TOUS
13 Car nous ne vous escrivons point autres choses que celles que vous recognoissez et avouez : et j'espère que l'avouèrez jusqu'au boul :
14 Comme aussi vous nous avez avouez en partie: car nous sommes vostre gloire, comme vous estes aussi la nostre au jour du Seigneur Jésus.
1) Ou, intégrité.
19 Car ceste est nostre gloire. I] donne la raison pourquoy ils devoyent tous avoir la conservation de sa vie pour recommandée : asçavoir pource qu’il avoit conversé envers tous en simplicité et pureté : et pourtant à bon droict ils le devoyent grandement aimer, et c’eust esté orande inhumanité à eux, de n’avoir soin d’un tel Ministre du Seigneur , afin qu’il demeurast longuement en santé pour le proufit de l'Eglise. Comme s’il disoit, Je me suis tellement gouverné envers tous, qu'il ne se faut point esbahir si tous les gens de bien me prisent et aiment. Toutesfois à l’occasion de ceci il vient à parler de son intégrité à cause de ceux ausquels il escrivoit. Mais pource que ce n’est pas assez d’estre approuvé par le jugement des hommes, et que sainet Paul aussi estoit opprimé par les jugements iniques et malins d’aucuns, ou plustost par les affections qu’ils portoyent à d’autres pour des raisons frivoles , et quasi sans sçavoir pourquoy, il amène sa conscience en tesmoignage. Ce qui est autant comme s’il appeloit Dieu en tesmoin , ou comme s’il remettoit ce qu’il dit, et s’en rapportoit au siége judicial d’iceluy. Mais ce que sainct Paul se glorifie en sa pureté, comment convient-il avec ceste sentence, Qui se glorifie, qu'il se glorifie au Seigneur ? Ci-dessous chap. X, v. 17. D’avantage qui est celuy, tant pur et entier soit-il, qui s’ose vanter devant Dieu ?
Pour response, il y à a considérer premièrement que S. Paul ne s’oppose pas à Dieu, comme s’il avoit quelque chose propre à soy, ou qui en procédast: en
après, qu’il ne constitue point le fondement de son salut en ceste pureté qu’il s’attribue, et ne s’appuye point sur la fiance d’icelle. Finalement qu’il ne se glorifie pas tellement és dons de Dieu, que quant et quant il n’en donne toute la gloire au seul autheur de tous dons, et rapporte toutes choses à sa bonté. Ces trois exceptions font que chacun fidèle se peut à bon droict glorifier en tous les bénéfices de Dieu : au contraire, les meschans ne se peuvent glorifier, non pas en Dieu mesme, sinon faussement et à tort.
Premièrement done recognoissons que tout le bien que nous avons, est de Dieu, ne nous attribuans rien. Secondement , retenons ce fondement, que toute la fiance de nostre salut gist en la seule miséricorde de Dieu : finalement arrestons-nous et reposons du tout au seul autheur de tous biens : alors la façon de nous gloritier en toutes sortes de biens sera bonne et saincte. Qu'en simplicité el pureté de Dieu. I appelle yei, La simplicité de Dieu, en mesme sens qu’il appelle La gloire de Dieu: au chap. IF, v. 22, des Romains. Item en sainct Jehan, chap. XII, v. 43. La gloire de Dieu et des hommes, Ceux qui aiment la gloire des hommes, veulent estre quelque chose devant les hommes , ou estre prisez par l'estime des hommes. La gloire de Dieu, est celle qui consiste, et que la personne ha devant Dieu. Il ne suffit point donc à sainct Paul de dire que sa syncérité à esté cognue des hommes : mais il adjouste qu'il a esté tel devant Dieu. La vertu qui est signifiée par le mot Grec, lequel j'ay
lo
Cuar. 1. SUR LA Ile ÉPISTRE traduit Pureté, ha grande conjonction avec simplicité. Car c’est une façon de procéder ouvertement et en droiture, qui rend le cœur de l’homme esclarci, et fait (par manière de dire) qu’on le voit. Toutes deux ont pour leur contraire, finesse, feintise, et tous conseils obliques. Non point en sapience charnelle. I y à yci une manière d'anticipation, Car ce qu’on pouvoit trouver luy défaillir, il le confesse franchement, et mesme se glorifie de ne l’avoir point eu : mais il adjouste, Qu'il a esté garni de la grâce de Dieu, qui est sans comparaison chose plus excellente. Je confesse , dit-il, que j’ay esté despourveu de sapience charnelle, mais j'ay esté garni de la vertu de Dieu, de laquelle qui ne se contentera, cestuy-là pourra avoir mon Apostolat en mespris.
Mais si ainsi est que la sapience charnelle n’est point à priser, rien ne me défaut de tout ce qui appartient à une louange ferme et asseurée. Il appelle Science charnelle, tout ce qui hors de Christ nous a fait voir quelque réputation de sagesse. On pourra veoir à ce propos le premier et second chapitre de PEpistre précédente. Ainsi donc, par la grâce de Dieu, qui est mise à l’opposite, il faut entendre tout ce qui est outre le naturel de l’homme, les dons aussi du sainct Esprit, qui monstroyent apertement la vertu de Dieu en l’infirmité de la chair. Et singulièrement envers vous. Non pas qu’il ait esté moins pur et entier ailleurs, mais pource qu’il avoit demeuré plus longuement à Corinthe : tellement que par ce moyen (sans toucher les autres occasions ) il avoit peu là donner plus ample et évident tesmoignage de son intégrité et fidélité. Toutesfois il a notamment exprimé cela, comme voulant dire, qu’il ne faut point qu'il aille chercher des tesmoignages bien loin, veu qu’euxmesmes sont fort bons tesmoins de tout ce qu'il dit.
13 Car nous ne vous, etc. [l taxe yci obliquement les faux-apostres , qui se vantoyent outre mesure, combien qu’il n'y eust rien de quoy, ou bien peu. Et quant et quant il obvie aux calomnies, afin qu'on ne luy objectast qu'il s’attribuoit plus qu’il ne luy estoit deu. HE dit
donc qu'il ne se vante de rien par ses propos, qu'il ne prouve par effet : voire tesmoins les Corinthiens. Au reste, lambiguité de la signification des deux mots en la Langue Grecque, a esté cause qu’on a mal exposé ce passage. Car le premier signifie entre les Grecs, aucunesfois Lire, aucunesfois Recognoistre : l’autre aucunesfois Cognoistre, aucunesfois ce que nous disons Avouer : comme on dira Avouer un enfant. Car aussi les Grecs appliquent le verbe à ce propos-là, comme Budée l’a noté. Aïnsi le second emporte plus que le premier. Car nous disons que cestuy-là recognoist, lequel estant convaincu d'un sentiment secret en son cœur , entend bien que la chose est vraye, qui toutesfois ne l’avouë pas : c’est-à-dire ne déclare pas sa volonté en y consentant franchement. Maintenant venons à considérer les paroles du sainct Apostre.
Aucuns lisent ainsi, Nous ne vous escrivons autres choses que ce que vous lisez et recognoissez : lequel sens , comme on voit évidemment, est par trop maigre, que je ne dise inepte. Car quant à ce que saint Ambroise l'addoucit ainsi, Nonseulement vous lisez, mais aussi recognoissez : il n°y a nul qui ne voye bien que cela est du tout mal convenant aux paroles de sainct Paul. Or le sens que j'amène, est clair, et coule de soy-mesme :
et il n’y a rien qui ait empesché les lecteurs jusques yci qu'ils ne l’ayent entendu , sinon qu’estant déceus par la diversité des significations du mot Grec, ils ont eu les yeux fermez. La somme est, que sainet Paul dit qu’il ne met rien en avant que les Corinthiens ne sceussent et cognussent : et qui plus est, qu’ils ne soyent prests de luy en rendre tesmoignage. Recognoisfre Va devant : qui est quand ils sont convaincus par expérience que la chose est ainsi. Avouer vient après , qui est quand par consentement ouvert ils donnent approbation à vérité.
El j'espère que l'avouerez, etc. Pource que les Corinthiens n’estoyent pas encore parfaitement retournez à avoir bon avis pour poiser en juste balance sa fidélité, c’est-à-dire pour en juger droitement, et toutesfois ils avoyent commencé à corriger quelque chose,de leur juge-
tres malins :
ment pervers et ingrat, il signifie qu’il en espère mieux pour l’advenir. Vous m'avez avoué en partie, dit-il: j'espère que vous cognoistrez de plus en plus comme j'ay conversé entre vous, et comme je m'y suis gouverné, et ainsi avouërez ce que maintenant j'en di. Et d’yci appert plus clairement que c’est qu’il a entendu par le dernier des deux mots desquels nous avons parlé, lequel nous avons traduit Avouër. Or ce propos se rapporte au temps de leur amandement. Car au premier commencement ils l'avoyent 2mené plenement et entièrement : depuis, le droict jugement avoit esté obscurcei et abbastardi en eux par les propos obliques des faux-apostres et aufinalement ils avoyent commencé à revenir à avoir bon avis en partie.
A4 Car nous sommes vostre gloire, etc. Nous avons touché en brief en quelle manière il est licite aux Saincts de se glorilier és bénéfices de Dieu : asçavoir quand ils se reposent en Dieu seul, êt ne visent point à autre but. Ainsi la gloire de sainct Paul estoit saincte quand il se glorifioit de ce que par son ministère il avoit rangé les Corinthiens sous lobéissance de
Car. I.
Christ : et la gloire des Corinthiens saincte , quand ils se glorifioyent d’avoir esté instruits tant fidèlement et tant sainctement par un tel Apostre: ce qui n’estoit pas advenu à tous. Ce moyen de se glorifier és hommes n’empesche point que nostre gloire ne soit en Dieu seul.
Or il admoneste les Corinthiens que c’est leur grand proufit de le recognoistre bon et loyal serviteur de Christ sans aucun fard. Car s'ils se révoltent de luy, ils se privent eux-mesmes d’une grande gloire.
Au jour du Seigneur Jésus. J'enten le dernier jour, qui abolira toutes les gloires du monde, vaines et caduques. Il signifie donc que la gloire de laquelle il traitte yci, n’est point transitoire, comme sont celles qui reluisent devant les hommes :
mais perpétuelle et durable: car elle demeurera ferme au jour du Seigneur, d’autant que lors S. Paul triomphera de tant de victoires qu'il a obtenues par la grâce de Christ, et mènera en magnificence tous les peuples qu’il a réduits sous le joug glorieux de Christ par son ministère. Et PEglise des Corinthiens se glorifiera d’avoir esté fondée et instruite par le labeur d’un si excellent Apostre.
À5 Et en ceste confiance je vouloye premièrement venir à vous, afin qu'eus-
siez une seconde! grâce :
A6 Et passer par chez vous en Macédone : puis derechef de Mäcédone venir à vous, et estre conduit par vous en Judée.
17 Quand donc je proposoye cela, ay-je usé de légèreté? ou les choses que je pense, les pensé-je selon la chair? tellement qu'en mon endroit il y ait Ouy,
ouy : et Non, non.
18 Ains Dieu est Jidèle, que nostre parole de laquelle j'ay usé envers vous,
n'a point esté Ouy et Non.
19 Car le Fils de Dieu Jésus-Christ, qui par nous a esté presché entre vous, c’est asçavoir par moy et par Sylvain, et par Timothée, n'a point esté at el
Non, ains à esté Ouy en luy*.
20 Car toutes les promesses de Dieu sont Ouy en luy : parquoy et par luy soit Amen, à la gloire* de Dieu par nous.
1) Ou, double. 2) Ou, ains il ÿ à eu Ouy en luy.
A5 Et en ceste confiance. Après avoir donné espérance de sa venue, il avoit depuis changé d'opinion. Ce qui avoit esté tiré en calomnie contre luy, comme on le peut veoir par lexcuse qu’il fait. Quand il dit, gu'estant appuyé
3) Ou, et sont Amen en luy à la gloire, etc.
sur ceste fiance, il avoit prins conseil de venir à eux : il rejette obliquement la coulpe sur les Corinthiens, lesquels, en luy ostant ceste confiance, par leur ingratitude luy avoyent aucunement fermé le passage, Afin qu'eussiez une se
dues © de
de délibérer ou promettre chose, de laquelle on se repente un peu
Cain I.
conde grâce. La première grâce avoit esté, qu’il s’estoit employé tout un an et demi à les gaigner au Seigneur. La seconde, qu’ils fussent confermez par sa venue en la foy qu’ils avoyent une fois receuë, et qu’ils fussent incitez par ses sainctes admonitions à proufiter. Les Corinthiens s’estoyent privez eux-mesmes de ceste-ci, d'autant qu’ils n’avoyent point permis que sainct Paul veinst à eux. IIS recevoyent done la punition de leur faute, et n’en pouvoyent rien imputer à sainct Paul. Si quelqu'un toutesfois veut interpréter Joye, au lieu de Grâce :
comme le mot Grec le peut porter, je ny contredi pas grandement : mais la pre- Mmière exposition me semble plus simple.
17 Ay-je usé de légèreté? X y a deux choses principalement, qui font ou que les conseils des hommes ne vienent à bonne fin, ou qu'ils ne gardent vérité en leurs promesses : asçavoir qu’ils sont variables presques à toutes heures, et qu’ils sont trop hardis en leurs délibérations. C’est un signe d’inconstance, quelque
après. Sainct Paul dit qu’il n’est point toïnbé en ce vice. Je n'ay point, dit-il, faussé ma promesse par légèreté. Il dit aussi qu'il s’est bien gardé de fole témérité, et de confiance perverse. Car j'interprète ainsi ces mots, Penser selon la chair. Car c’est la coustume des hommes, ainsi que j’ay dit, de délibérer hardimeént et avec outrecuidance, des choses qu’ils ont à faire, comme s'ils ne dépendoyent point de la providence de Dieu, et qu'ils ne fussent nullement sujets à sa volonté. Or Dieu, afin de se venger de ceste arrogance, renverse leurs con-
seils, et garde qu’ils ne vienent à bonne
issue, et le plus souvent les expose à
mocquerie. Ceste particule, Selon la
chair, Se pourroit bien estendre plus avant, en sorte qu’elle comprendroit toutes délibérations vicieuses, et qui ne
se rapportent point à une bonne fin :
comme sont celles esquelles règne ambition, avarice, ou quelque autre affection perverse. Mais selon mon opinion S.
Paul n’a rien yci voulu dire de tout cela, ains Seulement taxer la témérité qui est
SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
plus que familière et ordinaire aux.-hommes en leurs délibérations. Aïnsi donc, Penser selon la chair, C’est n’avoir point Dieu pour son gouverneur, mais estre transporté d’une audace téméraire, qui soit puis après mocquée et punie de Dieu. Or PApostre pour se purger de ces vices, fait une interrogation comme en la personne de ses adversaires. Dont il est vray-semblable (comme j'ay desjà dit) que les meschans avoyent semé quelque bruit. Tellement qu'en moy il y ait OUY, OUY, Et non, non. AUCUNS Conjoingnent ceste sentence aux précédentes, et l’exposent ainsi : Comme s’il estoit en ma puissance d'accomplir ce que je délibère : ainsi qué les hommes se font à croire qu’ils viendront à bout de tout ce qui leur vient en la fantasie, et disposent de leurs voyages, dit Salomon, Prov., XVI, 4, combien qu’ils ne puissent mesme gouverner leur langue. Et de faict, les mots qui sont yci mis portent bien ce sens, Qu'il faut que ce qui à esté une fois affermé, demeure arresté : et ce qui a esté une fois nié, ne soit jamais fait.
Sainct Jaques au chap. V de son Epistre, v. 42, dit à ce propos, Vostre ouÿ soit ouy, et vostre non soit non, afin que ne chéez en feintise. D’avantage, la suyte du propos seroit merveilleusement propre, eu esgard aux précédens. Car cela est délibérer selon la chair, quand nous voulons sans aucune exception, que nos délibérations et conseils soyent comme oracles et révélations Divines. Mais à ceste exposition répugne ce qui s'ensuit incontinent après, Dieu est fidèle, etc. :
là où sainct Paul voulant nier qu'il ait esté inconstant en sa prédication, use d’une semblable manière de parler. Or ce seroit une chose absurde, si presque en une mesmé ligne il estimoit estre un grand vice, que son ouy ait esté Ouy, et son non ait esté non : et quant et quant qu’il se l’attribuast à grande louange. Je voy bien ce qu’on pourroit respondre, si on vouloit plaisanter en subtilitez : mais je ne pren point plaisir, sinon en ce qui est solide et ferme. Parquoy, je ne doute point que sainct Paul n’ait aussi voulu taxer l’inconstance par ces paroles, quoy qu’il semble en apparence qu'il vueille
dire quelque‘autre chose, afin de se purger de ceste calomnie qu'on luy imposoit : asçavoir qu'il promettoit plus par paroles qu’il n’accomplissoit par œuvre.
Ainsi, ce qu’il redouble l'affirmation et la négation, ne se, doit point entendre comme en sainct Matthieu, et en sainct Jaques : mais le sens sera tel, Tellement que l’Ouy soit maintenant en moy OuY, et au contraire quand il me plaira, il soit Non non. Combien qu'il se peut bien faire que ceci a esté redoublé par lignorance de ceux qui copioyent les livres, veu que le translateur Latin ancien ne le répète point. Quoy que ce soit, il ne nous faut point tant arrester aux mois, moyennant que nous sçachions quelle est l'intention de l’Apostre, laquelle nous est manifestement déclarée par ce qui s'ensuit, comme j’ay dit.
18 Dieu est fidèle, etc. Par ce mot de Parole, il entend la doctrine, ce qui appert par la raison qu’il adjouste, quand il dit que le Fils de Dieu, qui par luy avoit ésté presché, n’a point esté variable, etc. Or en ce qu’il a esté tousjours ferme et constant en sa doctrine, et n’a point dit l’un, puis l’autre : par cela il veut qu’on face jugement de son intégrité, et quant et quant il oste tout le mauvais souspeçon de légèreté et desloyauté qu’on eust peu avoir sur luy. Or ceste conséquence n’est pas nécessaire, que quiconque sera fidèle en doctrine, soit aussi véritable en toutes ses paroles.
Mais pource que sainct Paul ne se soucioit pas beaucoup quelle opinion on eust de luy, moyennant que la majesté de sa doctrine demeurast en son entier :
à ceste cause, il ramène principalement les Corinthiens à ceste partie. Vray est qu’il démonstre bien qu’il a usé en touté sa vie d’une semblable teneur de bonne foy, que les Corinthiens avoyent veu en son ministère : néantmoins il semble bien que voulant repousser ceste calomnie, il transfère expresséement le propos de sa personne à la doctrine, d'autant qu'il ne vouloit point que son Apostolat fust diffamé à la traverse, ne se souciant pas autrement beaucoup de soy au reste.
Mais voyons de quelle affection il s’employe en ceci. Car il appelle Dieu en tes-
Car. I.
moin, combien a esté simple et pure sa prédication, non point ambiguë ne variable, et qui changeast selon le temps.
Et en son serment, il conjoint la vérité de Dieu avec la vérité de sa doctrine.
Comme s’il disoit, La vérité de ma prédication est aussi ferme et asseurée, que Dieu est fidèle et véritable. Et ne s’en faut point esbahir. Car la parole de Dieu laquelle demeure éternellement, comme dit Isaie, XL, 8, n’est autre chose sinon ce que les Prophètes et Apostres ont publié et annoncé au monde, comme S.
Pierre l’expose en sa première Epistre, I, 25. De là vient aussi que sainct Paui est bien si hardi en l’Epistre aux Galatiens, [, 8, de dénoncer malédiction aux Anges, S'ils osent apporter un autre Evangile contraire à celuy qu’il avoit annoncé. Or qui est-ce qui osera assujetir les Anges célestes à sa doctrine, s’il n'ha Dieu pour son autheur et garent?
Les Ministres et annonciateurs de la parole de Dieu, doyvent estre garnis d’une telle asseurance de bonne conscience quand ils montent en la chaire, prests à porter la parole au nom de Christ, tellement qu’ils soyent certains que leur doctrine ne pourra non plus estre renversée que Dieu mesme.
19 Car le Fils de Dieu, etc. C'est la preuve de ce qu’il vient de dire. Il dit donc que sa parole n’a point esté Ouy et Non, c’est-à-dire variable : pource que sa prédication ne cContenoit autre chose, sinon un seul Jésus-Christ, qui est la vérité de Dieu éternelle et immuable. Cest épithète, Presché par nous, est à poiser. Car pource qu'il se peut faire, et que bien souvent il advient que Christ est desfiguré par les inventions et mensonges des hommes, et comme falsifié par leurs fards, il dit que cela ne luy est point advenu ni à ses compagnons : mais que syncèrement et en telle intégrité qu’il est requis, il a proposé Christ pur, et non point fardé. Au de-
meurant, il n’appert pas pourquoy il n’a ,
point fait mention d’Apollos, quand il a nommé Sylvain et Timothée, sinon qu’il est à croire, que selon que chacun d’eux estoit plus fort assailli des calomniateurs et mesdisans, tant plus aussi estoit-il
Cuar. I.
diligent à le défendre. Au reste, il signifie par ces paroles, que toute sa doctrine consiste en la simple cognoissance d’un seul Christ : comme à la vérité tout l'Evangile est comprins en icelle. Parquoy, tous ceux qui enseignent autre chose que Jésus-Christ, sortent hors du chemin, quelque ostentation de sagesse qu’ils puissent avoir. Car tout ainsi qu’il est la fin de Ja Loy, aussi est-il le but, la somme, et l’accomplissement de toute doctrine spirituelle. Secondement, il signifie que sa doctrine qui a esté de Christ, n’a point esté variable, ne se tournant à tous propos, en sorte qu'il l'ait transfiguré, maintenant en une sorte, tantost en une autre, comme les Poëtes disent que Proteus se transformoit en diverses sortes. Comme aucuns, lesquels ne plus ne moins que s'ils se jouoyent d’une pelotte, s’esbatent à le transformer en toutes manières, seulement afin de monstrer la subtilité de leur esprit. Les autres pour acquérir la gràce des hommes, luy baillent telle façon qu'ils veulent. Les autres saisis de crainte se desdiront le lendemain de tout ce qu’ils auront enseigné le jour précédent. Le Christ de S. Paul, n’a point esté tel, aussi ne le peut estre celuy de tous vrais et fidèles Ministres. Parquoy, ceux qui le peignent de diverses couleurs pour leur proufit particulier, se
Yantent à tort d’estre de ses Ministres.
Car il n’y a point d'autre vray Christ, sinon celuy auquel ete cest Ouy d’une teneur et perpétuel, que S. Paul afferme luy estre propre.
[30 Car toutes les promesses, etc. I
conferme yci derechef combien doit estre ferme et constante la prédication qui est faite de Christ, veu qu'il est le fondement et la fermeté de toutes les promesses de Dieu. Car ce seroit une chose plus qu’ab- | surde, que celuy en qui toutes les pro- , messes de Dieu sont establies et ratifiées, | fust comme un homme chancelant et'in- | constant .JOr combien que ce soit une . sentence générale, ainsi que nous ver- ‘ rons puis après, toutesfois elle est yci appliquée à la circonstance du propos, asçavoir pour affermer la certitude de la doctrine du S. Apostre. Car il ne traitte
SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
pas seulement de l'Evangile en général,
mais orne spécialement son Evangile de ce titre. Comme s'il disoit, Si les promesses de Dieu sont fermes et bien fondées, il faut aussi que ma prédication soit bien ferme, laquelle ne contient rien que Jésus-Christ, en qui toutes les promesses sont ratifiées. Toutesfois, pource qu’il ne prétend autre chose par ces paroles, sinon qu’il à presché le vray et pur Evangile, et sans y avoir rien adjousté qui l'ait corrompu ou falsifié :Îre:1 tenons ceste doctrine générale, Que toutes les promesses de Dieu sont appuyées sur Christ. C’est une sentence digne de:
mémoire, et l’un des principaux articles de nostre foy. Or elle dépend d’un autre:
principe, Asçavoir que Dieu ne nous est point propice, sinon en Christ. Et les pro-; messes nous sont tesmoignages de sa:
bénévolence paternelle envers nous. Il:
s'ensuit donc que c’est par luy seul!
qu’elles sont accomplies. Je di que les; promesses nous sont autant de tesmoignages de sa grâce Divine. Car combien]
que Diet face aussi du bien: aux meschans, ne
toutesfois quand les promesses sont conjointes à ses bien-faits, iLy à une raison spéciale, icelles estre Père. D’avantage, nous ne sommes point capables de jouir des promesses de Dieu, sinon que nous ayons impétré la rémission de nos péchez, laquelle nous obtenons par Christ. Tiercement, la promesse par laquelle Dieu nous adopte pour ses enfans, est la première de toutes les autres. Or Ja cause et la racine de ceste ‘adoption, c’est Christ.
Car Dieu n’est point Père, sinon à ceux qui sont membres et frères de son Fils unique. Mais le tout procède de ceste source, que plustost nous sommes hays de Dieu qu'aimez, quand nous sommes hors de Christ, combien toutesfois que tout ce que Dieu nous promet, il nous promette pource qu’il nous aime. | Par- } quoy, ce n’est point de merveilles si Sainct Paul enseigne yei que toutes les promesses de Dieu sont establies et ratifiées en Christ. Mais on pourroit yci demander si elles ont esté vaines et sans efficace devant l’advénement de Christ. Car il semble que sainct Paul parle yei de Christ
asçavoir iqu’il se déclare en
ps‘ *
nee
534 COMMENTAIRES Frmanifesté en chair. Je respon, [que toutes les promesses qui ont esté faites aux fidèles dés le commencement du monde, “ont esté fondées en Christ.
toutes fois et quantes que Moyse et les
Parquoy,
Prophètes parlent de la réconciliation avec Dieu, de l’espérance de salut, ou de quelque autre grâce, ils font quant et quant mention de Christ, et parlent de son advénement, et de son règne. Je di derechef, que les promesses sous l'Ancien Testament ont esté accomplies aux fidè-
les, entant qu'il estoit expédient pour
leur salut : et toutesfois cela est vray
aussi, qu’elles ont esté aucunement suspendues jusques à la venue de Christ,
par lequel ils receussent le vray accom-
Lplissement d'icelles.] Et à la vérité, les
fidèles mesmes s'appuyoyent tellement sur les promesses, que cependant ils remetloyent le vray accomplissement d'icelles à la venue du Médiateur, et sus-
…pendoyent leur espérance jusques à ce l{ temps-là. (Brief, si quelqu'un veut bien
considérer quel est le fruit de la mort ef résurrection de Christ, il recueillira faci-
lement de cela, comment les promesses
de Dieu sont seellées et ratifiées par luy, lesquelles autrement n’auroyent jamais
(ferme accomplissement. Parquoy et par
luy soit amen. Les exemplaires Grecs ne s'accordent point aussi en cest endroit.
Cuar, I.
Car aucuns ont ainsi tout d’un train, Autant qu’il y a de promesses de Dieu, sont par luy, Ouy, et sont par luy, Amen, à la gloire de Dieu par nous. Mais l’autre leçon que j'ay suyvie, est plus facile, et contient un sens plus plein. [Car commet ?
il avoit dit que Dieu avoit ratifié la vérité de toutes ses promesses en Jésus-Christ, | aussi maintenant il admoneste que c’ est | nostre devoir de consentir à ceste ratification. Ce que nous faisons, quand nous :
reposans en Jésus-Christ par certaine, foy, nous signons et souserivons que Dieu est véritable, comme il est dit en S. Je-| han, IT, 33 : et ce à sa gloire. Car € est le but auquel toutes choses doyvent es- !
tre rapportées, Ephés., I, 43, et Rom., ‘ HI, £.}Je confesse bien que l’autre leçon J est plus receuë, mais pource qu’elle est un peu maigre, je n’ay point faict de difficulté de préférer ceste-ci, d’autant qu’elle contient une doctrine plus ample, et convient mieux au propos. Car sainct{ Paul advertit les Corinthiens de leur de-!
voir : asçavoir qu'ils respondent leur:
Amen, puis qu'ils ont esté enseignez en!
la simple vérité de Dieu. Si toutesfois il fait. mal à quelqu'un de quitter Yautre leçon, qu’il sçache tousjours qu’il en faut tirer une exhortation à un consentement mutuel de doctrine et de ne
24 Or celuy qui nous conferme avec vous en Christ, et Ju nous & oints,
c’est Dieu.
22 Lequel aussi nous à seellez, et nous a donné les arres de l'Esprit en nos
cœurs,
Cela est bien certain que Dieu est tousjours constant et véritable en toutes ses promesses, et qu’il a tousjours son Amen, aussi tost qu'il a parlé. Wai® quant à nous, selon la vanité qui est en nous, nous ne luy respondons point autrement nostre Amen, sinon que quand il nous rend certain tesmoignage en nos cœurs par sa Parole, il le rat par son Esprit.
C'est ce que sainct Paul veut dire yci. Il avoit démonstré ci-dessus que c’est un accord bien propre, quand la vocation de Dieu est sans repentance, et que d’une cértaine foy nous acceptons la grâce d’a-
doption qui nous est offerte. Ou que Dieu demeure ferme en son propos, ce west pas merveille : mais d'apporter de nostré costé une correspondance mutuelle à la vocation de Dieu en persévérant constamment en la foy, cela certes n’est point en la puissance des hommes. Or sainct
Paul enseigne vyci que Dieu remédie à
nostre imbécillité ou défaut, quand en corrigeant nostre infidélité, il nous conferme par son Esprit. De là vient que nous le glorifions estans fermes et con stans en la foy. Au reste, il S’adjoint en” ceci aux Corinthiens, expresséement afin
Cuar. II. SUR LA Ile ÉPISTRE de les gaigner et attirer à vraye unité.
Qui nous & oints. Il exprime une mesme chose, en divers termes. Car après le mot de Confirmation, il adjouste 'Onction et le seau : ou bien par les deux mots qui sont dits par métaphore et similitude il esclarcit d'avantage ce qu’il avoit dit auparavant sans figure. Car Dieu
prit céleste, par ce moyen seelle en nos cœurs la certitude de la parole de Dieu.
ll met puis après pour le quatrième, Que l'Esprit nous est donné pour arres : qui
comme aussi elle est bien propre. Car tout ainsi que l'Esprit en rendant tesmoignage de nostre adoption, est nostre plege : et en confermant la.foy des promesses, il en est le seau : aussi à bon droict est-il appelé arre, pour autant qu'il fait que l'accord est ratifié de part et d'autre, lequel sans cela seroit aucu-
nement en suspens. Or il nous faut yei noter premièrement la correspondance mutuelle que S. Paul requiert entre l’Evangile de Dieu et nostre foy. Car tout ainsi que tout ce que Dieu parle, est plus que certain : aussi il veu£ qu’il soit establi et confermé dedans nos cœurs par un
| consentement stable et ferme. Après il en nous arrousant des grâces de son Es-
faut noter que veu que telle certitude surmonte toute la capacité du sens humain, c’est l'office du $S. Esprit de seeller dedans nous ce que Dieu nous promet par
| sa Parole. Voylà dont vient que ces tiest une similitude dont il use souvent : |
tres luy sont attribuez, qu'il est l’onction, l’arre, le consolateur, et le seau. Tiercement il faut noter que tous ceux qui n’ont point le sainct Esprit pour tesmoin, afin de respondre leur Amen à Dieu, qui les appelle à certaine espérance de salut :
c’est à tort qu'ils se couvrent du nom de Chrestiens.
23 Or j appelle Dieu en tesmoin sur mon âme, que c'est pour vous espargner que je ne suis point encore venu à Corinthe. |
24 Non point que nous ayons domination sur vostre foy : mais nous sommes adjuteurs! de vostre joye : car c’est par foy que vous estes debout.