‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 68 sur 99 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

À Car nous scavons que si nostre habitation terrestre de teste loge est destruile, nous avons une édifice de par Dieu, asçavoir une maison éternelle és

cieux, qui n’est point faite de main.

2 Car aussi pour cela nous gémissons, désirans estre revestus de nostre do-

micile qui est du ciel.

3 Si toulesfois nous sommes trouvez aussi vestus, et non point nuds*.

1) Ou, Si toutesfois nous sommes trouvez veslus. Ou, Veu qu’aus:1 nous serons trouvez, elc. Ou, Veu que mesmes après avoir esté despouillez, nous ne serons trouvez nuds, Apoc., XVI, 15.

Car. V.

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

k Car nous qui sommes en ceste loge, gémissons estans chargez : pource que nous désirons ! non point d’estre despouillez, mais d'estre revestus, àfin que ce

qui est mortel soît englouti par la vie.

5 Or celuy qui nous a formez à cela mesme,

donné les arres de l'Esprit.

c’est Dieu, lequel aussi nous a

6 Parquoy en ayant tousjours confiance, et scachant que nous sommes voya- . gers en ce corps, nous sommes absens du Seigneur.

7 (Car nous cheminons par foy, el non par veuë.) |

8 Mais nous-nous asseurons, et aimons mieux estre hors du cor ps, el estre

avec le Seigneur.

1) Ou, en laquelle nous désirons.

A Car nous scavons. S’ensuit une déclaration de la sentence précédente, plus ample et comme enrichie, Car sainct Paul tend à cela, qu’il veut corriger en nous Pimpatience, l'horreur et ennuy de là croix, le contentement de petitesse, brief l’orgueil et les délices : ce qu'il ne peut faire, sinon en nous éslevant jusques au ciel par le mespris de ce monde.

Or il se fonde sur deux argumens : d’un costé il monstre la misérable condition des hommes en ce monde : d’autre part, la souveraine et parfaite béatitude que les” fidèles attendent au ciel après la mort. Car qu'est-ce qui retient si fort lés hommes en une convoitise perverse de la vie présente, sinon qu’ils se déçoyvert, par fausse imagination : asçavoir qu'ils pensent estre bien-heureux en vivant en ce monde? Mais il ne suffit pas d’avoir entendu les misères de ceste vie présente, si nous ne réduisons en mémoire la félicité de la vie à-venir. C’est une affection commune tant aux bons qu'aux mauvais, que les uns et les autres appètent de vivre : ceci aussi est commun à tous deux, que quand ils pensent à combien de misères ils sont sujets (Sinon que les intidèles ne recognoissent autre adversité que la corporelle : mais les fidèles sont touchez plus au vif des misères spirituelles) ils gémissent bien souvent, ils se plaignent re leur condition, et désirent quelque remède à leurs

maux. Mais pource que tous ont naturel-

Jement la mort en horreur, les infidèles né partent jamais de ce monde sinon à regret, excepté quand ils se faschent

de vivre, ou quand ils sont désespé-

rez. Mais les fidèles laissent ce monde

volontairement, pource qu'ils ont une!

meilleure espérance qui leur est proposée hors le monde. Voylà la somme de l’argument. maintenant éspluchons lés mots l’un après l’autre. Nous scavons, dit-il.

Ce sçavoir ne procède pas de l'esprit humain, mais de la révélation du sainet Esprit : parquoy il est propre et particulier aux fidèles. Les Payens ont bien eù quelque opinion de l’immortalité de l’âme, mais pas un deux r’en a rien eu de certain : pas un d'eux ne s’est peu vanter qu’il parlast d’une chose qui luy fust cognuë. I n’y à que les fidèles qui puissent parler ainsi, lesquels en ont certain tesmoignage par la parole et l'Esprit de Dieu. D’ avantage il faut noter que ceste Cognoissance nest pas seulement universelle : comme si les fidèles estoyent per- Suadez seulement en général que la condition des enfans de Dieu sera meilleure après la mort, et que cependant chacun d'eux ne fust point asseuré de sa propre félicité. Car cela serviroit bien peu à une Si haute consolation. Mais il faut qu’un chacun à part ait Science particulière de SOy. Car C’est cela seul qui enhardit un chacun de nous à endurer la mort gayement, asçavoir quand il ha certaine persuasion qu’il s’en va jouir d’une vie meilleure et plus heureuse. I appelle le corps tel que nous avons maintenant //abitation de loge. Car comme on bastit les tabernacles où loges pour y loger seulement quelque temps, et d’une matière légère, et-sans ferme fondement, et puis après on les démolit, ou elles tombent d’elles-mesmes : ainsi le corps morte] est donné aux hommes comme une logette caduque, en laquelle ils habitent quelque peu de jours. De laquelle similitade sainèt Pierre à aussi uséen Sa @Cr-

nière Epistre, chap. I, v. 43, 44 : et Job aussi, Chap. IV, v. 49, quand il l'appelle une maison de terre. L’Apostre oppose à ceste loge, un édifice qui durera à perpétuité, quand il dit Maison éternelle és cieux. Par lequel nom il est incertain s’il signifie l’estat de l’immortalité bienheureuse, qui est préparé aux fidèles après la mort, ou bien le corps incorruptible et glorieux, tel qu’il sera après la résurrection. Auquel de ces deux sens qu’on le voudra prendre, il n’y a point d’inconvénient : combien que j'aime mieux le prendre en sorte que l’estat bien-heureux de l’âme après la mort soit le commencement de cest édifice : et que Ja gloire de la dernière résurrection en soit la consommation et accomplissement.

Ceste exposition sera mieux prouvée par la continuation du texte de lApostre.

Les épithètes qu’il attribue à cest édifice, servent à mieux confermer la perpétuité.

3 Si luutesfois nous sommes trouvez aussi vestus, el non point nuds. Il restreint aux fidèles ce qu'il avoit dit de la certitude de la vie à-venir : comme aussi cela leur est péculier. Car les meschans aussi sont despouillez de leurs corps :

mais pource qu'ils n’apportent rien devant la face de Dieu, qu’une nudité ignominieuse, à ceste cause ils ne sont point revestus d’un corps glorieux. Mais les fidèles qui comparoissent devant la face de Dieu vestus de Christ, et ornez de sa justice, reçoyvent la robbe glorieuse d’immortalité. Car je l’aime mieux prendre ainsi, que selon Chrysostôme, et les autres, qui pensent n’estre rien yci dit de nouveau, mais que seulement il répète ce qu’il avoit dit auparavant de revestir un domicile éternel. Sainct Paul donc raconte yci double vestement, duquel nous sommes vestus de Dieu : asçavoir la justice de Christ en ceste vie avec la sanctification de l'Esprit : et après la mort, l’immortalité et gloire, Rom., chap. VII, v. 29. Le premier est la cause du second, Car ceux que Dieu a délibéré de glorifier, il les justifie premièrement.

Et nous recueillons ce sens de ce mot Aussi, lequel sans doute a esté entrelacé pour amplifier : comme si sainct Paul eust dit, qu’une nouvelle robbe sera ap-

Car. V.

prestée aux fidèles après la mort, voire s'ils ont esté vestus en ceste vie aussi.

4 Gémissons estans chargez. Les infidèles aussi gémissent, pource qu'ils ne se contentent point de la condition présente : mais puis après l'affection contraire surmonte en eux : C’est asçavoir le désir de vivre, en sorte qu’ils ont la mort en horreur, et ne se faschent point de la longueur de ceste vie mortelle. Mais le gémissement des fidèles provient de ce qu’ils sçavent qu'ils sont en ce monde, comme en un exil et hors de leurs pays, et qu’ils sont enfermez en ce corps comme dedans une prison. Ils se faschent de ceste vie : pource qu’ils ne peuvent jouir en icelle &e la vraye et parfaite béatitude, pource qu’ils ne peuvent estre exempts de la servitude de péché, sinon par mort : et pour ceste cause ils aspirent ailleurs. Mais veu que naturellement tous animaux appètent d’estre, comment se peut-il faire que les fidèles soyent contens de n’estre plus? L’Apostre donne solution à ceste question, quand il dit que les fidèles n’appètent pas la mort, afin de perdre quelque chose, mais ayans esgard à une meilleure vie : combien que les paroles expriment encore plus. Car il accorde que nous fuyons naturellement la privation de ceste vie présente, tout ainsi que nul n’endurera pas aiséement qu’on le despouille de ses vestemens : mais il adjouste puis après, que l’horreur naturelle de la mort est surmontée par la fiance qu'ont les fidèles. Comme quelqu'un jettera là volontiers une robbe de gros drap, orde, usée, et deschirée, pour estre revestu d’une autre qui sera belle, nette, neufve et durable. Il expose puis après la similitude, disant, Æ4fin que ce qui est mortel, soit englouti par la vie, Car pource que la chair et le sang ne peuvent posséder le Royaume de Dieu en héritage, il faut nécessairement que ce qui est corruptible en nostre nature, dépérisse, A Cor., XV, 50 : afin que nous soyons vrayement restablis et remis en estat parfait. Pour ceste raison nostre corps est appelé prison, laquelle nous tient enfermez.

5 Or celuy qui nous a formez à cela mesme, C’est Dieu, lequel aussi nous &

donné les arres de l'Esprit. Ceci est adjousté afin que nous sçachions que ceste affection est supernaturelle. Car le propre sens de nostre nature ne nous poussera pas à cela : pource qu’il ne comprend point ceste compensation de cent fois autant, laquelle procède de la mortification du grain, Jeban, XII, 24. Il faut donc que nous soyons préparez à cela de la main de Dieu. Et quant et quant il adjouste le moyen : asçavoir qu'il nous conferme par son Esprit comme d'une arre. Combien que ceste particule, Aussi, semble estre mise pour amplification, comme s’il eust dit, C’est Dieu qui forme en nous ce désir : et afin que le courage ne nous faille ou viene à estre esbranlé de doute, le sainct Esprit nous est donné comme pour une arre :

car il ratifie et conferme la vérité de la promesse par le tesmoignage qu’il nous rend en nos cœurs. Car ce sont les deux offices du sainct Esprit : premièrement de monstrer aux fidèles ce qu’ils doyvent désirer : puis d’esmouvoir leurs cœurs avec efficace, et leur oster toute doute, afin qu’ils persévèrent constamment en l'élection du bien. Toutesfois il ne conviendra point mal d’estendre plus loin le mot de Préparer : asçavoir au renouvellement de vie, duquel Dieu orne les siens desjà en ce monde : pource qu’en ce faisant il les sépare desjà d'avec les autres, et monstre que par sa grâce ils sont destinez à une condition péculière.

6 Parquoy en ayant, etc. C’est asçavoir, estans asseurez par l’arre de l’Esprit : car autrement nous tremblons tousjours, ou pour le moins par fois nous sommes asseurez, et par fois nous craignons : et l’asseurance de nostre cœur ne continue jamais d’un mesme fil. Ainsi donc ce bon courage duquel parle yci sainct Paul, ne se trouve point en nos cœurs, Sinon quand ils sont soustenus par l'Esprit de Dieu. Ce mot £t, qui s’ensuit incontinent après, se doit résoudre en Car : ou, Pource que : en ceste sorte, Nous avons bon courage, pource que nous sçavons que nous sommes absens du Seigneur, etc. Car ceste cognoissance est cause de nostre tranquillité et confiance. Car la raison de ce que les infi-

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

dèles sont perpétuellement angoissez d'inquiétude, ou frémissent obstinéement à l’encontre de Dieu, est qu'ils pensent périr tout incontinent, et constituent le souverain et dernier poinct de leur félicité en ceste vie. Mais nous, nous vivons en paix, prenans {out en gré : et allonsà la mort joyeusement, pource que nous avons espérance d’une meilleure vie.

Nous sommes absens du Seigneur.

Toute l’Escriture rend tesmoignage que Dieu nous est présent : yci sainct Paul enseigne que nous sommes absens de luy : ce qui semble de prime face estre contraire. Mais la solution de ceste difficulté sera facile, quand nous considérerons les diverses manières d’absence ou présence. Ainsi donc Dieu est présent à tous hommes, pource qu’il les soustient par sa vertu : il habite en eux, pource qu'ils vivent par luy, qu’ils subsistent par luy, et ont mouvement par luy. Actes, chapitre X VIT, v. 28. Il est présent à ses fidèles, par une plus grande efficace de son Esprit : il vit en eux, il réside au milieu d'eux, voire dedans eux. Mais cependant il est absent de nous, pource qu’il ne se présente point à nous face à face, pour autant que nous sommes encore en exil, eslongnez de son Royaume, et n'avons point encore ceste bien-heureuse immortalité de laquelle jouyssent les Anges qui sont avec luy. Combien qu'Estre absens, ne se rapporte yci sinon à la cognoissance : comme il appert par la raison qui est ci-après adjoustée.

7 Car nous cheminons par foy, et non par veuë. Jay tourné le mot Grec qui est yci mis, Veuë : pource que bien peu de gens entendoyent que c’estoit à dire espèce, ainsi qu’on à accoustumé de traduire en Latin ce mot Grec. Il rend la cause pourquoy nous sommes maintenant absens du Seigneur : asçavoir pource que nous ne le voyons pas face à face. Voylà la manière de l’absence : asçavoir que nous ne contemplons pas encore nostre Dieu ainsi qu’il est. Et nous ne le voyons pas, pource que nous cheminons par foy. Or c’est à bon droict que la foy est opposée à la veuë : pource qu’elle comprend les choses qui sont cachées au sens humain : pource qu’elle

s’estend aux choses à-venir, lesquelles napparoissent encore. Car la condition des fidèles est telle, qu’ils ressemblent plustost à gens morts que vivans, qu’ils semblent souvent estre délaissez de Dieu, qu’ils portent tousjours matière de mort enclos dedans eux. Parquoy il faut nécessairement qu’ils espèrent contre toute espérance. Or les choses que nous espérons, Sont cachées, comme il est dit au chapitre VITE, v. 24 des Romains, et la foy est unie manifestation des choses qui n’apparoissent point. Il ne se faut donc point esbahir si le sainct Apostre dit que nous ne jouissons point encore du regard tandis que nous cheminons par foy. Nous voyons bien, mais ce n’est que par un miroir eten obscurité : c’est-à-dire qu’en lieu de la chose en effet, nous-nous tenons à la parole.

8 Nous nous asseurons. 1 répète encore une fois ce qu’il avoit dit de la confiance des fidèles : que tant s’en faut qu’ils défaillent sous le fais de la croix, et qu'ils perdent courage pour les afilictions, que par cela ils devienent plus forts et courageux. Car le plus extrême mal, c’est la mort : néantmoiïns les fidèles y aspirent comme à ce qui est le commencement de la parfaite béatitude. Et pour {ant ce mot Æt, se peut résoudre en Car, ou, Pource que : en ceste sorte, Rien ne nous peut advenir, qui nous puisse arracher la confiance et le bon courage que pous avons. Car certes la mort que Îles autres ont en si grand’ horreur, nous est un grand gain. Car il n’y a rien plus heureux que de sortir hors de-ce corps : afin que nous puissions parvenir à la compagnie de Dieu, et jouir de sa présence ouvertement et à la vérité. Nous ne perdons donc rien du nostre par la corruption de l’homme extérieur, Il faut vei noter ce qui a esté dit desjà une fois, Asçavoir que la vraye foy non-seulement engendre un mespris de la mort, mais qui plus est, elle nous la fait désirer : et que pourtant au contraire, c’est un signe d’infidélité, quand lhorreur de la mort domine en nous par-dessus la joye et consolation de l'espérance. Au reste, ce que les fidèles souhaitent la mort, ce n’est pas qu'ils

vucillent prévenir le jour du Seigneur par.

Car. V.

un désir importun : car ils se tienent pied coy de leur bon gré en ceste habitation terrienne, tant qu’il plaira au Seigneur : veu qu’ils aiment mieux vivre à la gloire de Christ, que de mourir à euxmesmes, c’est-à-dire pour leur propre proufit et utilité. Car je désir duquel parle sainct Paul, est de la foy : parquoy il n’est nullement contraire à la volonté de Dieu. On peut aussi recueillir par ces paroles de S. Paul, que les âmes vivent devant Dieu, après qu’elles sont séparées des corps. Car si estans hors des corps, elles ont Dieu présent avec elles, certes elles vivent avec luy: Aucuns demandent yci, Comment done s’est fait cela, que les saincts Pères ont eu la mort en si grand” horreur : comme David, Ezéchias, et toute PEglise d'Israël? ainsi qu'on peut veoir par le Pseaume VI : par le ch. XXX VIE, v. 3 d’'Isaïe : et par le Pseaume CXV, 17.

Je sçay bien ce qu’on a accoustumé de respondre, asçavoir qu’ils ont eu la mort en si grand’ horreur, pource que la révélation de la vie à-venir estoit encore obscure, et par conséquent la consolation bien petite. Je confesse bien que cela est quelque chose, mais ce n’est pas le tout.

Car les saints Pères dés l'Eglise ancienpe n’ont pas tousjours tremblé quand la mort leur a esté annoncée : mais qui plus est, ils ont embrassé la mort joyeusement et alaigrement. Car Abraham est sorti de ce monde rassasié de jours, et Sans regret. Gen., XXV, 8. Il nest point leu qu’Isaac ait fuy la mort, Gen., XXXV, v. 29. Jacob prestà rendre l’esprit, proteste qu’il attend le salut du Seigneur, Gen., XLIX, 18. Et David mesme meurt paisiblement, sans se lamenter, 1 Roïs, Il, 40 : aussi fait Ezéchias, 2 Rois, XX, 21. Ce que done David et Ezéchias ont prié Dieu avecques larmes qu’ils ne mourussent point, c’estoit pource que Dieu les punissoit à cause de quelques certains péchez : et pourtant, ils sentoyent lire de Dieu en la mort. Voylà la cause du trouble qu’ils avoyent : lequel les fidèles aujourd’huy mesmes pourroyent sentir sous le règne de Jésus-Christ. Or le désir duquel parle sainct Paul, est une affection d'un esprit bien posé, et PS de trouble.

Cuar. V.

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

9 À raison de quoy aussi nous convoitons de luy estre agréables, et présens

et absens.

A0 Car il nous faut tous estre manifestez! devant le siége judicial de Christ: afin qu'un chacun reporte les choses faites par son corps, selon qu’il

a fait, soit bien, soit mal?.

11 Scachans donc que c’est de la frayeur du Seigneur, nous induisons les hommes*, et sommes manifestez à Dieu : et je m'atlen aussi que nous sommes

manifestez en vos consciences.

12 Car nous ne nous louons point derechef envers vous, mais vous donnons occasion de vous glorifier de nous, afin qu'ayez de quoy respondre à ceux qui se glorifient de l'apparence, el non point du cœur.

1) Ou, comparoir.

à a foy, ou nous persuadons les hommes.

9 Araison de quoy aussinous convoitons de luy estre agréables, et présens et absens. Après avoir remonstré quelle constance et magnanimité doyvent avoir les Chrestiens en leurs afilictions, en sorte qu’en mourant ils soyent victorieux sur la mort, et pource que par les afilictions et la mort, ils parvienent à la vie bienheureuse : maintenant de ceste mesme source il tire encore une autre concelusion, asçavoir que sur toutes choses ils doyvent tascher de plaire à Dieu. Et à la vérité, il ne se peui faire autrement, que l'espérance de la résurrection, et la considération du jugement dernier n’engendrent en nous cest ardent désir : comme au contraire, il n’y à autre raison qui nous rende nonchalans et paresseux en nostre devoir, sinon qu’il ne nous souvient jamais ou bien peu, de ce que nous devrions avoir incessamment devant les yeux et en mémoire, asçavoir que nous sommes yei estrangers, et pour un bien peu de temps, afin qu'après avoir achevé nostre cours, nous retournions à Christ.

Or il faut noter, qu’il dit que les morts ont aussi bien ceste volonté que les vi- Nans : par laquelle sentence est derechef confermée l’immortalité des âmes.

10 Car il nous faut tous estre manifestez. Combien que ceci soit commun à tous, si s’en faut-il beaucoup que tous . indifféremment eslèvent là leurs esprits, de penser à chacune heure qu'ils ont à comparoistre devant le siége judicial de Christ. Mais comme ainsi fust, que S. Paul par une saincte affection de faire

2) Ou, reporte en son corps selon qu’il aura fait, on bien ou mal. Rom., XIV, 10.

3) Asçavoir

bien, et cheminer droit, se représentast

assiduellement le jugement de Christ, il a voulu obliquement taxer ces docteurs ambitieux qui se contentoyent d’avoir l'applaudissement des hommes, comme feroyent ceux qui joueroyent quelque rolle en un théâtre. Au reste, combien que ce mot que nous traduisons Æstre manifestez, pourroit aussi estre exposé Apparoistre, ou Comparoistre : toutesfois selon mon avis, saiuct Paul à regardé plus haut, asçavoir que nous serons alôrs produits en lumière, en lieu que plusieurs sont maintenant Comme cachez en ténèbres. Car les livres seront à ceste heurelà ouverts, qui sont maintenant fermez.

Afin qu'un chacun reporte les choses Jaites. Pource que c’est yci un passage de la rémunération des œuvres, il faut noter briefvement, que comme les mauvaises œuvres sont punies de Dieu, aussi les bonnes sont récompensées, mais par diverse raison. Car la punition est rétribuée aux meschantes œuvres : pource qu’elles le méritent : mais à récompenser les bonnes œuvres, Dieu ne regarde mérite ne dignité. Car il n’y a œuvre tant parfaite soit-elle, qui soit agréable à Dieu paree qu’elle le mérite. D’avantage, il n’y a homme duquel les œuvres. puissent d’elles-mesmes estre agréables à Dieu, sinon qu’il accomplisse toute la Loy. Or il est impossible d’en trouver un si parfait. Parquoy, le remède unique est, que ce bon Dieu nous reçoyve pour agréables par sa miséricorde gratuite, et qu’il nous justifie, ne nous imputant point nos pé-

chez. Après qu’il nous a receus en grâce, il reçoit aussi nos œuvres par acception gratuite : de là dépend je loyer. Il n’y à point donc d’inconvénient de dire que Dieu rend loyer aux bonnes œuvres, moyennant que nous entendions que cela n’empesche aucunement que les hommes n’obtienent la vie éternelle gratuitement.

J'ay traitté ceci plus amplement en l’Epistre précédente : et en mon Institution on trouvera la matière déduite au long, Quand il dit, Par son corps : j'enten non-seulement les opérations externes, mais aussi toutes les œuvres que nous faisons en ceste vie corporelle.

A1 Nous donc scachans que c’est de la frayeur, etc. Maintenant il retourne à parler de sa personne, ou bien il accommode derechef à soy particulièrement la doctrine uuiverselle. Je ne suis point ignorant, dit-il, ou destitué de la frayeur de Dieu, laquelle doit régner és cœurs de tous fidèles. Sçavoir donc la frayeur du Seigneur, c’est estre participant de ceste pensée, qu’il faudra rendre conte une fois devant le siége judicial de Christ. Car celuy qui y pense à bon escient, il faut nécessairement qu’il soit touché de crainte, et qu’il chasse hors de soy tout mespris et toute nonchalance. Il proteste donc qu’il exerce son Apostolat fidèlement et en pure conscience, attendu que pensant à rendre conte, il chemine en la crainte du Seigneur. Or pource que ses adversaires luy pouvoyent mettre en avant, Ilest vray que tu te glorifies bravement, mais qui est-ce qui voit ce dont tu te vantes ? Il respond à cela, qu’il est certain qu’il fait office de Docteur devant les hommes: mais que cependant Dieu cognoist en quelle droiture de cœur il chemine: comme s’il disoit, Comme ma bouche parle aux hommes, aussi fait mon cœur à Dieu. Æt je m'atten aussi que nous sommes manifestez en vos Consciences. C’est une espèce de correction.

Car maintenant il se vante que non-seulement il ha Dieu pour tesmoin de sa pureté, mais aussi les Corinthiens mesmes, ausquels il avoit donné expérience de soy. 11 faut donc yci noter deux choses.

Premièrement que ce n’est point assez qu’un homme se gouverne honnestement

Car. V,

et vertueusement entre les hommes, si son cœur n’est droit devant Dieu: secondement, que ce n’est qu’une folle vanterie, quand on n’ha point tesmoignage par œuvre et en effet. Car il n’y a volontiers gens plus audacieux à s’attribuer beaucoup, que ceux qui n'ont rien. Parquoy, qui voudra qu’on luy adjouste foy, qu’il produise les œuvres qui facent foy de ce qu’il dit. Or c’est plus d’estre manifesté és consciences des autres, qu’estre cognu par expériences. Car la conscience pénètre plus avant que le jugement de la chair.

12 Car nous ne nous, etc. Il conferme ce qu'il vient de dire maintenant, et quant et quant il prévient la calomnie qu’on luy pouvoit mettre en ayant. Car il pouvoit sembler qu’il estoit trop songneux de sa propre louange, pource qu’il parloit si souvent de soy : et mesme il est vray-semblable que les malins luy avoyent reproché cela. Car quand il dit, Vous ne nous louons point derechef: il le dit comme en parlant en leur personne. Il y a proprement au Grec, Nous ne nous recommandons, etc. Or se recommander, est prins en mauvaise part pour se vanter ou braver, Quand il adjouste qu’il leur donne occasion de se glorifier : il signifie premièrement qu'il maintient plustost leur cause que la siene propre, pouree que le tout tournoit à leur gloire:

et derechef il taxe obliquement leur ingratitude, de ce qu’ils ne cognoissoyent point que c’estoit leur devoir, de louer d’eux-mesmes son Apostolat, afin qu’ils ne le contraignissent de le faire luy-mesme: pource aussi qu'ils ne cognoissoyent point que c’estoit plus leur proufit que celuy de sainct Paul, que son Apostolat fust réputé honorable. Nous sommes yci admonestez que les serviteurs de Christ doyvent estre songneux de leur bonne réputation seulement autant qu’il est expédient pour l'Eglise. Sainct Paul afferme qu’il a eu une telle affection, et en cela dit vérité. Que les autres avisent quand à son exemple ils voudront parler ainsi, que ce ne soit point à fausses enseignes.

Nous sommes aussi enseignez, que la seule vraye louange d’un Ministre, est celle qui luy est plustost commune avec.

Car. V.

toute l'Eglise, que propre à sa personne :

c’est-à-dire qui retourne au proufit et utilité de tous. {fin que vous ayez, etc.

Il signifie en passant qu’il faut rembarrer la vanité de ceux qui se glorifient sans propos : et que le devoir de l'Eglise est de ce faire. Car puis qu’une telle ambition est une peste grandement dommageable, c’est chose bien dangereuse de

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

de le faire, Sainct Paul les advertit comment ils s’y doyvent porter pour l’advenir. Se glorifier de l'apparence, et non point du cœur: c’est se desguiser, et tromper les gens par pompe externe, et n’estimer rien la syncérité du cœur. Car ceux qui seront vrayement sages, ne se glorifieront point sinon au Seigneur:

mais là où il y a une vaine ostentation, là

l'entretenir par dissimulation. Or pource | n’y a point de syncérité ne droiture de que les Corinthiens n’avoyent tenu conte ! cœur.

13 Car soit que soyons transportez d’entendement, nous le sommes à Dieu : soit que soyons de sens rassis, nous le sommes à vous.

1% Car la charité de Christ nous estraind, tenans cela pour résolu que si un est mort pour tous, tous aussi sont morts !.

45 Et il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent, ne vivent point d’oresenavant à eux-mesmes, mais à celuy qui est mort el ressuscité pour eux.

16 Parquoy dés maintenant nous ne cognoissons personne selon la chair : mesime encore que nous ayons cognu Christ selon la chair, toutesfois mainte-

nant nous ne le cognoissons plus.

47 Si aucun donc est en Christ, qu'il soit? nouvelle créature, Les choses vieilles sont passées : voyci, toutes choses sont faites nouvelles ?.

1) Ou, ont esté morts. 2) Ou, il est.

13 Car soit que soyons transportez d’entendement. Ceci est dit par forme de concession. Car la façon en laquelle sainct Paul se glorifioit, estoit bonne, et procédoit d’un esprit prudent: ou si ainsi faut parler, sa folie estoit d’un sens rassis, et plene de sagesse : mais pource que plusieurs lestimoyent fol et inepte de tenir ces propos, il parle selon leur opinion. Or il dit deux choses. Premièrement, qu'il n’ha nullement esgard à soy, mais que tout son but est de servir à Dieu et à son Eglise: secondement, qu’il ne craind point l’opinion des hommes, et ne se soucie point si on l’estime fol ou sage, moyennant qu'il face les affaires de Dieu et de l'Eglise fidèlement. Voyci donc ce qu’il veut dire, Les hommes prendront ainsi qu'ils voudront, ce que je fay si souvent mention de ma pureté et syncérité: toutesfois je ne le fay point pour mon regard, mais seulement j’ay Dieu et son Eglise devant les yeux. Je suis donc prest de me taire, et de parler selon que la gloire de Dieu et l'utilité de l'Eglise le requerra: et endureray volontiers que le monde me juge fol, pourveu que je ne

3) Is., XLIII, 19. Apoc., XXI, 5.

soye point fol à moy, mais à Dieu. C’est un passage digne, non-seulement d’estre noté, mais aussi d’estre médité assiduellement. Car si nos esprits ne sont ainsi préparez, et nos cœurs rangez, il ne faudra que les moindres scandales du monde pour nous faire à chacun coup destourner de nostre devoir.

14 Car la charité de Christ. Ce mot de Charité, peut estre pris tant en signification active, que passive : toutesfois il me semble qu'il vaut mieux le prendre en signification active. Car si nous ne sommes plus durs que fer, il est impossible que nous ne nous dédions du tout à Christ, quand nous réduisons en mémoire de quelle amour il nous a aimez, quand il a enduré la mort pour nous. Et le sainct Apostre s'expose soy-mesme, quand il adjouste puis après qu'il est raisonnable que nous vivions à luy, estans morts à nous. Comme donc il avoit dit ci-dessus que la crainte le solicitoit à faire son office, pour autant qu'il faudra rendre conte un jour: maintenant aussi il propose un autre aiguillon, asçavoir ceste amour inestimable de Jésus-Christ envers nous,

de laquelle il nous a bien rendu tesmoignage en sa mort. La cognoissance, dije, de ceste amour doit restraindre nos affections, afin qu’elles ne s’enclinent point ailleurs, qu’à l’aimer mutuellement.

I ya une métaphore et similitude en ce mot Estraind: par laquelle il est signifié qu'il né se peut faire autrement, qu’un chacun de nous, s’il poise bien et réduit en mémoire ceste amour admirable que Jésus-Christ nous a apertement déciarée par sa mort, ne s’addonne entièrement à son service, comme s’il estoit attaché à luy, et serré d’un lien fort estroit. Si un est mort pour tous. Ceste fin doit estre diligemment notée: asçavoir que Jésus- Christest mort pour nous, afin que nous mourions à nous-mesmes. Il faut aussi noter ceste exposition, que Mourir G nous, Cest Vivre à Christ: ou, qui le voudra avoir plus au long, c’est, Renoncer à nous-mesmes, afin que nous vivions à Christ. Car Christ nous a rachetez, afin qu’il nous eust en sa puissance, comme son propre héritage. Dont s'ensuit que nous ne sommes plus en nostre puissance. Il y a.un semblable passage au chapitre XIV, v. 7-9, aux Romains. Combien qu’yci sont mises deux choses distinctement, ASçavoir que nous sommes morts en Christ, afin que toute ambition et appétit de nous faire valoir, cesse, et qu’il né nous fasche point d'estre anéantis :

en après, Que nous devons à Christ, et la mortet la vie, pource qu’il a tant fait pour nous, que nous sommes du tout à luy.

16 Parquoy dés maintenant nous, etc.

Cognoistre, se prend vei pour Réputer:

comme s’il disoit, Nous ne jugeons point

selon l’apparence extérieure, en sorte que |

celuy-là soit réputé pour le plus excellent, qui apparoistra tel par dehors. Sous le mot de Chair, il comprend toutes les grâces extérieures, lesquelles les hommes ont accoustumé d'estimer: brief, tout ce quiest hors la régénération est réputé digne de louange. Combien qu’à dire proprement, il parle du fard extérieur, qu'on appelle apparence. Et certes il fait allusion à la mort, de laquelle il avoit fait mention: comme s’il disoit, Puis que nous devons tous estre morts à la vie présente, voire mesmes n’estre

Cuar. V.

rien en nous, nul ne doit estre estimé serviteur de Christ par l’excellence charnelle. Mesmes encores que nous ayons.

Le sens est, Jà soit que Jésus-Christ ait conversé pour quelque temps en €e monde, et ait esté cognu des hommes és choses qui appartienent à la condition de la vie présente : toutesfois maintenant on le doit autrement cognoistre : asçavoir spirituellement, en sorte que nous ne pensions rien de luy selon ce monde. Aucuns fantastiques, comme Servet, ont abusé de ce passage pour prouver que la nature humaine de Jésus-Christ est maintenant engloutie par la Divinité. Mais il est bien aisé à juger combien telle resvérie est loin de l'intention de sainct Paul. Car il ne parle point yei de la substance du corps de Christ, mais de l’apparence extérieure. [l ne dit point aussi que nous ne cognoissons plus la chair en Jésus- Christ, mais il nie que Christ soit estimé par là. Or toute l’Escriture nous rend tesmoignage que Christ obtient aussi bien maintenant une vie glorieuse en nostre chair, comme il à souffert mort une fois en icelle. Et qui plus est, ostons ce fondement, et voylà toute nostre foy ruiuée. Car quelle espérance aurions-nous de l’immortalité, sinon que nous en avons desjà comme une image et gage certain en Ja personne de Christ? Car tout ainsi que la justice nous a esté ren due par cela, que Christ accomplissant la Loy en nostre nature, a aboli la désobéissarce d'Adam : aussi la vie nous a esté rendue, par ce qu'il a fait ouverture du Royaume de Dieu à nostre nature, qui en estoit bannie, et l’a colloquée au domicile céleste. Parquoy si nous ne cognoissons maintenant la chair de Jésus-Christ, toute la consolation et fiance que nous devons avoir en luy, est perdue pour nous. Mais nous recognoissons tellement Christ homme et nostre frère en sa chair, que ce n’est pas charnellement, d'autant que nous ne nous arrestons, sinon en la considération de ses dons spirituels. Il nous est donc spirituel, non pas qu'ayant laissé son corps, il soit converti en esprit: mais pource qu’il régénère les siens, et les gouverne par la vértu de son sainet Esprit.

Car. V.

17 Si aucun donc est: en Christ.

Pource qu'il défaut quelque chose en ceste sentence, il la faut ainsi accomplir, Si aucun veut avoir lieu en Christ, c’està-dire, au Royaume de Christ, ou en l'Eglise, et estre tenu pour membre de ceste saincte compagnie: que cestuy-là Soit nouvelle créature. Par ceste parole il condamne toute excellence, laquelle les hommes ont accoustumé d’avoir en grande estime, si le renouvellement du cœur n'y .est. Vray est que le sçavoir, l’éloquence, et les autres grâces sont dignes d’estre honorées, mais quand il n’y a point de crainte de Dieu, et droiture de conscience, tout leur honneur s’esvanouit. Que nul donc ne se glorifie d’aucune excellence: car la principale louange des Chrestiens est de renoncer à soymesme. Or ceci n’est pas seulement dit pour réfuter la folle vanterie des fauxapostres, mais aussi pour corriger les jugemens ambitieux des Corinthiens, qui estimoyent beaucoup plus les masques et apparences extérieures, qu'une vraye Syncérité et pureté. Combien que ce vice est presque commun à tous siècles. Car combien y en a-il qui n’attribuent beaucoup plus à une vaine ostentation, qu’à la yraye saincteté? Retenons donc ceste admohition : asçavoir que tous Ceux qui ne

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS. 575

Sont point régénérez par le sainct Esprit, ne doyvent estre rien estimez enlEglise, quelques grâces excellentes qu'ils puissent avoir au reste. Les choses vieilles sont passées. Quand les Prophètes parlent du règne de Christ, ‘ils prédisent qu'il y aura un ciel nouveau et une terre nouvelle, Isaïe, LXV, 47. En quoy ils signifient que toutes choses seront changées en meilleur estat, jusques à ce que finalement la félicité des fidèles viene à estre accomplie. Or comme ainsi soit que le règne de Christ est spirituel, ce changement se doit principalement faire en esprit: et pourtant à bon droict il commence par là. Il ya donc yci une allusion propre et de bonne grâce, quand $S. Paul applique ce tesmoignage à la louange de la régénération. Or il appelle Les choses vieilles, celles qui ne sont point réformées par l'Esprit de Dieu. Ainsi ce mot est mis à l’opposite de la grâce de renouvellement. Il prend ce mot, Sont passées, pour Estre flaistries: comme les choses qui sont de petite durée ont accoustumé de devenir fenées, quand elles ont passé leur temps. Ainsi donc au règne de Christ il n’y a que le nouvel homme qui soit florissant, et ait vigueur, c’est-à-dire, dont il falle faire cas,

A8 Et toutes choses sont! de Dieu, qui nous à réconciliez à soy par Jésus- Christ : et nous a donné le ministère de réconciliation.

19 Car Dieu estoit en Christ, se réconciliant le monde, en ne leur imputant point leurs forfaits : et a mis en nous la parole de réconciliation.

20 Nous donc sommes ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortoit?

par nous : nous supplions dit-il pour Christ, que vous soyez réconciliez à Dieu.

21 Car à a fait celuy qui n'a point cognu péché, estre péché pour nous, afin que nous fussions justice de Dieu en luy. p

1) Ou, letoutest. 2) Ou, vous prioit.

A8 Et toutes choses sont de Dieu. I entend toutes choses qui appartienent au Royaume de Christ. Comme s’il disoit, Si nous voulons estre de Christ, il faut que nous soyons régénérez de Dieu. Or ce n’est point une petite grâce. Il ne parle pas donc yci de la création universelle, mais de la grâce de régénération,

de Dieu, non pas entant qu’il est Créateur et seul autheur du ciel et de la terre, mais entant que reformantles siens à son image, il est nouveau créateur de l’Eglise. Ainsi toute chair est abbaissée, et les fidèles sont admonestez qu’il leur faut maïntenant vivre à Dieu, depuis qu’ils sont faits nouvelle créature. Ce qu’ils ne peuvent

laquelle Dieu fait particulièrement à ses | faire s’il n’oublient le monde: comme éléus : et dit maintenant les choses estre laussi ils ne sont plus du monde, puis

qu’ils sont de Dieu. Qui nous a réconciliez à soy. I y à yei deux articles. Le premier, de la réconciliation des hommes avec Dieu: l'autre, comment nous jouissons du bénéfice de ceste réconciliation.

Or ceci s’entretient fort bien avec ce qui a esté dit ci-dessus. Car pource que le sainct Apostre avoit préféré la bonne conscience à toute excellence, maintenant il monstre que tout l'Evangile tend à cela. Quant et quant toutesfois il monstre par mesme moyen la dignité et excellence de la charge d’Apostre, afin que les Corinthiens soyent admonestez de ce qu'ils y doyvent chercher en lieu qu’ils ne pouvoyent discerner entre les vrais et faux ministres , pource que rien ne leur plaisoit que l’ostentation. Ainsi donc en faisant mention de ceci, il les resveille à proufiter mieux en la doctrine de lEvangile. Car voylà d’où vient que nous sommes transportez à avoir en admiration des gens profanes, qui servent plustost à leur ambition qu'à Christ : asçavoir pource que ne sçavons pas que contient ou en quoy consiste la charge de prescher l'Evangile. Je retourne maintenant aux deux articles qui sont yci touchez.

Le premier est, Que Dieu nous a réconciliez à soy par Christ. La déclaration s’ensuit incontinent après : Car Dieu (dit-il) estoit en Christ, et en la personne d’iceluy il a accompli la réconciliation. Il adjouste aussi le moyen : quand il dit, N'imputant point les péchez aux hommes. [| met encores une autre déclaration: asçavoir, Que Christ estant fait l’hostie pour nos péchez, nous a acquis justice. Le second est, Que la grâce de réconciliation nous est appliquée par l'Evangile, afin que nous soyons faits participans d’icelle. Voyci un singulier passage sur tous les autres qui sont de sainet Paul : pourtant il nous faut esplucher les mots l’un après l’autre. Le ministère de réconciliation. Voyci un beau titre qui est attribué à l'Evangile, asçavoir que c’est un ambassade pour réconcilier les hommes à Dieu. C’est aussi une singulière dignité des Ministres, de ce qu'avec ce mandement, ils nous sont envoyez de Dieu , afin de nous estre messagers , et comme plèges de sa bonne volonté en-

Crar. V.

vers nous. Toutesfois ceci n’est pas dit tant pour louer les Ministres, que pour la consolation des fidèles, afin que toutesfois et quantes qu’ils orront l’Evangile , ils sçachent que Dieu traitte avec eux, et par manière de dire, fait paction de :es remettre en sa grâce. Y a-il chose plus désirable que ce bien? Souvenonsnous donc que c’est-ci la principale fin de l'Evangile, qu’en lieu que de nature nous sommes enfans dire, Dieu nous reçoyve en sa grâce, abolissant toute division qui estoit entre luy et nous. Les Ministres ont ceste commission de nous apporter les nouvelles d’un si grand bien, voire mesme de nous rendre certains de l’amour paternelle de Dieu envers nous. Il se peut bien faire qu’un autre aussi nous sera tesmoin de la grâce de Dieu : mais sainct Paul enseigne que ceste charge est spécialement enjointe aux Ministres.

Quand doncques le Ministre deëément ordonné nous dénonce par lEvangile, que Dieu nous est fait propice, il nous le faut escouter ne plus ne moins qu’un ambassadeur et messager de Dieu, et comme personne publique et ayant authorité légitime pour nous faire asçavoir cela, et nous en asseurer.

19 Dieu estoit en Christ. Aucuns prenent ceci simplement, comme s’il estoit dit, Dieu réconcilioit à soy le monde en Jésus-Christ. Mais le sens est plus plein et plus ample, asçavoir, Que Dieu estoit en Christ , puis après que par l’intercession d’iceluy il réconcilioit à soy le monde. Et c’est du Père que ceci est dit : car ce seroit parler improprement, de dire que la nature Divine de Christ estoit en Christ.

Le Père donc estoit en son Fils, selon ce qui est dit ailleurs, Je suis en mon Père, et mon Père en moy, Jehan, X, v. 38.

Parquoy, celuy qui ha le Fils, ha le Père aussi. Car sainct Paul a nomméement exprimé ceci, afin que nous apprenions d’estre contens de Christ seul, pour autant que nous trouvons aussi en luy Dieu le Père: comme à la vérité il se communique à nous par son Fils. Ceci donc est autant à dire, comme s’il disoit, En lieu que Dieu estoit bien eslongné de nous, il s’est approché de nous en Christ. Et par ce moyen, Christ nous a esté fait le vray

Cnar. V.

Immanuel , qui est à dire, Dieu avec nous : et son advénement a esté un approchement de Dieu aux hommes. Le second membre dénote l’office de Jésus- Christ. Asçavoir qu’il est nostre propiciation: pource que hors luy, Dieu est courroucé contre nous tous, entant que nous-nous sommes révoltez de justice et obéissance. A quelle fin doncques est apparu Dieu aux hommes en Christ ? Certes pour leur réconciliation, afin que toute inimitié entre luy et eux estant abolie, ils soyent adoptez pour enfans, en lieu qu’au paravant ils estoyent estrangers.

Or combien que l’amour de Dieu envers nous soit la source de laquelle Christ nous est venu Rédempteur, toutesfois jusques à ce que les hommes recognoissent que Dieu a esté appaisé par le Moyenneur, il faut nécessairement que la division et inimitié demeure pour leur regard, laquelle les forclost de tout accès à Dieu. Et de cela, nous en toucherons tantost plus au long. Æn ne leur imputant point leurs forfaits. Voyci comment les hommes retournent en grâce avec Dieu, asçavoir quand ils sont réputez justes en obtenant la rémission de leurs péchez. Car tandis que Dieu nous imputera nos fautes, il faut nécessairement qu’il nous haïsse. Car il ne peut estre ami ne propice aux pécheurs. Mais à ceci semble estre contraire ce qui est dit ailleurs, Asçavoir que Dieu nous a aimez devant la création du monde, Ephés., ÏJ, 4 : et encore plus ce que dit sainct Jehan, HI, 46, Que l'amour qu'il nous portoit, a esté la cause de ce qu'il a fait la satisfaction et purgation de nos péchez par Christ. Car la cause précède tousjours son effet. Je respon que cela est vray, que nous avons esté aimez devant la création du monde : mais non point autrement qu’en Christ. Cependant toutesfois, je confesse que l’amour de Dieu a précédé en temps et en ordre aussi, quant à Dieu : mais au regard de nous, le commencement de l'amour de Dieu envers nous, est au sacrifice de Christ.

Car quand nous regardons Dieu sans le Médiateur, nous ne le pouvons concevoir autre que courroucé envers nous. Le Médiateur estant mis entre deux, fait

NII

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

que nous le sentons appaisé envers nous.

Mais pource qu’il nous est nécessaire de cognoistre ce poinct aussi, Que Christ nous est venu de la fontaine de la miséricorde gratuite de Dieu, l’Escriture enseigne apertement et en termes exprès, l’un et l’autre, Que l’ire du Père a esté appaisée par le sacrifice du Fils : et, Que ce que le Fils a esté exposé à la mort pour Pexpiation et satisfaction des péchez des hommes, c’est d’autant que Dieu ayant compassion d'eux, a voulu que ceste mort fust le gage et le moyen par lequel il les recevroit en grâce. Or la somme de tout ce passage est, Que là où il y a péché, là est l’ire de Dieu : et par ainsi, que Dieu ne nous est point propice autrement ne devant, que quand il efface nos péchez, ne nous les imputant point.

Or comme ainsi soit que nos consciences ne peuvent appréhender ce bénéfice, et en estre participantes, sinon par le moyen du sacrifice de Christ entrevenant pour faire l’appointement : à bon droict sainct Paul met en iceluy la cause et le commencement de nostre réconciliation au regard de nous. E€ a mis en nous la parole de réconciliation. I répète derechef que la commission a esté donnée aux Ministres de l'Evangile de nous apporter ceste grâce. Car on pouvoit mettre en avant, Où est maintenant ce Christ pacificateur entre Dieu et nous ? O qu’il est loin de nous! Il dit donc, que comme il a souffert la mort une fois, ainsi il nous présente tous les jours le fruit de sa passion par son Evangile, lequel il a voulu estre gardé et publié au monde, comme registres aythentiques de la réconciliation une fois accomplie. L'office donc des Ministres est, de nous appliquer le bénéfice de la mort de Christ, si ainsi faut parler. Mais afin que nul n’imagine une application de sorcelerie, telle que les Papistes la forgent, il nous faut diligemment noter ce qu’il adjouste incontinent après, Asçavoir que tout cela gist en la prédication de l'Evangile. Car le Pape avec tous ses prestres, couvre de ceste couleur toute ceste meschante et abominable façon de marchander qu'ils exercent touchant le salut des âmes. Le Seigneur, disent-ils, nous à baïllé com-

mandement et puissance de remettre les péchez. Je confesse certes cela, pourveu qu’ils exercent cest office et ambassade, de laquelle parle yei sainct Paul. Mais l’absolution de laquelle on use en la Papauté, est une pure sorcelerie. Avec ce, ils enferment la rémission des péchez dedans du plomb et du parchemin, ou pour le moins ils lattachent à des superstitions controuvées et frivoles. Quelle similitude ont toutes ces choses avec l'institution de Jésus-Christ? Les Ministres de l'Eglise donc lors nous remettent en la grâce de Dieu ainsi qu'il faut, et par un bon ordre, quand ils nous rendent tesmoignage par l'Evangile de la réconciliation de Dieu avec nous. Que si ce tesmoignage est osté, il ne reste plus rien qu’une pure tromperie. Gardonsnous bien done de mettre une seule goutte de nostre fiance hors l'Evangile.

Je ne nie pas certes, que la grâce de Jésus-Christ ne nous soit appliquée par les Sacremens aussi, et que là ne soit confermée en nos consciences la réconciliation que nous avons avec Dieu. Mais pource que le tesmoignage de PEvangile est engravé és Sacremens, il ne les faut point estimer de par eux, ni à part: mais on lies doit conjoindre avec l'Evangile, duquel ils sont dépendances. Brief, les Ministres de l'Eglise sont ambassadeurs pour testifier et publier le bénéfice de réconciliation, sous ceste condition, s’ils parlent par l'Evangile, comme par instrument authentique.

20 Comme si Dieu exhortoit, etc.

Ceci sera beaucoup pour donner authorité à l'ambassade : et pour mieux dire, il y est du tout nécessaire. Car qui est celuy, quand il est question de son salut éternel, qui s’en vueille arrester au tesmoignage d’un homme ? La chose est de trop grande importance, pour nous contenter de la promesse des hommes, s’il ne nous apparoist qu’ils soyent ordonnez de Dieu, et que Dieu luy-mesme parle à nous par eux. Et c’est à cela que tendent lestitres et louanges par lesquelles Christ authorize les Apostres luy-mesme, Qui vous oit, il m’oit, etc. (Luce, X, 46, et Matth., XVIIL, 48.) Ce que vous deslierez en terre, sera aussi deslié és cieux et

Car. Y.

autres semblables. Nous supplions, dije, pour Christ. Nous recueillons de ceci, combien à bon droict dit Isaïe chap.

LII, 7, Que bien-heureux sont les pieds de ceux qui annoncent l'Evangile. Car ce qui est seul suffisant pour accomplir toute félicité, et sans quoy nous sommes entièrement misérables, ne nous est point donné que par l'Evangile. Que si ceste charge est donnée à tous Ministres de l'Eglise, en sorte que celuy qui n’exé- cute point cest ambassade ou commission, ne doyve point estre réputé Apostre ne Pasteur : on peut aiséement juger par cela, quelle est toute la hiérarchie du Pape. Vray est qu’ils veulent bien estre réputez Apostres et Pasteurs : mais comme ainsi soit que ce sont des idoles muettes, comment pourra-on faire accorder leur vanterie orgueilleuse avec ce passage du sainct Aposire? Le mot de Supplier, exprime une singulière et inestimable louange de la grâce de Chrisf, quand il se démet jusques-là qu’il ne desdaigne pas de nous prier. Et d'autant moins est excusable nostre perversité, si à une si grande douceur nous ne nous rendons promptement dociles et obéissans. Que vous soyez réconciliez à Dieu. I faut noter que sainct Paul parle yci aux fidèles. Il proteste qu'il leur porte tous les jours ceste ambassade.

Jésus-Christ donc n’a point enduré la mort, afin qu'il n’effaceast nos péchez sinon pour une fois, et l'Evangile n’est pas ordonné pour nous pardonner les péchez, seulement que nous aurons commis devant le Baptesme : maïs afin que comme nous péchons tous les jours, aussi nous soyons receus de Dieu en grâce par la rémission des péchez, qui ait lieu tous les jours. Car c’est une ambassade et commission perpétuelle, laquelle doit estre assiduellement ouye en l’Eglise jusques à la fin du monde :

et l'Evangile ne peut estre autrement presché, qu’on ne promette la rémission des péchez. Nous avons yei un tesmoignage bien propre et exprès pour éonfuter la meschante opinion des Papistés, qui veulent qu'après le Baptesme on Cherche ailleurs la rémission des péchez, qu'en la satisfaction qui en à ésté faite

Car. V.

par la mort de Christ. Et toutesfois ceste doctrine est commune en toutes les escholes Papistiques, qu'après le Baptesme nous méritons la rémission de nos péchez par pénitence, moyennant l’aide des clefs. Voire, comme si le Baptesme mesme nous conféroit la rémission de nos péchez Sans pénitence. Mais par le mot de Pénitence, ils entendent leurs satisfactions. Mais qu’en dit yei sainct Paul? 1 nous ramène aussi bien après le Baptesme que devant, à la satisfaction unique faite par Christ, afin que nous sçachions que nous l’obtenons tousjours gratuitement : et de ceste différence qu'ils ont forgée, il n’en fait aucune mention, comme d’une chose qui luy estoit incognue, Au reste, tout ce qu'ils gazouillent de la dispensation des clefs, West que mensonge et resverie, pource qu’ils imaginent des clefs sans l'Evangile:

en lieu qu’elles ne sont autre chose, sinon ce tesmoignage de la réconciliation gratuite qui nous est rendu par l'Evangile.

21 Celuy qui n a point cognu péché.

Ne voyons-nous pas par le tésmoignage de sainct Paul, qu'il n’y à point d'autre moyen pour retourner en grâce avec Dieu, sinon celuy qui est fondé sur le seul sacrifice de Jésus-Christ ? Parquoy, apprenons tousjours à dresser là nos esprits, toutes fois et quantes que nous désirons estre absous de nos offenses.

Maintenant il déclare plus apertement ce que nous avons touché ci-dessus, Asçavoir que Dieu nous est lors propice, quand il nous recognoist pour justes.

Car c’est tout un de ces deux choses, Que nous sommes agréables à Dieu : et, Que nous sommes réputez justes par luy. Ne cognoistre point péché, c'est estre exempt de péché. Il dit donc que Christ a esté fait péché pour nous, combien qu’il n’eust commis aucun péché.

Cela est tout commun, que péché est yci prins pour lhostie effaçant le péché : et sainct Paul tant en ce passage qu’ailleurs, à emprunté des Hébrieux ceste façon de parler, ausquels Æssam signifie tant le sacrifice qui se fait pour l’expiation du péché, que le péché mesme ou forfait. Mais toutesfois nous entendrons mieux tant la signification de ce mot, que

toute la sentence, en faisant comparaison des deux opposites. Péché est yci opposé à Justice, quand sainct Paul dit que nous avons esté faits justice de Dieu, parce que Christ a esté fait péché, Justice n’est point yei prinse pour une qualité, mais pour une imputation. d’autant que la justice de Jésus-Christ nous est imputée. Que sera-ce du péché au contraire ? C’est la condamnation que nous avons méritée au jugement de Dieu.

Or comme anciennement la malédiction de l’homme estoit rejettée sur la beste sacrifiée : aussi la Condamnation de Christ:

a esté nostre absolution, et par sa playe nous avons esté guaris, {saïe, LITE, 5, Afin que nous fussions justice de Dieu en luy. Premièrement, La justice de Dieu est prinse, non pas pour celle qui:

nous est donnée de Dieu, ains pour celle qu'il avouë. Comme au chap. XIE, v. 43, de sainct Jehan, la gloire de Dieu se prend pour celle qui ha lieu devant Dieu :

et la gloire des hommes, pour une vaine réputation entre le monde. Et quand il dit au chap. IT des Rom., v. 22, que nous sommes dépourveus de la gloire de Dieu : il entend qu’il n’y a rien en nous de quoy nous-nous puissions glorifier devant Dieu. Car il n’est pas trop difficile d’apparoistre juste devant les hommes :

mais ce n’est qu'une ombre fausse de justice, qui est finalement cause de perdition. Parquoy, il n’y a point d'autre vraye justice, que celle que Dieu accepte.

Retournons maintenant à l’antithèse de justice et de péché. Comment sommesnous justes devant Dieu? Certes tout ainsi que Christ à esté pécheur. Car il a prins aucunement nostre personne, afin qu'il fust fait coulpable en nostre nom, et fust jugé comme pécheur : non pas pour ses péchez, mais pour les péchez des autres, veu qu'il estoit pur et exempt de toute iniquité, et portoit la peine qui ne luy estoit point deuë, mais à nous. Certes tout en la mesme sorte nous sommes maintenant justes en Iny : non pas que nous satisfacions au jugement de Dieu par nos propres œuvres, mais pource que nous sommes Considérez selon la justice de Christ, laquelle nous avons vestue par foy, afin qu’elle soit

Cnar. VI

faite nostre. Et pour ceste cause j'ay | Car ceste signification convient mieux à

mieux aimé traduire En luy, que Par luy.

l'intention de sainçt Paul.

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