substance et le fondement de la nostre : et ce qui a esté fait en Iny, il faut qu’il soit aussi accompli en nous.

Et en la négative, Autrement sa résurrection eust esté vaine et inutile. Car il ne faut point chercher le fruit d’icelle en

sa personne, mais en ses membres. D’autre part, voyci la raison de la première conséquence faite de nous à luy: Car la résurrection n’est point de nature, et si ne vient point d’ailleurs que de Jésus-Christ :

car nous mourons en Adam, et ne recouvrons la vie sinon qu’en Christ. Parquoy, il s'ensuit que sa résurrection est le fondement de la nostre. Que si ce fondement est osté, nostre résurrection ne pourra consister. La raison de la conséquence négative aesté desjà donnée: Car pource qu’il ne devoit point ressusciter sinon à cause de nous, sa résurrection seroit nulle, si elle ne nous prouftoit de rien.

44 Nostre prédication donc est vaine. Non-seulement pource qu’il y auroit quelque mensonge meslé parmi, mais aussi pource que ce seroit entièrement une tromperie et un propos vain. Car si Christ a esté englouti par la mort, et s’il a esté du tout esteint, s’il a esté (di-je) opprimé de la malédiction de péché, brief, s’il a esté surmonté par Satan, que reste-il plus? Finalement, ce poinct-là osté, tout ce qui reste ne vaudra plus rien.

Par une mesme raison il adjouste que leur foy sera vaine. Car quelle fermeté de foy y aura-il, quand il n’y aura nulle espérance de vie? Or il est ainsi qu’en la mort de Jésus-Christ nuement considérée, c’est-à-dire sans Ja résurrection, nous n’y voyons autre chose que matière de désespoir. Car celuy ne peut estre autheur de salut aux autres, qui aura esté du tout accablé par la mort. Souvenons-nous donc que tout l'Evangile consiste principalement en la mort et résurrection de Christ: en sorte que si nous

Car. XV.

voulons proufiter en l'Evangile deuëment et par bon ordre, il faut que nous employions le principal de nostre estude à cela : voire, si nous ne voulons demeurer stériles et vuides.

45 Æt mesmement nous sommes {rouvez faux-tesmoins. Vray est que les autres incommoditez, lesquelles il a maintenant récitées, estoyent bien plus grandes au regard de nous : asçavoir que nostre foy seroit vaine, que toute la doctrine de l'Evangile seroit inutile, et que nous aurions perdu toute espérance de salut. Mais ce ne seroit pas aussi une petite absurdité, que les Apostres, qui estoyent ordonnez de Dieu pour estre héraux de sa vérité éternelle, fussent trouvez avoir séduit le monde de mensonges :

car cela tourneroit au grand déshonneur de Dieu. Nous pouvons entendre ce mot Faux-tesmoins de Dieu, en deux sortes : ou pource qu'ils se sont faussement couverts du nom de Dieu en mentant, ou pource qu’ils sont trouvez mensongers en annonceant et testifiant ce qu'ils ont receu de Dieu. Je m’arreste plustost à ce second sens, pource qu’il monstre un crime qui seroit beaucoup plus énorme:

et aussi il avoit desjà parlé du déshonneur qui en reviendroit aux hommes, c’est-àdire aux Apostres et autres prescheurs.

Maintenant donc il dit, que si on nie la résurrection de Christ, ce seroit faire Dieu coulpable de mensonge en ses tesmoins par luy produits et comme subornez. La raison aussi qui est adjoustée convient trèsbien : asçavoir, Qu'ils auroyent afflermé une fausseté, non pas d’eux-mesmes, mais comme layans receuë de Dieu. Je sçay bien que ceste particule que j’ay traduit, De par Dieu, est autrement exposée par les autres.

L'ancien translateur l’a traduite, À l’encontre de Dieu : et Erasme, De Dieu :

mais veu qu’elle ha aussi en Grec la signification que j’ay retenue, ce sens m’a semblé plus convenable au propos de PApostre. Car il ne traitte pas yei de la réputation des hommes (comme j'ay desjà dit) mais il dit que Dieu sera chargé du crime de fausseté, entant que ce qu’ils annoncent, est procédé de luy.

17 Vous estes encore en vos péchez.

SUR LA re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

Car combien que Jésus-Christ ait effacé nos péchez par sa mort, à ce qu'ils ne nous soyent plus imputez devant le jugement de Dieu : et combien qu’il ait cru-

| cifié nostre vieil homme, afin que les con-

cupiscences d’iceluy ne règnent plus en nous : brief, combien que par sa mort il ait destruit l'empire de la mort, et le diable mesme, toutesfois il ne seroit rien de tout cela, sinon qu’en ressuscitant il fust demeuré victorieux.

18 Ceux donc aussi qui dorment.

Voulant prouver que la foy seroit inutile, et la profession de Chrestienté une pure tromperie, si la résurrection de Christ estoit ostée : il avoit dit que les vivans demeurent en leurs péchez : mais pource qu'il y a un plus clair miroir de ceci és morts, il les propose en exemple. Que proufiteroit-il à ceux qui sont morts d’avoiresté Chrestiens autresfois? Nos frères donc qui sont desjà morts, ont perdu leur peine d’avoir vescu en Ja foy de Christ.

Mais si on accorde que l'essence de Pâme est immortelle, cest argument semblera estre débile de prime face : car on pourra tout incontinent alléguer pour réplique, Que ceux qui sont trespassez ne sont point morts, pource que leurs âmes vivent à part, estans séparées des corps, dont vient aussi qu’aucuns phrénétiques infèrent qu’il n’y à point de vie entre le temps de la mort et de la résurrection. Mais il n’y à pas grande difficulté à réfuter leur resverie. Car combien que les âmes des trespassez vivent maintenant, et jouyssent d’un repos bien-heureux, néantmoins toute leur félicité et consolation dépend de la seule résurrection. Car toutle bien qu’elles ont, n’est sinon pource qu’elles attendent ce jour-là, pour estre appelées à la possession du Royaume de Dieu.

Parquoy, l'espérance des morts est perdue, si ce jour-là ne vient quelque fois.

19 Sinous avons espérance en Christ en ceste vie seulement. 1] y à une autre absurdité : À sçavoir que non-seulement nous perdons nostre temps en croyant, entant que le fruit de nostre foy est perdu par Ja mort : mais qu’il vaudroit mieux ne croire point, veu que la condition des infidèles seroit meilleure et plus désirable. Croire en Christ en ceste vie, signi-

fié yci constituer le fruit de nostre foy en ce monde, en sorte que nostre Foy nait son regard plus loin, et qu’elle ne s’estende point plus outre que les bornes de la vie présente. Ceste sentence démonstre plus clairement, que les Corinthiens avoyent esté déceus de quelque perverse imagination de la résurrection allégorique, comme imaginoyent pour lors Hyménée et Philète : comme si le dernier fruit de nostre foy nous estoit offert en ce monde. Car comme ainsi soit que la résurrection soit l’accomplissement de nostre salut, et quasi la fin finale de tous biens, celuy qui dit que nous sommes desjà ressuscitez, ne nous laisse rien de meilleur que nous puissions espérer après la mort. Quoy que ce soit, ce passage toutesfois ne sert de rien pour maintenir la resverie de ceux qui imaginent que les âmes dorment aussi bien que les corps jusques au jour de la résurrection. Car à ce qu’ils mettent en avant, Que si les âmes séparées de leurs corps, avoyent encore vie, sainct Paul n’eust pas dit que la résurrection estant ostée, nostre espérance est seulement en ce monde : car il resteroit encore quelque béatitude aux âmes : je respon, Que S. Paul n’a point songé des champs Elisées, ne de telles sottes fables, mais qu’il à prins ceci pour tout arresté, que toute lespérance des Chrestiens regarde au dernier jour du Jugement, et que les âmes des fidèles se reposent, voire dés maintenant en ceste attente : et que pourtant tout est perdu pour nous, si telle fiance nous déçoit.

Mais pourquoy dit-il que nous serions Les plus misérables de tous les hommes, Comme si la condition d’un Chrestien estoit pire que d’un infidèle? Car toutes choses advienent indifféremment aux bons et aux mauvais, comme dit Salomon, Eccl: IX, 2. Je respon, que vray est que tous hommes en général, tant bons que meschans sont sujets à semblables adversitez, ét qu’ils sentent mesmes inconvéniens et calamitez. Mais il y a deux raisons pourquoy les Chrestiens ont

Cnar. XY.

esté de tout temps les plus mal-menez :

et puis il y en à eu aussi une spéciale pour le temps de sainet Paul. La première est, que combien que Dieu chastie bien souvent les meschans de ses verges, et commence d’exercer ses jugemens à l'encontre d'eux, toutesfois il afflige spécialement les siens en diverses sortes.

Premièrement, pource qu’il chastie Ceux lesquels il aime : secondement, afin qu’il les duise à patience, qu’il esprouve leur obéissance, et que petit à petit il les prépare par la croix au vray renouvellement.

Quoy que ce soit, ceci toutesfois s’atcomplit tousjours és fidèles, Il est temps que le jugement commence à la maison de Dieu, Jérém. XXV, 29, 1 Pierre, IV, 17. Item, Nous avons esté réputez comme brebis destinées à la boucherie, Pseaume XLIV, 22. Item, Vous estes morts, ét vostre vie est cachée en Dieu avec Christ, Coloss., IE, 3. Cependant, la condition des iniques et gens profanes est le plus souvent la plus heureuse en ce monde.

Car le Seigneur les engraisse comme porceaux pour le jour de l’occision. La seconde raison est, que combien qué les fidèles abondent en richesses et toutes sortes de biens, toutesfois ils ne s’addonnent point à dissolutions, et ne gourmandent point, comme gens sans souci :

avec ce ils ne jouyssent point du monde, comme les infidèles : maïs ils sont tousjours en souci, ils gémissent assiduellement, en partie du Sentiment de leur infirmité, en partie aussi du désir de la vie éternelle. Mais les infidèles applicquent tout leur esprit à s’enyvrer és voluptez et délices dece monde. La troisième raison que j'ay dit avoir esté propre pour le temps de sainct Paul, est que le nom de Chrestiens estoit pour lors tant odieux et abominable, que nul né pouvoit se renommer Chrestien, qu’il ne meist sa vie en grand danger. Ce n’est donc point sans cause qu’il dit que les Chrestiens serovent les plus misérables de tous les autres, si leur fiance estoit enclose en ce monde.

20 Mais maintenant Christ est ressuscité des morts, et à esté fait les pré-

mices des dormans".

4) Col.,1,18. Apoc., I, 5.

Crar. XV.

SUR LA Jre ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

21 Car puis que la mort est par un homme, aussi la résurrection des morts

est par un homme.

22 Car comme tous meurent en Adam, pareillement aussi tous seront vivi-

fiez en Christ :

23 Mais un chacun en son rang. Les prémices C’est Christ : puis après ceux qui sont de Christ, Seront vivifiez en son advénement : 9% Et puis la fin, quand il aura baillé le royaume à Dieu et Père!, quand il aura aboli toute Principauté, et toute Puissance et V'ertu?. 25 Car faut qu'il règne tant qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. 26 L’ennemi qui sera destruil le dernier, c’est la mort. 21 Car il à assujeti toutes choses sous les pieds d’iceluy * (or quand il dit que toutes choses luy sont assujeties, il appert que celuy qui luy a assujeti

toutes choses, est excepté‘).

28 Et quand toutes choses luy seront sujetes, lors aussi le Fils mesme sera sujet à celuy qui luy à assujeti toutes choses : afin que Dieu soit tout en tous.

1) Ou, à Dieu le Père. 2) Ou, force.

20 Mais maïinienant Christ est ressuscité. Après avoir monstré quelle horrible confusion de toutes choses s’en- Suÿvra, Si nous nions la résurrection des morts, maintenant il met derechef en avant pour une chose toute certaine, ce qu’ilavoit suffisamment prouvé ci-dessus :

asçavoir que Christ est ressuscité : et quant et quant il adjouste qu’il est Les premices : et ce par une similitude qu’il a prinse des cérémonies anciennes de la Loy, comme il appert. Car comme le re-

venu de toute l’année estoit consacré en

offrande qui estoit faite des prémices, ainsi aussi la vertu de la résurrection de Christ s’espand sur nous tous. - Sinon qu’on aime mieux le prendre plus simpleent : asçavoir, que le premier fruit de la résurrection a esté cueilli en luy. Toutesfois je trouve meilleur qu’il ait esté dit en ce sens, Que les autres moris le Suyvront, ainsi que toute la moisson suit les prémices. Et mesme la sentence prochainement suyvante le conferme.

94 Car puis que la mort, etc. Il luy faut prouver que Christ est les prémices des morts, et que ce n’est pour sa personne seulement qu'il a esté ressuscité des morts. Il le prouve par un argument prins des choses contraires : car la mort n’ést point de nature, mais du péché de l’homme. Tout ainsi donc qu’Adam n’est boint mort seulement pour Soy, mais pour nous tous : aussi il S’ensuit que Christ, qui est le premier patron de la résurrection pour opposer à la mort d'Adam,

3) Ps. CX, 1. Héb., I, 13, et X, 13.

L) Ps. VIL, 6. Héb., IL, 8.

n’est point seulement ressuscité pour soy :

car il est venu pour remettre en Son entier tout ce qui avoit esté gasté par Adam.

Or il faut noter la force de l'argument.

Car il ne combat pas par similitude ou exemple, mais il se fonde sur des causes contraires, pour prouver des effets contraires. La cause de Ja mort c’est Adam, et nous mourons en luy. Christ donc (l'office duquel est de nous rendre ce que nous avons perdu en Adam) nous est cause de vie : et sa résurrection est là substance et gage de la nostre. Et tout ainsi qu'Adam est commencement de mort, aussi Christ est commencement de vie. Au chapitre V aux Romains, il poursuit ceste mesme similitude : toutesfois il y a différence : pource que là il parle de la vie et mort spirituelle, et yci il traitte de la résurrection de la chair, qui est le fruit de la vie spirituelle.

23 Un chacun en son rang. I prévient la question qu’on luy éust peu faire.

Si la vie de Christ (eust peu dire quelqu’un) tire la nostre à sOY, pourquoy est-ce que la chose ne nous apparoist point? Or est-il que combien que Christ soit ressuscité du sépulcre , toutesfois nous y pourrissons. $. Paul respond que Dieu a constitué un autre ordre. Contentons-nous donc que nous avons maintenant les prémices de la résurrection en Christ : et que quand il viendra en jugement , alors sera le temps de nostre résurrection. Car il fant que nostre vie soit encore cachée avec luy, pouree qu’il n’est

492 COMMENTAIRES .Cuur. XY.

pas encore apparu. Ce seroit donc faire |leil et de la lune, afin que Dieu soit tout à rebours, de vouloir prévenir ce jour de | seul éminent, ait commencé d’estre ac-

la révélation de Christ.

24 Et puis la fin, quand il aura. I à bridé l’impatience des hommes, en dénonceant que le temps de la vie nouvelle, c’est-à-dire de la résurrection , ne seroit qu’à l’advénement de Christ. Mais pource

que ce monde est comme une mer agitée |

de tempestes, auquel nous sommes assiduellement tormentez, et que nostre condition est tant incertaine, ou plustost plene de troubles, et les changemens y sont si subits en toutes choses, cela pour-roit troubler les esprits infirmes. Pourtant, il nous renvoye à ce jour-là, disant, que lors toutes choses seront remises en leur ordre. Lors donc sera la fin, c’està-dire le but de nostre course, le port de repos, et une condition qui ne sera plus sujete à changemens. Et quant et quant il nous admoneste d’aitendre ceste fin-là, d'autant qu’il n’est pas raisonnable que nous recevions la couronne au milieu de Ja course. Or il sera dit ci-après , comment Christ baillera le royaume au Père.

Quand il dit À Dieu et Père: cela se peut entendre en deux sens: Asçavoir que Dieu le Père soit appelé Dieu et Père de Christ : ou bien que ce mot, Père, soit adjousté par forme d’explication. Par ce moyen ceste particule, Et, vaudra autant que s’il eust dit, Asçavoir. Quant au premier sens, où le Père est appelé le Dieu de Christ, il n’est point inconvénient ne nouveau, de dire que Christ est moindre et inférieur à Dieu au regard de sa nature humaine. Quand il aura aboli, etc.

Aucuns entendent ceci des puissances qui sont contraires à Christ. Car ils regardent à ce qui s’ensuit incontinent , Tant qu'il ail mis ses ennemis sous ses pieds. Mais ce membre se rapporte au précédent , où il avoit dit que Jésus- Christ ne baiïlleroiït point le royaume devant : parquoy il ne faut point que nous restraignions tant ceste sentence. Je l’expose donc généralement, et y compren quant et quant les puissances légitimes et ordonnées de Dieu. Premièrement combien que ce qui est dit par les Prophètes , Isaïe, XII, v. 10, et Ezéchiel, XXXII, v. 7, de l’obscurcissement du s0-

compli sous le règne de Christ: toutesfois il ne sera point du tout accompli devant le dernier jour. Mais il faudra que toute hautesse soit abbatue lors, afin qu’il n’y ait rien qui reluise que la gloire de Dieu.

:D’avantage, nous sçavons bien que toute

rincipautez et honneurs terriens n’ap

partienent sinon à la conservation de |

vie présente : et par conséquent sont une artie du monde: et de.cela s’ensuit queë ce sont choses temporelles. Tout ainsi

donc que le monde prendra fin, aussi fera

la police, le magistrat, les loix, les dis-.

tinctions des ordres, les degrez des digni-

tez, et toutes autres choses semblables.

I n’y aura plus de différence entre le

maistre et le serviteur, entre le roy et quelque roturier, entre le magistrat et l’homme privé. Et qui plus est, les principautez entre les Anges prendront fin

alors : et en l'Eglise le ministère et autres offices : en sorte que Dieu exercera sa puissance et principauté par soy-mesme seulement, et non point par les mains des Anges ou des hommes. Vray est que les Anges demeureront bien en leur estre et excellence, aussi les justes semblable-

ment resplendiront chacun selon la mesure de sa grâce : mais les Anges seront

desmis de leur principauté qu'ils exercent maintenant au nom et par le commandement de Dieu : les Evesques, Docteurs et Prophètes n’administreront plus ce qu'ils administrent maintenant, ains cesseront de faire leurs offices. Principauté, Puissance, et Fertu, ne diffèrent pas grandement en ce lieu-ci, mais ces trois noms sont conjoints ensemble pour déclaration plus expresse.

95 Car il faut qu'il règne. I] prouve que le temps n’est pas encore venu, au quel Christ doit livrer le règne à son Père: afin de monstrer par un mesme moyen que ceste fin aussi n’est pas encore venue, en laquelle toutes choses seront remises en bon et paisible estat, pour autant que Christ n’a pas encore abbatu tous ses ennemis. Or il faut que cela se face : pouree que le Père l’a colloqué à sa dextre, sous ceste condition, qu'il ne se démette point de l'empire qu’il

Cnap. XV.

a réceu, jusques à ce qu’il les ait réduits sous sa puissance. Et ceci est dit pour la consolation des fidèles, afin qu'ils ne portent point impatiemment la longue attente de la résurrection. Il est traitté de ceci au Pseaume CX. Mais il semble que S. Paul prene ce mot, Tant qu'il ait, plus subtilement que le simple sens et naturel ne requiert. Car en ce Pseaume le S. Esprit ne denonce pas ce qui doit puis après advenir: mais seulement ce qui doit estre fait auparavant. Je respon que sainct Paul ne conclud pas pour cela, que Christ rendra le royaume à son Père, pource qu’il a esté ainsi prédit au Pseaume : qu'il à usé du tesmoignage du Pseaume, seulement pour prouver que ce jour-là auquel le royaume luy doit estre baillé , n’est pas encore venu, d’autant que Christ n’est pas encore venu à bout de tous ses ennemis. Au demeurant, sainct Paul expose en passant que signifie que Christ est assis à la dextre du Père, quand au lieu de ceste manière de parler il met par figure et similitude simplement le mot de Régner.

26 L'ennemi qui sera destruit, etc.

Nous voyons qu'il y a encore beaucoup d’ennemis qui résistent à Jésus-Christ, et contredisent obstinéement à son règne. Or la mort sera le dernier ennemi, qui sera abbatu : il faut donc que Christ soit encore administrateur du Royaume paternel. Que les fidèles donc ayent bon courage, et qu’ils ne perdent point leur espérance, attendans patiemment que toutes les choses qui doyvent précéder la résurrection, soyent accomplies. Or on fait yci une question : Comment c’est qu'il dit que la mort sera destruite la dernière, veu qu’elle est desjà destruite par la mort de Christ, ou pour le moins par sa résurrection, qui est la victoire de la mort, et acquisition de la vie? Je respon, que la mort a esté tellement destruite, qu’elle ne soit plus mortelle aux fidèles : mais non pas en telle sorte, que toutesfois elle ne leur face beaucoup de fascherie. Vray est que l'Esprit de Dieu habitant en nous, est vie : toutesfois nous portons encore un Corps mortel, A Pierre 1, 23. Il viendra un temps que toute matière de mort sera abolie en

SUR LA re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

nous, toutesfois elle n’est pas encore ostée. Nous sommes régénérez par la semence incorruptible, toutesfois nous ne sommes pas encore venus jusques à la perfection. Ou bien, afin que nous comprenions tout ceci en peu de paroles par similitude : Le glaive de la mort qui pouvoit pénétrer jusques en nos cœurs, est rebousché : toutesfois il blesse encore, mais c’est sans danger de mort. Car vray est que nous mourons, mais en mourant, nous passons en la vie. Brief, il nôus faut penser de la mort, ce que S. Paul enseigne ailleurs du péché : asçavoir qu’elle habite en nous, mais qu’elle n’y a point de domination, Romains, VI, 12.

27 Il a assujeti toutes choses. Aucuns pensent que ce tesmoignage est prins du Pseaume VII, 6, et je my accorde aiséement. Combien qu’il n’y aura point d’inconvénient, si nous disons que c’est une sentence que S. Paul a recueillie de la nature du royaume de Christ.

Toutesfois suyvons ce qui est le plus receu. Sainct Paul démonstre par le Pseaume que Dieu le Père a donné puissance de toutes choses à Christ : pource que là il est dit, Tu as assujeti toutes choses sous ses pieds. Les paroles sont assez claires d’elles-mesmes, sans deux difficultez qu'il y a. Asçavoir que le Prophète ne parle pas là seulement de Christ, mais universellement de tout le genre humain : davantage, que par ce mot Tout, il ne signifie autre chose, sinon ce qui appartient à la commodité de la vie présente, comme il est touché aussi au chap. IT de Gen., v. 49. Quant à la première, la solution en est facile. Car

comme ainsi soit que Christ est le pre-

mier-nay de toutes créatures, et héritier de toutes choses, Dieu le Père na pas tellement ottroyé l’usage de toutes créatures au genre humain, que cependant la principale puissance, et, par manière de dire, le droict seigneurial ne demeure par devers Christ. D’avantage, nous sçavons qu'Adam a perdu le droict qui luy avoit esté donné, en sorte que nous ne pouvons plus rien appeler nostre. Car Ja terre a esté maudite, et tout ce qui est contenu en icelle. Or c’est par le seul Seigneur Jésus que nous recouvrons ce

qui nous ayoit esté osté. À bon droict donc ceste louange compète proprement à la personne de Christ : asçavoir que Dieu a assujeti toutes choses sous ses pieds, d'autant que nous ne possédons rien de droict, sinon en luy. Car comment serions-nous héritiers de Dieu, si nous n’estions ses enfans ? Or par qui sommesnous faits ses enfans, sinon par Christ?

La solution de la seconde difficulté est, Qu'il est vray que le Prophète nomme expresséement les oiseaux du ciel, les poissons de la mer, et les bestes de la terre, pource que ceste espèce de seigneurie est visible, et plus descouverte à la veuë d’un chacun : toutesfois que ceste sentence générale s’esterd plus avant : asçavoir au ciel, et à la terre, et à tout ce qui est contenu en iceux. Or la sujétion doit avoir convenance avec la personne de celuy qui domine, c’est-àdire, avoir quelque similitude avec sa condition, pour luy estre correspondante. Et Jésus-Christ n’ha nul besoin de bestes pour en manger, ne des autres créatures pour aucune nécessité. Il domine donc, afin que toutes choses servent à sa gloire. Pource qu’il nous adopte pour estre participans de sa domination, le fruit apparoist manifestement és créatures visibles : mais les fidèles sentent en leurs consciences le fruit intérieur, qui s’estend bien plus avant, comme jay dit. Toutes choses luy sont assujeties, excepté celuy, etc. I insiste sur deux poincts : Asçavoir que toutes choses doyvent estre rangées sous lobéissance de Christ, avant qu'il rende la domination du monde au Père : et que le Père a tellement mis toutes choses en main à son Fils, que cependant il a retenu pour soy le droict principal. Du premier, il s’ensuit que l'heure du dernier jugement n’est pas encore venue :

du second, que Christ est tellement un moyen entre le Père et nous, que finalement il nous amènera à luy. Et pourtant il fait incontinent après ceste conclusion, Après qu’il luy aura assujeti toutes choses, lors le Fils s’assujetira soy-mesme au Père. Comme s’il disoit, Attendons en patience, jusques à ce que Christ ait vaincu tous ses ennemis, et

Cuar. XV.

qu’il nous ait réduits sous l'empire de Dieu, afin que ce royaume de Dieu soit accompli en nous en toutes sortes. Mais il semble bien que tout ce que nous lisons par toute l’Escriture de l'éternité du royaume de Christ, répugne à ceste sentence. Car comment accorderons-nous ces deux sentences : Son règne sera sans fin, Daniel, VIT, 14 et 27 : et Luy-mesme sera assujeti? Luc, 1, 33. L’explication de ceste question nous donnera à entendre le sens de sainct Paul. Premièrement il faut noter que toute puissance a esté donnée à Christ, entant qu’il a esté manifesté en chair. Bien est vray qu’une si grande majesté ne conviendroiïit point simplement à l’homme : mais toutesfois le Père l’a exalté en ceste mesme nature, en laquelle il à esté humilié, et luy a donné un nom, devant lequel tout ge.

nouil se ploye, etc. Philippiens, chapitre IT, 9, 10. D’avantage, il faut noter qu’il est tellement constitué Seigneur et Roy souverain, que toutesfois il est comme lieutenant de son Père au gouvernement du monde : non pas que luy soit en besongne, et cependant que son Père soit oisif. Car comment se feroit cela, veu qu'il est la sapience et le conseil du Père, qu’il est d’une mesme essence avec luy, et que luy-mesme est, Dieu?

Mais quand l’Escriture rend tesmoignage que Christ maintenant. obtient la domination du ciel et de la terre au lieu du Père : c’est afin que nous ne pensions point qu'il y ait un autre gouverneur, seigneur, protecteur, ou juge des vifs et des morts : mais que nous fichions les yeux de nostre entendement en luy seul.

Vray est que nous recognoissons bien Dieu pour gouverneur, mais c’est en la face de Christ homme. Or Christ rendra alors le royaume qui luy a esté donné, afin que nous adhérions parfaitement à Dieu. Et ce n’est pas qu’en ce faisant il se démette du royaume, mais il le transportera aucunement de son humanité à sa Divinité glorieuse, Car alors l'accès nous sera ouvert, duquel maintenant nostre infirmité nous garde d'approcher.

Christ donc sera ainsi assujeti au Père.

Car lors le voile osté, nous contemplerons nostre Dieu face à face, régnant

Cuap. XV. SUR LA Ire ÉPISTRE

en sa majesté, et l'humanité de Christ ne sera plus entre deux pour nous empescher de veoir de près la majesté de Dieu.

28 Afin que Dieu soit tout en tous.

Sera-ce aussi és diables et meschans ?

Non pas: si paraventure nous ne voulons prendre ce mot, Soit, pour Soit cognu et veu apertement: et lors le sens sera:

Maintenant pource que le diable résiste à Dieu, et que les meschans troublent et confondent l’ordre que Dieu a mis, et que tant de scandales se présentent devant nos yeux, il ne nous appert point clairement que Dieu soit tout en tous. Mais après que Christ aura exécuté le jugement que le Père luy a donné en charge, et qu'il aura du tout destruit Satan et tous les meschans, la gloire de Dieu re- Juira en leur ruine. On en peut autant dire des puissances légitimes et sainctes en leur espèce : car elles empeschent aucunement que Dieu ne nous apparoisse maintenant plenement en soy-mesme. Or le Seigneur Dieu gouvernant lors le ciel et la terre par soy-mesme, et sans aucun moyen, sera tout en cest endroit, et Conséquemment non-seulement en toutes personnes, mais aussi en toutes créatu-

res. Ce sens contient une doctrine saincte : et pource qu’il convient très bien au propos de l’Apostre, je le reçoy facilement. Mais aussi il n’y aura point d’inconvénient, si nous entendons ceci seulement des fidèles, esquels Dieu a dés maintenant commencé son royaume, et le parfera lors, et en telle sorte qu’ils luy adhéreront entièrement. L’un et l’autre de ces deux sens réfute assez de soymesme Îles resveries meschantes d’aucuns qui s’arment de ce passage pour les prouver. Les uns imaginent que Dieu sera tout en tous, pource que toutes choses s’esvanouiront, Ou seront réduites à néant.

Mais sainct Paul ne signifie autre chose par ces paroles, sinon que toutes choses se rapporteront à Dieu, comme à leur commencement et fin unique, afin d’estre conjointes avec luy. Les autres infèrent de ceci, que les diables et les meschans seront sauvez. Voire, comme si Dieu n’estoit pas mieux tout cognu en la confusion du diable, que s’il-lPadjoignoit à soy, et le faisoit un avec soy. Nous voyons donc de quelle impudence ces enragez destournent les paroles de sainet Paul pour maintenir leurs blasphèmes.

29 Autrement que feront ceux qui sont baptizez pour morts, si totalement les morts ne ressuscitent point? Pourquoy aussi sont-ils baptizez pour morts?

30 Pourquoy aussi sommes-nous en péril à toute heure?

34 Par nostre gloire, que j'ay en nostre Seigneur Jésus-Christ, je meurs de

jour en jour.

32 Si j'ay bataillé avec les bestes en Ephèse selon l'homme, que me proufite-il si les morts ne ressuscitent point? Mangeons, et beuvons, car nous mour-

rons demain ?.

33 Ne soyez point séduits : mauvais propos? corrompent les bonnes mœurs. 34 Esveillez-vous justement*, et ne péchez point : car aucuns n'ont cognoissance de Dieu. Je le vous di à vostre honte.

1) Ou, pour les morts. 2) Is., XXII, 13. Sap., IL, 6. 29 Autrement que feront ceux. Il récite derechef des absurditez qui procédoyent de cest erreur, duquel les Corinthiens estoyent entachez. Il s’estoit mis à le faire dés le commencement, niais il à entremeslé de la doctrine et de la consolation: ce qui luy a fait rompre un peu la suyte du propos, auquel il retourne maintenant. Il met premièrement en avant, que le Baptesme que reçoyvent ceux qui

8) Ou, mauvaises conversations.

k) Ou, à vivre justement.

sont desjà réputez pour morts, seroit inutile, s’il n’y avoit point de résurrection. Avant que j'expose ce passage, il sera bon de réfuter la commune opinion, qui est appuyée sur l’authorité des anciens, et est receuëê du consentement presque de tous. Chrysostôme donc et Ambroise, lesquels les autres ensuyvent, pensent que les Corinthiens avoyent accoustumé de substituer quelqu'un vif en

place de celuy qui avoit esté privé du Baptesme par mort soudaine, pour le baptizer auprès du sépulchre du mort.

Or ils ne nient point que ceste coustume ne fust perverse et plene de superstition :

mais cependant ils disent que $S. Paul a esté content de ce seul argument pour rédarguer les Corinthiens, pource que nians la résurrection, cependant en cela ils protestoyent qu’ils la croyoyent. Mais je ne voy rien qui me puisse amener à suyvre ceste conjecture. Car il n’est point croyable que ceux qui nioyent la résurrection, ayent usé de ceste coustume avec les autres. On eust donc incontinent répliqué à sainct Paul, Pourquoy nous presses-tu par ceste superstition de vieilles, laquelle tu n’approuves point toymesme? D’avantage, encore qu'ils en eussent usé, ils avoyent la response en main : Si jusques yci nous avons fait ceci par ignorance, que ceste faute soit plustost corrigée, que de dire qu’elle serve à prouver une chose de si grande conséquence. Mais encore que j'accorde que Pargument soit bon, pensons-nous pourtant que sainet Paul eust teu ceci, si cest abus eust eu lieu -entre les Corinthiens, veu qu’il a taxé presques tous leurs vices ? Il a corrigé ci-dessus aucunes façons de faire, qui ne sont pas de si grande importance : il n’a point desdaigné de baïiller commandement touchant les femmes qu’elles ayent la teste couverte, et touchant autres semblables points. Il a non-seulement reprins l'abus qu’ils commettoyent en ladministration de la Cène, mais il s’en est Courroucé contr’eux bien aigrement: Asçavoir si cependant il n’eust dit mot d’une si vileine profanation du Baptesme, laquelle toutesfois estoit une faute bien plus lourde? Il a usé de grosses paroles contre ceux qui fréquentans les banquets des infidèles, approuvoyent tacitement leurs superstitions : eust-il permis que ceste superstition horrible des Gentils eust esté maintenue apertement, en l'Eglise mesme de Dieu, sous le nom du sainct Baptesme? Mais encore prenons le cas qu’il s’en soit peu taire. Mais puis qu'il l’a nommé, je vous prie, est-il vray-semblable que le sainct Apostre ait amené pour argument

Cnar. XV.

ce sacrilége horrible, par lequel le Bap

tesme estoit corrompu, et tiré en un abus de sorcelerie, et que cependant il n’ait dit pour le moins quelque mot pour noter le vice ? Quand iltraitte des choses qui ne sont pas des plus grandes, encore entremesle-il toutesfois ceste parenthèse, Qw’il parle selon l’homme. N’y avoit-il pas yci lieu plus commode pour y adjouster parenthèse ? Maintenant donc, puis qu’il fait yei mention d’une chose, sans adjouster aucune répréhension, qui ne le prendra pour chose licite ? Quant à moy, certes j’enten qu'il parle yci du vray usage du Baptesme, et non point de tel abus. Maintenant cherchons le sens. J’ay pensé autresfois que sainct Paul touchast yci la fin universelle du Baptesme : car utilité du Baptesme n’est pas enclose en ceste vie.

Mais après avoir diligemment considéré les mots, j’ay apperceu que sainct Paul traitte yci quelque chose spéciale. Car il ne parle pas de tous, quand il dit, Que

Jeront ceux qui sont baptizez? Et aussi

je n’aime point ces interprétations subtiles, qui ne sont pas fermes de mesme.

Que sera-ce donc? Je di que ceux sont baptizez pour morts qu’on estime desjà comme morts, et qui désespèrent totalement de leur vie. Et ceste signification n’est point contrainte. Ou si nous aimons mieux autrement, Estre baptizez pour morts, ce sera estre tellement baptizez, que le Baptesme proufite après la mort, et non pas la vie durant. Or on sçait bien que desjà dés le commencement de l'Eglise ceux qui estans encore sur la première instruction de la doctrine Chrestienne estoyent tombez en quelque maladie dangereuse, s’il y avoit péril de mort apparent, avoyent accoustumé de demander Baptesme, afin qu’ils ne s’en allassent point de ce monde, sans avoir fait profession de Chrestiens, et ce afin qu’ils portassent avec eux le seau de leur salut. Depuis en ceste façon de faire il y survient de la superstition, comme il appert par les escrits des anciens. Car ils se courroucent asprement contre ceux qui différoyent à se baptizer jusques à la mort, afin qu’estans une fois purgez de tous leurs péchéz, ils comparussent ainsi devant le jugement de Dieu. Voylà un er-

Cnar. XV.

reur bien lourd, qui procédoit en partie de grande ignorance, en partie d’hypocrisie. Mais S. Paul fait seulement mention d’une coustume saincte et convenable à l'institution du Seigneur: Asçavoir que si celuy qui n’estoit pas encore parfaitement instruit en la doctrine Chrestienne, et toutesfois avoit desjà de vraye affection embrassé la foy, voyoit la mort présente devant ses yeux, il demandoit Baptesme, en partie pour sa consolation, en partie pour l'édification des frères. Car ce n’est pas une petite consolation, de porter le tesmoignage de son salut seellé en son corps. C’est aussi une édification qui n’est point à oublier, de faire confession de sa foy. Tels donc estoyent baptizez pour morts. Car tel Baptesme ne leur devoit de rien servir en ce monde: et mesme la cause qui leur faisoit demander Baptesme, c’estoit qu'ils désespéroyent de leur vie. Nous voyons maintenant que ce n’est point sans cause que S. Paul les interrogue que c'est que feront telles gens, S'il n’y a plus d'espérance après la mort. Ce passage aussi nous démonstre que ces séducteurs qui avoyent troublé la foy des Corinthiens, avoyent forgé une résurrection allégorique, tellement que le dernier but des fidèles estoit en ce monde. Ce qu’il répète pour la seconde fois, Pourquoy aussi sont-ils baptizez pour morts ? est afin que le propos ail plus grande véhémence. Comme s’il disoit, Non-seulement ceux qui pensent encore. vivre, sont baptizez: mais aussi ceux qui. ont la mort devant les yeux, et ce à fin qu’ils rapportent le fruit de leur Baptesme en la mort.

30 Pourquoy aussi sommes-nous en péril, etc. Si nostre dernière résurrection et félicité est en ce monde, pourquoy nous en retirons-nous de nostre propre gréPet pourquoy mourons-nous volontairement? On pourroit aussi résoudre ainsi l’argument, Pour néant serions-nous en péril à toute heure, si nous n’attendions une meilleure vie après ceste mort.

Or il parle des dangers volontaires, esquels les fidèles se soumettent pour la confession de Christ. Ceste magnanimité de cœur, di-je, que les fidèles ont à mes-

priser la mort, deveroit plustost estre |

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

k97 attribuée à témérité qu’à constance, s'ils périssoyent en la mort. Car c’est une rage diabolique quand quelques fois les mondains s’exposent à la mort seulement pour acquérir un bruit immortel.

31 Je meurs de jour en jour. I parle d’un tel contemnement de mort en sa propre personne, afin qu’il ne semble qu’il vueille faire du constant hors du combat.

Je suis, dit-il, tous les jours environné de mort sans cesse. Quelle folie enragée seroit-ce de me soumettre volontairement à une si grande misère, si loyer ne m’estoit réservé au ciel? Et mesme, si ma gloire et félicité repose en ce monde, pourquoy n’en pren-je la jouissance plustost que de la rejetter de mon propre gré? Il dit qu’il meurt de jour en jour, pour autant qu’il estoit incessamment opprimé de tant de sortes de dangers et tant évidens, qu'il sembloit que la mort luy fust aucunement présente. Il y a une semblable manière de parler au Pseaume XLIV, 23 : item en la seconde Epistre suyvante, Par nostre gloire. I y avoit en l’ancienne translation Latine, Pour nostre gloire : mais cela est advenu par une ignorance tout évidente de ceux qui copioyent les livres : car au mot Grec il n’y a nulle ambiguïté. C’est donc un serment, par lequel il a voulu resveiller les

-Corinthiens, afin qu'ils fussent plus at-

tentifs à l’escouter, veu qu’il parloit à bon escient, ayant luy-mesme les mains à la besongne, ainsi qu’on dit. Comme s’il disoit, Frères, je ne suis point quelque Philosophe qui triomphe de dire estant loin de la prattique. Quand je m’expose tous les jours à la mort, il faut nécessairement que je pense à bon escient à la vie céleste : croyez-moy donc, qui y suis du tout exercité. Ce n’est point une forme de jurer qui soit commune, mais propre au présent propos : comme estoit ce serment notable de Démosthènes, lequel Quintilian allègue, quand il juroit par les esprits de ceux qui avoyent laissé leur vie en la bataille Marathonique : voulant par cela exhorter les autres à maintenir la république. Aïnsi sainct Paul jure yei par la gloire que les Chrestiens ont en Christ. Ceste gloire est au ciel. Il démonstre donc qu’il tenoit pour

tout asseuré ce que les Corinthiens révoquoyent en doute, qu’on le peut bien appliquer en serment sainct et authentique, lequel artifice il nous faut diligemment noter.

32 Si j'ay bataillé avec les bestes. I] produit un notable exemple de mort, afin qu'on cognoisse évidemment qu'il eust ésté plus que fol, si nous n’attendions une vie plus heureuse après ceste mort.

Car le genre de la mort auquel il avoit esté exposé, estoit infâme. À quel propos, dit-il, me fussé-je exposé à infamie, voire avec une mort tant cruelle, si toutes mes espérances eussent esté encloses en ce monde ? Selon l’homme, signifie yci Au regard de la vie humaine, en sorte que nous en ayons la rémunération en ce monde. Or ceux-là batailloyent avec les bestes, qui estoyent condamnez à estre présentez à combatre avec elles, pour donner passe-temps au peuple : et non pas comme Erasme l’a mal entendu, ceux qui-estoyent simplement livrez aux bestes. C’estoyent deux sortes de peines du tout diverses, d’Estre exposé aux bestes, et Batailler avec les bestes. Car ceux qui estoyent exposez aux bestes, estoyent incontinent desmembrez. Mais ceux qui batailloyent avec les bestes, entroyent armez au lieu du combat, afin que s'ils estoyent garnis de force, agilité et courage, ils peussent eschapper, ayans mis à mort ces bestes. Et mesme, comme il y avoit le jeu de l’escrime pour duire des gens à combatre les uns contre les autres, pour donner passe-temps au peuple, aussi il y avoit un jeu auquel on façonnoit des gens à combatre contre les bestes és spectacles publiques, toutesfois bien peu en reschappoyent. Car qui avoit tué une beste, n’estoit pas quitte, mais il luy faloit retourner au combat, contre la seconde, jusques à ce que la cruauté des spéctateurs fust assouvie, ou plustost convertie en miséricorde : ét toutesfois, il s’en trouvoit de si mal-heureux et désespérez, qui se looyent à cela. Et c’est ceste chasse (pour le dire en passant) qui est si griefvement punie par les Canons andiéns, comme les loix civiles la punissént aussi de note d’infamie. Je retourne maintenant à parler de sainet Paul. Nous

CHap. XV.

voyons jusques à quel danger Dieu à voulu que son serviteur tombast, ét comment aussi il en à esté délivré miraculeusement. Au reste, sainèt Luc aux Actes ne fait aucune mention de ceste ba- {aille : de quoy nous pouvons récueillir qu’il a enduré beaucoup de choses quine sont point rédigées par ecrit. Mangeons et buvons. C’est une parole d’Epicuriens, qui mettent le souverain bien de l’homme en la volupté présente. Isaïe, chap. XXI, v. 43, aussi testifie que c’est le propos de gens désespérez, lesquels quand les Prophètes de Dieu les menacent de ruine et perdition pour les révoquer à repentance, s’invitent eux-mesmes à joye desbordée et dissolution, ne se soucians de telles menaces : et afin qu’ils démonstrent plus apertement leur obstination, disent, Puisqu’il nous faut mourir, passons le temps cependant, et ne nous tormeptons point l'esprit d’une vaine crainté devant le temps. Car quant à ce qu'on trouve entre les histoires anciennes qué quelqu'un disoit aux soudars, Compagnons, disnons joyeusement : car aujourd’huy nous soupperons en enfer : celà né vient point à ce propos. Car c’estoit une exhortation que cestuy-là faisoit à ses compagnons pour les accourager à s’exposer sans crainte à la mort. Je pense que sainct Paul à prins un brocard duquel ont accoustumé d’user un tas de gaudisseurs abandonnez à toute méschanceté : ou (pour le faire court) e’est un proverbe d’Epicuriens, lequel ila prins pour conclure, Que si l’homme périt en la mort, il n’y aura rien meilleur que de se donner du bon temps, faire grand’ chère, et ne se soucier de rien cependant que la vie dure : comme on trouve beaucoup de telles sentences en Horace Poëte Latin.

33 Ne soyez point séduits, ete. Pource qu’il n’y à rien plus facile que ‘de tomber en des spéculations profanes, sous ombre de douter et s’enquérir, il obvie à ce danger, nous advertissant que les mauvais propos ont plus d’efficace que nous ne sçaurions penser, à infecter nos entendemens, et corrompre les bonnes mœurs. Pour démonstrer cela, il use du tesmoignage du Poëte Menander : comme

CHar. XV.

il noùs est loisible d'emprunter de tous costez, tout ce qui est procédé de Dieu.

Et comme ainsi soit que toute vérité soit de Dieu, il ne faut point douter que luymesme n’ait mis en la bouche des infidèles tout ce qui contient doctrine véritable ét Salutaire. Mais j'aime mieux qu’on aille chercher le traitté de ce poinct en Poraison que Basilius a escrite aux jeunes gens. Pource donc que sainct Paul sçavoit va ce proverbe estoit vulgaire entre les Grecs, il en a mieux aimé user, afin qu’il leur entrast plus facilement au cœur, que par ses propres paroles exprimer cela mesme. Car il leur estoit plus aisé de recevoir ce qui leur estoit accoustumé : ce que aussi nous expérimentons és proverbes qui nous sont usitez. Or c’est une sentence qué nous devons bien noter, Car quand Satan ne nous peut ouvertement assaillir pour nous séduire, il prend ceste couleur, que nous ne devons faire difficulté d’esmouvoir des questions de toutes sortes pour trouver la vérité.

Sainet Paul donc yci dit au contraire, qu’il nous faut garder @es mauvais propos, comme d’une poison mortelle. Car descoulans tacitement dedans nos esprits, ils corrompent incontinent toute nostre vie. Notons donc qu'il n’y a rien plus dangereux qu'une mauvaise doctrine, et les disputations profanes, qui nous destournent tant peu que ce soit de la simplicité de la foy. Car sainct Paul ne nous exhorte point pour néant, que nous ne soyons point séduits.

34 Esveillez-vous justement. Pource qu’il voyoit les Corinthiens estre, par manière de dire, enyvrez de trop grande nonchalance, il les resveille de ceste paresse et stupidité : mais en adjoustant ce

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS,.

mot Justement, il signifie comment il veut qu’ils soyent resveillez. Car ils estovent plus qu’assez attentifs et elairsvoyans en leurs affaires : et mesme il ne faut point douter qu’ils ne se soyent pleu en la subtilité de leurs esprits : mais cependant ils estoyent tous endormis, là où il faloit principalement veiller. Il dit donc, Æsveillez-vous justement : c’està- dire, Employez tout vostre esprit et estude à choses bonnes et sainctes. Et quant et quantil adjouste la cause : Car aucuns d'entre-vous, dit-il, n'ont cognoissance de Dieu. I a esté besoin de leur dire cela : autrement ils eussent pensé que ceste admonition eust esté superflue : car il leur sembloit qu’ils estoyent bien sages. Or illes argue de n’avoir cognoissance de Dieu, afin qu’ils sçachent que ce qui estoit le principal, leur défailloit. Ceste admonition est utile pour ceux qui employent toute leur subtilité à voltiger en Pair : et cependant ne regardent point à ce qui est devant leurs pieds, et sont stupides, où il estoit le plus besoin de veoir clair. Je le vous di a vostre honte. Voire, ainsi que les pères en reprochant les fautes à leurs enfans leur font honte, afin que par ceste honte, ils couvrent leur honte et turpitude. Cependant, quand ci-dessus il leur disoit qu’il ne leur vouloit point faire vergongne, il entendoit qu’il ne les vouloit point déshonorer, en mettant en avant leurs fautes par inimitié et haine. Mais cependant c’estoit leur proufit qu’ils fussent ainsi reprins asprement, veu qu’au milieu de tant de maux, encore se flatitoyent-ils.

Or sainct Paul en leur reprochant ignorance de Dieu, les despouille entièrement de tout honneur.

35 Mais quelqu'un dira: Comment ressuscitent les morts? el en quel corps

viendront-ils ?

36 O fol, ce que tu sèmes n'est point vivifié, s’il ne meurt.

37 Et quant à ce que tu sèmes, tu ne sèmes point le corps qui naistra, mais le grain nud, Selon qu'il eschet, de blé, ou de quelque autre grain.

- 38 Mais Dieu luy donne le corps ainsi qu'il veut, et à une chacune des se-

mences son propre corps.

34 Toute chair n'est point une mesme chair :

mais autre est la chair des

hommes, et autre la chair des bestes, et autre des poissons, et autre des

oiseaux.

500 COMMENTAIRES Cap. XV.

10 Aussi y a-il des corps célestes, et des corps terrestres : mais autre est la gloire des célestes et autre des terrestres.

41 Autre est la gloire du soleil, et autre la gloire de la lune, et autre la gloire des estoilles. Car une estoille est différente de l’autre estoille en gloire.

42. Ainsi aussi sera la résurrection des morts : le corps est semé en corruption, il ressuscile en incorruption.

43 Il est semé en déshonneur, il ressuscite en gloire : il est semé en foiblesse, il ressuscite en force.

44 Il est semé corps sensuel, il ressuscite corps spirituel. Il y a corps sensuel, et y à corps spirituel :

45 Ainsi qu'il est escrit, Le premier homme Adam a esté fait en âme vivante *, et le dernier Adam en Esprit vivifiant.

16 Mais ce qui est spirituel, n'est point le premier, ains ce qui est sensuel : puis après ce qui est spirituel.

47 Le premier homme estant de terre est terrestre : et le second homme, asçavoir le Seigneur est du ciel.

48 Tel qu'est le terrestre, tels sont aussi les terrestres : et tel qu'est le céleste, tels sont aussi les célestes.

49 Et comme nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons aussi l'image du céleste.

50 Foylà que je di, frères, que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et la corruption n'hérite point l’incorrugtion.

1) Gen., IL,7.

35 Comment ressuscitent les morts, et en quel corps, etc. I n’y a rien qui soit plus contraire à la raison humaine que cest article de foy. Car qui est-ce qui nous pourra persuader, sinon Dieu seul , que les corps qui maintenant sont sujets à corruption , après qu'ils seront pourris, Où qu'ils auront esté consumez par feu, où desmembrez par les bestes, non-seulement seront remis en leur entier, mais en une nature beaucoup meilleure? Tous nos sens ne rejetiteront-ils pas cela tout incontinent, non-seulement comme une fable, mais comme la plus grande absurdité du monde? Or sainct Paul pour oster ceste apparence d’absurdité use d’une objection, c’est-à-dire, met en avant sous la personne de quelque adversaire, ce qui semble de pre:

mière rencontre estre contraire à la Goctrine de la résurrection. Car ceste interrogation n’est pas d’un homme qui demande le moyen en doutant, mais qui argue par limpossibilité: asçavoir, que c’est une chose incroyable ce qu’on dit de

gorge de la foy de la résurrection, disans que c’est une choseimpossible.

36 O fol, ce que tu sèmes , etc. L’Apostre pouvoit répliquer que le moyen.

qui nous est incompréhensible, est toutesfois facile à Dieu : et que pourtant il ne faut yei rien juger selon nostre sens, mais donner cest honneur à la puissance secrète et admirable de Dieu, que nous croyons qu’elle fera ce que nous ne pouvons comprendre : mais il y procède par un autre moyen. Car il démonstre, que tant s’en faut que la résurrection soit répugnante à nature, que nous en avons tous les jours un exemple manifeste au cours mesme de nature, lequel nous voyons au moyen par lequel les fruits de la terre croissent. Car d’où naissent les fruits, lesquels nous recueillons de la terre, sinon de pourriture? Car après qu’on a jetté la semence, si les grains ne pourrissent, il ne viendra rien. Veu donc que la corruption est le commencement et la cause de génération, nous ayons en cela quelque image de la résurrection. H la résurrection. Et pour ceste cause, en | s'ensuit donc que nous sommes trop marespondant il repousse asprement telle | lins et ingrats à estimer la puissance de objection. Notons donc qu'il introduit yci | Dieu, si nous luy ostons ce qui est desjà parlans, ceux qui se mocquent à plene l'apparent devant nos veux.

Cuar. XV.

37 Tune sèmes point. I] y a deux parties en ceste similitude : Asçavoir que ce n’est point de merveilles que les corps ressuscitent de la pourriture, veu que cela mesme advient en la semence. L’autre partie est, que cela n’est point hors de raison , que nos corps SOyent renouvelez en autre qualité, veu que Dieu produit d’un grain simple et nud tant d’espies revestus d’un artifice tant admirable, et pleins de grains de meilleure substance.

Mais pource qu’il eust semblé qu’en parlant ainsi, il eust voulu inférer que plusieurs corps naistroyent d’un seul: il modère et dresse autrement son propos:

asçavoir que Dieu donne le corps tel qu'il veut: signifiant qu'il y a là aussi différence en la qualité. Il adjouste, 4 une chacune des semences son propre corps : par lequel mot il restraint ce qu'il avoit dit d’un autre corps. Car il nie que le corps soit tellement divers, que toutesfois il ne retiene son espèce.

39 Toute chair n'est point, etc. C’est une autre similitude tendante à une mesme fin, quoy que les autres l’exposent autrement. Car quand il dit que sous le nom de Chair est comprins tant le corps de l’homme, que de la beste , et toutesfois les chairs sont diverses : il signifie par cela que c’est bien une substance, mais qu’il y a différence en qualité. Le sommaire est, que toute la diversité que nous voyons en chacune espèce , est un tesmoignage et comme un préparatif de la résurrection. Car Dieu en changeant ainsi l’estat présent des choses, monstre qu’il ne luy est pas difficile de renouveler nos corps.

41 Autre est la gloire du soleil, etc.

Non-seulement il y a différence entre les corps célestes et terrestres, mais mesme la gloire des célestes n’est pas semblable en tous. Car le soleil est plus excellent que la lune : et les autres estoilles ont quelque différence entr’elles. Ceste diver- sité de qualité se monstre donc en la résurrection des morts. Mais on s’abuse communéement en l’application de ceste similitude. Car on pense que sainct Paul ait voulu dire , qu'après la résurrection, les Saincts auront divers degrez d’honneur et de gloire. Cela certes est très-

. SUR LA re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

véritable , et est bien prouvé par autres tesmoignages de lEscriture : mais ce n’est pas ce que sainct Paul veut dire yci. Car il ne traitte point quelle différence il y aura en la condition des Saincts après la résurrection, mais comment diffèrent n0S COrps que nous avons maintenant, de ceux que nous aurons alors.

Ainsi donc, pour oster toute opinion d’absurdité, il propose ceste similitude, Le soleil et la lune ont une mesme sub- Stance: mais il y a grande différence en leur excellence et dignité. Pourquoy donc nous esbahirons-nous si nostre corps prend une qualité plus excellente qu’il n’ha maintenant? comme s’il disoit, Je n’enseigne rien devoir advenir en la résurrection , de quoy un chacun ne voye dés à présent les exemples devant ses yeux. [l appert par le discours du texte, que le sens des paroles est tel. Car d’où et à quel propos sauteroit ainsi sainct Paul, s’il conféroit maintenant en estat divers les uns avec les autres : veu que jusques yci il a comparé l’estat de tous en ceste vie présente à celuy qui doit advenir, et poursuyvyra encore tantost ceste mesme comparaison ?

42 Le corps est semé en corruption.

Afin qu’il ne reste plus de doute , sainct Paul s'expose soy-mesme, expliquant la différence qui est entre l’estat présent, et celuy qui sera après la résurrection.

Quelle suyte y auroit-il en son propos, s’il eust voulu au propos précédent faire distinction entre les degrez dela gloire àvenir des Saincts ? Il ne faut done point douter que jusques yei il n’ait continué un mesme argument. [l retourne maintenant à la première similitude, de laquelle il avoit usé : mais il l’accommode de plus près à sOn propos: ou si nous aimons mieux, retenant ceste première similitude, il a comparé le temps de la vie présente aux semailles , et la résurrection à la moisson : et dit que nostre corps est maintenant sujet à mortalité et ignominie, mais qu'alors il sera glorieux et incorruptible. Il use d’autres paroles aux Philippiens, chap. HT, v. 21 : Il transligurera (dit-il)nostre corps vil, afin qu’il soit fait conforme à son corps glorieux.

Là Il est semé corps sensuel. Pource

qu’il ne pouvoit pas exprimer toutes les parties en les contant l’une après l’autre , il les comprend toutes sommairement et en peu de paroles : disant que le corps maintenant est sensuel, et lors Z sera spirituel. Au reste, là où nous traduisons, Sensuel, il y auroit à le tourner au plus près du Grec, Animal: c’est-àdire gouverné et vivifié de âme. Voylà donc que signifie Le corps sensuel. Le corps spirituel est celuy qui est vivifié de l'Esprit. Maintenant c’est l’àme qui vivifie le corps : afin qu’il ne soit une charongne morte. C’est donc à bon droict qw’il prend sa dénomination d’elle : mais après la résurrection, ceste vertu vivifiante qu'il recevera de Esprit, sera une chose beaucoup plus excellente. Cependant qu’il nous souviene tousjours de ce que nous avons veu par Ci-devant, que la substance du Corps Sera tousjours une, et qu’il est yci Seulement parlé de la qualité. Ainsi donc, pour enseigner plus facilement, que la qualité présente du corps soit appelée Animation, qui est un nom descendant de ce mot Ame : et celle qui est à-venir, soit appelée Inspiration. Car ce que l'âme vivifie maintenant le corps, cela se fait par le moyen de plusieurs aides entrevenantes: veu que nous avons besoin de boire, de manger, de dormir, de vestemens et autres choses semblables: et par cela est monstrée évidemment l’infirmité de ceste animation. Mais la vertu vivifiante de PEsprit, sera beaucoup plus parfaite, et par conséquent exempte de toutes telles nécessitez. Voylà le simple et vray sens de S. Paul, afin que nul ne voltige en l'air en philosophant plus loin : comme font ceux qui pensent que la substance du corps doit estre spirituelle, combien qu’il ne soit yci fait aucune mention de la substance, et qu'il n’y aura aucun changement d'icelle.

45 Ainsi qu'il est escrit, etc. Afin qu’il ne semble que ce soit une nouvelle imagination qu'il ait forgée, quand il parle du corps animal ou sensuel, il allègue PEscriture, laquelle dit qu’Adam a esté fait en âme vivante. Par cela il signifie que son corps a esté vivifié de l'âme, pour estre fait homme vivant. On demande que

Cuar. XV.

que le mot Hébrieu duquel Moyse a usé, se prend en diverses sortes: mais en ce lieu-là il est prins pour le mouvement vital, ou pour la vie mesme essencielle : et ce second sens me semble meilleur. Je voy que le mesme est dit des bestes, qu’elles ont esté faites en âme vivante, Genèse , I, v. 20, 24. Mais comme ainsi soit que l’âme d’un chacun animal doit estre estimée selon son espèce, il n'y à rien qui empesche que l’âme ne soit commune à tous, c’est-à-dire le mouvement de vie, et-que toutesfois il y ait quelque chose qui soit propre et particulière à l'âme de l’homme, asçavoir l'essence immortelle, comme la lumière d'intelligence, et la raison. Le dernier Adam. Ceci n’est point trouvé en lieu quelconque de PESscriture. Quand donc il dit, Æénsi qu il est escrit : cela doit estre seulement entendu du premier membre: mais après avoir allégué le tesmoignage de l’Escriture , sainet Paul maintenant en sa propre personne commence à opposer Christ à Adam: comme S'il disoit, Moyse récite que l’âme vivante a esté donnée à Adam, mais Jésus-Christ est rempli de Esprit vivifiant. Or c’est beaucoup plus d’estre la vie, ou la cause de la vie, que Vivre. Au reste, il faut noter que Christ a esté aussi bien que nous fait en âme vivante. Mais outre l'âme, l'Esprit aussi du Seigneur a esté espandu sur luy, par la vertu duquel il ressuscitast des morts, et feist ressusciter les autres. Ceci doit estre bien noté, afin que nous ne pensions pas que PEsprit ait esté donné à Christ en lieu d'âme , ce que jadis Apollinaris a pensé.

Et sans cela l’interprétation de ce passage peut estre prinse du chap. VII aux Romains, v. 10 : où l’Apostre dit que le corps est mort à cause du péché, et que nous portions en nous matière de mort: mais que l’Esprit de Christ, qui l’a ressuscité des morts, habite aussi en nous: et qu’iceluy est vie pour nous ressusciter aussi des morts quelque jour. Nous voyons par ceci, que nous avons des âmes vivantes, entant que nous sommes hommes: mais que l'Esprit vivifiant de Christ est espandu sur nous par la grâce de régénération. En somme, sainct Paul veut dire que la con-

signifie Ame en ce passage. On sait bien | dition que nous obtenons par Christ, est

Caar. XV.

beaucoup meilleure que celle du premier homme, d’autant que l’âme vivante a esté donnée à Adam pour luy et les siens :

mais Christ nous a apporté l'Esprit, qui est la vie. Or quant à ce qu’il appelle Christ le dernier Adam, la raison est, que tout ainsi que le genre humain a esté eréé au premier homme, aussi il a esté réparé en Christ. Je le diray encore une fois, et plus clairement : Tous les hommes ont esté créez en Adam le premier homme, pource que tout ce que Dieu vouloit donner à tous, il l’avoit conféré à cestuy-là, en sorte que l’estat de l'homme estoit dressé en sa personne. Le povre malheureux. par sa transgression s’est perdu et luy et les siens, d'autant qu’il les a tous tirez avec SOy en une mesme ruine.

Jésus-Christ est survenu pour restablir nostre nature en meilleur estat. Adam donc et Christ, sont comme deux sources ou deux racines du genre humain. Parquoy, l'un à bon droici est appelé, Le premier. homme : et l’autre, Le second.

Mais ceci ne fait rien pour les fantastiques, qui d’un chacun de nous en font Christ: comme s’il n’y avoit, et n’y eust jamais eu que deux hommes, et que toute ceste multitude que nous voyons fust un fantosme vain. Il y a une semblable comparaison aux Romains, éhap. V, v. 12.

46 Mais ce qui est spirituel, n'est point le premier. I faut nécessairement, dit-il, avant que nous soyons restaurez en Christ, que nous prenions naissance d'Adam, et soyons semblables à luy.

Parquoy, ne nous esbahissons point si nous Commençons par l’âme vivante. Car comme Naistre précède en ordre Renaistre, aussi Vivre précède Ressusciter.

47 Lepremier homme estant de terre. La vie sensuelle ou animale, c’est-àdire que nous avons par le moyen de l’àme, précède : car l’homme terrien précède. La vie spirituelle viendra après, comme Christ, qui estl’homme céleste, est venu après Adam. Au reste, les Manichéens ont abusé de ce passage, quand ils vouloyent prouver que Christ a apporté du ciel un corps au ventre de la Vierge: mais ils se sont abusez pensans que S. Paul parlast de la substance du corps, en lieu qu'il parle plustost de la propriété ou

SUR LA Ire EPISTRE AUX CORINTHIENS.

qualité d’iceluy. Ainsi done, combien que le premier homme ait eu une âme immortelle, et nullement prinse de la terre,

toutesfois il sentoit la terre, de laquelle Lestoit produit le corps, en laquelle il avoit

esté mis pour vivre: mais Christ nous a

apporté du ciel un Esprit vivifiant, pour

nous régénérer en meilleure vie, plus haute et excellente que la terre. Brief,

nous avons cela d'Adam, que nous vivons en ce monde, comme les branches d'un arbre vivent de }a racine : mais

Christ nous est le commencement et autheur de la vie céleste. Mais quelqu'un répliquera, qu'Adam est dit estre «de la terre, Christ du ciel. La nature de lantithèse et comparaison requiert cela, que Christ ait son corps du ciel, comme le corps d'Adam a esté formé de la terre, ou bien que la source de l’âme de l’homme soit de la terre : mais celle de Christ soit venue du ciel. Je respon, que S. Paul n’a pas conféré tous les points l’un avec Pautre si subtilement et par le menu (car aussi il n’en estoit nul besoin) mais traittant de la nature de Christ et d'Adam, en passant il a fait une allusion à la création d'Adam, asçavoir qu’il a esté formé de terre : et quant et quant pour exalter fa vertu de Christ, il a récité qu’il est le Fils de Dieu, qui est descendu du ciel à nous, et pourtant ha une nature et vertu céleste. Voylà le simple sens : et la subtilité des Manichéens est une pure calomnie. Mais il faut encore respondre à une autre objection: c’est que Christ, tandis qu’il a conversé au monde, à vescu une semblable vie que nous, et pourtant terrestre : parquoy l'opposition n’est pas propre. La solution de ceste question servira encore à réfuter la meschante imagination es Manichéens. Car nous sçavons que le corps de Christ a esté sujet à mort, et qu'il a esté exempté de corruption, non pas par une propriété essen%elle (afin que j’use du terme commun) mais -par la seule providence de Dieu. Christ donc a esté terrestre, nonseulement quant à l’essence corporelle:

mais aussi il a esté pour quelque temps de condition terrestre. Car avant que la vertu de Christ se démoustrast pour conférer la vie céleste, il a falu qu'il soit

mort en l’infirmité de la chair, 2 Cor., XIII, 4. Or ceste vie céleste est premièrement apparue en ja résurrection, afin aussi qu’elle nous vivifie.

49 Comme nous avons porté, elc. Aucuns ont pensé que c’estoit yci une exhortation à vivre purement et sainctement, en laquelle sainct Paul soit entré par une manière de digression : pourtant en lieu de Nous porterons, aucuns ont traduit Portons. Et mesme aucuns livres Grecs le lisent ainsi. Mais pour autant qu’à le prendre ainsi, la sentence ne s’entretient pas bien, suyvons plustost ce qui convient à la matière et au fil du propos. Notons premièrement que ce n’est point une exhortation, mais une simple doctrine: et qu’il n’est yei parlé de la nouveauté de vie, ains qu’il continue son propos de la résurrection de la chair, sans quelque interruption. Parquoy le sens est tel: Tout ainsi que la nature sensuelle qui précède en nous, est l’image d'Adam: aussi nous serons conformes à Christ en la nature céleste.

Et ce sera Paccomplissement de nostre restauration. Car nous ne faisons encore que commencer à porter l’image de Jésus-Christ. et tousles jours nous sommes de plus en plus transformez en icelle :

mais ceste image consiste en la régénération spirituelle. Or elle sera lors plene-

Car. XV.

ment resiablie, tant selon le corps que selon l’âme : et ce qui est maintenant commencé, sera accompli: brief, nous obtiendrons de faict ce que maintenant nous attendons par espérance. Toutesfois, si quelqu'un aime mieux suyvre l’autre lecture, ceste sentence tendra à poindre les Corinthiens, esquels sil y eust eu une vive méditation de la vraye crainte de Dieu, et de nouveauté de vie, cela eust esté par mesme moyen pour enflammer en eux l’espérance de la gloire céleste.

50 l’oylà que je di frères, que la chair et le sang, etc. Ceste particule donne à entendre que ce qui S’ensuit, est une déclaration de la sentence précédente. Comme s’il disoit, Ce que j'ay dit que nous devons porter l’image du céleste Adam, s'entend ainsi, que nous devons estre renouvelez selon les corps, pource que nos corps ne peuvent hériter le royaume incorruptible de Dieu, ainsi qu’ils sont maintenant sujets à corruption.

Nous n’aurons point autrement entrée au royaume de Christ, s’il ne nous reforme à son image. Au reste, entendons ces deux mots, La chair et le sang, selon la condition qu’ils ont maintenant. Car nostre chair sera participante de la gloire de Dieu, mais il faut qu'elle soit renouvelée et vivifiée par l'Esprit de Christ.

54 F'oyci, je vous di un secret : vray est que nous ne dor mirons point tous,

mais nous serons {ous transmuez.

52 En un moment, et en un clein d'œil, à la dernière trompette (car elle sonnera) les morts ressusciteront incorruptibles, et nous serons transmuez*. 53 Car il faut que ce corruptible yci veste incorruption : et ce mortel yci

veste immortalité.

54 Or quand ce corruptible yci aura vestu incorruption,

et ce mortel yci

aura vestu immortalité, alors sera faite? la parole qui est escrite, La mort est

engloutie en victoire *.

55 O mort, où est ton aiquillon*? Enfer, où est ta victoires? 56 Or l’aiguillon de la mort, c'est péché : et la puissance de péché, c'est

la Loy.

57 Mais grâces à Dieu qui nous a donné victoire

Christ.

par nostre Seigneur Jésus-

58 Parquoy mes frères bien-aimez, soyez fermes, immuables, abondans tousjours en l'œuvre du Seigneur : scachans que vostre labeur n'est point vain en

nostre Seigneur.

1) Matth., XXIV, 51. 1 Thess., IV, 16.

5) Ou, O sépulchre, où est ton aiguillon ?

2) Ou, accomplie.

3) Osée, XIII,14. 4) Ou, ta victoire?

Cuar. XV.

Jusques yei il a comprins deux choses en sa disputation : premièrement il a démonstré que les morts ressusciteront :

secondement, quelle sera ceste résurrection: mais maintenant il entre plus avant en la description du moyen, laquelle il appelle Secret, d'autant qu’elle n’avoit point encore esté expliquée si clairement par aueune révélation. Mais il fait ceci, afin de les rendre plus attentifs. Car ceste meschante doctrine avoit prins ses forces de là, qu’ils disputoyent de ceste matière par manière de passe-temps, et tout à leur aise, comme d’une chose qui n’estoit point difiicile pour eux. Il les advertit donc par ce nom de Secret, d'apprendre une chose qui non-seulement leur est encore incognue, mais qui doit estre contée entre les secrets célestes de Dieu.

51 Fray est que nous ne dormirons point tous. Les livres Grecs sont yci tous d'accord : mais les Latins ont trois diverses leçons. La première, Vray est que nous mourrons tous, mais nous ne serons pas tous transmuez. La seconde, Nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous transmuez. La troisième, Il est ® vray que nous ne dormirons point tous, mais nous serons tous transmuez. Je pense bien que ceste diversité est procédée de là, qu'aucuns lecteurs qui n’estoyent pas des plus subtils, offensez de la vraye lecture, ont osé supposer une lecture qui leur estoit plus probable. Car il sembloit de primeface que ce fust une absurdité, de dire que nous ne mourrons point tous, veu qu’il est dit ailleurs, qu’il est ordonné que tous hommes mourront

une fois, Héb., IX, 27. Ils ont donc tourné le sens ainsi, Tous ne seront pas transmuez, combien que tous ressusciteront, OU mourront: et exposent ceste transmutation, La gloire que les fidèles Obtiendront. Mais on peut juger par le discours du texte quelle est la vraye lecture. L’intention de sainct Paul est, d’expliquer ce qu’il avoit dit, asçavoir que nous serons faits conformes à Christ, d'autant que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu. Il y avoit sur ceci une question qu’on pouvoit faire, Qu’adviendra-il donc à ceux qui survivront jusqu’au jour du Seigneur ? Il

SUR LA re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

respond, Combien que tous ne mourront

pas, toutesfois ils seront renouvelez, afin

que la mortalité et corruption soyent abolies. Or il faut noter qn’il parle seulement des fidèles. Car jà soit que la résurrection des infidèles sera aussi une transmutation, nonobstant pource qu’il n’est vei fait aucune mention deux, il faut rapporter aux éleus seulement ce qui y est dict. Nous voyons maintenant, comment ceste sentence convient trèsbien avec la précédente. Car pource qu’il avoit dit que nous porterons l’image de Cbrist, il déclare maintenant que cela adviendra quand nous seront transmuez, en sorte que la mortalité sera engloutie par la vie: et qu'à ce renouvellement ne répugne point que l’advénement de Christ en trouvera aucuns survivans. Mais il faut desmesler l’autre objection, asçavoir qu’il est ordonné que tous mourront une fois. Certes nous la pouvons soudre ainsi sans grande difficulté : Que veu que le changement ne se peut faire que la première nature pe soit abolie, à bon droict ce changement est réputé pour une espèce de mort: mais d'autant que l’âme n’est point séparée du corps, qu’il n’est point estimé pour une mort ordinaire. Ce sera donc mort: car ce sera un anéantissement de ceste nature corruptible. Ce ne sera point dormir: car lPâme ne partira point du corps : mais ce sera un passage soudain de la nature corruptible à l'immortalité bien-heureuse.

52 En un moment. Ceci est encore général, c’est-à-dire il comprend universellement tous. Car il se fera un soudain changement, et en un moment en tous :

pource que l’advénement de Christ sera soudain. Pour Un moment, il met ciaprès, Un clein d'œil. Il a choisi le mouvement le plus soudain de tous les mouvemens qui sont au corps : Car il nya rien plus agile que le mouvement de l'œil. Combien que quant et quant il a voulu faire une allusion au dormir :

auquel est opposé ce clin d'œil : pource que quand on se resveille, on cligne ainsi des yeux. 4 la dernière trom-

pette. Combien qu’il semble que ceste répétition soit pour confermer que le

mot de Trompette est yci pris en sa

propre signification, toutesfois j'aime mieux entendre que c'est une manière de parler par métaphore et similitude. En l’'Epistre aux Thessaloniciens, chapitre IV, v. 16, il conjoint la voix d’Archang et la trompette de Dieu. Comme donc un chef de guerre appelle à la bataille ses soldats et gendarmes au son de Ia trompette, ainsi Jésus-Christ, adjournera tous les morts par une voix résonnante, qui sera ouye de tous les costez du monde.

Moyse récite quels bruits et combien espovantables furent ouys, quand la Loy fut publiée, Exode, XIX, 16 : mais il y aura bien un autre remuement, quand il faudra adjourner non-seulement un peuple, mais tout le monde à comparoistre : devant le siége judicial de Dieu : et nonseulement assembler les vifs, mais aussi appeler les morts qu'ils sortent hors de leurs sépulchres : et qui plus est, faire commandemens aux 0s secs et à la poussière, de reprendre leur première forme et esprit, pour se présenter tout incontinent devant la face de Christ, hommes vivans. Les morts ressuscileront incorruptibles. Ce qu'il avoit dit en général de tous, maintenant il l’explique distinctement des vivans et des morts. Ceste division donc n’est autre chose que l’exposition de l’autre sentence : Que tous ne mourront point, mais que tous seront transmuez. Ceux, dit-il, qui seront desjà morts, ressuscileront incorruptibles.

Voylà comment il y aura changement és morts. Ceux qui survivront, dit-il, ils seront aussi transmuez, Voylà doncques les vivans et les morts. Ainsi nous voyons maintenant comment le changement sera commun à tous, et non pas le dormir, c’est-à-dire la mort. Or quand il dit, Nous serons transmuez : il se met du nombre de ceux qui doyvent vivre jusques à l’advénement de Christ. Certes

pource que c’estoit desjà les derniers temps, les fidèles devoyent attendre ce grand jour d'heure en heure. Combien qu'escrivant aux Thessaloniciens, il publie ceste mémorable prophétie de la dissipation horrible qui devoit advenir en l'Eglise avant que Jésus-Christ viene, 2 Thess., Il, 3 : mais cela n’empesche point, que comme amenant les Corin-

Car. XV:

thiens présentement sur le faict, il wait peu s’adjoindre et eux aussi à ceux qui devoyent survivre jusques à ce temps-là.

53 Car il faut que ce corruptible yci veste incorruption. Voylà comment nous vivrons au royaume de Dieu en corps et ame : combien que la chair et le sang ne puissent hériter le royaume-de Dieu. Car ils seront premièrement exemptez de corruption. Nostre nature donc ainsi qu’elle est maintenant corruptible et mortelle, n’est point capable du royaume de Dieu : mais après qu'ayant despouillé la corruption, elle sera ornée d'incorruption, lors elle parviendra là. Et ce passage conferme apertement, que nous ressusciterons en ceste mesme chair que nous portons maintenant : à laquelle sainct Paul attribue nouvelle qualité qui servira Comme d’un vestement. S'il eust dit, El faut que ce corruptible soit renouvelé : ce n’eust point esté parler si vivement et apertement pour réfuter l’erreur de ces fantastiques, qui imaginent que les hommes auront d’autres corps tout nouveaux : mais quand il dit expresséement que ce corruptible sera. vestu de gloire, on ne sçauroit plus que caviller là-dessus.

54 Alors sera faite la. Parole. Ce n’est pas seulement une déclaration ou amplification, mais aussi une, confirmation de la sentence précédente. Car il faut que ce qui a esté prédit par les. Prophètes, soit accompli. Or ceste Prophétie ne sera point accomplie, jusques à ce que nos corps ayans despouillé toute corruption, seront revestus d’incorruption.

Il s'ensuit donc que ce dernier poinct aussi est nécessaire. £sire fait, se prend yci pour Estre du tout accompli. Car ce que S. Paul allègue, est commencé en nous maintenant, et poursuit à se faire tous les jours : mais il ne sera point du tout accompli sinon au dernier jour. Au reste, on ne sçait pas bien d’où il a pris ce tesmoignage, pource qu'il y a beaucoup de sentences és livres des Prophètes, lesquelles tendent là : sinon. qwil est plus vray-semblable que le premier membre est pris du XXVEe d’Isaie,v:8, où il est dit que la mort a esté destruite par le Seigneur à tout jamais : ou (selon

Cuar. XV,

l'opinion quasi de tous) du chap. XII du Prophète Osée, v. 14, où le Prophète déplorant la malice obstinée d'Israël, se plaind qu'il a esté fait semblable à un fruit avorté, lequel résiste contre les efforts de la mère, estant en travail, afin qu'il ne sorte point du ventre : et par cela conclud qu’il n’a tenu qu’à luy qu’il n'ait esté délivré de mort. Je les rachèteray, dit-il, de la puissance d’enfer : je les délivreray de mort. Et n’y a pas grand esgard si nous lisons ainsi :

Ou bien, Je les eusse rachetez : je les eusse délivrez. Car tousjours le sens revient là, Que Dieu estoit prest de les sauver, S'ils eussent enduré qu'il leur eust fait du bien : et que pourtant c’est par leur faute qu'ils périssent. Il adjouste puis après, Je seray ta destruction, Ô mort : ta ruine, Ô enfer. Dieu signifie par ces paroles, que lors vrayement et à bon éscient il sauve ses fidèles, quand la mort et enfer sont réduits à néant.

Car nul ne peut nier que le Prophète ne face là une description du salut parfait.

Puis donc que nous ne voyons pas encore une telle destruction de la mort, il s'ensuit que nous ne jouissons pas encore plenement du salut, lequel Dieu promet à son peuple, et que pourtant il est différé jusqu’à ce jour-là. Alors donc la mort sera engloutie, c’est-à-dire réduite à néant: en sorte que nous aurons plene et parfaite victoire à l’encontre delle. Quant au second membre, où il desfie la mort et enfer, on ne sçait si S.

Paul parle de soy-mesme, ou s’il a voulu en ceci aussi alléguer les paroles du Prophète. Car en lieu que nous avons tourné, Je seray ta destruction, Ô mort :

ta ruine, à enfer : les Grecs ont translaté, Où est ton plaid, c’est-à-dire le procès que tu intentes contre nous, Ô mort ?

où est ton aiguillon, Ô enfer? Or combien que la faute des Grecs en cest endroit Soit excusable à cause de laffinité des mots, toutesfois si on veut poiser diligemment le fil du texte, on cognoistra qu’ils se sont bien eslongnez de Pintention du Prophète. Le vray sens donc est cestuy-ci, que le Seigneur abolira la mort, et destruira enfer. Toutesfois il se peut bien faire que sainct Pau} ait

SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

fait allusion à la translation Grecque, pour autant qu’elle estoit receuë coustumièrement, et en cela il n’y a nul inconvénient. Combien qu’encore il n’a pas rapporté les propres mots : car en lieu du mot Grec Diki, qui signifie Plaid ou Procès, il a mis Nicos qui signifie Victoire. Certes mon opinion est, qu’il n’a pas voulu yei de propos délibéré alléguer le Prophète pour tesmoin, en abusant du passage : mais seulement comme en passant accommoder à son propos cesie sentence communément receuë, veu qu'aussi bien elle estoit bonne et saincte. Le principal est, de sçavoir que S. Paul à voulu resveiller les esprits des Corinthiens par ceste exclamation affectueuse, comme les amenant, par manière de dire, à contempler présentement la résurrection. Or combien que nous n’appercevions encore la victoire devant nos yeux, et que le jour du triomphe ne soit pas encore venu : mais qui pis est, qu'il nous falle estre exposez chacun jour aux dangers de la bataille, néantmoins il n’est rien diminué de la certitude de nostre fiance pour cela, comme nous dirons tantost après.

56 Or l’aiguillon de la mort, c'est péché. C'est-à-dire, que la mort n’ba point d’autre dard pour nous navrer, sinon péché : car la mort procède de lire de Dieu : or Dieu ne se courrouce point sinon aux péchez. Que le péché done soit osté, la mort ne pourra plus apporter nuisance. Ceci s'accorde avec ce qu'il à dit au ch. VIe des Rom., v. 23. La mort sont les gages de péché. Mais il use yci d’une autre similitude. Car il accompare le péché à un aiguillon, duquel seul la mort est armée pour nous poindre mortellement. Que s’il est osté, la mort demeurera désarmée, en sorte qu’elle ne pourra plus nuire. Or sainct Paul démoustrera tantost après à quel propos il dit ceci. Æ4 la puissance de péché, c’est la chair.

C’est la Loy de Dieu, qui fournit à cest aiguillon une force mortelle : pource que non-seulement elle nous démonstre nostre coulpe, mais aussi l’augmente. Qui voudra avoir interprétation plus claire

de ceci, il la faut chercher au chap. VII

des Rom., v. 9, où sainct Paul enseigne

que nous vivons tandis que nous n’avons point de loy : pource que selon nostre opinion nous sommes bien, et ne sentons point nostre misère, jusques à ce que la Loy nous adjourne devant le jugement de Dieu, et navre nostre conscience du sentiment de la mort éternelle. D’avantage, que le péché est assopi aucunement : mais qu'il est enflammé par la Loy, pour se desborder plus furieusement. Cependant toutesfois il garentit la Loy des calomnies, disant qu’elle est bonne, saincte et juste, et que ce n’est point de soy qu’elle engendre le péché, ou qu’elle soit cause de mort. Parquoy il conclud que tout ce qu’il y a de mal, nous doit estre imputé, pource que c’est une chose toute certaine qu’il procète de la perversité de nostre nature. La Loy done nuit par occasion : mais la Cause propre de nostre ruine, est en nous. Et pourtant il appelle yei la Loy, vertu ou puissance de péché : pource qu’elle exécute en nous le jugement de Dieu. Cependant il ne nie pas que le péché n’apporte la mort, mesme à ceux qui ignorent la Loy : mais il parle ainsi d’autant que péché n’exerce pas d’une telle violence sa tyrannie sur eux. Car la Loy est survenue, afin que le forfait abondast, ou qu’il fust fait outre mesure péchant.

57 Mais grâces à Dieu. Il appert par ceci à quel propos il a fait mention du péché et de la Loy, quand il estoit question de la mort. La mort n’ha point d’aiguillon pour poindre, que le péché : et la Loy adjouste à cest aiguillon une puissance mortelle. Or Christ a vaincu le péché, et en le surmontant nous à acquis victoire, et nous a rachetez de la malédiction de la Loy : il s’ensuit donc que nous ne sommes plus détenus sous la tyrannie de la mort. Combien donc que nous n’ayons point encore plene révélation de ces biens, toutesfois nousnous en pouvons asseuréement glorilier, pource qu’il est nécessaire que ce qui a esté accompli au chef, soit aussi accompli aux membres. Nous pouvons despiter la mort, comme estant subjuguée, pource que la victoire de Christ est nostre.

Quand donc il dit que la victoire nous a eslé donnée, premièrement entendons

Car. XV.

qu’elle est faite nostre, pource que Christ en sa personne a aboli le péché, satisfait à la Loy, osté la malédiction, appaisé lire de Dieu, et nous a acquis la vie :

puis après pource que desjà il a commencé à nous faire participans de tous ces biens. Car combien que nous portions encore avec nous des reliques de péché, néantmoins il ne règne point en nous : combien qu’il nous picque encore, ce n’est point toutesfois à mort : car sa pointe est rebouchée, en sorte qu’il ne peut percer jusques à la vie de l’âme.

Combien que la Loy nous menace encore, toutesfois de l’autre part se monstre la liberté qui nous est acquise par Jésus-Christ, laquelle remédie aux frayeurs que la Loy apporte. Combien que les reliques de la chair habitent encore en nous, toutesfois l'Esprit qui a ressuscité Christ des morts, est vie à cause de justice, Rom., VIIT, 40. S’ensuit la conclusion.

58 Parquoy mes frères. Après qu'il luy à semblé qu'il avoit assez prouvé la foy et certitude de la résurrection :

maintenant il conclud toute sa dispute par une exhortation. Et cela ha beaucoup plus de véhémence que s’il eust usé d’une simple conclusion en affermant son dire. Puisque vostre labeur, dit-il, n’est point inutile au Seigneur, soyez fermes, et abondez en bonnes œuvres. Il dit que leur labeur n’est point inutile, pourtant que Dieu leur réserve le salaire. Et c’est la seule espérance qui premièrement donne courage aux fidèles : puis après les soustient qu'ils ne défaillent au milieu de la course. Ainsi donc il les exhorte à demeurer fermes, d'autant qu'ils sont appuyez sur un fondement asseuré, quand ils sçavent qu’une meilleure vie leur.est apprestée au ciel. Il adjouste, abondans en l'œuvre du Seigneur. Car l’espérance de la résurrection fait que nous ne nous lassons point en bien faisant, comme il monstre aux Colossiens, chapitre I, v. 10.

Car qui est celuy qui ne perdroit courage au milieu de tant de scandales qui se présentent tous les jours devant nos yeux, ou pour le moins ne se fourvoyast hors du chemin, sinon que pensant à une vie meilleure, il fust par ce moyen retenu en

Cuar. XVI. SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS 509

la crainte de Dieu? Or il signifie au con: | est le fondement. Et de faict, l’espérance traire, que l’espérance de la résurrection | de loyer estant ostée et esteinte, l’alaiostée, tout l'édifice de pierre s’en va par | greté à courir non-seulement se refroi-

terre, d'autant que ceste espérance en | dira, mais aussi se perdra du tout.

LS

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