CHAPITRE XVI
1 Quant aux collectes qui se font pour les Saincts, rs comme ÿ ay
ordonné aux Eglises de Galatie!.
2 C'est qu'en un des Sabbaths? chacun de vous mette à part pardevers soy, thésaurizant de ce qu’il aura prospéré*, afin que lors que je viendray, les col-
lectes ne se facent point.
3 Puis quand je seray arrivé, j'envoyeray ceux que vous approuverez par letres, pour porter vostre libéralité en Jérusalem.
4 Et s'il est convenable que j'y aille aussi, ils viendront avec moy.
5 Je viendray donc vers vous ayant passé Macédone (car Je passeray par
Macédone).
6 Æl peut-estre que je séjourneray avec vous, où mesme que j y passeray l’hyver : afin que me conduisiez par tout là où j'iray.
1 Car je ne vous vueil point maintenant veoir en passant, mais j'espère que je demeureray avec vous quelque temps, si le Seigneur le permet.
__ 4) Rom., XI, 17.
de Dieu: afin,
1 Quant aux collectes, etc. S. Luc aux Actes, chapitre XI, v. 28, récite que la prophétie d’Agabus, par laquelle il avoit prédit la famine qui devoit advenir sous Claude Empereur Romain, donna occasion aux fidèles de recueillir des aumônes, desquelles ils aidassent aux frères qui estoyent en Jérusalem. Car combien que le Prophète eust dénoncé ceste calamité devoir estre commune presque à tout le monde, toutesfois pource qu'ils estoyent plus pressez d’indigence en Jérusalem, et que toutes les Eglises des Gentils devoyent subvenir aux fidèles qui estoyent là, si elles n’eussent voulu estre aceusées de trop grande ingratitude (car elles avoyent receu l'Evangile de là) à ceste cause il adveint qu’un chacun s’oubliant soy-mesme, pensoit à soulager ceux qui estoyent en Jérusalem. Or que la nécessité fust lors grande en Jérusalem, il appert par l’Epistre aux Galatiens, où sainct Paul récite qu’il luy avoit esté commandé par les Apostres, d'inciter les Gentils à subvenir à la povreté qui y estoit, Gal., II, 40. Or les Apostres ne luy eussent jamais donné une telle charge, s’ils n’eussent esté contraints par néces-
2) Ou, que chacun premier jour de la sepmaine.
3) Ou, serrant ce qu’il pourra par la bénignité
sité. Au reste, ce passage rend tesmoignage que ce que sainet Paul dit au mesme passage, est vray : asçavoir qu'il a esté songneux d’admonester les Gentils de subvenir à une telle nécessité. Or il prescrit maintenant le moyen d'y subvenir, auquel afin que les Corinthiens accordent plus facilement, il dit qu'il en avoit autant prescrit aux Eglises de Galatie. Car ils devoyent estre plus esmeus par cest exemple, pource que naturellement nous avons accoustumé de refuser de nous accommoder aux choses qui ne sont point encores en usage. S’ensuit donc le moyen par lequel il a voulu couper broche à tous empeschemens et retardemens.
2 Qu'en un des Sabbaths, etc. La tin de ceci est, qu’ils ayent leurs aumônes prestes de bonne heure, et quand il en sera temps. Parquoy il leur commande qu’ils n’attendent point son advénement :
pource que tout ce qui est fait soudainement et à la haste, n’est pas si bien fait : mais qu’ils contribuent és jours du Sabbath ce qui leur semblera bon, et ainsi que la puissance d’un chacun le pourra porter : c’est-à-dire és jours qu’ils
faisoyent leurs sainctes assemblées.
Chrysostôme expose ces mots, £n un des Sabbaths : pour Au premier Sabbath : mais je ne suis pas de son avis.
Car plustostS. Paul veut dire qu’ils contribuent l’un en un Sabbath, lautre en un autre, ou bien chacun en tous les Sabbaths, s'ils veulent. Car il regarde
premièrement la commodité : d'avantage, que la saincte congrégation où est célébrée la communion des Saincts, leur pouvoit accroistre le courage. Je n’approuve non plus ce que Chrysostôme aussi pense le Sabbath estre mis yei pour le jour du Dimanche. Car il est plus vray-semblable que les Apostres ayent retenu pour le commencement le jour qui estoit desjà . usité : et que quelque temps après estans contraints par la superstition des Juifs, ils ont aboli ce jour-là, et substitué un autre en lieu. Or on a éleu le jour du Dimanche plustost qu'un autre, pource que c’est le jour que le Seigneur ressuscita : et nous scavons que sa résurrection a imposé fin aux ombres de la Loy. Parquoy le jour desjà en soy nous admoneste de la liberté Chrestiene. Au surplus, on peut facilement recueillir de ce passage, que les fidèles ont eu tousjours quelque certain jour pour se reposer :
non pas que le service de Dieu consiste en oisiveté, mais pource qu'il est requis pour la concorde commune, qu’il y ait un certain jour député pour faire les sainctes assemblées, d'autant qu’on ne peut pas obtenir qu’elles se facent tous les jours.
Car ce que S. Paul défend ailleurs, Gal., IV, 410, de discerner entre un jour et l'autre, cela se doit entendre quand on le fait pour dévotion, comme cela estant un service de Dieu, et non pas pour la police externe. Thésaurizant de ce qu'il aura prospéré. On à par ci-devant traduit, Amassant : mais j’ay mieux aimé retenir la propriété du mot Grec. Car selon mon opinion, il a voulu admonester les Corinthiens, que ce qu’ils employeroyent pour la nécessité des Saincts, ce leur seroit un trèsbon thrésor et bien asseuré. Car si un Poëte payen a peu dire ceci, Tu n'auras jamais autres richesses pour asseurées, sinon celles que tu auras données : combien plustost doit cela
CHar. XVI, avoir lieu envers nous, qui ne dépendons point de la recognoissance que les hommes peuvent faire du plaisir que nous leur avons fait, mais avons nostre Dieu qui se constitue detteur au lieu du povre, pour nous rendre une fois avec ample usure tout ce que nous donnons? Parquoy ce mot de S. Paul est correspondant à ceste sentence de Christ : quand il dit, Faites vos thrésors au ciel, qui ne soyent point exposez ni aux larrons, ni à la tigne, Matt., VI, 19. De ce qu'il aura prospéré. L'ancien translateur Latin avoit.
mis, Ce que bon luy semblera : s’abusani à l’affinité des deux mots Grecs. Erasme a tourné, Ce qui sera commode : cC’està-dire, selon sa commodité. Ne lun ne l’autre ne me plaist point, d'autant que la vraye signification du mot nous donne un sens beaucoup plus propre : car il signifie Prospérer. Parquoy il ramène un chacun à la considération de Sa puissance : comme s’il disoit, Un chacun sub-
viene aux povres de son bien, selon là
bénédiction qu’il aura de Dieu en cest endroit. ge
3 Puis quand je Seray arrivé. Pource que nous sommes plus prompts à donner, quand nous s{avons asseuréement que ce que nous donnons est bien employé, il monstre le moyen aux Corinthiens, comment ils seront asseurez qu’on en fera bonne et fidèle administration :
asçavoir qu’ils élisent de gens de bieñ, ausquels ils donnent la charge : ef qui plus est, luy-mesme offre sa peine, si on le veut employer, qui est un signe qu'il ee la matière à cœur.
5 Ayant passé Macédone. ti commune opinion est, que ceste Epistre à esté envoyée de la ville nommée Philippes. Ceux qui de là vienént à Corinthe par terre, il faut qu’ils passent par Macédone : car ceste colonie-là, asçavoir Philippes, estoit située au dernier bout du pays, vers les montages Emathien-
nes. Vray ést que S. Paul sans allér par.
terre, Se pouvoit mettre sur mer pour aller jusqu'à Corinthe :
isiter les Eglises de Macédone, pourles.
confermer en passant. Voylà l'opinion commune : mais quätit à moy, il me semble plus probable que ceste Epistre à
mais il vouloit
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Crar. XVI.
esté escrite en Ephèse : car il dit bientost après, qu'il veut demeurer là jusqu’à là Pentecoste : et avec ce il ne salue point les Corinthiens au nom des Philippiens, mais bien au nom des Asiatiques. D’avantage, il dit apertement en l’autre Epistre, que depuis qu’il avoit envoyé ceste Epistre, ilestoit passé en Macédone. Or après avoir passé par Macédone, il eust esté loin d'Ephèse, et près d’Achaïe. Parquoy je ne doute aucunement qu’il ne fust pour lors en Ephèse. De là il s’en pouvoit aller par mer droit en Achaïe : mais voulant visiter Macédone, il luy faloit faire un long circuit, et un chemin plus fascheux. Il les advertit donc qu'il n'ira point droit vers eux, d'autant qu’il faut qu’il passe par Macédone. Or il promet plus aux Corinthiens : asçavoir qu’il séjournera plus long temps avec eux : en quoy il déclaré Pamour qu’il leur portoit. Car quelle raison avoit-il de demeurer là longuement, sinon d'autant qu'il estoit songneux de leur salut ? D'autre part il signifie com-
SUR LA re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
o11 ment il ha une bien certaine persuasion de leur charité mutuelle envers luy, quand iltient pour certain, qué par une façon d'humanité, ils le conduiront par tout où ilira. Car il dit cela d’une asseurance qu’il ha de leur amitié. Mais apres avoir tout dit, il adjouste ceste exception, 5% le Seigneur le permet. C’est la modération, par laquelle les fidèles doyvent conclure tous leurs Conseils et délibérations. Car c’est une grande présomption d'entreprendre et conclure beaucoup de choses pour l’advenir, veu que une seule minute d'heure n'est pas en nostre puissance. Or combien que ce soit le principal, que d’une affection intérieure du cœur, nous assujetissions à la volonté de Dieu tout ce que nous entreprenons et consultons, toutesfois si est-il bon que nous-nous accoustumions à telles formes de parler, de remettre à la volonté de Dieu tout ce que nous entreprendrons pour le temps advenir.
8 Toutesfois je demeureray en Ephèse jusques à la Pentecoste. 9 Car une grande porte ei d'efficace m'est ouverte, et y a! plusieurs adver-
saires.
10 Si Timothée vient, prenez garde qu'il soit avec vous seurement : car il
fait l'œuvre du Seigneur, comme moy.
11 Nul donc ne le desprise : mais conduisez-le en paix?, afin qu'il viene à
moy : car je l’atten avec les frères.
42 Touchant Apollos nostre frère, je l'ay beaucoup prié qu'il allast vers vous avec les frères, mais il n'a nullement eu vouloir d'y aller maintenant, toutes-
fois il y ira quand il aura opportunité.
1) Ou, maisilya. 2) Ou, seureté.
8 Toutesfois je demeureray en Ephése. Desjà ci-dessus j'ay conclu par ceste sentence, que ceste Epistre a esté plustost envoyée d'Ephèse, que de Philippes.
Car il est vray-semblable que l’Apostre parle du lieu où il estoit pour lors, et non pas du lieu où il devoit venir par longs circuits. D’avantage, en passant de Philippes par Macédone, il luy eust falu laisser Corinthe, de laquelle il estoit
prochain, et passer la mer pour venir en
Ephèse. Il prédit donc qu’il demeurera en
Ephèse jusqu’à la Pentecoste : et quant
ét quant adjouste la raison, afin qu'ils
Erasme a mieux aimé dire, Jusqués au cinquantième jour: plustost esmeu de conjectures frivoles, que d'aucun fermé argument. Il met en avant qu’il n’y avoit point de jour de Pentecoste ordonné entre les Chrestiens, comme on le célèbre aujourd’huy : ce que je luy confesseray.
D'autre part, il nie que cela doyve estre entendu de la solennité Judaïque, pource qué S. Paul réprouve ét abolit par toutes ses Epistres la superstition des jours. Mais je ne luy accorde pas que S. Paul ait célébré ce jour-là en Ephèse, pour dévotion qu’il eust au jour: mais
l'attendent sans sè mescontenter de Iuy. | pource qu’il ÿ devoit avoir pour lors plus
grande assemblée: et par ce moyen il pensoit avoir occasion d'avancer l’Evangile. Comme quand il se hastoit pour aller en Jérusalem, pour raison il dit que c’estoit afin qu’il fust là pour la Pentecoste. Mais cependant que les autres se présentoyent là pour sacrifier, suyvant la cérémonie de la Loy, il regardoit à une autre fin : asçavoir que son ministère fust plus utile, tant plus qu’il y auroit de gens. Or cela seroit trop froid,que S. Paul voulust yei seulement limiter cinquante jours. Et aussi ceci est tellement couché en Grec, qu’on ne le peut prendre que d’un certain jour. Quant à la feste, il faut veoir le chap. XXII du Lévit., v. 16.
9 Car une grande porte et d'efficace m'est ouverte. Il allègue deux raisons pourquoy il demeure tant en Ephèse:
asçavoir que l’occasion luy est là offerte d'avancer l'Evangile : d'avantage, pource que sa présence y estoit grandement requise à cause du grand nombre d’adversaires qui y estoyent. C’est donc autant comme s’il disoit, Je puis faire yci beaucoup de proufit, en y demeurant quelque temps: et Satan y nuiroit beaucoup si j'estoye absent. Au premier membre il use d’une similitude assez commune, quand il met Porte pour Occasion. Car le Seigneur luy faisoit ouverture à avancer le cours de l'Evangile. Il appelle ceste porte Grande, pour autant qu’il pouvoit gaigner beaucoup de gens. Il l'appelle D'efficace, pource que Dieu faisoit prospérer son labeur, et rendoit sa doctrine efficace par la vertu de son sainct Esprit.
Nous voyons doneques comment ce sainct Apostre a tousjours regardé à la gloire de Dieu, et w’a pas choisi le lieu selon sa commodité ou son plaisir, mais a regardé où il pouvoit plus proufiter, et avec fruit plus abondant servir au Seigneur. Il y a encore plus, que non-seulement il n’a point fuy les fascheries, mais s’est présenté de son bon gré, où il voyoit qu’il faloit combatre plus vivement et avec plus grande difficulté. Car il demeuroit en Ephèse, pource que là se préparoyent beaucoup d’adversaires, desquels pour soustenir l’assaut, d'autant qu’il estoit mieux équippé, d'autant devoit-il estre plus prest'et délibéré à se présenter.
Cnar. XVI.
10 Si Timothée vient. I] parle comme s’il n’eust point encore esté certain de son advénement. Il leur recommande Timothée, afin qu’il soit en seureté entr’eux : non pas qu’il fust en danger de sa vie par eux, mais pource qu'il devoit avoir contraires beaucoup d’ennemis de Christ. Il veut donc qu’ils donnent bon ordre qu’on ne face nuisance aucune à Timothée. Il adjouste la cause: Pource, dit-il, qu'il fait l’œuvre du Seigneur.
De quoy nous recueillons que Eglise de Christ doit estre songneuse à conserver la vie des Ministres. Et certes il est raisonnable que d'autant que quelqu'un est doué de plus grandes grâces pour Pédification des fidèles, et qu’il s’employe plus diligemment, d'autant plus nous ayons sa vie en recommandation. Ceste particule, Comme moy, est mise, ou pour exprimer l'excellence de Timothée, ou simplement pour démonstrer la similitude de l'office, d'autant que tous deux administroyent la Parole.
11 Nul donc ne le desprise. C’est la seconde recommandation qu’il fait de Timothée, qu’ils ne le desprisent point:
pource paraventure qu’il estoit encore de jeune aage, à laquelle volontiers on porte moins de révérence. Il a donc voulu donper ordre que rien n’empeschast que ce fidèle serviteur de Dieu ne fust en telle réputation qu'il appartenoit. Si d’aventure nous ne voulons dire que le mespris duquel sainct Paul a entendu, c’estoit, de n'avoir point la vie de Timothée en telle recommandation qu'il faloit. Toutesfois il semble que ce commandement s’estende plus loin, asçavoir, que n’ayans pas encore cognu la vertu de Timothée, ils ne le mesprisassent pas pourtant. Pour le tiers poinct il commande qu’ils Le conduisent en paix : c’est-à-dire, sauf de tout danger. Car Paix signifie yci Sauveté.
12 Touchant Apollos nostre frère.
Cestuy Apollos avoit succédé à S. Paul en la charge d’édifier les Corinthiens, et pourtant il luy a attribué ci-dessus, chapitre IF, v. 6, et Act., XVIII, 27, l’office d’arrouser. Maintenant il l’excuse de ce qu’il ne va point avec les autres: et le fait, afin que les Corinthiens ne pensent
Car. XVI.
point qu’il lait empesché. Car Œautant qu’il leur estoit plus cognu, tant plus avoyent-ils d'affection à luy : et ils eussent peu aiséement présumer que S. Paul se sentant offensé par les Corinthiens, avoit attitré cela tout exprès, qu’Apollos
SUR LA lre ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
v’allast point vers eux. Ils eussent donc peu demander en eux-mesmes, Pourquoy nous a-il plustost envoyé ceux-ci qu'Apollos? Il respond qu’il n’a pas tenu à luy: car il Pen à prié, mais il a promis qu’il ira quand l’occasion s'y addonnera.
A3 Veillez, soyez , fermes en la foy. Portez-vous vaillamment, et soyez forts. 14 Que toutes vos affaires se facent en charité.
15 Or je vous prie, frères, vous cognoissez la famille d'Estiene estre les prémices d'Achaïe, et qu'ils se sont du tout addonnez au service des Saincts.
16 Donnez ordre que vous soyez aussi sujets à telles gens, et à un chacun qui
besongne avec [nous] et qui travaille.
17 Je mesjouy de la venue d'Estiene, de Fortunat, et d'Achaïque. pour ce
qu'ils ont suppléé à ce que défailliez.
18 Car ils ont récréé mon esprit et le vostre. Recognoissez donc ceux qui
sont tels.
19 Les Eglises d'Asie vous saluent. Aquile et Priscille (avec l'Eglise qui est en leur maison) vous saluent grandement en nostre Seigneur. 20 Tous Les frères vous saluent. Saluez l'un l'autre d’un sainct baiser?
91 La salutation de ma main Paul.
22 S'il y a quelqu'un qui n'aime le Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit en exé-
cration maranatha.
23 La grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soil avec vous. 24 Ma charité avec vous tous en Jésus-Christ, Amen.
1) Ou, fortifiez-vous.
13 Veillez. C’est une exhortation briefve, mais de grande importance. Il commande qu'ils veillent, de peur que Satan ne les prene à despourveu, pour les opprimer. Car tout ainsi que la guerre est perpétuelle, aussi faut-il faire le guet à toutes heures. Or ceste vigilance gist en l'esprit, quand estans desveloppez de toutes sollicitudes terriennes, nous méditons les choses qui sont de Dieu. Car comme le corps est appesanti par gourmandise et dissolution, en sorte qu’il n’est nullement disposé à chose que ce soit : ainsi les sollicitudes et convoitises de ce monde, paresse, nonchalance et stupidité, sont comme une yvrongnerie spirituelle, qui assopit et estourdit l’entendement. Il leur commande pour le se- ‘cond poinct de persévérer en la foy, ou de retenir la foy, afin qu'ils soyent fermes : car est le fondement sur lequel nous consistons. Toutesfois il est certain qu’il démonstre le moyen de persévérer :
asçavoir qu'ils s’appuyent en Dieu par une ferme foy. Pour le troisième (ce qui
Nil
2) Rom,, XVI, 16. 2 Cor., XIII, 12. 1 Pierre, V, 14.
ha grande affinité avec le précédent) il les incite à avoir une magnanimité vertueuse. Et pource que nous sommes débiles de nature, il veut pour le quatrième, qu'ils se conferment, ou acquièrent force. Car là où nous avons traduit, Soyez forts, sainct Paul n’use que d’un Co comme qui diroit, Fortifiez-vous.
, Que toutes vos affaires. Il renan derechef quelle est la règle de toutes les œuvres par lesquelles nous communiquons entre nous. Ïl veut donc que charité soit la gouvernante : pource que les Corinthiens failloyent grandement en ceci, qu’un chacun avoit esgard à sOy, et ne se soucioit point des autres.
45 Vous cognoissez la famille, etc.
Nous expérimentons ordinairement combien il est utile que ceux que Dieu à ornez de dons excellens soyent en bien grande authorité. Parquoy si nous cherchons le bien et proufit &e l'Eglise, donnons ordre tousjours qu’on porte honneur aux bons, que leurs conseils soyent receus, que les autres leur défèrent et se
laissent gouverner par leur prudence.
Sainct Paul le fait ainsi maintenant, quand il admoneste les Corinthiens d’avoir la maison d'Estiene (aucuns livres adjoustent, Et Fortunat) en révérence.
Car Dieu se présente à nous, quand il manifeste les dons de son Esprit. Parquoy, si nous ne voulons estre réputez contempteurs de Dieu, assujetissonsnous de nostre bon gré à ceux ausquels Dieu à conféré de plus excellens dons.
Et afin qu’ils soyent plus enclins à honorer ceste maison-là : (car touchant de l'autre, il semble que c’est une addition supposée quant à cest endroit) il leur réduit en mémoire qu’elle est les prémices d'Achaïe : c’est-à-dire que les domestiques d’Estiene sont les premiers qui ont receu lPEvangile. Non pas que celuy qui est le premier en temps, soit tousjours meilleur que les autres : mais quand la persévérance y est, à bon droict l'honneur est deu à ceux qui ont aueunement préparé le chemin à l'Evangile par une promptitude de foy. Or il faut noter qu’il orne de ce titre honorable ceux qui avoyent consacré aux fidèles leur industrie et leurs biens. Pour ceste mesme fin il recommande Fortunat et Achaïque : afin que selon que chacun estoit plus homme de bien et vertueux, tant plus aussi il fust en estime pour pouvoir plus proufiter. Au reste, afin que les Corinthiens soyent plus enclins à les aimer, il dit qu'ils ont suppléé ce en quoy défailloit toute leur Eglise.
19 Avec l'Eglise qui est en leur maison. Voyci une belle louange, quand le nom d’Eglise est attribué à une familie. Et toutesfois il faut que toutes les familles des fidèles soyent tellement instituées, que ce soyent autant de petites Eglises. ,Or ce qu'Erasme a mieux aimé dire, Congrégation, qu'Eglise : cela ne convient point à l'intention de sainct Paul. Car il n’a pas voulu signifier simplement et par un terme commun quelque compagnie de gens, mais parler honorablement de la conduite d’une maison Chrestienne. Quant à ce qu’il les $alue au nom d'Aquile et Priscille, cela conferme ce que j’ay noté ci-dessus : asçavoir, que ceste Epistre a esté plustost
Car. XVL.
escrite en Ephèse, qu’à Philippes. Car sainct Luc récite qu'ils s’arrestèrent à Ephèse, cependant que sainct Paul s’en alloit ailleurs.
20 Saluez l'un l'autre d'un sainct baiser. La façon de baiser estoit fort commune entre les Juifs, comme il appert par les Escritures. En la Grèce, combien qu’elle n’y fust point si commune, toutesfois elle n’estoit point du tout incognue. Mais il est vray-semblable que sainct Paul parle yei du baiser solennel, duquel ils s’entresaluoyent en la saincte congrégation. Car je croiroye bien que desjà du temps des Apostres le baiser a esté conjoint à l'administration de la Cène, au lieu duquel le baïser de la platine est survenu entre les nations qui ne recevoyent point volontiers ceste coustume de baïser. Quoy qu’il en soit, pource que c’estoit un signe de charité mutuelle, je ne doute point que sainct Paul ne les ait voulu exhorter à entretenir amitié entr’eux, non-seulement par affection intérieure et devoirs nécessaires, mais aussi par ce signe : pourveu qu’il fust sainct, c’est-à-dire qu'il ne fust point impudique, ou consistast en mine seulement. Combien que Sainct, peut estre pris pour Sacré.
22 S'y à quelqu'un qui n'aime le Seigneur Jésus. La conclusion de ceste Epistre comprend trois membres. Il désire la grâce de nostre Seigneur Jésus aux Corinthiens : il rend tesmoignage de Vamour qu’il ha envers eux : I s’eslève par une menace pleine de grande sévérité contre ceux qui se couvroyent du nom du Seigneur à fausses enseignes, ne Païmans point de bon cœur. Car il ne parle pas des estrangers, qui estoyent ennemis manifestes du nom de Chrestien :
mais des hypocrites fardez, qui troubloyent les Eglises, ne cherchans que le proufit de leurs ventres, et leur pro-
pre gloire. À tels il dénonce exécration, |
et quant et quant les maudit. Or on
ne sçait pas bien s’il désire leur ruine | devant Dieu, ou S'il les veut rendre
odieux, ou plustost exécrables aux fidèles. Comme aux Galatiens, chap. E, v. 8; prononceant pour excommunié celuy qui auroit corrompu l'Evangile, il ne signi-
Car. XVI.
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
fie pas qu'il soit condamné de Dieu, | nier quelqu'un. Car les Apostres ne par-
ou réprouvé : mais déclare qu’il nous doit estre abominable. Quant à moy, je lexpose simplement, comme s'il eust dit, Que telles manières de gens périssent, et qu’ils soyent retranchez : car ce sont autant de pestes en l'Eglise. Et à la
. vérité, il n’y a rien plus dangereux que
tels garnemens qui abusent de la profession de Chrestienté, pour satisfaire à leurs affections perverses, Or il démonstre la source de ce mal, quand il dit, qu'ils n'aiment point Jésus-Christ.
Car si.nous aimons Christ purement, et à bon escient, ce nous sera une bride qui nous retiendra de donner scandale à nos frères. Le mot qui est yci mis, Maran-atha, ba quelque peu plus de difficulté. Presque tous les anciens sont de ceste opinion, que ce sont mots empruntez de la Langue Syrienne : mais sainct Hiérome l’expose, Le Seigneur est venu :
et les autres, En l’advénement du Seigneur : Où, Jusques à ce que le Seigneur viene. Mais il n’y a celuy, comme je pense, qui-ne voye bien que cela est bien froid et puérile : de dire que sainct Paul ait parlé aux Grecs en Langue Syrienne, quand il leur vouloit dire, Le Seigneur est venu. Ceux qui ont translaté, Jusques à ladvénement du Seigneur, ne font que deviner : et aussi il n’y a pas beaucoup d'apparence en ce sens-là. 11 est bien plus vray-semblable que ceste forme de parler a esté familière aux Hé-
brieux, quand ils vouloyent excommu-
lent jamais en Langue estrange, sinon quand ils récitent quelque chose en la personne d’autruy : comme, Eli, Eli, lammah saba thani. Item, Tabitha cumi.
Item, Epheta : ou quand ils useront d’un mot, qui sera receu et usité : comme, Amen, Osanna. Avisons donc, si Maranatha ne convient point à l’excommunication. Or Bullinger, suyvant lavis de Théodore Bibliander, a admonesté, que selon la déclinaison Chaldaïque, Maharamata, est autant comme Cherem, en Hébrieu. Et Wolgangus Capito, homme duquel la mémoire est saincte, m'a autresfois confermé cela. Or ce n’est pas chose nouvelle aux Apostres d’escrire autrement ces dictions, qu’elles ne sont prononcées en la Langue de laquelle.
elles ont esté prinses : ce que nous avons aussi apperceu par les exemples précédens. Sainct Paul done ayant excommunié, et déclaré exécrables ceux-là qui n'aiment point Jésus-Christ, estant touché en son cœur de l’importance de la chose, comme ne se contentant point encore de ce qu’il en avoit dit, a adjousté ce mot, qui estoit vulgaire entre les Juifs, et duquel ils usoyent, quand ils vouloyent prononcer sentence d’excommunication contre quelqu'un. Comme si je parle en nostre Langue, je diray, Je t’excommunie : mais si j’adjouste, Et Vanathématize, ce sera exprimer encore une affection plus véhémente.
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