‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 65 sur 99 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

: 4 Or? j'avoye délibéré cela en moy-mesme, de ne venir à vous derechef avec.

tristesse ?.

2 Car si je vous contriste, qui est-ce qui me resjouiroil, sinon celuy qui

auroît esté contristé par moy?

1) Ov, nous vous aidons à, 2) Ou, Mais.

23 Or j'appelle Dieu en tesmoin.

Maintenant il commence à rendre raison pourquoy c’est qu’il a changé d'avis. Car jusques yci il n’a fait autre chose que repousser la calomnie. Or quand il dit qu’il les a espargnez, il rejette obliquement la coulpe sur eux, et ainsi leur donne assez à entendre que ce seroit une chose inique qu'il fust grevé par leur faute : et encore beaucoup plus, s'ils le permettent :

mais très inique s'ils consentent à une calomnie si meschante : veu qu’en ce faisant ils le mettoyent en leur place, comme s’il eust esté coulpable de leur mesfaict : combien qu'il en fust innocent. Or le moyen comment il les a espargnez,

3) Qu, pour vous apporter fascherie.

c'est que s’il fust venu à eux, il eust esté contraint de les reprendre plus asprement : mais il aimoit mieux que de leur bon gré ils se repentissent devant sa venue, afin qu'il ne luy fust point besoin d’user de remède plus aspre et rigoureux, ce qui estoit en luy un signe évident de douleur plus que paternelle. Car combien estoit-ce les espargner que d’éviter ceste nécessité, jà soit qu’il eust juste occasion de se courroucer aigrement à eux? Et il adjouste le serment, afin qu’il ne semble qu'il controuve quelque chose pour servir à son propos. Car l'affaire de soy n’estoit pas de petite importance : et aussi il estoit fort requis qu’il fust exempt

de tout souspeçon de mensonge et de feintise. Or il y a deux choses qui font qu'un serment soit sainet et légitime :

asçavoir la cause, et l'affection. La cause, quand on ne jure point en vain, comme pour des fatras et choses de néant, ou affaires de peu d'importance : mais seulement quand il en est besoin. L’affection est, quand on n’ha point tant d’esgard à son proufit particulier, qu'à l'honneur de Dieu et au proufit des frères. Car il faut tousjours regarder à ceste fin : asçavoir que nos sermens servent à l’honneur de Dieu, et à nos prochains, moyennant que ce soit en chose juste et raisonnable. Il faut aussi noter la forme du serment :

premièrement qu’il appelle Dieu en tes- - moin : secondement sur son âme. Car nous avons nostre recours à Dieu és choses douteuses et obscures, quand la cognoissance des hommes nous défaut :

afin que luy qui est seul la Vérité, rende tesmoignage à la vérité. Mais celuy qui appelle Dieu en tesmoin, il l'appelle pour juge qui face la vengence de son perjure, en cas qu'il mente. C’est ce que signifie ceste particule Sur mon âme : comme s’il disoit, Je ne refuse pas que Dieu me punisse, si je mens. Or combien que ceci ne soit pas tousjours exprimé par parole, toutesfois il le faut entendre. Car si nous sommes desioyaux, Dieu toutesfois demeure fidèle, et ne se renoncera point soy-mesme. 2 Tim., IF, 43. Ïl ne permettra point donc que la profanation de son Nom demeure impunie.

24 Non point que nous ayons domination. Il prévient l’objection qu’on luy pouvoit faire : Quoy donc? Es-tu si insuportable, et si orgueilleux, que tu te faces craindre seulement en te regardant P Or ce ne seroit pas la gravité requise en un Pasteur Chrestien, ains plustost cruauté tyrannique. Il respond à ceste objection, premièrement indirectement, disant que la chose ne va pas ainsi : secondement directement, monstrant que mesme il a esté esmeu d’une affection paternelle en ce qu’il a esté contraint de les traitter rigoureusement. Quand il dit qu'iln’ha point de domination sur leur Joy : il signifie qu’une telle puissance est inique, et nullement tolérable, voire que

Cuar. I.

cest une tyrannie en l'Eglise. Car la foy doit estre exempte et délivre de toute sujétion des hommes. Il faut noter qui est celuy qui parle. Car s’il y eut jamais homme, qui eust puissance de s’usurper une telle domination, certes S. Paul estoit digne d’un tel privilége. Or il confesse franchement qu'il ne luy appartient point. Parquoy nous concluons que la foy ne recognoist point d'autre sujétion que de la parole de Dieu, et n’est nullement sujete à la domination des hommes. Erasme en ces Annotations dit qu’on peut entendre ceci en ceste sorte, Non pas que

nous ayons domination sur vous à cause .

de la foy. Lequel sens revient quasi tout à un: car il démonstre que la domination spirituelle n’appartient à autre qu’à Dieu seul. Ceci demeure tousjours ferme, Que les Pasteurs et Evesques n’ont point de jurisdiction propre sur les consciences :

car ils sont ministres et non seigneurs.

Que laisse-il donc de reste à soy et aux autres? Il s'appelle et eux aussi 4djuleurs de la joye. Par lequel mot j'enten félicité. Combien qu'aussi il use de ce mot de Joye, l’opposant tacitement à la frayeur que donnent les tyrans par leur cruauté, et les faux-apostres aussi, qui sont semblables aux tyrans, et dominent avec rigueur et puissance, comme il est dit en Ezéchiel, XX XIV, 4. Or il prouve par argument pris des choses contraires,

qu’il n’a point usurpé domination sur les

Corinthiens, pource qu’il s’est plustost estudié de les maintenir en une paix libre et piene de joye. Car c'est par foy, que vous estes debout. De la cause pourquoy il adjouste ceci, les autres n’en disent du tout rien, ou ne le déclarent pas assez apertement. Quant à moy, je pense que c’est encore un argument déduit des choses répugnantes. Car si l'effet et la nature de la foy est de nous appuyer, afin que nous demeurions fermes : C’est une chose absurde de dire que la foy soit su-

jete aux hommes. Par ce moyen est os-.

tée ceste domination injuste, de laquelle il s’est purgé ci-dessus.

À Or j'avoye délibéré cela en moymesme. Quiconque soit celuy qui a divisé les chapitres, il a fait yci une sotte

division. Car $. Paul déclaire yci finale-

Cu —

Cuar, Il |

ment comment il les a espargnez. Pavoye délibéré, dit-il, de ne venir plus à vous avec tristesse : c’est-à-dire, ne vous apporter occasion de tristesse par mon advénement. Car il estoit venu une fois à eux par Epistre, par laquelle il les avoit picquez bien asprement. Parquoy il n’avoit point voulu aller à eux du temps qu’ils ne s’estoyent point encore repentis, de peur qu’ils ne fust contraint de les contrister derechef en présence. Car il aimoit mieux leur donner plus grand loisir de se repentir et amender. Et de faict il faut nécessairement traduire, J’avoye délibéré : non pas, Jay délibéré.

Car amenant la raison de ce qu’il a dé- . layé sa venue vers eux, il déclaire quelle estoit sa délibération auparavant.

à Car si je vous contriste. C’est ja

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

probation de la sentence précédente. Nul ne cherche volontiers de se contrister.

Or $. Paul dit qu’il y a une telle sympathie, c’est-à-dire une telle convenance et conjonction de nature et d’affections, entre luy et les Corinthiens, qu'il ne peut estre à son aise, et de fait, s’il ne les voit estre joyeux : mesmes il proteste qu’ils Sont la cause et le motif de sa joye. Ce qu'ils ne pouvoyent estre, si eux-mesmes eussent esté tristes. Si les Ministres ont ceste affection, ce sera tenir un trèsbon moyen, afin qu’ils n’effrayent et troublent les esprits de ceux qu’ils devoyent plustost entretenir par une douceur gaye et alaigre. Car de là vient la sévérité trop grande et chagrine, que nous ne nous esjouissons pas du salut de l'Eglise comme nous deverions,

3 Et ceci mesme vous ay-je escrit, afin que quand je viendray, je n’aye tristesse de par ceux desquels je me devoye esjouir, me confiant de vous tous, que

ma joye est celle de vous tous.

4 Car je vous ay escrit en grande affliction et angoisse de cœur, avec beau-

coup de larmes : non point afin que vous fussiez contristez :

mais afin que

vous sceussiez la charité que j'ay trèsabondamment envers vous. 5 Que si quelqu'un a esté cause de tristesse, ü ne m'a point contristé, mais en partie, afin que je ne vous charge point tous.

1) Ou, mais aucunement (afin que je ne le charge d’avantage) vous tous,

3 Æl ceci mesme vous ay-je escril, afin que quand je viendray, je n’aye tristesse de par ceux, etc. Comme n’aguères il avoit dit qu’il avoit différé sa venue vers eux, afin qu’il ne veinst point pour la seconde fois triste et rude : aussi maintenant il monstre que pour la pre- Mière fois il estoit venu triste à eux par Epistre, de peur qu'à sa venue ils ne sentissent la rigueur de sa sévérité. Parquoy il dit qu'ils n’avoyent occasion de se plaindre de leur première tristesse, par laquelle il procuroit leur salut. Mesme il passe encore plus avant : asçavoir qu'en escrivant il ne les a point voulu contrister, ou leur donner aucun signe de courroux : mais plustost leur démonstrer la volonté et amour qu’il avoit envers eux. Par ce moyen s’il y avoit eu quelque aigreur en son Epistre, non- Seulement il l’addoucit, mais qui plus est la rend plaisante et amiable, Mais

pource qu’il confesse puis après ce qu’il . nie yei, il sembie qu’il soit contraire à soy-mesme. Je respon qu'il n’y a nulle répugnance. Car il ne confessera pas que ce fust son dernier but, de contrister les Corinthiens, mais que c’estoit un moyen pour les amener à une vraye joye. Toutesfois avant que venir à ce propos, il parle de la fin yci seulement : et omet ou suspend un peu le milieu, qui n’estoit pas fort agréable. Me conjiant de vous tous. I] prend ceste confiance envers les Corinthiens, afin que de leur costé ils soyent aussi asseurez de son bon vouloir. Car celuy qui hait, est envieux : et là où la joye est commune, il faut bien dire que l'amitié y est entière.

Que si les Corinthiens ne respondent au jugement et à l'opinion que S. Paul ha d'eux, ils l’abusent trop laschement.

k Car je vous ay escri en grande angoisse, C’est une autre raison pour

addoucir Ja rigueur de laquelle il avoit usé, Car ceux qui en riant prenent plaisir és pleurs d’autruy : veu qu’en cela ils descouvrent leur cruauté, ne peuvent ni ne doyvent estre endurez. Or sainct Paul dit qu’il a eu bien une autre affection. La véhémence de la douleur, dit-il, a arraché de moy tout ce que j’ay escrit. Qui n’excuseroit ou ne prendroit en bonne part ce qui est parti d’une telle affection de cœur ? attendu mesme que ce qu'il estoit angoissé, c’estoit à cause d'eux, et par leur faute, et non point par la siene propre : veu aussi qu’il ne deschargeoit point sa douleur, afin qu’il les chargeast en se deschargeant, mais plustost qu’il leur desclairast son amour. Pour ces raisons il ne falloit point que les Corinthiens fussent irritez de ceste repréhension un peu dure. Il adjouste Les larmes, qui sont signes de douleur véhémente en un homme constant et magnanime. Nous voyons yci de quel sens et esprit doyvent procéder les bonnes et Sainctes admonitions et repréhensions.

Car il y a beaucoup de criars, qui se meslent de reprendre, lesquels se courrouceans ou plustost foudroyans contre les vices, semblent avoir un zèle. merveilleusement ardent : cependant ils ne s’en soucient point, et n’en sont nullement touchez : tellement qu'il sémbile qu'ils ayent seulement voulu exercer leurs flancs et gosiers en criant, par manière de passe-temps. Mais le devoir d’un fidèle pasteur, est de plorer en soymesme, avant que de provoquer les autres à pleurs : estre tormenté au dedans, avant que de monstrer aucun signe d’indignation : et retenir en soy plus de douleur, que d’en donner aux autres. Il faut noter aussi les larmes de sainct Paul, lesquelles par leur abondance rendent tesmoignage qu'il avoit le cœur tendre : mais ceste tendreté estoit plus vertueuse que la dureté des Stoïques, qui vouloyent apparoistre comme insensibles. Car tant plus que les affections de charité sont tendres, tant plus sont-

Car. Il,

elles louables, Ce mot 7résabondamment, Se peut aussi exprimer par COMparaison, Plus abondamment : et adone ce sera une complainte couverte : Asçavoir que les Corinthiens ne luy portoyent pas pareille amitié, entant qu’ils amoyent si froidement celuy duquel ils estoyent aimez tant ardemment. Je le pren toutesfois plus simplement, asçavoir que sainct Paul exalte son amour envers eux, afin que ceste persuasion peust addoucir, toute la sévérité qui pouvoit estre en ses paroles.

5 Que si quelqu'un a esté cause, etc.

C’est la troisième raison pour addoueir l’offense : asçavoir qu’il a eu une douleur commune avec eux : et que l’occasion est procédée d’ailleurs, Nous avons, ditil, esté contristez ensemble, et un autre en est cause. Combien qu’il parle mesme de cestuy-là assez doucement, quand il dit, Si quelqu'un ; car c’est comme n’affermant pas la chose, mais la laissant plustost en suspens. Au surplus aucuns entendent ce passage, comme si sainct Paul vouloit dire, Celuy qui m'a donné cause de tristesse, celuy-là aussi vous a offensez, car vous deviez estre marris avec moy : toutesfois peu s’en faut que je n’aye seul esté contrisié. Car je ne « veux pas simplement dire cela, Afin que :

je ne vous charge tous. Par ce moyen lé premier membre seroit corrigé par ce.

second. Mais l’exposition de Chrysostôme convient beaucoup mieux. Car il lit ceci tout d’une suyte, ]l ne m'a point contristé moy seul, mais il ne s’en a guères fallu qu’il ne vous ait contristez tous. Et quant à ce que je di, En partie, je le fay de peur.de le trop gréver. Or je discorde avec Chrysostôme, seulement en ceste particule, En partie. Car je l'interprète comme si elle estoit mise pour Aucune-* ment. Je sçay que S. Ambroise l'entend de la partie des Saincts, pour autant que l'Eglise des Corinthiens estoit divisée :

mais il y a plus de subtilité en cela, que de fermeté. |

6 Il suffit à celuy qui est tel, de ceste repréhension qui a esté faite par plu- ;

sieurs.

Car. Il.

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS,

1 Tellement qu'au contraire vous luy devez plustost pardonner, et le consoler, afin que celuy qui est tel, ne soit englouti de trop grande tristesse.

8 Parquoy je vous prie que vous ratifiez envers luy vostre charité.

9 Car pour cela aussi je vous ay escrit, afin de cognoistre l'expérience de vous, asçavoir si vous estes obéissans en toutes choses,

10 Or à celuy à qui vous pardonnez quelque chose, je pardonne aussi : car quant à moy, si j ay pardonné quelque chose & qui j'ay pardonné, je l'ay fait à cause de vous devant la face de Christ.

A1 Afin que nous ne soyons surprins de Satan: car nous n’ignorons point

se$ machinations.

6 Il suffit à celuy qui est tel. I estend maintenant sa débonnaireté, mesme envers celuy qui avoit offensé plus griefvement que tous les autres : et pour lequel il s’estoit courroucé aigrement contre tous, d'autant qu'ils avoyent dissimulé son péché. Puis qu’il espargne cestuyci mesme qui estoit digne de plus grande punition, les Corinthiens avoyent un bel exemple pour cognoistre combienil fuyoit trop grande austérité. Toutesfois il ne fait point cela pour l’esgard seulement des Corinthiens, mais pource que de son naturel il estoit aisé à appaiser. Néantmoins ils devoyent recognoistre en ceste douceur et facilité, la grande humanité de sainet Paul. Joint que non-seulement il se démonstre doux et traittable, mais exhorte les autres à le recevoir en grâce d'une mesme douceur. Mais considérons ceci un peu plus distinctement. Il est yci

question de celuy qui avoit commis inces- (e avec sa belle-mère. Pource que c’estoit un crime qui n’estoit nullement à endurer, sainct Paul avoit commandé que cest incestueux fust excommunié. Il avoit aussi rédargué aigrement les Corinthiens, de ce qu’ils avoyent si longuememt nourri ce malheureux en son péché p leur …‘dissimulation et patience. Or on voit bien par ce qui est yei dit, que ce paillard estoit venu à repentance, après avoir esté —… admonesté par l'Eglise. Sainct Paul donc

veut qu'on luy pardonne, et mesme qu’on

le console. C’est un passage digne d’estre diligemment observé. Car il enseigne de quelle équité et clémence doit estre —attrempée la discipline Ecclésiastique :

afin que la rigueur ne soit point excessive. La sévérité y est bien nécessajre, de

peur que par impunité (qui est appelée à

bon droict un alléchement à pécher) les

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gens de mauvaise vie ne soyent rendus plus hardis. Mais d'autre part, pource qu'il ya danger que celuy qu’on chastie ne perde courage, il y faut user de modération : Asçavoir que l’Eglise soit preste de luy pardonner, aussi tost qu’elle aura certainement cognu sa repentance.

En cest endroit il seroit requis que les Evesques de la primitive Eglise se fussent portez plus prudemment. Et de faict, ils ne sont point excusables: mais plustost il faut noter leur faute, afin que nous apprenions à nous en donner garde.

Sainct Paul se contente de la repentance du pécheur, à ce qu'il soit réconcilié: à l'Eglise : mais eux n’ayans nullement esgard à la repentance, ont fait des Canons d’une pénitence de trois et de sept ans, voire quelque fois de toute la vie: par lesquels ils excluent les povres pécheurs de la communion de l'Eglise. Et par ce moyen ou le pécheur s’estrange d’avantage de l'Eglise, ou pour le moins est induit à hypocrisie. Or encore que ceste ordonnance fust louable de soy, toutesfois pour la condamner, ceste seule raison me suflit, qu’elle est contraire à la règle du sainct Esprit que donne yci S. Paul.

7 Ne soil englouti, etc. C’est-ci la fin de l’excommunication quant à la personne de celuy qui a offensé : asçavoir qu’estant confus par le sentiment de son péché, il soit humilié devant Dieu et l'Eglise, et qu’il demande pardon avec vraye desplaisance et confession de sa faute. Celuy qui est amené jusques-là, ha plus de besoin de consolation que de répréhension aigre. Parquoy si nous persévérons à le traitter rudement, ce sera plustost une cruauté qu'une correction. Il se faut donc bien donner garde de les presser plus qu’il

est yci démonstré. Car il n’y a rien plus dangereux, que de donner occasion à Satan de solliciter le pécheur à désespoir. Or nous armons Satan, toutes fois et quantes que nous laissons sans consolation ceux qui sont vivement touchez de la Cognoissance de leur péché.

9 Car pour cela aussi je vous ay escrit. Il prévient l’objection qu'ils luy pouvoyent faire ainsi, Que voulois-tu donc dire, quand tu t’es courroucé si aigrement, de ce que nous ne le punissions point? D'un juge tant rigoureux devenir si soudainement advocat, n'est-ce pas signe d’un homme inconstant, et qui est mené de contraires affections? Ceste pensée pouvoit beaucoup diminuer de Pauthorité du sainet Apostre : mais il respond qu’il a obtenu ce qu'il demandoit : et pourtant qu’il est satisfait, et qu’il ne reste plus que donner lieu à miséricorde. Car leur nonchalance estant corrigée, il n’y avoit rien qui empeschast qu'ils ne relevassent par leur clémence ce povre homme le voyans bien confus et abbatu.

10 Or à celuy à qui vous pardonnez.

Afin de les appaiser plus facilement, il adjouste qu’il approuve et ratifie le pardon fait par eux à ce pécheur : comme s’il disoit, Ne faites point difficulté de pardonner: je vous promets que je tiendray pour agréable tout ce que vous aurez fait: et souscri dés maintenant au pardon que vous luy ferez. Secondement il dit qu’il fait cela sans feintise, et de bon cœur. Il avoit desjà monstré de quelle affection il désiroit qu’on prouveust au salut de ce povre homme : maintenant il afferme que mesme il ottroye volontiers cela aux Corinthiens. En lieu qu’il est yci dit, Devant la face de Christ, aucuns aiment mieux dire, En la personne de Christ: pource qu’en ceste réconciliation S. Paul estoit comme lieutenant de Christ, et représentoit aucunement sa personne. Mais je trouve meilleur l’autre sens : asçavoir qu’il proteste de pardonner de bon cœur et sans aucune feintise.

Car il à accoustumé d’user de ceste façon de parler, pour exprimer une vraye droiture et non fardée. Toutesfois si quelqu’un trouve meilleure l'autre exposition,

Car. II.

il faudra noter que la personne de Christ est yci mise en avant, pource qu’il n’y a chose qui nous doyve plus faire eneliner à miséricorde.

A1 Afin que nous ne soyons surprins de Satan. Ceci peut estre rapporté à ce qu’il avoit dit ci-dessus, de la trop grande tristesse. Car c’est une surprinse de Satan très dangereuse, quand nous ayant osté toute consolation, il nous engloutit comme un abysme de désespoir : et Chrysostôme l’expose ainsi. Toutesfois je l'aime mieux rapporter à sainct Paul et aux Corinthiens. Car il y avoit double danger qu’ils ne fussent surprins de Satan, asçavoir s'ils eussent esté trop austères et rigoureux, ou bien s’il y eust eu quelque discord entr’eux. Car il advient bien souvent que sous couleur d’un zèle de corriger, on tombe en une rigueur Pharisaïque, qui sera plustost pour ruiner le povre pécheur, que le guarir. Mais il me semble qu’il parle plustost du second danger. Car si sainct Paul n’eust obtempéré aucunement au désir des Corinthiens, Satan eust peu estre maistre en suscitant des dissensions entr’eux. Car nous n’ignorons point ses machinations.

C'est-à-dire, Nous sçavons, estans advertis par le Seigneur, que c’est la ruse ordinaire de Satan, quand il voit qu’il ne nous peut vaincre par guerre ouverte, d’user de surprises pour nous accabler.

Puis donc que nous sommes advertis

qu’il nous combat par moyens obliques, .

et machinations secrètes, il nous faut prévoir de loin, et regarder songneusement qu'il ne nous nuise de quelque costé. Le mot Grec signifie proprement Pensées: mais il est yci prins en mau-

vaise part, pour ruses et machinations

cauteleuses de Satan, lesquelles ne doyvent point estre incognues aux fidèles, et ne le seront aussi, moyennant qu’ils se

soumettent à la conduite de l'Esprit de

Dieu. En somme, puis que Dieu nous admoneste que Satan espie de tous costez pour nous surprendre, et aussi nous advertit des moyens par lesquels nous pouvons estre surprins par luy: c’est à nous maintenant d'y obvier de bonne heure, afin qu'il ne trouve nulle entrée sur nous,

Cuar. IL.

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

2 Au surplus estant venu en Troas pour l'Evangile de Christ, encores que l'huis m'eust esté ouvert par le Seigneur, 13 Je n'ay point eu de relasche en mon esprit, d'autant que je n'ay trouvé Tite mon frère : ains ayant prins congé d'eux, je m'en suis venu en Macédone. 11 Or grâces à Dieu, qui tousjours nous fait triompher en Christ, et qui manifeste par nous l'odeur de sa cognoissance en tous lieux. 15 Car nous sommes bonne odeur de Christ à Dieu, en ceux qui sont sauvez,

el en ceux qui périssent.

16 C’est ascavoir odeur de mort à mort à ceux-ci, et odeur de vie à vie à ceux-là. Et qui est suffisant pour ces choses?

17 Car nous ne sommes point comme plusieurs, corrompans la parole de Dieu : ains nous parlons comme en pureté, et comme de par Dieu, devant Dieu

en Christ!

1) Ou, Car nous ne faisons pas traffique de la parole de Dieu, comme font plusieurs, ains nous parlons touchant Christ,

où, selon Christ, comme en intégrité, et comme de par Dieu, devant Dieu, 2

12 Au surplus estant venu en Troas.

Maintenant en récitant ce qu’il a fait cependant, où c’est qu'il a esté, et quel chemin il a tenu en son voyage, il conferme de plus en plus ce qu’il avoit dit auparayant de sa venue vers les Corinthiens. Il dit qu’il est venu d’Ephèse à Troas pour VEvangile. Car il ne luy faloit pas passer par là pour aller en Achaïe, sinon qu'il eust voulu passer par Macédone. Mais d'autant qu’il n’avoit point là trouvé Tite, lequel il avoit envoyé à Corinthe, et par lequel il devoit estre adverti de l’estat de l'Eglise de Corinthe : combien qu’il eust peu faire un grand fruit en ce lieu-là, et - que l’occasion s’y présentast, toutesfois il dit qu'ayant délaissé toutes choses, il est venu en Macédone, désirant de veoir Tite. C’est un argument d’une singulière amitié qu’il portoit aux Corinthiens, de ce qu’il estoit tant songneux d’eux, qu’il ne reposox en lieu quelconque, voire, encore qu'il y eust espérance de pouvoir grandement proufiter, jusques à ce qu'il

eust cognu de leurs affaires. On peut veoir par ceci, pourquoy il avoit différé Sa venue, asçavoir qu’il ne vouloit point Venir à eux, que premièrement il n’eust parlé à Tite. Puis après, par le rapport que Tite luy en feit, il entendit qu’il n’estoit pas encore temps de venir à eux. Il est donc tout évident que S. Paul aimoit tant les Corinthiens, qu’il accommodoit à leur salut tous ses voyages et longs cireuits , et pourtant il estoit venu à eux

Cor., IV, 2.

plus tard qu’il n’avoit promis : non pas qu'ayant mis en oubli sa promesse, il eust changé d'opinion à la volée, ou qu’il eust esté transporté de quelque légèreté :

mais pource que son retardement leur estoit plus proufitable. Encores que l'huis m'ait esté ouvert, etc. Nous avons parlé de ceste similitude sur le dernier chapitre de l’Epistre précédente. Elle emporte que l'occasion s’est présentée d'avancer l’Evangile. Car tout ainsi que nous pouvons entrer quand l’huis est ouvert, aussi les serviteurs du Seigneur font des avancemens, quand le moyen leur est offert.

L'huis est fermé, quand il n’apparoist nulle espérance de proufiter. Or tout ainsi que quand l’huis est fermé, il vaut mieux chercher une autre addresse, qu’en passant outre nous tormenter pour néant, et nous travailler sans propos : aussi quand quelque moyen dédifier apparoist, estimons que l’huis nous est ouvert par la main de Dieu, pour y introduire là Christ, et ne refusons point de nous employer en ce que nous pourrons servir, quand nous voyons que Dieu nous y invite si libéralement. Mais il semble que S. Paul ait failli en cela, que ne tenant conte, ou pour le moins délaissant le moyen qu'il voyoit présent et en main, il s’en est allé en Macédone. Ne faloit-il pas plustost persister en l’œuvre qu’il avoit entre mains, qu'après lavoir seulement encommencée, lever le siége pour s’en aller ailleurs ? Et nous avons desjà dit que l'ouverture de

l’huis est un tesmoignage évident que | Dieu appelle: ce qui est très véritable. Je respon, Que veu que $S. Paul n’estoit point sujet ne tenu à une Eglise seule, mais obligé à plusieurs ensemble, il ne devoit pas pour le regard d’une seule, délaisser la charge des autres. D’avantage, que d'autant plus qu’il avoit de conjonction et amitié avec l’Eglise de Corinthe, que tant plus il devoit estre enclin à luy donner secours. Car il nous faut bien penser qu’il estoit raisonnable que lEglise qu’il avoit fondée par son ministère, fust aimée de Iuy d’une affection singulière et spéciale. Comme aujourd’huy c’est nostre devoir de procurer le salut de toute l’Eglise, et avoir soin de tout le corps dicelle: toutesfois un chacun ha une plus saincte et plus grande amitié envers l'Eglise qu'il sert particulièrement. Les affaires ne se portoyent guères bien à Corinthe, tellement que sainct Paul estoit en grande perplexité de Pis-

sue qui en pouvoit advenir. Ce n’est donc |

point de merveilles si cela le pressant, il a laissé une oecasion, laquelle sans cela il ne faloit mespriser. Combien qu’il n’est point vraysemblable qu'il soit parti de Troas, qu'il n’ait auparavant introduit en son lieu quelqu'un qui suyvist l'ouverture que Dieu avoit faite.

44 Or grâces à Dieu. I] se glorifie yci derechef, de ce que son ministère avoit bien proufité: et dit qu’il n’a point esté oisif en quelque part qu’il soit venu. Mais afin que cela ne soit point trouvé mauvais, il commence par action de grâces, laquelle il répétera encore ci-après. Or ce n'est point par ambition qu'il magnifie ce qu’il à fait, ou pour faire valoir sa renommée, et ne rend point grâces à Dieu, par feintise, comme le Pharisien, estant cependant enflé d’orgueil et arrOgance , Luc, XVIEE, v. 44: mais sans aucune hypocrisie il désire que tout ce qui estoit digne de louange, soit recognu pour une œuvre de Dieu, afin que sa vertu et puissance soit seule magnifiéè. Et ce qu'il raconte ses propres louanges , c’est au proufit des Corinthiens , afin que quand ils orront dire qu’il a servi au Seigneur ailleurs avec si grand fruit, ils donnent ordre que son labeur n’ait point esté inu-

cipal chef de armée,

-neur. Tout ainsi donc que tous les Mi-

Cap. IE,

tile envers eux, et qu'ils apprenent à“ avoir en révérence son ministère, lequel le Seigneur avoit orné par tout de si grande gloire et fruit. Car c’est une vilenie de mespriser ou peu estimer ce que Dieu a si grandement honoré. Or il n’y avoit rien plus dangereux, pour les Corinthiens , que d’avoir mauvaise opinion « de l’Aposiolat et doctrine de $S. Paul : et” au contraire , il n’y avoit rien qui leur” fust plus proufitable, que d’avoir tous les deux en révérence. Desjà plusieurs commençoyent à l’avoir en mespris : pourtant !

il n’estoit pas besoin qu'il se teust. Mais outre ce qui a esté dit, il nous faut aussi entendre qu’il oppose ceste saiucte gloire à la mesdisance des meschans. Qui toüs-« jours nous fait triompher. Si nous tour-* nons ceci de mot à mot, il y aura, Qui triomphe toujours de nous. Mais sainct À Paut l’entend autrement que le mot Latin ne porte. Car on triomphoit des prison-« niers, quand ils estoyent traînez par ign0-" minie devant le char dû vainqueur, estans" garrotez et enchaïnez. Mais S. Paul entend que luy aussi estoit participant du“ triomphe duquel Dieu triomphoïit ,‘ d’au= tant que ce triomphe-là éstoit acquis par son labeur. Comme jadis és triomphes les“ lieutenans estans à cheval auprès du prin-" accompagnoyent, 1 son char, comme participans de Phon-. à

nistres de l'Evangile bataillent sous la 1 conduite de Dieu, aussi luy Woo

la victoire et l'honneur du triomphe :

toutesfois selon le degré et la charge qu’il leur a baïllée en sa gendarmerie, a.

selon qu’ils se sont portez | vaillatriént, il les fait participans de son triomphe.

Aïnsi, il est bien vray qu'ils iriomphent | mais c’est plustost au nom de Dieu, qu'en leur propre nom. Il adjouste, £n Christ, en la personne duquel luy-mesme trim pe, comme il luy a conféré toute “| | gloire de domination et empire. Si quel e| | qu’un aime mieux le tourner, Qui {HOME phe par nous : encores en cesté sort le sens ne conviendra pas mal. L’odeur

sa cognoissance. Voÿlà le triomphe duquel il à parlé, asçavoir que Dieu beson=… gnoit par luy puissamment ét Magnifique ment, comme perfumant les hommes de.

CHar. il.

l’odeur salutaire de sa grâce, entant que par sa doctrine il en amenoit aucuns à la cognoissance de Christ. Or il continue ceste similitude d’odeur , par laquelle il exprime tant la souefvelé amiable de VEvangile, que la vertu et efficace qu’il ha à inspirer la vie. Cependant sainct Paul admoneste, que tant s’en faut que sa prédication soit sans saveur , que de sa seule odeur elle vivifie les âmes. Apprenons de ceci, qu'il n’y en a point d’autres qui proufitent deuement en l'Evangile, sinon ceux qui par l'odeur souefve de Christ Sont incitez à le désirer, tellement qu’ils abandonnent le monde et ses alléchemens.

Il dit, En tous lieux : en quoy il signifie qu’il ne passe par lieu quelconque où il ne face quelque fruit: et qu’en quelque part qu’il soit, là apparoïist le pris de son labeur. Les Corinthiens Sçavoyent bien en combien de lieux il avoit semé l’Evangile au paravant, il dit maintenant que la bénédiction de Dieu continue sur son ministère comme on l’y avoit apperceue au commencement.

15 Car nous sommes bonne odeur de Christ. Il transfère maintenant aux personnes des Apostres la similitude, laquelle il avoit appropriée à la cognoissance de Christ: mais C’est par une mesme raison.

Car tout ainsi qu’ils sont appelez la lumière du monde, Matth., V, v. 14, pource qu’en portant comme le flambeau de l’Evangile, ils illuminent les hommes, et non pas qu’ils leur esclairent par leur propre lueur et splendeur : aussi ont-ils ce nom d’odeur, non pas qu'aucune bonne senteur procède d'eux, mais pource que la doctrine qu'ils portent est odoriférante, et suffisante pour remplir tout le monde de sa senteur souefve. Or il est certain que céste louange appartient à tous Ministres . de l'Evangile: pource qu’en quelque lieu que la prédication de l'Evangile est pure et non point fardée, là on trouvera ceste efficace de bonne odeur, de laquelle parle yci sainct Paul. Toutesfois il ne faut point douter qu’il ne parle particulièrement de soy et de ses semblables, tournant à sa louange ce que les détracteurs imputoyent à vice. Car ce que plusieurs luy résistoyent, et qu’il estoit exposé à la haine de plusieurs, estoit cause qu’ils

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

le mesprisoyent. Il respond donc que les vrais et fidèles Ministres de l'Evangile sentent bon devant Dieu, non-seulement quand ils vivifient les âmes d’odeur salutaire, mais aussi quand ils apportent la ruine aux meschans. Parquoy, que V'Evangile ne doit point moins estre estimé pour cela. L'une et l’autre odeur, dit-il, est agréable à Dieu : et celle par laquelle les éleus sont récréez à salut ; et celle par laquelle les réprouvez sont mis à mort. Voyci un trèshbeau passage, par lequel nous sommes enseignez que quelque issue qu’ait nostre prédication, Dieu toutesfois prendra tousjours plaisir que son Evangile soit presché, et nostre service luy sera tousjours agréable, et rien ne sera diminué de la dignité de PEvangile, jà soit qu’il ne proufite pas à tous.

Car en cela mesme Dieu est glorifié, que l'Evangile tourne en condamnation aux meschans : et mesme il faut qu’il en adviene ainsi. Que si ceste odeur est souefve à Dieu, elle le nous doit aussi estre:

c’est-à-dire , il ne faut point que nous soyons offensez, si la prédication de l'Evangile n’est point salutaire à tous ; mais considérons plustost qu’il nous doit plus que suffire, si en apportant juste Condamnation aux réprouvez, elle avance la gloire de Dieu. Et au reste si les annonciateurs de l'Evangile sentent mal et puent au monde, pource que l'issue de leur prédication n’est point telle qu’il seroit à désirer: ils ont en ceci grande consolation, qu’ils encensent à Dieu un perfum de bonne senteur : et ce que le monde trouve puanteur, est une bonne odeur à Dieu et à ses Anges. Ce mot d’Odeur emporte beaucoup. Car C’est autant comme s’il eust dit, La force de l’Evangile est si grande d’une sorte et d'autre, que non-seulement le goust, mais aussi le flairer en est vivifiant ou mortel. Quoy qu'il y ait, il n’est jamais presché en vain : mais faut tousjours qu’il monstre sa vertu, soit à mort ou à vie. Mais on pourroit demander : Comment convient ceci avec la nature de l'Evangile, lequel il appellera ci-après Ministère de vie? La response est facile à faire : asçavoir que ce que l'Evangile est presché à salut, c’est son propre naturel, mais il n’y a

que les fidèles qui soyent participans de ce salut : et que cependant il est occasion de condamnation aux incrédules, ce qui advient par leur faute. Ainsi aussi Christ n’est point venu au monde pour condamner le monde : car quel besoin estoit-il qu’il y veinst pour cela, veu que hors de luy, nous sommes tous damnez ?

Toutesfois il envoye ses Apostres aussi bien pour lier que pour deslier : aussi bien pour retenir les péchez que pour les pardonner. Il est la lumière du monde, mais il aveugle les infidèles. Il est la pierre du fondement, mais aussi il est à plusieurs pierre de scandale et achoppement. Parquoy, il faut tousjours faire distinction entre le propre et naturel office de l'Evangile, et celuy qu’il ha par accident, lequel doit estre imputé à la perversité des hommes , par laquelle il advient que la vie leur est tournée en mort.

16 Et qui est suffisant pour ces choses? Aucuns pensent que ceste exclamation est yci entrelacée pour éviter arrogance , pource qu’il confesse que c’est une chose par-dessus toute puissance humaine , de faire office de loyal et fidèle Apostre devant Christ, et par ce moyen la louange est attribuée à Dieu. Les autres pensent qu’il veut toucher comment il y a bien peu de bons Ministres. Quant à moy, je pense qu’il y a une antithèse cachée sous ceci , laquelle est incontinent après exprimée: comme s’il disoit, C’est une chose toute commune, que de se renommer tel, et on en trouve assez qui se vantent avec asseurance : mais avoir la chose en vérité, C’est une vertu excellente, et bien clair semée. Je ne m’attribue rien qu’on ne trouve en moy, si on vient jusques à l’esplucher. Comme ainsi soit donc que tous ceux ausquels l'office est commun, usurpent à eux indifféremment le titre, Sainct Paul s’attribuant une excellence spéciale, se sépare du nombre de ceux qui n’avoyent aucune goutte de la vertu du $S. Esprit, ou bien peu.

17 Car nous ne sommes point, elc.

Maintenant il s'oppose plus apertement aux faux-apostres, et ce par manière d'amplification : et aussi afin de les forclorre de la louange qu’il s’estoit attribuée. À bon droict, dit-il, je parle

Car. I.

honorablement de mon Apostolat : car je ne crain point qu’on m’argue de mensonge, si on veut faire expérience de la chose. Mais plusieurs s’en attribuent autant à fausses enseignes, lesquels ne se trouveront point avoir rien de semblable avec moy. Car ils corrompent et dépravent la parole du Seigneur, que j’administre fidèlement et purement à l’édification de l'Eglise. Au demeurant, il ne me semble point estre vray-semblable, que ceux qui sont yci taxez, ayent presché doctrines fausses et apertement meschantes, mais plustost je pense qu’ayans esgard à leur proufit et ambition ils ont corrompu le droit usage de la doctrine :

tellement qu’elle n’avoit plus de vertu. Cest ce qu’il appelle Corrompre. Le mot Grec qui est yci mis, est pris des revendeurs ou taverniers, qui ont accoustumé de farder leurs denrées, afin qu’ils les vendent plus cher. Erasme l’a traduit par un autre mot Latin que moy, qui vient d’un mot qui signifie Tavernier :

mais je ne sçay si les Latins le prenent en la signification en laquelle il Pa mis.

Vray est qu’il est bien certain par le membre contraire, que sainct Paul a voulu yci exprimer la corruption de la doctrine. Non pas que telles gens se révoltassent de la vérité, mais pource qu’ils la fardoyent, et la proposoyent ainsi fardée au peuple, et non point en sa vraye pureté. Car la doctrine de Dieu est corrompue en deux sortes. Directement, quand estant meslée avec fausseté, elle n’est plus: la pure et nayfve doctrine de Dieu, mais est faussement couverte de ce titre honorable. Indirectement, quand en gardant la pureté d’icelle, toutesfois on la tourne çà et là, pour acquérir la grâce et faveur des hommes : et quand on la desfigure de fardemens déshonnestes pour acquérir la grâce des hommes. Comme on en trouvera aucuns, en la doctrine desquels il n’y aura point d’impiété : mais pource qu’ils pourchassent la louange du monde, en faisant ostentation de leur subtilité et faconde : ou pource que par ambition ils prétendent de parvenir à quelque place : ou tendent à un gain déshonneste, ou désirent de se faire valoir en

Cuar. HE.

sorte que ce soit, ils ne laissent pas de corrompre la doctrine, d'autant qu'ils abusent d’icelle faussement, et la font servir à leurs meschantes affections. Je suis bien content donc de retenir ce mot de Corrompre : pour autant qu’il exprime mieux ce qui advient coustumièrement à tous ceux qui se jouent de la saincte parole de Dieu, cemme d’une pelote, et la transforment à leur poste. Car il faut nécessairement qu'ils forlignent de la vérité, et qu’ils preschent un Evangile bastard et fait à plaisir. Mais nous parlons comme en pureté. Ce mot Comme est yci superflu, comme en plusieurs autres lieux. À l’opposite de la corruption de laquelle il avoit fait mention, il met premièrement Pureté, laquelle se peut rapporter tant à la forme de la prédication, qu’à l'affection du cœur. Le second sens me semble meilleur. Puis après il oppose à ceste corruption la dispensation fidèle et de bonne

SUR LA lie ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

conscience, entant qu’il distribue tidèlement à l’Eglise de main en main, comme On dit, l'Evangile lequel le Seigneur luy avoit commis et comme donné en garde.

Tiercement, il adjouste le regard de la présence de Dieu. Car quiconque aura ces trois choses, il ne faut point qu’on craigne qu’il s’addonne jamais à corrompre la parole de Dieu. Le premier est, que nous soyons menez d’un vray zèle de Dieu. Le second, qu’il nous souviene que c’est son affaire que nous menons, et que ne mettions rien en avant, sinon ce qui sera procédé de lui. Le troisième, que nous pensions que nous ne faisons rien, de quoy il ne soit tesmoin, et qu’il ne le voye bien : afin que nous apprenions à rapporter toutes choses à son jugement. Quand il dit £n Christ, c’est autant comme s'il disoit, Selon Christ. Car de traduire comme a fait Erasme, Par Christ : cela ne convient point à l’intention de sainct Paul.

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