‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 63 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

A Paul Apostre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu, et Timothée nostre frère, à l'Eglise de Dieu qui est en Corinthe, avec tous les Saincts qui sont en

| toute Achaïe.

9 Grâce vous soit, et paix de par Dieu nostre Père, et de par le Seigneur ; pP )

Jésus-Christ.

3 Loué soit Dieu, qui est Père de nostre Seigneur Jésus-Christ, le Père de miséricordes, et Dieu de toute consolation !.

4 Qui nous console en toute nostre affliction : afin que par la consolation de laquelle nous sommes consolez de Dieu, nous puissions consoler ceux qui sont en quelconque affliction que ce soit.

5 Car comme les souffrances de Christ abondent en nous, pareillement aussi nostre consolation abonde par Christ.

1) Ephés., 1, 3. 1 Pierre, I, 3.

1 Paul Apostre. Touchant ce qu'il se nomme Apostre de Christ, et adjouste qu’il a obtenu cest honneur par la volonté de Dieu, il en faut veoir la raison sur la première Epistre : où il a esté dit qu’il n’en faut point escouter d’autres, que ceux qui ont esté envoyez de Dieu, et qui - parlent par sa bouche : et que pourtant pour avoir authorité, il y a deux choses requises : la vocation, et la fidélité de celuy qui est appelé en l’exécution de son oflice. Sainct Paul s’attribue tous les deux. Vray est que ses faux-apostres en

font bien autant : mais en s’usurpant un titre qui ne leur appartient pas, ils ne gaignent rien envers les enfans de Dieu, qui ont de quoy rembarrer leur impudence tout promptement. Parquoy, le nom seul ne suffit pas, si la vérité n’y est conjointe : en sorte que celuy qui se dit estre Apostre, se démonstre estre tel par effet. 4 l'Eglise de Dieu, etc. Avec tous les Saincts. Il faut tousjours noter comment il recognoist pour Eglise, une compagnie où il y avoit tant de mal et d’ordure, Gar les vices d’aucuns n’empeschent

pas que l’assemblée qui aura les marques de vraye religion, ne soit réputée pour Eglise. Mais que veut-il dire, quand il dit, Avec tous les Saincts? Ces sainctslà estoyent-ils hors de l'Eglise? Je respon, que ceste particule se rapporte aux fidèles qui estoyent espars eà et là en divers anglets de la province. Comme il est bien vray-semblable qu'en ce temps-là tant plein de troubles, d'autant que les ennemis de Christ desployoyent leur rage par tout, il y avoit beaucoup de fidèles dispersez, qui n’avoyent pas la commodité de faire des sainctes assemblées.

3 Louëé soit Dieu. I commence (com-

me il a esté dit) par ceste action de grà-

ces : en partie, afin de magnifier la bonté de Dieu : en partie, afin d’accourager par son exemple les Corinthiens à endurer constamment les persécutions : en partie, afin de se glorifier d’une saincte gloire à l'encontre des iniques détractions des faux-apostres. Car telle est la perversité du monde, qu’il se mocque des martyres et afflictions des fidèles, lesquelles il devoit avoir en révérence et admiration, et cherche matière de mespris et diffamation aux enseignes magnifiques de victoire, lesquelles Dieu dresse à ses enfans. Loué soit Dieu, dit-il. Pourquoy? Qui nous console. Ce mot, Qui, est mis pour Car, ou, Pource que : comme s’il disoit, Loué soit Dieu, pource qu’il nous console. Il avoit enduré constamment et alaigrement ses tribulations, Il attribue ceste force à Dieu, pource qu’estant appuyé sur sa consolation, il n’estoit point tombé sous le fais. Or il l'appelle Père de nostre Seigneur Jésus-Christ : et non sans cause, veu qu’il est yei question des bénéfices de Dieu. Car là où Jésus-Christ n’est point, là il n’y apoint de bénéficence de Dieu. Au contraire, là où Christ entrevient, par lequel toute parenté est nommée tant au ciel qu’en la terre, là sont toutes les miséricordes et toutes les consolations de Dieu : et mesme là est son amour paternelle, qui est la source de laquelle descoule tout le reste.

4 Afin que par la consolation, etc.

I n’y a point de doute, que comme il a n’aguères défendu ses afilictions contre tout diffame et mauvais souspeçon dont

| Cuar. I.

on les chargeoït, aussi maintenant il advertit les Corinthiens, que ce qu’il est demeuré victorieux par la consolation céleste, c’est pour eux et pour leur bien :

afin que plustost ils s’accouragent à luy tenir compagnie à porter patiemment afflictions, que non pas d’avoir fièrement en desdain ses combats. Au reste, Comme lJ’Apostre ne vivoit point pour Soy, mais pour le proufit de l'Eglise : ainsi tout ce que Dieu luy conféroit de grâces, il n’estimoit cela luy estre donné pour son proufit particulier, mais afin qu'il eust plus de moyen pour aider aux autres. Et à la vérité, quand Dieu nous confère quelque bien, il nous semond aucunement par son exemple à estre libéraux envers nos prochains. Il ne faut donc point supprimer les richesses du S. Esprit : mais ce qu’un chacun aura receu, il faut qu’il en face part aux autres. Vray est que c’est une chose qui doit principalement avoir lieu és ministres de la Parole, toutesfois elle appartient communéement à tous selon la mesure qu’un chacun aura receuë. En ceste sorte sainct Paul dit yci qu’il a esté soustenu par la consolation de Dieu, afin qu’il PEU con- Us les autres.

5 Car comme les souffrances, etc.

ra sentence peut estre exposée enñ deux sortes passif. Si nous la prenons en la première sorte : le sens sera, Tant plus que je suis exercé par diverses afflictions, tant plus erand moyen ay-je de consoler les autres. Mais le sens passif me plaist plus :

asçavoir que selon la mesure des tribulations Dieu luy augmente ses consolations. Ce que David aussi confesse luy estre advenu, Selon la multitude de mes angoisses, dedans moy, dit-il, tes con-

solations ont resjouy mon esprit, Pseau=

me XCIV, 19. Mais il y a uné doctrine encore plus ample aux paroles de sainct Paul : car il appelle les afilictions des fidèles, souffrances de Christ : come me il dit ailleurs qu'il supplée en son corps ce qui défailloit aux souffrances de Christ, Colos., [, 24. Vray est que les misères et fascheries de la vie présente sont communes tant aux mesChans qu'aux bons : mais quand elles advienent aux

: en sens actif, OU en sens.

Crar. I. SUR LA Il: ÉPISTRE AUX CORINTHIENS. 523

meschans, ce sont signes de la malédic- lesquelles il chastie leuré péchez, leur tion de Dieu, pource qu’elles procèdent | sovent utiles et salutaires, toutesfois ils de péché : et on n’apperceoit rien en|ne sont point proprement compagnons icelles que l’ire de Dieu, et la société | des afflictions et passions de Christ, si-

dAdam, laquelle ne peut autre chose! non quand ils endurent pour son nom ce

faire, sinon nous descourager. Mais ce- | qui est dit aussi au chapitre IV, v. 43, de

pendant les fidèles sont faits conformes | la première Epistre de sainet Pierre.

à Christ, et portent en leur corps sa mor- | Sainet Paul donc signifie que Dieu luy as-

lification, afin que la vie de Christ soit siste tousjours en ses tribulations, et que

quelque fois manifestée en eux. Je parle | son infirmité est soustenue par les condes afflictions, lesquelles ils endurent | solations de Christ, afin qu’il ne soit point pour le tesmoignage de Jésus-Christ. eg opprimé par les maux qu’il ha à souffrir. combien que les verges du Seigneur, par :

6 Mais soit que nous soyons affligez pour vostre consolation et salut, qui s’accomplit en endurant les mesmes souffances, qu'aussi nous souffrons : soit que nous soyons consolez pour vostre ? consolation et salut.

7 Nostre espérance est ferme de vous : scachans * que comme vous estes participans des souffrances, pareillement aussi le serez-vous de la consolation.

8 Car frères, nous voulons bien que vous soyez advertis de nostre afftiction, qui nous est advenue en Asie: c’est que nous avons esté chargez à outrance plus que nous ne pouvions porter, tellement que nous avons esté en perplexité, mesme de la vie.

9 Mesme* nous avons eu en nous-mesmes la sentence de mort, afin que neussions confiance en nous-mesmes, ains en Dieu qui ressuscile les morts :

10 Lequel nous a délivrez de si grande mort, et nous délivre : auquel nous espérons qu'encore ci-après il nous délivrera :

11. Moyennant aussi vostre aide par l'oraison que ferez pour nous: afin que grâces soyent rendues par plusieurs pour nous, pour le don qui nous aura esté fait pour lesgard de plusieurs personnes‘,

1) Ou, et soit que nous soyons affligez, c’est pour vostre consolation et salut. 2) Ou, c’est pour vostre. 3) Ou, Et l’espérance que nous avons de vous est ferme, scachans. #) Ou, Mais. 5) Rom., XV, 30. 6) Ou, par le moyen de plusieurs personnes.

6 Soit que nous soyons affligez pour | continent après le premier membre metvostre conselation et salut. Pource que | tent ceste sentence, Et nostre espérance devant ce membre, Nostre espérance est | est ferme pour vous : laquelle leçon oste Jerme de vous : au texte Grec est entre- | toute ambiguïté. Car en la mettant ainsi lacé ce mot, Æt. Erasme a pensé qu'il | au milieu, il faut nécessairement qu’elle faloit suppléer quelque verbe qui accor-|se rapporte à tous les deux membres.

dast avec ces mots, Pour vostre conso- | Combien que si on veut avoir plene sen-

lation et salut : en ceste sorte, Soit que | tence en chacun membre, en suppléant nous souffrions afiliction, cela se fait | quelque verbe, il n’y aura pas grand in-

- pour vostre consolation. Mais je trouve | convénient, et le sens ne sera pas gran-

plus vray-semblable que le mot Æt, est | dement divers. Car encore que nous liyei mis comme s’il estoit dit, Ainsi en-|sions ceci tout d’un train, toutesfois il core : ou, En toutes les deux sortes. Il | faudra ainsi résoudre les parties : asçaavoit desjà dit qu’il avoit receu consola- | voir que sainct Paul est afiligé, et soulation pour en départir aux autres. Main- | gé de consolation au proufit des Corintenant il passe plus outre : asçavoir qu’il | thiens : et pourtant qu’il ha certain esba ferme espérance qu'ils seront faits | poir que les Corinthiens quelque fois parparticipans de la consolation. Joint qu’au- | ticiperontetse sentirant de sa consolation.

» cuns des plus anciens livres Grecs, in- ! Au reste, il faut noter que ce mot, Estre

affligez, Se rapporte yci non-seulement à la misère externe, mais aussi à l’esprit : afin qu’il y ait correspondance avec l’autre mot contraire, Æstre consolé.

Ainsi donc Estre affligé signifie que l’esprit de l’homme est pressé d'angoisse par le sentiment de quelque misère. Nous avons tourné le mot Grec qui est yci mis, Consolation : lequel signifie aussi Exhortation. Or si nous entendons une manière de consolation, par laquelle esprit de l’homme estant soulagé en sa tristesse, est redressé, nous aurons l’intention du sainct Apostre. Comme pour exemple : sainct Paul luy-mesme estant pressé de tant dafflictions, fust succombé sous le fardeau, comme un homme demi mort, si Dieu ne luy eust rendu le courage, en le redressant par sa consolation.

Ainsi aussi les Corinthiens reprenent force et courage, voyans les passions du sainct Apostre, quand ils se consolent par son exemple. Maintenant comprenons en brief la substance du propos. Pource qu’il voyoit que sur ses passions et afflictions aucuns prenoyent occasion de lavoir en mespris, afin d’oster aux Corinthiens ceste mauvaise fantasie, il démonstre premièrement qu'ils l’en doyvent avoir en plus grande estime, pour autant que le proufit leur en revient : en après il les associe à soy, afin qu’ils estiment ses afflictions leur estre aucunement propres : comme s’il disoit, Soit que je soye affligé, soit que je soye consolé, tout cela est pour vostre bien : et ay certain espoir que vous en sentirez le fruit jusques en la fin. Car telles estoyent les afflictions de sainct Paul, et ses consolations aussi, qu’elles tournoyent à l’édification des Corinthiens, sinon que de leur propre gré ils se fussent voulu priver eux-mesmes du fruit qui leur en revenoit, Il testifie donc qu’il ha telle persuasion des Corinthiens, qu’il espère bien qu’il n’aura point esté affligé ne receu consolation en vain pour leur salut. Les faux-apostres s’efforçoyent de convertir tout ce qui estoit advenu à sainct Paul en contemnement de sa personne. S’ils eussent obtenu ce qu’ils désiroyent, les afflictions que l’Apostre enduroit pour lutilité et salut des Corinthiens, eussent esté vai-

Cuar. I.

nes et inutiles : les consolations aussi par lesquelles il estoit soulagé de Dieu, ne leur eussent nullement proufité. Il -oppose à telles machinations et ruses la fiance qu’il avoit. Ses afilictions servoyent à la consolation des fidèles, d’autant que voyans qu’il s’exposoit volontairement à tant de misères, et les enduroit constamment à cause de l'Evangile, ils avoyent occasion de se confermer.

Car combien que nous confessions que nous devons endurer les afilictions pour la querele de l'Evangile, toutesfois sentans et cognoissans nostre infirmité, nous tremblons, et ne pensons point estre assez forts. Quand nous en sommes là, il nous faut réduire en mémoire les exemples des Saincts, par lesquels nous serons rendus plus courageux. D’autre part, sa consolation particulière Ss’espandoït jusques à toute l'Eglise, par ce que les fidèles recueilloyent de là, et s’asseuroyent que Dieu qui Pavoit soustenu et remis en vigueur en sa nécessité, ne leur défaudroit non plus à leur besoin. Ainsi leur salut estoit avancé en toutes les deux sortes. Et c’est ce qu’il entremesle comme par forme de parenthèse, quand il dit (Qui se fait en la patience des mesmes afftictions.) Car il a voulu adjouster ce membre par forme d'explication, afin qu'ils ne pensassent point que les afflictions qu’il enduroit seul, ne les attouchassent en rien. Pource que le mot Grec, lequel nous traduisons Se fait, peut estre prins en signification tant active que passive, Erasme l’a prins en Vactive : traduisant, Qui œuvre ou besongne : mais la signification passive convient mieux. Car sainct Paul n’a voulu.

autre chose sinon monstrer comment toutes choses qui luy advenoyent estoyent pour leur salut. Il dit done qu’il est vray qu'il endure seul, mais que ses souffrances servent à avancer leur salut : non pas que ce soyent purgations ou sacrifices pour les péchez : mais pource quel:

les édifient en les confermant. Pourtant aussi il Conjoint ces deux mots, Consolation et Salut, afin de monstrer comment c’est qu'il entend qu’il fait leur salut.

1 Scachans que comme, etc. Combien que aucuns d’entre les Corinthiens

Car. I. SUR LA Ile ÉPISTRE fussent transportez pour quelque temps par les calomnies des faux-apostres, et induits à n’avoir pas en honneur et réputation sainet Paul, le voyans estre ignominieusement traitté devant le monde :

nonobstant il les fait ses compagnons tant en participation de ses afflictions que de l’espoir de consolation, corrigeant leur fausse et perverse opinion, sans les taxer apertement.

8 Car frères, nous voulons, etc. [ récite la grandeur et difficulté de ses combats, afin que par ce moyen l’excellence de la victoire apparoisse mieux. Depuis qu’il avoit envoyé la première Epistre, il avoit esté exposé à grans dangers, et avoit soustenu de terribles assaux. Oril est vray-semblable qu'il parle yei de l'histoire, laquelle sainct Luc récite au chap. XIX des Actes, v. 23. Combien qu'il n’est pas là clairement exprimé quel avoit esté le danger. Mais puis qu’il est dit que toute la ville estoit esmeuë de sédition, on peut facilement conclure le reste. Car nous sçavons que porte communéement une mutinerie de peuple, quand elle est une fois embrasée. S. Paul dit qu’il & esté chargé à outrance par ceste persécution : puis après, par-dessus ses forces, c’est-à-dire tellement qu’il ne pouvoit porter le fais. Car c’est une similitude prinse de ceux qui défaillent sous la pesanteur du fardeau: ou des navires, lesquelles vont à fond pour estre trop chargées. Non pas que S. Paul ait esté accablé sous le fais, mais pource qu'il a senti que les forces luy défailloyent, sile Seigneur ne luy eust donné nouvelle force. Tellement quenous avons esté en perplexité, mesme de la vie.

C'est-à-dire, En sorte que je peusoye que ce fust fait de ma vie: à tout le moins j'en espéroye bien peu. Comme ont accoustumé de se trouver ceux qui estans pressez de tous costez, ne voyent point lieu pour eschapper. Comment donc? Un chevalier de Christ si courageux, un champion tant preux et magnanime, perdoit-il courage attendant la mort? Car il nallègue autre raison de ce qu'il estoit ainsi pressé, sinon d’autant qu’il désespéroit de sa vie. J’ay desjà dit que S. Paul ne mesure pas yci ses forces par l’aide

AUX CORINTHIENS. 925 de Dieu, mais selon ce qu’il sentoit sa propre puissance, Or il ne faut point douter que toutes les forces humaines ne défaillent sous l’espovantement de la mort.

Et il faut que les Saincts mesmes se trouvent en danger de perdre toute force et vertu, afin qu’estans admonestez de leur infirmité, ils apprenent à dépendre entièrement de Dieu seul, comme il est dit ciaprès.

9 Mesme nous avons eu en nousmesmes la sentence de mort. C’est en lieu de ce que nous disons, J’avoye desjà délibéré et fait mon conte de mourir. Or ilemprunte ceste similitude de ceux qui estans condamnez à mourir, n’attendent autre chose que l'heure de la mort. Il dit toutesfois que c’estoit luy-mesme qui s’estoit annoncé ceste sentence. En quoy il signifie que selon son opinion il avoit esté jugé à mort, afin qu’il ne semble que Dieu luy eust révélé cela. Cest arrest donc ou ceste sentence est plus que la perplexité de laquelle H avoit fait mention. Car en telle perplexité il n’y avoit que desfiance de vie: mais en cest arrest, mort asseurée. Or il faut principalement noter la fin qu’il adjouste, Asçavoir qu’il a esté réduit à telle nécessité, Afin qu'il ne se confiast en soy-mesme.

Sur quoy je ne reçoy point ce qué dit Chrysostôme, Que l’Apostre n’a point eu besoin d’un tel remède, mais qu’il se propose aux autres comme pour exemple, non pas qu’il en fust ainsi quant à luy.

Car certes il estoit homme sujet aux passions communes des hommes, non-seulement à froid et chaud, mais à confiance perverse, à témérité et autres semblables. Je ne di point qu’il ait esté addonné à ces vices : mäis je di qu’il en a peu estre sollicité, et que ça esté le remède que Dieu a mis au-devant, de peur qu’ils ne saisissent plenement son esprit et son cœur. Parquoy il faut yci noter deux choses. Premièrement, que la fiance de la chair de laquelle nous sommes enflez, est tant obstinée, qu’elle ne peut estre autrement abbatue, sinon que nous tombions en telle extrémité que nous ne voyions aucune espérance en nous. Car la chair, selon qu’elle est orgueilleuse, ne s’abbaisse pas volontiers, et ne cesse

de s’escarmoucher jusqu’à ce qu’elle soit contrainte. Et nous ne nous rangeons jamais à vraye humilité, jusques à ce que nous soyions abbatus par la main impétueuse de Dieu. Secondement, que les Saincts mesmes onf tousjours quelques reliques de ceste maladie : et pour ceste cause ils sont souvent amenez à toute extrémité, afin qu’estans despouillez de toute la fiance d’eux-mesmes, ils apprenent à devenir humbles : maïs qui plus est, ceste maladie est si profondément enracinée dedans les cœurs des hommes, que les plus parfaits mesmes n’en sont pas du tout purgez, jusques à ce que Dieu leur monstre la mort. Et de ceci nous pouvons noter, combien est desplaisante à Dieu ceste fiance de nous-mesmes: veu que pour la corriger, il faut que nous soyons rangez jusques-là, d’estre comme jugez à mort. Æ4ins en Dieu, etc. Comme il nous est nécessaire premièrement de venir comme à mourir, afin qu'ayans rejetté toute fiance de nousmesmes, et cognoissans nostre infirmité, nous ne nous attribuyons rien : ainsi cela ne sufliroit pas, Si nous ne passions plus avant. Commençons donc par le désespoir de nous-mesmes, mais afin que nous espérions en Dieu: soyons abbatus en nous-mesmes, mais afin que nous Soyons relevez par sa vertu. Parquoy S. Paul ayant abbatu et mis à néant lPorgueil de la chair, tout incontinent met en lieu d’iceluy la fiance se reposant en Dieu.

Non pas en nous, dit-il, ains en Dieu.

Il a approprié Pépithète qui s'ensuit à la circonstance du propos : comme au chapitre IV des Rom., v. 17, où il parle d’Abraham. car, Croire en Dieu qui appelle les choses qui ne sont point, comme si elles estoyent: et, Espérer en Dieu gui ressuscite les morts, c’est autant comme se proposer pour but la puissance de Dieu à créer ses éleus d’un rien, et ressusciter les morts. S. Paul donc dit que la mort luy a esté proposée devant les yeux, afin que par cela il recognust mieux la vertu de Dieu, par laquelle il auroit esté ressuscité des morts. Vray est que

c’est une chose qui précède en ordre, Que | que c’est un exercice non-seulement …

par la vigueur laquelle Dieu nous fournit, nous le recognoissions autheur de

Crap. À.

vie: mais pource qu'à cause de nostre stupidité la lumière de vie souventesfois nous esblouit les yeux, il nous est nécessaire pour estre amenez à Dieu, d’estre réduits à telle extrémité que noûs voyions la mort présente devant nos yeux. |

10 Lequel nous a délivrez: 11 applique yCi à sa personne ce qu’il avoit dit en général : et en magnifiant la grâce de Dieu, il testifie qu’il n’a point esté frustré de

son espérance: veu qu’il a esté luy-mes-

me délivré de mort, et non point d’une mort commune. Quant à la manière de

parler, ceste hyperbole, de laquelle ‘il

use, disant qu'il à esté tiré de la mort, est commune en l’'Escriture: car on la trouve souvent tant és Prophètes .qu’és Pseaumes: elle est aussi receuë en commun propos. Or il faut qu'un chacun applique à soy ce que S. Paul recognoist en Soy-mesme. 4uquel nous espérons. I se

promet encore pour l’advenir la Hbéralité

de Dieu, qu’il avoit desjà souvent expéri-

|mentée: et non sans cause. Car quand

le Seigneur nous confère une partie de ce qu'il nous à promis, il nous donne

bon espoir du surplus: et qui plus est,

autant que noùüs recevons de grâces: de

luy, ce sont autant de gages et arres par lesquelles il conferme ses promesses. Or combien que sainct Paul ne doutast point que Dieu luy assisteroit de son propre mouvement, toutesfois il ex-

horte les Corinthiens de recommander son salut à Dieu par leurs prières. Car quand il se tient pour asséuré que ce sera moyennant leur aide, cela vaut autant qu'une exhortation. Et non-seulement il signifie qu'ils feront cela pour

leur devoir: mais aussi avec bonne issue, d'autant qu'ils seront exaucez. L'aide, dit-il, que vous me ferez par vos priè-

res, ne sera point sans fruit. Car Dieu ne veut pas que l'exercice de charité qu'il nous commande de monstrer ên priant mutuellement lesuns pour les autres, de-

meure infructueux. Ce qui nous doit in-

citer tant à désirer l’intercession des frè- « res, quand nous sommes pressez de quel que nécessité, qu'à leur faire semblable aide mutuellement, puis qu’il nous est dit .

agréable à Dieu, mais aussi proufitable à

Cuar. 1.

nous-mesmes. Or ce n’est point une deslance quand lPApostre implore Paide des frères. Car comme il estoit certain que Dieu auroit soin de son salut et proufit, jà soit qu'il fust délaissé de tous les hommes : ainsi il sçavoit bien que cela estoit agréable à Dieu, qu'il fust secouru par les prières de PEglise: il regardoit aussi les promesses qui rendent tesmoignage que telles aides ne seront point inutiles. Parquoy afin de n’omettre aucun support qui luy fust destiné de Dieu, il vouloit que les frères priassent pour son salut. La somme est, que nous suyvions la parole de Dieu, c’est-à-dire que nous obéissions à ses commandemens, et demeurions fermes en ses promesses. Ce que ne font pas ceux qui ont leur recours aux prières des saincts trespassez. Car non contens des aides qui sont ordonnées de Dieu, ils en cherchent une nouvelle, laquelle n’est approuvée par aucun tesmoignage de l’Escriture. Car tout ce qui est contenu en icelle de lintercession mutuelle, ne sestend nullement aux morts, mais est nomméement restraint aux vivans. Parquoy les Papistes parlent bien-sottement, d’abuser de ces passages pour desguiser et farder leur su-

perstition.

. 1 Afin que grâces soyent rendues.

Pource qu'il y à quelque ambiguïté és paroles de sainct Paul, les expositeurs . varient au sens. Quant à moy, jene n’ar-

resteray point àréfuter les interprétations . des autres, et aussi il n’est point besoin, moyennant que nous ayons le vray sens et naturel. Il avoit dit que les prières des Corinthiens luy aideroyent: maintenant il adjouste le second fruit qui en proviendra: asçavoir que la gloire de Dieu en reluira d'avantage. Car tout ce que Dieu me donnera, dit-il, comme estant impétré de plusieurs, sera aussi célébré par plusieurs avec louange. Ou en ceste sorte, Plusieurs rendront grâces à Dieu pour moy, pource que ce qu’il m’aura aidé, ce ne sera point seulement par les prières d’un ou de deux, mais de plusieurs. Premièrement, combien que ce soit nostre oflice et devoir de ne laisser passer au-

cune grâce de Dieu sans louange, toutes-

fois nous devons principalement reco-

gnoistre avec action de grâces sa miséricorde, quand il a exaucé nos prières :

comme il nous est commandé au Pseaume L, v. 15. Et ce non-seulement quand il est question de nostre proufit et utilité particulière, mais aussi quand la chose concerne le salut et proufit ou de toute l'Eglise en commun, ou de quelqu'un de nos frères. Ainsi donc, quand nous prions mutuelleméhnt les uns pour les autres, et obtenons ce que nous demandons, d'autant plus est magnifiée la gloire de Dieu : pour autant que nous tous ensemble recognoissons avec action de graces les bénéfices de Dieu, tant ceux qui sont conférez en commun à tout le corps de l'Eglise, que ceux qui sont faits à un Chacun en particulier. Il n’y à rien contraint en ceste exposition. Car quant à ce que l’article Grec, qui est yci entremeslé, semble séparer ces deux particules: De plusieurs personnes : et 4 nous le don fait: (car à suyvre l’ordre du texte Grec il y auroit ainsi mot à mot, Afin que de plusieurs personnes, à nous le don conféré, par plusieurs soit recognu en action de grâces pour nous :} cela n'ha point de fermeté, veu que souvent l’article est ainsi mis entre choses conjointes : et il est yci mis bien à propos en lieu de quelque particule adversative qu'on appelle, comme Toutesfois ou Néantmoins. Car jà soit que ce don fust procédé à l'occasion de plusieurs, toutesfoïs il estoit particulier à sainct Paul.

Au reste, de rapporter ce mot Par plusieurs, aux choses (comme font aucuns) cela répugne au fil du texte. Toutesfois on pourroit demander, pourquoy il à plustost dit De plusieurs personnes, que De plusieurs hommes : et que signifie yci ce mot de Personne. Je respon, que c’est autant comme s’il eust dit, Pour l’esgard de plusieurs : comme aussi nous l'avons traduit. Car le don estoit tellement fait à sainct Paul, qu’il estoit donné à plusieurs. Parquoy d'autant que Dieu avoit esgard à plusieurs, à ceste raison il dit que plusieurs personnes en ont esté cause. Là où nous avons Pour nous, aucuns livres Grecs lisent, Pour vous: laquelle lecture combien qu’elle semble estre éslongnée de l'intention et du fil du

Cuar. I.

texte de sainct Paul, pourroit toutesfois | pour mon salut, et ce à vostre proufit et estre exposée assez proprement en ce | salut, grâces en seront rendues par plusens, Quand Dieu vous aura exaucez (sieurs pour vous.

12 Car ceste est nostre gloire : asçavoir le tesmoignage de nostre conscience : qu’en simplicité et pureté! de Dieu, et non point en sapience charnelle mais par la grâce de Dieu nous avons conversé au monde, et singulièrement vers

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