‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 62 sur 99 · SUR LA SECONDÉ ÉPISTRE DE SAINCT PAUL AUX CORINTHIENS · texte numérisé non relu

SUR LA SECONDÉ ÉPISTRE DE SAINCT PAUL AUX CORINTHIENS

Entant que nous pouvons recueillir par la déduction de ceste Epistre, il appert que la première n’avoit point esté du tout inutile et sans fruit envers les Corinthiens : mais toutesfois qu’elle n’avoit point si bien proufité comme il eust esté requis : et d'avantage qu’aucuns meschans avoyent persévéré en leur obstination, mesprisans l’authorité de S. Paul. Car ce qu’il s’arreste tant à parler de sa fidélité, et à maintenir l’authorité de son office, cela monstre qu’ils n’estoyent pas bien réduits. Et puis il se plaind apertement qu’il y en à eu aucuns qui plustost se sont mocquez de sa première Epistre, que d’en faire leur proufit. Cognoissant donc que tel estoit T’estat de leur Eglise, et voyant qu’il ne pouvoit venir vers eux si tost qu’il avoit délibéré premièrement, pource qu’il estoit empesché à d’autres affaires, il leur a escrit ceste Epistre de Macédone. Aïnsi nous entendons à quelle fin il a regardé escrivant ceste Epistre : asçavoir d'achever ce qu’il avoit jà commencé : afin qu’il trouvast à sa venue toutes choses en bon ordre.

Il commence selon sa coustume, par une esjouyssance, en rendant grâces à Dieu de ce qu'il avoit esté miraculeusement délivré de trèsgrans dangers : et démonstre en passant que toutes ses fascheries et afflictions tournent à leur salut et utilité : afin que cela luy serve d’un gage et nouveau lien pour entrer en leur bonne $ràce, en lieu que les meschans abusoyent de ceste occasion, pour le rendre moins agréable. Après, voulant excuser lé retardement de sa venue, il dit que ce n’a point esté par légèreté ni inconstance qu’il a changé de propos, et qu’il n’à point prétendu de les tromper, leur donnant à entendre d’un, et pensant d'autre. Et pour le monstrer, il adjouste qu’en tous ses propos il a gardé la mesme rondeur qu'ils avoyent cognue en sa doctrine. Et sur ce poinct il touche briefvement combien a esté ferme et constante la vérité de sa prédication, d'autant qu’elle estoit fondée en Christ: par léquel toutes les promesses de Dieu sont ratifiées et establies : qui est une louange excellente de l'Evangile.

Après, il proteste que la cause de ce qu’il n’est point venu à‘eux, à esté pource qu’il ne leur pouvoit encore monstrer bon visage, et user de douceur envers eux. Et par Ce mot, il taxe ceux qui prenoyent occasion de le calomnier, comme aÿant par inconstance changé d’avis. Il en rejette donc le blasme sur les Corinthiens, pource qu’ils n’estoyent pas pour lors bien préparez à le recevoir, Et quant et quant il démonstre comme il les espargnoit d’une affection paternelle, veu qu'il s’estoit déporté de venir en leur ville, de peur d’estre contraint de Gesployer sa sévérité envers eux. |

Au reste, afin qu'on ne luy mist en avant, que cependant toutesfois il n’a point laissé de les traitter rigoureusement en ses escrits, il s’excuse de la véhémence dont il avoit usé en la première Epistre, disant que les autres en ayoyent esté cause, qui l’avoyent amené à ceste nécessité maugré qu'il en eust. Et pour monstrer que. ceste aigreur luy estoit procédée d'un cœur débonnaire, il veut que celuy pour. lequel il s’estoit courroucé si asprement, soit receu, en grâce, d'autant que depuis ce temps-là il avoit monstré signe de repentance. ALES" cela, pour le tesmoignage de l’amour qu'il leur portoit, il allègue aussi qu’il n’a jamais peu estre à Son aise, jusques à ce que par Tite il a entendu de leur estat : car un tel soin procède d'amitié. Or estant tombé en propos de son voyage de Macédone, il commence à parler de la gloire de son ministère. Toutesfois, pource que ces mignons Apostres,

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qui taschoyent à mesdire de luy, leussent vaincu facilement en matière de prescher leurs louanges, afin qu'il n'ait rien commun avec eux, afin aussi de repousser leur sotte vanterie, il proteste qu’il prend sa louange de l'avancement de l’œuvre, et qw’il ne lemprunte pas des hommes. Et là, il magnifie grandement l’eflicace de sa prédication, et par une comparaison qu’il fait de l'Evangile avec la Loy, amplifie la dignité de son Apostolat : ayant toutesfois premièrement protesté qu’il ne s’attribuoit rien comme propre à sa personne : mais quoy qu'il ÿ eust, qu’il le recognoissoit venir de Dieu.

Conséquemment il récite en quelle fidélité et droiture il a exécuté la Charge qui luy avoit esté donnée, où il reprend ceux qui avoyent mesdit de luy malicieusement. Et mesmes estant eslevé d’une saincte asseurance, il prononce hardiment que tous ceux qui ne voyoyent point la clarté de son Evangile, estoyent aveuglez du diable. Or pource qu’il voyoit que l’abjection de sa personne (comme de faict il estoit contemptible au monde) diminuoit beaucoup de la révérence de son Apostolat, il vient au-devant bien à propos : et non-seulement oste ce scandale, mais aussi monstre que c’est bien au contraire, disant que l’excellence de la grâce de Dieu reluit d’autant plus clairement, quand un si grand thrésor est présenté en des vaisseaux de terre. Ainsi, ce que les meschans avoyent accoustumé de luy reprocher, il le convertit à sa louange, d'autant qu’estant pressé de tant de misères, toutesfois il demeuroit tousjours victorieux. Il poursuit ce propos jusqu’à la moitié du quatrième chapitre. Toutesfois, pource que la vraye gloire des Chrestiens est hors de ce monde, il admoneste qu’il nous faut de tout nostre pouvoir aspirer à la méditation de l’immortalité bien-heureuse, nous exerceans au contemnement de la vie présente, et mortification de l’homme extérieur.

Conséquemment un peu après le commencement du cinquième chapitre, il se glorifie de ce qu'ayant une telle affection, il ne désire autre chose sinon que son service soit approuvé devant Dieu, et de ce qu’il ha bonne espérance que les Corinthiens mesmes seront tesmoins de sa syncérité. Mais pource’ qu’il y avoit danger qu'en parlant aingi, il ne fust souspeçonné de légèreté ou arrogance, il répète derechef que l’importunité des meschans le contraint à cela, et qu’il ne le fait point pour Pamour de soy, comme s’il se soucioit beaucoup de se maintenir en réputation : mais que c’est pour le proufit des Corinthiens, ausquels il est bien nécessaire d’avoir ceste opinion de luy, et en estre bien persuadez : et afferme qu'il ne se soucie de rien que de leur salut. Et pour confirmation de cela, il adjouste une doctrine générale: asçavoir quel but se doyvent proposer les serviteurs de Christ: c’est que s'estans oubliez eux-mesmes ils vivent à leur Maistre. Finalement, il conelud qu’il ny a rien qu’on doyve estimer au pris de la nouveauté de vie : en sorte que celuy-là seul est à priser qui a renoncé à S0y-mesme.

De 1à, il vient à déclarer et déduire la somme de l’ambassade de l'Evangile, afin d'inciter par l’excellence d’icelle tant les Ministres que le peuple à s’y employer d’une saincte sollicitude. Et c’est ce qu’il traitte au commencement du sixième chapitre. Et sur ce propos derechef, après avoir récité combien fidèlement il s’acquitte de son office, il picque un peu les Corinthiens, disant qu’il ne tient qu'à eux qu’ils n’en sentent le fruit. Après ceste reproche, il met incontinent une exhortation : asçavoir qu'ils fuyent l’idolâtrie. Dont il appert que les Corinthiens n’estoyent point encore rangez au poinct qu'il eust bien voulu. Parquoy, à bon droict il se plaind que c’est par leur faute, d'autant qu'ils n’avoyent point les oreilles ouvertes à une doctrine tant claire. Mais pource qu’il y avoit danger qu’en les pressant trop aigrement, il nabbatist ou estrangeast du tout leurs cœurs encore bien tendres, il proteste derechef de sa bonne affection envers eux. Et retournant à son propos tou-. chant excuse de sa sévérité, lequel il avoit laissé comme entrerompu, il le pour- Suit: toutesfois' c’est d’une autre sorte. Car comme prenant plus grande hardiesse à parler, il confesse qu’il n’est point marri de les avoir contristez, pource que ce

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qu’il en avoit fait, estoit tourné à leur grand proufit. Et là en s’esjouissant avec eux de l’heureuse issue qui en estoit advenue, il déclare comme sans feintise il cherche leur proufit. Voylà ce qu’il traitte jusqu’à la fin du septième chapitre.

Depuis le commencement du huitième, jusques à la fin du neufième, il les sollicite à faire gayement les aumônes desquelles il avoit fait mention au dernier chapitre de l’Epistre précédente : et les louë de ce qu’ils avoyent bien commencé. Mais afin que l’ardeur de leur zèle ne se refroidist par succession de temps (comme il advient souvent) il amène beaucoup de raisons pour leur donner courage de poursuyvre leur bon propos.

Au dixième chapitre, il commence à défendre tant sa personne que son Apostolat, contre les calomnies dont le chargeoyent les malins. Et premièrement, il démonstre qu’il est bien garni de toutes armes requises pour batailler sous l’enseigne de Jésus- Christ. Puis après il afferme que l’authorité de laquelle il avoit usé en la première Epistre, procédoit d’une asseurance de bonne conscience : et qu’il ne démonstre point moins de vertu et effet par œuvres estant présent, que de majesté en paroles estant absent. Finalement, faisant comparaison de sa personne avec telles gens, il

monstre que c’est folie à eux de s’eslever et vanter ainsi, sans avoir de quoy.

= En l’onzième chapitre, il retire les Corinthiens des jugemens pervers et affectez, qui les avoyent gastez, leur remonstrant qu’il n’y a rien plus dangereux que d’estre destourné de la simplicité de l'Evangile. Quant à ce que la réputation qw’il avoit euë entr’eux commençoit à diminuer, et que les autres estoyent mieux venus, il monstre que ce n’est point par sa faute, mais par. leur braveté ou desdain : veu que les autres ne leur avoyent rien apporté de meilleur ou plus excellent : et qu’il n’estoit mesprisé d'eux pour autre raison, sinon d'autant qu’il ne se faisoit point valoir par une éloquence de paroles ornées et magnifiques : ou pource qu’il s’estoit abbaissé volontairement pour supporter leur infirmité, ne faisant pas tout ce qu’il eust bien peu faire. Qui est une façon de parler par ironie (c’est-à-dire par manière de mocquerie) laquelle contient une reproche oblique de leur ingratitude. Car quelle raison y avoit-il de l’estimer moins, pource qu’il s’estoit accommodé à eux? Toutesfois il déclare que ce qu’il s’est déporté du salaire qui luy estoit deu, n’a point esté qu’il eust moins d’amour envers les Corinthiens qu’envers les autres Eglises : mais qu’il l’a fait de peur que les faux-apostres n’eussent en quelque sorte l’avantage sur luy. Car il voyoit bien que c’estoit une ruse dont ils s’aidoyent, pensans par ce moyen le descrier, et luy donner la venue. Après avoir reprins le mauvais et inique jugement des Corinthiens, il se glorifie d’une saincte gloire, et récite comme il ha bien de quoy se vanter à bon escient, s’il vouloit : ayant toutesfois en premier lieu protesté que pour l’amour d’eux il est contraint de faire du sot en racontant ses louanges. Finalement, comme s’arrestant tout court au milieu de la course, il dit que la principale occasion qu’il ha de se glorifier, est ceste abjection qui estoit mesprisée des orgueilleux : et qu’aussi il avoit esté admonesté par le Seigneur de ne se glorifier en autre chose qu’en ses infirmitez,.

Vers la fin du douzième chapitre, il se plaind derechef de ce qu’ils le contraignoyent de faire ainsi du sot, par ce qu’ils se laissoyent manier et gouverner à un tas d’ambitieux, qui les eslongnoyent de Christ. Puis après, il se dresse vivement contre ceux qui obstinéement se rebecquoyent à encontre de luy, ne se contentans point de leurs fautes passées, sinon qu’ils poursuyvissent de luy résister impudemment. |

Au trezième chapitre dénonceant à telles gens qu’il les traittera en plus grande sévérité, il admoneste tous en général qu’ils ayent à recognoistre son Apostolat : et que quand ils le féront, ce sera leur proufit : au contraire, qu’il ne leur peut que mal prendre s'ils vienent à mespriser celuy lequel ils avoyent expérimenté estre bon et fidèle ambassadeur du Seigneur.

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